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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 19 avril 2025

Veillée pascale - 19 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a le Christ, Vainqueur de la mort.




(Descente aux enfers, trouvé sur internet)





Nous avions quitté l’église vendredi, accablés de tristesse, sidérés par l’événement de la croix et la cruauté des hommes. Notre espérance se retrouvait mise au tombeau, avec le corps mort de Jésus. Nous nous retrouvons en cette nuit, rassemblés par une affirmation de joyeuse espérance faite devant ce même tombeau : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Les anges nous rappellent ainsi qu’au cœur de toute vie chrétienne, il y a le Christ, vainqueur de la mort. 

Comment cela s’est fait ? Nous n’en savons rien. Nous avons juste le témoignage des anges, la longue relecture de l’histoire du salut telle qu’elle est rapportée dans notre Premier Testament, et la certitude d’un Paul par exemple, pour nous faire comprendre que les événements de la Passion et de la Résurrection de Jésus sont conformes aux promesses faites par Dieu. Nous avons le témoignage des disciples après Pâques que nous relirons dans les Actes des Apôtres tout au long de ce temps pascal. Nous avons cette certitude qui va se faire jour peu à peu : Jésus, celui qui est mort, est ressuscité. La mort n’a pu garder sa proie. La mort est morte. Celui qui nous avait dit qu’il était la résurrection et la vie est sorti victorieux du tombeau. Dieu n’a pas cautionné le procès fait à son Fils ; il restaure dans sa gloire celui que nous avions humilié ; il rend à la vie celui que nous avions fait mourir. 

Cet événement de Pâques concerne désormais toute l’humanité. Plutôt que d’être condamnée par Dieu pour la mort de son Fils unique, lui est offerte la possibilité d’un salut, d’une réconciliation avec Dieu, à cause de Jésus, dont nous comprenons maintenant qu’il s’est livré lui-même à la mort pour accomplir les promesses divines. En prenant le chemin de l’humilité, en s’abaissant, le voici relevé, glorifié par Dieu. Et nous pouvons à notre tour participer à ce relèvement en recevant le baptême. Oui, par le baptême, nous avons été unis au Christ Jésus, à sa mort et à sa résurrection, proclame Paul aux chrétiens de Rome. Par le baptême, nous devenons celui que nous avions rejeté, nous devenons des autres Christ. Nous sommes vivants pour Dieu en Jésus Christ. Ne cherchons pas tout de suite à comprendre tout ce que cela veut dire. Goûtons plutôt la joie d’être libérés du péché et de la mort ; goûtons la joie d’être vivants, pleinement. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre ce que cela signifie, ce que cela implique. Ce soir, c’est la joie d’être vivants en Christ qui doit être première ; ce soir, c’est la vie retrouvée que nous devons célébrer ; ce soir, c’est notre attachement au Christ qu’il faut réaffirmer. Car sans cet attachement au Christ mort et ressuscité, notre baptême serait vain, notre foi serait vaine.

Oui, le Christ est ressuscité ; et dans notre monde marqué par la guerre et la souffrance de tant d’hommes, de femmes et d’enfants, cette résurrection nous engage à lutter pour plus de vie, à lutter pour une attention renouvelée à la sacralité de toute vie. Toute vie humaine a du prix aux yeux de Dieu et il ne revient pas aux humains de dire quelle vie est acceptable et quelle vie est supprimable. La résurrection du Christ est un manifeste à faire de la vie, de toute vie, et en particulier des vies plus fragiles, notre priorité pour qu’elles soient protégées, respectées et accompagnées de leur origine jusqu’à leur terme, dont Dieu seul est le maître. Si la mort du Christ, le seul Juste, nous a révoltés, alors toute mort injuste doit désormais nous révolter. La vie en plénitude que le Christ nous obtient par sa mort et sa résurrection est désormais la nôtre puisque l’œuvre de salut qu’il a accompli, il ne l’a pas fait pour lui, mais bien pour chacun de nous, donnant à la vie des hommes un prix infini. 

La joie de la résurrection que nous célébrons ce soir est appelée à se répandre dans nos vies. Heureux pour le Christ vainqueur de la mort, nous pouvons être heureux pour nous qui bénéficions de cette victoire. Rien, ni personne ne pourra jamais nous enlever cette victoire. Ressuscité, le Christ ne meurt plus. Ressuscité, il nous appelle à une vie plus grande et plus belle. Entrons joyeusement dans cette vie, pleins de reconnaissance pour Jésus, qui nous a ouvert la voie et nous rend participant de sa propre vie. C’est notre foi ; embrassons-la ; c’est notre foi, proclamons-la ; c’est notre foi, vivons-la. Amen. 


samedi 25 janvier 2025

26 janvier 2025 - 3ème dimanche ordinaire C

 Crois-tu cela ?

(Homélie donnée lors de la célébration oecuménique célébrée aujourd'hui dans notre communauté)



(Icône de Nicée, source Wikipédia)





    Crois-tu cela ? En cette année où les chrétiens célèbrent le 1700ème anniversaire du Concile de Nicée qui a défini les mots de la foi chrétienne, c’est le mot d’ordre retenu pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Comme nous l’avons entendu dans l’introduction de cette célébration, c’est la question de Jésus à Marthe qui pleure la mort de son frère Lazare. 

        Crois-tu cela ? Lorsque Marthe accueille Jésus qui arrive enfin, elle semble reprocher à celui-ci d’avoir pris le chemin des écoliers plutôt que d’accourir sans délai lorsqu’il a été prévenu de la maladie de son ami : Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Sans doute espérait-elle un geste, une de ces guérisons dont Jésus a le secret. Après tout, Jésus fait presque partie de la famille ; ils l’ont reçu à leur table ; ils ont droit à quelques égards, non ? Jésus ne s’offusque pas de la question et pose une affirmation surprenante : Je suis la résurrection et la vie. Ceux qui croient en moi, même s’ils meurent, vivront, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Il faut oser poser cette affirmation ; il faut oser l’entendre aussi. Et la reconnaître pour vrai. D’où la question de Jésus : Crois-tu cela ? Nous pouvons décliner cette unique question en une multitude d’autres. Crois-tu que je sois plus qu’un ami pour vous ? Crois-tu que je sois plus qu’un prophète ? Crois-tu que je sois plus qu’un grand homme ? Crois-tu que je sois la résurrection et la vie, c'est-à-dire que je viens bien de Dieu, et que je partage avec lui la vie en plénitude ? Cette question unique à Marthe va comme hanter les premiers chrétiens ; elle nous hante, ou devrait nous hanter encore. 

        Crois-tu cela ? Cela fait 1700 ans que les chrétiens ont défini les mots de la foi qui les rassemblent encore aujourd’hui. Ils sont plus forts que nos séparations, plus forts que nos divergences théologiques. Ils sont les mots qui nous font vivre. Cet anniversaire nous renvoie au début d’une période marquée par la foi chrétienne. Ils jaillissent après des années d’enfouissement et de persécution. Ils jaillissent de la Parole de Dieu après des querelles internes pour savoir comment parler justement du mystère de l’Incarnation et du mystère de la Rédemption. Jésus est-il vrai Dieu et vrai homme ? Jésus ne serait-il pas plutôt un grand homme qui a joué à Dieu ? Et si Jésus est réellement Fils de Dieu comme il l’affirme, comment Dieu peut-il mourir sur une croix ? Jésus n’était-il pas plutôt un homme envahi par l’Esprit de Dieu, mais dont l’Esprit s’est retiré avant qu’il ne meure, Dieu ne pouvant pas mourir ? Les querelles sont nombreuses à l’aube de la libération de notre foi, et les querelles qui suivront des siècles plus tard nous semblent alors futiles. Elles ont pourtant donné naissance à des Eglises diverses qui proclament les mêmes mots de la foi que ceux définis à Nicée. 

        Crois-tu cela ? La question n’est pas formulée ainsi au soir du huitième jour après Pâques, lorsque Jésus apparaît une nouvelle fois à ses disciples, cette fois en présence de Thomas. Pendant huit jours, les dix autres disciples ont essayé de le convaincre, de l’amener à la foi en Jésus mort et ressuscité. Mais Thomas, n’ayant pas fait comme eux l’expérience de le rencontrer ; Thomas, n’ayant pas comme eux reçu l’Esprit Saint que Jésus avait soufflé sur eux, Thomas donc résiste : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Tout ce qu’il demande, c’est de voir comme eux, c'est-à-dire de faire la même expérience qu’eux. Il veut croire, mais à sa manière, à ses conditions, comme les Dix ont cru, à leur manière à la vue des signes. Ne le blâmons pas, Thomas ; nous sommes comme lui. Nous voudrions des preuves, des signes, au moins une prière exaucée de temps en temps pour vérifier que nous ne parlons pas à un tombeau vide ! 

