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samedi 13 juin 2026

11ème dimanche ordinaire A - 14 juin 2026

 Ils les choisit et les envoie en mission.




(Les Douze Apôtres)



            On croit connaître les Evangiles et on s’aperçoit que notre lecture, jusqu’à présent, était hâtive, voire inattentive aux détails qui différencient les différentes versions d’un même événement. L’évangile entendu aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Matthieu que nous lisons cette année, a cette particularité de lier de manière très immédiate le choix des disciples et leur envoie en mission. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Je vous propose trois pistes à méditer.

            Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Il les choisit pour cela. La preuve, à peine Jésus a-t-il donné la liste des Douze qu’il les envoie. Cela veut bien dire que Jésus n’appelle pas pour le plaisir d’appeler, pour avoir du monde autour de lui. Les signes qu’il pose, la clarté de son enseignement, assurent la présence des foules. Il suffit de lever les yeux : la foule est là, presqu’à chaque pas. Voyant les foules, Jésus fut pris de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Nous pouvons même dire que c’est la présence de ces foules qui conduit Jésus à choisir les Douze après avoir constaté que la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. En fait d’ouvrier, jusqu’à cet instant, il n’y a que lui, Jésus ! Le choix des Douze correspond donc à une nécessité de service. Tout seul, tout Fils de Dieu qu’il est, il n’y arrivera pas ; le temps lui est compté ! Et quand bien même il y arriverait dans l’immédiat, Jésus choisit d’avoir besoin d’Apôtres, parce qu’il voit sans doute plus loin que nous ; il voit sans doute déjà après Pâques et la mission qu’il restera à accomplir pour faire connaître son œuvre de salut pour tous les hommes. Avons-nous tous suffisamment conscience que, si nous ne pouvons rien faire pour Jésus, nous pouvons tout faire pour les hommes et les femmes de notre temps qui, comme jadis, sont comme des brebis sans berger ? Avons-nous suffisamment conscience que Jésus veut avoir besoin de nous pour participer, même modestement, à sa mission ?

           Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Mais Matthieu ne dit pas s’il les envoie seul ou par deux. C’est une précision qu’on trouvera chez Marc seulement, mais qui ne semble pas importante pour Matthieu. En revanche, Matthieu fait bien comprendre que ce choix pour un envoi est une participation à la mission même de Jésus. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche : c’est ce que proclame Jésus depuis le lendemain de son baptême.  Il y a comme un caractère urgent à la mission : le royaume est tout proche. Comme s’il s’agissait pour les gens de ne pas le rater, d’être prêts quand il viendra ! Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons : c’est ce que Jésus ne cesse de faire durant toute sa vie terrestre. Ce sont bien ces mêmes signes qu’ils doivent poser pour participer à l’unique mission qui est celle de Jésus, parce que, dans l’enseignement des prophètes d’Israël, ces signes attestent que le Messie est proche. Jésus, en leur donnant des instructions strictes, les rend capables de faire ce pourquoi il les envoie en mission. C’est toujours le cas aujourd’hui : Dieu n’appelle pas ceux qui sont capables de, mais rend capables ceux qu’il appelle. Cela permet à l’appelé d’être libéré de cette question, qui peut aussi être une objection : je ne saurai pas faire. Si Dieu t’appelle à quelque chose, s’il te choisit, il te rend capable d’accomplir ce qu’il te demande de faire. Il ne joue pas avec toi ; il te prend au sérieux et te donne la grâce nécessaire à ta mission. Mais suis-je persuadé de cette urgence que Jésus ressent ou est-ce que je me laisse convaincre que le royaume, c’est pour plus tard et que rien vraiment ne presse ?

            A ces disciples qu’il choisit et envoie, Jésus pose des interdits, et nous pouvons en être surpris. Ils s’entendent ainsi : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Certains pourraient dire que cela a le goût singulier du nationalisme : d’abord les nôtres ! Mais peut-être faut-il d’abord y voir une affirmation de l’élection d’Israël comme peuple particulier de Dieu. Les promesses messianiques sont d’abord pour lui ; c’est lui d’abord qui doit se convertir, c’est lui qui doit être à nouveau fidèle à Dieu, c’est lui d’abord qui doit être sauvé pour retrouver le sens de son élection : il est le peuple particulier, non parce qu’il est le préféré de Dieu, mais parce qu’il doit être lumière pour toutes les nations. Si le peuple que Dieu s’est choisi ne resplendit plus de la gloire de Dieu, comment les nations païennes pourraient-elles être attirées par une lumière qui n’existe plus ? Ce serait perdre un temps précieux d’essayer de convaincre les autres s’ils voient que le peuple choisi s’est détourné de son Dieu. L’urgence est donc là, auprès du peuple de Dieu, et elle est toujours là pour nous aussi aujourd’hui, nous qui sommes entrés dans ce peuple par notre baptême. Les communautés chrétiennes peuvent continuer de se lamenter, continuer à se dépenser en projets divers et variés pour attirer du monde, mais si elles ne resplendissent pas du Ressuscité, comment les hommes et les femmes de notre temps comprendraient-ils l’intérêt de suivre, non pas nous, mais le Christ ? Comment pouvons-nous tous être davantage disciples de Jésus, c'est-à-dire vivre de lui, pour donner envie à d’autres de le devenir ? C’est sans doute notre plus grand défi.

            Cet appel des disciples et cet envoi en mission, ne sont donc pas seulement un événement du passé. Ils sont notre réalité, la réalité de l’Eglise tout entière, la réalité de ce peuple devenu, par le baptême, prêtre, prophète et roi à l’image du Christ. Portant le Christ en nous, l’accueillant en nous par l’eucharistie, nous ne pouvons pas, et nous ne devons pas surtout, le garder pour nous qui sommes fidèles. Le pain eucharistique, rompu et partagé, étant le signe de la présence du Christ, nous n’avons pas d’autre choix que de le partager encore largement à ces chrétiens qui ont oubliés Dieu, Jésus et son œuvre de salut, afin que, par leur conversion et notre conversion permanente, le monde puisse croire et parvenir un jour au salut. Entendons le Christ qui nous choisit et nous appelle par notre nom, comme il a choisi et appelé les Douze, et laissons-nous envoyer, même modestement, annoncer par notre vie que le royaume des Cieux est tout proche. AMEN.

samedi 22 mars 2025

3ème dimanche de Carême C - 23 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, un Dieu qui appelle et qui prend soin.




(Marc CHAGALL, Moïse et le buisson ardent, 
Source internet : Moïse Et Le Buisson Ardent 1966 Lithograph 22x17 by Marc Chagall - For Sale on Art Brokerage)





Je ne me lasserai jamais de ce beau texte du livre de l’Exode que nous avons entendu en première lecture. Il nous rend témoin d’une part de la préoccupation de Dieu pour son peuple, et d’autre part de l’appel que Dieu adresse à Moïse. Car la situation du peuple hébreu en Egypte a bien changé. Souvenez-vous : la famille de Jacob est arrivée en Egypte alors que l’un de ses fils, Joseph, était le bras droit de Pharaon. Par sa gestion droite et avisée, il avait permis à l’Egypte de traverser une période de longue famine ; des étrangers, dont la famille de Jacob, venaient même se ravitailler ici pour échapper à la mort. Mais, dit sobrement le livre de l’Exode (1,8) : Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Et c’est la fin d’une période heureuse en Egypte, le début des travaux forcés, les coups de fouet des garde-chiourmes… 

Nous ne savons pas trop combien de temps a duré cette épreuve ; ce que nous savons, c’est que Dieu ne reste pas sourd aux appels de ceux qui crient vers lui.  J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Et nous verrons tout au long du livre de l’Exode comment Dieu prend soin de ce peuple qu’il a décidé de délivrer et de mener sur une nouvelle terre. Nous pouvons voir encore aujourd’hui comment Dieu prend soin de nous.

