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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 13 juin 2026

11ème dimanche ordinaire A - 14 juin 2026

 Ils les choisit et les envoie en mission.




(Les Douze Apôtres)



            On croit connaître les Evangiles et on s’aperçoit que notre lecture, jusqu’à présent, était hâtive, voire inattentive aux détails qui différencient les différentes versions d’un même événement. L’évangile entendu aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Matthieu que nous lisons cette année, a cette particularité de lier de manière très immédiate le choix des disciples et leur envoie en mission. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Je vous propose trois pistes à méditer.

            Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Il les choisit pour cela. La preuve, à peine Jésus a-t-il donné la liste des Douze qu’il les envoie. Cela veut bien dire que Jésus n’appelle pas pour le plaisir d’appeler, pour avoir du monde autour de lui. Les signes qu’il pose, la clarté de son enseignement, assurent la présence des foules. Il suffit de lever les yeux : la foule est là, presqu’à chaque pas. Voyant les foules, Jésus fut pris de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Nous pouvons même dire que c’est la présence de ces foules qui conduit Jésus à choisir les Douze après avoir constaté que la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. En fait d’ouvrier, jusqu’à cet instant, il n’y a que lui, Jésus ! Le choix des Douze correspond donc à une nécessité de service. Tout seul, tout Fils de Dieu qu’il est, il n’y arrivera pas ; le temps lui est compté ! Et quand bien même il y arriverait dans l’immédiat, Jésus choisit d’avoir besoin d’Apôtres, parce qu’il voit sans doute plus loin que nous ; il voit sans doute déjà après Pâques et la mission qu’il restera à accomplir pour faire connaître son œuvre de salut pour tous les hommes. Avons-nous tous suffisamment conscience que, si nous ne pouvons rien faire pour Jésus, nous pouvons tout faire pour les hommes et les femmes de notre temps qui, comme jadis, sont comme des brebis sans berger ? Avons-nous suffisamment conscience que Jésus veut avoir besoin de nous pour participer, même modestement, à sa mission ?

           Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Mais Matthieu ne dit pas s’il les envoie seul ou par deux. C’est une précision qu’on trouvera chez Marc seulement, mais qui ne semble pas importante pour Matthieu. En revanche, Matthieu fait bien comprendre que ce choix pour un envoi est une participation à la mission même de Jésus. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche : c’est ce que proclame Jésus depuis le lendemain de son baptême.  Il y a comme un caractère urgent à la mission : le royaume est tout proche. Comme s’il s’agissait pour les gens de ne pas le rater, d’être prêts quand il viendra ! Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons : c’est ce que Jésus ne cesse de faire durant toute sa vie terrestre. Ce sont bien ces mêmes signes qu’ils doivent poser pour participer à l’unique mission qui est celle de Jésus, parce que, dans l’enseignement des prophètes d’Israël, ces signes attestent que le Messie est proche. Jésus, en leur donnant des instructions strictes, les rend capables de faire ce pourquoi il les envoie en mission. C’est toujours le cas aujourd’hui : Dieu n’appelle pas ceux qui sont capables de, mais rend capables ceux qu’il appelle. Cela permet à l’appelé d’être libéré de cette question, qui peut aussi être une objection : je ne saurai pas faire. Si Dieu t’appelle à quelque chose, s’il te choisit, il te rend capable d’accomplir ce qu’il te demande de faire. Il ne joue pas avec toi ; il te prend au sérieux et te donne la grâce nécessaire à ta mission. Mais suis-je persuadé de cette urgence que Jésus ressent ou est-ce que je me laisse convaincre que le royaume, c’est pour plus tard et que rien vraiment ne presse ?

            A ces disciples qu’il choisit et envoie, Jésus pose des interdits, et nous pouvons en être surpris. Ils s’entendent ainsi : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Certains pourraient dire que cela a le goût singulier du nationalisme : d’abord les nôtres ! Mais peut-être faut-il d’abord y voir une affirmation de l’élection d’Israël comme peuple particulier de Dieu. Les promesses messianiques sont d’abord pour lui ; c’est lui d’abord qui doit se convertir, c’est lui qui doit être à nouveau fidèle à Dieu, c’est lui d’abord qui doit être sauvé pour retrouver le sens de son élection : il est le peuple particulier, non parce qu’il est le préféré de Dieu, mais parce qu’il doit être lumière pour toutes les nations. Si le peuple que Dieu s’est choisi ne resplendit plus de la gloire de Dieu, comment les nations païennes pourraient-elles être attirées par une lumière qui n’existe plus ? Ce serait perdre un temps précieux d’essayer de convaincre les autres s’ils voient que le peuple choisi s’est détourné de son Dieu. L’urgence est donc là, auprès du peuple de Dieu, et elle est toujours là pour nous aussi aujourd’hui, nous qui sommes entrés dans ce peuple par notre baptême. Les communautés chrétiennes peuvent continuer de se lamenter, continuer à se dépenser en projets divers et variés pour attirer du monde, mais si elles ne resplendissent pas du Ressuscité, comment les hommes et les femmes de notre temps comprendraient-ils l’intérêt de suivre, non pas nous, mais le Christ ? Comment pouvons-nous tous être davantage disciples de Jésus, c'est-à-dire vivre de lui, pour donner envie à d’autres de le devenir ? C’est sans doute notre plus grand défi.

            Cet appel des disciples et cet envoi en mission, ne sont donc pas seulement un événement du passé. Ils sont notre réalité, la réalité de l’Eglise tout entière, la réalité de ce peuple devenu, par le baptême, prêtre, prophète et roi à l’image du Christ. Portant le Christ en nous, l’accueillant en nous par l’eucharistie, nous ne pouvons pas, et nous ne devons pas surtout, le garder pour nous qui sommes fidèles. Le pain eucharistique, rompu et partagé, étant le signe de la présence du Christ, nous n’avons pas d’autre choix que de le partager encore largement à ces chrétiens qui ont oubliés Dieu, Jésus et son œuvre de salut, afin que, par leur conversion et notre conversion permanente, le monde puisse croire et parvenir un jour au salut. Entendons le Christ qui nous choisit et nous appelle par notre nom, comme il a choisi et appelé les Douze, et laissons-nous envoyer, même modestement, annoncer par notre vie que le royaume des Cieux est tout proche. AMEN.

samedi 21 février 2026

1er dimanche de carême A - 22 février 2026

 Connaître le bien et le mal ?




Jérôme BOSCH, le jardin d'Eden, 1503

 



            Voici donc revenu le temps du carême et avec lui, les grands textes bibliques qui nous invitent à sonder nos reins et nos cœurs pour en débusquer le mal et y tracer un chemin de conversion. Quarante jours nous sont offerts pour entendre à frais nouveaux la Parole de Dieu et la laisser agir en nous. La première étape nécessaire pour suivre ce chemin de conversion, c’est la lutte contre le mal qui réside en nous d’abord.

            Au temps de la Genèse, lorsque le monde allait encore selon le plan de Dieu, un seul interdit : ne pas toucher aux fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout le reste était possible ; tous les autres arbres à fruits disponibles. Nous pourrions penser que c’est là un petit sacrifice à faire, et que vraiment, un seul interdit devant la profusion de la création divine, c’était peu de chose et pas si compliqué à réaliser. Mais voilà, à y regarder de près le fruit de cet arbre justement devait être savoureux, il était agréable à regarder, il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. C’est toujours étonnant et consternant de constater que ce qui est permis semble fable et sans goût, alors que l’interdit semble désirable, agréable, savoureux. C’est comme si le mal avait un attrait particulier. Il suffit d’ailleurs de feuilleter un journal. Je m’effraie toujours devant la quantité de faits divers violents, en particulier ceux qui ont pour auteurs des mineurs. Avons-nous échoué collectivement à juguler la violence, à faire comprendre que le bien est préférable, toujours, et que la nature humaine n’a pas été créée pour pencher vers le mal ? N’avons-nous toujours pas compris le sens de cet interdit premier, qui posait comme un absolu de ne pas toucher à l’arbre du milieu du jardin, celui justement de la connaissance du bien et du mal ?

