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samedi 25 février 2023

1er dimanche de Carême A - 26 février 2023

 Revenez à moi, je vous rends libres !





 

 

 

            Mercredi, le prophète Joël nous invitait à revenir au Seigneur. Durant tout le temps du Carême, nous découvrirons chaque dimanche une raison particulière de revenir au Seigneur et nous écrirons ainsi notre Bonne Nouvelle pour aujourd’hui, celle qui fait que nous voulons refaire le choix de Dieu. Car Dieu ne veut pas juste être un « truc en plus » dans notre existence, il veut nous mener à la joie d’être sauvé. Commençons le chemin qui nous fera revenir au Seigneur, dans la joie et les chants. 

            Une des grandes aspirations de l’homme, c’est sa liberté. Notre nation en est bien consciente, elle qui a choisi de faire de ce mot le premier de sa devise. Toute la question est alors de savoir définir cette liberté. Suis-je vraiment libre, au point de faire et dire tout ce que je veux, quand je veux ? Nous savons bien que non. La sagesse populaire nous rappelle ainsi que ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et nous avons tous fait l’expérience collective d’une privation de liberté d’aller et venir lors de la pandémie liée au COVID. La liberté absolue n’existe pas, sauf à devenir un tyran et à se garantir une liberté absolue personnelle au détriment de celle des autres. Pour que le plus grand nombre puisse connaître un début de liberté, chacun doit renoncer à une part de la sienne. Ainsi, nous avons renoncé à l’esclavage, nous avons renoncé à une liberté d’expression absolue parce que nous estimons que toutes les opinions ne sont pas bonnes à partager. Nous voyons bien que ce qui est mauvais réduit sensiblement notre liberté. Et je ne parle pas des addictions qui peuvent nous donner l’illusion de la liberté alors qu’elles nous enchainent à elles, nous enferment dans un monde imaginaire. Face aux nombreuses tentations, nous ne faisons pas toujours mieux qu’Eve qui se laisse avoir par le discours trompeur du serpent. Et quand elle et son mari ont transgressé la Loi de Dieu, ils se rendirent compte qu’ils étaient nus, c'est-à-dire qu’ils n’ont rien gagné de ce qu’ils avaient espéré, et qu’ils ont perdu beaucoup. La suite du récit nous les montre se cachant de Dieu, remplis qu’ils étaient de peur et sans doute aussi de honte. La liberté serait-elle une conquête vaine ? 

            Regardons alors Jésus qui, lui-aussi, se voit assailli par le tentateur. Le diable sait qui est Jésus (le Fils de Dieu), et donc de quoi il est potentiellement capable. Et c’est d’ailleurs là qu’il appuie pour tenter Jésus : Si tu es Fils de Dieu, fais comme je dis… Il met Jésus en demeure de prouver sa prétention à être envoyé par Dieu. C’est une version primitive du petit jeu : cap’, pas cap’. Un combat de coq que Jésus refuse. Sa liberté, il ne la place pas dans la preuve de celui qu’il est, mais dans l’obéissance à l’Ecriture, dans l’obéissance à la parole de ce Père qui l’a envoyé. Il ne provoque pas le mal, il lui fait obstacle : ce que tu demandes, il n’est pas bon que je le fasse parce que l’Ecriture dit autrement. Là où Eve avait échoué, Jésus réussit : il reste le gardien de la Parole confiée. La liberté de Jésus n’est pas dans ce qu’il serait capable de faire (changer des pierres en pain, obliger Dieu à intervenir en sa faveur et obtenir avant son heure la gloire de tous les royaumes du monde) ; non, sa liberté, il la met en Dieu, en sa Parole, et ce faisant, il nous invite à faire de même. C’est parce qu’il a fait le choix de Dieu qu’il est libre ; c’est parce qu’il a fait le choix de Dieu que le mal n’a pas de prise sur lui et que le diable finit par le quitter. 

            C’est une partie de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Notre liberté, nous n’avons pas à la conquérir, notre liberté nous sommes invités à l’accueillir. Elle est un don que Dieu nous fait, en Jésus Christ. Souvenez-vous de ce cantique ancien : Dieu fait de nous en Jésus Christ, des hommes libres. Tout vient de Lui, tout est pour Lui ; qu’Il nous délivre ! Cette liberté offerte nous fait renoncer à nos rêves de grandeur et de puissance. C’est une liberté qui fait de nous des fils et des filles du Dieu Très-Haut, lui qui nous a appelés à la vie et qui nous veut vraiment libres. Il n’y a pas de liberté dans le mal ; il n’y a pas de liberté dans la puissance. Il n’y a de liberté vraie qu’en Dieu parce que lui seul nous donne la force de résister à ce qui détruit l’homme, à ce qui opprime l’homme, à ce qui divise les hommes. Je suis vraiment libre lorsque je renonce à mon désir d’être mon propre Dieu et que j’accepte d’être fils de ce Dieu d’amour, compatissant, miséricordieux, qui ne veut pour moi que le meilleur. Paul nous le fait bien comprendre dans sa lettre aux Romains : de même que par la désobéissance d’un seul être humain (Adam) la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul (le Christ) la multitude sera-t-elle rendue juste. La désobéissance d’Adam ne nous a pas rendus libres, mais esclave du péché. L’obéissance du Christ fait de nous des justes, des êtres souverainement libres parce non soumis au péché qui enchaine l’humanité. Suivre la voix du tentateur ne rend jamais libre ; au contraire, elle nous enferme, nous coupe des autres, toujours. Suivre la voix de Dieu nous libère parce qu’elle nous ouvre aux autres, nous fait veiller sur eux en semant le bien et l’amour. 

Entre une liberté qui mène à la mort, celle proposée par l’adversaire, et une liberté qui conduit à plus de vie, celle proposée par Dieu, j’ai fait mon choix. C’est un choix à refaire chaque jour, tant il est vrai que le diable ne quittera notre vie qu’à la fin des temps. Il est comme un lion qui rugit, il va et vient à la recherche de sa proie. Résistons-lui avec la force de la foi, avec cette liberté que donne notre foi. Amen.

samedi 3 octobre 2020

27ème dimanche ordinaire A - 04 octobre 2020

 Ne soyez inquiets de rien, même en temps de COVID.




