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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 12 avril 2025

Dimanche des Rameaux et de la Passion C - 13 avril 2025

 Au cœur de toute vie chrétienne, il y a Jésus, « Celui qui vient au nom du Seigneur ».




(image trouvée sur internet)




Nous inaugurons, en ce dimanche, la dernière semaine du temps de Carême, la grande semaine sainte, qui nous donnera de vivre les grands moments de la fin de la vie terrestre de Jésus. Ce sera l’occasion pour nous de nous unir quotidiennement davantage à celui qui est au cœur de notre foi, Jésus, celui qui vient au nom du Seigneur. En ce premier jour de la semaine, nous avons comme un résumé de toute la semaine à venir, riche en émotions, en rebondissements et en occasion de se prononcer personnellement : suis-je proche de Jésus ou pas ? Est-ce que je le reconnais pour ce qu’il est ou est-ce que je veux un Jésus à ma façon, à ma portée. 

Tout commence plutôt bien, l’évangile proclamé en introduction de la célébration s’en est fait l’écho. Jésus entre à Jérusalem, acclamée par les foules présentes dans la ville pour les fêtes de la Pâque juive. Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Est-ce vraiment ce que croit cette foule ou quelqu’un a-t-il lancé la phrase reprise ensuite par la foule comme un seul homme ? L’effet de groupe peut avoir ce résultat. Remarquons que Jésus ne s’en offusque pas ! Et à ceux qui lui demandent d’intervenir fermement – Réprimande tes disciples – il répond : Si eux se taisent, les pierres crieront. La vérité sur Jésus, sur son rapport à Dieu, ne peut plus être cachée maintenant. Son heure est venue ; cette semaine qui s’ouvre n’en marque que les premiers instants. A ceux qui, malgré les signes et les enseignements de Jésus, ont voulu rester aveugles et sourds, il est dit clairement et publiquement qu’ils ont eu tort. Le moment est venu où la vérité ne peut plus être tue. La foule, sans doute sans mesurer pleinement les implications de son chant, proclame qui est Jésus réellement : celui qui vient au nom du Seigneur Dieu. Avec la foule, nous pouvons nous réjouir ; avec la foule, nous pouvons acclamer Jésus qui entre à Jérusalem.

Si tout commence bien, il nous faut reconnaître aussi que tout fini mal. La liturgie de ce dimanche ne nous laisse pas sur cette liesse populaire. Elle nous montre aussi comment la même foule va, quelques jours plus tard, appeler à la mort de celui qu’elle vient d’acclamer. Elle change vite d’opinion, la foule ; c’est même sa plus grande caractéristique. Elle est manipulable, prête à croire n’importe quelle pseudo vérité proclamée par le plus fort en gueule, plutôt que de se rallier à celui qui est la vérité. C’était vrai jadis, c’est encore pire aujourd’hui, à l’heure des influenceurs multiples sur les réseaux sociaux. Les tweets ont remplacé les cris, mais le principe est le même. Celui qui parle le plus fort supprime ce qui n’est pas conforme à sa pensée ; il ne laisse plus l’autre exister ; tout le monde doit penser pareil. 

Est-ce que cela change Jésus ? Est-ce que cela change qui il est ? Non, il est et sera pour toujours celui qui vient au nom du Seigneur. De même qu’il ne se laisse pas embarquer lors de son entrée à Jérusalem à réclamer une royauté que pourtant la foule lui reconnaît, de même il ne criera pas au scandale ou au complot quand ses adversaires connaîtront leur heure et viendront l’arrêter, le juger, le condamner et l’exécuter. Jésus n’est pas venu pour être populaire ; il n’est pas venu pour plaire ; il est venu pour faire ce pour quoi son Père l’a envoyé : sauver le monde de la mort et du péché en offrant sa vie en sacrifice d’expiation. Nous ne pourrons jamais faire l’impasse sur cette réalité. Jésus n’est pas venu pour ressusciter ; il est venu pour offrir sa vie pour le salut du monde. La résurrection, c’est l’acte de Dieu qui valide le don de son Fils unique et l’établit comme Christ et Seigneur pour toute éternité. C’est la manière de Dieu le Père de dire à son Fils : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.  Ou encore de lui dire : Serviteur bon et fidèle, entre dans ma joie. Ceux qui attendaient un signe de Dieu au moment du procès ou de la crucifixion pour mettre un terme à ce procès d’opérette, vont découvrir qu’après l’heure de Jésus et après l’heure des adversaires de Jésus, il y a l’heure de Dieu, et cette heure ne finit pas ; et cette heure ne sera suivit d’aucune autre heure. En validant l’œuvre de son Fils par sa résurrection, Dieu étend ce salut à tous ceux qui désormais croiront que Jésus est celui qui est venu en son nom. Nous participons à cette heure de Dieu chaque fois que nous nous battons pour plus de vie ; nous participons à cette heure de Dieu quand nous nous battons pour plus de justice, plus de fraternité, plus de paix à cause de Jésus, venu offrir le salut au monde. 

Au cœur de toute vie chrétienne, il y a Jésus, celui qui est venu au nom du Seigneur. Au cœur de toute vie chrétienne, il y a cette exigence d’approfondir notre connaissance du Christ ; je rappelle à toutes fins utiles que, dans la bible, connaître, c’est déjà aimer. Notre grande semaine sainte veut nous amener à ceci : un plus grand amour de Jésus parce que nous connaîtrons mieux son œuvre de salut pour nous, collectivement et individuellement. Que nous le suivions de loin ou que nous le suivions de plus près, la seule chose qui compte en cette semaine, c’est de le suivre et de comprendre que Jésus ne sera jamais Dieu à notre manière, mais à la manière de celui qui l’a envoyé. Heureusement pour nous ! Amen. 



dimanche 2 avril 2023

Dimanche des Rameaux et de la Passion A - 02 avril 2023

 Jésus, un imposteur ?



(Tableau de Sieger KÖDER, Jésus est condamné)




            Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : « Trois jours après, je ressusciterai. » Alors donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première. Voyez comme l’humanité en veut toujours plus, éternelle insatisfaite qu’elle est ! Voyez comme les ennemis de Jésus sont si peu sûrs d’eux qu’ils vont déjà essayer d’empêcher Dieu de jouer le coup d’après, celui pour lequel tout ce que nous venons d’entendre était devenu nécessaire. 

            Parce que la résurrection de Jésus est le cœur de la foi des chrétiens, et qu’elle ne peut donc se démontrer, il y aura, heureusement, toujours la possibilité pour l’homme de refuser d’y croire. Mais faut-il pour autant prendre toutes ces précautions ? Nous avons vu les disciples de Jésus l’abandonner au moment de son arrestation. Pierre, qui suivait de loin, s’est empressé de le renier. Et chez Matthieu, il n’y a personne d’autre que des soldats au pied de la croix : de nombreuses femmes observaient de loin la mort de Jésus. Les grands-prêtres et les pharisiens n’ont rien à craindre d’elles ni des disciples, rien à craindre d’un vol hypothétique d’un cadavre. La Passion selon l’Evangile de Matthieu montre bien, me semble-t-il, que les disciples ont moins bien compris les annonces de la résurrection faites par Jésus de son vivant que les grands prêtres et les pharisiens. Les amis de Jésus ont tous fui, il meurt seul, abandonné, humilié, moqué par tous, y compris par les bandits crucifiés avec lui. Chez Matthieu, Jean et Marie ne sont pas près de la croix ; chez Matthieu, pas de bon larron pour ouvrir à une espérance en la vie plus forte que la mort. Non, chez Matthieu, ceux qui introduisent cette espérance, ce sont paradoxalement ceux qui ont voulu se débarrasser de lui. Il ne faudrait pas que les gens puissent croire que nous nous sommes trompés. Il ne faudrait pas que les gens puissent dire un jour : il est ressuscité. Il ne faudrait pas que le peuple croie que Dieu est plus fort que la mort et que celui-ci était bien son Fils. Plongés dans les ténèbres de l’ignorance, de l’aveuglement, du péché, ceux qui ont tout fait pour faire mourir Jésus, veulent se rassurer eux-mêmes d’abord : nous en sommes enfin débarrassés ! J’entends cette demande de garde comme l’ultime acte de défiance envers Dieu : qu’il vienne, s’il ose se frotter à l’armée romaine ! 

