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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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mercredi 31 octobre 2012

Toussaint - 01er novembre 2012

Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ?


Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? La question posée ainsi dans le Livre de l’Apocalypse mérite bien d’être reprise aujourd’hui, en cette fête de tous les saints ? Qui sont-ils, ceux que nous célébrons ?

Ils ne sont pas ceux et celles de nos familles humaines qui sont morts ; ceux-là seront célébrés demain. Ne confondons donc pas les deux célébrations, même si, dans de nombreuses paroisses, la Toussaint nous permet de faire une visite au cimetière où reposent nos proches. N’allons pas trop vite en besogne : laissons à chacun leur célébration et leur jour. Laissons surtout à Dieu le soin et le temps de se prononcer. Alors qui sont ceux que nous célébrons aujourd’hui ?

Ils sont ceux et celles de notre famille spirituelle qui sont morts et qui dont nous disons avec certitude qu’ils nous ont précédés dans la gloire du Royaume. Ils sont ceux et celles qui nous rappellent l’espérance qui est la nôtre : nous sommes faits pour vivre avec Dieu. Comme le dit l’auteur de l’Apocalypse lui-même, ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. La grande épreuve, c’est le baptême dans la mort et la résurrection de Jésus ; c’est aussi leur propre passage par la mort, à la suite du Christ. Ils sont ceux et celles qui, dans leur vie comme dans leur mort, ont été au Christ, ont fait le choix de vivre selon sa Parole. Et, nous dit le voyant de l’Apocalypse, ils sont nombreux. Je vis une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux où l’Evangile a retenti. Ce n’est pas un petit peuple de privilégiés. Le Christ n’a-t-il pas livré sa vie pour tous les hommes ? N’a-t-il pas voulu entraîner l’univers entier à sa suite ? Cette foule immense témoigne de l’œuvre de la Parole de Dieu dans une vie humaine ; elle témoigne que chacun de nous peut être de cette foule.

Ceux et celles que nous célébrons en ce jour ont reconnu en Jésus, celui qui vient donner la vie aux hommes. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui est assis sur le Trône, et par l’Agneau ! » Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de reconnaître que leur vie leur vient d’un autre, le Tout-Autre. Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de proclamer haut et fort leur foi. Si le peuple des croyants les reconnaît aujourd’hui comme saints, c’est bien parce qu’ils ont toujours et partout témoigné de ce Dieu, quoi qu’il en coûte. Certains ont subi la mort à cause de leur fidélité au Christ. D’autres ont simplement vécu les exigences de la foi dans l’ordinaire d’une vie, qu’elle soit religieuse ou familiale. Nul ne peut dénombrer cette foule parce que nul ne peut dire combien, jusqu’à ce jour, ont vécu ainsi, dans la fidélité à leur foi.

Les béatitudes que nous proclamons à chaque Toussaint, sont pour beaucoup un texte de référence. Notre monde est moins égoïste qu’il n’y paraît ; notre monde est moins individualiste qu’on ne le dit. Ils sont nombreux, ceux qui pensent que l’autre est plus important, que son bonheur conditionne le mien. Ils sont nombreux, ceux qui vivent l’esprit des Béatitudes, plaçant le frère au cœur de leur préoccupation. Ils sont nombreux, et nous en sommes, peut-être ! Nous en sommes assurément, si nous prenons notre foi au sérieux. Comment, à la suite de cette foule immense, ne pourrions-nous pas poursuivre l’œuvre du Christ, et témoigner dans notre propre quotidien, de la place de Dieu et de la place du frère ?