Nous ne voulons plus être gouvernés par la peur. Ainsi s’intitulaient la tribune signée par plus de deux cents médecins et chercheurs en médecine publiée au cœur du mois de septembre, dénonçant la manière particulièrement anxiogène utilisée par ceux qui nous gouvernent pour communiquer au sujet de la crise sanitaire. Ils ne remettaient pas en cause la nécessité d’une vigilance et de gestes dits barrière pour nous protéger les uns les autres, mais bien une attitude profonde devenue insupportable. Le mensonge, la peur, la répression et la manipulation par les chiffres : voilà qui est insupportable, voilà qui porte gravement atteinte à la conception française de la démocratie ; voilà ce qui engendre la peur chez de nombreux concitoyens qui, bien que le déconfinement ait été prononcé en mois de mai, continuent de s’auto-confiner physiquement et psychologiquement. Non contents de détruire une économie, ils détruisent l’humain en nous, faisant de l’autre, du frère, celui qui est un danger, celui qui peut potentiellement vouloir ma mort et me la donner. 

En écho à cet appel, j’entends aujourd’hui l’appel de Paul aux Philippiens : Ne soyez inquiets de rien. Non pas qu’il nous pousse à l’insouciance, mais il remet nous remet dans la bonne direction. Au cœur des difficultés d’une vie, au cœur des dangers, le croyant doit se souvenir qu’il est né d’un projet d’amour, qu’il vient de Dieu, qu’il est dans la main de Dieu. Cela n’empêche pas de respecter les autres, de veiller sur eux, de se protéger et les protéger si nécessaire – comme nous devons le faire en ces temps incertains – bien au contraire. Paul le souligne d’ailleurs dans ce passage entendu : tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Il ne s’agit pas de vivre isolé, comme sur une île déserte ; il s’agit de faire le bien en toute chose et de rester tournés vers Dieu, source de notre vie et de notre salut : en toutes circonstances, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Paul rejoint ainsi le Christ lui-même qui appelait ses Apôtres à ne pas avoir peur. 

La peur doit être notre ennemi n°1. Elle est incompatible avec la confiance que nous devons avoir en nous, en l’homme, en Dieu. La peur empêche de vivre ; elle empêche d’être libre ; elle empêche des relations saines ; elle empêche de s’ouvrir à l’avenir. La peur nous enferme, alors que notre foi au Christ nous rend libres. Pour combattre la peur, le croyant s’appuiera sur sa foi d’abord ; il approfondira le mystère de l’amour de Dieu qui aime tout homme et qui a pour lui un projet de salut. Ensuite il cultivera son intelligence et éclairera sa conscience : il trouvera ainsi le chemin pour sortir de la peur qui paralyse. Ne renonçons pas à réfléchir librement. On nous manipule avec des chiffres ? Cherchons à les comprendre et à les mettre en perspective. L’OMS s’affole du million de morts du coronavirus ; certes, c’est beaucoup : pourtant cela ne fait que 0,015 % de la population mondiale. A côté de cela, un enfant meurt toutes les cinq seconde dans le monde, selon l’UNICEF : je n’ai entendu personne s’en émouvoir, ni supprimer la faim, ni empêcher certains de se goinfrer ! Certes, ces enfants ne meurent pas dans les pays riches ; ils sont invisibles bien que bien plus nombreux que 0, 015 % de la population mondiale. 

Nous ne sommes pas faits pour la peur ; nous ne sommes pas faits pour nous inquiéter toujours et de tout. La peur est mauvaise conseillère, dit la sagesse populaire avec raison. Elle fait prendre des décisions contestables, elle fait poser des actes regrettables. Il nous faut, de manière urgente, retrouver la confiance en l’homme pour vivre à nouveau sereinement. Il nous faut retrouver la confiance en Dieu pour croire à nouveau qu’il nous appelle à une vie plus grande et plus belle. Nous sommes la vigne que Dieu a plantée, dont il prend soin et dont il attend de bons fruits. La peur fera pourrir nos fruits ; la peur fait déjà pourrir nos vies. Reprenons la prière du psalmiste pour retrouver confiance et espérance : Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés. Amen.

samedi 27 janvier 2018

04ème dimanche ordinaire B - 28 janvier 2018

Es-tu venu pour nous perdre ?






Es-tu venu pour nous perdre ? Cette question de l’homme possédé adressée à Jésus en entraîne, selon moi, une autre qui me tarabuste depuis quelques temps. Elle se pose ainsi : comment parlons-nous de Dieu ? Cette question ne s’adresse pas qu’aux prédicateurs ou aux catéchistes qui, par leurs fonctions, doivent parler de Dieu. C’est une question qui s’adresse à tout chrétien : ce que tu dis de Dieu, dans tes actes et dans tes paroles, donne-t-il envie de suivre Jésus ou non ?  

Es-tu venu pour nous perdre ? Il y eut une époque, celle de mon enfance, où j’avais l’impression quelquefois que Dieu (ou Jésus) était l’empêcheur de vivre. C’était le rabat-joie absolu. Les catéchistes nous énuméraient la longue, (trop longue) liste de ce que nous ne pouvions pas et ne devions pas faire si nous voulions être l’ami de Jésus. En même temps, elles nous déroulaient la longue (trop longue) liste des efforts à faire pour témoigner de notre amitié envers Jésus. Cette liste était sans fin, et quoi que vous fassiez, vous n’en faisiez jamais assez. Vous ne transpiriez jamais assez pour Jésus. La religion devenait un sport épuisant. Etre véritablement chrétien semblait hors de portée. Si vous n’arriviez pas à aligner un certain nombre d’efforts à la fin de votre carême, vous étiez perdus. Je me rends compte aujourd’hui que la seule question qu’il aurait fallu poser aux prêtres et catéchistes était celle de l’homme possédé : puisque Dieu semble impossible à contenter, pourquoi est-il venu ? Est-il venu pour nous perdre ? Jésus se réduit-il à celui qui me rappelle que je ne serai jamais assez bien pour lui, toujours trop faible, pas assez cela, manquant de ceci… ? Que disons-nous de Dieu ? Que disons-nous de Jésus ? Que disons-nous de notre relation avec lui ? Nous devons réinterroger notre manière de parler de Dieu aux autres et vérifier qu’elle ne soit pas la source de leur éloignement.  