            Quand bien même l’humanité cherche à se prémunir de Dieu, il nous faudra toujours nous rendre à l’évidence : nous ne pouvons rien contre lui. Ah, nous pouvons bien refuser de croire, proclamer haut et fort qu’il n’existe pas ; cela ne l’empêche pas, Dieu, de mener son projet de salut pour les hommes à son terme. Dieu est patient avec nous ; tous les grands textes de l’Ancien Testament entendus durant ce carême nous l’ont rappelé. Dieu est puissant ; tous les Evangiles entendus durant ce carême nous l’ont démontré. Dieu est têtu ; l’histoire de tant d’hommes et de femmes que Dieu a entrainés à sa suite, nous le redisent à travers les âges. J’ai pu le vérifier il y a quelques années, lorsque curé dans la périphérie de Strasbourg, une maman est venue, dépitée, demander le baptême pour sa fille de huit ans. Comprenez, me disait-elle, nous avons tout fait pour que ce jour n’arrive pas, mais cela fait trois ans qu’elle nous casse les oreilles avec sa demande de baptême : mon mari et moi rendons les armes ; qu’elle soit baptisée puisqu’elle y tient ! Vous pourrez tous les garde-fous possibles et imaginables ; quand Dieu entre dans la vie de quelqu’un, ce ne sont que pailles et poussière ; ils disparaissent quand souffle le vent de l’Esprit. Vous pouvez enfermer Jésus dans le tombeau de votre mémoire ; il en sortira toujours. Vous pouvez essayer d’empêcher Dieu de réaliser son projet de salut, projet de vie pour tous les hommes ; vous échouerez toujours. Personne ne peut enfermer Jésus dans un tombeau ; la mort elle-même a échoué. Ne faites donc pas comme les grands prêtres et les pharisiens ; ne cherchez pas quel est le moyen le plus sûr d’éviter Dieu ! Si vous ne croyez pas en lui, si vous ne croyez pas en son projet de salut pour vous, soit, vous en avez le droit. Mais ce n’est pas Jésus que vous enfermez dans un tombeau sous bonne garde ; c’est vous-mêmes qui vous enfermez dans le tombeau de l’ignorance et du refus de Dieu, dans le tombeau du refus de la vie et de l’amour que Dieu veut pour vous. 

            Jésus n’est pas un imposteur ; ce qu’il a dit, il le fera. Ce ne sont pas quelques gardes qui vont l’en empêcher. Les imposteurs sont ceux qui ont ourdi ce procès ; les imposteurs sont ceux qui ont refusé que la vie triomphe. Les imposteurs sont ceux qui cherchent comment se prémunir de l’œuvre de Dieu. Les disciples qui ont accompagné Jésus durant son ministère savent au fond d’eux-mêmes qui est Jésus, même si les événements de la Passion les ont plongés dans la peur. Les foules qui ont acclamé Jésus quand il est arrivé à Jérusalem avaient compris qui est Jésus, sinon elles ne l’auraient pas accompagné en criant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le centurion et ses hommes qui gardaient Jésus, ont fini par reconnaître, à la mort de Jésus que vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! Nous pourrons bien crier à l’imposteur avec les grands prêtres et les pharisiens ; soyons juste conscients que ce n’est pas sur lui, mais sur nous, que nous refermerons le tombeau de l’ignorance, le tombeau du refus de la présence de Dieu dans notre vie. 

            Parce que Dieu nous aime et qu’il veut votre salut, il nous offre à nouveau cette semaine sainte pour revivre les derniers instants marquant de la vie de Jésus. De son entrée triomphale à Jérusalem à sa mort en croix, en passant par son dernier repas, tout nous est révélé à nouveau pour que nous puissions, au matin de Pâques entrer, ou non, dans la joie renouvelée d’une vie plus forte que la mort. A nous de revivre ces événements avec Jésus pour pouvoir nous prononcer en vérité sur Lui au matin de Pâques. Prenons le temps de cette route ultime ; prenons le temps que Dieu nous offre ; n’en ratons rien ; il y va de notre vie. Amen.

samedi 9 avril 2022

Dimanche des Rameaux C - 10 avril 2022

 Faire route avec Jésus et reconnaître en lui Celui qui vient au nom du Seigneur.



(Gustave Doré, L'entrée à Jérusalem)




            Armés des seules armes de la prière, du jeûne et de la charité, nous avons choisi, au long de ce carême, de faire route avec Jésus pour mieux le connaître, mieux l’écouter, pour apprendre de lui la joie et le pardon et avec lui, être capables d’affronter le Mal. Cette route de carême nous mène à ce dimanche, à cette semaine si particulière qui nous permettra, presque jour par jour, de revivre avec Jésus les derniers moments de sa vie. en ce dimanche des Rameaux, nous ont été donnés d’entendre deux passages de l’évangile de Luc : l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem et les événements qui ont conduit à sa Passion, accomplissement de sa mission, Heure pour laquelle il est entré dans le monde. Forts de tout ce que nous avons découvert durant ces semaines de préparation, nous pouvons encore faire route avec Jésus pour mieux entrer encore dans ce mystère de l’amour qui se donne jusqu’au don de la vie et reconnaître en Jésus Celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Je vous propose trois modèles pour parvenir à cette reconnaissance. 

            Le premier modèle, ce sont d’évidence les disciples de Jésus, pas uniquement les Douze qui d’ordinaire l’accompagnent, mais la foule des disciples, remplie de joie qui disaient : Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Dans l’évangile, ce ne sont pas tous les habitants de Jérusalem qui acclament le Christ, mais seulement ses disciples, nombreux à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Comment en sont-ils arrivés à proclamer ainsi que Jésus est le Messie attendu ? En faisant le chemin que nous avons fait durant cinq semaines. Certains d’entre eux l’ont fait depuis plus longtemps, d’autres sont peut-être des disciples récents, mais tous, à la vue des signes, à l’écoute de ses enseignements, ont senti que cet homme-là n’était pas comme les autres, que ce rabbi-là avait un enseignement qui faisait autorité. Nus dirions aujourd’hui qu’il a touché leurs cœurs. Ils ont assemblés les pièces du puzzle, ils ont comparé ce qu’ils ont vu et entendu avec ce que les prophètes avaient annoncé, et ils en ont tiré l’unique conclusion possible. S’il fait parler les muets, marcher les paralysés, voir les aveugles, entendre les sourds et ressusciter les morts, alors il n’y a pas de doute, c’est lui. C’est toujours encore cet itinéraire qui est proposé à ceux qui veulent devenir disciples et prendre au sérieux la Parole de Dieu : venir à la suite de Jésus et voir, comprendre par eux-mêmes ce qui se joue quand Jésus entre dans la vie de quelqu’un. 