Alors qui sont-ils, ceux et celles que nous célébrons ? Ils sont des hommes et des femmes ordinaires, qui ont vécu leur vie de manière à laisser transparaître la vie de Dieu. Ils sont de ceux qui nous invitent à imiter le Christ et à voir l’homme et le monde à la mesure de Dieu. S’ils sont nombreux à être fêtés aujourd’hui, c’est parce que les manières de vivre notre foi sont nombreuses et variées à travers le temps et l’Histoire, mais elles ont en commun de passer par l’unique chemin : l’Agneau de Dieu qui livre sa vie par amour. Le chemin nous est donné ; des exemples pour le parcourir nous sont montrés par les saints. Trouvons donc notre manière de le vivre, dans le monde et le temps qui sont les nôtres. Ainsi le Christ Sauveur pourra nous faire passer de la table où il nous reçoit en pèlerin aujourd’hui, au banquet préparé dans sa maison. Amen.

(Image de la revue Images pour notre paroisse, n° 239)

samedi 11 août 2012

19ème dimanche ordinaire B - 12 août 2012

A l’exemple de Laurent, laissons-nous mener par Dieu.
(Homélie donnée en l'église St Laurent de Dahlunden, à l'occasion de la fête patronale)



Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi. Voilà exprimée en peu de mots la conviction du Christ lui-même au sujet de la foi, au sujet des mouvements de foules que Jésus provoque partout où il passe. Et il fait ce constat au moment même où cette foule, étonnée des signes qu’il pose, cherchant Jésus dès qu’il s’éloigne un peu, récrimine contre sa dernière parole. Pour qui se prend-t-il ? Nous le connaissons bien : comment peut-il parler ainsi ?

C’est le propre d’une foule d’être versatile. Elle ne fonctionne qu’à l’air du temps, au sensationnel. Il n’y a pas de différence entre cette foule qui suivait Jésus et les journaux à sensation d’aujourd’hui. A partir du moment où vous êtes connus, vous êtes scrutés, passés au microscope d’une soi-disant bonne société, et au moindre écart, vous qui étiez encensés hier êtes aussitôt crucifiés. La foule dit connaître Jésus parce qu’elle connaît ses parents. Mais est-ce suffisant ? Ne s’est-elle pas fabriqué une image de Jésus sur des critères humains ? Il nous amuse, il nous surprend, il nous intéresse, il nous guérit, il nous donne à manger. Mais est-ce suffisant pour suivre Jésus ? Est-ce suffisant pour croire en lui ? La réponse de Jésus est claire : celui qui vient à moi, c’est grâce à mon Père. Voilà le secret de la foi : elle est un don que Dieu fait à ceux qu’il appelle. Elle n’est pas une œuvre humaine ; elle n’est pas à confondre avec la connaissance humaine de Jésus. Pour comprendre les paroles et les gestes de Jésus, il ne faut pas le connaître humainement ; il faut avoir été choisi par Dieu, appelé par lui à entrer dans l’intimité de ce Fils qu’il a envoyé aux hommes pour les sauver. Lorsque la foule s’en tient à une connaissance humaine de Jésus, à la moindre parole difficile, c’est le clash ! La foule murmure de désapprobation et se retire. Par contre, celui qui est de Dieu, celui qui a mis Dieu au cœur de sa vie peut comprendre le sens véritable des paroles du Fils unique. Oui, le Christ se donne en nourriture véritable. Oui, il est celui qui nous donne la vraie vie, celle qui est marquée du sceau de l’éternité et que même la mort ne peut abattre. Nous vivrons éternellement si nous mangeons le Christ, si nous l’assimilons comme la nourriture quotidienne. C’est là l’œuvre de Dieu en nous.

Celui qui est appelé par Dieu lui-même à entrer dans l’intimité du Christ peut alors, selon la parole de Paul, chercher à imiter Dieu ! En effet, appelés par Dieu à connaître le Fils, nous sommes appelés à vivre comme Dieu lui-même, puisque, en ce Fils Jésus, il fait de nous ses enfants. Devenus par appel de Dieu membres de sa famille, nous devons tenir notre rang et notre place dans cette famille et vivre dans l’obéissance au Père. Paul décrit sommairement cette vie : une vie sans mal, sans colère, sans emportement d’aucune sorte ; une vie faite de tendresse, de générosité, de pardon. Voilà à quoi sont appelés ceux que le Père attire vers son Fils. Comprenant l’œuvre et les paroles du Fils unique, nous comprenons aussi qu’elles sont porteuses de vie et que notre vie dépend de cet art de vivre. Tout nous est donné par Dieu : la foi au Fils unique, la manière de vivre pour être vraiment fils et fille de Dieu, et l’Esprit qui nous permet d’accorder notre être à la volonté de Dieu, l’Esprit qui nous permet d’ajuster notre vie à la vie du Christ.

