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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 22 novembre 2025

Le Christ, Roi de l'univers C - 23 novembre 2025

 Sommes-nous à la hauteur d'un tel roi ?




(Statue du Christ Roi, Swiebodzin, Pologne)




 

 

            La solennité du Christ, roi de l’univers, clôt notre année liturgique. Depuis le premier dimanche de l’Avent, 01er décembre 2024 jusqu’à aujourd’hui, nous avons relu et médité la vie et le message du Christ à travers la compréhension qu’en avait l’évangéliste Luc. En ce dernier dimanche, l’Eglise nous invite à contempler le Christ que Luc nous a présenté, à travers cet extrait singulier de la Passion qu’on ne trouve que chez lui : Jésus en croix et son dialogue avec l’un des malfaiteurs crucifiés avec lui, plus connu sous le titre de Jésus et le bon larron. La royauté du Christ s’exprime là, sur la croix, et pas à cause de l’humiliante couronne d’épines qui orne son front. La première question qui se pose alors est : les gens étaient-ils prêts à accueillir ce roi ?

            D’évidence, la réponse est non. En-dehors du bon larron, tous se moquent de Jésus : Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! ou encore Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! Et enfin la réplique d’un des malfaiteurs : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! Une dernière bravade de la part d’un mourant qui ne croit ni en Dieu, ni en diable probablement. Pour ce bandit, comme pour les soldats romains et les chefs du peuple juif, un roi, c’est quelqu’un de fort, quelqu’un qui lève des armées pour se défendre et non pas quelqu’un qui meurt misérablement de la mort du dernier des humains, exposé nu à la vue de tous les passants. Pour bien comprendre, il faut relire ici le début de la royauté en Israël, à la fin de la vie du prophète Samuel. L’histoire est racontée au premier livre de Samuel, au chapitre 8, 4-22.

Tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent : « Tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donc, établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations. » Samuel fut mécontent parce qu’ils avaient dit : « Donne-nous un roi pour nous gouverner », et il se mit à prier le Seigneur. Or, le Seigneur lui répondit : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Tout comme ils ont agi depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à aujourd’hui, m’abandonnant pour servir d’autres dieux, de même agissent-ils envers toi. Maintenant donc, écoute leur voix, mais avertis-les solennellement et fais-leur connaître les droits du roi qui régnera sur eux. » Samuel rapporta toutes les paroles du Seigneur au peuple qui lui demandait un roi. Et il dit : « Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas ! » Le peuple refusa d’écouter Samuel et dit : « Non ! il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les nations ; notre roi nous gouvernera, il marchera à notre tête et combattra avec nous. » Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du Seigneur. Et le Seigneur lui dit : « Écoute-les, et qu’un roi règne sur eux ! » 

            Je ressens toujours la solitude du prophète qui veut rester fidèle à Dieu et la résignation de Dieu devant ce peuple qu’il a libéré d’Egypte et qui semble faire une crise d’adolescence : Il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les autres nations. Mais le peuple que Dieu s’est donné n’a pas vocation à être comme les autres ; il est le peuple particulier de Dieu, celui que Dieu a choisi parmi tous les peuples de la terre. Mais ce peuple ne veut plus de ce roi, et Dieu en est conscient : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Le portrait du roi humain, fait par le prophète, aurait dû les ramener à la raison, mais non : Il nous faut un roi ! Vu de près, c’est une rébellion ; vu de loin, une décision stupide comme seuls les humains en ont le secret. En rejetant Dieu et sa Sagesse, ils font le choix de l’arbitraire, le choix du pouvoir corrompu, le choix d’une fausse liberté. Les humains veulent des rois à leur taille, à leur image, quitte à les raccourcir d’une tête, s’ils ne conviennent plus. Milles rois corrompus semblent préférables à un roi juste, fidèle et aimant. L’histoire de ce peuple va désormais se confondre avec les turpitudes de ceux qui seront établis roi en Israël. Le peuple n’était pas à la hauteur de Dieu ; ses rois successifs, à quelques exceptions près, ne seront pas à la hauteur du peuple que Dieu leur confie. L’histoire ne pouvait que mal finir. Quand le peuple n’est pas à la hauteur de son roi, il s’en choisit un, semblable à lui en toutes choses, y compris le péché, et rejette le roi qui lui était semblable en toutes choses, à l’exception du péché.

Une autre question se pose alors, et elle nous concerne : c’est quoi, être à la hauteur de ce roi élevé de terre sur la croix ? Luc a cherché de nous le faire comprendre au long des pages de son Evangile, à partir des textes qui lui sont propres. C’est être prêt, comme Marie, à accueillir l’inattendu de Dieu et célébrer la grandeur de Dieu comme elle le fait dans le Magnificat : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! C’est discerner les merveilles de Dieu toujours à l’œuvre, comme le fait le vieux Zacharie quand il chante le Benedictus : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens. C’est avoir la simplicité des bergers qui se rendent à la crèche et s’émerveillent devant l’Enfant nouveau-né : Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaîtreAprès avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. C’est reconnaître en Jésus le Messie promis par Dieu depuis des siècles comme le fait le vieillard Syméon qui entonne le Nunc dimittis : Maintenant au Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples… C’est savoir faire preuve de miséricorde comme nous l’enseigne la parabole du fils prodigue : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! Je pourrai continuer longtemps encore la relecture de l’œuvre de Luc. Il nous dévoile, récit après récit, la royauté du Christ qui culmine là, sur la croix dans ce aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. Pas une plainte pour ce qui lui arrive ; pas un reproche à celui qui reconnaît le mal qu’il a fait. 

La dernière question qui se pose alors est la plus personnelle à chacun de nous : je n’y répondrai pas, parce que ma réponse, comme votre réponse, n’est que pour Dieu : sommes-nous aujourd’hui davantage à la hauteur de ce roi livré par amour pour nous ? Quelle est notre marge de progrès dans un amour qui se devrait d’être réciproque ? Que notre communion au Corps du Christ nous donne d’être toujours plus à la hauteur de ce roi livré, humilié, abandonné, crucifié, mais qui pourtant ne pense qu’à nous, n’aime que nous, ne vit que pour nous. Sa vie est donnée pour notre vie et pour la vie de chacun. En cela, il est et sera pour toujours le Christ, le Roi de l’univers. Amen.

samedi 23 novembre 2024

Christ, Roi de l'univers - 24 novembre 2024

 Célébrer le Christ, Roi de l'univers.







Nous terminons notre année liturgique avec la fête du Christ, Roi de l’univers. Une fête qui nous rappelle que toute notre histoire est tendue vers le retour du Christ, vers ce moment où le Christ sera tout en tous. A cause de cela, à qui nous interroge d’où nous venons et où nous allons, nous pouvons répondre que nous venons de Dieu et que nous retournons à Dieu. Ce chemin nous est possible parce que c’est le chemin que le Christ a inauguré, ouvert pour nous. 

Quand nous levons les yeux vers la croix, il faut un peu de foi pour reconnaître en Jésus, le crucifié, ce Roi à qui Dieu confie l’univers qu’il a créé. Pour beaucoup, la croix de Jésus n’est plus qu’un lointain souvenir de temps barbares où les opposants étaient exposés à la vindicte populaire, humiliés et mis à mort. Sans les yeux de la foi, la croix n’est que cela ! Mais pour quiconque suit Jésus, la croix est le passage de la mort ignominieuse vers la vie éternelle. Jésus est mort en croix, non pas parce que les hommes l’ont mis au rang des méchants dont l’humanité pouvait se passer ; non, Jésus est mort parce qu’il a fait le choix d’offrir sa vie, par amour pour chacun de nous. La croix, pour barbare qu’elle apparaisse, est pour toujours, pour les croyants, le signe que nous sommes infiniment aimés, infiniment voulus libres, infiniment voulus vivants en Dieu. Nous ne mesurerons sans doute jamais assez le courage et l’amour qu’il a fallu à Jésus pour se laisser ainsi déposséder de lui-même pour que nous puissions devenir ce qu’il était de toute éternité : le fils de Dieu. Comme l’affirme si bien l’Apocalypse, il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père. 