        Ce que nous révèle encore le livre de l’Exode, c’est que Dieu a suscité Moïse. Il lui a parlé dans ce buisson ardent, l’a appelé et envoyé en mission : Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. Sans doute Dieu, tel un super héros, aurait-il pu se trouver une cape et venir lui-même affronter Pharaon. Mais cela aurait conduit Dieu à renoncer à la liberté de l’homme. Si Dieu se manifestait ainsi, l’homme n’aurait plus le choix de croire ; il ne serait plus libre. Dieu a donc choisi d’avoir besoin de l’homme pour réaliser son projet. Et quand l’homme est sollicité par Dieu, ne croyez pas que tout est simple. Je vous invite à relire les quatre premiers chapitres du livre de l’Exode. Vous verrez Moïse argumenter contre Dieu pour échapper à la mission que celui-ci veut lui confier : Je ne te connais pas ; s’ils me demandent ton nom, que répondrai-je ? Je ne sais pas parler, envoie quelqu’un d’autre, quelqu’un qui sera plus doué que moi… Bref, à chaque objection levée, une autre est exprimée, mettant à rude épreuve la patience de Dieu. Moïse finira toutefois par prendre le chemin de l’Egypte pour faire ce que Dieu attend de lui. 

        Ce qui s’est passé jadis est toujours d’actualité. Dieu veille sur nous ; Dieu entend nos cris, voit notre misère. Et toujours et encore, il suscite des hommes et des femmes pour aider l’humanité à traverser ses crises, à retrouver le sens de la justice, à retrouver le chemin vers Dieu, et donc vers les hommes pour qu’une véritable fraternité soit possible, et que justice et paix puissent s’embrasser à nouveau. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu veille, qu’il ne nous abandonne pas. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu appelle chacun de nous à quelque chose de beau et de grand pour le bien de tous. Nous n’aurons pas tous l’envergure et la mission d’un Moïse, mais tous nous avons quelque chose à faire pour que notre monde se porte mieux. La justice et la paix, ça commence chez nous, dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos cours d’école… Et si tu n’as pas encore été confronté à ton buisson ardent, et découvert ce que Dieu attend de toi, ou que tu penses être trop jeune pour déjà faire quelque chose, ou trop vieux pour encore faire quelque chose, tu peux toujours prier pour ceux qui sont en première ligne. Dieu a besoin de chacun de nous pour travailler à son règne ; Dieu a besoin de chacun de nous pour bâtir la paix. 

        Je veux terminer mon propos en reprenant le beau nom de Dieu que celui-ci révèle à Moïse : Je suis qui je suis. Il nous dit que Dieu sera toujours celui dont nous aurons besoin à un moment donné de notre histoire. En effet, il peut aussi se traduire par Je suis qui je serai, nous assurant de la présence constante de Dieu à nos côtés, différent selon ce que nous traversons, mais toujours attentif, toujours à veiller sur nous. Il suffit de relire, dans l’Evangile de Jean, toutes les affirmations de Jésus commençant par : Je suis. Et vous comprendrez la richesse des variations de la présence de Dieu dans notre vie. Dans l’ordre cela donne :  Je suis le Pain de la Vie, Je suis la lumière du monde, Je suis la Porte, Je suis le bon berger, Je suis la résurrection, Je suis le chemin, la vérité et la vie, Je suis la vigne véritable, Je suis Roi. Autant d’occasion pour Jésus de préciser ce nom de Dieu. Autant d’images pour nous dire comment Dieu prend soin de nous. 

        Que notre Carême soit l’occasion de mieux connaître Dieu, de mieux connaître comment nous avons besoin de Dieu. Puissions-nous, à mieux connaître Dieu, nous laisser mieux envoyer par lui pour participer à son œuvre de salut pour tous les hommes. Dieu veut avoir besoin de toi pour dire et répandre son amour. Ecoute son appel, laisse-toi envoyer. Deviens ce figuier qui porte du fruit en abondance. Amen. 




mercredi 14 juillet 2021

15ème dimanche ordinaire B - 11 juillet 2021

 Il commença à les envoyer en mission deux par deux.




            En ce temps de vacances, je voudrais brièvement méditer avec vous sur ce verset de l’évangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il n’a l’air de rien, ce verset, et pourtant il nous dit beaucoup sur ce que nous avons à vivre aujourd’hui encore. 

            Il commença. Parce qu’il faut un début à tout, parce que ce ne sera pas la seule fois, même si les évangiles n’en disent pas plus par la suite. Ce qui est commencé doit se poursuivre. Il n’est pas dans les habitudes de Jésus de commencer quelque chose sans que cela soit mené à sa fin. Et cette fin, le monde ne l’a pas encore connu au moment où je vous parle. Ce que Jésus a commencé là, s’est poursuivi et se poursuit encore de nos jours. Qu’a-t-il commencé ? La mission des disciples. 

            Il commença à les envoyer en mission. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, cela signifie que les disciples ne sont pas juste là pour faire jolis autour de Jésus. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, les disciples ne sont pas que le club des amis de Jésus, heureux de se retrouver autour de lui, pour entendre quelques bons mots ou assister à quelques miracles surprenants. Jésus a choisi des disciples pour le suivre certes, mais pour les former aussi et permettre qu’un jour, ils puissent dire aux hommes ce qu’ils ont vécu avec leur Maître. Le chois des disciples ne s’est pas fait pour que Jésus ne soit pas seul, mais pour que les disciples puissent un jour participer à la mission de leur Maître. Et ce premier envoi en mission ressemble fort à un stage en situation réelle. Rien de tel que le terrain pour former les esprits et les cœurs. La mission est l’essence même du disciple. Parler aujourd’hui de disciples missionnaires, c’est donc être redondant. C’est dire deux fois la même chose. Il faut comprendre aussi cette chose fondamentale : avant d’être missionnaire, il faut être disciple, être formé à être disciple. Et comme les Douze, nous ne nous formons à être disciples qu’auprès de Jésus, dans la prière, dans la fréquentation de sa Parole. Aller sur le terrain sans passer par ce temps de formation, ce temps d’intimité avec Jésus, c’est aller à la catastrophe. Avant de vouloir être missionnaires, devenons d’authentiques disciples de Jésus. Quand nous serons disciples authentiquement, nous serons nécessairement missionnaires. Parce qu’on ne devient pas disciple de Jésus juste pour soi ; on ne devient pas disciple pour faire plaisir à Jésus ; on ne devient pas disciple de Jésus pour grandir en société. On devient disciple pour témoigner de lui auprès de ceux qui ne le connaissent pas encore. Celui qui deviendrait disciple sans devenir en même temps missionnaire aurait manqué quelque chose de fondamental. Jésus n’est pas venu pour ses disciples ; il est venu pour se faire connaître par tous. Il revient donc à ceux qui le connaissent de le faire connaître encore. 