Es-tu venu pour nous perdre ? Cette question n’est pas une vieille question. Beaucoup de nos contemporains affirment encore l’aliénation de l’humanité lorsqu’elle prend en compte l’affirmation de l’existence de Dieu. Pour que l’homme soit libre, il faut exclure Dieu de la vie de l’homme. Nous entendons à nouveau, ces dernières années, dire que la source des problèmes que l’homme rencontre, c’est Dieu et les religions. Certains font des raccourcis terrifiants, du genre : sans Dieu, pas de guerre ! Sans religion en France, il n’y aurait pas d’attentats, puisque ceux qui les commettent se revendiquent de Dieu. Ces gens-là n’interrogent même plus Jésus ; ils affirment qu’il est venu pour nous perdre. Ils affirment que Dieu est l’empêcheur de vivre en paix. Ils affirment que Dieu est l’empêcheur de vivre en liberté. Le salut n’est pas, pour eux, en Jésus ; le salut, pour eux, réside dans la négation de Dieu. Face à eux, nous pourrions dire que c’est un combat d’arrière-garde, des reliquats des pires moments de l’histoire de France quand l’anticléricalisme et l’antichristianisme étaient à leur comble. Mais nous ferions mieux de renouveler et notre discours sur Dieu et notre art de vivre avec Dieu, pour que ceux-ci manifestent en toutes choses la tendresse de Dieu pour les hommes, son désir de salut, son désir de vie pour l’homme.  

Regardez et écoutez Jésus : face à l’homme qui l’interroge, il ne lui refait pas le catéchisme. Il ne lui dit pas : tu ne sais ni qui je suis, ni de quoi tu parles. Le possédé sait parfaitement qui est Jésus et l’affirme sans détours : Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. Cet homme possédé, Jésus ne va ni le convertir, ni le condamner. Mais à cet homme possédé, Jésus donne une parole de salut qui lui rendra sa liberté véritable : non pas la liberté de vivre sans Dieu, mais la liberté de vivre sans le Mal : Sors de cet homme, dit-il. Et l’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Voilà révélée au grand jour la mission véritable de Jésus : rendre à l’homme sa liberté première, celle qui était sienne quand il n’avait pas encore désobéi à Dieu, celle qui est toujours sienne parce qu’il est à la l’image et à la ressemblance de Dieu. L’humanité ne trouve sa liberté qu’en Jésus qui vient la libérer du Mal. Il est faux de croire et de dire que l’humanité trouvera sa liberté en-dehors de Dieu : elle ne trouve là que l’aliénation au Mal qui la possède, la tourmente et la détruit. Encore faut-il que les croyants vivent en libérés pour que les hommes puissent croire en celui qui veut les rendre libres. 

Croyants en Jésus, nous avons à témoigner par notre vie de cette libération en refusant les logiques d’exclusions, de séparations, de divisions, d’oppositions. Disciples du Christ, profondément unifiés par lui, nous avons à être signe de l’œuvre de Dieu en nous. A l’écoute de sa parole, nous trouverons le chemin de la vie parfaitement libre, parfaitement fraternelle, parfaitement pacifique. Laissons-nous rejoindre par Jésus et soyons, en paroles et en actes, témoins du Christ venu, non pas pour perdre l’homme mais pour lui rendre sa vie et sa liberté. Amen.

 (Dessin de M. Leiterer)

samedi 18 février 2017

07ème dimanche ordinaire A - 19 février 2017

Un Dieu à hauteur de l'homme ou un homme à la hauteur de Dieu ?






L’homme moderne n’aime rien moins que d’être contraint, surtout en France. N’est-ce pas, la Révolution nous a apporté notre liberté chérie, et dès lors, tout ce qui semble être une entrave à cette liberté devient insupportable. Le slogan : il est interdit d’interdire ! est poussé dans ces derniers retranchements, transformant l’adulte en éternel adolescent insatisfait à perpétuité. Dès lors qu’il veut quelque chose, même si c’est considéré a-moral ou a-normal par les normes de la société, il faut faire évoluer ces dernières pour que son désir ne soit pas frustré. Comment peut-il alors recevoir la Parole de ce dimanche comme une Bonne Nouvelle, elle qui vient justement mettre un frein à sa liberté de se venger, à sa liberté de haïr, à sa liberté de vivre comme il veut loin de toute référence, et surtout de toute référence religieuse ! Toute expérience de Dieu semble vouée à l’échec, si ce n’est à la moquerie : tu crois encore en Dieu, toi ? Evolue un peu, sois libre ! 
 
Les tentatives de circonscrire Dieu et son « pouvoir » sur les hommes ont été nombreuses, de tous temps. Prenons les dieux romains : ils ne sont pas parfaits, ils ont commerce avec les hommes (enfin, surtout avec leurs femmes !), et semblent plus justifier les travers des hommes que d’inviter les hommes à s’élever. Je dirais que ce sont des dieux à hauteur d’hommes. Ils vivent dans un monde parallèle, et leurs incursions dans le monde des hommes sont rarement porteuses d’avenir ou de bonheur. Ils sont en fait presque l’excuse suprême à tous les travers humains. Comment les hommes pourraient-ils être fidèles si les dieux se font des infidélités ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre la tempérance alors que leurs dieux sont intempérants ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre de leurs dieux l’amour véritable alors que ceux-ci ne cessent de s’affronter, de se jalouser ? Ce seraient presque des dieux pour l’homme moderne : ces dieux romains sont souverainement libres ; vivons donc comme eux ; ils ne sont pas trop dérangeants ! Ils sont à la portée des hommes et n’entravent pas leur sacro-sainte liberté. 
 
