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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 10 janvier 2026

Le baptême du Seigneur A - 11 janvier 2026

C'est toi qui viens à moi !




(Source : Pinterest)



 

            Le temps de Noël touche à sa fin avec cette fête du baptême de Jésus. Demain, c’est le temps ordinaire qui reprend ses droits. En attendant, ce baptême de Jésus nous vaut une réflexion de Jean le Baptiste, intéressante pour notre vie spirituelle et qui, à la sortie des fêtes, nous encourage à accueillir Jésus.

            Nous imaginons facilement la scène du baptême. Jean le Baptiste se tient au bord du Jourdain, les foules viennent à lui ; et voilà que, dans ce groupe, il reconnaît son jeune cousin, Jésus, qui vient lui aussi se faire baptiser, prenant ainsi de manière très concrète le chemin de notre humanité. Comme nombre de ses contemporains, il manifeste que notre humanité a besoin de Dieu, besoin de cette proximité avec celui qui est la source de notre existence. Le baptême que propose Jean est le signe de cette humanité qui revient à Dieu, le signe de cette humanité qui est pleinement humaine quand elle marche humblement avec Dieu. C’est un baptême de conversion, un baptême de retour à Dieu. Jésus n’en avait nul besoin pour lui, puisqu’il est le Fils de Dieu. La voix qui se fait entendre après son baptême en témoigne : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dieu est heureux de ce Fils qui prend le chemin de notre humanité pour accomplir sa volonté, c'est-à-dire son projet de salut pour toute l’humanité. Il montre ainsi que le salut est impossible par les seules forces humaines. Si Dieu n’intervient pas, l’homme s’épuise et se perd loin de Dieu. Et c’est peut-être ce que Jean le Baptiste n’avait pas tout-à-fait compris.

            Ecoutez-le, dans l’évangile de Matthieu, quand il reconnaît Jésus : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! L’étonnement de Jean le Baptiste est salutaire pour notre vie spirituelle. Il nous dit, me semble-t-il, deux choses. La première, c’est que Jean était persuadé qu’il suffisait que les gens se convertissent, reviennent à Dieu, pour que tout aille bien, voire mieux pour eux. Je reprends ma vie en main et je décide d’aller vers Dieu, avec foi et espérance, et de toutes les forces dont je suis capable. Ce n’est pas inutile de le faire, entendez-moi bien ! Il y a toujours un moment où l’homme doit décider de prendre sa foi au sérieux et d’aligner ainsi son agir avec ce qu’il dit de Dieu. Nous avons entendu la prédication vigoureuse de Jean durant le temps de l’Avent. La conversion est nécessaire parce qu’elle marque ce moment où je fais le choix de Dieu. Mais elle ne suffit pas. Et c’est la deuxième chose que nous dit l’étonnement de Jean. Dieu n’attend pas que nous réussissions, il vient vers nous, il vient nous chercher, il vient nous séduire parce qu’il sait que pour l’humain, changeant au gré du souffle des vents, c’est là affaire difficile. Il nous faut entrer dans la puissance de l’étonnement de Jean : et c’est toi qui viens à moi !

Oui, en Jésus, Dieu, le tout patient, manifeste qu’il a comme perdu patience face à l’impossibilité de l’homme de se sauver par ses propres forces et de se maintenir dans cette attitude de sauvé ! En Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’homme ; il reprend l’initiative du salut là où l’homme avait échoué et revenait sans cesse à son péché. Dans un monde où, malgré le fait que chaque culture ait un et même généralement plusieurs dieux, rien ne permettait de croire que Dieu pouvait réellement vouloir assumer notre humanité sans se jouer de nous comme le font les dieux de l’Olympe par exemple. Non, le Dieu qui se révèle en Jésus, a de la joie à croiser l’homme, à aller vers l’homme, à sauver l’homme. L’humanité n’est pas le jouet de Dieu ; et Dieu n’est pas le doudou de l’humanité. Dieu et Homme sont appelés à vivre ensemble, à s’assumer, à se rencontrer. Cela s’appelle l’Alliance. Jean le Baptiste avait appelé les hommes à revenir vers Dieu ; Jésus va leur monter que Dieu s’approche d’eux. Et la rencontre devient possible ; et le salut devient possible. Pour tous. Cette double démarche (nous préparer à aller vers Dieu et accueillir celui qui vient) est essentielle parce qu’elle permet à l’homme de prendre Dieu au sérieux en se préparant pour lui ; et elle permet à Dieu de redire qu’il prend l’homme au sérieux en venant à sa rencontre pour une Alliance nouvelle et éternelle que le Fils va sceller dans son sang. L’homme n’attend pas que Dieu le sauve malgré lui. Dieu n’attend pas que l’homme réussisse enfin à venir vers lui. Chacun fait seulement mais totalement ce qui lui revient. Et le chemin du Royaume de Dieu est enfin ouvert ; et le salut que Dieu propose est enfin accessible.

Le baptême de Jésus et l’étonnement de Jean le Baptiste nous font comprendre que la joie de l’homme et la joie de Dieu sont parfaites quand les deux marchent ensemble. Jésus en est l’illustration, lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu. En lui je trouve ma joie, dit Dieu quand Jésus est baptisé. En nous aussi, Dieu veut trouver sa joie. C’est pour cela qu’il vient vers nous, vers Jean, pour assumer notre humanité, y compris dans sa part la plus sombre. Toute notre vie peut se noyer dans l’amour de Dieu qui vient vers nous. Allons vers lui et préparons nos cœurs à l’accueillir et toute justice sera accomplie. Amen.

 

  

samedi 3 janvier 2026

Epiphanie de notre Seigneur - 4 janvier 2026

L'Epiphanie, du droit du sol au droit de la foi.




(Source Pinterest) 



 

            Le mystère de Noël se déploie chaque année dans trois moment clés de la révélation de Jésus au monde : il y a bien sûr Noël que nous avons célébré, l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui, et le baptême de Jésus que nous célèbrerons dimanche prochain. Si c’est le même mystère qui est célébré, pourquoi le faire en trois étapes ? Qu’ajoute l’Epiphanie à Noël ? En quoi cette solennité nous permet-elle d’entrer mieux encore dans ce mystère d’un Dieu fait homme ?