            Il commença à les envoyer en mission deux par deux. Pourquoi seulement deux et pas trois ou quatre ? Parce que deux, c’est la bonne mesure pour tout réfléchir et décider ensemble. C’est la bonne mesure pour apprendre l’unité. C’est la bonne mesure pour apprendre le compromis. C’est la bonne mesure pour apprendre la réconciliation. Voyez-vous, à partir de trois et au-delà, il n’est plus nécessaire de chercher l’unité. A partir de trois ou quatre, c’est la porte ouverte aux clans, aux partis et donc à la division. A trois, il suffit que deux se mettent d’accord pour qu’ils disent au troisième : on a la majorité, tu n’as plus le choix, nous décidons. Au-delà de trois, les possibilités augmentent à mesure qu’augmente le nombre. C’est encore plus de divisions ; c’est une unité encore plus difficile à atteindre. Pour un commencement, il vaut mieux des données simples pour que les bons principes et les bons réflexes s’ancrent dans l’intelligence collective. A deux, si chacun souhaite la réussite de la mission, il n’y a que la fraternité comme solution, avec tout ce qu’elle suppose. 

            Nous comprenons que Jésus sait ce qu’il fait en envoyant ainsi ses disciples deux par deux, et nous entendrons dimanche prochain la réussite de chacun dans cette mission aujourd’hui confiée. Que cette page d’évangile soit une leçon pour nous qui devons devenir disciples de Jésus à la manière des Douze que Jésus a choisis. Qu’elle nous permette de comprendre que Jésus nous appelle à témoigner toujours encore de lui. Ce n’est pas parce qu’il est davantage connu aujourd’hui qu’au moment de son passage sur terre, que nous n’avons plus à lui rendre témoignage et à dire devant les hommes en quoi il est important pour nous, en quoi il peut être intéressant pour ceux qui ne le suivent pas encore. Souvenons-nous aussi qu’il suffit d’être deux pour commencer à témoigner du Christ et à vivre son Evangile. Deux qui s’entendent ont plus de poids que quatre qui se déchirent. Recherchons donc cette fraternité fondamentale et multiplions-là. L’exemple nous est donné aujourd’hui ; à nous de continuer ce qui est fondamental : l’annonce de l’Evangile du Christ pour la conversion du monde. Amen.

samedi 12 octobre 2019

28ème dimanche ordinaire C - 13 octobre 2019

Baptisés et envoyés : l'Eglise du Christ en mission dans le monde.







            Tout ce mois d’octobre a été voulu par le Pape François comme un mois missionnaire extraordinaire. Nous reconnaissons-là son souci constant, depuis son élection, de renvoyer les catholiques à leurs fondamentaux, à ce qui fait le cœur même de l’existence chrétienne. La mission fait partie de ces fondamentaux. La mission, quoi qu’en pense certains, n’est pas l’apanage d’une caste sacerdotale et religieuse : elle est inscrite au cœur même de notre baptême. Le thème retenu pour ce mois missionnaire pour toute l’Eglise nous le redit à sa manière : Baptisés et envoyés : l’Eglise du Christ en mission dans le monde.

            Au commencement de tout, il y a donc le baptême. C’est juste de dire que le baptême nous introduit dans l’Eglise ; c’est tout aussi juste de dire que le baptême fait de nous des fils de Dieu le Père. C’est encore juste de croire que le baptême nous configure au Christ, nous identifie à lui, fait de nous des autres Christ. Mais n’oublions jamais que si le baptême réalise bien tout cela, il nous oblige à un style de vie conforme. Le baptême, comme chacun des sacrements d’ailleurs, n’est pas donné au seul bénéfice du récipiendaire. Les sacrements sont toujours célébrés au bénéfice de l’Eglise qui en vit. Quelqu’un est baptisé ; et voilà que toute l’Eglise, en chacun de ses membres, est renvoyée à sa manière de vivre son baptême et à sa capacité à témoigner du Christ qui l’appelle à sa suite, à la rencontre de Dieu, sous la conduite de l’Esprit Saint. Le baptême nous met en route ; il ne nous installe pas dans une foi confortable. Nous identifiant au Christ, il nous invite à vivre comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux frères, en mission permanente. Un baptisé qui, par son art de vivre, n’annoncerait pas le Christ et ne donnerait pas envie de vivre selon la parole du Christ, manquerait à son devoir élémentaire. 

            Ecoutons ce que disaient les Pères conciliaires dans le décret Ad gentes du Concile Vatican II : au chapitre deux, est rappelé ce qu’est l’activité missionnaire de l’Eglise qui nous incombe à tous. En premier lieu, il s’agit du témoignage de vie et du dialogue nécessaire avec ceux qui ne connaissent pas le Christ comme celui qui sauve les hommes. Le décret affirme : « Tous les fidèles, partout où ils vivent, sont tenus de manifester, par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés par la confirmation, afin que les autres, considérant leurs bonnes œuvres, glorifient le Père (cf. Mt 5, 16) et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion entre les hommes » (A.G. n°11). Avant d’engager les non croyants ou les croyants autrement, l’activité missionnaire engage d’abord les catholiques à un style de vie qui reflète leur foi. Ceci ne peut se faire sans un dialogue authentique, à la manière du Christ lui-même. Ecoutons encore les Pères conciliaires : « Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même ses disciples, profondément pénétrés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous la Seigneurie du Dieu Sauveur » (A.G. n°11). Témoignage de vie et dialogue sincère avec les autres pour donner le goût du Christ, deux axes que nous pouvons développer dans l’ordinaire de notre vie. 

            L’activité missionnaire des baptisés ne vise donc pas d’abord à convertir le voisin ; Dieu seul convertit les cœurs. Mais elle consiste à sortir de notre zone de confort pour aller à la rencontre de l’autre. Plus les baptisés vivront en chrétiens, plus le Christ sera connu des hommes. Plus les baptisés oseront rendre compte de celui qui les fait vivre, plus le Christ sera reconnu par les hommes comme pouvant être celui qui donne sens à leur vie. Il ne s’agit pas de stratégie, ni de plan d’action à développer, mais simplement de vivre en honnête homme et en honnête disciple du Christ. Paradoxalement, il semblerait que cela soit plus facile quand nous sommes moins nombreux. Là où les chrétiens sont minoritaires, ils ont moins de difficulté à vivre cette mission ordinaire. Peut-être que la crise que traverse l’Eglise aujourd’hui vient du fait, qu’ayant été majoritaires, les chrétiens ont cru que tout allait de soi, qu’il n’y avait plus de témoignage à apporter. Le problème est qu’un chrétien qui ne témoigne plus, est un chrétien qui s’éloigne du Christ. Et quand trop de chrétiens ne témoignent plus, c’est le monde lui-même qui s’éloigne du Christ, puisque plus personne ne voit ni ne comprend ce que le Christ peut apporter aux hommes.

            Pour nous sentir à nouveau envoyés par le Christ pour témoigner de lui, il nous faut comprendre à frais nouveau ce que signifie le baptême que nous avons reçu et à quoi il nous engage. Il n’est pas un moment de notre vie ; il est notre vie ! Il est notre style de vie ! Revenons à la source de notre baptême pour repartir, joyeux et confiants, à la rencontre du monde où le Christ nous précède. Amen.


(Affiche officielle du Mois missionnaire extraordinaire)


samedi 11 juillet 2015

15ème dimanche ordinaire B - 12 juillet 2015

Quand Jésus envoie en mission...