            Cet interdit, contrairement à la parole du serpent dans la Genèse, n’empêchait pas l’homme d’être comme Dieu, puisque Dieu nous a fait à son image et à sa ressemblance. Il nous empêchait simplement de prendre la place de Dieu en lui laissant le soin de définir, à lui seul et pour tous, ce qui est le bien et ce qui est le mal. Car quand chacun décide de ce qui est bien et de ce qui est mal, l’humanité va à la catastrophe, parce que ce qui est bien pour moi peut être jugé mauvais par un autre. Interdire de consommer les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, c’était interdire à tous et à chacun de se faire le juge de ce qui était bien ou mal. C’était marquer le refus clair que le bien et le mal deviennent relatifs, laissés à l’appréciation de chacun, selon des intérêts particuliers, divergeant presque nécessairement des intérêts des autres. Si Dieu se réserve cette connaissance, c’est pour que tous les hommes regardent comme bien le Bien, et comme mal, le Mal. Une même norme pour tous, fixée par le même référent : Dieu, et seulement Dieu, ce Dieu qui avait tout créé par sagesse et avec amour.

            Si le malin échoue à séduire Jésus et à l’entraîner à sa suite, c’est parce que Jésus est vrai Dieu, tout en étant vrai homme. L’Esprit Saint agissant en lui, il peut déjouer les pièges du diable. Il a pour unique mesure le bien défini par Dieu, son Père, et non pas un bien relatif défini par son adversaire. Quand Dieu reste la référence ultime, aucune tentation ne porte de fruits, aucune déviation du bien n’est possible, quand bien même l’adversaire en présenterait une version tronquée. Celui qui marche avec Dieu, sait faire la différence entre le bien et le mal ; celui qui marche avec Dieu et laisse son Esprit le conduire, sait choisir le bien et non seulement rejeter le mal, mais le vaincre aussi. Définitivement. Le diable le quitte, parce qu’il n’a pas de prise sur lui.

            Nous ne sommes qu’humains, vous et moi, mais nous marchons vers notre accomplissement, vers le Royaume où Dieu nous attend et où nous serons à nouveau totalement à son image et sa ressemblance. Et si le péché domine encore sur nous à cause de la faute de nos premiers parents, nous savons aussi, nous qui reconnaissons en Jésus, le Messie de Dieu, qu’il est venu couvrir la multitude de nos fautes et nous offrir le salut. Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Paul nous rappelle ainsi que la faute d’un seul a entraîné le péché de la multitude ; et les péchés de la multitude nous ont valu la grâce d’un seul, Jésus, le Sauveur.

Nos premiers parents n’ont pas su accepter l’interdit unique qui les gardait à l’image et à la ressemble de Dieu ; ne soyons pas ceux qui aujourd’hui n’acceptent pas le salut offert par le Fils unique de Dieu pour nous rendre cette image et cette ressemblance avec lui. Ecoutons sa Parole vivante, laissons l’Esprit reçu à notre baptême agir en nous ; et nous vaincrons, avec le Christ, celui qui veut nous maintenir loin de Dieu, loin du royaume, loin de la vie à laquelle Dieu nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour choisir Dieu ; il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. Que ce carême soit le temps d’un nouveau départ, d’un nouveau Oui au Dieu de l’Alliance et de la Vie. Amen.

samedi 15 février 2025

6ème dimanche ordinaire C - 16 février 2025

 Dieu seul est Dieu, quoi qu'en dise l'homme !




(Vitrail du Christ dit de Wissembourg)





Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel ! Il y va fort, Jérémie, et pourtant, il nous faut reconnaître qu’il a raison et bien comprendre ce qu’il affirme. Car voyez-vous, une lecture trop rapide pourrait nous faire croire que nous avons tort de nous faire confiance. Ce n’est pas cela que dénonce Jérémie, mais bien l’idolâtrie de l’homme par l’homme ou, pour le dire autrement, que l’homme se prenne pour Dieu, en lieu et place du vrai Dieu.

C’est une tentation ancienne, et nos ancêtres grecs dénonçaient déjà ce péché suprême qui mène l’homme à sa perte. Dans la philosophie grecque, il s’agit de l’hybris, cette capacité qu’a l’homme de se laisser aller à la démesure, à l’arrogance et à l’orgueil. Bref, se laissant conduire par leur hybris, les hommes ne tardent pas à se prendre pour des dieux. Je vous invite à relire le mythe de Prométhée pour bien comprendre. Chargé par Zeus de créer l’homme et les animaux afin que les dieux de l’Olympe aient de quoi s’amuser, voilà que Prométhée donne aux humains le feu et les arts, attributs divins par excellence. Prométhée en est puni comme on sait, voyant son foie être dévoré quotidiennement par l’aigle de Zeus, et les hommes font la connaissance de Pandora et de sa fameuse boite qu’elle ne tardera pas à ouvrir, lâchant sur terre tous les maux possibles : la maladie, la guerre, l’angoisse, les peurs. 

La malédiction prononcée par Jérémie dénonce elle-aussi l’hybris de l’homme et son désir de prendre la place de Dieu. Il faut bien toujours entendre sa malédiction dans sa totalité : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Si l’homme biblique est bien créé à l’image et à la ressemble de Dieu, il n’en est pas Dieu pour autant. S’il est cocréateur avec Dieu, il n’en est pas pour autant créateur au même titre que Dieu. Nous pouvons donc comprendre que ce que Jérémie souhaite, c’est un homme qui reste à sa place de créature et qui ne se prenne pas pour Dieu. Dieu seul est Dieu, quoi qu’en dise l’homme. Dieu seul est Dieu, quoi que l’homme puisse faire. C’est à Dieu que revient la gloire ; c’est à Dieu que revient l’adoration ; c’est à Dieu que revient notre foi. Ce n’est pas pour rien que Jérémie fait suivre sa malédiction d’une bénédiction : Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Quand l’homme comprend sa place de créature et reconnaît la place de Dieu, il peut tout pour son bonheur et sa vie. Quand l’homme se prend pour Dieu, il fait tout pour son malheur et sa mort. L’homme n’est vraiment homme que face à Dieu. S’il met en vis-à-vis un autre homme, il est soit le dominant, soit le dominé, mais il n’est plus le partenaire de Dieu, celui que Dieu a fait à son image et à sa ressemblance. En voulant se libérer de Dieu qui l’a créé et qui l’aime, l’homme se soumet à l’homme qui le déteste et l’opprime. Seul Dieu, source de l’amour, aime vraiment. Seul Dieu, créateur de tout ce qui vit, veille sur l’homme. Seul Dieu, qui ne fait acception de personne, aime chacun à part égale. C’est en lui que l’homme doit placer son cœur. 

La malédiction et la bénédiction prononcées par Jérémie ne sont qu’une autre manière de reprendre la question fondamentale posée jadis par Moïse : Qui veux-tu servir : Dieu ou les idoles ? Choisis Dieu ou les idoles, la vie ou la mort, mais choisis ! De manière plus moderne, nous pourrions la formuler ainsi : veux-tu servir Dieu ou veux-tu te servir toi-même ? Fais-tu confiance à la toute-puissance de Dieu ou préfères-tu faire confiance à l’impuissance de l’homme à t’obtenir la vie et le bonheur ? Les béatitudes et les malédictions prononcées par Jésus dans l’évangile de Luc ne disent pas autre chose. Les bienheureux sont ceux qui vivent avec Dieu, malgré la pauvreté, la faim, les pleurs, la haine et le rejet. Les malheureux sont ceux qui ne comptent que sur eux, sur les biens qu’ils ont amassés ou sur les louanges reçues des hommes. Quoi qu’en disent certaines idéologies, notre terre et tout ce qui y vit ont plus à craindre des hommes que de Dieu. Ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique devrait être un avertissement pour nous tous. L’hybris d’un seul peut mener le monde à sa perte. Plus il agitera sa bible comme un éventail, plus elle produira du vent. Mais pour qu’elle devienne bonne nouvelle pour tous, il lui faudra ouvrir le livre, le lire et se laisser façonner par elle. Avec un peu de chance, il se convertira et abandonnera ses idées folles qui divisent le monde. 

Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur. Les deux voies sont devant nous. A chacun de choisir, pour sa vie et celle du monde. Amen. 


samedi 24 août 2024

21ème dimanche ordinaire B - 25 août 2024

 On ne peut pas l'entendre, on ne peut plus le suivre !







 

          C’est notre dernière incursion dans l’évangile de Jean pour cet été. Souvenez-vous : tout avait commencé avec Jésus multipliant cinq pains et deux poissons pour qu’une foule nombreuse puisse manger à sa faim ; il y eut même des restes, douze corbeilles pleines. A la foule qui réclamait encore de ce pain, Jésus a donné un enseignement au cours duquel il a affirmé : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Et encore : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Chrétiens, nous reconnaissons dans ces paroles ce que nous affirmons du sacrement de l’Eucharistie qui nous réunit chaque dimanche. Sans doute sommes-nous trop habitués à ce discours pour en être choqués. Mais pour les contemporains de Jésus, c’est la parole de trop ! Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? 

          S’il vous est arrivé de développer une idée, de l’argumenter sérieusement et qu’on vous dise : oui, c’est bien, mais on ne peut pas l’entendre, vous comprenez ce que vit Jésus quand nous le croisons aujourd’hui. La question n’est plus : Jésus a-t-il raison de dire ce qu’il affirme ? La question n’est même pas de savoir si cela est vrai. Ce qui est au cœur de cette finale du chapitre six de l’évangile de Jean, c’est bien : peut-on entendre ce que Jésus dit ? Et partant de là, peut-on encore le suivre ? Vous pouvez avoir mille fois raisons contre toute la terre, si la terre ne veut pas vous entendre, vous ne pouvez rien faire de plus, à part peut-être changer de discours. Jésus va-t-il changer de discours ? Non, il prend acte et va encore plus loin : Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant… sous-entendu : vous direz quoi ? Cela on ne peut pas le voir ? Lecteurs de cette page d’évangile, nous pouvons avoir l’impression légitime de tourner en rond, de revenir à cette scène après la multiplication des pains où la foule veut faire de Jésus son roi. Elle ne comprend pas plus aujourd’hui qu’hier qui est Jésus. Elle ne comprend pas plus aujourd’hui qu’hier quelle est l’œuvre de Jésus. Elle veut, aujourd’hui comme hier, faire de Jésus quelqu’un à sa mesure, quelqu’un qu’elle peut écouter sans risque, quelqu’un qu’elle peut suivre sans risque. Comprenez bien : sans risque d’être dérangé, bouleversé ; sans risque d’être invité à changer. Le changement, l’humain le veut bien tant que les choses changent ou que les personnes changent dans son sens. Mais si c’est lui qui doit changer, voilà que les choses se compliquent. 

          Jésus n’est pas dupe : il savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas. Malgré cela, je ne peux m’empêcher de le croire profondément affecté quand beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Quand la seule chose que vous souhaitez pour les autres, c’est leur bien, leur vie, leur salut, vous ne pouvez pas les voir s’éloigner sans en être touché. Ce ne sont pas des adversaires qui s’éloignent de lui, ce n’est pas le diable qui s’éloigne comme au début, lors de la retraite de Jésus au désert. Non, ce sont des disciples, des personnes qui ont cru en lui, qui l’ont suivi, volontairement. On pourrait dire que ce sont des amis qui s’éloignent. La question de Jésus aux Douze témoigne bien de ce désarroi de Jésus : Voulez-vous partir, vous aussi ? Nous devons entendre cette question comme une question qui nous est posée à chacun. Et avant de répondre, prendre le temps de réfléchir : ai-je été déçu par Jésus au point de vouloir arrêter de le suivre ? Est-il une parole de Jésus que je ne peux entendre, que je ne peux assumer et qui me ferait claquer la porte ? Ou est-ce que pour le suivre encore, je me suis fait de lui une image à ma mesure, un Jésus qui me convient bien, prenant ce qui m’arrange, laissant à d’autres ce qui me dérange ? Ce qui entraînera une autre question : est-ce bien Jésus que je continue de suivre, en Jésus tel qu’il se révèle que je continue de croire, ou est-ce que je suis et crois un modèle réduit de Jésus ? Veux-tu partir, toi aussi ? Telle est la question que chacun doit entendre ; telle est la question à laquelle chacun doit répondre. 

          La réponse des Douze, c’est de la bouche de Pierre qu’elle jaillit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. A-t-il mieux compris que nous les paroles de Jésus sur le pain vivant qui est descendu du ciel ? Je ne le crois pas. A-t-il mieux compris que nous ce que Jésus dit quand il affirme : Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous ? Je ne le crois pas. Mais je sais que cette réponse de Pierre est vraie, parce qu’elle vient d’une inspiration de l’Esprit Saint, elle vient du Père. Jésus l’avait prédit : Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. Il ne s’agit donc pas tant de comprendre absolument tout ce que dit Jésus pour l’écouter et le suivre ; il s’agit de se laisser attirer à lui, il s’agit de laisser son Père nous attirer à lui. La vie chrétienne ne dépend pas d’une connaissance parfaite de toutes les réponses du catéchisme ; la vie chrétienne découle de la rencontre avec Jésus, Pain et Parole de la vie. Je n’ai pas besoin de tout comprendre de Jésus pour le suivre ; j’ai juste à reconnaître que j’ai besoin de lui, que je veux avoir besoin de lui pour devenir la meilleure version de moi-même. Je ne serai pas saint parce que je connais mon caté ; je serai saint parce que j’aurai accueilli Jésus et que j’aurai cherché sans cesse à vivre avec lui, à vivre de lui. 

          Veux-tu partir, toi aussi ? Si Pierre a répondu pour les Douze, je ne peux pas moi, aujourd’hui, répondre pour vous. Je fais mienne la réponse de Pierre : Jésus a les paroles de la vie éternelle et je sais qu’il est le Saint de Dieu. Je vous partage volontiers ce que j’ai découvert de lui ; mais il n’y a que vous pour décider de croire cela avec moi et de faire le choix de suivre Jésus, même si vous ne comprenez pas tout. C’est votre liberté de l’écouter encore ou d’arrêter. C’est votre liberté de marcher à la suite de Jésus ou de vous en retourner chez vous. La réponse appartient désormais à chacun ; faites votre choix ! Amen.

samedi 24 juin 2023

12ème dimanche ordinaire A - 25 juin 2023

 Un pour tous, tous pour Un ?




 

 

 

 

            Cette semaine, rappelant que le baptême était le premier sacrement de pardon, même pour un nouveau-né, j’ai eu droit, en écho, à la question récurrente : « Mais que fait-il, notre petit, pour qu’il doive déjà être pardonné ? » Je réponds toujours, pour rassurer les anges gardiens de tous les nouveau-nés, que réveiller les parents en pleine nuit parce que la couche est pleine ou le ventre vide, n’est pas de l’ordre du péché. Ce qui est visé, n’est pas un acte particulier, mais plutôt une réalité liée à notre humanité, et que Paul explique bien dans la seconde lecture entendue : le péché originel. 