            La nuit de Noël, nous avons célébré Dieu venu en notre chair. Dans l’Enfant nouveau-né, Marie et Joseph ont accueilli dans leur couple le Fils de Dieu fait homme. Le nom qu’ils lui ont donné, conformément à la parole de l’ange, dit à tous qu’en lui Le-Seigneur-sauve. C’est le sens même du nom Jésus. L’autre nom, révélé jadis par les prophètes, Emmanuel, dit la proximité de Dieu à son peuple : Emmanuel se traduisant par Dieu-avec-nous. C’est aussi ce que les anges ont révélé aux bergers : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Cette parole ne fait sens que pour ceux qui sont issus de ce peuple que Dieu s’est donné et qui attend, depuis le temps de l’Exil, la venue du Messie qui le libèrera définitivement de l’oppression étrangère. Le Dieu d’un peuple donne à son peuple le Sauveur tant attendu. Il nous faut alors nous rappeler ce que dit Jean dans le prologue de son Evangile : Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. La fête des Saints innocents, célébrée entre Noël et l’Epiphanie est un souvenir dramatique de ce refus d’Hérode d’accueillir celui que Dieu envoie dans le monde. La peur et la folie d’un seul a entrainé le massacre de milliers d’enfants, pour que ce nouveau-né ne vienne pas troubler davantage la vie d’un roi sous contrôle étranger. C’est cela aussi le mystère de Noël. La beauté de nos crèches ne doit pas nous faire oublier la cruauté et l’indifférence qui ont entouré cette naissance. Jésus ne semble pas le bienvenu chez lui : de la salle commune où il n’y avait plus de place au palais d’Hérode où il était inconcevable de lui faire une place, il n’y a que refus d’accueillir, incapacité à reconnaître que Dieu entre dans le monde en Jésus enfant. Seuls les pauvres et les exclus, c'est-à-dire ceux qui ont en eux l’espérance d’un Sauveur, viennent à la crèche reconnaître le roi du monde.

            Avec la solennité de l’Epiphanie, quelque chose de neuf arrive qui vient briser le cycle de l’exclusion. Matthieu le raconte ainsi : Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. Là où les locaux sont incapables de s’ouvrir à la bonne nouvelle, voici que des étrangers, venus de loin, cherchent et finissent par trouver celui dont ils ont vu l’étoile. Après leur passage chez Hérode, ils reprennent la route et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’Orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Elle est manifestée ici la nouveauté de l’Epiphanie. Nous pouvons l’entendre ainsi : le Dieu d’un peuple particulier se révèle au monde entier pour faire comprendre qu’il n’est pas seulement venu sauver les siens, mais tous les hommes. Saint Jean, dans son prologue a écrit : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ce n’est donc plus seulement l’appartenance à un peuple qui ouvre au salut, mais la foi en celui qui est venu dans le monde, d’où que vienne celui qui croit. Il n’y a plus de privilège ou de préférence nationale ; il y a une universalité du salut qui est clairement affirmée par la visite de ces étrangers. Le peuple que Dieu se donne désormais n’est pas lié à un droit du sol, il est lié à un droit de la foi exprimée. Heureux mages qui nous valent de pouvoir devenir enfants de Dieu, alors même que le sol qui nous a vu naître, est loin du pays d’Hérode. Précurseurs de la foi des nations, ils nous permettent d’entrer dans ce peuple nouveau rassemblé par la foi en ce Fils unique de Dieu, plein de grâce et de vérité.

             De ce fait, l’Epiphanie a une conséquence éthique indéniable : elle ne nous permet plus de parler des étrangers comme étant indésirables, puisque c’est par des étrangers que la nouvelle de la naissance du Sauveur s’est fait connaître. A moins de rallier le camp d’Hérode pour qui ces étrangers sont des gêneurs qui vont nous priver de sommeil et de tranquillité, l’étranger devient un frère à accueillir, un frère qui porte pour moi une bonne nouvelle, un frère que Dieu me donne. Nous voici obligés à un nouveau regard, à un nouvel art de vivre qui bouscule nos nationalismes et nous ouvre à la catholicité, cette manière nouvelle de concevoir les relations humaines, cette manière nouvelle de concevoir la relation à Dieu. Il n’est plus le Dieu d’une terre, il est le Dieu de tous les hommes, celui qui s’est fait homme en Jésus. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est réduire la catholicité à un pays, un continent. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser à Dieu d’être le Père de tous les hommes. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est prendre le risque de mettre le Fils de Dieu à la porte de notre vie puisqu’il se manifeste à nous par eux aussi. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser de construire avec ce Nouveau-né le Royaume nouveau qu’il inaugure et pour lequel il donnera sa vie. Le fait que ce soient des étrangers qui viennent en Jésus adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur n’est pas juste une composition littéraire ; c’est une vision théologique de ce que sera cet Enfant, de ce que sera sa mission, de ce que doit être le monde. Jésus l’affirmera dans sa grande prière à la veille de sa mort : Qu’ils soient Un comme nous sommes Un.

            Et voilà que cette belle histoire pour enfant sage devient un marqueur fort de ce que sera la vie et la mission de ce Nouveau-Né, Dieu-fait-homme pour le salut de tous. Ne restons pas enfermés dans nos petites visions de ce que doit être Dieu, de ce que doit être notre monde. Ouvrons-nous à la catholicité voulue par Dieu et construisons cette fraternité universelle qui n’est que la conséquence logique de l’irruption de Dieu dans le monde des hommes. Qu’ils soient nombreux, ces mages venus d’Orient, qui nous font découvrir la nouveauté de Dieu qui se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir à nouveau comme lui. Ainsi nous parviendrons au salut, cette vie en Dieu et avec Dieu pour toute éternité. Amen. 

samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 4 janvier 2025

Epiphanie du Seigneur - 5 janvier 2025


 Soyons de ces étoiles qui se lèvent.




(Les mages suivant une étoile, image trouvée sur internet)




Le mystère de Noël, qui célèbre la révélation de Jésus à son peuple, représenté par les bergers, peuple qui attendait un Messie Sauveur, se poursuit aujourd’hui avec cette solennité de l’Epiphanie du Seigneur. Un moment tout à fait important pour nous, parce que ce mystère d’un Dieu fait homme se double d’un autre mystère que Paul nous explique dans sa lettre aux Ephésiens.

Frères, écrit-il, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère… Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. La naissance de Jésus, qui a eu lieu à un moment précis de l’histoire des hommes, de l’histoire d’un peuple, géographiquement et historiquement bien situé, cette naissance donc ne concerne pas que le peuple à qui il s’est révélé en premier. Il concerne tous les hommes, à travers le monde entier, et à travers le temps et l’Histoire. Jésus n’est pas venu pour sauver seulement ceux qui habitaient la Judée, la Galilée et la Samarie, quand l’empereur Auguste gouvernait à Rome et que Quirinius était gouverneur de Syrie. Non, cet événement de la naissance de Jésus allait concerner toute la terre et tous les temps. Nous sommes concernés par cette naissance au point que nous pouvons dire, plus de deux milles ans plus tard que Jésus est né pour nous sauver aujourd’hui. C’est cette réalité que nous célébrons en cette fête de l’Epiphanie. Jésus n’est pas juste un personnage remarquable du passé ; il a ou peut avoir un impact dans notre vie. Il vient pour nous, aujourd’hui ; il vient nous redire à nous aussi, comme jadis à ses compatriotes, que Dieu nous aime infiniment, que nous pouvons changer notre vie en mieux, que nous sommes sauvés par le sacrifice unique du Christ. Il vient nous dire à nous, aujourd’hui, que rien n’est jamais fini de l’espérance des hommes et que la grâce de sa naissance et de son incarnation s’étend jusqu’à nous, comme elle s’étendra demain aux hommes et aux femmes qui nous suivront. Quand Dieu entre dans le monde, ce n’est pas pour le petit monde d’une époque précise ; quand Dieu entre dans le monde, c’est pour aider ce monde à parvenir à son accomplissement. Et il accompagnera cet accomplissement tant qu’il le faudra. Dieu ne nous laisse plus seul en ce bas monde ; il est venu à notre rencontre en Jésus ; il continue de nous accompagner de son Esprit, jusqu’à la fin des temps, c'est-à-dire jusqu’à ce que nous le voyions tous dans la gloire de son Royaume. 