Est-ce le contrecoup de son échec à Nazareth ? Sommes-nous témoins d’un moment de déprime ou de découragement de la part de Jésus ? Lorsque nous le retrouvons avec ses disciples en ce dimanche, c’est pour assister à un événement étrange : Jésus envoie ses disciples en mission. 
 
C’est étrange, parce que nous sommes bien toujours avant Pâques. Ils ne savent pas encore que Jésus est plus fort que la mort ; ils ne savent pas encore qu’il est près de son Père ; ils n’ont pas encore reçu la force de l'Esprit Saint. Et pourtant, sans autre formation que ces quelques temps de compagnonnage avec Jésus et des recommandations plutôt austères, les voici envoyés en mission, pour faire ce que Jésus seul a fait jusqu’ici : proclamer qu’il fallait se convertir, expulser beaucoup de démons, faire des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérir ! En clair, c’est Jésus à la puissance Douze ! Un petit stage de formation en somme, pendant que Jésus fait on ne sait trop quoi ! 
 
Il les envoie deux par deux. Pour une première fois, c’est plutôt rassurant. Les disciples ne sont pas livrés à eux-mêmes ; ils auront un compagnon de route. Se sont-ils choisis ou est-ce Jésus qui a fait les équipes ? Ce n’est pas dit. Nous savons juste qu’ils sont par deux. Cela permet de se soutenir, de ne pas se décourager, d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer. Etre deux oblige aussi à un vrai témoignage : les voilà en somme forcés de vivre entre eux ce qu’ils prêchent ; quel groupe, quel couple n’expérimente pas cette obligation de conversion au quotidien. Celui qui est seul fait ce qu’il veut ; ceux qui vivent ensemble ou travaillent ensemble, doivent s’entendre pour réussir. Ce n’est donc pas innocent si Jésus les envoie deux par deux. Pour réussir, ils doivent déjà se supporter ! 
 
Il les envoie comme des pauvres sur les routes de son pays. Ils ne peuvent prendre qu’un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Pas même de linge de rechange ! Pauvres de tout, les disciples ne seront riches que de la parole qu’ils auront à transmettre. Il n’y a rien qui pourra les distraire de leur mission. Il n’y aura rien non plus pour faciliter la conversion : pas de bling-bling, juste une parole que les personnes rencontrées accueilleront ou pas. Aucun artifice, aucun moyen de pression. Les hommes ne doivent pas se convertir parce que les Apôtres seraient riches, ou bien habillés, ou utilisant les dernières technologies à la mode pour convertir : non, rien qu’une parole et des signes posés. 
 
La seule concession, c’est le bâton. Ils ont l’air de petits Moïse, jetés sur les routes, un bâton à la main. A moins qu’ils ne ressemblent au peuple de l’Exode, qui a quitté l’Egypte en hâte, la ceinture aux reins, le bâton à la main, pour aller là où Dieu lui-même les guiderait. Le bâton, c’est le symbole de la marche nécessaire et jamais achevée pour aller à la rencontre de Dieu. Les disciples de Jésus, à l’exemple du peuple dont ils sont issus, sont des hommes en marche, en pèlerinage sur la terre des vivants.  Le bâton facilite la marche sur les routes escarpées et permet d’écarter le danger. Nous ne savons pas combien de temps ils sont partis ; nous savons juste qu’ils ont accompli ce que Jésus leur a demandé ; et ils semblent avoir plutôt réussi.
 
Il y a encore une recommandation : la précision donnée par Jésus sur la conduite à tenir selon qu’ils sont accueillis ou pas. Les disciples ne doivent s’arrêter que là où ils sont accueillis ! Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds. Les disciples ne doivent pas se fatiguer à évangéliser ceux qui ne veulent pas les recevoir. On ne discute même pas semble-t-il ! On va vers les périphéries tant que les périphéries veulent vous entendre. Si la parole des disciples ne trouve pas d’écho, il faut partir ailleurs. Comprenons cela comme le signe d’un respect envers ceux qui ne veulent pas se bouger. L’appel à la conversion est adressé à tous, mais il n’est accueilli que par quelques-uns. Cela devrait nous décomplexer aujourd’hui et nous enseigner surtout quand il nous semble que nous prêchons trop souvent dans le désert. N’est-ce pas aujourd’hui, les gens ne veulent plus de Jésus ; cela ne les intéresse plus. Et alors ? Ils ont le droit, le droit de refuser Jésus, le droit de ne pas répondre à son appel, le droit d’aller vers leur perte. Même Jésus ne sauvera pas tout le monde ; pourquoi voudrions-nous réussir mieux que lui ? Le salut est certes offert à tous ; mais tous ont-ils le désir d’être sauvé ? Jésus, par sa recommandation aux disciples, semble dire : essayez partout, mais ne vous mettez pas la rate au court-bouillon si vous n’êtes pas entendus ! Restez chez ceux qui vous accueillent ; quittez ceux qui ne veulent pas de vous ! Et laissez-leur même la poussière qui s’est collée à vos pieds en allant chez eux. En agissant ainsi, dans les deux cas, vous respecterez vos auditeurs. 
 
A l’heure où tous les diocèses mettent au point des stratégies missionnaires, renforcées par des outils d’évangélisation, l’évangile de ce dimanche semble nous dire qu’il faut juste se mettre en route au nom du Christ, redire son message, poser des gestes de fraternité et respecter celui que nous rencontrons. Oserons-nous miser sur cette simplicité ? Oserons-nous nous encombrer de rien si ce n’est le Christ pour aller à la rencontre de nos frères ? Si cela a fonctionné pour les disciples, pourquoi cela ne serait-il plus efficace aujourd’hui ? Osons la simplicité évangélique ; risquons une parole d’éternité et laissons l’Esprit faire le reste. Il ne nous revient pas de convertir, mais seulement d’annoncer, de témoigner et de vivre. Amen. 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 5 juillet 2013

14ème dimanche ordinaire C - 07 juillet 2013

Comme des agneaux au milieu des loups.


Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. C’est avec ces mots que Jésus envoie en mission soixante-douze disciples pour qu’ils aillent porter au monde la Bonne Nouvelle du salut. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je trouve qu’il y a plus accrocheur et plus encourageant que ces mots pour envoyer quelqu’un en mission. Etre un agneau au milieu des loups : pourquoi pas ! Mais à tout prendre, je pense que beaucoup préfèreraient être le loup au milieu des agneaux ! N’est-ce pas : on voit tout de  suite ce qu’il y a à gagner dans ce cas de figure. 
 
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Nous comprenons bien que, même dans la bouche de Jésus, cela ne peut signifier qu’il les envoie à l’abattoir ! C’est une mission sérieuse qu’il leur confie, une mission qui doit apporter du bonheur aux gens, une mission qui doit toucher le cœur des gens. Il n’envoie pas des kamikazes, mais des porteurs d’une bonne nouvelle ! Les envoyer comme des agneaux au milieu des loups, c’est les envoyer avec pour seule force l’Evangile qu’ils doivent annoncer. Ils n’ont que la force de leur faiblesse ! Des casques bleus de l’Evangile, en quelque sorte ! Parmi les consignes reçues, il y a celle-ci qui témoigne bien de l’état d’esprit qui doit être celui des missionnaires : Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : paix à cette maison ! Ils ne sont pas envoyés pour forcer les gens à croire, mais pour leur signifier la paix qui vient de Dieu et les inviter à vivre dans cette paix. 
 