            Ecoutons bien Paul : nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. La désobéissance de nos premiers parents nous vaut à tous d’être marqués par cette capacité à nous prendre pour notre propre Dieu. L’homme est le seul animal qui peut décider, en conscience, parce que cela lui plaît et qu’il en a l’occasion, de faire le Mal. Aucun autre animal ne le fait. En-dehors de l’homme, aucun autre animal ne tue par plaisir par exemple ! Mais vous et moi, nous avons en nous, parce que nous sommes humains, la possibilité de faire le choix du Mal. Cela étant dit, nous avons aussi en nous la possibilité de faire le choix du Bien. Quand nous affirmons que le baptême est le premier sacrement du pardon pour qui le reçoit, nous affirmons bien que les parents font le pari que, avec l’aide de Dieu qui leur pardonne par avance ce péché originel, leurs enfants feront le choix du Bien et renonceront au Mal. C’est toujours Paul qu’il nous faut écouter dans la suite de son explication : Il en va du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Comprenez-vous ? Puisque la faute unique d’Adam nous a valu à tous d’être marqué par le péché, l’obéissance de Jésus qui est allé à la mort nous vaut à tous le salut. Ce qui vaut dans le sens du péché, vaut également dans le sens du salut : c’est Un pour tous ! 

            En affirmant cela, Paul nous redit l’immense amour de Dieu pour nous. En effet, puisque l’homme lui avait désobéi, il aurait pu se détourner de l’humanité. Or, il n’en a rien été. Au contraire, les Ecritures en témoignent, il n’a cessé depuis ce jour funeste, de chercher à gagner à nouveau l’homme. Dieu, pour y parvenir, a même envoyé son propre Fils pour que le cœur des fils revienne vers le Père. Et nous savons que ce Fils est allé à la mort sur la croix, non par plaisir ou par romantisme, mais par souci du salut de tous les hommes. Si cela n’est pas une preuve d’amour, je ne sais pas ce qu’il nous faut ! Mesurons-nous vraiment la puissance de l’amour de Dieu pour nous ? L’évangile nous fait comprendre aussi cet amour immense de Dieu pour nous en nous invitant à la confiance : nous sommes tellement aimés de Dieu que nous n’avons rien à craindre. Nous sommes tellement aimés de Dieu que nous valons plus que tout le reste de la création. Il nous reste alors à entendre Jésus lui-même quand il affirme : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Pour reprendre Alexandre Dumas, nous pouvons poser ainsi les choses : le Un pour tous de Jésus en matière de salut entraine-t-il en réponse de notre part un : tous pour Un ? Avons-nous de la reconnaissance envers Jésus de nous avoir sauvés tous de la mort et du péché au point de nous engager pour lui et témoigner de lui devant les hommes ? Ou continuons-nous à vivre comme si cela n’était rien, ou ne changeait rien ? Le Un pour tous, Jésus l’a fait, une fois pour toutes ; et les croix dressées dans nos églises et à la croisée de nos chemins, nous le rappellent quotidiennement. Le tous pour Un serait donc à manifester tout aussi quotidiennement par une vie fidèle au Christ, une vie qui ne refait pas le choix du Mal, mais une vie qui se montre solidaire des plus petits, des plus vulnérables, une vie offerte à qui en a besoin. 

            Notre baptême a été pour nous tous, et restera pour les générations à venir, le premier sacrement du pardon, puisqu’il nous fait fils et filles de Dieu, libérés du péché et de la mort. Notre baptême donne ainsi un grand souffle à notre existence ! Vivons-nous toujours dans ce souffle qui nous vient de Dieu, ou laissons-nous, comme Adam, le vent de la révolte souffler en nous ? L’eucharistie qui nous rassemble ce matin, est le repas qui vient refaire nos forces dans cette lutte constante contre le Mal, et en faveur du Bien. Elle est un signe supplémentaire que Dieu nous aime, puisqu’il nous donne lui-même la nourriture nécessaire pour mener à bien notre combat. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous redonne le courage de mener en nous d’abord, autour de nous ensuite, cette lutte pour un monde meilleur, débarrassé du Mal. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous donne d’être toujours plus acquis pleinement à Dieu et à son Christ, source de notre salut, source de notre vie. Puisque le Christ est pour toujours Un pour tous, soyons tous pour Lui, tous pour cet Un qui nous a aimés à en mourir. Amen.

vendredi 16 septembre 2022

25ème dimanche ordinaire C - 18 septembre 2022

 Une histoire de confiance !





        Non, je n’ai pas oublié de lire une partie de l’évangile de ce dimanche. Je vous ai juste fait lecture de la version brève, parce que je craignais que la parabole que je n’ai pas lu, empêche d’entendre vraiment le passage que j’ai proclamé. Tout le monde préfère les histoires aux grandes sentences de sagesse ! Concentrons-nous donc sur cette partie qui suit la parabole du gérant malhonnête. 

          Il y a un mot important dans ce passage : confiance ! Il revient quatre fois en cinq versets. Et il est toujours employé dans le même but : interroger la confiance que l’on peut placer en nous, que ce soit pour des petites choses ou des grandes choses. Ce qui est important, c’est de savoir si nous sommes dignes de confiance, qu’importe que l’affaire soit moindre ou grande. En effet dit Jésus, celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande.  Remarquons aussi tout de suite qu’il y a un réel enjeu à être digne de confiance. Ecoutons encore Jésus : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? C’est l’enjeu principal pour nous : être reconnu capables de recevoir le bien véritable. Quel est ce bien véritable ? Le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Venez à la messe dimanche prochain et vous comprendrez encore mieux. Mais c’est bien là l’enjeu véritable : notre vie éternelle ! D’ailleurs, la suite de l’enseignement de Jésus nous oriente sur cette piste. Ecoutons-le encore une fois : Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Les alliances bibliques successives nous montrent toutes que nous sommes responsables de la vie des autres. Le prophète Amos, dans la condamnation qu’il prononce au nom de Dieu sur ceux qui écrasent le malheureux pour anéantir les humbles du pays, nous fait bien comprendre que les malheureux, les humbles, les pauvres, appelez-les comme vous voulez, nous sont confiés et que nous en sommes responsables. Nous pouvons veiller sur eux, en prendre soin ou nous pouvons ajouter encore à leur misère. De la manière dont nous les traitons dépend notre vie éternelle. Nous pouvons entendre en écho de cette prophétie, l’évangile du jugement dernier, tel que nous le rapporte le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Tout le monde connaît ce texte : Tout ce que vous avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que l’avez fait (ou pas). Ce rapprochement avec Amos et Matthieu, nous fait bien comprendre que ce qui nous revient, c’est la vie éternelle, la vie de béatitude auprès de Dieu. 

          Comment puis-je savoir si je suis digne de la confiance que Dieu place en moi ? Par la foi (qui a la même racine que la confiance), mais la foi non seulement proclamée, mais aussi vécue, et peut-être d’abord vécue, ou mieux la foi proclamée parce que d’abord vécue. Nos gestes parlent plus forts que nos mots parce qu’ils peuvent se situer dans la droite ligne de nos mots ou contredire nos mots. Celui qui agit selon la volonté de Dieu n’a pas besoin de dire encore qu’il croit en Dieu ; toute sa vie en témoigne. Mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Jésus n’a-t-il pas lui-même prévenu : Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Voilà souligné le bien d’autrui qui nous a été confié : la volonté de Dieu, bien pour lequel nous devons être trouvés dignes pour recevoir ce qui nous revient : la vie éternelle. En recoupant ainsi tous ces textes de l’enseignement de Jésus, nous pouvons alors examiner notre vie, non pour nous glorifier intérieurement ou pour nous lamenter, mais pour nous convertir toujours et encore à cette volonté de Dieu, pour la discerner mieux et la mettre en pratique, non pas une fois, non pas deux fois, non pas seulement quand nous n’avons rien d’autre ou rien de mieux à faire, mais chaque jour. Oui, en chaque chose que nous faisons, faisons la volonté de Dieu ! La manière dont nous traitons ceux que Dieu met sur notre chemin correspond-t-elle à la volonté de Dieu ? Est-ce que j’agis avec les autres tel que Dieu l’attend de moi ? Il revient à chacun de regarder sa vie et de faire à nouveau, si nécessaire, le choix de Dieu, car nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Faire le choix de Dieu, c’est faire le choix de l’autre ; faire le choix de l’autre, c’est faire le choix de notre propre vie. Tout est lié. Tous sont liés. Je ne peux pas me sauver tout seul ou détriment des autres. Si je les perds, je me perds, et je perds Dieu ; si je les gagne, je me gagne et je gagne Dieu. 