Fêter le Christ, roi de l’univers, c’est fêter notre espérance de voir se réaliser ce jour de Dieu, ce jour où nous serons pour toujours avec Dieu et en Dieu. Cette espérance doit être plus vive que jamais. Nous pouvons regarder notre monde et nous désoler. Rien ne semble plus aller de soi. La guerre gagne du terrain en Europe et ailleurs ; la haine des autres, différents mais si facilement désignés comme responsable de tout ce qui ne va plus, est érigée en système politique. Notre monde a rejeté l’amour ; notre monde a rejeté le respect ; notre monde a rejeté la vie. Pourtant, croyants, nous devenons être les éclaireurs de ce monde nouveau que le Christ a inauguré dans sa mort et sa résurrection. Les pieds pleinement ancré dans ce monde imparfait, la tête et les yeux tournés vers ce monde à venir, nous devons témoigner de Jésus, de son œuvre de salut, de sa Bonne Nouvelle pour tous les peuples. Puisque nous savons que le Christ revient, sans toutefois en connaître la date exacte, nous devons vivre comme si c’était pour demain, et transformer ce monde pour qu’il puisse reconnaître avec nous Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. Dès lors nous ne pouvons pas faire l’économie d’une vie imprégnée d’Evangile ; nous ne pouvons pas faire l’économie de l’amour dont Dieu nous aime. 

Forts de l’enseignement de l’évangéliste Marc qui nous aura accompagné en cette année, continuons à dire aux hommes de notre temps que Jésus vient. Il vient leur parler de Dieu et les inviter à la conversion. Il vient parce qu’il les aime et veut les sauver. Il vient donner du sens à un monde qui semble ne plus en avoir. Il vient redonner de l’espérance à une génération qui semble s’être perdue. Mais surtout qu’il soit chaque jour davantage notre Roi, à nous qui déjà croyons en lui, à nous qui déjà voulons vivre de lui. Reconnaissons véritablement comme notre Roi celui que nous célébrons comme roi de l’univers. Amen.  


samedi 19 novembre 2022

Christ, Roi de l'univers - 20 novembre 2022

 Que Dieu nous révèle la royauté de son Christ !




(Fatima, Croix de la nouvelle basilique, photo prise lors d'une session du CIM)



            Observez bien la scène : au centre, Jésus crucifié, flanqué de deux autres condamnés. Au-dessus de sa tête, une inscription : Celui-ci est le roi des Juifs. Au pied de la croix, Marie et Jean ; un peu plus loin, le peuple qui restait là à observer. Ecoutez le silence de Marie et Jean entrecoupé très probablement de sanglots ; écoutez ceux qui tournent Jésus en dérision : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! » Ecoutez les soldats qui se moquaient aussi de Jésus : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Ecoutez enfin les deux autres condamnés, l’un se joignant à ceux qui se moquent : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » ; l’autre confessant Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». Ayant pris le temps de bien planter le tableau, dites-moi comment il a fait pour dire cela ?

            Dans aucune version de l’Evangile, que ce soit celle de Matthieu, de Marc, de Jean ou de Luc que nous venons d’entendre, il n’est dit que Jésus avait croisé la route de ces deux hommes, hormis à ce moment précis de l’exécution des sentences. Que le premier se moque avec les autres, ce n’est que logique : à entendre ce qui est dit par ceux qui ont provoqué l’exécution de Jésus, il saisit l’occasion d’un bon mot et peut-être la chance de pouvoir s’en sortir si jamais ce qu’il entend était vrai, si jamais Jésus parvenait à se détacher de sa croix. Si tu t’évades, emmène-nous ! De mémoire de condamné, personne n’a jamais vu cela ! D’où la réaction de l’autre larron : Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. Au mal de l’injustice, il ne rajoutera pas le mal de la moquerie, il n’enfoncera pas celui qui souffre injustement à ces côtés. Il va même jusqu’à confesser, c'est-à-dire à reconnaître pour vrai, ce que les chefs disaient pour se moquer de Jésus : celui qui est avec eux en croix est le Messie de Dieu.  « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». Dites-moi comment il a fait pour dire cela ? 

            Je n’ai pas d’autre explication que celle que l’Evangile donne à un autre moment de l’histoire de Jésus, quand Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Messie de Dieu. C’est ce fameux moment où Jésus interroge ses disciples : Aux dires des gens, qui suis-je ? Et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? Quand Pierre affirmera : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui répondra : Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux (Mt 16,17). Nous voyons là que Dieu se révèle, et qu’il révèle son Fils Jésus, à qui il veut, quand il veut. Celui que nous ne connaissons que sous le vocable de bon larron nous fait découvrir qu’il n’est jamais trop tard pour s’ouvrir à la grâce de Dieu. Et si aucun des deux malfaiteurs ne portent de nom, c’est peut-être pour nous faire comprendre qu’ils sont les archétypes de l’humanité qui, quand vient le moment ultime de la vie, peut choisir de se moquer de Jésus ou au contraire confesser Jésus comme Sauveur. Le Christ gouverne le monde, c’est notre foi, et la croix n’est pas le signe de l’échec de cette royauté. La croix nous montre juste que la royauté du Christ ne s’exerce pas à la manière des hommes, par la force. La royauté du Christ de manifeste paradoxalement dans le retournement de ce cœur de malfaiteur qui reconnait son mal et le bien fait par autrui. La royauté du Christ se manifeste paradoxalement sur la croix, quand Jésus semble anéanti et que le bon larron dit croire à son retour. La royauté du Christ se manifeste paradoxalement au cœur de la violence des hommes dans cette affirmation du Christ : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. La royauté du Christ se manifeste paradoxalement par le signe de la croix, instrument de sa mort devenu sceptre de sa victoire. 

            Dans la tempête sans fin que traverse l’Eglise de France en général, et l’Eglise qui est en Alsace en particulier, il nous faut, comme le bon larron, reconnaître que le Christ gouverne le monde, malgré tout, sinon comment tenir ; sinon comment croire encore ? Pour qu’il gouverne le monde, laissons-le gouverner d’abord nos cœurs, pour que nous soit révélé le mal à combattre et la sainteté à accueillir toujours plus. En cette solennité du Christ, Roi de l’univers, je forme le vœu que Dieu lui-même nous révèle la royauté de son Fils pour que nous puissions en vivre et renouveler ainsi le visage de notre Eglise. Amen.


samedi 20 novembre 2021

Christ, Roi de l'univers B - 21 novembre 2021

 Le Christ, Roi de l'univers : prétention ou réalité ?





(Source internet)




            Le prophète Daniel a annoncé la couleur dans le Premier Testament : la gloire sera donnée à un Fils d’homme… Il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent… sa royauté ne passera pas. A la fin du Nouveau Testament, le Livre de l’Apocalypse de Jean chante le Christ à qui appartiennent la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Il n’en faut pas plus pour fonder cette célébration du Christ, Roi de l’univers qui termine notre année liturgique. Une ultime solennité pour nous rappeler que tout ce que nous avons vécu va vers son achèvement. Et cet achèvement, ce n’est pas la gloire de l’Eglise ; elle n’a plus rien de très glorieux depuis le 5 octobre de cette année. Notre histoire est tendue vers la Gloire du Christ, son retour triomphal quand le Mal sera définitivement vaincu. L’horizon de l’histoire des hommes, c’est la souveraineté du Christ reconnue sur tous les peuples de la terre. 

            J’entends la critique : quelle prétention est ainsi exprimée ! Mais ce n’est pas une prétention. Le Dieu qui est à l’origine de toute vie porte le désir que toute vie soit en communion avec lui ; et pour que son dessein de salut se réalise pour tous, il a livré son Fils. Il n’est que justice que la Royauté soit au Christ, qui par amour a livré sa vie sur la croix. Il est préférable pour tous que règne sur le monde, quand l’histoire des hommes sera récapitulée, Celui qui a tant aimé le monde, celui qui a livré sa vie pour la vie du monde. Sa royauté sera une royauté d’amour. Celui qui aime comme le Christ aime, n’abuse jamais de son pouvoir. Celui qui aime comme le Christ aime, ne recherche pas son intérêt, mais le bien, la vie pour tous. Ayant vaincu le Mal et la Mort, il est digne de régner sur les hommes qu’il sauve par son sacrifice. Avec son règne commence une ère nouvelle, un monde enfin libéré de la corruption, où les hommes vivront en paix. Ce n’est pas une utopie, c’est notre espérance. Notre foi ne vaut rien sans cette espérance fondée sur la charité du Christ pour tout homme. Confesser le Christ, Roi de l’univers, c’est reconnaître qu’il est le seul à pouvoir apporter au monde paix et unité. Il n’est pas venu pour lui ; il n’est pas venu pour le pouvoir ; il est venu pour gagner tous les hommes à la vraie vie. 