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Il y a aussi quelque chose de prophétique dans cet envoi curieux. Il nous faut ouvrir le livre du prophète Isaïe pour trouver un écho lointain à cet envoi. C’est Saint Ambroise, qui, au 4ème siècle, prêchait ainsi : Jésus envoie ses disciples à sa moisson semée par le Verbe de Dieu mais qui demandait la sollicitude de ses ouvriers, pour que les oiseaux ne pillent pas la semence répandue, et il dit : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups. » Voilà des animaux ennemis, les uns dévorant les autres ! Le bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau : ses disciples sont envoyés, non pour être une proie mais pour répandre la grâce ; car sa sollicitude fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre les agneaux. Il envoie donc les agneaux parmi les loups pour que se réalise cette parole d’Isaïe : « Alors, loups et agneaux seront ensemble au pâturage. » N’est-ce pas ce que les disciples ont expérimenté : les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi et rien ne pourra vous faire de mal. Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » 
 
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Cet envoi reste vrai pour nous aujourd’hui. Chaque baptisé est envoyé comme un agneau au milieu des loups pour témoigner de la force et de la grandeur de Dieu. Depuis notre baptême, notre nom est inscrit dans les cieux : les puissances du Mal ne peuvent rien contre nous si nous restons fidèles à notre baptême, fidèles au Dieu qui sans cesse nous envoie porter au monde l’Evangile du salut. Le Christ nous envoie, mais il ne reste pas à ne rien faire ; il nous accompagne, il nous devance même, lui qui a vaincu toute forme de Mal sur le bois de la croix. Envoyés comme des agneaux au milieu des loups, nous portons en nous la victoire du Crucifié. La faiblesse de nos moyens et de nos personnes est compensée largement par la puissance du message à transmettre et par la force de celui qui nous envoie. Avec le psalmiste, nous avons raison de chanter : de là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance (Psaume 65). C’est bien de Dieu qu’il nous parle, de Dieu qui  nous appelle, de Dieu qui nous envoie, de Dieu qui combat avec nous, de Dieu qui règne sur nous, maintenant et toujours. 
 
D’un tel Dieu, je veux bien être envoyé comme un agneau au milieu des loups, parce qu’avec un tel Dieu, ce n’est pas la taille des crocs qui comptent, mais la taille du cœur. Et celui de Dieu, nous le savons, est sans mesure. Amen.
 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Eglise, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 17 mai 2013

Pentecôte - 19 mai 2013

Avec les Apôtres, accueillir l'Esprit Saint.



La longue séquence de Pâques s’achève aujourd’hui, avec la fête de la Pentecôte. Jésus est mort et ressuscité, il s’en est retourné vers le Père et aujourd’hui, il réalise sa promesse de ne pas nous laisser seul. Aujourd’hui, il envoie au monde et à son Eglise le don de l’Esprit Saint, le Défenseur, celui qui nous rend capables de Dieu, capables de comprendre Dieu, capables de vivre selon l’évangile. Aujourd’hui, Dieu nous fait un cadeau : mais nous, qu’en faisons-nous ? Savons-nous au moins à quoi il peut bien servir ? 
 
La scène décrite dans les Actes des Apôtres a un je-ne-sais-quoi de merveilleux. Les Apôtres sont réunis, l’Esprit Saint vient et tout est transformé. Cela n’a peut-être l’air de rien, mais les Apôtres se mettent à parler et tous ceux qui sont réunis à Jérusalem pour la fête les comprennent. La longue énumération des peuples présents laisse clairement entendre que l’Esprit Saint est donné aux Apôtres, non pour eux, non pour qu’ils le gardent, mais pour qu’ils en usent et en abusent par la mission auprès de tous. Car l’Esprit est donné pour cela ; pour que les Apôtres puissent accomplir fidèlement la demande de Jésus : Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.  C’est une des demandes qu’il leur a faite après sa résurrection. Ce qui leur semblait impossible, paralysés qu’ils étaient un temps par la peur, devient possible et devient réalité. Tous les peuples de la terre, réunis à Jérusalem, entendent proclamer dans leur langue les merveilles de Dieu. L’Esprit Saint  qui est donné par Dieu est à accueillir et à utiliser. 
 
S’il sert à la mission, l’Esprit Saint a encore d’autres usages. Il permet de comprendre mieux qui est Jésus, de comprendre mieux son message, de comprendre mieux ce qu’il attend de nous. Paul l’affirme dans sa première lettre aux Corinthiens : Sans l’Esprit Saint, nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur. Avant de partir en mission, avant d’annoncer quoi que soit ou qui que ce soit, il faut entrer dans une connaissance vraie de l’Envoyeur. Avant d’évangéliser, il faut se laisser évangéliser et toucher par le message du Christ Sauveur. La docilité à l’Esprit Saint doit être au cœur de notre agir chrétien. Sans l’Esprit Saint, toutes nos missions ne sont que vaines agitations ; sans connaissance vraie de celui qu’il faut annoncer, nos enseignements ne sont que belles paroles, sans prise sur la vie des gens. Grâce à l’Esprit Saint, entrons dans une connaissance meilleure de Jésus, de son Père, de l’amour qu’il nous porte, des œuvres qu’il réalise pour nous. Laissons-nous enseigner par l’Esprit Saint ! 
 
Une troisième caractéristique de l’Esprit Saint : il construit l’Eglise ! Si, si, c’est bien lui qui construit l’Eglise et non pas nous avec nos programmes, nos conseils, nos gesticulations liturgiques et que sais-je encore !  Et dans cette Eglise qu’il construit, chacun a sa place, mais pas la même. Chacun doit donc trouver sa place pour pouvoir la tenir, totalement mais seulement selon l’adage liturgique, sans empiéter sur celle de son voisin, sans vouloir se prendre pour plus que les autres. Il ne sert à rien de faire peur aux autres avec les relations que nous pourrions avoir au sein de l’Eglise ; ça marche un temps et après ? Ceux qui agissent ainsi vivent les rapports ecclésiaux sous le mode du pouvoir et non pas du service. Ils se font mousser, paradent devant les autres pour se mettre en valeur et en oublient l’Eglise qu’ils piétinent souvent de leur suffisance. Ecoutons ce qu’en dit Paul : Les dons de la grâce sont variés mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est partout le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. Le bien de tous : voilà qui devrait faire réfléchir. Ce n’est pas mon Eglise que je construis, mais celle du Christ, qui est la seule tête. Ce n’est pas mon esprit qui doit l’animer, mais l’Esprit Saint qui seul peut transformer les cœurs. J’ai pu me rendre compte, ces derniers jours, que certains l’oublient bien vite, le bien commun. La docilité à l’Esprit Saint devrait permettre de résoudre ce petit souci. Si nous le voulons bien ; si nous le laissons agir ! Laissons-nous convertir par l’Esprit Saint. 
 
En ce jour où Dieu envoie son Esprit, accueillons ce don et acceptons d’en vivre pour le bien de l’Eglise, pour le bien du monde qui a tant besoin qu’on lui rappelle l’immense amour de Dieu pour lui. A la suite des Apôtres, soyons d’authentiques témoins du Christ, vivants de la force de l’Esprit Saint. Amen.
 
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 8 février 2013

05ème dimanche ordinaire C - 10 février 2013

Qui se laissera envoyer ?