          Le prophète Amos nous a prévenu : le Seigneur le jure par la fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. Rappelons-nous aussi que jamais un bien fait n’est perdu pour Dieu. A chacun donc de choisir : la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, pour les autres et pour nous-mêmes, en n’oubliant pas que ce que nous choisirons pour les autres, nous le choisirons aussi pour nous. Si je fais vivre l’autre, je vivrai éternellement ; si je fais mourir l’autre, je mourrai éternellement. Alors maintenant choisis, et montre-toi digne de la confiance que Dieu a placée en toi. Amen.

samedi 21 août 2021

21ème dimanche ordinaire B - 22 août 2021

 L'heure du choix sonne toujours.




            Le dernier passage de l’évangile de Jean que nous entendons en ce temps d’été, nous rappelle que l’heure du choix sonne toujours. Tôt ou tard, dans notre vie de croyants, nous devons nous décider de manière ferme : pour Jésus ou pas. Le conflit que nous rapporte Jean n’oppose pas Jésus à ses adversaires habituels : sadducéens ou pharisiens. Il oppose à Jésus ses propres disciples, pas les Douze qu’il a choisis, mais ceux qui le suivent de villages en villages, ceux qui ont couru après lui quand il s’était embarqué pour aller sur l’autre rive. Ils étaient heureux de l’écouter ; ils étaient contents d’avoir eu à manger gratuitement. Mais là, depuis quelques temps, les paroles de Jésus se font curieuses jusqu’à devenir rudes. Avec ce constat : Qui peut l’entendre ? Il y a un je-ne-sais-quoi de c’en est trop qui flotte dans l’air.

            L’heure du choix n’est pas nouvelle. Elle parcourt toute la Parole de Dieu. Elle avait sonné pour Abraham dans ses vieux jours quand le Seigneur l’a appelé à tout quitter pour le suivre vers une Terre promise. Elle avait sonné pour Moïse quand Dieu l’a appelé depuis le buisson ardent pour qu’il aille libérer son peuple. Elle avait sonné pour ce peuple à la nuque raide qui s’était détourné de son libérateur en faisant fondre un veau d’or. Elle a sonné à nouveau après l’installation en terre promise. Nous l’avons entendu en première lecture. S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. Nous ne saurions poser plus clairement la question. Remarquez ce détail : quand sonne l’heure du choix, l’homme ne peut s’abstenir ; il doit se déterminer. Il doit servir quelqu’un, et ne peut se servir lui-même. C’est ou les dieux des pères, ou les dieux des Amorites, ou le Seigneur. L’homme ne peut vivre sans Dieu. Et surtout, il n’est pas possible qu’il soit son propre Dieu. Ce serait son erreur la plus grave, son illusion la plus grande. L’homme doit nécessairement avoir quelqu’un au-dessus de lui, quelqu’un qu’il reconnaît comme son origine, comme la source de sa vie, comme la référence de ses grandes décisions. Cela ne peut être lui-même ! L’homme n’est pas fait pour être auto-thé !

            Quand sonne l’heure du choix, il faut donc se déterminer. Mais quel critère de discernement ? Sur quoi faire reposer notre choix ? Juste sur une parole peut-être mal comprise ou mal interprétée ? Acceptons-nous d’être bousculés par Dieu ou ne voulons-nous qu’une religion pour bisounours, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Dieu le premier ? Quand la Parole de Dieu se fait rude, est-ce un motif pour dire : c’est assez et tout plaquer ? Jésus insiste auprès de ces disciples : Cela vous scandalise ? Mais que direz-vous quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était avant ? La foi ne peut pas juste reposer sur de belles paroles ; la foi n’est pas l’opium des peuples. Le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous dérangera plus, le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous interrogera plus, de deux choses l’une : ou nous serons morts (notre foi et notre espérance seront accomplies), ou nous aurons cessé de croire véritablement. Les paroles rudes de Jésus sont là pour réveiller notre foi, pour nous interroger toujours et encore, pour nous remettre en mouvement si d’aventure nous nous étions assoupis. Elles font partie de ces paroles de la vie éternelle. Ne plus vouloir les entendre, n’est-ce pas déjà renoncer à cette vie éternelle dont elles sont la promesse ? Quand sonne l’heure du choix, nous pouvons redire avec le peuple élu : Nous aussi nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Quand sonne l’heure du choix, il n’y a que la réponse de Pierre à reprendre à notre compte, si c’est bien le Christ que nous voulons suivre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

            Les temps difficiles que nous vivons depuis plus d’un an et demi sont un moment favorable pour entendre sonner l’heure du choix. Rien de mieux qu’un temps de crise pour préciser notre horizon ; rien de mieux qu’un temps de crise pour retrouver ce qui nous fait vivre ; rien de mieux qu’un temps de crise pour redéfinir nos priorités. Le monde d’après, dont plus personne ne nous parle, aura besoin d’hommes et de femmes sûrs, bien orientés, bien guidés, qui ont une conscience claire de celui qui donne sens à la vie des hommes. En réaffirmant notre attachement au Christ Sauveur, qui a livré sa vie par amour de tous les hommes, nous reconnaîtrons en lui la source de notre vie, et dans sa Parole le lieu de notre discernement. Avec lui, nous ne pouvons pas nous tromper, puisqu’il est celui qui ne peut se tromper ni nous tromper. Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui nous libère du péché et de la mort ? Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui a donné sa vie pour nous ? Nous avons largement pu goûter et voir comme est bon le Seigneur. Quel intérêt à goûter moins bon ? Quel intérêt à voir moins beau ? Nous croyons et nous savons que [Jésus est] le Saint de Dieu. Avec lui, nous avons tout. Continuons à le suivre et à l’écouter. Il en va de notre vie. Amen.

dimanche 20 juin 2021

12ème dimanche ordinaire B - 20 juin 2021

 Silence, tais-toi !



(Vitrail de Guido NINCHERI, Jésus calmant la tempête, Eglise Saint Léon, Westmount, Montréal, Québec)


                Silence, tais-toi ! Voilà une parole prononcée avec autorité qui réalise ce qu’elle dit : Le vent tomba, il se fit un grand calme. Il n’y a véritablement que Jésus qui puisse prononcer une telle parole et la voir suivie d’effet. Mais sans doute est-ce courir trop vite à la conclusion et faut-il ne pas oublier le reste de l’histoire. 

            Le reste de l’histoire, c’est d’abord Jésus qui a passé la journée à enseigner la foule : la parabole du blé semé et qui lève seul sans que l’homme ne sache vraiment comment, la parabole de la graine de moutarde et de nombreuses paraboles semblables. C’était l’Evangile de dimanche dernier. Nous pouvons comprendre que Jésus soit fatigué ; nous pouvons comprendre qu’il ait envie d’un peu de calme et qu’il invite ses disciples à quitter ce lieu pour l’autre rive. Nous pouvons comprendre aussi que Jésus s’endorme dans la barque : son humanité a pris le dessus ; il a beau être Fils de Dieu, il n’en est pas moins fatigué. Ce qui ne cesse de m’étonner, c’est la réaction des Apôtres au milieu de la tempête. Ils réveillent Jésus et lui disent : Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? Après avoir entendu l’enseignement de Jésus, après l’avoir suivi depuis quelques temps déjà, comment peuvent-ils encore croire que ce qui arrive aux hommes indiffère Jésus ? Le cela ne te fait rien est hors de propos. Soit ils savent que Jésus saura faire quelque chose pour eux, et il est bon alors qu’ils le réveillent. Soit ils pensent que déjà tout est perdu et demander à Jésus ce qu’il en pense ne sert à rien. Le réveiller est même cruel en ce sens qu’il me semble préférable de mourir dans son sommeil en ne se rendant compte de rien, que d’être réveiller par les autres pour finir comme eux, pleinement conscient de ce qui arrive. La Parole de Jésus à ses disciples, après que la mer se soit calmée, semble me donner raison : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?