            Quand nous parlons du Christ, Roi de l’univers, prenons garde à ne pas le comparer aux rois et aux puissants qui dirigent notre monde. En nous faisant entendre l’échange entre Jésus et Pilate au moment de la Passion du Christ, la liturgie nous rappelle fort justement que la royauté du Christ n’est pas de ce monde. Elle ne ressemble en rien à ce que les hommes ont pu connaître par le passé ; elle ne ressemble en rien à ce qu’ils peuvent connaître aujourd’hui. Ce n’est pas un pouvoir qui se défend par les armes ; ce n’est pas une royauté qui fait s’affronter des hommes. Comme le chantera si bien la préface de cette solennité, le règne du Christ est un règne de vie et de vérité, un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice, d’amour et de paix. Qui ne désirerait aujourd’hui vivre sous un tel règne ? Qui pourrait préférer aujourd’hui la mort et le mensonge, la force brutale et la vilénie, l’injustice, la haine et la guerre ? A ceux qui malheureusement pas d’autre choix que de vivre ainsi en ce moment, la solennité du Christ, Roi de l’univers vient rappeler qu’un monde meilleur est possible, que le Mal n’aura jamais le dernier mot. Nous savons que l’entretien entre Jésus et Pilate n’a pas permis le triomphe de la vérité, et que Jésus a dû porter sa croix jusqu’au Calvaire. Mais nous savons aussi, par la foi, que sa mort n’a pas été la fin de son histoire ; nous savons que sa mort n’a pas sonné la fin de l’espérance des hommes en un monde plus juste. Celui qui a aimé le monde jusqu’à donner sa vie pour lui, Dieu lui a rendu la vie, Dieu l’a ressuscité pour qu’il règne sur le monde, pour que le rêve des Béatitudes devienne réalité, pour que les hommes se reconnaissent frères en celui qu’ils ont conduit à la croix. Seule la puissance de l’amour du Christ peut sauver notre monde. Seule la puissance de l’amour du Christ peut nous libérer du Mal qui ronge notre cœur. Seule la puissance de l’amour du Christ peut nous conduire vers Dieu et nous permettre de connaître enfin la joie parfaite.

            Depuis une année, nous avons suivi Jésus grâce à Marc et à Jean qui nous ont fait découvrir Celui qu’ils ont eux-mêmes servi. A notre tour, devenons ses témoins ; racontons au monde les merveilles qu’il a réalisé pour tout homme. Travaillons à l’édification de son règne, dès maintenant, pour que tous les hommes puissent le reconnaître quand il viendra dans sa Gloire. Que ce titre attribué au Christ ne soit plus compris comme une prétention, mais comme la seule réalité possible. Amen.

samedi 21 novembre 2020

34ème dimanche A - Christ, Roi de l'univers - 22 novembre 2020

 Ainsi, Dieu sera tout en tous.





(Sieger Köder, Illustration de l'évangile de ce dimanche)



        Avec cette solennité du Christ, Roi de l’univers, nous arrivons au dernier dimanche de l’année liturgique. Un dimanche qui récapitule notre foi, redit notre espérance et ravive notre charité. Il me semble bien que le dernier verset de la seconde lecture entendue en donne le sens profond quand il affirme : ainsi, Dieu sera tout en tous. Comment cela va-t-il se faire ? Par une heureuse articulation de l’œuvre du Père, de l’œuvre du Fils et de l’œuvre des hommes. 

            S’il y a une certitude qui doit nous habiter, c’est que le règne de Dieu ne se fait pas par décret, parce Dieu ne s’impose pas. Il aurait pu décider, Dieu, de s’imposer à ce monde qu’il a fait. Il pourrait y remettre bon ordre. Mais il préfère compter sur nous, il préfère se frayer un chemin vers nous et entrer en alliance avec nous. Le règne de Dieu n’est pas un règne brutal, mais un règne d’amour. L’œuvre de Dieu, c’est de veiller sur nous comme un berger veille sur les brebis de son troupeau. Le prophète Ezéchiel l’affirme avec force : Dieu veillera sur chacun. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je ma ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Dieu donne à chacun ce qu’il lui faut, selon sa condition, pour que chacun se sente dans la main du Père. Chacun trouve auprès de lui ce qui lui est nécessaire. Ainsi est redite notre espérance : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, et un jour nous vivrons pleinement en Lui. Pour réaliser son œuvre sans s’imposer, le Père a envoyé son Fils unique dans le monde qui s’était égaré loin de lui, pour lui proposer le chemin vers le Salut. 

            C’est là l’œuvre du Fils unique, Jésus Christ, que nous confessons comme Christ et Sauveur. Paul nous l’a redit dans la première lettre aux Corinthiens. Le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie. Toute l’histoire de Jésus Christ, que nous avons méditée durant cette année avec l’évangéliste Matthieu, trouve son sens dans le sacrifice qu’il a fait de lui-même sur la croix pour nous obtenir notre vie, pour nous libérer de notre péché. Jésus n’est pas venu pour lui ; il est venu pour nous, pour nous sauver. Sa vie n’a pas de sens si elle ne conduit pas à notre Salut ; sa vie n’a pas de sens si elle n’achève l’œuvre commencée par le Père. Il récapitule notre foi, en prenant à son compte tout ce qui a été écrit par cette Alliance voulue par Dieu avec les hommes et il l’accomplit parfaitement en donnant sa vie pour nous. En Jésus, vrai homme et vrai Dieu, il n’y a plus l’ombre d’un espace entre Dieu et les hommes : Dieu et l’homme sont unis en Jésus. Le règne de Dieu, il l’établit par sa victoire sur la mort, devenant ainsi le Roi de l’univers qu’il remet sous le pouvoir du Père. En se livrant à la mort, il nous délivre d’elle et nous livre à la vie éternelle que Dieu veut pour nous. 

            De la conjugaison de l’œuvre du Père et du Fils, ne croyons pas que nous en soyons les jouets. Nous avons notre part à tenir, car nous devons consentir à ce Salut que Dieu nous offre. Si Dieu a choisi de ne pas s’imposer aux hommes ici-bas, il choisit aussi de ne pas lui imposer l’éternité avec Lui. L’homme consent au Salut en reconnaissant l’œuvre de Dieu. Le psalmiste le fait avec reconnaissance quand il chante : le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. L’homme peut-il dire mieux que cela que Dieu veille sur lui ? Chaque ligne du psaume 22 est une reconnaissance de l’œuvre de Dieu en faveur de celui qui les proclame. L’homme consent aussi au Salut en accueillant dans sa vie la vie et le message du Christ qui s’est livré. Il reconnaît l’amour dont il bénéficie et le partage. La page d’Evangile proclamée ravive notre charité en avertissant que ce que nous faisons à l’un de ces plus petits [des frères du Christ, c’est à Lui] que nous l’avons fait… ou pas. Et ceci s’adresse à tout homme, qu’il ait connu le Christ ou non. L’amour devient ainsi le premier critère de l’acceptation de l’œuvre de Dieu en nous. L’amour devient ainsi le premier critère de notre acceptation auprès de Dieu. L’amour devient ainsi le premier critère de vérification de notre foi. Chrétiens, ayant connu l’immense amour du Christ pour nous, nous ne pouvons pas vivre sans amour sur cette terre. Si d’aventure ne le faisions, nous nous couperions de nous-mêmes de l’Amour éternel du Père pour nous, dès maintenant et pour toujours. L’Esprit Saint, présence de Dieu au cœur de notre vie, nous apprend à consentir ainsi à l’œuvre du Père et du Fils, et à tenir notre part dans l’œuvre de notre Salut. Parce que Dieu ne nous sauvera pas malgré nous ! 

            Nous pouvons comprendre mieux maintenant cette affirmation de Paul : Dieu sera tout en tous. Nous comprenons mieux aussi que la réalisation de ce projet d’amour ne se fera pas sans nous. Certes, il est vrai que le Salut vient du Christ, envoyé par le Père. Mais si je ne consens pas à être sauvé, aucune force divine ne pourra m’y contraindre. Reconnaissons la royauté du Christ sur l’univers ; acceptons sa royauté sur notre vie. Entrons dans son amour pour entrer dans le Royaume où Dieu nous attend. Nous serons alors tout en lui et il sera tout en nous. Pour toujours. Amen.

samedi 23 novembre 2019

Christ Roi de l'univers - 24 novembre 2019

Roi sur la croix, Roi pour la Vie.






En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise récapitule toute l’histoire de Jésus dans cette belle solennité du Christ Roi de l’univers. Elle nous permet de reprendre tout ce que nous avons vécu durant cette année de compagnonnage avec Jésus. Des quatre textes entendus, deux sont particulièrement significatifs de cette récapitulation de l’histoire : la deuxième lecture et l’Evangile. En cette année, nous clôturons ainsi les dimanches avec la relecture d’un extrait de la Passion selon Luc (Jésus en croix entouré des deux larrons) et ce bel hymne de l’épître aux Colossiens. 