        Crois-tu cela ? C’est la question qui nous est posée par trois fois, lors de chaque nuit pascale, lorsque nous renouvelons la foi de notre baptême. Peut-être avons pris l’habitude de répondre machinalement à ces questions, parce que la liturgie de l’Eglise prévoit que nous disions, comme un seul homme : Je crois. Il faudrait alors que l’anniversaire du Concile de Nicée soit l’occasion de reprendre chez nous, calmement, ce beau texte qui définit la foi des chrétiens et que nous proclamerons ensemble dans un instant. Les catholiques le connaissent bien en latin, puisque c’est le texte que nous proclamons lorsque nous chantons notre foi dans cette langue liturgique. Mais le dire en français devient presque impossible. Je l’ai tenté une fois sur cette communauté de paroisses ; j’ai reçu les critiques les plus vives qui soient, me demandant de justifier l’utilisation de ce texte bizarre et pourtant vénérable. C’est tout juste si l’on ne me reprochait pas de changer la foi de l’Eglise, alors que c’est ce texte qui la définit le mieux. 

        Crois-tu cela ? Ce n’est ni une question pour catholique, ni une question pour protestant, ni une question pour orthodoxe ou anglican ou pour une espèce singulière de chrétiens que nous aurions du mal à reconnaître. C’est la question adressée à tout disciple du Christ, et la réponse à cette question doit être un signe de reconnaissance pour tous ses disciples, sous quelque latitude qu’ils vivent. Je peux voyager n’importe où dans le monde ; si ce texte est proclamé, enseigné, reconnu, je suis chez moi au milieu de ceux qui le disent. Quiconque dit ces mots est chez lui, chez nous. Il est de notre famille, même si son cousin le plus éloigné dans le temps, celui par qui lui a été donné la foi, est Luther si je suis catholique ou n’est pas Luther si je suis protestant. Nous ne partageons peut-être pas la même Eglise, mais nous partageons le même Dieu. N’est-ce pas cela qui importe le plus après tout ? 

        Crois-tu cela ? Si après tant d’années, tant de querelles et tant de déchirures, l’Eglise ne s’est pas effondrée, c’est que Jésus, celui qui la tient et qui y est présent, est bien ce qu’il a affirmé à Marthe. Il est la résurrection et la vie. Il l’est pour les croyants que nous sommes ; il l’est pour nos Eglises qui trouvent en lui, et en lui seulement, le chemin de la réconciliation parfaite, qui est le chemin de la vie parfaite. La foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint vaut plus que les Eglises qui l’enseignent et la confessent. La foi en Dieu Trinité qui nous fait vivre est plus forte que les querelles qui nous séparent encore. Par la grâce de Dieu, un long chemin a été entrepris pour retrouver une pleine communion ; mesurons ces efforts et poursuivons le chemin. A l’heure où le monde moderne semble avoir tiré un trait sur Dieu, nous ne pouvons que reprendre ces mots de Nicée qui nous font chrétiens ; les reprendre, les comprendre, les vivre et les transmettre. Ayons conscience qu’unis dans la diversité, nous vivrons ; mais séparés, enfermés dans nos Eglises respectives, nous mourrons. Tous.

        Crois-tu cela ? La réponse de Marthe est limpide : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. Elle lui vaut de retrouver, pour un temps, ce frère mort, mais rendu à la vie pour que la gloire de Dieu soit reconnue à l’œuvre en Jésus. Lorsque Thomas est interpellé par Jésus : Cesse d’être incrédule, sois croyant, celui-ci répond par cette profession de foi qu’aucun autre disciple n’avait faite jusque-là : Mon Seigneur et mon Dieu ! Il faudra presque trois cents ans pour que cette première profession de foi se développe et précise pour tous qui est Dieu, qui est Jésus Christ, qui est l’Esprit Saint. Sans rien perdre de la fraîcheur et de la simplicité des mots de Thomas, poursuivons l’œuvre des premiers Pères conciliaires et approfondissons notre foi. La connaissant mieux, nous l’estimerons davantage ; l’estimant mieux, nous la vivrons davantage ; la vivant mieux, nous la partagerons au plus grand nombre, en parole et en acte. Ainsi le monde pourra croire et parvenir à la vie éternelle. Amen. 


mercredi 14 août 2024

Assomption - 15 août 2024

 Quand le peuple ouvre la voie.






 

            Le saviez-vous ? La fête de l’Assomption est célébrée depuis quatorze siècles lorsque, enfin – pourrait-on dire – le Pape Pie XII décide, le 01er novembre 1950, de proclamer le dogme de l’Assomption qui affirme ce que le peuple croyait et célébrait depuis longtemps, à savoir que Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Si c’est bien l’Eglise qui définit le dogme, c’est la foi de tout un peuple, répandu par tout l’univers, qui est ainsi entendue et validée. Selon les données du Saint Siège, entre 1854 et 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens. 1 332 évêques et 83 000 prêtres, religieux et religieuses viendront s’y ajouter. Probablement la plus grande démarche synodale organisée non pas par la tête, mais par le corps de l’Eglise. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher une telle foi ? Pour ma part, deux éléments contribuent à cette démarche. 

            Le premier élément, c’est la vie de Marie, et son humilité. Celle qui aurait pu gonfler des chevilles lorsque l’ange lui annonce qu’elle portera le Fils du Très-Haut, entre humblement dans la volonté de Dieu : Voici la servante du Seigneur ; que tout se fasse pour moi selon ta parole ! Et elle restera humble toute sa vie durant. L’Evangile de la Visitation que nous venons d’entendre, nous montre la même Marie ayant reçu le message de l’ange, partir avec empressement chez sa cousine Elisabeth pour se mettre à son service. Celle-ci, en effet, dans sa vieillesse, attendait son premier enfant, lui-aussi fruit de la promesse du Seigneur. Marie ne pérore pas, elle ne se vante pas davantage. Elle chante la grandeur de Dieu et sa bonté envers son humble servante. Elle ne tire pas avantage de sa situation, mais proclame que Dieu agira ainsi pour tous les petits, les humbles, les affamés, ceux qui le craignent, sans oublier Israël, son serviteur. Vous pourrez relire, en rentrant chez vous, tous les évangiles qui nous parlent de Marie (c’est assez vite fait, il n’y en a pas tant que cela), jamais vous ne la verrez ou entendrez s’élever, revendiquer, se mettre en avant. Toujours, comme à Cana par exemple, elle renvoie vers Dieu ou vers son Fils. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a bien raison de nous rappeler que nous allons à Jésus, par Marie. Pas seulement parce que c’est elle qui nous donne Jésus, mais parce que toute sa vie nous montre Jésus. Même sa mort, qui la fait entrer corps et âme en paradis, nous montre Jésus et nous dit que le chemin qu’il a été le premier à emprunter, lui premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis, est le chemin commun pour nous tous. Marie, en son Assomption, nous montre que Jésus a bien vaincu la mort, et que celle-ci n’est plus un obstacle, mais le passage vers la rencontre avec Dieu. 

            Et ceci m’amène au deuxième élément qui justifie, selon moi, cette démarche faite par le peuple de Dieu pour aboutir à la proclamation du dogme de l’Assomption. Nous avons besoin d’être rassurés sur notre avenir. Et la foi en l’Assomption fait juste cela. Bien sûr, nous savons et nous croyons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Paul nous l’a magnifiquement rappelé dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu. Mais c’est Jésus, quoi ! C’est le Fils de Dieu ! Avec Marie, nous avons quelqu’un de chez nous, totalement. Si elle, grâce à son humilité et sa vie totalement menée sous la conduite de l’Esprit Saint, parvient corps et âme en paradis, nous avons l’espérance, malgré notre péché, d’y parvenir nous aussi. Notre corps mortel sera livré à la tombe, mais notre âme pourra s’élever vers Dieu. Nous ne sommes pas que corps mortel ; nous sommes aussi spirituels, animés de l’Esprit Saint que nous avons accueilli au jour de notre baptême, et cette part de nous sera sauvée. Marie nous est donnée comme exemple de vie à mener dans le Christ sous la conduite de l’Esprit Saint ; elle nous est aussi donnée en exemple de ce qui est promis, à la fin de notre vie. Avec Jésus ressuscité, nous pouvions espérer ressusciter nous aussi et participer à sa gloire. Grâce à Marie, nous savons que cela est possible puisque la foi du peuple, avant la foi de l’Eglise, nous disait cela possible quand nous méditions le mystère de l’Assomption avant même qu’il ne fut un dogme. Quand Jésus nous dit qu’il donne sa vie pour nous, pour notre vie, nous pouvons le croire ; il dit vrai et sa mort en croix et sa résurrection d’entre les morts nous ouvrent le chemin vers la vie. Marie, en son Assomption, semble nous dire : comme moi, vivez selon la parole du Christ, et comme moi, vous parviendrez au Royaume où Dieu nous attend. Ne crains pas de croire ; ne crains pas d’être humble ; ne crains pas la mort. La vie éternelle est offerte à ceux qui croient ; la vie éternelle est offerte aux humbles ; la vie éternelle est offerte à ceux qui passent la mort avec le Christ. Il est notre salut, notre gloire éternelle. 

            Aujourd’hui, réjouissons-nous que le peuple de Dieu ait montré la voie à l’Eglise. Réjouissons-nous pour Marie qui entre dans la gloire de Dieu. Réjouissons-nous pour nous qui sommes appelés à cette même gloire. Et comme Marie, vivons de la Parole du Christ. Comme Marie, vivons de l’Esprit du Christ. Ainsi, comme Marie, nous parviendrons là où le Christ nous attend. Amen.

dimanche 31 mars 2024

Résurrection du Seigneur - 31 mars 2024

 Vous savez ce qui s'est passé...