            Cette dernière question me dit bien que, dans la foi, nous pouvons tout. Nous n’avons pas à craindre le sommeil de Jésus ; nous n’avons pas à craindre que notre sort lui indiffère. Quand Jésus est dans la barque, quand bien même il y serait endormi, ceux qui sont dans la barque avec lui sont bien gardés. Tout ce que démontre cet épisode, c’est que les disciples de Jésus n’ont pas encore vraiment compris qui il est. Ils ne cessent d’ailleurs de s’interroger à son sujet : Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? A ceux qui se posent cette question, une démonstration a été faite, une réponse a été donnée : il est celui qui a autorité sur les forces du Mal, la mer étant le lieu où réside les forces du Mal. Allez donc essayer de calmer une tempête comme Jésus pour comprendre cette identification entre la mer et le lieu où réside le Mal. 

            Silence, tais-toi !  Cet ordre de Jésus, suivi des effets que nous connaissons, doit nous convaincre que Jésus est toujours avec nous et qu’il est vainqueur des puissances du Mal. Là où est Jésus, le Mal recule. Là où est Jésus, le Mal n’a plus de pouvoir. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous sommes des porteurs du Christ. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous pouvons dire que Jésus est avec nous, présent dans notre vie, même si quelquefois nous le mettons en sommeil. Le Mal doit donc reculer dans notre propre vie d’abord. Il ne saurait y avoir de place pour Jésus et pour les forces du Mal en même temps dans notre vie. Ou bien nous sommes à Jésus, ou bien nous sommes au Mal. Ou bien nous appartenons au monde ancien, ou bien nous appartenons au monde nouveau. C’est à nous de poser ce choix, à nous de redire que nous reconnaissons cette présence de Jésus au cœur de notre vie. Mais ne nous laissons pas impressionner et dominer par le Mal pour ensuite dire à Jésus : tu as vu ? et tu ne fais rien ? ça ne te dérange pas ? tout va bien ? 

            Silence, tais-toi !  Cette parole, nous pouvons nous la dire à nous-mêmes lorsque nous nous sentons dériver vers le Mal, être dominés par le Mal quand bien-même nous avons l’assurance de la présence de Jésus dans notre vie. Si nous croyons que Dieu, en Jésus, a fait sa demeure en nous, nous devons croire aussi que la puissance de résister au Mal est en nous aussi. Jésus n’abandonne aucun de ceux qu’il reconnaît comme disciple. La barque de notre vie, il y est dedans, avec nous. La barque de l’Eglise, il y est dedans, avec nous tous. Ne le croyons ni endormi, ni indifférent à nos vies, à nos épreuves. Crions vers lui, oui, mais pas pour lui reprocher une indifférence supposée, mais pour lui dire notre foi en sa puissance sur le Mal et la Mort. Il est mort pour tous, nous a rappelé Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens. Comment, après un tel sacrifice, pourrait-il dire à un seul d’entre nous : tu ne m’intéresses plus ? Soyons sérieux ! Prenons notre foi au sérieux et le vent et la mer qui agitent notre vie et la vie de l’Eglise, s’apaiseront. Amen.

samedi 26 septembre 2020

26ème dimanche ordinaire A - 27 septembre 2020

 La conduite du Seigneur n'est pas la bonne : vraiment ?




            La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. Ainsi commençait l’extrait du prophète Ezéchiel proposé ce dimanche à notre méditation. Ce verset est extrait du chapitre 18 de ce beau livre biblique ; c’est le verset 25 précisément. Pour le comprendre, il faut relire ce qui précède. Cela nous permettra de dire si l’homme a raison de parler ainsi de Dieu et de porter un jugement moral sur l’œuvre de Dieu, ou pas. 

            Les premiers versets de ce chapitre sont les suivants : La parole du Seigneur me fut adressée : « Qu’avez-vous donc, dans le pays d’Israël, à répéter ce proverbe : “Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées” ? Dieu dénonce une croyance qui mettra des siècles à disparaître. Elle consiste à dire que si la génération des pères fait du mal, c’est à la génération des fils de l’expier. Nous en avons une belle trace dans le Nouveau Testament, dans la bouche même des Apôtres, lorsque Jésus et ses disciples croisent la route d’un aveugle de naissance. C’est dans l’évangile de Jean au chapitre 9 : En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Comme s’il eut été normal qu’il soit né aveugle à cause d’un péché commis par les parents. Le prophète Ezéchiel a vécu plus de 500 ans avant Jésus Christ, et son enseignement n’est toujours pas assimilé. Car c’est bien contre cette croyance que lutte Ezéchiel. Ce qu’il veut faire comprendre, c’est que chacun est responsable du mal qu’il fait, comme chacun est responsable du bien qu’il fait. Personne ne peut et ne doit vivre sa relation à Dieu par procuration ou à crédit. 


            Dans ce bel oracle du Seigneur adressé à son prophète, Dieu fait l’éloge de l’homme juste, l’homme qui respecte le droit, l’homme qui ne se tourne pas vers les idoles, l’homme qui respecte les dix commandements, l’homme qui est charitable, et il lui assure la vie. Le bien fait n’est jamais perdu ; le bien fait trouvera sa récompense : Un tel homme est juste, c’est certain, il vivra. Mais la parole adressée par Dieu à son prophète ne s’arrête pas là. Elle se poursuit ainsi : Mais si cet homme a un fils violent et sanguinaire, coupable d’une de ces fautes, – alors que lui n’en a commis aucune – un fils qui, de plus, va aux festins sur les montagnes et rend impure la femme de son prochain, qui exploite le pauvre et le malheureux, qui commet des fraudes, ne restitue pas un gage, lève les yeux vers les idoles immondes et se livre à l’abomination, qui prête à intérêt et pratique l’usure, ce fils-là vivra-t-il ? Il ne vivra pas ; il s’est livré à toutes ces abominations : il sera mis à mort, et son sang, qu’il soit sur lui ! Le père n’est pas responsable du dévoiement de son fils ; il a observé la Loi, il aura, sans doute aucun, appris à son fils à faire de même, mais ce fils ne l’a pas suivi. Tant pis pour ce fils. Et pour que l’enseignement soit clair et complet, l’oracle se fait plus précis encore. Il affirme en effet : Mais voici : un homme a un fils qui voit tous les péchés qu’a commis son père, il les voit sans les imiter, il ne va pas aux festins sur les montagnes, ne lève pas les yeux vers les idoles immondes de la maison d’Israël, ne rend pas impure la femme de son prochain, il n’exploite personne, ne prend pas de gages, ne commet pas de fraude, donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, il détourne sa main du mal, ne prélève pas d’intérêt et ne pratique pas l’usure, il accomplit mes ordonnances et marche selon mes décrets. Ce fils ne mourra pas à cause des fautes de son père, c’est certain, il vivra. Mais son père, s’il a pratiqué la violence, commis des fraudes et n’a pas bien agi au milieu de son peuple : il mourra en raison de sa faute. Puisque chacun a sa vie, chacun ne peut être responsable que de ce qu’il fait ou pas. Personne ne peut reporter sur un autre le mal qu’il commet ; personne ne peut porter au crédit d’un autre le bien qu’il fait. Et personne n’est enfermé dans un système : le fils d’un père mauvais peut-être bon malgré tout. Et pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, Dieu précise aussitôt : Or vous dites : “Pourquoi le fils ne porte-t-il pas la faute de son père ?” Le fils a pratiqué le droit et la justice, il a observé tous mes décrets et les a pratiqués : c’est certain, il vivra. Celui qui a péché, c’est lui qui mourra ! Le fils ne portera pas la faute de son père, ni le père, la faute de son fils : la justice sera la part du juste, la méchanceté, celle du méchant. 