Dans l’Evangile, cette révélation de la naissance du Sauveur à tous les hommes se fait par la venue et l’adoration de ces mages venus d’Orient. Ils ont vu son étoile à l’orient et sont venus se prosterner devant lui. Les hommes de sciences embrassent la foi et adorent Celui qui leur a été mystérieusement révélé. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, mais qui se vivent. Ils entrent dans un mystère qui leur est étranger, avec joie et confiance. Ils font une longue route pour se prosterner devant lui. C’est le long chemin de la foi que nous sommes invités à faire. Ils n’ont vu qu’un signe lointain, une étoile se lever dans le ciel ; mais ils ont compris, derrière ce signe, que quelque chose de neuf venait de se produire. Leur longue route traduit leur espérance et leur foi. Comme eux, nous n’avons que des signes de la venue du Seigneur. C’est le témoignage de la foi de celles et ceux qui nous ont précédés, l’annonce de la Bonne Nouvelle faite par l’Eglise à travers les siècles, le témoignage de la charité de tant de saints qui ont donné leur vie à cause de Jésus. Tous ces signes nous mettent-ils en route comme eux ? Les mages ont vu une étoile, et cela a suffi. Que nous faut-il aujourd’hui ? Nos contemporains, qui ne croient pas encore ont ces mêmes signes et ils peuvent voir des communautés croyantes ; cela suffit-il à les convertir, à leur donner envie de se prosterner devant Jésus ? Nous pouvons tous être l’étoile de quelqu’un, par nos paroles, par notre témoignage de vie, par notre joie d’être au Christ. Soyons de ceux qui se lèvent pour que d’autres puissent croire et se mettre en route à la rencontre de Celui qui vient dans le monde des hommes pour leur apporter le Salut et la Paix. L’Epiphanie est leur fête, la fête de celles et ceux qui ne croient pas encore, mais qui peuvent se sentir inviter à marcher à la rencontre de Jésus. Ils peuvent aussi en lui, adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur (Préface de la Messe de la Vierge Marie à l’Epiphanie). Il y a encore tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent quelqu’un qui peut leur redonner de l’espérance et de la joie. Jésus est celui-là, mais en sommes-nous convaincus au point d’en témoigner toujours ? 

Si la fête de Noël est passée, l’esprit de cette fête ne peut s’éteindre, car Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Que cette fête de l’Epiphanie nous donne de reconnaître Jésus comme Dieu et Rédempteur à frais nouveau ; qu’elle nous donne d’être des signes, des étoiles qui se lèvent, pour que le monde puisse croire, se convertir et devenir meilleur. Amen. 


samedi 28 décembre 2024

Saint Famille de Jésus, Marie et Joseph - 29 décembre 2024

 C'est quoi une "sainte famille" ?




(Tableau d'Arcabas, Jésus au milieu des docteurs de la Loi)




Il y a des chiffres qui font chaud au cœur. Celui que j’ai trouvé en préparant l’homélie de ce dimanche en fait partie. Il concerne la famille, il date de 2023. Il est publié par l’Union Nationale des Associations Familiales. A la question « Qu’est-ce qui est important dans la vie ? », 97% de la population estime que la famille est « très importante » ou « importante » dans la vie. Cette part ne varie pratiquement pas depuis au moins trois décennies. La famille est plébiscitée à tout âge : en France, 90 % des 16-24 ans jugent la famille "importante dans la vie" (et 76 % "très importante"). En ce jour où nous célébrons la Sainte Famille, il me semblait important de vous partager cette bonne nouvelle. La famille, qu’elle soit sainte ou pas, a encore un bel avenir devant elle. Et c’est plutôt rassurant au vu des familles que la liturgie nous présente aujourd’hui. Parce que je trouve quand même paradoxale que, pour célébrer la Sainte Famille, on ne présente pas une seule famille que certains jugeraient « normale » aujourd’hui. 

Regarder la famille d’Elcana et d’Anne. Déjà, Elcana a deux épouses : Anne et Peninna. Alors qu’Anne est stérile, Peninna avait donné des enfants à Elcana et elle profitait sa situation pour humilier Anne, la préférée d’Elcana. Après une énième humiliation, Anne va donc au temple de Silo prier Dieu de lui accorder un enfant. Elle disait : Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. Vous aurez compris à la première lecture de ce dimanche que sa prière a été exaucée. Le petit Samuel est né. Ce qui me surprend, c’est l’écart entre son désir d’enfant, réel, et son attitude quand l’enfant est sevré. Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la Maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur. Vous comprenez mon embarras ? Elle le voulait tellement, elle en a pleuré toutes les larmes de son corps, et voilà qu’à peine sevré, elle le rend au Seigneur, elle l’abandonne au temple de Silo. C’est une famille normale pour vous ? Certes, Anne lui apportera chaque année un petit manteau lors du pèlerinage annuel ; mais quand même, est-ce suffisant ? 

La deuxième famille du jour est celle que nous célébrons. C’est la famille de Jésus, Marie et Joseph. Je ne m’attarderai pas sur les circonstances de la naissance de l’enfant. Jésus est le Fils de Dieu fait homme, et il est clair que pour la première partie de ce titre, Joseph ne pouvait pas prétendre l’accomplir. Il entrera dans le projet de Dieu en accueillant l’enfant qui n’est pas le fruit de son union à Marie. Lorsque nous les croisons douze ans plus tard, lors de leur pèlerinage annuel au Temple de Jérusalem, voilà que l’enfant disparaît, trois jours durant. Et lorsqu’enfin ses parents, morts d’inquiétude le retrouvent au Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi, il les rembarre en disant : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Alors certes, c’est Jésus ; alors certes, il ne ment pas : Dieu est son Père. Mais était-ce vraiment utile de mettre ses parents dans l’inquiétude aussi longtemps et de leur parler ainsi ? Si Luc finit par nous donner le sentiment de Marie (elle gardait dans son cœur tous ces événements), il ne dit rien des sentiments de Joseph. Comment a-t-il pris l’interpellation de ce fils adoptif ? 