            Le deuxième modèle, c’est Paul, qui nous expliquait avec un peu plus de hauteur le mystère de notre salut qui s’accomplit dans ce double mouvement de l’incarnation de Jésus dans notre humanité et de la rédemption offerte par l’offrande de sa vie sur la croix. Dans ce bel hymne aux Philippiens, il condense pour les croyants tout ce qu’il y a à savoir et à retenir sur Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Voyez la prévenance de Dieu qui offre son Fils ; voyez l’amour de ce Fils qui se défait de sa condition divine pour partager notre condition humaine. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. Jésus n’a pas joué à être homme ; notre condition humaine, il l’assume jusqu’au bout, jusqu’à la mort, si abominable soit-elle. Nous avons là la trace de quelqu’un qui a réfléchi longuement au sens de ces événements que nous revivrons cette semaine. C’est un pasteur qui parle, un pasteur qui ne veut pas que ceux qui découvrent le Christ à travers le témoignage des autres, ne soient découragés quand vient le temps de la Passion. Ce que nous allons revivre, ce n’est pas un enchainement malheureux de circonstances malheureuses menant à la mort d’un homme innocent ; ce que nous allons revivre, c’est la force du mystère d’amour du Père qui veut sauver sa création par l’obéissance absolue de son Fils qui se livre pour l’accomplissement plein et entier de ce projet. Quand Dieu sauve l’homme, il ne le fait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur même de notre humanité, par ce Fils qu’il a offert aux hommes. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père. Une invitation à voir au-delà des événements, à entrer dans le projet global de Dieu. Les événements dont nos évangiles se sont faits l’écho, ne sont qu’un moment de ce projet. Nous devons garder confiance au pied de la croix. Nous n’avons pas fait tout ce chemin à la suite du Christ pour le voir mort ; nous n’avons pas fait tout ce chemin pour rien. Nous ne sommes pas devenus chrétiens en vain. 

            Curieusement, c’est le troisième modèle qui, bien que n’ayant pas connaissance de la totalité de ce projet expliqué par Paul, le confirme en le précédant. Ce troisième modèle, c’est celui que la Tradition appelle « le bon larron », et que l’évangile de Luc connaît comme l’un des malfaiteurs suspendus en croix avec Jésus. Nous ne savons pas s’il a entendu parler de Jésus avant d’être arrêté et condamné, mais une chose est sûre : il a fait le même chemin que Jésus, portant lui-aussi sa croix depuis sa cellule jusqu’au Calvaire. Il nous rappelle qu’il est possible aussi de rencontrer le Christ sur le chemin de nos souffrances, sur le chemin de nos égarements, sur le chemin de notre péché. Il nous dit surtout qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir et que tant qu’il nous reste un souffle de vie, du plus profond de notre misère, nous pouvons encore crier vers le Christ : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Et nous goûterons alors, comme lui, la miséricorde infinie de Dieu qui nous répondra : Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Ce n’est pas juste une parole de consolation pour celui qui affronte la mort ; c’est le rappel de notre destinée : nous sommes faits pour vivre, et pour vivre avec et en Dieu pour toute éternité. 

            Trois modèles, trois itinéraires : celui du disciple qui suit le Christ et en témoigne, celui du disciple qui cherche à réfléchir, à approfondir sa foi et celui de l’homme qui sait qu’il a pu céder au mal, mais qui fait confiance à l’Innocent mis en croix et reconnaît en lui celui qui peut toujours quelque chose pour l’homme, qu’il ait été un disciple convaincu ou un homme perdu, pris dans les filets du mal, pris dans les filets de la souffrance, pris dans les filets de la mort ; il est celui qui confesse en même temps le mal qu'il a fait et l'amour infini de Jésus. Avec ses trois modèles, vivons cette Semaine Sainte et confessons que Jésus est bien Celui qui vient au nom du Seigneur. Amen.

samedi 27 mars 2021

Dimanche des Rameaux B - 28 mars 2021

 Un petit âne suffit pour rendre une vie plus belle ! 



(Reproduction d'une Icône byzantine représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem, Collection personnelle)




            Voici donc venu le temps de la grande semaine qui nous mènera à Pâques. Une semaine comme une autre, avec le même nombre de jour, mais une semaine particulière, une Semaine Sainte, qui nous donnera de vivre avec le Christ ses derniers moments de vie terrestre. Une semaine intense, riche en célébrations uniques ; et même si cette année encore la pandémie nous empêche de déployer tous les rites prévus, nous essayerons de la vivre au mieux, nous souvenant que l’an passé, nous en étions privés totalement. 

            Cette semaine si particulière nous invite encore à comprendre comment rendre notre vie plus belle. Et en ce dimanche des rameaux, je voudrais répondre à cette question à partir d’un personnage tout à fait secondaire pour beaucoup d’entre nous, mais qui est pourtant essentiel à mes yeux, car sans lui, l’entrée de Jésus à Jérusalem n’aurait pas eu le même panache. Je veux parler du petit âne dont nous parlait l’évangéliste Marc. Souvenez-vous : Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ? ‘, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ »  Cela n’a l’air de rien, mais je trouve que cet épisode du petit âne est fort utile pour notre vie spirituelle. 

            Voyez-vous, il s’agit bien d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Il ne sait rien encore de la vie qui l’attend, et pourtant le Seigneur a déjà besoin de lui. Il ne sait encore rien de la vie qui l’attend, mais il est disponible. Ce n’est pas lui qui objecte quand les disciples le détachent ; ce sont les gens autour de lui. Lui se laisse faire et laisse même Jésus être le premier à s’asseoir sur son dos. Sans doute comprend-t-il que Jésus ne lui veut aucun mal. Son premier travail n’est pas un fardeau à déplacer, mais un Dieu à porter. L’ânon est disponible au Seigneur, il est utile au Seigneur. Ne devrions-nous pas être comme lui, éternellement jeune aux yeux du Seigneur, éternellement disponibles pour Lui ? Cet ânon nous invite à nous laisser faire par Jésus, pour que nous puissions porter Jésus aux autres, pour que nous puissions permettre à d’autres d’acclamer celui que nous reconnaissons comme Maître et Seigneur. 

            Je peux même imaginer l’échange qu’il a pu avoir à son retour, avec ses congénères. « Alors, qu’est-ce qu’ils te voulaient ces étrangers ? Rien de particulier. Ils ont mis leurs manteaux sur mon dos et un homme s’est assis dessus. Vous auriez dû voir et entendre la foule. Ils l’ont acclamé comme un roi. Ah, je n’étais pas peu fier ! Les acclamations qui lui ont été adressées ont rendu mon fardeau léger, léger. C’est comme si ces gens m’acclamaient aussi un peu. En acceptant de le laisser me monter, j’ai rendu des gens heureux ! » Oui, sœurs et frères, on peut n’être qu’un petit âne et rendre des gens heureux ! On peut n’être qu’un petit âne, et porter le Christ aux hommes sans même le savoir ! Comme je voudrais être ce petit âne, choisi par Jésus parmi tous les petits ânes de la région, pour le porter sur mon dos. Comme je voudrais être ce petit âne, disponible à Jésus, utile à Jésus, ne serait-ce qu’un seul jour de ma vie. 

            Ce petit âne nous apprend qu’il faut peu de choses pour rendre notre vie plus belle. Juste être disponible et accepter que Jésus entre dans notre vie. Pouvons-nous mieux commencer la Semaine Sainte qu’en nous rendant utiles à Dieu et aux autres qui, à travers nous, peuvent reconnaître en Jésus Celui qui vient au nom du Seigneur ? Je veux bien être comme ce petit âne dont Dieu a besoin pour aller à la rencontre des hommes ; je veux bien être comme ce petit âne pour que Dieu puisse rendre la vie des autres plus belle. Les joies simples font les grands bonheurs. Et notre grand bonheur sera d’être appelé justement pour être pour toujours avec le Seigneur. Si un petit âne y a réussi, pourquoi pas nous ? Amen.

samedi 4 avril 2020

Dimanche des Rameaux et de la Passion - 05 avril 2020

Dieu nous apprend son chemin : la condition de serviteur.









            Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Cet extrait de la lettre aux Philippiens donne le ton de ce qui se joue en ce dimanche des Rameaux et de la Passion. Ce qui se joue, ce n’est pas tant le premier jour des événements de la Passion ; ce qui se joue, c’est l’apprentissage du chemin de Dieu. Le salut des hommes ne se fait pas par eux ; c’est le Christ qui sauve. Mais il ne se fait pas non plus sans eux : ils doivent (nous devons) apprendre le chemin de Dieu et entrer, comme Jésus, dans la condition de serviteur. Et si je lis bien l’hymne aux Philippiens, il revient aux hommes d’apprendre de Dieu à être véritablement hommes. 