            C’est cela, la conduite de Dieu que l’homme juge n’être pas la bonne. Il voudrait que le fils porte la faute du père ou inversement. Quelle drôle de justice l’homme prône-t-il donc ? Cet oracle nous rappelle qu’il n’y a pas de solidarité possible dans le mal ; cela s’appellerait de la complicité. Seul le Christ, au moment de sa passion, prendra sur lui les péchés de tous les hommes, les nôtres, pour les mettre à mort sur sa croix. Mais nul autre ne peut le faire. Si, vivants dans le mal, vous comptez sur la génération suivante pour vous sauver, c’est peine perdue, dit le Seigneur à son prophète, donc à nous. Chacun est responsable de sa vie ; chacun est responsable de ses actes. La justice à hauteur de Dieu l’exige ; celle des hommes ferait bien de s’en inspirer. Ne disons pas trop vite qu’il en est bien ainsi en notre beau pays de France aujourd’hui. Rien n’est plus faux ! Il suffit de regarder le sort réservé aux enfants de parents français partis faire le jihad ! Quand bien même leurs parents sont morts ou en prison, de trop nombreux enfants, souvent très jeunes parce que nés à l’étranger, ne peuvent rejoindre leurs grands-parents en France, parce que nous leur faisons porter la faute de leurs parents. Comprenez-vous : ils pourraient devenir terroristes à leur tour ! Que fait-on de la puissance de l’amour ? Croyons-nous que l’amour d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un oncle ou d’une tante, parfaitement étrangers aux comportements de ceux qui sont partis peut transformer une vie et changer un cœur ? Ou sommes-nous tellement englués dans le mal que nous ne pensons même plus que d’autres peuvent en sortir ? 


            La conduite du Seigneur n’est-elle vraiment pas la bonne quand il annonce que chacun désormais sera responsable de ses actes ? Est-ce vraiment terrible d’entendre Dieu dire : Je ne prends plaisir à la mort de personne, – oracle du Seigneur Dieu – : convertissez-vous, et vous vivrez. » ? Ce sont là les derniers mots du chapitre dix-huit d’Ezéchiel. C’est là surtout le dernier mot de Dieu à tout homme pécheur. Il ne pourra jamais faire plus belle proposition que celle-ci. Que le juste continue de vivre dans la justice ; que le méchant se détourne de son mal, qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est un beau résumé de l’alliance que Dieu propose à tous. C’est l’alliance pour laquelle Jésus a donné sa vie sur la croix. En levant les yeux vers le signe de notre foi, la croix dressée, nous devrions avoir le mal en horreur. En levant les yeux vers la croix dressée du Christ, un cri de joyeuse espérance devrait monter de nos lèvres : Jésus, Fils du Dieu Sauveur, aie pitié de moi. La conversion commence par ce cri ; elle se poursuit par une vie digne de l’œuvre du Christ comme le rappelle Paul dans sa lettre aux Philippiens : ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Ayez le même amour, les mêmes sentiments. Alors apparaît en pleine lumière la justesse de la conduite du Seigneur, qui fait vivre le juste et invite le méchant à la conversion, s’il veut vivre lui-aussi. Nous en revenons toujours au choix proposé jadis par Moïse à son peuple : Aujourd’hui, choisis la vie ou la mort, Dieu ou pas Dieu. Mais choisis. Amen.

 

 

samedi 25 juillet 2020

17ème dimanche ordinaire A - 26 juillet 2020

Demande ce que je dois te donner.






            Demande ce que je dois te donner. Sans doute certains estiment-ils que Salomon a bien de la chance d’être ainsi interpelé par Dieu lui-même, et se disent peut-être en eux-mêmes : « ce n’est pas à moi que cela arriverait ». Au-delà de savoir si Salomon a de la chance ou non, je voudrais méditer avec vous cette demande de Dieu et comprendre ce qu’elle nous révèle de Lui et de notre rapport à Lui. Pour cela, je vous propose de voir chaque terme en lui-même. 

            Demande : c’est le premier terme de cette phrase. Et c’est un impératif. Autrement dit, une réponse est attendue. Dieu ne dit pas à Salomon : Quand tu auras le temps, tu réfléchiras à ce que tu voudrais me demander. Non, il dit : Demande. C’est-à-dire maintenant, tout de suite ! De cet impératif, je déduis que Dieu attend que jaillisse du cœur de Salomon ce qui lui est le plus utile. Il n’a pas le temps de réfléchir ; il ne lui est pas laissé de temps pour réfléchir. C’est un cri du cœur qui doit jaillir des lèvres de Salomon. Ainsi sera exprimé ce qui est vraiment essentiel pour lui. Ceci nous dit une première chose sur Dieu : il attend que nous formulions devant lui notre désir. 

            Demande : il y a là aussi comme un défi adressé par Dieu à Salomon. Une manière de dire : Ose ! Aie le courage de demander à Dieu. Et c’est peut-être cela qui nous manque le plus : le courage de nous adresser à Dieu, doublé du courage de croire que Dieu répondra. Combien de fois osons-nous vraiment crier vers Dieu ? Combien de fois osons-nous croire qu’il nous répondra vraiment ? Je pense que ce refus d’oser vient du fait que nous ne savons pas ce que nous voulons d’une part ; et d’autre part, que nous avons conscience que la demande que nous voudrions formuler est inappropriée. Quand on ne sait pas quoi demander, quand on ne sait pas si notre demande est digne d’intérêt, on s’abstient. Beaucoup pensent qu’il vaut mieux ne rien demander plutôt que d’avoir l’air ridicule devant Dieu avec notre demande. Pourtant, Dieu dit bien à Salomon : Demande, sans mettre aucune restriction au champ des possibles. Il attend que Salomon ose ; il attend que nous osions. C’est le deuxième enseignement de ce passage de l’Ecriture. 

            Ce que je dois : entendons-bien Dieu. Il ne dit pas : demande ce que je pourrais, ni demande ce que tu aimerais, mais bien Demande ce que je dois. Comme si Dieu était le débiteur de l’homme. Il devrait quelque chose à Salomon. Il nous devrait quelque chose. C’est ce qui me sidère le plus dans cette phrase. Dieu, l’infiniment grand, l’infiniment puissant, celui qui est à l’origine de ma propre vie, serait mon débiteur. Il me doit quelque chose. L’infiniment grand se met au service de l’homme ! L’infiniment puissant considère l’homme comme son égal et non comme un serviteur : un maître ne doit rien à son serviteur. Reconnaissons-nous Dieu comme un partenaire de notre vie ? Le connaissons-nous assez comme celui qui veut faire partie de notre vie ? Dieu ne peut quelque chose pour nous que si nous Le reconnaissons comme celui qui peut quelque chose pour nous, avec nous. Nous avons entendu Paul dans la seconde lecture : Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. Et si je croise alors mes connaissances bibliques, et que je me souviens qu’aimer, c’est aussi connaître, j’en déduis que si je ne connais pas Dieu vraiment, je ne l’aime pas vraiment ; et si je ne l’aime pas vraiment, j’annule la possibilité que Dieu a de faire quelque chose pour moi. Quand les hommes aiment Dieu (comprenons bien quand les hommes connaissent Dieu), lui-même fait tout contribuer à leur bien. En interrogeant Salomon comme il le fait (Demande ce que je dois), Dieu interroge l’amour que Salomon lui porte ; Dieu interroge la connaissance que Salomon a de ce Dieu dont il devient le représentant auprès de son peuple. Depuis que ce peuple a réclamé un roi pour être comme les autres nations, Dieu a donné un roi qui gouvernerait le peuple selon le cœur de Dieu ; en tout cas, c’est la théorie. La pratique, ce ne sera pas toujours cela ! Nous apprenons donc une troisième chose : nous devons sans cesse approfondir notre relation à Dieu et notre connaissance de Dieu ; ainsi nous l’entendrons nous dire, comme à Salomon : Demande ce que je dois

            Te donner : c’est le dernier terme de l’intervention de Dieu. Là encore, il ne dit pas : demande je que je dois faire, mais bien ce que je dois te donner. Donner, cela signifie que cela est gratuit et sans retour. Ce n’est pas un prêt ; ce n’est pas une négociation : je te donne si toi tu fais ou dis ou donnes en échange. Demande ce que je dois te donner. Point. Cela signifie que Dieu a quelque chose pour nous ; il fut un temps, nous aurions dit que Dieu a des grâces qu’il veut nous donner. Et il donne selon nos besoins propres. Il ne donne pas à Thomas ce dont Jacques a besoin. Demande ce que je dois TE donner. C’est un cadeau personnel, fait sur mesure. Il nous faut donc bien savoir ce dont nous avons le plus besoin. Et nous voici donc face à Dieu, sommés de dire celui qui, parmi tous nos désirs parfois contradictoires, est le plus important pour nous, au point que Dieu n’a pas d’autre choix de que nous le donner. 