Il est question d’une troisième famille dans les textes de ce jour. C’est celle évoquée par Jean dans sa première lettre : l’Eglise. C’est ainsi que je comprends l’affirmation répétée par Jean : nous sommes (appelés) enfants de Dieu ! Si nous sommes tous enfants de Dieu, c’est que nous sommes tous frères et sœurs, membres de cette unique famille qu’est l’Eglise, la communauté des croyants. Et pourtant, il n’y a rien de plus divisé que l’Eglise. Elle est divisée en différentes confessions ; ces différentes confessions sont elles-mêmes divisées en différentes chapelles, des plus libérales aux plus conservatrices. Et il arrive qu’elles se chamaillent allègrement, pour utiliser un doux euphémisme. Le travail œcuménique est toujours à faire, avec les autres Eglises et à l’intérieur de nos propres divisions. On ne peut pas vraiment dire que l’Eglise soit une famille normale. A moins que la normalité de la famille ne soit pas à placer là où nous la plaçons d’habitude (c'est-à-dire sa composition) et que Dieu lui-même a quelque chose à nous dire à ce sujet. 

Pour beaucoup de croyants, une famille normale, c’est un papa, une maman et des enfants. Pour l’enquête dont je parlais au début, sont considérés comme famille, les couples sans enfant, les couples avec enfants et les familles monoparentales. Et si je regarde de près les trois familles proposées à notre méditation, leur normalité vient plutôt du fait qu’elles sont toutes référées à Dieu, toutes en lien avec lui. C’est vrai d’Elcana, Anne et Samuel ; c’est vrai de Jésus, Marie et Joseph ; c’est vrai de la grande famille des croyants au Christ. Peut-être qu’il nous faut envisager que le critère de normalité d’une famille, c’est, malgré les soubresauts que l’idée de famille peut connaître, d’être capable d’entrer dans le grand projet de Dieu qui est de faire de toute l’humanité une famille unie autour de lui. Plutôt que de nous déchirer sur le format familial idéal, il serait peut-être plus judicieux de comprendre comment Dieu attend de nous, de nos familles, qu’elles entrent dans son projet à lui, et de les aider dans ce sens. Comment chaque famille, dans sa singularité, peut-elle répondre à l’appel de Dieu à quelque chose qui la dépasse ? Pour Anne et Elcana, c’était accepter de laisser le jeune Samuel, à peine sevré, au temple de Silo pour qu’il reçoive l’éducation qui fera de lui le prophète que l’on connaît. Pour Marie et Joseph, c’était d’accepter que Jésus voit plus grand, plus loin, et qu’il se consacre à sa véritable mission, celle pour laquelle il est entré dans le monde : révéler son Père et sa miséricorde. Pour l’Eglise, c’est peut-être d’entrer toujours plus dans la mission que Dieu lui a confiée : faire connaître la Bonne Nouvelle du Salut afin que les hommes se convertissent et vivent une véritable fraternité. 

A défaut de nous entendre tous sur une définition unique de la famille, nous pourrions nous entendre sur les différentes voies qui mèneront nos familles, quelles qu’elles soient, à vivre quelque chose de la sainteté attendue. La Sainte Famille n’est pas sainte parce qu’elle est idéale et pure ; elle est sainte parce que chacun de ses membres a répondu à ce que Dieu attendait de lui. Marie en acceptant de porter Jésus ; Joseph en renonçant à son projet de renvoyer Marie et en la prenant chez lui, comme épouse ; Jésus, en allant jusqu’à la croix pour dire aux hommes combien ils étaient aimés de Dieu. L’Eglise, ainsi que nos familles qui en sont une cellule, ne seront saintes, qu’à cette condition-là : entrer, avec joie, confiance et espérance, dans ce que Dieu attend d’elles et de chacun de nous, et de chercher à l'accomplir du mieux possible. Amen. 


mercredi 25 décembre 2024

Messe du jour de Noël - 25 décembre 2024

 Quatre messes pour entrer dans le mystère de l'incarnation.




(Jean RESTOUT, L'adoration des bergers, 1761, Cathédrale St Louis de Versailles, Source L'Adoration des bergers - une douce Nativité à voir à Versailles - Diocèse de Versailles)




Quelqu’un a-t-il déjà pris le temps de lire tous les évangiles proposés pour la célébration de Noël ? Les habitués de Noël connaissent l’évangile de Luc, proclamé lors de la messe de la nuit, vous savez, l’histoire de Marie et Joseph, jetés sur les routes de Galilée et de Judée à la faveur d’un recensement. Marie est enceinte ; arrivent les jours où elle doit enfanter et ils ne trouvent de place nulle part. L’histoire se poursuit avec l’annonce faites aux bergers de cette naissance, par des anges qui chantent la gloire de Dieu. Les plus attentifs connaitront encore l’évangile du jour de Noël que je viens de proclamer : le prologue de l’Evangile de Jean. Un texte philosophique et spirituel qui nous parle du Verbe de Dieu, c'est-à-dire de sa Parole faite chair en Jésus. Mais il y a encore deux autres évangiles possibles.

En fait, la liturgie prévoit une première messe, dite de la veille au soir, célébrée en principe le 24 décembre. L’Eglise nous fait entendre le commencement de l’Evangile de Matthieu. Il comprend la longue généalogie de Jésus et l’annonce faite à Joseph, que tout le monde semblait avoir oublié, jusqu’à ce qu’il décide de la renvoyer en secret. Avec cette généalogie, Matthieu nous dit que Jésus, le Fils unique de Dieu, ne joue pas à l’homme. Il se fait réellement homme, assumant cette longue histoire de Dieu avec les hommes qui trouvent son origine dans la foi d’Abraham. Cette longue histoire, trois fois quatorze générations, n’a pas toujours été une histoire sainte. Matthieu ne cache rien des périodes sombres, des meurtres, des rivalités, des drames qui la traversent. Mais il nous fait comprendre qu’avec Jésus, quelque chose de neuf commence et qui amènera le monde à la perfection voulue par Dieu, à l’origine. La naissance de Jésus marque la fin de la troisième série de quatorze générations. Mais la fin de quelque chose est toujours le commencement de quelque chose d’autre. En entrant dans le monde, Jésus inaugure quelque chose de neuf, dont le point culminant sera la Nouvelle Alliance scellée par le sang de la croix. C’est cette Nouvelle Alliance que nous célébrons en chaque eucharistie et qui nous procure le Salut. Joseph, qui va entrer à son tour dans le projet de Dieu, est le comme le signe que ce monde nouveau est possible dès lors que l’homme accepte de changer de perspective et d’entrer dans la manière de voir et de faire de Dieu. 