(Anastasis - icône de la résurrection)


 

 

            Vous savez ce qui s’est passé… C’est ainsi que Pierre commence son discours dans la maison du centurion romain à Césarée. Il faut dire qu’à ce moment-là, beaucoup d’événements ont eu lieu, et Pierre lui-même a pu faire l’expérience de Jésus ressuscité, de son retour vers le Père à l’Ascension et du don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, cette force de Dieu qui a jeté les Apôtres sur les routes de Judée, Samarie, Galilée et au-delà pour annoncer à tous la joyeuse nouvelle qui a retenti au cœur de notre nuit : Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Avec Pâques, l’Alliance nouvelle et éternelle devient réalité puisque nous découvrons que l’histoire de Jésus n’est pas terminée. 

            Vous savez ce qui s’est passé… c'est-à-dire cette expérience radicalement nouvelle qui fait proclamer par les Apôtres au monde entier que celui qui était mort en croix, Dieu l’a ressuscité. La croix n’est pas le dernier mot de l’histoire de Jésus ; la croix est même le premier mot de l’histoire de celui que nous nous appelons Jésus et que nous confessons comme Christ et Seigneur. Et ce alors même que personne ne l’a vu entrain de ressuscité. Ce qui s’est passé, c’est que ses disciples ont fait l’expérience de la présence de Jésus au milieu d’eux alors même qu’ils étaient encore aveuglés par le chagrin immense qu’ils ont ressenti après la mort de Jésus en croix. Les récits sont nombreux, dans les évangiles, qui nous montrent ce fameux matin de Pâques que nous commémorons en chacune de nos eucharisties. Nous avons suivi ce matin Marie-Madeleine qui se rend au tombeau de grand matin. Elle ne peut se résoudre à la mort de cet ami qui lui a rendu sa dignité de femme, pardonnant sa vie compliquée et l’orientation mauvaise qu’elle avait suivi. Quelle ne fut pas sa surprise en approchant du tombeau : la pierre a été enlevée du tombeau. Une lecture attentive me fait dire qu’elle n’est même pas allée plus loin. Pour elle, pierre roulée, tombeau ouvert, cela ne peut signifier qu’une chose : quelqu’un a eu l’audace de voler le corps de Jésus. En toute hâte, elle va annoncer aux disciples la catastrophe. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Quand Pierre s’adresse ainsi à Corneille et à sa famille, se souvient-il qu’il savait tout, lui, ce fameux matin de Pâques, mais qu’il n’a pas su mettre les pièces du puzzle ensemble ? Jésus avait annoncé sa mort et sa résurrection par trois fois, pour préparer ses disciples à la folie de la croix. Leur tristesse légitime à la mort de leur Maître aura sans doute effacé l’espérance que Jésus leur avait annoncé : certes, il devait mourir, mais il ressusciterait ! Nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de l’annoncer pour que les auditeurs comprennent. Jésus lui-même n’avait pas, de son vivant, réussi à faire comprendre cela aux siens, qui pourtant étaient avec lui chaque jour. Au-delà d’une annonce, la résurrection de Jésus est une expérience à vivre. Regardez les deux disciples, Pierre et Jean, qui courent au tombeau après l’annonce de Marie-Madeleine. Pierre aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire roulé à part à sa place. Mais rien ne se passe encore pour lui. Jean lui, entre dans le tombeau, et, nous dit l’évangile, il vit et il crut. En entrant dans le tombeau, il entre dans ce mystère de la Rédemption. Il voit la même chose que Pierre, mais il va au-delà des signes ; l’Alliance nouvelle et éternelle dont Jésus parlait lors du dernier repas devient pour lui réalité, là, dans ce tombeau vide, soigneusement rangé. Il fallait ce signe du tombeau vide pour déclencher la foi. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Et d’ailleurs comment auraient-ils pu le comprendre sans en faire l’expérience. Jean sera le premier d’une longue liste d’hommes et de femmes convaincus que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant, ressuscité, vainqueur de la mort. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Cette parole est pour nous aussi. Nous avons tous appris au catéchisme que Jésus est mort et ressuscité. Nous l’affirmons chaque fois que nous proclamons notre foi. Mais sommes-nous, comme Jean, entrés dans la profondeur de ce mystère ? Le croyons-nous par la grâce de la méthode Coué : à force de le dire, on finit par y croire ? Ou le croyons-nous par la grâce d’une expérience, d’une rencontre personnelle avec Celui dont nous disons qu’il est le Christ, le Sauveur ? Oui, nous savons ce qui s’est passé, mais la connaissance des faits ne fait pas encore la foi. La foi naît de cette conscience de la présence réelle de Jésus en notre vie. La foi naît du témoignage, en mot et en geste, de ceux qui ont fait cette expérience avant nous et qui ont engagé leur vie pour que notre monde se transforme radicalement, et devienne, dès ici-bas, un avant-goût de ce monde nouveau que le Christ ressuscité veut construire pour nous, avec nous. Nous manifestons la puissance du Ressuscité quand nous vivons l’Evangile avec tous ceux que Dieu met sur notre route. Nous témoignons du Ressuscité quand nous faisons de nos communautés de vraies fraternités où il fait bon être ensemble. Nous témoignons du Ressuscité lorsque nous savons mettre les autres avant nous. Nous témoignons du Ressuscité quand nous répandons l’amour dont il nous aime largement autour de nous. Nous savons ce qui s’est passé… Maintenant, il nous faut en vivre. Chaque jour. Vraiment. Amen.

samedi 8 avril 2023

Jour de Pâques - 09 avril 2023

 Vous savez ce qui s'est passé...




 (Tableau de Sieger KÖDER, Pâques)

 

 

            

          Au cœur de notre nuit, un cri a retenti : Christ est ressuscité ! Cette joyeuse nouvelle, après les jours sombres de la Passion, en aura réjoui certains et laissé d’autres dans la perplexité. Ne croyons pas que tout fut simple. Les textes que la liturgie nous propose nous le montrent bien. 

          Si je prends les lectures dans l’ordre entendu, il me faut reconnaître que le passage des Actes des Apôtres pourrait nous induire en erreur. Entre l’événement de la Pâque et cette rencontre chez le centurion romain, il s’en est passé des choses. Cette visite n’a pas eu lieu le jour de Pâques. Pierre a eu le temps de digérer les événements, la Pentecôte a eu lieu, l’Esprit Saint lui a été donné, et avec lui, la sagesse qui vient de Dieu. Il est loin le Pierre qui a couru au tombeau le matin de Pâques et qui reste perplexe devant ce qu’il voit : les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, roulé à part à sa place. L’évangile de Jean nous montre bien qu’il n’a pas la sagacité du disciple que Jésus aimait et qui, entrant dans le tombeau et voyant la même chose, vit et cru, instantanément. La conclusion du passage entendu montre bien qu’il y aura un chemin d’intelligence à faire, même pour les disciples, pour entrer dans le mystère de la résurrection de Jésus : Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. La résurrection est, et restera, pour beaucoup, une énigme, si ce n’est une histoire à dormir debout. J’ajouterai : heureusement ! Parce que cela donne du poids et de l’épaisseur à l’acte de croire. Le Christ ressuscité se propose à ma vie, mais il me laisse libre de croire. C’est à moi de le découvrir et de comprendre ce qu’il attend de moi. Cela demande quelque effort ! 

          Pierre, qui a mis son temps à croire – au moins une course au tombeau et une apparition de Jésus le soir de ce même jour – et qui a pris un peu plus de temps pour comprendre et savoir en parler librement et sans crainte – ce qui lui a pris cinquante jours et le don de l’Esprit Saint si j’en crois les Actes des Apôtres – ce Pierre donc, nous le trouvons plein d’assurance chez Corneille quand il prend la parole. Et écoutez bien comment il commence son discours : vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean. Vous savez ce qui s’est passé ! L’histoire de Jésus n’est pas une histoire inventée, c’est une histoire qui a eu lieu et qui est connue : Jésus, là où il passait, faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Ce qui différencie Pierre des autres, c’est le regard qu’il porte désormais sur ces événements. Souvenez-vous de Pierre lors du procès de Jésus ; il était habité par la peur au point de renier Jésus, non pas une fois, non pas deux fois, mais bien trois fois de suite. Et maintenant, il témoigne de ce qu’il a découvert grâce à l’Esprit Saint : Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même a établi (Jésus) Juge des vivants et des morts. Vous savez ce qui s’est passé, mais jusqu’à présent vous n’aviez pas compris la nouveauté de l’œuvre de Dieu. Vous savez ce qui s’est passé, mais jusqu’à présent, vous n’aviez pas compris que Jésus, celui qui était mort, est ressuscité. 