Il peut sembler surprenant de finir l’année liturgique par un épisode de la Passion. Certains peuvent penser que, célébrant le Christ Roi, la puissance de la résurrection eut mieux convenu. Un roi ne se doit-il pas d’être puissant, majestueux, imposant respect et crainte à ses sujets ? Jésus en croix n’est ni majestueux, ni puissant (il va mourir), ni sujet d’un grand respect de la part de ceux qui sont au Calvaire, à regarder l’événement. Cloué en croix, Jésus ne fait plus peur à personne ; il suffit d’observer les réactions de tous ceux qui ont contribué à ce moment de l’histoire de Jésus : Les chefs tournaient Jésus en dérision… les soldats aussi se moquaient de lui… un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le respect dû à un roi en prend un coup ! Et j’ose à peine mentionner le fait que Jésus est suspendu en croix, nu comme un ver ! Le déshonneur est total, l’abaissement à son comble ! En matière d’irrespect, l’homme ne peut tomber plus bas. Pourtant, nous dit la liturgie, c’est là sur la croix, que Jésus se révèle le mieux le roi de l’univers. Si pour ces adversaires, sur la croix, Jésus meurt, pour nous qui avons une vue plus globale de l’histoire, sur la croix, Jésus combat le Mal ; sur la croix, Jésus se bat pour les hommes ; sur la croix, se dessine déjà le royaume à venir. Le second larron semble l’avoir saisi mystérieusement, lui qui reprend son complice dans le crime : Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. Et s’adressant à Jésus, il ajoute : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Ça ne s’invente pas ! Soit vous avez la révélation de Dieu du mystère qui se joue, et avec celui que la tradition appelle désormais le bon larron, vous reconnaissez sur la croix déjà la gloire à venir de Jésus ; soit vous n’avez pas de révélation, et avec les chefs, les soldats et l’autre larron, vous vous moquez de Jésus. Il n’y a pas d’autre voie possible. 

Si vous appartenez à ceux qui reconnaissent déjà la gloire du Christ lorsqu’il est en croix, alors vous rejoignez tous ceux qui, depuis Paul, chantent l’hymne de l’épître aux Colossiens. Elle récapitule la foi chrétienne qui est louange au Père et au Fils sous la conduite de l’Esprit Saint qui a fait comprendre à Paul le mystère de la rédemption. Paul reconnaît l’œuvre du Père, qui par son Fils, offre le salut à tous les hommes. Notre rédemption renvoie à la coutume du rachat qui, dans la tradition juive, oblige un homme, au nom des liens du sang, à se porter garant de la liberté d’un membre de sa famille, qui se trouve dans une situation d’endettement ou d’esclavage. C’est bien la situation des hommes lorsqu’ils vivent sans Dieu. Ils sont endettés par le péché, réduit par lui en un esclavage dont ils ne peuvent se sortir eux-mêmes. Jésus, par sa croix, nous rachète à grand prix. Il se porte garant de nous, affirmant ainsi que nous sommes de son sang, de sa famille. Il se fait notre frère en humanité, lui qui est l’image du Dieu invisible. L’hymne s’achève par le rappel de la grandeur de Jésus, sa royauté, puisque toute la création trouve en lui son origine : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre… en lui tout est réconcilié… en lui, par le sang de sa croix, la paix est faite, sur la terre et dans le ciel. N’est-ce pas là ce que devrait être l’œuvre d’un roi : assurer la vie et la paix de ses sujets ? Tout cela Jésus le fait par l’offrande de sa vie. La préface de ce jour le chante admirablement : Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la croix en victime pure et pacifique pour accomplir les mystères de notre rédemption. Il n’y a pas, pour Jésus, d’autre manière d’être roi que de se faire le serviteur du salut de tous par la croix. Celui qui, avant sa mort, invitait ses disciples au service par le signe du lavement des pieds, leur donne, sur la croix, l’exemple du service parfait, le service qui sauve le monde, l’amour donné jusqu’au bout. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Là est la vraie royauté, la vraie dignité d’un homme. 

Toute notre année liturgique nous aura conduit là, à la découverte que Jésus veut régner sur nos vies, non à la manière d’un tyran, mais à la manière d’un serviteur qui veut le meilleur pour nous : il devient ainsi notre vie, notre sainteté, notre paix, et nous pouvons vivre dans sa grâce, dans sa vérité, dans sa justice et dans son amour largement répandu. Après tant d’amour manifesté pour nous, nous aurions mauvaise grâce à ne pas le célébrer aujourd’hui comme Roi de l’univers. Réjouissons-nous d’être de la famille d’un tel roi et proclamons au monde les merveilles qu’il a faites pour le salut de tous les hommes. Amen.




lundi 26 novembre 2018

Christ, Roide l'univers B - 25 novembre 2018

C'est toi-même qui dis que je suis roi.





Notre année liturgique se termine comme chaque année par la solennité du Christ, Roi de l’univers. Et nous venons d’entendre, dans l’évangile, cet échange entre Jésus et Pilate au sujet même de la royauté de Jésus après que Pilate aie justement questionné Jésus ainsi : Es-tu le roi des Juifs ? 

Nous ne savons pas ce qui a poussé Pilate à interroger Jésus en ce sens. Jésus essaie bien de comprendre, mais Pilate ne répond vraiment à sa question : Dis-tu cela de toi-même ou parce que d’autres te l’ont dit ? Pourtant, n’est-ce pas la vraie question à nous poser aujourd’hui ? N’est-ce pas notre réponse à cette question qui devrait nous préoccuper ? Pour cela, il nous faut d’abord définir quelle est cette royauté de Jésus. Car, reconnaissons-le, au moment où nous assistons à cet échange, la royauté de Jésus n’est pas vraiment ce qui frappe l’auditeur ou le spectateur de la scène. La rencontre à laquelle nous assistons n’est pas une rencontre diplomatique entre deux grands de ce monde ; ce que nous voyons, c’est la rencontre entre un prisonnier et son geôlier, entre un accusé et son juge qui a pouvoir de vie et de mort. Difficile donc de confondre Jésus, Christ, Roi de l’univers, avec les rois dont l’histoire de France nous relate l’existence. Ne cherchez pas de couronne d’or et de joyaux ; il n’y aura qu’une couronne d’épines. Ne cherchez pas de pourpre ni d’hermine ; il n’y a que le manteau rouge dont les soldats ont affublé Jésus. Ne cherchez pas d’escorte militaire, ni de garde prétorienne pour protéger Jésus ; il n’y a que les soldats romains venus l’arrêter et le ligoter. Aucun des signes donc dont nos rois aimaient s’entourer ; juste une caricature de roi, un théâtre de marionnettes dont Jésus sera la victime, mais la victime consentante. Car ce moment-là, dont la rencontre avec Pilate n’est qu’un détail, est le moment de Jésus. Et il va culminer dans la croix dressée, portant le corps souffrant du Christ, révélant dans cette extrême faiblesse, la vraie royauté Jésus : celle de l’amour offert jusqu’au don de la vie afin que les hommes puissent vivre. Rien d’autre n’importe à Jésus que d’accomplir la volonté de salut de Dieu pour les hommes. 

Nous pourrons alors interroger longtemps comme Pilate : Es-tu le roi des Juifs ? Nous n’aurons, pour seule réponse, que la croix dressée et cette affirmation de Jésus : Ma royauté n’est pas de ce monde. Ne cherchons donc pas à comprendre avec nos réalités terrestres, mais entrons plus avant dans la connaissance de la volonté de Dieu pour les hommes, et de ce que l’accomplissement de cette volonté suppose. Nous comprendrons vite que nous n’échapperons pas au passage de Jésus par la croix. Sa gloire vient de son obéissance au Père. Sa vie de ressuscité, il la doit à son obéissance au Père. Notre vie, il la doit (et nous la devons) à son obéissance au Père. Non pas que le Père se délectât de voir son Fils mourir en croix ; mais il fallait que le Fils s’offrît, il fallait qu’il vive la vie humaine jusque dans la mort pour que nous en soyons libérés. N’est-ce pas le premier rôle d’un roi que celui de protéger et de faire vivre son peuple ? Avec Pilate, nous pouvons interroger : Alors tu es roi ? Parce que cette découverte ne vient pas tant de l’enseignement que de l’expérience. Il faut avoir fait l’expérience de ce salut offert, par grâce, pour désirer que le Christ règne dans nos cœurs et gouverne notre vie. Il faut avoir fait l’expérience de cet amour sans limite pour confesser le Christ comme le roi de l’univers, roi non à la manière des hommes, mais à la manière de Dieu.