            En effet, il semblerait que ce soit là la condition première des hommes. Relisez bien ce qui est dit de Jésus : Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. La compréhension que j’ai de ce verset, c’est qu’en prenant la condition de serviteur, Jésus devient semblable aux hommes. Ou, pour le dire autrement, en devenant homme, il devient serviteur. Nous devons donc bien apprendre de Jésus à être pleinement homme, en entrant dans cette condition de serviteur. C’est là notre condition première. Et les événements de la Passion, pris dans leur totalité, nous le rediront. Jésus vit cette condition dans l’obéissance absolue à son Père, en se soumettant à la loi des hommes. Ce n’est pas Dieu qui condamnera son Fils à mort ; ce sont les hommes. Ce n’est pas Dieu qui veut faire mourir son Fils ; ce sont les hommes. Ce n’est pas Dieu qui a besoin d’une preuve de la relation qui l’unit à son Fils ; ce sont les hommes qui ne cessent de remettre en cause, dans les jours qui précèdent la Passion, la filiation divine de Jésus. Il suffit de relire les évangiles de la cinquième semaine de Carême pour s’en convaincre. 

            Être serviteur : voilà qui ne semble pas déranger Jésus. Il s’inscrit parfaitement, tout au long de sa Passion, dans les prophéties faites par Isaïe, présentant le Messie sous les traits d’un serviteur qui se laisse faire, qui n’oppose pas de résistance, qui accepte tout dans une grande confiance en Dieu : Le Seigneur Dieu vient à mon secours. Si notre Seigneur et Maître s’est fait serviteur en devenant homme, ou s’est fait homme en devenant serviteur, combien plus devons-nous entrer, nous qui sommes hommes, dans cette condition de serviteur. Là se trouve la condition de notre salut. Nous ne serons pas sauvés parce que Jésus a été à la mort ; nous serons sauvés, par Jésus, mort et ressuscité, parce que nous accepterons de nous situer en disciples de ce Maître, en serviteurs de Dieu et de nos frères. C’est en acceptant d’être pleinement serviteurs, que nous deviendrons fils, à la suite du Fils unique, qui livrera sa vie dans un unique sacrifice pour tous les hommes. C’est parce que nous serons pleinement homme, donc serviteurs, que nous aurons accès au salut que Jésus propose aux hommes. Si nous refusons de vivre notre humanité dans toutes ses dimensions, y compris celle du service, nous ne pourrons pas être sauvés. Refuser la condition de serviteur revient à refuser la condition humaine, condition nécessaire pour être sauvé par Jésus. Il s’est fait homme, pleinement, totalement, pour sauver les hommes. Si nous nous comportons comme des loups, nous ne pourrons pas être sauvés, parce que nous ne sommes ajustés ni à ce qu’est notre être profond (être humain), ni à Jésus qui a pris sur lui notre humanité. Il n’y a pas d’autre choix que d’accepter d’être serviteur. 

            Prenons le temps de relire ces textes que l’Eglise propose à notre méditation en ce dimanche. Apprenons de Jésus le chemin du serviteur pour avoir notre part à sa gloire quand il aura accompli son chemin jusqu’au bout. Aujourd’hui, prenons sur nous de le suivre sur ce chemin de la Passion, de le suivre jusque bout, en hommes libres, en serviteurs fidèles, en témoins véritables. Au bout, il y a la Pâques du Christ. Au bout, il y a notre Pâques, le passage de tous les serviteurs vers la gloire des fils de Dieu rassemblés. Suivons Jésus et vivons son enseignement. Amen.




(Tableau d'Arcabas, Christ outragé, source internet)


samedi 13 avril 2019

Dimanche des Rameaux C - 14 avril 2019

Jésus entre à Jérusalem.





Et Jésus arrive à Jérusalem à l’approche de la fête de Pâques ! Il sait les événements qui ont s’y dérouler ; il sait les risques qu’il prend ; il sait que ce sera sa Pâque, son grand passage. Il choisit déjà de ne pas se dérober. Il entre au grand jour dans la ville, acclamé par les foules. C’est ce que nous racontait l’évangile de Luc entendu sur le parvis. 


Le texte est presque trop simple, trop beau. Tout se passe comme Jésus l’avait dit : le petit âne attaché à l’endroit indiqué, la question de ses maîtres lorsque les disciples le détachent. Un plan bien réfléchi, rondement mené. Tout est prêt pour l’entrée dans la ville. La scène n’a sans doute rien d’extraordinaire jusque-là. Un groupe d’hommes qui entrent dans la ville, l’un d’eux assis sur un âne, cela devait se voir tous les jours, plusieurs fois par jour. Pourquoi cette entrée est-elle perçue différente ? Pourquoi, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient-ils leurs manteaux sur le chemin ? Les réseaux sociaux n’existent pas à l’époque : personne pour twitter l’arrivée de Jésus à Jérusalem ; personne pour donner rendez-vous devant la bonne porte de la ville ! Cela ne vous semble pas étrange, ces gens sans grandes fortunes qui sacrifient un manteau sous les sabots d’un ânon ? Sans oublier la foule des disciples qui se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus et qui attribuent à Jésus la figure royale. Seule la remarque des pharisiens bouleverse la beauté de la procession : Réprimande tes disciples ! Autrement dit : fais-les taire ! 


Nous sentons bien là, la tension qui naît et qui va grandir tout au long de la semaine qui s’ouvre pour nous. Elle va grandir jusqu’à inverser la tendance. Aujourd’hui, ils sont nombreux à se réjouir et à chanter leur joie autour de Jésus et seuls quelques-uns viennent troubler le tableau. Demain, ils seront nombreux à crier : à mort ! et seulement quelques-uns à pleurer Jésus. C’est tout le mystère et le drame d’une humanité versatile qui se joue devant nos yeux. C’est tout le mystère de notre humanité, tantôt transportée par la foi, tantôt gagnée par la méfiance du religieux, qui est ici annoncée. C’est tout le drame de notre humanité tiraillée entre le bien qu’elle veut faire et le péché qu’elle veut éviter, sans toujours parvenir à accomplir l’un et refuser l’autre. Un constat s’impose : tout cela ne peut que mal finir !


Et Jésus, pendant ce temps, que fait-il ? En relisant la page d’évangile, nous constatons qu’il ne fait rien, si ce n’est répondre à l’interpellation des pharisiens. Il vit l’événement, tout simplement. Il se laisse guider par les pas de l’âne qui le mène à Jérusalem. Il consent à ce qui lui arrive. Comme l’annonçait Isaïe : il ne s’est pas dérobé. Il ne se dérobera pas davantage au moment de sa Passion. Il fait confiance à son Père, le Père des miséricordes que l’évangéliste Luc n’a cessé de nous présenter. Ce à quoi nous assistons, c’est de la miséricorde en acte. Entendez Jésus, sur la croix, lorsqu’il répond à l’un de ceux crucifiés avec lui : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Le plus grand mal peut être pardonné si la repentance est sincère, si Jésus est reconnu pour qui il est : le Messie, le Christ. Même sur la croix, signe de l’injustice suprême, Jésus pardonne encore, Jésus aime encore ! Comme elle sonne vraie, la parole du Centurion à la mort de Jésus : Celui-ci était réellement un homme juste. 


Accompagnons Jésus et ses disciples tout au long de cette semaine ; découvrons la justice de Dieu à l’œuvre dans nos vies. Redisons-lui notre désir d’être avec lui ; qu’il se souvienne de nous quand [il viendra] dans [son] Royaume. Ainsi Dieu pourra achever en nous l’œuvre de salut qu’il a commencé. Amen.