          Vingt et un siècles plus tard, c’est toujours la même problématique qui se pose aux hommes. Nous savons ce qui s’est passé ; les témoignages ne manquent pas, ni dans les Ecritures, ni hors des Ecritures. Et pourtant, tout le monde ne porte pas le même regard sur ces événements. Plus le temps nous éloigne des événements initiaux, plus certains trouvent difficile de croire ; c’est trop beau pour être vrai ! Et puis si Jésus est ressuscité, pourquoi ma grand-mère que j’aimais tant ne l’est pas ? Il ne suffit donc pas de savoir que quelque chose a eu lieu pour croire la signification profonde de l’événement. Il faut accepter de regarder plus profond, comme le disciple que Jésus aimait quand il entre dans le tombeau à son tour. Si notre foi se fait hésitante, demandons à Dieu que la grâce de cette fête de Pâques renouvelle notre regard et nous permette d’aller en profondeur vers le sens de ces événements. Ce n’est pas grave de ne pas avoir la foi subite d’un Jean ; ce n’est pas grave s’il vous faut plus de temps que Pierre pour comprendre et croire ce que vous savez avoir eu lieu. Ce qui compte, c’est de chercher comment croire mieux ce qui est incroyable : celui qui était mort est vivant, et il nous invite à partager sa vie. Parce que oui, nous aussi, nous ressusciterons quand Dieu nous appellera à partager sa gloire. Demandons à Dieu la grâce d’entrer toujours plus dans la juste compréhension du projet de salut que Dieu porte pour l’humanité. Ce que nous comprendrons mieux, nous le croirons mieux ; ce que nous aurons cru, nous le vivrons un jour. 

          Accompagnons Pierre au tombeau et regardons. Accompagnons Pierre chez le centurion Corneille, et écoutons. Et à notre tour, témoignons de ce que nous savons s’être passé jadis. Témoignons par nos mots et par notre vie, vécue dans la puissance de la résurrection. En nous voyant vivre selon la parole du Christ, d’autres comprendront que la résurrection, ça vous change une vie, en mieux, en grand, ici et maintenant. Vivons selon ce que nous sommes déjà grâce à Jésus le premier-né d’entre les morts : vivons en hommes et en femmes libres, debout, ressuscités. Amen. 

dimanche 2 avril 2023

Dimanche des Rameaux et de la Passion A - 02 avril 2023

 Jésus, un imposteur ?



(Tableau de Sieger KÖDER, Jésus est condamné)




            Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : « Trois jours après, je ressusciterai. » Alors donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première. Voyez comme l’humanité en veut toujours plus, éternelle insatisfaite qu’elle est ! Voyez comme les ennemis de Jésus sont si peu sûrs d’eux qu’ils vont déjà essayer d’empêcher Dieu de jouer le coup d’après, celui pour lequel tout ce que nous venons d’entendre était devenu nécessaire. 

            Parce que la résurrection de Jésus est le cœur de la foi des chrétiens, et qu’elle ne peut donc se démontrer, il y aura, heureusement, toujours la possibilité pour l’homme de refuser d’y croire. Mais faut-il pour autant prendre toutes ces précautions ? Nous avons vu les disciples de Jésus l’abandonner au moment de son arrestation. Pierre, qui suivait de loin, s’est empressé de le renier. Et chez Matthieu, il n’y a personne d’autre que des soldats au pied de la croix : de nombreuses femmes observaient de loin la mort de Jésus. Les grands-prêtres et les pharisiens n’ont rien à craindre d’elles ni des disciples, rien à craindre d’un vol hypothétique d’un cadavre. La Passion selon l’Evangile de Matthieu montre bien, me semble-t-il, que les disciples ont moins bien compris les annonces de la résurrection faites par Jésus de son vivant que les grands prêtres et les pharisiens. Les amis de Jésus ont tous fui, il meurt seul, abandonné, humilié, moqué par tous, y compris par les bandits crucifiés avec lui. Chez Matthieu, Jean et Marie ne sont pas près de la croix ; chez Matthieu, pas de bon larron pour ouvrir à une espérance en la vie plus forte que la mort. Non, chez Matthieu, ceux qui introduisent cette espérance, ce sont paradoxalement ceux qui ont voulu se débarrasser de lui. Il ne faudrait pas que les gens puissent croire que nous nous sommes trompés. Il ne faudrait pas que les gens puissent dire un jour : il est ressuscité. Il ne faudrait pas que le peuple croie que Dieu est plus fort que la mort et que celui-ci était bien son Fils. Plongés dans les ténèbres de l’ignorance, de l’aveuglement, du péché, ceux qui ont tout fait pour faire mourir Jésus, veulent se rassurer eux-mêmes d’abord : nous en sommes enfin débarrassés ! J’entends cette demande de garde comme l’ultime acte de défiance envers Dieu : qu’il vienne, s’il ose se frotter à l’armée romaine ! 

            Quand bien même l’humanité cherche à se prémunir de Dieu, il nous faudra toujours nous rendre à l’évidence : nous ne pouvons rien contre lui. Ah, nous pouvons bien refuser de croire, proclamer haut et fort qu’il n’existe pas ; cela ne l’empêche pas, Dieu, de mener son projet de salut pour les hommes à son terme. Dieu est patient avec nous ; tous les grands textes de l’Ancien Testament entendus durant ce carême nous l’ont rappelé. Dieu est puissant ; tous les Evangiles entendus durant ce carême nous l’ont démontré. Dieu est têtu ; l’histoire de tant d’hommes et de femmes que Dieu a entrainés à sa suite, nous le redisent à travers les âges. J’ai pu le vérifier il y a quelques années, lorsque curé dans la périphérie de Strasbourg, une maman est venue, dépitée, demander le baptême pour sa fille de huit ans. Comprenez, me disait-elle, nous avons tout fait pour que ce jour n’arrive pas, mais cela fait trois ans qu’elle nous casse les oreilles avec sa demande de baptême : mon mari et moi rendons les armes ; qu’elle soit baptisée puisqu’elle y tient ! Vous pourrez tous les garde-fous possibles et imaginables ; quand Dieu entre dans la vie de quelqu’un, ce ne sont que pailles et poussière ; ils disparaissent quand souffle le vent de l’Esprit. Vous pouvez enfermer Jésus dans le tombeau de votre mémoire ; il en sortira toujours. Vous pouvez essayer d’empêcher Dieu de réaliser son projet de salut, projet de vie pour tous les hommes ; vous échouerez toujours. Personne ne peut enfermer Jésus dans un tombeau ; la mort elle-même a échoué. Ne faites donc pas comme les grands prêtres et les pharisiens ; ne cherchez pas quel est le moyen le plus sûr d’éviter Dieu ! Si vous ne croyez pas en lui, si vous ne croyez pas en son projet de salut pour vous, soit, vous en avez le droit. Mais ce n’est pas Jésus que vous enfermez dans un tombeau sous bonne garde ; c’est vous-mêmes qui vous enfermez dans le tombeau de l’ignorance et du refus de Dieu, dans le tombeau du refus de la vie et de l’amour que Dieu veut pour vous. 

            Jésus n’est pas un imposteur ; ce qu’il a dit, il le fera. Ce ne sont pas quelques gardes qui vont l’en empêcher. Les imposteurs sont ceux qui ont ourdi ce procès ; les imposteurs sont ceux qui ont refusé que la vie triomphe. Les imposteurs sont ceux qui cherchent comment se prémunir de l’œuvre de Dieu. Les disciples qui ont accompagné Jésus durant son ministère savent au fond d’eux-mêmes qui est Jésus, même si les événements de la Passion les ont plongés dans la peur. Les foules qui ont acclamé Jésus quand il est arrivé à Jérusalem avaient compris qui est Jésus, sinon elles ne l’auraient pas accompagné en criant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le centurion et ses hommes qui gardaient Jésus, ont fini par reconnaître, à la mort de Jésus que vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! Nous pourrons bien crier à l’imposteur avec les grands prêtres et les pharisiens ; soyons juste conscients que ce n’est pas sur lui, mais sur nous, que nous refermerons le tombeau de l’ignorance, le tombeau du refus de la présence de Dieu dans notre vie. 

            Parce que Dieu nous aime et qu’il veut votre salut, il nous offre à nouveau cette semaine sainte pour revivre les derniers instants marquant de la vie de Jésus. De son entrée triomphale à Jérusalem à sa mort en croix, en passant par son dernier repas, tout nous est révélé à nouveau pour que nous puissions, au matin de Pâques entrer, ou non, dans la joie renouvelée d’une vie plus forte que la mort. A nous de revivre ces événements avec Jésus pour pouvoir nous prononcer en vérité sur Lui au matin de Pâques. Prenons le temps de cette route ultime ; prenons le temps que Dieu nous offre ; n’en ratons rien ; il y va de notre vie. Amen.

dimanche 24 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour nous attacher au Ressuscité.



(Jésus ressuscité et Thomas, Source internet)




        Si vous avez été attentifs durant notre temps de carême, vous aurez remarqué que nous vous invitions à suivre Jésus qui marchait vers sa Pâque. Maintenant que ce grand passage de la mort vers la Vie est accompli, nous vous invitons à suivre les disciples, premiers témoins de la résurrection, pour entrer avec eux dans cette radicale nouveauté de Jésus, celui qui était mort et que nous proclamons désormais vivant, auprès de Dieu. En ce deuxième dimanche de Pâques, nous voulons suivre les disciples pour nous attacher au Ressuscité. 