C’est toi-même qui dis que je suis roi. Le mot de la fin reviendra à Jésus ; il reconnaîtra le chemin que nous avons parcouru. Il acceptera de devenir notre roi pour que vive son amour à travers nous. Car cet événement de Pâques est pour tous les hommes, à travers tous les temps. Il nous revient d’en témoigner pour que tous les hommes, habitant le même univers, puissent reconnaître en Jésus ce roi qui nous offre sa vie, ce roi qui nous libère du péché et de la mort, ce roi qui nous gouverne pour nous mener à la vie en plénitude, avec lui, auprès du Père. Amen.

samedi 19 novembre 2016

Fête du Christ, Roi de l'univers C - 20 novembre 2016

Make human great again !





« Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Cette invective adressée au Christ crucifié annonce déjà ces nombreuses expressions du doute moderne, formulé ainsi : « Si Dieu existait vraiment, il n’y aurait pas tant de choses horribles dans notre monde ! » Pourtant, cette parole adressée au Crucifié dit à la fois toute la complexité du mystère de Dieu révélé en Jésus Christ et la difficulté de l’homme à adhérer à ce mystère. Ce que l’homme ne comprend pas est, hélas, souvent taxé d’irréel, d’inexistant !
 
A l’époque de Jésus, le peuple juif attendait un messie, un roi qui enfin rendrait à Israël son indépendance perdue il y a longtemps. A l’époque de Jésus, nombreux étaient ceux et celles qui croyaient que Jésus serait cet homme qui rendrait sa fierté et son orgueil à ceux qui furent jadis - au temps de David et de Salomon - un grand peuple (Make Israel great again !). A l’époque de Jésus, nombreux étaient également ceux et celles qui furent déçus par le refus de l’engagement politique de Jésus et qui le sanctionnèrent en réclamant sa mort en croix. S’il ne veut pas nous libérer comme nous le voulons, au moins ne nous dérangera-t-il plus ! Ont-ils seulement compris que c’est en agissant ainsi qu’ils donneraient au Christ la possibilité d’exprimer sa toute-puissance ? 
 
Aujourd’hui, nombreux sont ceux et celles qui attendent quelqu’un qui donne du sens à leur vie. Aujourd’hui, nombreux sont ceux et celles qui se soumettent à un gourou, pensant ainsi échapper à l’emprise du monde sur leur vie. Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes attendent quelqu’un qui leur rendre leur fierté, voire leur orgueil. N’avons-nous pas vu aux Etats-Unis un président élu sous le seul slogan : Make America great again ? N’est-ce pas ce qu’attendant, pour la France, nombre de nos concitoyens à l’approche des élections présidentielles ? 
 
En ce jour où nous célébrons le Christ Roi de l’univers, nous sommes invités à redire notre foi en Celui qui a tout donné par amour pour l’homme et à redécouvrir que le Christ est venu dans le monde pour porter toutes les croix du genre humain et libérer, de manière définitive, l’humanité de tout ce qui l’empêche de vivre, de croire et d’espérer un monde meilleur. Si la liturgie nous fait méditer l’évangile de la crucifixion, c’est bien pour nous rappeler que c’est dans cet acte insensé que Jésus révèle sa véritable royauté, son véritable pouvoir sur le monde. C’est dans l’absolu dénuement, dans l’absolue injustice, dans l’absolu abaissement que Dieu peut montrer son absolue puissance, son absolue maîtrise des événements, son absolue volonté que l’homme vive, vive libéré de toute peur, vive libéré de toute souffrance, vive libéré de tout péché. Il fallait, oui, il fallait que Dieu accepte d’aller jusqu’au bout de l’aventure humaine, jusqu’au bout extrême de la souffrance humaine pour dire que désormais, cela n’arrivera plus, désormais Dieu sera avec chaque homme qui lutte, qui souffre, qui doute, qui hurle sa misère et qui attend un signe, qui attend un Sauveur. Seul un Dieu crucifié pouvait libérer un homme crucifié par tant de souffrances, tant d’injustices, tant de regards moqueurs, tant d’exclusions. Avec Jésus crucifié, Dieu prend définitivement le parti de l’homme affaibli, de l’homme rejeté, de l’homme calomnié. Sur la croix, Jésus a le choix entre se sauver lui-même, comme le lui conseille les moqueurs, ou sauver tout homme, tout l’homme, en prenant cette dernière place que personne ne veut, cette place où il est exposé, humilié au vu et au su de tous. 
 
Oui, c’est cet homme bafoué, suspendu au gibet qui devient le salut et l’espoir de la multitude. Incroyable sagesse de Dieu, folie aux yeux de l’homme, qui nous vaut aujourd’hui de reconnaître la toute-puissante royauté du Crucifié. L’instrument de honte qu’était la croix devient le signe de notre salut, de notre fierté. Ce n’est que l’aboutissement logique de toute une vie entièrement donnée aux petits et aux exclus. De la crèche à la croix, jamais cet homme n’aura cessé de proclamer sa solidarité avec tous les hommes. De la crèche à la croix, jamais quelqu’un ne l’aura détourné de sa mission première : rendre à tout homme sa dignité d’enfant de Dieu, de fils du Père éternel. Là réside sa royauté, là se trouve notre salut à tous. Parce qu’à la différence des politiques, il ne cherche pas à favoriser un pays, un clan, une tribu, mais tous les hommes ; avec le Christ, un seul slogan : make human great again ! 
 
Parce que le Christ aura été au bout de la misère humaine, tout homme – quelle que soit sa souffrance – peut se tourner vers lui et le voir partager cette souffrance pour mieux la crucifier et ainsi mieux le libérer. Désormais, chacun peut dire du plus profond de sa nuit : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi ! et s’entendre répondre : Vraiment, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. AMEN.

(Le Calvaire, Huile sur bois d'Andrea Mantegna, 1457-1459, Musée du Louvre, Paris)

dimanche 22 novembre 2015

Christ, Roi de l'univers (34ème dimanche ordinaire) - 22 novembre 2015

Qu'est-ce que la vérité ?
(Avec mes excuses pour la publication tardives ; je rentre d'une semaine de formation et de conférence)


La liturgie de ce dimanche interrompt le dialogue entre Pilate et Jésus au sujet de la vérité un verset trop tôt. A l’affirmation de Jésus : Je suis venu rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix, Pilate répond par cette question essentielle : Qu’est-ce que la vérité ? En ces temps troublés qui sont les nôtres, cette question est, me semble-t-il, tout à fait essentiel.

Qu’est-ce que la vérité ? Il faudrait à Pilate un peu plus de temps que celui d’un procès bâclé pour trouver réponse à sa question. Il faudrait qu’il se renseigne effectivement sur Jésus, sur sa mission, sa prédication. Il faudrait qu’il se défasse des opinions toutes faites fournies par des adversaires en colère. Il faudrait qu’il ait le courage de sortir des manipulations politiques auxquelles il est confronté pour comprendre que la vérité est en Jésus. Toute sa vie, toute sa mission, toute sa prédication consistaient justement à nous révéler la vérité sur Dieu, sur les hommes, sur les rapports entre eux. Ecouter la voix du Christ est le signe même que nous appartenons à la vérité. Mais, en relisant toute la passion de Jésus, nous ne pouvons que constater que Pilate n’a pas le temps de s’ouvrir à cette vérité sur laquelle il s’interroge.

Qu’est-ce que la vérité ? Les grands philosophes ont voulu faire croire qu’il n’y avait pas une vérité unique, mais que cette notion pouvait changer selon les hommes et selon les temps. Aujourd’hui encore, certains essaient de faire croire que la vérité se trouve dans ces actes terroristes. Ils seraient dans le vrai, au nom de leur Dieu, en commettant des actes criminels. Heureusement qu’il s’est trouvé des musulmans, dans le monde entier, pour redire que là n’était pas la vérité de l’Islam, que ces actes étaient des crimes contre l’humanité toute entière. Ils ont redit la vérité sur Dieu en rappelant que la solidarité, la fraternité, l’amour et le respect sont seuls du côté de Dieu et manifestation d’une vraie foi, d’un véritable attachement à la parole de Dieu.