(Icône copte Les Rameaux, de Nancy MIKAËL, publiée dans France catholique)


samedi 24 mars 2018

Dimanche des Rameaux B - 25 mars 2018

Mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.






Nous voici donc (déjà !) rendu au dimanche des Rameaux, ce jour qui inaugure la semaine sainte durant laquelle nous accompagnerons Jésus dans les derniers grands gestes de sa vie terrestre, le tout dernier (l’offrande de sa vie) n’étant pas le moindre puisqu’il est celui par lequel il nous obtient le salut. A l’occasion de cette semaine, nous croisons chaque année quantité de personnages. Jérusalem grouille de monde à l’approche de la Pâque juive. Je voudrais m’intéresser cette année à un personnage en particulier, celui dont l’évangéliste nous dit qu’il suivait Jésus et n’avait pour vêtement qu’un drap.  

            Je reconnais que mon choix peut paraître curieux, d’autant plus qu’on n’en parle que là, au moment précis de l’arrestation de Jésus. Certains commentateurs l’identifient à l’évangéliste Marc lui-même. Mais qu’importe ! Pour l’instant retenons qu’il suivait Jésus. Il est donc comme nous, il est comme tant de ses personnes qui, durant le ministère de Jésus, ont été saisi par sa personne, ses paroles, ses actes. Nous ne savons ni à partir de quand, ni pourquoi, il le suit, mais un jour, il s’est mis en route. Peut-être son intérêt pour Jésus ne remonte-t-il qu’à quelques jours, et plus particulièrement ce jour précis où Jésus est entré triomphalement à Jérusalem. A-t-il été saisi par Jésus en étalant des rameaux ou son manteau (ce qui expliquerait qu’il ne soit là qu’avec un drap) ? Nous ne le saurons pas, l’histoire ne disant rien à ce sujet. Il suit Jésus, sans pour autant être un des Douze. Il suit Jésus ; c’est tout ce qui compte. Il est comme nous ; il est l’un de nous. Nous suivons Jésus, quelquefois sans trop savoir pourquoi. Curiosité ? Intérêt réel ? Qu’importe ! Ce qui compte, pour ce jeune homme, comme pour nous, ce n’est pas de savoir pourquoi, ni depuis combien de temps, mais de savoir simplement que nous suivons Jésus. Et il le suit à ce moment précis où les choses se gâtent pour Jésus. Il le suit encore quand il est dit des disciples qu’ils l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Il ne reste personne de ceux que Jésus a appelé. Il ne reste personne, chez Marc, du groupe des Douze. L’arrestation de Jésus a fait son effet : plus de Maître, plus de disciples ; logique. 

            Ce jeune homme n’est guère différent ; il suit Jésus, mais quand on essaya de l’arrêter, lui, lâchant son drap, s’enfuit tout nu. Ne rions pas trop vite, nous ne savons pas ce que nous aurions fait. Et pourquoi devrait-il rester alors que ses proches l’ont abandonné ? Pourquoi devrait-il témoigner en sa faveur alors que Pierre ne tardera pas à le renier ? Pourquoi devrait-il suivre encore Jésus alors que c’est l’un des siens, Judas, qui l’a trahi et livré ? Il s’enfuit donc tout nu. Il ne reste rien, à ceux qui ont arrêté Jésus, pour retenir ce jeune homme. Ils n’ont plus de prise sur lui. Et lui non plus n’a plus rien ; nu comme un ver, nu comme le jour où il est sorti du ventre de sa mère. Nu, comme Adam et Eve jadis, après avoir désobéi à Dieu. Quand, ayant suivi Jésus, on l’abandonne en cours de route, on est comme ce jeune homme, nu comme un ver, n’ayant plus rien pour cacher sa honte, n’ayant plus personne pour le protéger. Ayant fait le choix de ne pas rester plus longtemps avec Jésus parce que cela pouvait se révéler plus difficile, il se retrouve sans rien, ni personne. En abandonnant celui qu’il avait décidé de suivre un moment de sa vie, il est comme nos premiers parents, tournant le dos à celui qui devait être leur tout. Nous partageons cette nudité d’Adam et Eve lorsque nous tournons le dos à la Loi d’amour du Christ. Nous partageons cette nudité du jeune homme lorsque nous arrêtons de suivre Jésus, lorsque nous nous éloignons de lui. Nous partageons la nudité de ce jeune homme lorsque, par crainte, nous cachons notre appartenance à Jésus Christ. Sans Jésus, nous ne sommes rien. Sans Jésus, nous ne pouvons rien. Sans Jésus, il ne reste que la fuite et la honte d’être nu !  

            Au début de cette semaine sainte, que ce jeune homme nous inspire. Nous suivrons Jésus, pas à pas, tout au long de cette semaine sainte. Suivons-le avec ardeur ; suivons-le avec courage. Son chemin de croix est notre chemin de vie. Mais cela, nous ne le découvrirons qu’en restant avec lui, jusqu’au bout du chemin, jusqu’au pied de la croix. Nous l’avons acclamé au début de notre célébration comme roi ; suivons-le désormais en serviteurs fidèles et il nous revêtira du vêtement du salut. Amen.

 

 

 

 

dimanche 9 avril 2017

Dimanche des Rameaux A - 09 avril 2017

Quand un âne nous apprend l'évangile !





            Chaque année, nous sommes invités à vivre la Semaine Sainte qui, du dimanche des Rameaux où nous sommes à la nuit de Pâques, nous fait vivre le cœur de la foi chrétienne ; nous accompagnons ainsi Jésus dans les derniers jours de sa vie terrestre. Cette semaine si intense porte pourtant en elle un risque pour nous : celui d’être suivie sans être vraiment vécue. En effet, aucune autre semaine ne comporte autant de célébrations fortes en symboles et en sens. Et pour peu que ce ne soit pas notre première Semaine Sainte, le souvenir des années passées peut nous rendre insensible à des petits détails que nous jugeons vite sans importance, et pourtant. Prenons Matthieu dont nous avons entendu l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il est le seul à signaler que les disciples trouverons une ânesse attachée et son petit avec elle. Les autres évangélistes parlent juste d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Et alors, me direz-vous ? Alors ? Ben sur lequel monte Jésus ? Il ne peut pas monter sur les deux quand même ! Pourquoi vouloir alors les deux ? Et pourquoi un âne ? Un cheval n’aurait-il pas été plus convenant pour le Messie ? En ce dimanche des Rameaux, laissons-nous donc évangéliser par un âne ! 
 
            Pourquoi un âne ? L’explication la plus communément admise tient au caractère de l’animal. Il va où il veut et c’est lui qui guide semble-t-il. En montant sur un âne, Jésus manifeste qu’il ne tient pas les rennes de sa vie. Sa vie, il l’a déjà remise à Dieu ; c’est lui qui conduit les événements. L’âne serait donc l’instrument de Dieu pour conduire son Fils là où Dieu le veut, au rythme que Dieu veut, au moment que Dieu veut. L’heure vient, et elle est proche, où le Fils de l’homme va être livré. Même la porte par laquelle il va entrer à Jérusalem, ce n’est pas lui qui la choisit. L’âne, avec Jésus monté dessus, va son chemin. Jésus, au moment où la foule l’acclame, est l’homme obéissant à Dieu, en toute chose. Il s’en remet à lui seul. Et c’est l’âne qui incarne cette obéissance ! De lui, apprenons à aller sur les routes où Dieu nous attend, au moment où Dieu nous attend, au rythme que Dieu attend. 
 