Isaïe, Paul et Pierre. Trois personnages hors du commun que l’Eglise présente à notre méditation aujourd’hui. Trois personnages illustres, issus de milieu différents, mais qui ont en commun d’avoir été appelés par Dieu et d’avoir répondu positivement à cet appel. Trois personnages qui nous permettent d’entrer dans une attitude d’ouverture aux appels de Dieu.

Isaïe, d’abord. C’est un aristocrate juif qui a vécu dans les années 700 avant Jésus Christ. Son message est clair : devant les hésitations politiques des rois d’Israël, il annonce que seule l’Alliance avec YHWH peut sauver Israël du désastre. Face à l’orgueil de son peuple, Isaïe prêche vigoureusement la foi. Pourtant, ce n’était pas évident. Lorsqu’il reçoit la révélation de sa mission, il cherche à se dérober : mes lèvres sont impures. Il ne s’estime pas digne de la mission que Dieu veut lui confier. Devant la grandeur de Dieu dont il fait l’expérience dans un songe, Isaïe reconnaît son péché, sa petitesse : pour lui, l’honneur de parler au nom de Dieu est trop grand. Pourtant, il va accepter. Quand Dieu appelle quelqu’un, il lui donne aussi les moyens de sa mission. Isaïe est purifié par l’envoyé de Dieu. Désormais, il se laisse envoyer auprès de son peuple.

Paul, ensuite. Il est citoyen romain, issu d’une grande famille juive. C’est d’abord l’anti-chrétien fanatique qui, sur la route de Damas, rencontre le Christ. Une rencontre qui va bouleverser sa vie. Paul deviendra le modèle de tout missionnaire. Lui aussi aurait pu se dérober ; il avait de bonnes raisons pour cela. Je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise du Christ. Mais, lui aussi va accepter : ce que je suis devenu, je le suis par la grâce de Dieu. Il reconnaît ce qu’il doit au Christ Sauveur qui s’est révélé à lui. Désormais, il n’y a rien de plus urgent que d’annoncer la résurrection de celui qui a offert sa vie par amour pour les hommes. Comment pourrait-il se taire, lui qui a bénéficié de ce salut ? Comment ne pourrait-il pas en faire profiter d’autres ? Malheur à moi, dira-t-il, si je n’évangélise pas !

Pierre, enfin. Celui que nous connaissons le mieux. Le professionnel de la pêche. Quand Jésus lui propose un stage de reconversion, il prend peur : éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur ! Il reconnaît ainsi et la distance qui le sépare de Jésus et sa peur, ses doutes quant à son efficacité. Pierre, c’est aussi celui qui croyait tout savoir sur la pêche et qui reçoit une leçon d’un terrien qui n’y connaît rien : jette le filet, et tu verras ! Pierre, c’est celui qui croit et qui écoute cet inconnu. Pierre, c’est aussi celui qui trahira son ami par peur de la mort. Sois sans crainte ! N’aie pas peur ! Trois mots pour commencer ses années de compagnonnage, ses années de formation à l’école du Christ, pour lui permettre de devenir le prédicateur que l’on connaît !

Isaïe, Paul et Pierre. Trois modèles pour ceux qui sont invités à suivre le Christ d’une manière particulière pour annoncer sa Parole. Trois modèles pour rappeler que le travail est immense, souvent difficile, mais plein de joie et d’espoir parce que c’est Dieu qui mène la barque ! Trois vies d’hommes pour nous redire que nos petitesses, nos erreurs, notre péché ne sont pas un obstacle à la grâce de Dieu. Si c’est Dieu qui appelle, je ne peux que répondre dans la confiance : il me donnera la capacité à le suivre ; il mettra sur mes lèvres sa parole de vie ; il saura pénétrer mon cœur pour le rendre meilleur ! Saint Augustin déjà disait : Si Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ! Comment dire mieux que l’envoyeur compte plus que l’envoyé ? Le Christ choisit qui il veut pour transmettre son Evangile aux hommes : il ne regarde pas la dignité de celui qu’il envoie, mais sa capacité à se laisser saisir par sa Parole, et à la laisser agir en lui.

Isaïe, Paul et Pierre. Trois hommes saisis par Dieu pour porter au monde l’annonce de sa Parole. Aujourd’hui encore, il y a des Isaïe, des Paul, des Pierre, appelés pour annoncer aux hommes l’unique évangile : Jésus, mort et ressuscité pour notre vie ! Sachons les accompagner et les encourager sur le chemin exigeant du OUI à Dieu. L’Eglise a plus que besoin que des jeunes s’engagent à être apôtre pour jeter sur le monde les filets de l’amour de Dieu. Le monde a plus que besoin d’entendre qu’il est sauvé et appelé à une vie plus grande et plus fraternelle. Plus que jamais, le Seigneur interroge : Qui enverrai-je ? Qui sera mon messager ? Plus que jamais, nous sommes invités à répondre aux appels de Dieu. Il a besoin de chacun de nous. L’Eglise a besoin de chacun de nous. Et particulièrement de prêtres pour que toujours soient manifesté la bonté, la patience et l’amour de Dieu. Qui se laissera envoyer ?

  (Image de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 13 juillet 2012

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2012

Jésus envoie en mission.



Un dimanche curieux que celui-ci.
Alors que tout le monde ne pense que vacances et voyages, voilà que la liturgie nous rappelle de manière forte et précise que Dieu nous appelle et qu’il nous envoie. Comme s’il n’y avait pas de repos dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jusqu’à présent, Jésus s’occupait de cette annonce : maintenant, il partage sa tâche, il étend son pouvoir sur les forces du Mal à ses disciples. Il les envoie, deux par deux. Et les consignes sont plutôt strictes : ils n’ont droit qu’à un bâton et à une paire de sandales. En fait juste ce qu’il faut pour bien marcher, pour signifier que la foi est un chemin à emprunter et à suivre tout au long de sa vie.

En envoyant ainsi ses disciples, tous issus d’autres corps de métier, Jésus rejoint ainsi la pratique même de Dieu qui consiste à envoyer qui il veut, comme il veut, quand il veut, où il veut. Il n’y a pas de spécialistes de la parole, pas de grand théologiens ; simplement des pêcheurs, des paysans, des fonctionnaires ; monsieur tout-le-monde, quoi ! Comme jadis le prophète Amos avait été cherché derrière ses chèvres et ses boeufs par YHWH pour aller dans l’autre royaume pour porter la parole de Dieu. A prendre ainsi n’importe qui, l’on comprend les réactions de ceux qui pensent avoir tout compris, parce qu’ils sont du crû, parce qu’ils connaissent bien les gens du village, et qu’ils savent qu’ils n’aiment pas, eux, cette nouveauté de quelqu’un qui n’est même pas du pays. Mais allez donc dire à Dieu de mieux choisir ses envoyés !

Voilà donc nos disciples envoyés, avec le strict minimum. Un bâton, des sandales. Rien de plus ! Et comme message, pas de grand programme pastoral, pas de grands moyens de communication. Juste une invitation à se convertir et l’autorité nécessaire sur les forces du Mal pour appuyer leur témoignage. Nous serions perdus, nous qui avons besoin de tant de chose pour élaborer, réaliser et évaluer notre mission. Les disciples n’avaient que ces simples choses nécessaires pour bien marcher et la compagnie d’un frère. Parce qu’à deux, la parole a plus de poids. Parce qu’à deux, on peut se soutenir. Parce qu’à deux, on doit vivre aussi ce que l’on prêche. Parce qu’à deux, c’est forcément la parole de l’autre que l’on transmet et non ses propres élucubrations. Ils n’ont peut-être pas de programme pastoral, mais ils ont compris l’essentiel : témoigner de ce que l’on croit et vivre ce que l’on croit.