Qu’est-ce que la vérité ? Voilà une question que nous ne pouvons éluder ? Si notre foi était instrumentalisée, saurions-nous, chrétiens, rétablir la vérité ? Saurions-nous défendre notre propre foi et la présenter de manière véritable ? Il est intéressant de constater que cette question de Jésus se situe justement durant son procès et devant celui seul qui a le pouvoir d’ordonner sa condamnation à mort. Et la réponse à cette question de Pilate résonnera fort, et sur la croix d’abord, dans le silence qui se fait à la mort de Jésus, et plus encore au matin de Pâque, lorsque les hommes entendront ce cri de joyeuse espérance : Christ es ressuscité ! Les hommes pourront enfin comprendre que la vérité est bien à chercher du côté de Jésus puisque Dieu lui-même vient contredire le jugement des puissants en redonnant la vie à celui qui s’était livré sur la croix. La vérité est du côté de la vie ; la vérité est du côté de la solidarité entre les hommes ; la vérité est du côté de la justice ; la vérité est du côté de la paix ; la vérité est du côté du pardon ; la vérité est du côté de la réconciliation.

Quelle que soit notre foi, ne laissons jamais des hommes nous détourner de la vérité révélée par Jésus sur la croix. Quelle que soit notre foi, ne laissons jamais des hommes nous faire croire qu’il y a une autre vérité, et qu’au nom de celle-ci, ils ont le droit de massacrer, de détruire, de condamner. Le Dieu qui a fait les hommes et voulu vivre en communion avec eux est et reste un Dieu de pardon, de miséricorde et de paix. Utiliser son nom pour faire le Mal, c’est bien se moquer de Dieu et travestir la vérité de son alliance avec les hommes, avec tous les hommes. La force de Dieu ne se trouve pas dans nos armes mais dans notre désir de vivre en paix avec tous, dans le respect de chacun. Quand cela sera vérité, Christ sera véritablement reconnu par tous pour ce qu’il est : le Roi de l’Univers. Amen.

samedi 28 mars 2015

Dimanche des Rameaux - 29 mars 2015

Le Seigneur en a besoin.




Je ne vais pas rajouter beaucoup de paroles à toutes les paroles entendues ce matin, au cours de cette liturgie des Rameaux. Je voudrais juste en commenter une qui nous vient de l’Evangile de cette fête, cet Evangile que nous avons proclamé dès l’ouverture de cette célébration, lorsque nous nous apprêtions, nous-aussi, à acclamer le Christ entrant dans Jérusalem. Cette parole de Jésus concerne le petit âne que ses disciples lui amènent : le Seigneur en a besoin. 
 
Durant tout le carême, j’ai essayé de vous faire entrer dans une compréhension  plus grande de cette alliance que Dieu renouvelle pour nous en Jésus Christ. Ce serait une mauvaise compréhension de l’Alliance que de croire que tout se fait sans nous. Une Alliance, cela se signe à deux. Nous pouvons entendre  l’affirmation : le Seigneur en a besoin, comme un appel pressent à nous mettre à son service, à entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, et qu’il va signer de son sang. Nous avons donc notre part à tenir et à honorer dans cette Alliance nouvelle. L’âne devient notre totem, l’animal qui nous représente. 
 
Il faut alors tout de suite rendre justice à cet animal. Quoi qu’on ait voulu nous faire croire en une époque passée, où être affublé d’un bonnet d’âne était signe de bêtise, voire d’inintelligence, cet animal particulier que Jésus réclame à ses disciples, n’est pas bête. Si celui qui le monte ne sait pas toujours où va son âne, l’âne lui le sait. Il avance sans se poser de question ; et lorsqu’il ne veut pas bouger, vous pouvez vous lever tôt pour essayer de le faire avancer. Il est le symbole de ceux qui ne se laissent pas saisir par les modes, le symbole de ceux qui ne font pas tout, simplement parce que les autres le font. Il semble obéir à une voix mystérieuse. Il est le symbole de ceux qui écoutent la parole de Dieu et se laisser mener par elle. En s’asseyant sur un petit âne sur lequel personne ne s’était encore assis, Jésus prend le parti de se laisser guider, de se laisser mener par Dieu seul. Advienne que pourra ! Personne n’ayant utilisé cet âne avant Jésus, il n’est pas encore formaté au rythme de quelqu’un ; il est tel que Dieu l’a fait, n’obéissant qu’à sa voix, allant là où il est mystérieusement attendu. Quel animal, mieux que l’âne, pouvait ainsi nous inviter à entrer dans cette semaine sainte, à la suite du Christ qui va accomplir ce pour quoi il est venu : le salut des hommes ? 
 
Le Seigneur en a besoin. Peut-être faut-il aussi ici accorder quelque crédit à ceux qui nous disent qu’en ces temps-là, l’âne était un animal royal. En s’asseyant dessus, Jésus ne renie pas qui il est ; il ne se défend même pas quand la foule l’acclame tel un roi. Il est roi, certes pas à la manière des hommes ; mais cela, c’est une autre histoire que Pilate aura bien le temps d’éclaircir pour nous le moment venu. Pour l’heure, la foule ne peut pas, et ne veut sans doute pas, davantage entrer dans ces distinctions subtiles : Jésus est roi, la foule veut un roi : tant pis pour l’amalgame. Le temps de rectifier les choses viendra bien assez vite et de manière brutale. 
 
Le Seigneur en a besoin. Prenons doublement exemple de ce petit âne. D’abord en nous laissant mener, non par les modes, non par les avis de la majorité, mais par Celui qui sait, par celui qui permet que toute chose concourt au bien : Dieu lui-même. Ensuite, en nous laissant approcher du Christ, jusqu’à le laisser entrer dans notre vie, jusqu’à le laisser « monter notre vie ». Nous deviendrons, comme le petit âne, des porteurs du Christ dans un monde qui cherche un sens à son existence. Peut-être que, par notre témoignage de vie, une foule de plus en plus nombreuse sera capable de reconnaître en Jésus celui qui vient au nom du Seigneur ! Entrons dans cette semaine sainte avec cette certitude : le Seigneur a besoin d’hommes qui le portent au monde. Laissons-nous détacher de ce qui entrave notre marche et suivons le Christ, jusqu’à la mort et au-delà. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 22 novembre 2014

Christ, Roi de l'univers - 23 novembre 2014

Le frère et le service comme sacrement du Christ.




Il y a un risque certain avec ces paraboles que nous connaissons sur le bout des doigts, et ce risque est celui de passer à côté d’un détail, parce que nous n’écoutons que d’une oreille distraite un texte dont nous pensons tout savoir. C’est particulièrement vrai avec cette parabole du jugement dernier rapporté dans l’évangile de Matthieu.  C’est la dernière parabole de Jésus avant que ne commencent les événements de la Passion. Elle termine tout un ensemble de paraboles sur le Royaume et le jugement à venir. En ce sens, elle devient comme le résumé de ce long discours de Jésus, comme ce qu’il faut en retenir absolument. 
 
L’histoire, en elle-même, ne pose pas de problème de compréhension. Jésus, présenté comme le Fils de l’Homme, vient pour prononcer le jugement sur toutes les nations. Il effectue pour cela une séparation qui est loin d’être arbitraire : d’un côté, les brebis, les bénis du Père, ceux qui ont vécu selon l’esprit de l’Evangile ; de l’autre, les chèvres, les maudits, ceux qui n’auront vécu que pour eux. 
 
Saint Matthieu note la surprise des deux camps à l’énoncé du jugement ; surprise identique de surcroît : quand, Seigneur, t’avons-nous vu ? Et c’est là que les choses se compliquent. Si la parabole s’adresse uniquement à des croyants, il est difficile de comprendre comment certains peuvent être ainsi surpris, puisqu’ils avaient en main, à travers l’Evangile et le témoignage des communautés, tout ce qu’il fallait pour bien se préparer à ce jour, pour reconnaître ce qu'ils avaient à faire durant leur vie pour échapper à la sévérité du jugement. Le croyant aurait reconnu de suite le Christ et n’aurait pas manifesté de surprise. De plus, comment comprendre que des croyants au Christ puissent n’être pas sauvés ? Il n’y aurait donc pas d’automaticité en matière de salut ? Le simple fait d’être baptisé ne procurerait donc pas automatiquement le salut ? 
 