J’en entends déjà dire que, dans le christianisme aussi, Dieu s’est mis à hauteur d’homme en Jésus. C’est vrai ; encore faut-il préciser pourquoi il s’est mis à hauteur d’homme. Il ne s’est pas mis à hauteur d’homme pour se complaire dans leur travers, ni pour se jouer d’eux. En Jésus, Dieu se met à hauteur des hommes pour que les hommes puissent se mettre à la hauteur de Dieu. Ce n’est pas une petite incursion, histoire de voir ce que ça fait d’être comme un homme. C’est un engagement absolu, par amour des hommes, pour rendre à ces derniers la ressemblance avec Dieu qu’ils ont perdu du temps de Noé. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour sauver les hommes ; quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour les libérer du péché, du Mal et de la Mort. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour leur offrir une vie à la hauteur de la sienne. Nous comprenons alors sa proposition faites aux hommes d’être saints, car lui, le Seigneur Dieu, est saint. Il s’agit, depuis Moïse et jusqu’à Jésus Christ, de faire entrer l’homme dans le monde de Dieu, dans les pensées de Dieu, et non l’inverse. Certes, la liberté comprise comme « je fais ce que je veux quand je veux, comme je veux, avec qui je veux » en prend un coup. En invitant les hommes à la sainteté, il les invite à se soucier d’abord des autres avant de se soucier d’eux-mêmes. Et voilà qu’en Jésus, l’homme est invité à se mettre à la hauteur de Dieu comme jamais auparavant. Vous avez appris qu’il a été dit : … eh bien ! moi, je vous dis d’aller encore plus loin dans l’amour et de refuser toute forme de violence : il vaut mieux se prendre une deuxième gifle que de répliquer méchamment ! Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Aimez donc vos ennemis ! 
 
Ce qui semble être un durcissement de la Loi est en fait une libération vis-à-vis de la Loi : tu peux aller plus loin dans l’amour que ce que la Loi prescrit. La violence régulée qu’elle avait mise en place (œil pour œil, dent pour dent), tu peux la remplacer par plus d’amour, plus d’attention à l’autre, parce que c’est ce que Dieu fait vis-à-vis de toi : il pardonne toutes tes offenses, te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Il est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Si tu veux marcher humblement avec ton Dieu, tu dois vivre, penser et agir comme lui. Il ne veut pas ta mort, mais ta vie ; il ne veut pas ton malheur, mais ton bonheur. Et Jésus t’offre ce bonheur et cette vie en se livrant sur la croix. Là, au pied de la croix, tu peux voir que Dieu est sérieux avec toi quand il t’invite à vivre ainsi. Combien de dieux romains ont donné leur vie pour les hommes ? Combien de dieux à hauteur d’hommes entraînent les hommes vers le haut, vers un absolu, vers un accomplissement qui ne se fait pas au détriment des autres mais avec les autres et pour les autres ? A part Jésus, je n’en vois aucun ! Lui seul, vrai Dieu, s’est fait vraiment homme pour que tous les hommes qui croient en lui puissent parvenir à la hauteur de Dieu, à la hauteur de l’amour de Dieu pour tous. Il a fait de nous un sanctuaire de Dieu, un sanctuaire à sa hauteur : parfaitement saint, parfaitement capable de l’accueillir. 
 
Quand Jésus réinterprète la Loi en y injectant une bonne dose d’amour, il invite l’homme à choisir son Dieu : soit il choisit le Dieu qui aime, en aimant à son tour, soit il choisit un dieu à sa hauteur pour qu’il puisse continuer à ne penser qu’à lui, à ne vivre que pour lui seul, quitte à écraser les autres. Le choix est tien maintenant : un Dieu à la hauteur de l’homme ou un homme à la hauteur de Dieu. Choisis bien pour vivre mieux. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 23 mai 2015

Pentecôte B - 24 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à vivre de l'Esprit Saint.




Aujourd’hui se réalise pour l’Eglise la promesse faite par Jésus : celui qu’il a promis d’envoyer d’auprès du Père quand il serait retourné chez lui, l'Esprit Saint, est donné en abondance. Mais il ne suffit qu’un don soit fait ; il faut encore que ce don soit accueilli. Avec les Apôtres, apprenons donc à vivre de l'Esprit Saint. 
 
Les évangélistes Jean et Luc s’entendent sur ce point : vivre de l'Esprit Saint, c’est témoigner du Christ. Nous l’avons entendu chez Jean : Quand il viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage. Et Luc nous a montré les Apôtres qui se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit, au point que les auditeurs s’étonnaient : tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. L'Esprit Saint que nous recevons à notre baptême et qui fait de nous des fils, fait de nous des fils parlant, témoignant de Dieu et non des muets par soucis de discrétion ou de bien-pensante laïcité. Ce don qui nous est fait est un trésor à partager, et non à garder jalousement pour nous. Un chrétien qui ne témoigne pas de sa foi est un chrétien qui a oublié l'Esprit Saint. 
 
Ce besoin de témoigner provient de l’effet premier que provoque l'Esprit Saint : il nous rend libre. Quand l’Esprit fond sur eux, les Apôtres sortent du lieu où ils étaient, ils vont parler : ils sont libres. Ils ne sont plus ces hommes et ces femmes qui s’enfermaient par peur, comme nous les voyions au jour de Pâques, tremblants et terrifiés. Malgré la foule, malgré les nations rassemblées à Jérusalem en ce jour de fête juive, ils sortent, ils parlent, ils vont au contact des autres. Vivre de l'Esprit Saint, c’est vivre libre. La peur s’efface quand l’Esprit, le Défenseur, est accueilli dans une vie. Le témoignage devant les hommes et la liberté reçue sont indissociablement liés : en témoignant du Christ et de sa puissance de vie, je deviens libre ; en accueillant cette liberté que donne la puissance de l'Esprit Saint, je me sens poussé à témoigner. Comment pourrais-je ne pas partager et cette liberté retrouvée et celui qui me procure cette liberté ? 
 