            Chez Matthieu donc, les disciples vont chercher une ânesse et un ânon que personne n’a encore monté. Mais on ne sait sur lequel Jésus est monté. Faisons donc pour lui le choix de l’ânon, conforme aux textes de Marc, de Luc et de Jean. Pourquoi l’ânon ? N’ayant été monté par personne, il symbolise la Nouvelle Alliance que Jésus va inaugurer dans son sacrifice sur la croix. Avec cet ânon, qu’il est le premier à monter, Jésus commence quelque chose de neuf. L’ânesse les accompagne ; elle symbolise la première alliance, non rejetée, mais dépassée désormais par celle que Jésus va établir. Il n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir dans une nouvelle alliance. Et nous chrétiens, dépositaires de cette Nouvelle Alliance, nous ne pouvons pas faire abstraction de la Première Alliance : elle explique la nouvelle, permet de mieux la comprendre. Elle est cette ânesse qui a donné vie à son ânon ! Jésus ne pouvait donc monter que l’ânon, annonçant une nouvelle vie qui commence avec lui. C’est toujours une vie d’obéissance, de confiance en Dieu, mais avec des règles nouvelles. Jésus précisera ces règles lors de son dernier repas avec ses disciples. 
 
            Vous comprenez donc aussi pourquoi Jésus ne peut pas monter un cheval. Un cheval est fougueux, un cheval est symbole de la force guerrière. Or Jésus n’est pas un combattant militaire, il n’est pas un chevalier en armure qui va combattre l’ennemi pour le bouter hors de Palestine. Il est ce Fils obéissant qui marche vers sa mort pour entraîner les hommes sur les chemins d’une vie nouvelle. Les acclamations de la foule ne le feront pas changer d’avis. Elle a beau l’acclamer comme le Messie qui vient ; elle n’a pas encore compris quel type de Messie il est. Pourtant, tout est dit par l’ânon, tout est dit par cet équipage curieux, mais nouveau. 
 
            En ce dimanche des Rameaux, nous avons acclamé Jésus, le Fils de David ; nous avons suivi celui qui vient au nom du Seigneur ! Apprenons de ce que nous avons vu l’humilité de Jésus qui monte un ânon ; apprenons de cet ânon à nous laisser conduire, simplement, là où Dieu nous veut, pour notre vie et notre joie. Amen.      

(Dessin de Mr Leiterer)



samedi 19 mars 2016

Dimanche des Rameaux C - 20 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu.





Aujourd’hui commence donc la semaine qui nous mènera jusqu’à Pâques ; nous l’appelons « Semaine Sainte » parce qu’elle nous permettra de revivre, comme si nous y étions, les derniers moments de la vie de Jésus. Nous sommes invités à la vivre non pas dans le souvenir de choses passées, mais avec cette certitude que c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que se déroulent ces événements ; c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que Jésus se livre à nous pour nous sauver. La célébration de ce dimanche a comme particularité d’avoir deux proclamations d’évangile : il y a la proclamation de la Passion que nous venons d’entendre et la proclamation de l’Evangile rappelant l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, faite au tout début de notre rassemblement. Il est celui qui donne le sens de ce jour si particulier. 
 
Je ne sais pas si vous y avez été sensible, mais Luc n’a pas tout à fait le même récit que Matthieu et Marc. Chez Luc, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin… et toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix. Chez Luc, les disciples seulement chantent la gloire de Dieu et de Jésus. Ils savent maintenant qui il est ; ils ont vu les miracles, ils ont entendu l’enseignement de Jésus. Pour eux, plus de doute : Jésus est celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Ceci explique l’injonction faite à Jésus par quelques pharisiens : Réprimande tes disciples !  Expriment-ils ainsi leur crainte de voir la foule convertie à ce que les disciples ont déjà compris de Jésus ? Peut-être ! Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur d’un homme quand il rencontre Dieu ! Nul ne peut maîtriser un cœur touché par la grâce ! Nul ne pourra donc faire taire les disciples : si eux se taisent, les pierres crieront. Il y a des évidences qu’on ne peut cacher plus longtemps aux hommes. Le temps de Dieu est arrivé. Heureux ceux qui passeront du monde des hommes au monde de Dieu à la suite de Jésus. 
 
L’acte premier de ce passage, c’est donc cette gloire proclamée par les hommes. Jésus n’est sans doute pas dupe, lui qui avertissait déjà du danger à tenir sa gloire des hommes. La vraie récompense de Jésus n’est pas dans ces acclamations. La proclamation de la Passion en ce même jour nous rappelle la fragilité et la versatilité d’une foule : aujourd’hui, elle étend ses manteaux et écoute la foule des disciples acclamer Jésus ; demain cette foule criera : Mort à cet homme, laissant Jésus en croix entre deux criminels, tandis que la foule des disciples se tiendra plus loin, pour regarder. S’il nous est bon d’entendre la foule des disciples acclamer Jésus, cela ne doit pas nous induire en erreur pour autant : ce n’est pas cette gloire que Jésus recherche, il n’attend rien d’elle. A nous qui cheminons dans la foi, les acclamations de la foule des disciples nous rappellent ce que nous pouvons croire au sujet de Jésus : il est celui qui vient au nom du Seigneur. Mais elles nous renvoient aussi à notre propre rapport à Jésus, tantôt le cœur tout brûlant pour lui, tantôt plutôt tiède, quelquefois même froid selon ce que nous vivons au quotidien. 
 
Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous refusons de faire miséricorde, lorsque nous demandons la fermeture de nos frontières au prétexte que nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, lorsque nous voulons inscrire dans la loi la déchéance de nationalité au risque de créer des apatrides ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous nous enfermons dans nos petites vies tranquilles, ne faisant de mal à personne, certes, mais oubliant de faire un peu plus de bien ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous n’avons qu’indifférence pour les autres et pour le monde dans lequel nous vivons ? Il est si facile de passer de la foule des disciples qui acclame à la foule qui vocifère contre Jésus ! Il est si difficile de rester un authentique disciple quand surgit l’adversité. 
 
Dans ce drame qui se joue, deux hommes pourtant sont porteurs d’espérance ; deux hommes reconnaissent, au-delà de la personne de Jésus, quelque chose de plus grand ; deux hommes ont déjà fait ce passage du monde des hommes vers le monde de Dieu. Le premier, c’est l’un des criminels condamnés et crucifiés en même temps que Jésus. Cloué sur une croix, il a cependant conscience que Jésus peut encore quelque chose pour lui, qu’un salut est toujours possible : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Le second, c’est un étranger, un ennemi de surcroît : le centurion qui, par nécessité de service, a assisté à tout cela. A la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : Celui-ci était réellement un homme juste. Et voilà qu’il devient impossible de cataloguer les gens, de les ranger soigneusement en les classant en bons et méchants. Le passage du monde des hommes au monde de Dieu oblige à une vérité du regard. Rien n’est comme avant ; toute chose est nouvelle. 
 
Dès le premier jour de cette semaine sainte, nous pouvons mesurer ainsi le chemin qu’il nous reste à parcourir pour quitter ce monde des hommes et entrer dans le monde de Dieu. Nous n’en sommes qu’au premier jour, à la première étape. Chaque jour à venir nous dira comment, à la suite de Jésus, nous pouvons faire ce chemin. A chacun de faire en sorte de n’en manquer aucun. Amen.
 
(L'entrée à Jérusalem, Miniature de O. Khizanetsi, Matenadaran, Erevan, 1307, reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 28 mars 2015

Dimanche des Rameaux - 29 mars 2015

Le Seigneur en a besoin.




Je ne vais pas rajouter beaucoup de paroles à toutes les paroles entendues ce matin, au cours de cette liturgie des Rameaux. Je voudrais juste en commenter une qui nous vient de l’Evangile de cette fête, cet Evangile que nous avons proclamé dès l’ouverture de cette célébration, lorsque nous nous apprêtions, nous-aussi, à acclamer le Christ entrant dans Jérusalem. Cette parole de Jésus concerne le petit âne que ses disciples lui amènent : le Seigneur en a besoin. 
 