C’est là que les petits détails ont leur importance. Certes, cette parabole, Jésus l’adresse à ses disciples ; mais dans la parabole, il ne parle pas que de ses disciples. Il parle bien de toutes les nations. On peut donc en conclure que cette parabole s’adresse à tous, quelle que soit leur origine, leur foi ou leur non foi d’ailleurs. Et si la parabole s’adresse bien à toutes les nations, nous avons alors une nouvelle clé de lecture. Tous les peuples de la terre sont rassemblés devant le Christ, qu’ils aient pu connaître ou non, sa parole de vie. Et tous les hommes, quelles que soient leurs opinions religieuses, sont jugés sur le même critère : non pas sur ce qu’ils auront dit ou pas de Dieu, de Jésus et de l'Esprit Saint, mais sur ce qu’ils auront vécu, concrètement, au jour le jour : l’attention et le partage envers les plus pauvres. Sans le savoir, nous dit cette parabole, les hommes, qu’ils aient connu ou non le Christ, mais qui ont passé leur vie à se mettre au service des autres, ont en fait servi le premier de tous, le Christ lui-même, présent au cœur de la vie de tout un chacun. Le frère et le partage deviennent les sacrements du Christ, les signes de sa présence dans le monde, les signes de sa présence en tout homme. Ce n’est peut-être pas pour rien que l’Eucharistie est le sacrement qui fait l’Eglise puisque elle est le lieu où Dieu se donne, où Dieu se partage dans la Parole et le Pain rompu, nous invitant à faire de même avec chacun de ceux que nous croisons. Il n’y a de vie de foi que partagée et donnée ; il n’y a de vie véritablement humaine que partagée et donnée. 
 
Croyants, nous sommes donc concernés par cette parabole, faisant partie nous aussi de cette multitude qui attend son jugement. Notre seule appartenance à l’Eglise de Jésus Christ ne suffit pas. Certes, c’est la foi en Jésus, mort et ressuscité, qui nous sauve ; mais, autant Paul que Jacques nous rappellent, à la suite du Christ Jésus, que notre foi nous engage et nous donne une responsabilité envers nos frères. Le baptême ne nous dispense pas de vivre notre foi au quotidien, bien au contraire. Reconnaître le Christ, Roi de l’univers, c’est reconnaître que tout pouvoir sur terre est d’abord service, puisque lui, le premier, a ouvert ce chemin, puisque lui nous a assuré de sa présence au cœur du monde, au cœur de notre vie. Le service du frère ne peut donc en aucun cas être optionnel. Il est une conséquence de la foi que nous proclamons. Dire sa foi, c’est bien sûr la proclamer dans les symboles de foi ; mais c’est aussi et surtout la proclamer par notre vie conforme à l’esprit des mots que nous proclamons. 
 
Que cette Eucharistie, partagée entre tous, nous rappelle toujours que dans le Royaume annoncé par Jésus, le plus grand est celui qui se met au service de ses frères, dès maintenant, dès ici-bas, pour la gloire de Dieu et le salut de tous. AMEN.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 23 novembre 2013

Christ, Roi de l'Univers - 24 novembre 2013

Deux larrons, Jésus et nous.
 
 
 
Trois hommes. Trois condamnés. Trois réactions face à la mort. Voilà ce que nous présente la liturgie en la fête du Christ, roi de l’univers. Car, pour étonnant que cela paraisse, cette page d’évangile rapportant la crucifixion nous parle bien de la royauté de Jésus. Et c’est justement face à la mort que nous pouvons le mieux approcher cette affirmation de notre foi.
Deux des condamnés sont des malfaiteurs. Leur style de vie, leurs actions passées les ont menés logiquement jusqu’au gibet. Ils ont joué, ils ont perdu, ils paient. Leur réaction face à ce qui arrive est pourtant fort différente. L’un d’eux, véhément, s’en prend au troisième condamné, qui n’est pourtant ni leur complice, ni celui par qui ils se sont fait prendre. Il le met au défi de les sauver, malgré les apparences. Il se place ainsi au même niveau que tous ceux qui regardent la scène et interpellent eux-aussi ce troisième condamné : Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi même !  Ils attendent un signe éclatant, qui prouverait leur folie et leur aveuglement. Ils attendent, en espérant certainement que cela ne se fasse pas. Si Jésus, parce que c’est lui le  troisième condamné, si Jésus donc avait véritablement été le Messie, ils l’auraient reconnu, à coup sûr, et ne l’auraient pas condamné. Celui-là ne peut être qu’un imposteur ! 
 
Le deuxième condamné, s’il a suivi son compère tout au long de sa vie, ne peut plus être d’accord avec lui. Il sait Jésus innocent. Il reconnaît que lui a mérité ce qui lui arrive. Il médite un peu tard sur le sens de sa vie et se tourne vers Jésus avec cette phrase surprenante : Jésus, souviens-toi de moi quand tu reviendras comme roi !  Entendez bien : quand tu reviendras, et non pas quand tu seras dans ton paradis. Il a découvert, sur le tard, que ce Jésus, qui est condamné avec eux, est bien le Roi des Juifs, celui que l’espérance d’Israël leur faisait attendre. Et devant ce Roi couronné d’épine et cloué en croix, il reconnaît le vide de sa vie, espérant le pardon que les hommes lui ont refusé. Il ne crane pas comme l’autre condamné ; il ne hurle pas avec la foule. Il regarde sa vie et se reconnaît misérable. Sans doute est-ce dans cette attitude qu’il faut trouver le qualificatif de « bon » que la tradition attribue à ce larron. Il devient bon au seuil de sa mort. Trop tard, me direz-vous ! Je ne crois pas. En relisant les Ecritures, ne trouvons-nous pas, dans les prophètes, cette affirmation : Quand le méchant se détourne de la méchanceté qu’il avait commise et qu’il accomplit droit et justice, il obtiendra la vie (Ez 18, 27) ? C’est bien ce qui advient à ce malfaiteur. Il a rencontré en Jésus, son Sauveur ; il le confesse comme tel. Jésus peut désormais l’assurer qu’aujourd’hui même, il sera avec lui. Ce faisant, Jésus révèle sa puissance et sa royauté. Il est celui qui combat le mal, il est celui qui fait vivre, il est celui qui relève et protège le pauvre. Il est roi pour celles et ceux qui laissent sa Parole d’amour et de pardon gouverner leur vie. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus est mort sur la croix, librement, pour définitivement vaincre la mort et le péché. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus peut encore quelque chose pour eux, malgré ce qu’ils ont pu dire, faire ou vivre dans le passé. Il est roi pour celles et ceux qui pensent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, ou pour faire mieux. Il est roi pour celles et ceux qui se reconnaissent assez humbles pour n’être pas leur propre roi et laisser leur vie entre les mains de ce condamné. Il est roi parce qu’il aime jusqu’à ce moment crucial où tout semble perdu. Il est roi parce que, même là, sur la croix, il ne veut que le bonheur et la vie des hommes. 
 
En assurant le deuxième condamné de sa présence, dès ce jour, aux côtés de lui, Jésus nous fait entrevoir notre propre destin. Comme ce malfaiteur, nous sommes appelés à vivre avec Dieu. Comme pour ce malfaiteur, il n’est jamais trop tard pour nous mettre à l’école du Christ et changer de vie. Puissions-nous, dès aujourd’hui et tous les dimanches à venir, nous tourner avec foi vers le Crucifié, le Roi de notre vie, et reconnaître en lui celui qui vient nous sauver. Alors nous aussi, dès aujourd’hui, nous serons avec lui dans le Royaume. Amen.

vendredi 23 novembre 2012

Christ, Roi de l'Univers B - 25 novembre 2012

Es-tu le Roi des Juifs ?


Es-tu le roi des Juifs ? Cette question simple en apparence marque le début d’un dialogue de sourds entre Jésus et Pilate. Dialogue de sourds parce que chacun des deux hommes emploie le même mot, mais ne lui donne pas la même signification.

Es-tu le roi des Juifs ? Pour bien comprendre comment on a pu en arriver là, il faut se souvenir du pourquoi de cette rencontre. Ce n’est pas une rencontre au sommet entre deux chefs d’état ; ce n’est pas davantage une discussion de philosophes (encore que la suite du dialogue pourrait y faire penser). Non, la rencontre à laquelle nous assistons est une rencontre entre un juge et un accusé, entre celui qui va prononcer une sentence de mort et celui qui va la subir.
Si ces deux hommes sont aujourd’hui face à face, ce n’est pas parce que l’un d’eux a commis un crime ; c’est d’abord parce que les hommes veulent se débarrasser de celui qui est accusé. Trop gênant, trop encombrant, ce Jésus. Les biens pensants, les chefs religieux ont estimé qu’il était préférable qu’il meurt. Ses idées pourraient être dangereuses. Et comme ils ne peuvent le mettre à mort eux-mêmes, les voilà livrant l’innocent à l’ennemi, seul capable de prononcer une peine capitale. Et pour être sûr qu’il ne s’en sortira pas, voilà Jésus accusé de vouloir prendre le pouvoir. C’est imparable ; l’issue ne peut être que fatale pour lui.