            Demande ce que je dois te donner. Voilà que ce qui pouvait nous apparaître comme une chance, nous semble soudain comme un piège dressé devant nous. Que vais-je bien pouvoir demander, sachant que ma demande révèlera à Dieu pour qui je le prends. Est-il le magicien qui rend possible mes rêves les plus fous ? Est-il le banquier qui me donnera l’argent dont j’ai besoin, sans que j’aie à me fatiguer pour l’obtenir ? Est-il le prestataire des services que je suis en droit d’attendre de la part de quelqu’un dont on m’a dit qu’il pouvait tout ? Ou est-il celui qui m’aime et me connaît mieux que moi-même et qui révèle au secret de mon cœur ce qui m’est le plus important pour que je l’exprime et le demande simplement ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu que j’aime ou le Dieu dont j’ai peur ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu avec qui je fais alliance ou le Dieu que j’utilise selon mes besoins ? Dieu est au service de l’homme, je l’ai dit plus haut ; mais au service de l’homme qui le connaît, au service de l’homme qui l’aime, au service de l’homme qui se met lui-même au service de Dieu et de ses frères. La réponse de Salomon à la demande singulière de Dieu révélait le désir de Salomon de servir correctement Dieu et ce peuple dont il est devenu roi ; c’est pour cela qu’il a été exaucé et qu’il a reçu encore plus. Que son histoire nous serve d’exemple quand nous nous présentons devant Dieu pour répondre à sa question : Demande ce que je dois te donner. Amen.


(Icône Russe, Le Roi Salomon, 17ème siècle, Monastère de Kizhi - Russie) 

 

 








mardi 25 décembre 2018

Noël : Messe de la veille au soir - 24 décembre 2018

Joseph, ou comment Jésus est inscrit dans l'histoire des hommes.





          Reconnaissons-le : l’évangile que je viens de proclamer n’est pas banal et nous ne l’entendons pas souvent. Pour certains, il peut même avoir un côté ennuyeux et répétitif avec cette longue généalogie qui semble ne pas finir. Mais en cette messe de la veille au soir de Noël, je trouve qu’il résonne tout particulièrement bien. Pour deux raisons. 

            La première, et c’est cette longue généalogie de Jésus qui nous le rappelle, c’est que cette page d’évangile inscrit bien Jésus dans l’Histoire des hommes. Remontant jusqu’à Abraham, et passant par tous les moments importants de l’histoire du peuple de l’Alliance, cette généalogie fait de Jésus l’héritier des promesses faites par Dieu tout au long de son alliance. Si vous prenez le temps de lire ce commencement de l’évangile de Matthieu et de le méditer, vous verrez défiler devant vos yeux toutes les riches pages de cette alliance, avec ses moments de clarté comme avec ses moments de doute, de trahison et d’oubli de Dieu. En cette veille de Noël, il est bon de nous rappeler que cette histoire de Jésus est aussi notre histoire. Quand il vient dans le monde, quand il s’inscrit ainsi dans l’histoire des hommes, c’est dans notre monde qu’il vient, c’est dans notre histoire qu’il s’inscrit. Nous ne nous souvenons pas d’une vieille histoire, ce soir ; nous relisons notre histoire pour y découvrir l’irruption de Dieu en Jésus. Oui, c’est bien pour nous qu’il vient dans le monde ! Si vous en avez l’occasion, faites donc le tour des crèches de notre communauté de paroisses et regardez bien l’Enfant Jésus. Il est très différent d’une église à l’autre. Dans certains lieux, il est heureux, dans d’autres, il est plus dubitatif, pour ne pas dire triste. Il est à l’image de nos vies : quelquefois heureuses, quelquefois plus lourdes. Quelle que soit notre vie en ce soir, heureuse ou plus triste, Jésus vient pour nous. Il vient dans notre région marquée récemment par l’attentat meurtrier de Strasbourg pour apporter lumière et paix à nous qui pouvons raisonnablement douter de l’homme et de sa capacité à vaincre le Mal. La naissance de Jésus vient nous redire que Dieu ne saurait se satisfaire de ces poussées de violence et qu’il intervient en faveur de ceux qui en sont victimes. La naissance de Jésus vient ouvrir une brèche dans les murs de violence, de refus de l’autre, d’exclusion. Il vient nous dire que Dieu se range définitivement aux côtés de tous ceux et celles qui souffrent. 

            La deuxième raison qui justifie la proclamation de cette page d’évangile, c’est la présence de Joseph, non pas comme un faire-valoir, mais comme l’acteur principal de cette scène. Matthieu nous rappelle les qualités humaines de Joseph : il était un homme juste. Quand il apprend la grossesse de Marie, il ne veut pas la faire souffrir, ni la mettre au ban de la société. Il décide de la répudier en secret. Peut-il montrer davantage son amour pour celle qui lui était promise ? Avant qu’il n’ait pu mettre son projet à exécution, voilà que l’ange du Seigneur intervient. Il révèle à Joseph le projet de Dieu comme il l’avait révélé à Marie. En fait, cette page d’évangile, c’est l’annonciation de Joseph. Il doit décider s’il s’ouvre au désir de Dieu et offre aux hommes la chance d’un salut. Il doit consentir à devenir lui-aussi le serviteur de Dieu, qui accepte sans trop comprendre, sans trop savoir ce que cela va donner. En faisant ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, Joseph nous offre à tous la chance d’être sauvés. Et il nous invite à entrer nous aussi dans le projet de Dieu. Nous serions bien ingrats envers Joseph si nous ne faisions pas effort pour laisser Dieu guider notre vie. Joseph n’a peut-être pas conçu Jésus, mais à ce moment-là, il devient son père ; il prend sur lui la responsabilité d’accueillir cet enfant qui vient de Dieu et de l’inscrire dans cette longue histoire que la généalogie évoquait. Désormais, le projet de Dieu n’est plus seulement le projet de Marie ; il devient le projet de Joseph, le projet d’un couple, le projet d’une famille. Venu au monde dans cette famille-là, rien ne pourra détourner Jésus de sa mission. Dieu a donné à son Fils, Dieu-fait-homme, une famille humaine toute tournée vers Dieu, une famille où l’homme vit Dieu ! Dieu et l’homme se rejoignent non seulement en Jésus, vrai Dieu et vrai homme, mais aussi en Marie et Joseph, pleinement acquis au projet de salut de Dieu. Quand on comprend mieux l’importance de cette page d’évangile, on comprend moins que certains oublient Joseph. 

            Au cœur de cette nuit, nous accueillerons l’Enfant-Dieu. Au cœur de cette nuit, nous aurons à faire un choix, comme Marie, comme Joseph. Accueillerons-nous Dieu qui se donne à son peuple, qui se donne à nous ? Ouvrirons-nous notre cœur au projet que Dieu porte pour chacun de nous ? Notre présence ici, en cette veille de Noël, se veut déjà une réponse. Emportons avec nous un avant-goût de cette joie de Noël, dans la certitude que Dieu veut notre vie et notre bonheur. Amen.

(Sieger KÖDER, La généalogie de Jésus)