Durant tout le carême, j’ai essayé de vous faire entrer dans une compréhension  plus grande de cette alliance que Dieu renouvelle pour nous en Jésus Christ. Ce serait une mauvaise compréhension de l’Alliance que de croire que tout se fait sans nous. Une Alliance, cela se signe à deux. Nous pouvons entendre  l’affirmation : le Seigneur en a besoin, comme un appel pressent à nous mettre à son service, à entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, et qu’il va signer de son sang. Nous avons donc notre part à tenir et à honorer dans cette Alliance nouvelle. L’âne devient notre totem, l’animal qui nous représente. 
 
Il faut alors tout de suite rendre justice à cet animal. Quoi qu’on ait voulu nous faire croire en une époque passée, où être affublé d’un bonnet d’âne était signe de bêtise, voire d’inintelligence, cet animal particulier que Jésus réclame à ses disciples, n’est pas bête. Si celui qui le monte ne sait pas toujours où va son âne, l’âne lui le sait. Il avance sans se poser de question ; et lorsqu’il ne veut pas bouger, vous pouvez vous lever tôt pour essayer de le faire avancer. Il est le symbole de ceux qui ne se laissent pas saisir par les modes, le symbole de ceux qui ne font pas tout, simplement parce que les autres le font. Il semble obéir à une voix mystérieuse. Il est le symbole de ceux qui écoutent la parole de Dieu et se laisser mener par elle. En s’asseyant sur un petit âne sur lequel personne ne s’était encore assis, Jésus prend le parti de se laisser guider, de se laisser mener par Dieu seul. Advienne que pourra ! Personne n’ayant utilisé cet âne avant Jésus, il n’est pas encore formaté au rythme de quelqu’un ; il est tel que Dieu l’a fait, n’obéissant qu’à sa voix, allant là où il est mystérieusement attendu. Quel animal, mieux que l’âne, pouvait ainsi nous inviter à entrer dans cette semaine sainte, à la suite du Christ qui va accomplir ce pour quoi il est venu : le salut des hommes ? 
 
Le Seigneur en a besoin. Peut-être faut-il aussi ici accorder quelque crédit à ceux qui nous disent qu’en ces temps-là, l’âne était un animal royal. En s’asseyant dessus, Jésus ne renie pas qui il est ; il ne se défend même pas quand la foule l’acclame tel un roi. Il est roi, certes pas à la manière des hommes ; mais cela, c’est une autre histoire que Pilate aura bien le temps d’éclaircir pour nous le moment venu. Pour l’heure, la foule ne peut pas, et ne veut sans doute pas, davantage entrer dans ces distinctions subtiles : Jésus est roi, la foule veut un roi : tant pis pour l’amalgame. Le temps de rectifier les choses viendra bien assez vite et de manière brutale. 
 
Le Seigneur en a besoin. Prenons doublement exemple de ce petit âne. D’abord en nous laissant mener, non par les modes, non par les avis de la majorité, mais par Celui qui sait, par celui qui permet que toute chose concourt au bien : Dieu lui-même. Ensuite, en nous laissant approcher du Christ, jusqu’à le laisser entrer dans notre vie, jusqu’à le laisser « monter notre vie ». Nous deviendrons, comme le petit âne, des porteurs du Christ dans un monde qui cherche un sens à son existence. Peut-être que, par notre témoignage de vie, une foule de plus en plus nombreuse sera capable de reconnaître en Jésus celui qui vient au nom du Seigneur ! Entrons dans cette semaine sainte avec cette certitude : le Seigneur a besoin d’hommes qui le portent au monde. Laissons-nous détacher de ce qui entrave notre marche et suivons le Christ, jusqu’à la mort et au-delà. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 11 avril 2014

Dimanche des Rameaux A - 13 avril 2014

Un jour pour découvrir qui est Jésus.



J’en conviens, c’est une semaine particulière qui s’ouvre en ce dimanche des Rameaux. Une semaine comme aucune autre, qui nous permettra de vivre et d’approfondir le cœur de notre foi. Son importance ne vient pas tant de sa place dans notre carême (juste avant Pâques) ; son importance vient de ce que chaque jour qui la compose nous permet de découvrir quelque chose de notre foi. Chaque jour que nous allons vivre porte un mystère à approfondir. En ce premier jour de la semaine, il nous est ainsi proposé de découvrir mieux encore qui est Jésus. 
 
Qui est Jésus ? La liturgie de ce dimanche des rameaux nous en donne plusieurs portraits. Il est d’abord celui qui est acclamé comme Roi par la foule qui attend un messie politique. Il est ensuite l’ami qui réunit les siens pour le repas de la Pâque et qui leur laisse un merveilleux cadeau. Il est aussi le Juste arrêté, emprisonné, jugé, abandonné. Il est enfin l’Innocent mis à mort, humilié, moqué de tous. Jésus accepte chacun de ces portraits. Il ne se met pas en colère quand la foule l’acclame comme roi : il sait seulement qu’elle se trompe et que l’heure vient où il rectifiera cette image en faisant découvrir qu’il ne se bat pas avec les armes de la violence ou de la haine. Sa seule arme, c’est l’amour porté à son extrême pour tous, y compris pour ses bourreaux. Ainsi, il n’accable pas Judas qui le trahit, ni Pierre qui le renie, ni les autres qui l’abandonnent. Au contraire, il appelle encore Judas son ami lorsque celui-ci le livre ; il regarde encore Pierre avec un regard d’amour lorsque celui-ci l’a renié ; il n’a de haine pour aucun des Douze. Il ne se révolte pas lorsqu’il est arrêté ; il ne hurle pas à l’injustice lorsqu’il est condamné ; il ne fait pas appel aux armées célestes pour échapper à la croix. Il connaît l’injustice des hommes ; il sait combien le monde est quelques fois révoltant. Mais il accepte ; il prend sur lui tout ce mal dont l’homme est capable pour le mettre à mort avec lui sur la croix. Il va jusqu’au bout de sa mission dans un seul but : nous permettre de vivre, d’être vraiment libre face au péché, de ne plus craindre la mort, et nous offrir enfin de vivre avec lui, éternellement ! 
 
Ce Jésus qui se révèle ainsi est d’abord l’homme de l’obéissance, l’homme du projet de Dieu. Il sait combien Dieu aime l’homme, tout homme ! Il sait combien l’homme est prisonnier de ses passions, de ses envies, de son péché. Il sait que Dieu l’a choisi, envoyé, pour nous libérer. Il ira jusqu’au bout, par obéissance à Dieu, par amour pour nous. Il est animé d’un désir de vivre et de faire vivre tellement puissant qu’il acceptera la mort comme chemin vers plus de vie. Sur la croix, lorsque le Christ meurt, c’est la mort qui perd, c’est la mort qui meurt. Celui qui est source de vie, celui qui a toujours relevé les tordus de la vie qu’il a rencontré, accepte cette mort pour mieux la vaincre. Ce n’est qu’en affrontant la mort sur son propre terrain que le Christ peut la vaincre. Homme de l’obéissance, il est aussi l’homme humble, celui qui fait confiance en toute chose à Dieu, qu’il nomme Père. Il sait que, malgré les apparences, il n’est pas abandonné de lui. Il sait qu’en lui, la vie va manifester sa toute puissance. Comment le faire autrement qu’en acceptant cette mort pour en être relevé lorsque tous croiront que c’en est fini de l’histoire Jésus ? Homme d’obéissance, humble, il est enfin l’amoureux de l’humanité, de toute l’humanité, en particulier cette humanité blessée, défigurée par les épreuves de la vie pour laquelle il se livre. 
 
Par notre baptême, nous sommes identifiés à ce Christ obéissant, humble, amoureux de l’humanité. Notre baptême nous révèle le projet d’amour de Dieu pour nous. Notre baptême nous invite à vivre ce projet pour parvenir au vrai bonheur. Il nous redit que nous sommes fils et filles de Dieu, appelés à témoigner de l’amour dont nous avons bénéficié. Enfin notre baptême nous oblige à l’amour de tous et de chacun, parce que nous sommes nous-mêmes aimés de manière inconditionnelle. 
 