Ceci étant posé, nous pouvons alors faire un pas de plus avec saint Paul. L’extrait de la lettre aux Galates ne laisse planer aucune ambiguïté. Nous pouvons vérifier très concrètement que nous vivons de l'Esprit Saint aux fruits que produit notre vie. Là où il y a amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi, l’Esprit est présent, l’Esprit est à l’œuvre. Il n’est pas un esprit belliqueux. Il est donné pour un mieux vivre, pour un mieux-être. Ce n’est peut-être pas un hasard si le symbole liturgique de l'Esprit Saint est de l’huile parfumée : de l’huile pour permettre aux rouages de nos vies de tourner sans trop grincer, du parfum pour rappeler le côté agréable de la vie en Dieu. 
 
A tous ceux qui pensent aujourd’hui encore qu’il faut libérer enfin l’humanité de toute trace de la présence de Dieu parce qu’il opprimerait l’homme, parce qu’il l’enfermerait dans un infantilisme mortifère, la fête de la Pentecôte est donnée en remède. Elle nous rappelle que Dieu nous veut libre de toute peur, heureux de vivre les uns avec les autres dans la concorde et la paix, avec un horizon plus large que nos simples désirs. En apprenant avec les Apôtres à vivre de la présence de l'Esprit Saint, nous apprenons à vivre en grand, nous apprenons à réaliser pleinement notre humanité au bénéfice de tous. Voilà une bonne nouvelle à transmettre et à vivre. Pouvons-nous espérer mieux ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses l'Ile de France)

samedi 14 février 2015

06ème dimanche ordinaire B - 15 février 2015

Avec Jésus, pas d'exclusion !





Quand un homme aura sur la peau une marque de lèpre, il sera impur, il habitera à l’écart du camp. C’est en ces termes que le Livre des lévites nous indique la conduite à tenir devant cette maladie, pour laquelle il n'y avait, à l’époque, aucun remède et de laquelle il fallait préserver les autres membres de la tribu. Ce qui peut nous sembler choquant comme attitude, relevait d’abord du bon sens face à un fléau que personne ne savait combattre. 
 
Lorsque Jésus rencontre un lépreux, son attitude déroge à la règle dictée par la Loi. Il va à la rencontre du lépreux, il le touche et prononce la parole de purification : Je le veux, sois purifié. Il le fait, parce qu’il a ce pouvoir de rendre la vie à ce qui était mort, parce que son union intime à Dieu lui permet de restaurer en l’homme ce qui le coupait de ses frères. Son geste est une invitation à voir en tout homme, quelle que soit sa situation, sa maladie, un homme profondément aimé et aimable, un membre de la communauté humaine, membre souffrant certes, mais pas un exclu, pas un paria. En rendant la santé à ce lépreux, il fait bien plus que le guérir : il le réintègre dans la communauté humaine, dans la communauté des croyants. C’est aussi une question de bon sens que de reconnaître en chacun un frère. Personne n’est à identifier définitivement avec ses actes ou son état de santé. Personne ne peut être exclu de la famille humaine parce qu’il ne répond pas ou plus aux critères qu’elle s’est fixée. En rendant la santé à ce lépreux, Jésus nous révèle surtout le sens ultime de sa venue : délivrer l’homme de tout ce qui l’empêche de vivre, supprimer définitivement toute trace de haine, de mal, éradiquer le péché profondément. 
 
Et le péché, dans cette histoire, n’est pas à chercher du côté du lépreux. C’est le péché de tous les hommes qui dressent des murs entre eux, le péché de ceux qui décident de qui est fréquentable et qui ne l’est pas, le péché de ceux qui voient en l’autre un grand pécheur et qui se prétendent eux, seuls justes. 
 
En ce sens, nous pouvons réfléchir sur les conséquences des lèpres modernes qui provoquent toujours exclusion, méfiance, racisme. Nous avons à nous placer sous le regard miséricordieux de notre Dieu. L’Eglise a reçu du Christ un signe pour dire l’amour de Dieu à tous les hommes, pour nous rappeler que personne n’est exclu de la miséricorde pour peu qu’il se laisse toucher par le Christ : c’est le sacrement de la réconciliation. Cela passe, et c’est une évidence, comme pour le lépreux, par une rencontre personnelle avec celui qui donne la vie. Cette rencontre s’effectue en Eglise, à travers la personne du prêtre, ministre des sacrements, signe au milieu des hommes de la tendresse et de la miséricorde de Dieu pour chacun. Parce qu’il est lui-même pécheur réconcilié, appelé par le Christ à son service et au service de ses frères, le prêtre devient le témoin privilégié de cet amour et de ce pardon que Dieu ne cesse d’offrir.  Quand il exerce ce ministère particulier de la réconciliation, il se doit, comme Paul, d’imiter le Christ
 
Le pardon offert, le pardon reçu réintègre donc à l’unique Corps du Christ qu’est l’Eglise ; il restaure en l’homme l’image de Fils de Dieu. Le pardon libère effectivement de la lèpre du péché. Il n’y a dès lors plus de crainte à avoir, plus de raison de vivre à l’écart des autres. Il n’y a plus davantage de raison d’exclure quelqu’un. Tous, pécheurs réconciliés en Christ, nous pouvons proclamer les merveilles que Dieu accomplit pour nous, par amour, gratuitement. Tous, nous pouvons être de ceux qui donnent envie de rencontrer et de suivre le Christ sur ce chemin d’amour et de pardon. Heureux sommes-nous, nous qui obtenons notre pardon dans la mort et la résurrection du Christ ! Nous sommes, à l’image du lépreux, appelés à une vie nouvelle, libérés de tout ce qui nous coupe du monde et de Dieu. Si cela n’est pas une bonne nouvelle, à quelques jours de l’entrée en Carême, que vous faut-il ? Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 31 janvier 2015

04ème dimanche ordinaire B - 01er février 2015

Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?




Noël n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Les anges qui chantaient la gloire de Dieu, les bergers qui se précipitaient à la crèche, les mages : tout le monde est désormais rentré, retourné à sa  vie d’avant. Chez nous, les personnages de la crèche sont bien rangés, ou s’apprêtent à l’être dès demain puisque la fête de la présentation du Seigneur au Temple est la date ultime de l’exposition de la crèche. Si nous avions vécu à l’époque de Jésus, peut-être aurions-nous eu la chance d’être auprès de Jean le Baptiste lorsque Jésus est venu pour être baptisé par lui. Toujours est-il que nous le retrouvons aujourd’hui, avec ses premiers disciples à Capharnaüm, dans la synagogue où il enseigne. Soudain, un cri : que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? 
 
