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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 18 septembre 2016

25ème dimanche ordinaire C - 18 septembre 2016

Nul ne peut servir deux maîtres !




Vous aurez remarqué l’humour de la liturgie de ce dimanche, j’espère ! Pour conclure la semaine pendant laquelle nous étions invités à payer nos impôts, Jésus vient nous rappeler que nul ne peut servir à la fois Dieu et l’argent ! Un argument que la France laïque n’a pas encore utilisé pour rappeler cette échéance aux croyants : comme vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent, donnez-nous votre argent et gardez votre Dieu ! Plus sérieusement, c’est bien à une question fondamentale que nous renvoie Jésus : qui est ton maître ? Qui est ton Dieu ?
 
Ma première réaction, à la lecture de cette page d’évangile, est de dire que je ne suis pas assez riche pour faire de l’argent mon maître. Et du coup, je pense que c’est là un danger qui ne me guette pas. Je suis bien à l’abri dans la situation qui est la mienne : ni trop pauvre, ni trop riche ! Je ne risque pas de servir l’argent que je n’ai pas, et celui que j’ai, me sert moi. Il me sert à vivre décemment, à faire un peu de bien autour de moi, et surtout à ne dépendre de personne. Mais n’est-ce pas là justement que commence le danger souligné par Jésus ? N’est-ce pas à partir de ce moment-là que je peux m’attacher excessivement à ce que j’ai et me détacher de Dieu ? Parce que, dans l’injonction de Jésus, je peux remplacer l’argent par n’importe quel autre objet qui remplit ma vie et qui m’éloigne de Dieu. Tout amour immodéré placé sur une chose me détache de Dieu. Et quand je perds de vue Dieu et son amour, je ne le sers plus lui, mais bien les choses ou les personnes qui ont pris plus d’importance dans ma vie.
 
Le même phénomène joue avec le passage du prophète Amos entendu en première lecture. Nous pouvons vite ne pas nous sentir concerné par sa dénonciation de ceux qui faussent les balances, diminuent les mesures, augmentent les prix, parce que, n’est-ce pas, nous n’exploitons personne, nous ! Nous faisons juste attention, lorsque nous faisons nos courses, à trouver le prix le plus bas, parce que justement, nous ne sommes pas assez riches. Et nous oublions quelquefois le vrai prix des choses, le vrai prix du travail des hommes et des femmes qui produisent ce que nous voulons acheter. A vouloir serrer nos factures, nous serrons surtout la ceinture de ceux qui travaillent et voient leur salaire stagner, si ce n’est baisser, pour que nous puissions voir baisser nos dépenses. Nous sommes tous conscients qu’il y a des efforts à faire, mais c’est surtout aux autres de les faire, parce qu’encore une fois, nous ne sommes peut-être pas pauvres, mais nous sommes loin d’être riches !
 
Il nous faut maintenant revenir à l’évangile et constater que Jésus n’adresse pas son discours aux foules, ni aux scribes et aux pharisiens, mais à ses seuls disciples ! C’est donc bien un discours qui nous concerne. La phrase choc de Jésus : vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent devient donc un impératif pour chaque croyant à renoncer à faire de son intérêt personnel le but de sa vie. En étant centré sur ce qu’il possède (argent ou autre bien), le croyant est centré sur lui-même ; ceci n’est pas possible puisque le cœur de la vie du croyant ne peut être que Dieu. Si sa vie est centrée sur Dieu, alors il est nécessairement ouvert aux autres, attentif aux autres, puisque, en Jésus, Dieu et l’homme ne font plus qu’un. Le disciple véritable ne peut avoir que Dieu pour maître, car ce maître-là le renvoie vers ses frères. Souvenez-vous de ce que rapporte Matthieu dans son évangile : Tout ce que vous avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que l’avez fait (ou pas), dit Jésus. La seule richesse que nous pouvons servir sans être détournés de Dieu, ce sont les petits, les hommes et les femmes, nos frères et sœurs en humanité qui portent en eux la trace du passage de Dieu dans notre vie. 
 
Pour qu’advienne ce monde nouveau inauguré par Jésus, il faut que les fils de la lumière se révèlent plus habiles que les fils de ce monde. Cessons de garder dans notre sphère privée ce Dieu qui nous fait vivre ; manifestons-le au monde par notre attention à toutes et à tous, et la face de la terre en sera profondément renouvelée. Amen.

 

samedi 25 septembre 2010

26ème dimanche ordinaire C - 26 septembre 2010

De quoi nous parle-t-on dans cette parabole ?


Mais de quoi nous parle-t-on au juste dans cette parabole ? A lire trop vite, à croire que nous avons déjà entendu, nous risquons fort de passer à côté du message de la parabole de Jésus et surtout, plus grave, de croire qu’elle n’est pas pour nous.

Alors de quoi nous parle-t-on au juste ? Est-ce une parabole contre les riches qui profitent pleinement de leur argent, même honnêtement gagné, et qui font la fête alors que d’autres souffrent ? Elles ne seraient donc pas pour nous : nous ne sommes pas franchement riches, enfin toujours un peu plus pauvre que le voisin que nous envions tant. Et puis, nous ne faisons pas la fête tous les jours ; nous sommes des gens sérieux, nous !