Lorsqu’un croyant entre ainsi dans la compréhension de Dieu, du Christ sous la conduite de l’Esprit, ce même Esprit peut le conduire jusqu’au témoignage ultime, à l’exemple de Laurent, diacre de l’Eglise, que nous célébrons aujourd’hui. Il n’est pas devenu martyr par sa volonté propre, mais parce que Dieu lui a permis de témoigner jusqu’à l’ultime de la puissance de Dieu, comme l’avait fait le Christ ! Il n’a pas imité le Christ comme un petit singe ; il a été conformé au Christ, par grâce, afin que son témoignage nourrisse la foi des fidèles à travers le temps et l’histoire, et qu’à travers son témoignage, les hommes puissent découvrir la puissance d’amour qui est en Dieu et la puissance d’amour que le Christ communique à ceux et celles qui croient en Lui. Appelé par Dieu à entrer dans l’intimité du Christ Serviteur des pauvres, Laurent a été jusqu’au don de sa vie pour témoigner que Dieu n’abandonne pas ceux qui croient en lui, et surtout pas les pauvres qui sont les préférés de Dieu et à qui Laurent a consacré son ministère. Comme le Christ s’est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire pour que nous soyons sauvés, de même Laurent s’est-il offert en sacrifice pour ne pas faire de tort à ces pauvres, seule richesse de l’Eglise. Il s’est offert parce que telle était sa vocation !

A nous qui rendons grâce à Dieu pour l’œuvre de son Fils, l’exemple de Laurent est laissé pour que nous comprenions bien que notre vie est en Jésus, notre unique nécessaire, notre unique nourriture. Lui faire confiance comme le Père nous le demande, c’est trouver le chemin de la vie qui ne finit pas. A l’exemple de Laurent, répondons à l’appel de Dieu et suivons le Christ là où lui-même veut nous conduire, sûrs qu’au bout du chemin il y a notre vie et notre joie. Amen.


(Détail d'une bannière de procession représentant St Laurent, Diacre et Martyr, église de Holtzheim - 67)

samedi 11 février 2012

06ème dimanche ordinaire B - 12 février 2012

Mon modèle, c'est le Christ !









Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Sans doute, certains pensent-ils que cette affirmation a un je-ne-sais-quoi de prétentieux. Pourtant, elle fonde notre art de vivre, et Paul a raison d’inviter ses lecteurs, donc nous, à l’imiter, puisque lui-même imite le Christ. Qu’est-ce donc qu’être disciple, si ce n’est vivre selon l’enseignement d’un maître reconnu ? Qu’est-ce donc qu’être disciple du Christ, si ce n’est vivre comme le Christ ? Qu’est-ce donc être disciple du Christ, si ce n’est s’appuyer sur ceux et celles qui, à travers le temps et l’Histoire, ont cherché à vivre comme lui, répandant autour d’eux la bonne odeur du Christ ressuscité ?