Nous ne pouvons pas ne pas entendre cette question aujourd’hui ! Elle doit même, en un sens, devenir notre question. Que nous veut-il ce Jésus de Nazareth avec son enseignement nouveau ? Vient-il changer notre religion ? Vient-il bouleverser nos habitudes ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ? Ces questions sont nécessaires pour ne pas ranger simplement Jésus au rang des grands personnages de l’Histoire. Ces questions nous permettront de passer du Jésus de l’Histoire au Jésus de la Foi. Le cri qui est adressé à Jésus pose la question de sa légitimité. Car nous sentons bien, depuis que nous suivons Jésus dans l’Evangile de Marc que quelque chose se prépare, que quelque chose de neuf est en train d’advenir. Oui, que nous veut-il, ce Jésus de Nazareth ?
 
Mais le cri de cet homme ne s’arrête pas à ce questionnement ; il se prolonge en une affirmation étrange pour celles et ceux qui l’entendent : Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. L’homme qui pousse ce cri étant tourmenté par un esprit impur, je ne suis pas certain que les auditeurs aient tous donné crédit à cette dernière affirmation. S’ils peuvent aisément faire leur ses questions (ne s’interrogent-ils pas sur le sens des événements auxquels ils assistent ?), je ne suis pas sûr qu’ils reconnaissent déjà en Jésus celui que Dieu envoie. Ils ont dû mettre cette dernière affirmation sur le compte de la folie de cet homme : il dit n’importe quoi, il est tourmenté par un esprit impur ! 
 
La réaction de Jésus aurait dû leur mettre la puce l’oreille : Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » Il impose le silence. Il a quelque chose à cacher, quelque chose qui ne doit pas encore être su. Quelque chose qui ne sera révélé qu’à la fin de l’histoire ; quelque chose qui ne pourra vraiment être révélé qu’à ce moment-là, lorsque Jésus sera cloué en croix. C’est le secret de la personne de Jésus. Le cri de l’homme tourmenté trouve ici une première réponse, mais la réponse définitive ne sera révélée qu’avec sa mort et sa résurrection. 
 
Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Si c’est l’esprit impur qui parle à travers cet homme, alors la réponse est oui : Jésus est venu combattre le Mal qui empêche l’homme de vivre sa pleine humanité. Si c’est l’homme qui pose la question, la réponse est : non, Jésus n’est pas venu nous perdre, il est venu nous sauver, il est venu nous rendre notre pleine dignité. Il a autorité sur les forces opposées à une humanité libre, il a autorité sur les forces qui s’opposent à une humanité consciente de sa dignité. Il vient redire à l’homme qu’il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il vient rendre Dieu aux hommes et rendre les hommes à Dieu. Hors de l’homme tout ce qui n’est pas Dieu ; hors de l’homme, tout ce qui s’oppose à Dieu ; hors de l’homme, tout ce qui entrave sa liberté ; hors de l’homme, tout ce qui salit sa pureté. Que l’homme soit seulement mais totalement ce que Dieu en a fait ! 
 
Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Que ces questions, loin de nous troubler, soient pour nous source d’apaisement et de réconfort. En suivant Jésus, en écoutant son enseignement, en regardant ce qu’il fait, nous pouvons acquérir la certitude qu’un monde nouveau est inauguré, que le règne du Mal touche à sa fin. Avec Jésus, nous n’avons rien à perdre ; avec Jésus, nous avons tout à gagner, surtout notre vie. Amen.
 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France)

vendredi 29 mars 2013

Vendredi Saint - 29 mars 2013

Croire quand Dieu se fait silence.

La liturgie du Vendredi Saint a ceci de particulier qu’elle commence et s’achève sur un silence. En fait, toute la liturgie de ce jour, pour riche qu’elle soit en symboles, textes et prières, est rythmée par ce silence qui, en ce jour précis, devient le silence de Dieu. Aujourd’hui, le Dieu qui s’est fait chair et parole en Jésus, choisit de se taire. Il ne dit plus un mot ! Il n’y a que le silence. 
 
Que Dieu se taise, voilà qui devrait réjouir les hommes. Enfin libres, penseront certains. Si Dieu ne parle plus, c’est comme s’il n’existait plus ! Nous en sommes enfin débarrassés ! Les tenants d’une laïcité de combat qui s’apparente plus à un laïcisme étroit peuvent exulter ! Il se tait ; il n’a plus rien à dire ! C’est le triomphe de l’homme, l’homme seul maître à bord ; l’homme, seul Dieu après l’homme. Enfin l’homme est maître de son destin ; enfin l’homme se retrouve au centre de son univers. Quelle limite pourrait encore l’entraver ? Quel obstacle pourrait encore l’empêcher de se prendre pour le maître du monde ? 
 
Pour l’homme de foi, le silence de Dieu est moins réjouissant. Il aimait bien, le croyant, que Dieu s’adressât à lui, que Dieu conversât avec lui. Dieu était sa boussole, son confident, sa source d’inspiration pour toute sa vie. Si Dieu se tait, l’homme croyant a-t-il encore des raisons de croire ? Si Dieu se tait, cela ne signifie-t-il pas que le croyant s’est trompé ? Devant le silence de Dieu, le croyant s’interroge. En méditant la passion du Christ selon le témoignage de Jean, il s’apercevra alors que Dieu se tait d’abord parce qu’il n’est plus entendu. Il ne sert à rien que Dieu parle, puisque les hommes ne comprennent plus ce qu’il dit. Pilate en est l’exemple marquant. Ses repères ne sont pas ceux de Jésus : comment pourrait-il comprendre quelque chose à la royauté de Jésus ? Comment pourrait-il comprendre ce qu’est la vérité dont parle Jésus, lui qui n’entend que des mensonges au long de ce procès truqué ? En Jésus, en ce jour, Dieu se tait. Il ne parle plus avec des mots ; mais son silence n’est-il pas un cri dans la nuit des hommes ? Le silence de Dieu ne parle-t-il pas plus fort que tous les mots qu’il a pu dire ? C’est quand même curieux que l’homme se rende plus compte de l’apparente absence de Dieu à cause de son silence que de sa présence réelle lorsqu’il lui parle ! 
 