            A l’écoute de l’évangile, nous pouvons comprendre que cela ne sera pas simple, parce que cette nouvelle de la résurrection, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a du mal à rentrer dans nos têtes. Les sondages liés aux élections nationales nous ont évité le traditionnel sondage pascal sur ce en quoi croient les chrétiens aujourd’hui et le désastreux constat que nous sommes de moins en moins nombreux à croire en la résurrection. J’en suis personnellement désolé, mais un chrétien qui ne croit plus à la résurrection n’est plus vraiment chrétien. Paul l’affirmait déjà aux chrétiens de Corinthe dans sa première lettre : Si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. Contrairement à ce que nous pourrions croire, ce n’est pas plus évident aujourd’hui, après vingt siècles de christianisme, de croire en la résurrection, que cela ne l’était au commencement, au lendemain de Pâques. Voyez les disciples dans l’évangile de Jean de ce dimanche. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Depuis le matin de ce même jour, différents témoins, à commencer par les femmes de leur groupe, n’ont cessé de rapporter aux disciples la nouvelle d’un tombeau vide, de messagers qui disaient qu’il était vivant, que la mort n’avait pas eu raison de Jésus, et malgré tout, les disciples sont encore enfermés, plongés dans la peur. Pire, alors que ce soir-là ils reçoivent du Ressuscité sa paix et l’Esprit Saint, alors que pendant toute la semaine je les imagine bien ne cesser de raconter à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur alors que lui était absent, huit jours plus tard, ils sont encore dans une maison dont les portes étaient verrouillées. Et les prédicateurs osent taxer Thomas seul d’incroyant, de disciple qui a besoin de voir pour croire ? Si les autres y croyaient autant après avoir vu Jésus, reçu sa paix et son Esprit Saint, pourquoi s’enfermer encore ? Non, la foi en la résurrection n’est pas quelque chose de facile à admettre ; cela ne l’a jamais été, cela ne le sera jamais. Et pourtant, ce sont ces disciples, peureux, ayant du mal à croire les femmes qui au petit matin s’étaient rendues au tombeau, ce sont ces disciples que nous devons suivre, c’est par ces disciples que la foi s’est lentement mais sûrement répandue d’abord à Jérusalem, puis dans le vaste monde romain. 

            Les Actes des Apôtres que nous lisons alors chaque année au temps de Pâques, nous permettent heureusement de comprendre ce que vit cette jeune communauté, née des disciples et du don de l’Esprit Saint. Ils nous permettent de comprendre que le témoignage des Apôtres, conjugué par la puissance de l’Esprit Saint, rend crédible ce message concernant Jésus, celui qui était mort, et qui maintenant est vivant. Ce qui frappe, à la lecture de ce livre si particulier mais tellement important, c’est que la foi se répand par la prédication certes, mais aussi par les signes que posent les Apôtres. Ces signes, ce sont bien sûr des guérisons, mais plus fondamentalement, un art de vivre que développent les Apôtres. Nous avons une trace de cela dans cette affirmation : tout le peuple faisait leur éloge. Après ce qui était arrivé à leur Seigneur et Maître, après la peur qui a été la leur et dont l’évangile s’était fait l’écho, voilà qu’ils ont pris leur courage à deux mains et ont montré ce que cela changeait dans une vie d’homme que de s’attacher au Ressuscité, de croire en lui sans même comprendre comment cela a pu se passer. Personne ne s’attache seulement à Jésus par goût du spectaculaire, pour une guérison obtenue. Quand votre médecin vous guérit, vous ne vous mettez pas à marcher derrière lui et à ne jurer plus que par lui. Quand quelqu’un se met à suivre Jésus, c’est parce que Jésus a changé sa vie ; si quelqu’un reste fidèle à sa foi, c’est aussi à cause du témoignage de la communauté à laquelle il appartient, à cause ce que vit cette communauté à laquelle il appartient désormais, puisque personne ne peut être chrétien tout seul. Il y a là, pour nous, pour chacun de nous, une grande responsabilité. 

            Baptisés, nous sommes aujourd’hui disciples du Seigneur ; nous sommes ceux qui peuvent donner le goût ou le dégoût de Jésus. Nous sommes ceux qui, par notre manière de vivre et notre manière de croire, peuvent donner envie de suivre Jésus. Si ce dimanche est appelé dimanche de la miséricorde, c’est d’abord parce que l’Eglise a conscience que c’est bien dans la mort et la résurrection de Jésus que Dieu nous fait miséricorde et nous sauve. C’est son Esprit Saint qui nous donne le courage de le suivre et vivre selon son enseignement. Mais il est aussi dimanche de la miséricorde pour nous rappeler que nous sommes invités à la miséricorde les uns envers les autres. Comment imaginer être sauvés radicalement et gratuitement sans faire miséricorde à notre tour à celles et ceux que Dieu met sur notre route ? La miséricorde, c’est le début de cet art de vivre que nous devons développer pour que ceux qui ne connaissent pas encore le Ressuscité puissent le découvrir et s’attacher à lui à leur tour. Soyons des passeurs du Ressuscité, des passeurs de sa miséricorde. Amen.   

samedi 12 février 2022

6ème dimanche ordinaire C - 13 février 2022

 Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur !



       


(Sieger KÖDER, Les disciples d'Emmaüs)





        Très régulièrement, des enquêtes nous disent en quoi croient les Français, et parmi ceux-là en quoi croient encore les chrétiens. Et je suis toujours attristé de constater que la foi en la résurrection perd du terrain, y compris chez ceux qui se disent encore chrétiens. Avec Paul, je ne peux que leur redire : Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur. 

            La résurrection n’est pas juste un appendice de notre foi, un petit truc que l’on prendrait en plus de tout le reste. Non, la résurrection du Christ, et de là la nôtre, est le cœur même de notre foi et notre espérance la plus profonde. Nous ne croyons pas en Jésus parce qu’il est venu au monde dans une crèche entre un âne et un bœuf. Nous ne croyons pas davantage en Jésus parce qu’il a eu des paroles réconfortantes, pleines de sagesse. Nous ne croyons même pas en Jésus parce qu’il a fait des miracles, posé des signes extraordinaires. Nous ne croyons pas plus en Jésus parce qu’il nous a magnifiquement parlé de Dieu, ni parce qu’il l’appelait Père. Nous ne croyons pas en Jésus enfin parce qu’il est mort sur la croix. Non, nous croyons en Jésus parce qu’il a livré sa vie pour nous sur la croix, qu’il est mort pour nous, qu’il a été mis au tombeau et que trois jours après, il était vivant, ressuscité, vainqueur de la Mort et du Péché. Sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu, sa mort même n’ont de sens que dans l’événement de la Pâque ; sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu et sa mort n’ont de sens que parce qu’il est vainqueur de la mort, une fois pour toutes, qu’il est vivant, définitivement vivant auprès de son Père et présent à notre vie par son Esprit. Paul a raison de dire aux Corinthiens qui déjà doutaient de la résurrection que, dans ce cas, leur foi est sans valeur. Elle ne vaut même pas la salive que l’on utiliserait pour la proclamer. Si Jésus n’est pas ressuscité, notre foi, c’est encore moins que du pipi de chat. Nada ! Nichts ! Nothing ! Rien ! 

            Certains alors voudraient s’en sortir en disant que : « bon ben, je peux admettre que Jésus est ressuscité, mais cela ne change rien pour nous ; personne d’autre ne ressuscitera ; Jésus, c’est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle : il n’y a pas de résurrection ». Mais alors pourquoi est-il mort, Jésus ? Pourquoi a-t-il accepté l’humiliation et la souffrance de la croix, si c’était juste pour lui ? En avait-il besoin pour rentrer chez son Père ? Non, bien sûr ! Il a fait ce chemin pour nous, pour toi, pour moi ; pour que, à sa suite, nous puissions ressusciter, nous puissions vivre, dès maintenant et pour toujours, avec Dieu, en Dieu. Il nous rappelle ainsi que notre vie n’est pas faite pour ce monde, mais pour le Royaume où Dieu nous attend. Et ce Royaume est le Royaume de la vie en plénitude, de la vie qui ne finit jamais. Ce n’est pas la peine de se fatiguer à être chrétien si c’est juste pour être gentil ici-bas. Des personnes gentilles, ça existe, même chez les non chrétiens, heureusement ! Devenir chrétien, c’est choisir d’être tendu tout entier, dès maintenant, vers ce Royaume où Dieu nous veut avec lui lorsqu’il nous appellera à quitter cette terre. Les béatitudes, que ce soient celles de Matthieu que nous entendons en chaque fête de la Toussaint, ou que ce soient celles de Luc que nous proclamons en ce dimanche, nous orientent vers cet au-delà et nous rappellent que nous sommes fait pour plus grand qu’une vie sur cette terre. Si nous sommes invités à développer un style de vie conforme à l’Evangile, ce n’est pas parce qu’on vit mieux ainsi dès maintenant, mais bien pour nous exercer à la vie du Royaume, pour nous exercer à la vie avec Dieu. 