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Il suffit de relire la vie et les œuvres de Paul pour constater que ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit à travers lui. Lorsqu’il en vient à écrire ces lignes aux chrétiens de Corinthe, il invite ceux-ci à vivre dans la même liberté que lui, s’adaptant à tous, dans les diverses situations qu’il rencontre. Parce que cette liberté lui vient du Christ. A la question qui se pose à lui et aux Corinthiens – peut-on manger la viande qui a été offerte en sacrifice aux idoles – Paul applique ce principe de liberté : rien ne s’oppose à ce que je consomme une telle viande puisque pour moi, le Christ est le seul sauveur. Mais si, en en consommant je devais heurter quelqu’un qui est faible dans la foi, je préfère m’en abstenir pour ne pas l’entraîner vers la chute.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
L’art de vivre en chrétien que Paul propose, s’appuie sur la charité. Et le modèle de cette charité, c’est l’agir du Christ lui-même. La page d’Evangile que nous avons entendu en ce dimanche nous en donne un exemple. Jésus aurait pu faire comme tout le monde, sans que cela soit choquant, c’est-à-dire s’éloigner, ignorer le lépreux qui criait vers lui. Le lépreux lui-même n’exige rien : il ose à peine demander : si tu le veux, tu peux… Sans doute cet homme a-t-il entendu parler des guérisons que Jésus a déjà effectuées. Il veut lui aussi être guéri, et ce faisant, être réintégré dans la communauté humaine, dans la communauté croyante. Parce que la lèpre, la première lecture nous le rappelait, entraînait l’exclusion totale du malade et sa soustraction du peuple choisi. Frappé par la lèpre, il ne bénéficiait plus de l’Alliance avec Dieu ; il ne pouvait plus s’approcher du Temple, il ne pouvait plus s’approcher de Dieu.
Le Christ va répondre à sa demande : cet homme sera guéri, réintégré dans sa communauté. Le Père Michel CORBIN, Jésuite, fait remarquer dans une de ses homélies, qu’il le fait en prenant sur lui le mal qui accablait cet homme. Par un surprenant renversement, en effet, Jésus ne peut plus, après la guérison, s’approcher des lieux habités, et il est obligé de se retirer dans un endroit désert. C’était bien là l’obligation faite aux lépreux.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Paul a bien raison de nous inviter à l’imitation du Christ. Notre art de vivre nous oblige à vivre la même attention aux autres que celle que le Christ déploie. Nous sommes tenus de le faire, parce que le Christ le fait encore pour nous. Ce qu’il a fait pour ce lépreux, il le réalise pour nous, jour après jour, en nous libérant de la lèpre du péché, et en nous réintégrant sans cesse dans la communauté des enfants de Dieu, que Dieu s’est acquis par le sang de son Fils. Lorsque nous sommes baptisés, nous sommes identifiés au Christ, appelés par Dieu à vivre en fils et filles à l’image du Fils unique de Dieu. Libérés de toutes les lèpres qui nous éloignent des autres et de Dieu lui-même, nous pouvons célébrer les merveilles qu’il accomplit pour nous.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
En nous appuyant sur la Parole de Dieu, en relisant l’enseignement donné par nos Pères dans la foi, nous apprendrons à maîtriser cet art de vivre que notre foi exige. Que nos eucharisties, semaine après semaine, nous révèlent la bonté de Dieu à notre égard et nous donne envie de le suivre et de vivre comme lui. Ainsi nous transformerons notre vie et le monde qui nous entoure, car notre modèle, c’est le Christ, qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Puissions-nous vivre de l’exemple qu’il nous donne et dont nous sommes les premiers bénéficiaires : c’est le souhait que je formule pour chacun en cette année de la foi et de l’évangélisation. Amen.

(Dessin extrait de la revue L’image de notre paroisse, Février 2003)

samedi 16 avril 2011

Dimanche des Rameaux - 17 avril 2011

Avec Jésus, prendre la route qui mène au Père !






Avec ce dimanche des Rameaux, nous inaugurons une semaine unique dans notre parcours liturgique : la Semaine Sainte. Une semaine que nous voulons vivre avec le Christ, l’accompagnant jour après jour, presque heure par heure, sur ce chemin commencé dans les acclamations, et qui s’achèvera dans le silence du tombeau, après les cris de haines de la foule. Une semaine étrange ; une semaine cruciale qui nous permet de prendre avec Jésus, la route qui mène vers le Père. Au long de ce chemin, nous serons invités à entrer dans une intimité plus grande avec le Christ, afin de ne pas nous tromper sur lui, afin de mieux comprendre encore pourquoi il est venu, pourquoi il a pris ce chemin de souffrance et de mort. Pour entrer dans cette connaissance approfondie de Jésus, je vous propose de relire les oraisons de ce dimanche des Rameaux.