En ce premier jour de la semaine, prenons le temps d’approfondir notre connaissance de ce Jésus qui se livre pour nous. Suivons-le sur le chemin de sa Passion. Plongeons au cœur de notre foi ; nous y trouverons un nouveau souffle, un nouveau dynamisme qui nous fera porter à tous la joie de l’Evangile. Amen.
 
(Icône du Christ - Collection de l'auteur)

dimanche 24 mars 2013

Dimanche des Rameaux C - 24 mars 2013

Croire en un Dieu qui se livre.



Nous voici donc au début de cette semaine sainte, semaine cruciale entre toutes puisqu’elle nous permettra de revivre, jour après jour les derniers moments de la vie du Christ. Oui, cette semaine est sainte parce qu’elle nous ramène au cœur de notre foi. Tout au long du Carême, j’ai invité nos assemblées à découvrir ce que cela signifiait que de croire, avec le témoignage de nos ancêtres dans la foi. Voici venu le temps où nous sommes rendus à nous-mêmes : désormais, c’est à chacun de prendre position, à chacun d’exprimer sa foi au moment où le Christ lui-même fait le choix de se livrer par amour pour nous. Au début de cette semaine sainte, nous sommes invités à croire en un Dieu qui se livre !

Un Dieu qui se livre : voilà qui peut paraître surprenant voire choquant pour certains. Dieu peut-il se livrer aux mains des hommes ? Ne perd-t-il pas son statut de Dieu en se rendant faible ? Pour Paul, dans la seconde lecture, le Christ Jésus, tout en restant l’image même de Dieu, n’a pas voulu revendiquer d’être pareil à Dieu. Il reste égal à lui-même, mais il s’abaisse, volontairement jusqu’à devenir l’un de nous. En se livrant, il va accentuer encore cette identité avec notre humanité, puisqu’il va aller jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Non seulement, en Jésus, Dieu se livre, mais il se livre jusqu’à l’extrême. Il se livre comme un criminel alors qu’il n’a cessé de faire le bien. Il se laisse faire, comme le serviteur de Dieu dont nous parle le prophète Isaïe. Il se livre aux hommes, dans une confiance renouvelée à Dieu. Pour dire les choses autrement, il se livre, mais en sachant bien ce qu’il fait, en sachant bien ce que sont les hommes, en sachant bien surtout qui est son Père, ce Dieu qui l’envoie sauver le monde. Pour sauver le monde, il doit d’abord s’abandonner et sembler se perdre aux yeux des hommes. Pour être tout pour les croyants, il doit d’abord n’être plus rien aux yeux des hommes. Seuls ceux qui l’auront suivi jusqu’au bout, seuls ceux qui auront mis leur espoir en lui, ne seront pas déçus.

En suivant Jésus sur le chemin de sa croix, nous le suivons sur le chemin de notre foi : il nous a tout dit, il nous a tout confié ; il ne nous reste qu’à le suivre, avec confiance, avec espérance. Ce qui se joue, c’est notre vie, même s’il le paie de sa vie. Ce qui compte, c’est que nous lui restions fidèles au moment même où il est le plus fidèle à son Père et à sa mission. Peut-être ne le reconnaîtrons-nous pas tout à fait, lorsqu’il aura été défiguré par la souffrance et la méchanceté des hommes ; mais, livré sur la croix, c’est encore lui qui nous invitera à espérer et à croire.

Dieu se livre et notre foi peut grandir. Dieu se livre ; et notre vie peut commencer. Dieu se livre ; et c’est toute notre humanité qui en est transformée. Dieu se livre ; oseras-tu encore croire en lui ?

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 30 mars 2012

Dimanche des Rameaux - 01er avril 2012

Jésus, le Messie de Dieu.






Il n’y a aucun doute à avoir en ce dimanche des Rameaux. Alors que nous accompagnons la foule qui acclame Jésus, nous pouvons nous ranger à son avis : Jésus est bien le Messie de Dieu. Devant qui d’autre irions-nous poser nos manteaux ? Qui d’autres acclamerions-nous ainsi, palmes à la main, alors qu’il s’avance, monté sur un âne, pour entrer dans Jérusalem, la ville qui tue les prophètes ? Oui, vraiment, à voir la ferveur et la joie de la foule, à entendre la clameur qui monte et les paroles proclamées, nul doute : celui qui s’avance ne peut être que le Messie de Dieu : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, celui de notre Père David. Hosanna au plus haut des cieux !

Il n’y a aucun doute à avoir, et pourtant, il s’agirait de ne pas se tromper de Messie. Il s’agirait de ne pas se tromper sur Jésus. N’est-ce pas pour cela que la liturgie de ce jour est si particulière, voire complexe. Oui, nous avons commencé par acclamer Jésus, avec toute la foule qui se pressait à Jérusalem. Mais nous avons poursuivi avec la Passion selon Marc, après avoir entendu un passage du chant du Serviteur dans le livre du prophète Isaïe et l’hymne aux Philippiens. Il est moins glorieux, le Messie, quand on lit le prophète Isaïe ; il est moins glorieux, le Messie, quand on lit l’abaissement de Jésus jusqu’à la mort ; il est moins glorieux, le Messie, quand on le voit mourir en croix, abandonné de tous, raillé par beaucoup.

Et pourtant, là, devant la croix, il n’y a pas de doute à avoir : c’est bien le Messie qui est là, crucifié, mort pour nous. Et il l’est plus que jamais, parce qu’il n’est pas allé à la croix pour lui, il n’y est pas allé par plaisir ; il y est allé pour nous, il y est allé par amour. Jésus, celui que tu as acclamé comme Messie, est allé mourir en croix parce qu’il t’aime comme jamais tu ne l’aimeras. Il est allé à la croix parce qu’il veut que tu vives comme jamais tu n’aurais pu vivre sans lui. Il est allé à la croix pour que tu aimes comme jamais tu n’aurais été capable d’aimer s’il ne t’avait montré le chemin de l’amour absolu, celui qui va jusqu’au bout, jusqu’à la croix, jusqu’à la mort.

Il ne s’est pas révolté, il ne s’est pas dérobé, il n’a pas protégé son visage des outrages et des crachats, parce qu’en se laissant faire, c’est toi qu’il protégeait, toi qui te serais sans doute révolté, sans doute dérobé ou défaussé sur quelqu’un d’autre. Il a tout pris sur lui afin que rien ne retombes sur toi, et surtout que toi tu ne tombes sur un plus faible pour lui faire payer le prix de ta trahison, le prix de ta lâcheté, le prix de ta faiblesse.

Etrange Messie, penses-tu ? Peut-être. Magnifique Messie, sans aucun doute possible. Il prend tout sur lui sans rien demander en échange si ce n’est un regard vers lui, élevé de terre. C’est en reconnaissant, là sur la croix, qui il est, que tu auras ta part au bonheur qu’il inaugure ainsi, au Royaume qu’il ouvre pour tous. Regarde-le et avec le centurion, confesse-le : il était plus qu’un homme ; il était celui que Dieu t’a envoyé.

Oui, lève les yeux vers la croix ; regarde celui que tu as transpercé et crois que Dieu est avec lui, pour toi, jusqu’au bout. Et tu verras, par-delà sa mort, jaillir la vie qui ne finit pas. L’histoire de l’homme Jésus s’arrête peut-être en cet instant ; mais celle du Messie de Dieu, celle du Fils de Dieu, ne saurait finir derrière une pierre soigneusement roulée à l’entrée d’un tombeau quelconque. Ce dimanche n’est qu’un avant goût de la puissance de l’amour de Dieu. Une semaine nous est donnée pour méditer tout cela, pour revivre tout cela. Une semaine à vivre au rythme de celui que tu as acclamé. L’accompagneras-tu jusqu’au bout pour mieux le confesser Fils de Dieu, ou te sauveras-tu, nu de tes certitudes ?




(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d’évangile, p. 146)