            Je reconnais que les béatitudes de Luc, mal comprises, pourraient laisser croire qu’il vaut mieux être pauvre et mal foutu pour entrer dans le Royaume. Pire, elles laisseraient croire qu’il vaut mieux souffrir ici-bas pour être heureux dans l’au-delà. C’est oublier un peu vite que ce ne sont pas tant des choses à réaliser à la lettre qu’un état d’esprit, un art de vivre qui met le frère au cœur de ma vie parce que le Christ est solidement ancré dans ma vie et présent dans le cœur de chacun. Alors une certaine dépossession au profit du plus grand nombre devient possible ; alors le partage devient une évidence ; alors la compassion est la seule voie vers un monde plus heureux. Le riche dénoncé par Luc, c’est tout homme, financièrement riche ou pas, qui s’accroche au peu qu’il a et qui ignore son frère qui est encore plus dans le besoin. Le repus dénoncé par Luc, c’est tout homme qui refuse de partager ou qui gâche sa nourriture ou s’accapare la nourriture et laisse mourir de faim son frère. Le rieur que dénonce Luc est celui qui se moque des autres parce qu’ils n’ont pas la même chance que lui et qui refuse de partager leur souffrance pour leur permettre de la dépasser. Le louangé que dénonce Luc, c’est celui qui ne sait parler que de lui, ne mettre en avant que ses propres mérites sans voir que d’autres y ont contribué, ignorant même la part qu’ils ont pu prendre à sa réussite. Tous ces portraits dénoncés par Luc sont les portraits des hommes et des femmes qui sont pleins d’eux-mêmes et n’ont pas de place, en leur vie, pour Dieu. Ils sont leurs propres dieux. Comment voulez-vous dès lors qu’un Dieu crucifié, même ressuscité d’entre les morts, puissent les intéresser et les sauver ? C’est mission impossible, même pour le premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. 

            La foi en la résurrection, si elle reste inexplicable en termes de comment cela va se passer, nous invite à être pleinement éveillés, dès maintenant, à être pleinement vivant, dès maintenant. Jésus, durant sa vie terrestre, nous a montré ce que signifie être pleinement vivant : c’est avoir à cœur le bien de l’autre avant le sien ; c’est avoir un cœur ouvert à la détresse de celles et ceux qui croisent notre route ; c’est avoir un cœur qui pleure avec ceux qui pleurent ; c’est avoir un cœur plein de Dieu, un cœur plein des autres en qui Dieu se révèle à moi. Soyons donc pleinement vivant, à la manière du Christ, dès maintenant, pour être pleinement vivants, ressuscités avec le Christ, lorsque nous quitterons ce monde pour le Royaume où Dieu nous attend. Apprenons aujourd’hui à être en état de ressusciter demain. Amen.

dimanche 30 août 2020

22ème dimanche ordinaire A - 30 août 2020

 Il nous faut mourir pour vivre.




(Sieger Köder, Marie tenant le corps mort de Jésus)


          Il nous faut nous souvenir aujourd’hui de la belle profession de foi de Pierre entendue dimanche dernier et du geste inouï de Jésus lui confiant les clés du Royaume des Cieux, parce que la suite de l’histoire est moins belle, moins encourageante. Que s’est-il passé ? Il y a juste cette première annonce par Jésus, de sa Passion prochaine, c'est-à-dire la révélation du contenu de mission de salut. Il faudra, pour que l’homme soit sauvé, pour que le royaume des cieux lui soit ouvert, que Jésus meurt. Comment auriez-vous réagi en entendant votre ami vous dire qu’il va se rendre à Jérusalem pour y être mis à mort ? 

          Pierre, sans doute fort de sa profession de foi (Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !) n’ose croire ce que ses oreilles viennent d’entendre : Dieu t’en garde, cela ne t’arrivera pas. Comment pourrait-il imaginer un seul instant que Dieu ait donné son Fils au monde pour le laisser mettre à mort ? C’est proprement inconcevable. Selon les Ecritures, le Christ, le Messie, est envoyé par Dieu pour sauver, pour libérer, pas pour mourir. Les morts ne sauvent personne, c’est bien connu ; il suffit de parcourir un cimetière pour s’en rendre compte ! Si nos cimetières sont remplis de gens indispensables, ils n’en sont pas pour autant très utiles, ces gens, à part pour cultiver nos souvenirs. Comment Jésus pourrait-il être utile s’il se retrouve coincé dans une tombe ? Sans doute, les onze autres réagissent-ils, dans leur for interne, de la même manière. Ce n’est juste pas possible, ce que Jésus vient de dire. C’est du grand n’importe quoi ! 

          La question que je me pose est alors celle-ci, bien conscient que je la pose parce que je connais toute l’histoire de Jésus, que Pierre ignore à ce moment-là, mais dont il aurait pu avoir quelques indices s’il avait bien écouté jusqu’à la fin. Je suis persuadé que, submergé par l’émotion en entendant Jésus dire qu’il lui fallait souffrir beaucoup et être tué, il n’est sans doute pas entendu la fin, c'est-à-dire le troisième jour ressusciter. Et quand bien même l’aurait-il entendu, je doute qu’il ait compris le sens de ce dernier mot, personne n’étant encore ressuscité à ce moment-là ! Nous avons plus de deux milles ans d’histoire, de signes qui attestent de cette résurrection : Pierre et les autres n’ont rien ; juste la parole mystérieuse de Jésus, et son assurance. Mais qu’est-ce que cela à côté de l’annonce de sa mort ? Que pèse un mot dont on ignore le sens à côté de deux mots dont on ne connaît que trop bien le sens : souffrir et mourir ? La longue explication de Jésus, précisant qu’il faudra à tout disciple (donc à nous aussi) accepter de mourir pour vivre, n’a pas plus de sens au moment où cette phrase est prononcée. Encore une fois, elle en a pour nous aujourd’hui, vingt-et-un siècle après, parce que nous nous appuyons sur le témoignage rendu par Pierre et les autres Apôtres, après Pâques, après les événements annoncés aujourd’hui dans l’évangile à ces mêmes Apôtres. 

          Je m’interroge alors, non pas sur la foi de Pierre magnifiquement exprimée dimanche dernier, mais sur la foi de tant de chrétiens pour qui la mort du Christ semble totalement inconcevable, à tel point qu’ils préfèrent croire en une réincarnation, toujours signe d’échec dans le bouddhisme, plutôt qu’en la réalité de ce que Jésus annonce aujourd’hui : il doit subir la mort, l’affronter sur son propre terrain, pour la vaincre définitivement et nous ouvrir ainsi la porte du Royaume des Cieux auquel nous sommes appelés. Ce que Jésus nous annonce in fine, c’est que nous sommes faits pour vivre avec lui, toujours, mais que le chemin vers cette vie pour nous, ne saurait être différent du chemin qu’il a lui-même emprunté : il nous faudra, à sa suite, passer la mort pour pouvoir vivre avec lui. Il n’y a pas d’autre chemin, le disciple n’étant pas au-dessus de son Maître, ni plus fort que lui. Quand viendra l’heure de notre mort, il faudra nous rappeler ces paroles de Jésus ; il nous faudra consentir à emprunter ce dernier chemin pour entrer dans la vie véritable, et non pas nous raccrocher à des ersatz laissant croire que nous pourrions revenir et recommencer à vivre ici-bas. Notre vie éternelle n’est pas ici-bas ; elle est en Dieu, auprès de Dieu, auprès de celles et ceux qui nous ont précédés et qui, dans le Christ, ont vaincu le mort. 

          La leçon fut sans doute difficile à entendre pour Pierre (Passe derrière moi, Satan) en ce jour où, pour la première fois, Jésus leur révélait le but de sa vie ; mais elle a pris tout son sens pour lui après Pâques, quand le Ressuscité s’est manifesté à ses Apôtres pour les envoyer en son nom vers les hommes que Dieu aime et sauve en Jésus, mort et ressuscité. La leçon est quelquefois difficile à entendre et à assimiler aujourd’hui encore, mais c’est la même leçon, le même chemin qui sont enseignés. Il n’y en a pas d’autre possible. Comme Pierre, il nous faut apprendre que la mort n’est pas le dernier mot de notre histoire. Nous aussi, nous sommes appelés à ressusciter à la suite du Christ. Que notre vie et nos actes expriment notre foi : seul celui qui renonce à lui-même et qui prend sa croix peut suivre Jésus. Nous ne vaincrons pas la mort en espérant revivre ici-bas (réincarnation) ; nous ne vaincrons la mort qu’en l’affrontant dans la puissance du Christ Sauveur. Amen.

 

 

samedi 20 avril 2019

Saint Jour de Pâques - 21 avril 2019

Marie-Madeleine, Pierre et Jean… et nous ! 






            Marie-Madeleine, Pierre et Jean : telles sont les trois personnes que l’Evangile de ce jour de Pâques nous donne à rencontrer. Trois personnes et autant d’attitudes différentes devant l’événement que nous célébrons ce matin.  