Dieu se tait, et l’homme semble abandonné à lui-même. Qui lui montrera désormais la route à suivre ? Ses sentiments ? Sa raison ? Ses humeurs ? On voit ce que cela donne lors de ce procès. Dieu se tait, et les hommes demandent la grâce d’un terroriste et la mort d’un innocent ! Ils sont beaux, les sentiments de l’homme ! Dieu se tait, et c’est le triomphe du Mal, de celui qui n’a eu de cesse de s’opposer à Dieu. Mais peut-être avait-il le droit d’avoir son jour, le Mal, ne serait-ce que pour lui donner l’illusion de la victoire en attendant qu’il soit abattu, une fois pour toute. Si Dieu se tait, c’est peut-être pour ne pas révéler sa stratégie, et remporter une victoire totale ! Car Dieu, en se faisant silence, n’abandonne pas l’homme : il accompagne l’homme dans sa souffrance ; il traverse avec lui l’épreuve, pour mieux l’en sauver. Le silence de Dieu n’est ni abandon, ni acceptation de la victoire Mal. Le silence de Dieu nous invite en fait à une foi renouvelée. 
 
Dieu se tait donc, et l’homme de foi est encore invité à croire. A croire malgré tout. Car Dieu ne peut pas se taire indéfiniment. N’est-ce pas ce que semble dire l’auteur de la lettre aux Hébreux ? Certes, Jésus, par obéissance, est allé jusqu’à la mort sur la croix. Mais cette obéissance silencieuse, en fait, était encore une parole de Dieu adressée aux hommes. A cause de cette obéissance, Jésus est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent (ceux qui croient en lui), la cause du salut éternel. Ceux qui se réjouissaient du silence de Dieu, se sont réjouis trop vite. Ce silence, cette mort, ne sont pas le signe de la fin de l’histoire. Dieu se tait pour marquer une pause, une pause salutaire. Ce silence de Dieu doit aussi permettre à tout homme de parler, de se prononcer devant le signe de l’Innocent condamné et mis à mort. Qui est-il, pour toi, celui qui est élevé sur la croix ? Le Mal est-il l’horizon que tu te choisis ? Le silence de Dieu appelle une parole de l’homme, une parole de foi, une parole de vérité, une parole de vie. Pour que l’homme puisse dire sa foi, il faut bien que Dieu se taise un instant et entende la réponse de l’homme à toutes ces paroles prononcées, à tous ces actes posés par celui qu’il a envoyé. Dieu se tait, et l’homme peut soit rejoindre ceux qui nient jusqu’à l’évidence  - il ne fallait pas écrire : Roi des Juifs ; il fallait écrire : cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs - ; soit accueillir en Marie, le dépôt de la foi, puisque Marie gardait tout, depuis le début, dans son cœur.
 
Dieu se tait ; mais il nous laisse sa mère en héritage. Avec elle, nous pouvons faire mémoire de tout ce que Jésus a dit et fait. Avec elle, nous pourrons refaire le chemin de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu. C’est le chemin d’une humanité libérée du Mal, le chemin d’une humanité solidaire, attentive aux besoins de tous. Dieu se tait, et avec Marie sa Mère, nous pouvons méditer tout cela dans le silence de notre cœur et le mettre en pratique dans notre quotidien. Dieu parlera à notre cœur et notre cœur connaîtra la paix et la joie. Amen.
 
(Tableau de Francis SCHNEIDER, Chemin de croix, Station 1ère, Jésus devant Pilate, Eglise de Fort-Louis, Bas-Rhin)

samedi 12 février 2011

06ème dimanche ordinaire A - 13 février 2011

Si tu le veux...



Si tu le veux, tu peux observer les commandements. On pourrait croire, un peu vite, que tout est dit de nos relations avec Dieu dans cette phrase extraite de notre première lecture. Pourtant, cette affirmation de Ben Sirac le Sage n’est pas aussi anodine que cela. Elle me semble même paradoxale. En fait, elle a quelque chose de libérant et de terrifiant en même temps.

Si tu le veux, tu peux observer les commandements. C’est une liberté qui m’est offerte. Rien ne m’oblige ! Si tu veux… tu peux… Personne ne saurait me contraindre. Je suis libre face aux commandements de Dieu. Une lecture trop rapide pourrait faire croire que je peux donc faire mon marché et choisir les commandements que je voudrais respecter et laisser ceux qui me déplaisent. A l’époque de Ben Sirac, il existe une telle multitude de petits commandements annexes (plus de 600) que personne ne peut les connaître vraiment tous. Si j’en oublie un au passage, ce n’est pas si grave : il me suffira d’invoquer cet argument : Si tu le veux. Je ne suis pas sûr que Ben Sirac visait un relativisme de la Loi de Dieu. Sa proposition se situait plutôt en amont : si tu veux vivre la Loi, vis-la ; si tu ne veux pas, laisse-la. La Loi n’est pas un marché où l’on prend ce que l’on veut. C’est la Loi et toute la Loi ou ce n’est pas la Loi. Ce que Jésus traduira dans l’Evangile par cette phrase : Quand vous dites « oui », que ce soit un « oui », quand vous dites « non », que ce soit un « non ». Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. La liberté qui m’est offerte au départ est une liberté qui m’engage. L’homme croyant n’est ni une girouette, ni un culbuto !

Et c’est là que l’on comprend ce que cette affirmation de Ben Sirac a de terrifiant : si je choisis la Loi et que je suis incapable de la respecter totalement, qu’adviendra-t-il ? Mon « oui » peut-il devenir un « non », ou mieux un « peut-être » ? Jésus est clair : oui, c’est oui ; non, c’est non. La liberté qui m’est offerte n’est donc pas un droit à faire n’importe quoi, n’importe quand. La liberté qui est offerte est une liberté initiale, la liberté de choisir un mode de vie, la vie ou la mort, l’eau ou le feu. Il faut choisir un chemin, et le reste suivra, le reste sera donné.