Vient alors la messe de la nuit dont j’ai déjà rappelé l’évangile. Ce qui est marquant, c’est la parole des anges aux bergers : Ne craignez pas !  N’ayez pas peur de Dieu ; il vient à votre rencontre, il vient vous sauver. Ce qui est demandé aux hommes, c’est un acte de confiance. Dieu n’est pas l’empêcheur de vivre, toujours à surveiller, à comptabiliser surtout nos actions mauvaises pour nous les rappeler un jour. Non, Dieu est celui qui nous offre son Fils, le Sauveur. Il nous appartient de le découvrir et de le suivre, certes, mais tout nous est offert en Jésus : l’amour immense de Dieu pour chacun, sa miséricorde sans limite, sa patience à toute épreuve, et sa joie réelle quand un pécheur se convertit. Noël est aussi une invitation à changer de regard sur Dieu, à ne plus nous tromper sur Dieu. Et pour nous montrer que nous n’avons pas à avoir peur de lui, il se fait enfant. Qui a réellement peur d’un nouveau-né ?

Suit alors la messe la plus oubliée sans doute, la messe dite de l’aurore, du lever du jour. Elle nous fait entendre la suite de l’évangile de Luc, c'est-à-dire à la visite des bergers à la crèche. La nouvelle des anges les a bouleversés et ils décident d’aller voir la réalité du message. Et déjà, devant Marie et Joseph sans doute un peu étonnés, ils racontent ce qu’ils ont vu et entendu. Et ils le disent à tous ceux qu’ils rencontrent si bien que tous ceux qui les entendirent s’étonnaient de ce que racontaient les bergers. La nouvelle de la naissance du Fils de Dieu est et doit rester un sujet d’étonnement, sans quoi elle risque bien de se transformer en fable et faribole. Et cette naissance doit nous mener, comme les bergers, à glorifier et louer Dieu. Comment ne pas être reconnaissant pour ce Salut offert ? Comment ne pas être reconnaissant pour tout ce que Jésus va faire pour nous ?

La série des messes de Noël s’achève avec la messe du jour et ce prologue de Jean. Nous avons définitivement quitté le côté merveilleux de la naissance de Jésus. Jean nous fait prendre de la hauteur en nous invitant à comprendre que Jésus est la Parole même (le Verbe) de Dieu. Écouter Jésus, c’est écouter Dieu ! quand le Tout-Autre, l’Au-delà de tout, se fait tout proche à travers un enfant, c’est sa Parole qui parvient jusqu’à nous, en toute simplicité, oserais-je dire ! Tu veux savoir ce que Dieu dit aux hommes ? Ecoute Jésus ! Tu veux comprendre ce que Dieu attend de toi ? Ecoute Jésus ! Tu veux y voir clair dans ta vie ? Ecoute Jésus ! Il est la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Ce que ce prologue nous rappelle aussi, c’est que certains ont bien compris le message des anges quand ils disaient aux bergers : Ne craignez pas !  Ils n’ont tellement pas peur de Dieu, qu’ils ne l’écoutent pas et ne l’accueillent pas ! Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Cela peut nous sembler triste, mais c’est ainsi. Dieu ne s’impose pas ; il se propose à nous en Jésus, sa Parole vivante. Et ceux qui le reçoivent, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Comme le précise Jean, ils sont nés de Dieu.  Nous sommes nés de Dieu ! Mesurons-nous bien ce qu’affirme ainsi ce prologue ? Nous sommes nés de Dieu ; nous sommes comme Jésus, nous sommes les frères et sœurs de cette Parole vivante ; et nous sommes en Jésus, fils et filles du Dieu vivant qui a envoyé son Fils pour nous sauver. Merveille de l’incarnation ! Dieu se fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu ! Dieu se fait homme pour que l’homme puisse retrouver l’image et la ressemblance de Dieu, selon lesquelles il a été créé, au commencement du monde. 

Vous mesurez le chemin parcouru en quatre messes, toutes différentes, toutes importantes pour nous faire entrer peu à peu dans ce grand mystère qui est scandale pour les uns, folie pour d’autres, mais réalité pour nous qui avons fait le choix de suivre et d’écouter Jésus. Que les célébrations de Noël ravivent notre foi et notre conscience d’être, dès maintenant, fils et filles de Dieu, en Jésus, Verbe de Dieu fait chair. Amen. 


Messe de la nuit de Noël - 25 décembre 2024

 Ne craignez pas ! 



(Botticelli, Nativité, source Wikimedia Commons)




De toutes les paroles prononcées par les anges, nous ne retenons souvent que le chant du Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Et pour cause : la liturgie nous en a fait jeûner durant des quatre dimanches de l’Avent. En entendant ce chant des anges, nous savons que c’est Noël, que Dieu vient établir la paix en envoyant son Fils dans le monde. D’où, autrefois, la trêve de Noël entre des nations belligérantes. On en vient à rêver que, ce soir, entre les nations en guerre, la paix se fasse, ou à tout le moins que les armes se taisent pour honorer celui qui fait de nous tous des fils, Dieu le Père, et celui qui fait de nous tous des frères, Jésus, venu en notre monde.

Pourtant, il est une autre parole qui touche mon cœur ce soir. C’est la première parole des anges aux bergers : Ne craignez pas. Quand on se met à la place des bergers qui assistent en direct à ce tapage nocturne, il y a de quoi être inquiet. Les armées et les chœurs célestes n’ont pas l’habitude de sortir ainsi et d’aller à la rencontre des hommes, en grand nombre. Les Ecritures nous avaient plutôt habitués à plus de discrétion. Ainsi, c’est Raphaël seul qui est envoyé vers Tobie ; ou Gabriel, seul encore, vers Zacharie ou la Vierge Marie, pour annoncer à l’un la naissance de Jean le Baptiste et à l’autre, la naissance de Jésus. Une cohorte d’anges, c’est exceptionnel ! Et l’on comprend pourquoi : c’est la première fois que Dieu envoie son Fils dans le monde pour le sauver ; c’est le sens même du nom de Jésus. En ce soir, nous n’avons pas à craindre la sortie quelque peu bruyante des anges du Seigneur ! Ils se réjouissent comme nous devrions nous réjouir de cette naissance humble et cachée, de celui qui passera du bois de la crèche au bois de la croix, témoignant de l’unique et puissant amour de Dieu pour nous.

Ne craignez pas ! C’est aussi ce que nous dit Dieu ce soir. Ne craignez pas de m’accueillir dans votre vie à travers mon Fils. Ne me craignez pas : cette naissance vous dit tout l’amour que je vous porte. Ne craignez pas ; je viens faire toute chose nouvelle en Jésus mon Fils. Réjouissez-vous car ce soir se réalise la prophétie d’Isaïe : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Dans la nuit de nos peurs, Dieu fait lever l’espérance. Dans la nuit de nos doutes, Dieu fait lever la foi. Dans la nuit de nos péchés, Dieu fait lever sa lumière, non pour nous juger, mais pour nous appeler à voir clair à nouveau et à le suivre sur le chemin de la Bonne Nouvelle du Salut. Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à l’aimer plutôt qu’à le craindre ! Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions la force de la tendresse, plus forte que la force des armes. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à le reconnaître présent dans le faible, dans ce celui qu’il faut protéger, dans celui qu’il faut servir. Vraiment, qui pourrait avoir peur d’un nouveau-né ?