            Commençons par Marie-Madeleine. Il est dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre…. Elle est partie trop tôt de chez elle ! Elle est encore dans les ténèbres, encore dans sa tristesse d’avoir vu mourir Jésus. Elle semble dans sa bulle, et un rien ajoute encore à son trouble dû à la mort de son maître et ami. Du coup, quand elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, elle ne fait sans doute pas un pas de plus. Je l’imagine bien saisi par une sainte colère : qui a osé ? Et elle part, encore une fois trop tôt, courant trouver Simon-Pierre. Je suis persuadé que, dans son état, elle ne s’est pas approchée davantage du tombeau ; elle n’y est pas entrée. En fait, son sang n’a dû faire qu’un tour et la réveiller pour de bon. Pour elle, tombeau ouvert veut dire corps enlevé. Pas besoin d’entrer dans le tombeau, pas besoin de vérifier. Cela devient pour elle une évidence, une vérité, qu’elle s’empresse de répandre, sans même réfléchir. Les ténèbres de la colère devant ce qui ne peut être qu’une profanation s’ajoutent aux ténèbres de la tristesse, et nous plongent tous dans les ténèbres de la perplexité. Nous arrêterions là la lecture de l’évangile, que nous serions tous perdus, désorientés, révoltés. Même dans un tombeau, on n’est plus à l’abri d’être volé ! Quelle époque vivons-nous ?


            La réaction de Pierre et de l’autre disciple, celui que Jésus aimait et que la Tradition identifie à Jean, ne se fait pas attendre : ils vont vérifier ce qui vient de leur être rapporté. Après tout, peut-être qu’elle s’est trompée ; peut-être qu’elle aura mal vu, peut-être qu’elle aura confondu avec un autre tombeau. Après tout, dans son état, et au petit matin… quoi de plus normal ! En plus, elle était seule : autrement dit, son témoignage n’est pas recevable selon l’adage ancien : testis unus, testis nullus (témoin unique, pas de témoin). Partis à deux, ils établiront une vérité entière. Mais ça, c’était ce qu’on croyait avant… avant l’événement radicalement nouveau de la résurrection ! 


            Regardez Pierre : un peu plus vieux que Jean, il se laisse distancer. Mais quand il arrive, l’âge reprend ses droits. Il entre dans le tombeau, en premier, et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Une description digne de la série Les experts : c’est un vrai rapport d’enquête. Mais il n’en fait rien ; il y a des indices, mais pas de preuves. Et puis qui aurait l’idée, non seulement de voler un corps, mais en plus de le débarrasser de ses bandelettes ? Enfin, quand Jésus a ressuscité Lazare, il est sorti du tombeau dans ses linges. C’est quand ils ont constaté qu’il était vivant qu’ils l’ont dégagé de son carcan qui sentait la mort. Alors que là, ceux qui auraient déplacé le corps de Jésus aurait pris soin de laisser les linges, bien pliés en plus ? Pour Pierre, tout cela ne doit pas avoir beaucoup de sens. Pas très catholique tout ça, même si tout est bien rangé ! 


            Reste Jean qui, bien qu’arrivé en premier, n’était pas rentré dans le tombeau. Quand enfin il y plonge, on nous dit simplement, mais comme une évidence : Il vit et il crut. Certes, il voit ; il n’est pas aveugle après tout. Mais il voit au-delà de ce que voient ses yeux. Il a déjà le regard de la foi. Peut-être qu’il était le seul à pouvoir voir ainsi, puisqu’il était le disciple que Jésus aimait. Peut-être faut-il avoir ressenti tout l’amour de Jésus pour nous, pour être capable de croire l’impossible, à savoir que celui qui était mort est désormais vivant. Et sans doute faut-il avoir ressenti cet amour de Jésus pour nous, pour affirmer que cet événement nous concerne tous, et que si le Christ, qui était mort, est maintenant vivant, alors nous aussi, nous pourrons passer de la mort à la vie. 


            Parce que la grande nouveauté qui a jailli au cœur de notre nuit, c’est bien que la résurrection du Christ à quelque chose à dire à notre vie. Cet événement ne concerne pas que Jésus. Cet événement a eu lieu pour nous, pour notre vie, pour notre salut. N’en doutons pas un instant ! Jésus n’est pas mort sur la croix parce qu’il en avait envie ; il est mort sur la croix pour tuer la mort et le péché et nous entraîner à sa suite dans une vie libérée, marquée à jamais du sceau de l’éternité, du sceau de Dieu lui-même. Désormais, et plus que jamais, nous sommes à lui, lui qui nous a rachetés à grand prix. Avec l’incarnation, Dieu basculait du côté de l’homme pour vivre en toute chose sa vie ; avec la rédemption, c’est l’homme qui bascule du côté de Dieu pour vivre en toute chose de sa vie. 


            Nous pouvons comprendre l’appel de Paul aux Colossiens quand il les invite à vivre autrement désormais. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Autrement dit : vivez grand, vivez à la mesure de Dieu. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre mieux ce que cela signifie. Mais sachons déjà que la victoire sur le Mal et la Mort s’est accomplie en nous au moment de notre baptême. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous vivons déjà de la vie de Dieu. Laissons-là donc grandir et s’épanouir en nous, pour que la gloire de Dieu soit manifestée, le salut du monde proclamé, et la joie des hommes révélée. Amen.



(Œuvre non connue, trouvé sur internet)

samedi 5 août 2017

Transfiguration du Seigneur A - 06 août 2017

La transfiguration, révélation de notre nature véritable.





Est-ce l’air pur de la haute montagne qui trouble la vision des Apôtres ? Ont-ils consommé quelque champignon hallucinogène en accompagnant Jésus ? Ou la transfiguration, cette révélation prématurée de la gloire de Jésus, est-elle pour eux une réalité ? Si l’Eglise a fait de cet événement une fête, c’est qu’il doit bien avoir existé ! Pierre ne s’en fait-il pas l’écho dans la seconde lecture entendue lorsqu’il affirme que ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur ? Partant de là, que signifie cette fête ? Quel impact a-t-elle dans notre vie ? 
 
La transfiguration est d’abord un événement qui concerne Jésus. C’est sa gloire qui est révélée, c’est une parole le concernant qui se fait entendre. Tout tourne autour de sa personne et de la compréhension que nous pouvons avoir de sa mission. La présence de Moïse et d’Elie le situe bien dans la lignée des envoyés de Dieu ; elle le situe même à une place particulière : celui qui accomplit parfaitement la Loi (représentée par Moïse) et les Prophètes (représentés par Elie). Nous ne saurions dire mieux le lien qui unit Jésus à Dieu ; nous ne saurions dire mieux la mission qui est celle de Jésus : récapituler toute l’Histoire de l’humanité, récapituler toute l’Alliance pour la mener à son achèvement. La parole qui vient de la nuée (signe de la présence de Dieu lui-même dans l’Ancien Testament) vient renforcer encore la révélation de la gloire de Jésus : il n’est pas qu’un prophète parmi les autres, il n’est pas qu’un nouveau Moïse, il est le Fils bien-aimé de Dieu, celui en qui Dieu lui-même trouve sa joie. Pour Pierre, Jacques et Jean, le doute n’est plus permis ; ils savent désormais avec certitude qui est Jésus. Nous comprenons aussi alors pourquoi Jésus leur impose le silence : ce privilège qui est le leur ne saurait être interprété justement par les autres s’il était révélé avant le mystère de la croix. Jésus ne peut être révélé aux hommes comme Fils de Dieu avant sa mort en croix. Sa mort sera sa parole la plus puissante et la plus vraie sur sa réalité divine. Ces trois Apôtres ont bénéficié d’une grâce particulière pour qu’ils s’en souviennent quand viendront les événements douloureux et déconcertants de la Passion. Ils auront à affermir leurs frères dans la foi lorsque tout semblera perdu. 
 
Si la transfiguration est un événement qui concerne Jésus, il n’en est pas moins vrai que cette révélation nous concerne tous. Si elle est une annonce prématurée de la gloire de Jésus, elle est aussi une annonce prématurée de la gloire qui est la nôtre ! La transfiguration est notre vocation, ce à quoi nous sommes destinés par le baptême. N’oublions jamais que le baptême fait de nous des fils et des filles de Dieu, appelés à vivre de la sainteté de Dieu. La gloire de Jésus est notre gloire. Comme l’affirme saint Basile, l’homme est une créature qui a reçu l’ordre de devenir Dieu ! Nous ne pouvons pas vivre comme si le baptême n’avait pas profondément marqué notre nature humaine. Nous ne pouvons pas vivre dans l’ignorance de la gloire qui est la nôtre. Notre vie a un but : la gloire du ciel. Notre vie de baptisés nous révèle ce que nous sommes profondément par appel de Dieu : fils du Très-Haut, frères de Jésus Christ, appelés à vivre de sa vie, appelés à partager sa gloire. Ce n’est pas rien ; il fallait bien une fête pour nous le rappeler. La parole de Jésus adressées à ses Apôtres : Relevez-vous et soyez sans crainte, nous pouvons alors la comprendre dans un sens pascal. Relevez-vous, c’est-à-dire ressuscités à cette vie nouvelle, à cette vie de gloire : n’ayez pas peur de ce que vous êtes, n’ayez pas peur de l’appel de Dieu à partager sa gloire. Relevez-vous, n’ayez pas peur de vous laisser libérer de la mort et du péché. Il y a une vie au-delà de la mort ! Il y a une vie au-delà du péché ! Laissez-moi vivre en vous ! 
 