Aujourd’hui encore, Dieu envoie des hommes et des femmes pour témoigner de lui, pour annoncer encore la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Il y a en premier lieu les ministres ordonnés, appelés d’une manière particulière au service de l’Eglise. Mais il y a aussi tout croyant appelé à faire de sa vie un témoignage de sa foi. Que seraient nos églises sans la foi simple de celles et ceux qui prient pour elle ? Que serait l’annonce de la Bonne Nouvelle sans la patience de toutes ces catéchistes qui au long de l’année sont souvent obligées de prendre la place des parents pour dire les premiers mots de la foi aux enfants ? Que serait l’Eglise du Christ si seuls les prêtres et les religieux travaillaient à la vigne du Seigneur ? Chaque croyant doit faire totalement, mais seulement ce qui lui revient, en fonction de la place qui est la sienne. Totalement, cela signifie que personne ne peut se soustraire à l’obligation morale de témoigner de sa foi pour faire avancer et grandir le Règne de Dieu ; mais seulement ce qui lui revient, cela signifie que je n’ai pas à prendre la place d’un autre, ni vouloir m’occuper de ce qui lui revient de droit alors que je ne partage pas sa charge.

A ceux qui s’interrogent encore sur le « pourquoi il est nécessaire de témoigner », Paul répond dans la lettre aux Ephésiens dont nous avons entendu l’introduction : parce que Dieu nous a choisi, parce qu’il nous a destinés à devenir ses fils ; parce qu’il nous a donné la connaissance nécessaire en Jésus, son Fils, parce qu’il nous appelle à être de son peuple, un peuple fait de toutes les nations. Nous sommes, avec Dieu, responsables de la construction du Royaume. Nous avons notre part à tenir. Dieu nous appelle, Dieu nous envoie. Saurons-nous répondre gratuitement, par amour ?


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 18 mai 2012

07ème dimanche de Pâques B - 20 mai 2012

En Jésus ressuscité, nous voici envoyés !


Jésus est parti ; il est retourné chez son Père ; et maintenant, qu’allons-nous faire ? Attendre qu’il revienne dans la gloire comme il l’a promis, en espérant que cela ne prenne pas trop de temps ? Chercher un remplaçant, qui resterait bien visible et qui chasserait ce sentiment de solitude qui quelquefois nous envahit ? Et si nous restions simplement fidèles à Jésus et à sa Parole ? Et si nous le prenions simplement au sérieux ?


Si nous prenions Jésus au sérieux, nous irions dans ce monde vers lequel il nous envoie pour accomplir la mission de tout baptisé : être témoin de sa résurrection. Jusqu’à l’Ascension, Jésus se révélait lui-même aux hommes. Maintenant qu’il est parti, c’est aux disciples de prendre le relais. D’où le remplacement de Judas par quelqu’un qui a accompagné le groupe des disciples durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi eux, depuis son baptême par Jean jusqu’au jour où il a été enlevé. La mission de Jésus (porter aux hommes la Bonne Nouvelle du salut) devient la mission des Apôtres, la mission de l’Eglise. Jésus avait appelé douze hommes à le suivre de plus près ; il faut reconstituer ce groupe. Le sort tombe sur Matthias. Mais l’existence de ce groupe reconstitué ne signifie pas pour autant que la mission leur est réservée. Chaque croyant au Christ est témoin, chaque croyant au Christ est disciple, chaque croyant au Christ est donc envoyé. Chacun à sa manière, chacun dans la portion de monde où il vit.

Quel est ce monde où il nous envoie ? Il nous envoie dans nos propres familles pour que nous y vivions de sa Parole. N’est-ce pas le premier lieu à évangéliser pour transformer notre monde ? La famille est bien le premier lieu où la foi au Christ Sauveur peut naître, grandir et s’épanouir. Il nous envoie ensuite dans nos communautés pour vivre avec nos frères et sœurs croyants cet amour qu’il nous a manifesté. A chacun d’y tenir sa place pour qu’aucune force ne manque à l’Eglise dans l’accomplissement de sa mission. Il nous envoie enfin dans le vaste monde, ce monde qui ne lui est pas forcément acquis, ce monde qui nous a pris en haine quelquefois parce que nous ne vivons pas toujours selon l’air du temps, parce que nous ne renonçons ni à l’amour de Dieu, ni à l’amour du prochain dans un monde de plus en plus individualiste et indifférent. Comment tenir dans ce monde si nos familles et nos communautés se divisent et se déchirent ? Nous sommes dans ce monde sans être de ce monde, puisque nous croyons qu’il est possible de vivre dans l’amour, sans haine, sans mal, sans faire souffrir les autres. Tant que ce monde n’aura pas reconnu l’Amour, tant que ce monde sera soumis aux forces de mort et de péché, nous ne serons pas du monde. Notre mission est de préparer ce monde, de travailler ce monde pour qu’il reconnaisse l’amour que Dieu porte à chacun et qu’il vive de cet amour. C’est pour cela que le Christ nous envoie dans ce monde qui l’a rejeté et pour le salut duquel il a livré sa vie en croix.

A ceux qui pensent que c’est là mission impossible, il faut rappeler sans cesse que le Christ est ressuscité, qu’il a vaincu la mort et que nous sommes envoyés pour témoigner de cette victoire afin que le monde sache qu’il est sauvé. Jésus a quitté ce monde non sans l’avoir d’abord sauvé, racheté au prix de sa propre vie. Il ne nous laisse pas orphelin, il nous accompagne et veille sur nous. C’est bien pour nous en assurer toujours davantage que l’Eglise nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Entends notre prière, Seigneur : nous croyons que le Sauveur des hommes est auprès de toi dans la gloire ; fais-nous croire qu’il est encore avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il nous l’a promis. Laissons-nous donc envoyer par le Ressuscité pour être ses témoins jusqu’à son retour. Amen.


(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presse d'Ile de France)

vendredi 10 juin 2011

Pentecôte 2011 - 12 juin 2011

L'Eglise vit du souffle de l'Esprit Saint.




Et dire que certains pensaient qu’avec la mort de Jésus son histoire serait finie ! Et bien non, voici que l’histoire se poursuit… Bien loin de s’arrêter avec la mort de Jésus, l’histoire de celles et ceux qui croient en lui commencent vraiment en ce jour de Pentecôte. Mais reprenons les choses dans l’ordre, voulez-vous bien ?

Cette deuxième partie de l’histoire de Jésus commence à Pâques. Celui qui était mort, est vivant. Il apparaît à ses disciples et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. Voilà qui donne une certaine allure à la scène. Les Apôtres, apeurés, reçoivent l’Esprit Saint et, avec lui, la capacité de remettre les péchés, ou pas ! Ce don que fait Jésus n’est donc pas rien ; ce don que fait Jésus, ce n’est pas du vent, même s’il envoie sur eux son souffle pour manifester ce don. Le don de l’Esprit Saint doit produire quelque chose en celui qui le reçoit. Le don de l’Esprit Saint est donné pour une libération. Libération de la peur pour les Apôtres, libération du péché pour tous. La deuxième partie de l’histoire de Jésus commence fort : il n’est plus là, mais il laisse un don capable de transformer la vie des hommes.