La première prière de ce dimanche n’est pas l’oraison d’ouverture, mais bien la bénédiction des Rameaux. En quelques lignes, la prière de l’Eglise nous permet de comprendre le vrai sens de ces palmes que nous tenons à la main. Non pas gris-gris nous protégeant de quelques catastrophes, mais manifestation de notre joie d’acclamer le Christ comme notre roi, expression de la victoire de la vie sur la mort et enfin signe de notre espérance chrétienne et de la confiance que nous mettons en Christ. Voilà tout ce qu’exprime ce petit bout de nature.


Manifestation de notre joie d’acclamer le Christ comme notre roi. En venant ce matin, rameaux à la main, nous nous situons effectivement dans cette foule dont nous parlait l’évangile proclamé sur le parvis de l’église. La liturgie a cette force de nous rendre participants, aujourd’hui, à ce que le Christ a vécu pour nous hier, et qui se renouvelle dans chaque Eucharistie. Nous ne célébrons pas l’anniversaire de l’entrée à Jérusalem, regardant de l’extérieur les foules qui jadis acclamaient Jésus comme roi. Nous participons à cette entrée triomphale. Grâce à la liturgie, nous pouvons dire : aujourd’hui, le Christ entre à Jérusalem ; aujourd’hui, nous allons à sa rencontre, rameaux à la main, pour l’acclamer avec toutes celles et tous ceux qui attendent un libérateur et le reconnaissent en Jésus : aujourd’hui, nous reconnaissons Jésus comme notre roi. C’est une vraie et profonde joie qui doit nous animer en ce jour, même si nous venons d’entendre le récit de la Passion. L’Evangile de la fête, ce n’est pas la passion, mais bien l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem. Même si la liturgie nous fait faire un raccourci saisissant des derniers jours de la vie terrestre de Jésus, c’est la joie qui doit dominer en nous aujourd’hui. Les deux autres significations des rameaux appuient d’ailleurs cette affirmation.


Ils expriment la victoire de la vie sur la mort et sont le signe de notre espérance chrétienne et de la confiance totale que nous mettons en Christ. Avant même de proclamer la passion de Jésus, nous tenons en main la certitude que ces événements douloureux ne seront pas la fin de l’histoire. La partie de la liturgie de ce dimanche qui se tient sur le parvis est fondamentale puisqu’elle nous permettra de ne pas nous enfermer dans la tristesse et le découragement lorsque, ayant franchi le seuil de l’église, nous entendons le récit pénible de l’arrestation, du procès, de la condamnation et de la mort de Jésus. Comme le dit la prière de bénédiction, rameaux à la main, nous pouvons avoir confiance en Jésus, nous pouvons espérer en la victoire de la vie sur la mort, malgré les apparences. Pour Jésus, comme pour nous, la route vers le Père passe par la croix, mais la croix n’en est pas le dernier mot.


Lorsque tout ceci est bien ancré en nous, lorsque nous sommes forts de ces certitudes, nous pouvons alors entrer dans l’église et progresser dans la liturgie de ce dimanche pour écouter la passion du Fils unique, car il s’agit avant tout, malgré l’euphorie du moment, de ne pas nous tromper sur le Messie, ou plus exactement sur la manière dont Jésus entend être le Messie et sur la manière dont il entend porter le salut au monde. La prière d’ouverture nous remet alors pleinement face au Messie véritable qui ne vient pas régner en Maître et Seigneur, mais servir notre salut et qui nous invite à l’imiter en tout. Dieu éternel et tout puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix. C’est bien pour nous, pour notre salut, pour notre bonne compréhension des rapports humains, que le Christ offre sa vie. Il va jusqu’à l’extrême pour que nous comprenions bien que nous aussi nous devons servir, toujours ; que nous aussi, nous devons éviter de nous gonfler d’orgueil pour rester humbles, c’est-à-dire ne pas nous estimer supérieur aux autres ! Ce que le Christ fait pour nous, nous devons le faire les uns pour les autres, acceptant des petites morts quotidiennes pour le bien de tous. C’est ce que nous demandons dans la prière.