Ne craignez pas ! Puisse cette invitation à la confiance nous faire découvrir le visage véritable de Dieu et la grandeur infinie de son amour pour nous. Ne craignons pas ; allons à lui et avec les bergers, adorons-le ! En cet Enfant nouveau-né, Dieu nous sourit. En cet Enfant nouveau-né, Dieu fait alliance nouvelle avec nous, aujourd’hui et pour toujours. Amen.   


vendredi 5 janvier 2024

Epiphanie de notre Seigneur - 7 janvier 2024

 Avons-nous besoin des mages ?




 (Enluminure du Frère Jacques)

 

 

 

 

            Nous aimons tous la fête de l’Epiphanie, ne serait-ce qu’à cause des galettes que nous partageons à l’occasion de cette fête. Nous n’oserions même pas imaginer le temps de Noël sans cette fête. Ceci n’’empêche pas que nous posions la question : avons-nous besoin des mages ? Pour le dire autrement, que nous apprennent-ils qui soit si essentiel à la compréhension du mystère d’un Dieu qui se fait homme ? 

            Pour commencer, ils nous apprennent que le salut est désormais ouvert à tous. Jusque-là, il fallait appartenir au peuple que Dieu s’était choisi pour espérer être sauvés. Cela est rappelé par tous les textes de la Première Alliance. Mais ces mêmes textes attribuaient au peuple de Dieu un devoir d’exemplarité. Dieu s’est choisi un peuple particulier pour que tous les peuples, en le voyant vivre, parviennent à la foi et au salut, en intégrant ce peuple. Le prophète Isaïe s’en fait l’écho dans la première lecture de ce jour : Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi. Nous avons une trace de cette manière de comprendre le salut dans le Nouveau Testament, dans les Actes des Apôtres pour être exact. Quand des non-juifs deviennent chrétiens, certains insistent pour que ces derniers se voient imposer la circoncision, sinon ils ne pourront pas être sauvés. La jeune communauté chrétienne discutera de cette question lors de l’assemblée de Jérusalem qui décidera que cette étape est non-nécessaire, le salut étant désormais donné par la mort et la résurrection de Jésus. Et Paul insistera dans plusieurs de ses écrits pour dire que la Loi est désormais dépassée, rendue inutile à cause de Jésus. Ce que les jeunes chrétiens découvriront après la mort et la résurrection de Jésus, les mages l’annoncent dès sa naissance. Il n’y a plus de frontière à l’amour de Dieu ; Dieu aime tous les hommes, et le salut est offert à tous par Jésus. 

            La deuxième chose que nous apprennent les mages, c’est qu’il faut sortir, se déplacer, se mettre en route. Ils ne sont pas du coin, ils ont fait une longue route pour venir jusqu’à cet endroit humble de Bethléem. Ils ont laissé ce qui faisait leur vie pour cette unique recherche : voir le roi des Juifs qui vient de naître. Ils sont comme ce chercheur de perles dont parlera Jésus dans une de ces paraboles ; ayant trouvé la perle rare, il vend tout pour acquérir cette perle unique. C’est ce que les mages nous invitent à faire par leur exemple. Il nous faut considérer le Christ comme le trésor de notre vie, qu’il nous faut chercher, trouver et garder. Il nous faut renoncer au « on a toujours fait comme ça » et au « on n’a jamais fait comme ça » pour nous approcher de Jésus. Jamais nous n’avions vu de Dieu fait homme ; et pourtant, en Jésus, Dieu l’a fait. Jamais on n’avait cherché le roi des Juifs hors de Jérusalem ; et pourtant, c’est hors de Jérusalem que les mages l’ont trouvé. Ils avaient commencé par faire comme tout le monde ; ils sont allés au palais du roi. Mais ils ont appris aussi à ne plus passer par là, à laisser ce chemin qui ne les a menés à rien, pour prendre un nouveau chemin après avoir visité l’Enfant-Dieu à la crèche. Avec les mages, nous apprenons à nous dérouter. Avec les mages, nous apprenons que d’autres chemins sont possibles, d’autres chemins sont porteurs de vie, tant qu’on les emprunte en suivant la lumière donnée par Dieu, cette étoile qui les guide devant l’Enfant. 

            Enfin, la troisième chose que les mages nous apprennent, c’est que les étrangers ne sont un danger que pour ceux qui veulent les voir ainsi. Hérode prend peur à cause de ces mages et de ce qu’ils lui apprennent. Il prend peur à cause d’un nouveau-né, dont il ignore tout mais dont il craint tout, au point de décider qu’il vaudrait mieux que cet enfant meurt. Et si pour être sûr que le bon est mort, il n’hésitera pas à supprimer tous les nouveau-nés. Ce sera le massacre des Saints Innocents. Marie et Joseph, eux, ne craignent pas ces mages étrangers aux cadeaux curieux et surprenants. Les mages nous apprennent par la même occasion que l’étranger ne nous enlève rien ; il ne nous prend rien. Au contraire, il nous enrichit de lui, de sa différence, de sa manière d’être et de vivre. Par leurs cadeaux, dont la Tradition dit qu’ils annoncent la nature de cet enfant et son avenir, ils nous ouvrent à une intelligence plus grande du mystère de la nuit de Noël. Ayons le cœur assez grand pour accueillir celui qui est différent de nous. Ayons l’intelligence assez fine pour reconnaître ce que l’étranger peut nous apporter. Dieu lui-même s’est fait immigré en venant dans notre monde. Ne passons pas à côté du salut qu’il nous offre parce que celui qui le propose est étranger à notre monde ! Dieu a eu la bonté de venir à nous ; ayons la bonté de l’accueillir à travers le frère, différent, qui frappe à notre porte.              

            Heureux mages qui ont vu l’étoile se lever et qui ont su se mettre en route pour aller à la rencontre de l’Enfant-Dieu ! Heureux serons-nous de la voir nous-aussi se lever ! Heureux serons-nous de nous mettre en route à la rencontre de Dieu. En sortant de nos habitudes, en étant attentifs aux frères différents, étrangers, nous ne risquerons pas de nous perdre ; nous parviendrons à la crèche, nous adorerons notre Dieu et nous serons sauvés. Pour cela, rendons grâce à Dieu d'avoir mis les mages sur notre route. Amen. 

samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


dimanche 24 décembre 2023

Nuit de Noël - 24 décembre 2023

 C'est tous les ans pareils !