Quand Jésus parle de la Loi, il la relit de manière sévère, à tel point qu’il est légitime de s’interroger qui peut encore la respecter : plus le droit à la colère, ni à l’insulte, pas même un regard d’envie sur quelqu’un ! En fait, ce qui compte pour Jésus, c’est que notre rapport à la Loi dépasse celui des scribes et des pharisiens, dépasse le légalisme forcené. N’oublions pas que Jésus a réinterprété toute la Loi dans un unique commandement qui surpasse tout : Aime Dieu et ton prochain. Dans l’amour, rien ne se fait de mal. Il a dit aussi : ce que tu veux que les autres fassent pour toi, fais-le pour eux ! Voilà deux paroles qui me permettent de poser le choix initial, en toute liberté, avec la certitude que mon « oui » restera un « oui ». Je n’ai plus à craindre d’oublier de respecter un commandement ; dès lors que j’aime vraiment, je suis juste ; dès lors que j’aime, je mets en application la Loi de Dieu.

Si tu le veux, tu peux observer les commandements ! Si tu le veux, tu peux aimer. Il suffit de tourner ton regard vers Jésus Christ. Il te montre le chemin de l’amour véritable ; il te montre le chemin de la Loi parfaite. Et comme se plaisait à dire Saint Augustin : Aime, et fais ce que tu veux !





(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu, voir mes liens)

samedi 28 août 2010

22ème dimanche ordinaire C - 29 août 2010

Sois humble, sois libre !


Une lecture trop rapide de l’évangile pourrait nous entraîner sur une voie moralisante aujourd’hui. Les paraboles entendues ont un goût de : « fais pas ci, fais pas ça ! » Essayons donc de dépasser cette approche et entrons dans le cœur de ces histoires. Pour mieux les comprendre, ouvrons l’évangile de Luc pour bien resituer le passage que nous avons entendu. Il commence par une guérison le jour du sabbat, après cette question de Jésus : « Est-il permis de guérir ou non, le jour du sabbat ? » Une manière d’affirmer que ce qui compte, c’est l’homme et le bien qu’il peut faire. Le passage que nous avons entendu se poursuit par cette exclamation d’un des convives : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » Et une nouvelle parabole sur les invités au festin qui s’excusent de ne pouvoir venir et qui sont remplacés par ceux qui traînent dans les rues. Ainsi resituées, nos paraboles prennent leur vrai sens : elles ne sont pas une leçon de moral mais un avertissement adressé à ceux qui veulent entrer dans le Royaume. Elles sont un appel à vivre une plus grande liberté.


Est vraiment libre celui qui est humble ! C’est ce que nous enseigne la première parabole. Elle est pleine de bon sens. Qui d’entre nous aimerait se faire remettre à sa place publiquement lors d’un dîner s’il a pris une place qui n’est pas la sienne ? Imaginez-vous un instant la honte de celui qui s’entendrait dire : « Laisse ta place, elle n’est pas pour toi ! » Pour éviter ce genre de désagrément, Jésus invite à l’humilité. Ne te sur-estime pas ! Ne sous-estime pas non plus ceux qui sont invités ! Ne cherche pas de manière obsessionnelle la première place ; ainsi tu seras honoré lorsque tu seras invité à t’approcher des places d’honneur. Ce qui est vrai de nos repas humains, l’est aussi du repas que Dieu nous prépare. Car c’est bien dans cette perspective que Jésus parle aujourd’hui. Il prend l’exemple de nos coutumes humaines pour nous rappeler que nous sommes invités au repas de l’amour que Dieu donnera lorsque nous lui serons parfaitement unis. Ce qui comptera, ce ne sera pas forcément d’y avoir la première place, d’être celui qui sera tout devant. Ce qui comptera, ce sera simplement d’y participer. La parabole de dimanche dernier nous le disait à sa manière. Le meilleur moyen d’y participer, est de savoir quelle est sa vraie place, de s’y préparer et de tenir cette place dès maintenant. L’invitation à l’humilité adressée et par la première lecture et par l’évangile, n’est pas une invitation à se mépriser. Etre humble ne signifie nullement se rabaisser ! Etre humble, c’est savoir quelle est ma place face à Dieu, savoir et accepter que je ne suis pas Dieu, que je suis créé par lui et écouter sa Parole de vie.

Est vraiment libre celui qui sait s’ouvrir aux autres, celui qui ne se laisse pas enfermer dans des cercles de relations trop étroits ! C’est ce que nous rappelle la deuxième parabole. Lorsque tu invites, n’invite pas seulement ceux qui te ressemblent, ceux qui peuvent faire la même chose pour toi. Invite aussi gratuitement ! Alors toi aussi, tu seras reçu gratuitement dans le Royaume ! Si nous n’invitons que ceux que nous estimons nos égaux, comment pourrions-nous être invités par Dieu ? Aurions-nous la prétention de lui être égal, nous qui sommes pécheurs ? Montre-toi libre dans tes choix, dans tes engagements ; fais des choses gratuitement, sans que cela te rapporte argent, estime ou gloire. Si tu sais te montrer généreux envers les autres, Dieu pourra se montrer généreux envers toi ! Heureux seras-tu alors, car ta générosité provoquera la générosité de Dieu et tu seras reçu à son repas !

Loin de nous présenter des règles morales, Jésus nous indique la route à suivre pour parvenir au repas que Dieu nous prépare. Il nous précise en quoi consiste cette porte étroite qu’il nous invitait à franchir la semaine passée. Sois humble, sois libre : ainsi aucune porte ne te paraîtra trop étroite ! Sois humble, sois libre : ainsi aucune place ne te semblera dévalorisante ! Sois humble, sois libre, et tu connaîtras la joie de participer au repas des noces de l’Agneau ! Heureux ceux qui y sont invités ! AMEN.



(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)