La parabole de Jésus ne nous parle pas du riche pour condamner sa conduite, ni sa richesse. Jésus ne dit pas que les fêtes qu’il organise, c’est mal. Il n’est même pas dit que cet homme est malhonnête. Tout ce qu’on sait de lui, tient en deux phrases : il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Le riche mourut et on l’enterra. C’est peu de choses, reconnaissons-le ; nous ne connaissons même pas son nom. Une manière subtile de nous dire, qu’il peut avoir notre nom. Cet homme-là, ce pourrait être toi !

Par contre, si nous ne savons pas grand-chose de lui de son vivant, nous découvrons pleins de détails après sa mort : au séjour des morts, il était en proie à la torture… il a cinq frères qu’il voudrait bien protéger de pareille souffrance. Et nous découvrons qu’il est croyant : il reconnaît Abraham comme son père dans la foi ; mais non pratiquant, dirions-nous aujourd’hui : il n’a pas écouté les avertissements de Moïse et des prophètes, pas plus que ses frères, apparemment.
Voilà planté le premier personnage, mais nous ne savons toujours pas de quoi parle cette parabole puisqu’elle n’est pas une parabole contre les riches.

Serait-ce alors une parabole en faveur des pauvres ? Une parabole qui, bien avant l’heure, donnerait raison à Karl Marx, quand il dira que la religion est l’opium du peuple ? Souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux plus tard ? Est-ce là l’enseignement de la parabole ? Oh que non ! Certes il y a ce pauvre Lazare (tiens ! on connaît son nom, à lui !), ce pauvre Lazare qui a souffert et qui se retrouve, après sa mort, emporté par les anges auprès d’Abraham. Une belle fin pour quelqu’un qui le mérite sans doute. Mais la parabole n’est pas pour lui, ni pour ceux qui partagent sa condition. Elle n’est pas un enseignement à la patience pour celles et ceux qui souffriraient, ni un appel à la résignation : votre tour viendra ! Elle n’est pas une parabole pour plus tard, quand nous serons morts ; elle est un enseignement pour aujourd’hui, et pour nous, même si nous ne sommes pas vraiment riches, même si nous ne sommes pas dramatiquement pauvres.

Cette parabole nous parle de notre vie aujourd’hui, et de la manière dont nous la vivons, maintenant. C’est une parabole sur le regard que nous portons sur le monde et sur les hommes et les femmes que nous croisons. C’est une parabole qui veut nous ouvrir les yeux. Le riche n’est pas méchant, il est juste aveugle, aveuglé par sa richesse et les amis qu’elle lui procure au point de ne pas voir le pauvre Lazare devant sa porte. Que voulez-vous, ils ne sont pas du même monde ! L’un est fabuleusement riche alors que l’autre est affreusement pauvre ! Et si le riche n’a pas de nom, encore une fois, c’est parce qu’il peut avoir notre nom. Mais nous ne prendrons pas, dans cette parabole, la place du pauvre : le pauvre, c’est Lazare, il nous est connu, comme nous sont connus les pauvres de notre vie. N’avons-nous pas tous un Lazare que nous préférons ignorer, ne pas voir ? Ce n’est pas forcément quelqu’un qui est économiquement pauvre, juste quelqu’un qui est pauvre de notre manque de relation, de notre manque d’attention. Et nous savons que les pauvres de toutes sortes sont les préférés de Dieu, parce que Dieu porte attention à chacun et particulièrement à ceux dont personne ne se soucie. Il est donc juste que Lazare se retrouve auprès d’Abraham, non pas parce qu’il a souffert, mais parce que tous l’ignoraient, à commencer par le riche. Il ne comptait pour personne, sauf pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelle le psaume de ce dimanche ? Le Seigneur fait justice aux opprimés, il donne du pain aux affamés, il protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin…

Tout est question de regard, semble nous dire cette parabole. Si le riche avait vu Lazare, peut-être aurait-il eu un geste de compassion envers lui et désormais, après sa mort, Lazare pourrait en avoir un envers lui : envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue ! Mais il n’a rien vu, le riche, et donc rien fait ; et maintenant, c’est trop tard ! La sagesse populaire le dit : un bien fait n’est jamais perdu ! Il ne suffit pas que nous menions notre vie sans faire de mal aux autres ; il ne suffit pas de vouloir être bien avec tous. Paul le rappelle à Timothée : et maintenant, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Le commandement du Seigneur, c’est bien d’aimer les autres ! C’est son unique commandement ! Pas seulement nous abstenir de leur faire du mal, non, mais les aimer comme Dieu les aime, gratuitement, portant leur souci, intervenant en leur faveur. Vivre selon Dieu et aimer comme Dieu : c’est tout ce qui nous est demandé ; mais ce sont deux choses qu’il nous faut partager. Je ne vis pas seul ; je n’aime pas seul.

Si seulement le riche avait ouvert les yeux sur celui qui était à sa porte ! Pour lui, c’est trop tard, mais pour nous, nous qui avons Moïse et les prophètes, nous qui avons même mieux en Jésus, mort et ressuscité, souvenons-nous à temps de son enseignement et nous pourrons être sauvés. N’est-il pas celui qui a dit : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ? Ou pas. Amen.


(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)