 

 

 

 

            C’est tous les ans pareil, s’exclamait une petite fille en CE 2 lorsque sa maîtresse leur a annoncé qu’ils allaient préparer Noël. Je sais déjà tout, poursuivait l’enfant, ça fait depuis la maternelle qu’on en parle. Au-delà de l’anecdote réelle, ne sommes-nous pas souvent dans le même esprit ? Que pouvons-nous apprendre encore de Noël que nous ne sachions déjà ? Chaque année, ce sont les mêmes lectures, les mêmes traditions… Qu’avons-nous encore à apprendre de Noël ? 

            Je n’ai pas la prétention, dans cette homélie, de vous faire des révélations inédites sur la fête qui nous rassemble. Cette année encore, Jésus est couché dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Cette année encore, il naît de Marie, au moment du recensement ordonné par l’empereur Auguste. Cette année encore, ce sont des bergers à qui la bonne nouvelle de cette naissance est annoncée. Cette année encore, des cohortes d’anges chantent la louange de Dieu : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. Et cette année encore, la paix semble plus difficile que jamais à atteindre. Comme je voudrais que ce chant devienne réalité pour toute la terre. 

            Ce que je voudrais, par contre, c’est nous faire réfléchir à la réalité de ce qui advient avec la naissance de Jésus. Si ce soir, ce n’est pas son anniversaire que nous célébrons, mais bien sa naissance parmi nous, aujourd’hui, qu’est-ce que cela nous fait ? En-dehors de la joie de la fête, bien légitime, avons-nous bien conscience de cet aujourd’hui du salut qui nous est proposé ? Nous sommes, ce soir, ces bergers, à qui la naissance de Jésus est annoncée. Nous sommes ceux qui recevons la bonne nouvelle du salut. Et ça vous fait quoi ? ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? 

Quand en Jésus, Dieu se fait enfant, faible parmi les faibles, comment ne pas en être impactés ? Quand Dieu, en Jésus, se fait enfant et vient dans notre vie, comment ne pas changer, ne pas en être transformés ? Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie pour nous que Dieu se mette à notre hauteur, qu’il s’a
baisse, s’anéantisse, pour partager notre vie ? C’est assurément un grand mystère, et s’il est vrai que le Salut ne sera réalisé qu’à Pâques, dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, comment ne pas être bouleversé par cette naissance qui porte déjà en elle ce salut qui peut nous sembler lointain ? Si c’est bien le mystère de la Croix qui est au cœur de notre foi, le mystère de la naissance de Jésus n’en est pas moins important. Ce soir, Dieu s’engage envers nous, à nous faire vivre avec lui. Ce soir le Tout-Puissant se fait le Tout-Faible, pour que nous n’ayons pas peur de l’approcher et de l’accueillir. Nous savons que nous n’avons rien à craindre d’un nouveau-né, fût-il le Fils de Dieu. Un bébé reste un bébé. C’est petit, mignon, sans force, ça dépend de nous, les grands. Ce soir, en Jésus, fils nouveau-né de Marie, Dieu se met entre nos mains ; il prend le risque de se livrer, impuissant. Pensons-y quand nous nous approcherons de la crèche pour le contempler. Ce petit, c’est Dieu livré. Ce petit, c’est Dieu offert, attendant déjà de s’offrir pour notre Salut. 

En cette nuit très sainte, recueillons-nous et contemplons Dieu qui vient dans notre vie ; chacun peut dire : il vient dans ma vie. Que cette naissance nous rende heureux d’avoir été trouvés dignes du salut que Dieu offre par amour de l’humanité. Qu’elle nous rende conscients de la responsabilité qui est la nôtre : lui permettre de grandir, le faire connaître, l’aimer et le faire aimer. Ainsi, le monde sera sauvé. Et rien ne sera plus pareil. Amen.


dimanche 25 décembre 2022

Nativité de notre Seigneur Jésus Christ - 25 décembre 2022

 Jésus, l'un de nous, tout en étant Dieu.

Je tiens à m'excuser auprès de mes lecteurs, mais pris par une grippe qui m'affaiblit, je n'ai pas d'autres homélies que celle que j'avais prévu pour la messe de la veille au soir.



(Généalogie de Jésus, Psautier Ingeburge, 1210)




            Ce n’est certes pas la lecture la plus passionnante de l’évangile, cette généalogie de Jésus rapportée par Matthieu au tout début de son œuvre, mais elle nous enseigne beaucoup sur celui qui vient au milieu de nous, en cette nuit de Noël. En fait, elle nous dit l’essentiel pour que nous ne nous trompions pas sur l’identité de celui qui se fait petit enfant. 

          La longue succession des générations, depuis Abraham jusqu’à Jésus, nous dit clairement et sans contestation possible, que Jésus s’inscrit dans une histoire qui a commencé bien avant sa naissance terrestre. C’est une histoire d’hommes et de femmes qui répondent à un appel de Dieu à vivre une alliance avec lui. Une histoire d’hommes et de femmes appelés à se laisser mettre en route à l’image de notre père Abraham ; une histoire d’hommes et de femmes appelés à laisser Dieu gouverner leur vie, à l’exemple du roi David qui tient de lui son pouvoir royal ; une histoire d’hommes et de femmes appelés à se laisser pardonner par Dieu pour lui être à nouveau fidèle à l’exemple de ce peuple revenu d’Exil. Malgré l’adversité, malgré les doutes qui le traverse, ce peuple est le peuple que Dieu s’est choisi. En envoyant son Fils unique dans ce peuple particulier, Dieu redit sa fidélité à son Alliance, alliance de salut et de vie pour tous ceux qui choisissent Dieu. 

          La longue succession des générations, depuis Abraham jusqu’à Jésus, nous montre aussi qu’avec lui quelque chose de neuf commence. Découpée en trois partie, la liste des ancêtres de Jésus marque les grandes étapes de la vie de ce peuple. Trois fois quatorze générations accomplies, ce qui fait qu’avec Jésus, une nouvelle ère commence, un nouveau monde advient. Cette nouveauté est marquée par la formule employée pour annoncer la naissance de Jésus, différente de la formule employée pour ces ancêtres. Là où il était dit que, par exemple, Abraham engendra Isaac, il est dit non pas que Joseph engendra Jésus, mais que de Marie fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. La formule employée est un passif divin. Le lecteur de Matthieu comprend immédiatement que l’origine de Jésus, c’est Dieu. C’est lui qui a engendré Jésus dans le sein de Marie, comme nous l’apprend si bien le récit de l’Annonciation. Joseph, en entrant dans le projet de Dieu, devient le père protecteur de l’enfant nouveau-né. Cette longue généalogie nous apprend donc qu’il est d’un peuple ancien, certes, mais qu’il est aussi de Dieu, pour commencer un nouveau cycle de vie, une nouvelle création. Le nom que Joseph donnera à l’enfant dit clairement qu’il vient de Dieu pour sauver son peuple. Ce salut ne concerne pas la délivrance du joug romain, mais bien de ce joug fondamental qui tient l’homme loin de Dieu, le joug du péché : Tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 