Nous le vérifions dans la première lecture, lorsque Luc raconte, à son tour, l’événement de la Pentecôte. Les Apôtres sont réunis ; et voilà qu’un grand bruit pareil à celui d’un violent coup de vent se fait entendre ; et des langues de feu se posent sur chacun d’eux. Encore des signes qui ne sont pas du vent, des signes qui transforment les Apôtres. Ils n’ont plus peur, ils sortent du lieu où ils se tenaient et annoncent les merveilles de Dieu de telle sorte que tous ceux qui sont présents, malgré leurs langues différentes, entendent et comprennent la même chose. Et tout commence. Le livre des Actes des Apôtres que nous avons entendu en première lecture tout au long de ce temps de Pâques nous a montré ce dont ces Apôtres étaient devenus capables. Bravant le danger, les supplices, la peur, ils ont annoncé à tous la Bonne Nouvelle de Jésus, mort et ressuscité pour que les hommes aient la vie. L’Esprit Saint ne leur a pas été donné pour leur tenir chaud en hiver, ni pour qu’ils le gardent pour eux. L’Esprit Saint a été donné pour les sortir de chez eux, les sortir d’eux-mêmes afin que le monde puisse entendre et croire. L’Esprit Saint a été donné pour la mission, pour la vie de l’Eglise.

Comme l’écrira Paul, l’Esprit Saint fait l’unité de la communauté dans la diversité de ses membres. Par le baptême, nous recevons déjà ce don de Dieu, ce don du Christ, pour que nous devenions capables de vivre en fils et filles de Dieu. Chacun reçoit ce don, non pour lui-même, mais en vue du bien de tous. L’Esprit Saint nous permet de reconnaître Dieu comme Père, Jésus comme Seigneur. L’Esprit nous met à l’ouvrage là où Dieu nous attend, avec nos compétences, avec notre désir de servir et de faire vivre l’Eglise. Parce que l’Eglise vit de cet Esprit. Si nous l’étouffons en nous, nous participons à la mort de l’Eglise ; si nous le laissons agir en nous, si nous découvrons par lui ce que Dieu veut et que nous l’accomplissons, nous permettons à l’Eglise de vivre et de grandir.

Oui, cette histoire qui s’est poursuivie après la mort de Jésus, c’est encore notre histoire. Et nous sommes aujourd’hui ce corps unique du Christ, ce corps qui malgré le nombre de ses membres ne fait qu’un. Aujourd’hui, c’est notre fête à tous ; aujourd’hui, Dieu renouvelle pour nous le don de son Esprit Saint afin que nos peurs, nos timidités, nos réticences et nos doutes soient balayés, que nous devenions vraiment libres en Christ, et que nous usions de cette liberté pour le bien de nos frères et sœurs qui ne le connaissent pas encore ou qui le connaissent mal. Nous aussi, comme les Apôtres, nous sommes envoyés en mission ; nous aussi, comme les Apôtres, sommes invités à sortir de nous pour proclamer par notre vie et par nos mots, ce que Dieu réalise pour nous depuis le matin de Pâques, depuis que le Christ est vivant auprès de Dieu où il nous attend dans sa gloire. Laissons l’Esprit Saint agir et vivre en nous ; et nous vivrons, libres, en Christ, jusqu’à la fin des temps. Amen.



(Dessin de Coolus, blog du Lapin bleu)

lundi 5 juillet 2010

14ème dimanche ordinaire C - 04 juillet 2010

Dites aux habitants : le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous !
Voilà le message que les soixante-douze disciples envoyés par Jésus doivent annoncer. Ils sont choisis et envoyés pour poursuivre la mission du Christ lui-même, recevant de lui ses propres pouvoirs de guérison. C'est un bon résumé de ce que nous venons d'entendre. Cette page d'évangile pourtant est bien plus qu'un simple compte-rendu d'envoi en mission. J'en veux pour preuve deux détails donnés par Luc.

Jésus en envoie soixante-douze ! Pas les Douze qu'il a déjà choisi ; pas non plus trente ou cent : non, soixante-douze, ni plus, ni moins ! Ce chiffre n'est pas un hasard. Il correspond au nombre de peuples supposés composer l'humanité. Ils sont donc envoyés vers tous les hommes, pas seulement les frères juifs. Par eux, Israël va accomplir son destin : être lumière pour les peuples. Ce qu'ils ont découvert de Jésus, ce qu'ils ont appris de lui, le moment est venu de le propager. Les hommes, tous les hommes, doivent savoir que Dieu veut le salut de tous ; les hommes, tous les hommes, doivent être en mesure de bénéficier des dons de Dieu (paix, guérison). Ils partent, comme le Christ, sans signe de richesse, faisant confiance au meilleur qui sommeille en l'homme. Ils trouveront toujours des gens pour les accueillir ; ils trouveront toujours des gens pour les repousser. Si l'annonce de la Bonne Nouvelle concerne tous les hommes, si les dons de Dieu sont pour tous, tous les hommes ne se sentent pas concernés. C'est ainsi. Ce qui peut nous sembler curieux, c'est que Jésus ne demande pas de convaincre, ni d'insister. Là où ils seront accueillis, qu'ils y restent, le temps d'accomplir leur mission ; là où ils seront rejetés, qu'ils laissent même la poussière collée aux sandales.

Jésus les envoie annoncer le Règne de Dieu. pas pour demain, pas pour plus tard. Pour aujourd'hui : Le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous. Il y a, dans cette annonce, la certitude qu'en Jésus ce règne est inauguré. Jésus étant désormais au milieu des hommes, il n'y a plus à attendre ce Règne. Il est là ! Mais cette annonce, pour évidente qu'elle soit, comporte aussi une urgence. Si le Règne de Dieu est bien là, il faut l'accueillir. Il faut se convertir. Sans délais ! Est-ce pour cela qu'ils ne doivent pas chercher à convaincre, mais juste annoncer, guérir, offrir la paix de Dieu ? Est-ce pour cela qu'il n'y a pas, ce qu'on appellerait aujourd'hui, un "plan comm' " ? En fait, le seul plan d'action est le témoignage de foi de ceux qui sont envoyés, deux par deux : ainsi ils pourront s'encourager, certes, mais aussi témoigner par leur fraternité, de la réalité de ce Règne de Dieu déjà à l'oeuvre. Pauvreté de vie et vie fraternelle : voilà les seules armes dont disposent ceux que le Christ envoie.

Aujourd'hui, entendant ces textes, nous sommes renvoyés à notre propre mission de disciples de Jésus Christ. Par notre baptême, ne sommes-nous pas envoyés témoigner au monde des merveilles que Dieu accomplit pour nous ? Par notre vie, nous avons toujours à rendre visible la réalité de ce Règne de Dieu, offert à tous les hommes. Nous avons toujours à vivre des dons que Dieu nous fait. Nous avons toujours sa paix à offrir au monde. Nous n'avons pas d'autres armes, pas d'autre plan comm' que notre vie : pour être annoncé en vérité, le Règne de Dieu doit d'abord être vécu ! C'est ainsi que nous serons véritablement disciples ; c'est ainsi que nous serons reconnus comme d'authentiques témoins de ce Christ que nous confessons comme Messie et Sauveur. Amen.

(Photo de la Remise du Livre de la Parole lors de l'envoi en mission dans une précendente paroisse)