Avez-vous compris l’impact de cette fête sur notre vie ? Elle nous invite à nous élever à la hauteur de Dieu ; elle nous invite à vivre selon notre vocation baptismale. Nous ne sommes pas faits pour la fange du péché ; nous ne sommes pas faits pour la mort et les ténèbres de l’oubli. Nous sommes faits pour la gloire de Dieu. Nous sommes faits pour une vie marquée du sceau de l’éternité. Si nous l’avions oublié, la fête de ce jour vient heureusement nous le rappeler. Demandons à Dieu la grâce de vivre selon son appel ; demandons la grâce de devenir toujours plus ce que nous sommes déjà : le corps du Christ, vainqueur du péché et de la mort. Amen.

(Tableau de Fra Angelico, La Transfiguration)

samedi 9 avril 2016

03ème dimanche de Pâques C - 10 avril 2016

Pâques : quand l'homme est transformé !




Il y a quelque chose de curieux dans le comportement du grand prêtre et de son conseil : ils sont persuadés d’avoir mis un terme à l’histoire de Jésus en le clouant sur la croix, et pourtant, ils commencent à avoir peur pour eux : vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? N’est-ce pas là une affirmation maladroite du fait que cette histoire, et l’annonce répétée par ses disciples de la résurrection de Jésus, puissent être vraie ? Sinon pourquoi avoir peur que son sang retombe sur eux ? Après tout, c’est ce que tout le peuple réclamait à Pilate lorsque celui-ci voulait relâcher Jésus : que son sang soit sur nous et sur nos enfants, criait la foule pendant le procès. C’est facile à dire quand on ne s’attend à rien d’autre qu’à la mort d’un homme : que risque-t-on de lui quand tout est fini ? Mais si on commence à prendre la résurrection de Jésus au sérieux (ne serait-ce qu’un peu !), si tout ce que disent les Apôtres est vrai, ne va-t-il pas vouloir se venger sur nous ? Ceux qui ont condamné Jésus ne risquent-ils pas d’obtenir finalement ce qu’ils réclamaient alors pour calmer les scrupules du gouverneur ? Il leur faut étouffer toute cette malheureuse affaire, interdire aux Apôtres de prêcher le nom de Jésus, quitte à utiliser la force et le fouet pour bien imprimer le tout dans l’esprit de ces hommes qui dérangent. 
 
Il y a quelque chose de surprenant dans le comportement de Pierre : hier, il reniait Jésus, proclamant par trois fois ne pas le connaître, par peur de ce qui pourrait lui arriver, et le voici qui proclame par trois fois (certes un peu contraint par question répétée de Jésus : m’aimes-tu ?) le voici qui proclame donc son amour pour Jésus ; et quelques temps plus tard, s’en va même annoncer la résurrection et tenir tête à ce grand conseil qu’il craignait hier encore. Même le fouet ne pourra le faire taire ! Avec assurance, il rappelle les faits qui ont conduit à la mort de Jésus, et la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus. Avec délicatesse, il invite son peuple à la conversion, l’invitant à reconnaître la nouveauté de l’événement de Pâques. Il prend le contre-pied de ses adversaires : alors que ceux-ci le condamne pour ses paroles, lui ne les condamne pas pour leurs actes. Il ne leur verse pas le sang de Jésus à la figure ; il leur renvoie son amour pour tous les hommes, eux y compris. Nulle trace de vengeance, nulle trace de haine : juste le désir que les hommes se convertissent à Dieu et reconnaissent en Jésus leur Sauveur. Aucune contrainte, aucun fouet pour imprimer la foi en eux ! 
 
Il y a quelque chose de neuf dans le monde après l’événement de Pâques, quelque chose qui ne se contrôle pas : les hommes changent, les hommes sont transformés : il y ceux qui s’enferment dans leur refus de croire, comme on enferme un cadavre dans son tombeau ; ils se replient sur eux, sur leur certitude, refusant à Dieu d’être vraiment Dieu. C’est finalement l’attitude des membres de ce grand conseil : ils avaient refusé de croire Jésus de son vivant ; ils ne vont pas croire en lui maintenant qu’ils l’ont fait mettre à mort. Toute cette affaire devait cesser avec la mort de Jésus ; elle cessera, dussent-ils accumuler les injustices envers les Apôtres ! Il y a aussi ceux qui s’ouvrent à la nouveauté d’un Dieu plus fort que la mort, ceux qui se convertissent à l’amour et au pardon : ils s’ouvrent à une vie nouvelle, faite de joie et de liberté. Les Actes des Apôtres sont remplis de ces témoignages d’hommes et de femmes qui, par milliers, rejoignent le nombre des disciples à la prédication des Apôtres, réalisent une nouvelle manière de vivre, partageant ce qu’ils ont, se soutenant les uns les autres. Oui, avec Pâques et l’irruption dans notre vie de celui que la mort n’a pu vaincre, les hommes changent. 
 
Ce qui était vrai hier, l’est encore aujourd’hui. Nous célébrons Pâques année après année ; si nous sommes juste dans le souvenir de cet événement, comme on serait dans le souvenir de la fin de la grande guerre, rien ne changera vraiment. Pâques cette année sera comme Pâques de l’an dernier et probablement comme Pâques de l’an prochain. Mais si nous faisions le choix de prendre Pâques au sérieux, de croire vraiment que Jésus est sorti de son tombeau, alors il nous sortirait de nos propres tombeaux, alors nous pourrions aider à rendre ce monde meilleur. Si nous laissons Jésus être le Ressuscité, y compris dans notre vie, nous le reconnaîtrions lorsqu’il croise notre vie ; nous deviendrions capables, avec la force de son Esprit, de changer de vie et de changer le monde. 
 
Cette semaine encore, au nom d’une certaine idée de la laïcité, des hommes et des femmes, pourtant évolués et capables de réflexion, ont réaffirmé que toute cette histoire de Jésus, finalement, ça devait se terminer, en particulier dans nos écoles, en demandant la suppression de l’heure d’enseignement religieux. Qu’on ne nous parle plus de Jésus et qu’on n’en parle plus à nos enfants dans le cadre de l’école ! Ils ne l’ont pas dit ainsi, mais c’est bien à cela que doit conduire leur revendication. Autrefois, le grand conseil avait fait donner le fouet ; aujourd’hui on donne des conférences de presse remplies d’ambiguïté. Mais le résultat escompté est le même : que cesse l’histoire de Jésus ; que le monde soit enfin débarrassé de lui, une fois pour toutes. La seule chose juste qu’ils ont réussi à pointer, c’est la baisse du nombre d’élèves fréquentant l’enseignement religieux. Et cela nous renvoie, nous chrétiens, à notre responsabilité, à notre foi pascale. Si Jésus ressuscité est important pour nous, si nous sommes convaincus que cet événement de Pâques a bouleversé le monde et le bouleverse encore, si nous croyons que Pâques change les hommes en mieux, pourquoi refuser cette chance à nos enfants ? Pourquoi les dispenser de connaître celui en qui nous espérons ? Pourquoi ne pas vouloir le meilleur pour eux aussi ? Qu’avons-nous à craindre d’une meilleure compréhension de la religion par nos enfants ? Qu’avons-nous à craindre d’un meilleur vivre ensemble, résultat certain d’une meilleure connaissance de l’autre et d’une meilleure connaissance de soi enseignée dans ces cours de religion supposés si dangereux pour la liberté de conscience, l’égalité et la neutralité selon ses opposants ? Dans un monde de plus en plus bouleversé et en manque de repères, pourquoi vouloir encore supprimer celui-là qui peut structurer une vie, lui donner sens, ouvrir une espérance et permettre de grandir en humanité ? Pourquoi vouloir éradiquer toute la puissance de Pâques de la vie des hommes ? J’ai bien une idée de réponse, mais elle n’est pas à la gloire de l’homme ! En ressuscitant, Jésus nous a rendu notre liberté face aux puissances du Mal qui envahissent notre vie ; vouloir empêcher de le faire connaître, c’est empêcher l’homme de vivre vraiment libre ; c’est empêcher l’homme de transformer le monde par la puissance libératrice de l’Evangile. 
 
Si l’événement de Pâques introduit une nouveauté dans la vie des hommes, nous devons saisir cette nouveauté et nous laisser transformer par elle. Ne retournons pas à nos vieux démons révolutionnaires qui, en leur temps ont profondément divisés notre pays. Ne nous enfermons pas dans le tombeau de nos ignorances crasses. Avec le Christ, ressuscitons à une vie de foi renouvelée ; avec le Christ, accueillons la liberté qu’offre cette nouvelle vie débarrassée du Péché, du Mal et de la Mort.  Avec Pierre, osons affirmer Dieu et le Christ, toujours vivant, toujours agissant pour le bien de tous, pour la liberté de tous, pour la vie de tous. Amen.