          Ayant entendu l’histoire de ce Jésus, et compris la portée salvifique de sa naissance, il nous revient de nous déterminer. Voulons-nous entrer, à notre tour, dans ce peuple sauvé par Jésus ? Voulons-nous avec lui bâtir le monde nouveau que sa naissance inaugure ? Dans notre monde en crise, les pistes, pour que ce monde devienne réalité, ne manquent pas : avec Jésus, il nous faut devenir artisan de paix ; avec Jésus, il nous faut annoncer le Royaume ; avec Jésus, il nous faut mettre l’autre, le petit, l’étranger, au cœur de nos préoccupations. Pour construire ce monde nouveau, il nous faut devenir pleinement humain à l’exemple de Jésus, pour retrouver en nous la trace de la divinité que le péché nous a fait perdre. Laissons Dieu nous engendrer à cette vie nouvelle qu’il commence en Jésus. Que les célébrations de Noël fassent de nous des disciples missionnaires, transformant d’abord leur vie pour transformer ensuite le monde en profondeur. Dieu ne sauvera pas ce monde sans nous, ni contre nous. Et nous ne sauverons pas le monde sans la force qui nous vient de Dieu. Amen.

dimanche 9 janvier 2022

Baptême du Seigneur - 09 janvier 2022

C’est dans un cœur à cœur que le Père se révèle à son Fils.





        Il faut le rappeler ici et maintenant : le premier Noël, celui de la venue effective de Jésus au monde, au temps du recensement de toute la terre, ordonné par l’empereur Auguste, ce premier Noël est bien loin, oublié sans doute de tous au moment où nous croisons la route de Jean le Baptiste et de Jésus. Il est loin le chant des anges, ils sont loin les bergers et les mages. Certains des témoins de cette nuit sont peut-être même déjà morts. A part Dieu et Marie et Joseph, qui se souvient encore que Dieu est entré dans le monde et qu’il a un nom et un visage, celui de Jésus ? Sans doute personne !  

            Nous pouvons donc comprendre que le peuple, venu auprès de Jean le Baptiste, était toujours en attente. La promesse de Dieu faite par les prophètes d’envoyer son Messie, son Christ, cette promesse était vive au cœur du peuple opprimé par l’envahisseur romain. Cet homme, Jean le Baptiste, homme à la parole libre, au tempérament de feu, ne serait-il pas le Christ ? On comprend aussi que le baptême de conversion qu’il propose, rencontre un franc succès. Une parole forte, un geste fort pour marquer notre appartenance renouvelée au peuple de l’Alliance : il n’en faut pas plus pour additionner le tout et dire : c’est lui, c’est le Christ ! Et pourtant, Jean renvoie inlassablement vers un autre : Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Il n’en profite pas, Jean, pour jouer à la vedette ; il n’en profite pas pour jouer au Messie. Il reste à sa juste place. Il baptise ceux qui viennent à lui et, quand ils l’interrogent, il les renvoie vers cet autre qu’il ne semble pas connaître plus que ceux qui le questionnent. 

C’est tellement vrai que, dans l’évangile de Luc, nous venons de l’entendre, nous n’assistons même pas au baptême de Jésus. La scène bien connue et souvent représentée par des œuvres d’art de Jésus devant Jean le Baptiste, recevant de lui l’eau du baptême, n’existe pas chez Luc. Nous savons juste que l’événement a eu lieu. Ce à quoi nous assistons, c’est à un de ces moments privilégiés que connaît Jésus : un moment de prière, un moment d’intimité avec celui qu’il nous présentera comme son Père. Luc écrit : Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. C’est dans le cadre d’un moment de prière que Dieu, le Père, se révèle à son Fils, Jésus. La révélation est adressée à Jésus, seul : l’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu se révèle à celui qu’il envoie en mission. C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu nous parle. Dans l’évangile de Luc, ce moment marque la fin de la vie cachée de Jésus. Désormais, il va affronter l’Adversaire, le Diable, et parcourir les routes de Judée, Samarie et de Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume. 

Il a beau s’appeler Jésus et venir de Nazareth ; cela ne suffit pas pour en faire le Fils de Dieu. Il faut cet appel conscient, reçu dans ce cœur à cœur pour confirmer Jésus dans sa mission. Nous ne savons pas ce que Marie lui a dit durant son enfance au sujet de sa naissance ; nous ne savons pas la conscience qu’il avait d’être Fils de Dieu. Mais nous savons que Dieu révèle ainsi Jésus à lui-même. Il le lui dit, clairement. Si Jésus pouvait en douter en grandissant, désormais il ne le peut plus. Il est le Fils dont Dieu est heureux : en toi, je trouve ma joie. En cela, bien que membre de ce peuple particulier que Dieu s’est choisi, Jésus est différent. Il n’est pas comme ces fils désobéissants, peuple à la nuque raide, qui ne court vers Dieu que quand tout va mal. Il est ce Fils, envoyé par Dieu, ce Fils qui entre en conversation avec Dieu, et qui reçoit de lui sa mission. 

Quand bien même le baptême de Jean n’est pas le baptême que nous avons reçu ; quand bien même, au jour de notre baptême, le ciel ne s’est pas ouvert, nous sommes pourtant, devant Dieu, en Jésus, ces mêmes fils et filles en qui Dieu trouve sa joie. Notre baptême, reçu au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous configure à Jésus, mort et ressuscité ; il nous identifie à lui ; il fait de nous des autres Christ. Nous sommes donc appelés, comme Jésus, à faire la joie de notre Dieu ; nous sommes appelés, comme Jésus, à travailler à l’œuvre de salut du Père. La fête du baptême de Jésus nous renvoie nécessairement à la conscience de notre propre baptême. Et si tel n’était pas le cas, peut-être ne serions-nous déjà plus concernés par Jésus. Peut-être que déjà, pour nous, Jésus ne serait qu’un étranger, un homme à la parole forte, mais juste un homme, mais pas le Messie de Dieu, pas son Christ. 

Il nous faut revenir sans cesse à la conscience de notre baptême, à ce que ce baptême signifie pour nous, signifie pour Dieu, signifie pour l’Eglise. A chacun de nous Dieu a dit : Tu es mon enfant bien-aimé, en toi je trouve ma joie. Comprenons bien que le seul fait que nous existions, procure de la joie à Dieu. En ces temps moroses et difficiles, voilà une certitude à laquelle nous raccrocher ; voilà une certitude qui donne de la puissance et de la grandeur à toute vie humaine. Souvenons-nous en et rendons gloire à Dieu qui nous aime ainsi. Amen.