Lorsque le pain et le vin de l’Eucharistie auront été portés à l’autel, nous poursuivrons alors notre prière en demandant à Dieu que le sacrifice du Christ ait quelque utilité pour nous. Souviens-toi, Seigneur de la passion de ton Fils, ne tarde pas à nous réconcilier avec toi. Voilà pourquoi le Christ devait mourir : pour que nous soyons pleinement à nouveau en alliance avec Dieu, nous que le péché avait éloigné de lui. En effet, poursuit la prière de l’Eglise, nous n’avons pas mérité ton pardon, mais nous comptons sur ta miséricorde et sur la grâce du sacrifice de Jésus. Nous reconnaissons que c’est bien là, sur la croix, que se trouve celui qui porte notre salut. Nous reconnaissons bien que, de nous-mêmes, nous ne saurions nous sauver. Nous reconnaissons bien que c’est à Dieu et à sa miséricorde que nous devons notre vie. La préface achèvera de préciser ce que cette prière sur les offrandes sous-entendait : alors qu’il était innocent, il a voulu souffrir pour les coupables et sans avoir commis le mal, il s’est laissé juger comme un criminel ; en mourant, il détruit notre péché ; en ressuscitant, il nous fait vivre et nous sanctifie. La prière de l’Eglise ne saurait être plus claire !



A la fin de l’Eucharistie, après la communion, l’Eglise nous invitera à prier ainsi : tu nous as fortifiés dans cette communion à tes saints mystères et nous te supplions encore : toi qui nous as donné, dans la mort de ton Fils, l’espérance des biens auxquels nous croyons, donne-nous, dans sa résurrection glorieuse, de parvenir au Royaume que nous attendons. Y a-t-il plus belle conclusion à la liturgie de ce jour que de professer déjà notre espérance d’avoir part pleinement un jour à la joie du Royaume, nous qui exprimions au début de cette liturgie notre joie d’avoir le Christ comme roi ? A quoi cela aurait-il servi de venir rameaux à la main si nous n’avions pas en nous l’espérance de vivre un jour pleinement sous la royauté du Christ que nous acclamions ? Nous allons revivre cette semaine les grands moments de l’œuvre du salut accompli en Jésus Christ, dans la certitude que cette œuvre s’accomplit dès maintenant pour nous, en même temps que dans l’espérance d’y avoir part en plénitude à la fin de notre existence terrestre. C’est aussi ce que nous rappellera la bénédiction solennelle : après l’avoir suivi dans les épreuves, puissiez-vous entrer avec lui dans sa gloire de Ressuscité !



La prière de l’Eglise, en ce premier jour de la Semaine Sainte, nous dit admirablement qui est ce Jésus que nous acclamons comme Roi, comment il entend être Messie et Sauveur pour tous les hommes. Elle nous rappelle que la croix n’est pas un accident, mais un impératif : il faut que le Christ passe par la mort, rejeté de tous, pour ouvrir tous les hommes à la gloire qu’il tient de son Père et partage avec lui, dans l’unité de l’Esprit Saint. Si nous choisissons de suivre le Christ, si notre désir est d’aller vers le Père, il nous faudra passer par cette croix. Nous n’avons pas d’autre alternative ; mais nous n’affronterons pas cette croix en étant seul ; nous le ferons avec le Christ ; il nous mènera vers son Père et notre Père. Amen.




(Photo : église de Holtzheim, Bas-Rhin)