Es-tu le roi des Juifs ? Pilate aurait pu se contenter de prononcer une sentence de mort sans s’embarrasser de cette rencontre. Le seul fait que Jésus soit accusé de vouloir se faire roi est un motif suffisant pour mériter la mort. C’est un peu comme le fait d’avoir été résistant pendant la dernière guerre. Il n’en faut pas plus pour mourir vite. Mais voilà, Pilate sent bien que tout cela n’est pas très « catholique ». Il discute avec son prisonnier. Il veut en savoir plus. Il est intrigué par ce roi qu’on lui amène. Aurait-il pu penser que le peuple soumis à son autorité lui livra ainsi son propre roi ?

Es-tu le roi des Juifs ? Pour Pilate, cette question est avant tout politique. Jésus est-il un adversaire qui pourrait le chasser de son poste et vouloir mettre à mal l’autorité de Rome, et de César, seul roi acceptable ? Jésus est-il roi, chef de guerre, capable d’inverser le cours de l’histoire ? Si oui, il doit mourir. L’autorité de Rome ne saurait être remise en cause par quiconque.

Es-tu le roi des Juifs ? C’est toi qui le dis ! Jésus ne revendique pas ce titre pour lui. Il comprend bien que les mots sont tronqués ; il sent bien la distance qu’il y a entre lui et Pilate. Là où l’un parle politique, l’autre parle spirituel. Là où l’un entend pouvoir, l’autre dit service. Comment Pilate pourrait-il comprendre quelque chose à la royauté de Jésus, lui qui ne sait même pas ce qu’est la vérité ?

Es-tu le roi des Juifs ? Oui, Jésus est roi. Mais pas à la manière du monde. Il ne vient pas avec ses gardes et ses armées. Il ne vient pas imposer une loi, mais proposer un chemin de vie à tous ceux qui reconnaîtront la vérité de ses paroles. Cette vérité tient en peu de chose. Il est envoyé de Dieu pour arracher les hommes au mal et au péché qui les empêchent de vivre heureux. Il est venu ouvrir un chemin de vie et d’espérance pour celles et ceux qui croient en lui, qui croient en Dieu. Il est venu nous rappeler que l’homme n’est vraiment homme que lorsqu’il se met au service des autres et de leur bonheur. Il est venu nous redire avec force que seuls ceux qui savent prendre la tenue de service sont vraiment dignes du Royaume, de son Royaume. Oui, Jésus est roi : roi de tous ceux et celles qui acceptent de donner de leur vie, de leur temps, pour que le monde devienne plus humain, plus juste, plus fraternel. Pilate n’a rien à craindre, pas plus que César. La seule révolution qu’il risque avec un roi tel que Jésus, c’est de comprendre que la place qu’il occupe n’est pas une autorisation à faire n’importe quoi, mais qu’il y a un service à rendre lorsqu’on est responsable : celui de permettre aux autres de vivre, de vivre libre et heureux.

Es-tu le roi des Juifs ? Pour nous croyants, Jésus est notre roi, et nous attendons le jour où il sera reconnu comme tel par tous les hommes. Nous attendons ce jour non comme une revanche sur un monde qui préfère vivre sans Dieu, mais comme l’aube du jour où enfin tous les hommes seront égaux et libres, le jour où enfin le monde connaîtra la paix. En mettant nos pas dans les siens, en acceptant d’être à notre tour serviteurs de tous, nous hâterons sa venue, nous construirons son Royaume, et nous vivrons avec lui, éternellement. AMEN.

(Photo de l'auteur. Jésus devant Pilate, Chemin de croix de Francis Schneider, avec l'aimable autorisation de son épouse).

samedi 19 novembre 2011

Christ, Roi de l'univers A - 20 novembre 2011

Que signifie accueillir le Christ, Roi de l'univers ?





C’est une bien belle manière de terminer l’année liturgique que de la consacrer au Christ, Roi de l’univers. Comme le chantera la préface tout à l’heure, nous reconnaissons, au terme d’un parcours avec l’évangéliste Matthieu, que Jésus est bien celui que Dieu a envoyé pour établir un règne de vie et de vérité, un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice d’amour et de paix, dans lequel l’homme et Dieu vivront réconciliés. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement pou nous ? Qu’est-ce que cela veut dire d’avoir le Christ pour roi de l’univers ?

Accueillir le Christ comme roi de l’univers dans ma vie, c’est d’abord me laisser chercher par lui. Nous considérons souvent que la vie spirituelle consiste à chercher Dieu. Mais la Bible nous apprend que c’est Dieu qui cherche l’homme. Relisez la Genèse, quand l’homme et la femme ont désobéi à Dieu. Ils se cachent devant sa face et Dieu se met à leur recherche : homme, où es-tu ? Relisez le prophète Ezéchiel que nous avons entendu en première lecture : Maintenant, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis et je veillerai sur elles… la brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Relisez aussi les évangiles et contemplez Jésus allant à la rencontre des hommes et des femmes de son temps, et particulièrement vers celles et ceux qui sont blessées, exclues, pour leur dire qu’ils sont du peuple que Dieu se donnent, qu’est venu le temps de la délivrance, le temps du salut. Oui, reconnaître le Christ comme Roi de l’univers, c’est accepter qu’il nous trouve, qu’il entre dans notre vie pour y faire son œuvre de salut. C’est accepter que lui seul puisse redresser en nous ce qui est courbé, que lui seul puisse guérir en nous ce qui est malade. C’est accepter que Dieu m’aime et qu’il peut et veut faire quelque chose pour moi.

Accueillir le Christ comme roi de l’univers, c’est aussi reconnaître que c’est sur la croix qu’il manifeste le mieux sa royauté. C’est bien en livrant sa vie sur la croix qu’il réalise ce que personne n’a jamais fait et ne fera plus jamais pour nous : il livre sa vie en échange de la nôtre ; il livre sa vie pour que nous puissions vivre. Là, sur la croix, il détruit l’ultime ennemi de l’humanité : la mort elle-même. Plus rien désormais ne peut nous tenir éloignés de Dieu, si ce n’est nous-mêmes et notre liberté. Dans sa mort et résurrection, le Christ est ce pasteur qui est allé à la rencontre de ses brebis, qui s’est livré pour elles, qui a pris soin d’elles. Seul notre refus de Dieu peut désormais nous tenir éloignés de lui. D’où la nécessité d’un jugement que le Christ devra prononcer lors de son retour, non pour punir, mais pour unir en Dieu celles et ceux qui se seront laissés sauver.

Accueillir le Christ comme roi de l’univers, c’est nécessairement alors vivre de telle manière que nous manifestions, dès maintenant, par nos actes que le Christ nous déjà trouvé et sauvé. Le récit du jugement dernier que nous avons entendu est intéressant. Il nous montre le Christ revenant dans sa gloire et séparant les hommes, les uns des autres. Deux groupes distincts, mais à qui sont faites les mêmes réflexions : J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison. En un mot, les grands besoins fondamentaux de tout humain : nourriture, boisson, accueil (logement), vêtement, compassion et miséricorde. Et un constat : tu l’as fait pour moi ou tu ne l’as pas fait pour moi. La même surprise, des deux côtés : quand t’avons-nous vu, Seigneur ? Quand avons-nous fait (ou pas fait) cela pour toi ? Et la même réponse : chaque fois que vous l’avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). Ceux qui auront choisi et accueilli le Christ comme leur roi, en toute chose, durant leur vie, seront accueillis par lui pour avoir vécu selon son unique commandement : Aime Dieu et tes frères. Nous reconnaissons le Christ comme notre roi lorsque, comme lui, nous servons nos frères. Si nous ne le faisons pas pour eux, faisons-le au moins parce qu’à travers eux, nous rencontrons le Christ et nous nous laissons rencontrer par lui. Le visage du Christ est imprimé en chacun de nous depuis que Dieu s’est fait homme, depuis qu’il s’est irrémédiablement lié à nous.

Sachant que nous sommes tous le pauvre de quelqu’un et le riche d’un autre, nous avons tous à servir et à nous laisser servir pour construire ce monde, ce règne de justice, d’amour et de paix. Ainsi nous correspondrons toujours mieux à ce que Dieu a voulu faire de nous lorsque, au commencement, il nous a créés dans son amour. Et nous entendrons notre roi nous dire, à son retour : Venez, les bénis de mon Père, et recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Quel beau retour à la maison que ce jour-là ! Amen.



(Photo de Quentin Urlacher)