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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


samedi 25 avril 2026

4ème dimanche de Pâques A - 26 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous offre la vie en abondance





 

            Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui nous reste en mémoire quand nous rentrons chez nous après la messe ? Nous entendons chaque dimanche quatre lectures, si l’on compte le psaume, et qu’emportons-nous ? La réponse va probablement varier en fonction des personnes, de notre humeur, de notre attention, du temps liturgique que nous célébrons, et que sais-je encore ? Pourtant, au cœur de toutes nos liturgies, il y a une certitude qui ne doit jamais nous abandonner, et que l’évangile de ce dimanche remet au centre : c’est la raison pour laquelle Jésus est venu en ce monde ; la raison pour laquelle il a donné sa vie. Chacune de nos eucharisties nous remet face à ce mystère. Je ne dis pas que vous pouvez oublier tout le reste ; mais ce cœur de la foi, quand bien même la célébration ou l’homélie devaient être ennuyeuses, vous devriez le retrouver et en rendre grâce.           

            Je vais immédiatement enlever une réponse inappropriée : Jésus n’est pas venu en ce monde pour mourir en croix et ressusciter. Mourir et ressusciter, c’est de l’ordre des moyens employés, ce n’est pas la raison pour laquelle il est venu en ce monde. Ceux qui ont encore en mémoire le catéchisme par questions-réponses, pourraient retrouver la raison principale de la venue de Jésus en ce monde à partir de cette question simple : que procure la foi ? La vie éternelle ! Oui, Jésus est venu en ce monde pour que ses brebis aient la vie, la vie en abondance. Et il faut entendre cette précision apportée par Jésus lui-même : la vie en abondance. Ce n’est pas une petite vie qu’il nous offre ; non, c’est la vraie vie, celle qui ne finit pas, celle que la mort elle-même ne saurait arrêter. Dieu n’est pas avare de cette vie largement donnée par Jésus mort et ressuscité. Nous le voyons dans les Actes des Apôtres : environ trois milles personnes se joignirent aux Apôtres au seul jour de la Pentecôte ! Le premier discours de Pierre, c’est tout ce qu’il fallait pour que trois milles personnes comprennent et désirent recevoir ce don de la vie éternelle offert par Dieu, en Jésus mort et ressuscité. Et il est impossible de compter, depuis ce premier discours, combien, à travers le temps et l’Histoire, ont compris que Dieu nous dit son amour en nous offrant cette vie en abondance ! Rien qu’aujourd’hui, nous sommes 2,3 milliards de chrétiens dans le monde. Je vous laisse imaginer ce que cela peut représenter en 21 siècles ! Je ne peux pas croire, avec autant d’ainés dans la foi, que j’ai pu, que nous puissions nous tromper lorsque nous accordons notre foi au Dieu Père, Fils et Esprit Saint que nous confessons avec tous les chrétiens.

            Que certains veuillent falsifier la foi, s’en servir à mauvais escient, Jésus lui-même nous avertit que cela peut arriver. Mais il nous rassure aussi en nous disant que nous connaissons sa voix à lui et que nous savons qui écouter. Les voleurs, les bandits, les falsificateurs de la foi, il y en a eu et il y en aura encore. Mais il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais qu’un seul Christ, qu’un seul vrai pasteur. Et il est encore écouté aujourd’hui quand il parle à travers ceux qu’il envoie porter sa parole. Voyez le Pape Léon. Si vous avez suivi son récent voyage en Afrique, vous aurez peut-être été frappés par l’authenticité de son message, la clarté de sa prédication, sans peur et sans haine, alors même qu’il nous appelait tous à plus d’humanité, à mettre fin aux guerres, aux querelles d’égo, aux dictatures de toutes sortes, qu’elles soient d’ordre politique, économique ou technologiques. A la suite du Christ, il appelait à une vie plus grande, plus digne, plus respectée et plus respectueuse pour tous. Même à la prison qu’il a visité dans l’un des pays, il a rappelé la dignité de tout homme, y compris de ceux qui se retrouvent derrière des barreaux, et que rien de ce qu’ils ont pu faire ne justifiait envers eux l’usage de comportements dégradants. Le but de la prison n’est pas de casser des hommes et des femmes, mais de leur permettre de retrouver une place dans la société une fois leur peine accomplie. Sa parole claire nous remet tous devant l’exigence d’être à la hauteur de cette vie que Dieu propose à tous.

            L’eucharistie qui nous rassemble vient comme raviver cette vie éternelle à laquelle nous participons déjà par notre baptême. Et le Pain eucharistique nous est donné pour nourrir cette vie, pour la faire grandir en nous, et nous rendre forts dans cette vie nouvelle. En effet, Pierre le rappelle dans sa première lettre, le Christ nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces. Ce don de la vie éternelle, de la vie en abondance, suppose que, comme Jésus, nous refusions le péché, le mensonge, l’insulte, la menace et que nous choisissions au contraire l’abandon à Celui qui juge avec justice. En lui seul est la vie véritable parce qu’il est le seul à donner la vie éternelle. Les propositions faites par d’autres ne sont que des ersatz de mauvaises qualités qui ne mènent nulle part. Que l’eucharistie célébrée et reçue nous donne d’y voir clair et la force de nous engager à la suite du seul vrai berger : le Christ Jésus, qui a donné sa vie pour que nous ayons la vie éternelle. Amen.

samedi 1 novembre 2025

Commémoration de tous les fidèles défunts - 2 novembre 2025

 Nous sommes faits pour la vie.



 

 

            Par cinquante-sept fois, depuis la Toussaint 2024, notre communauté de paroisse s’est réunie pour accompagner une famille dans le deuil et célébrer notre foi en la vie plus forte que la mort et en l’amour miséricordieux de Dieu. En ce 2 novembre, l’Eglise commémore tous les fidèles défunts et nous invite à prier pour eux. Les textes liturgiques retenus nous permettent d’entrer dans cette célébration en nous rappelant quelques fondamentaux.

            Le livre de la Sagesse nous a rappelé la foi de nos pères. Dès l’Ancien Testament, il y a cette certitude que la mort, souvent comprise comme un malheur, est en fait le passage vers le Dieu des vivants. Ils sont dans la paix… l’espérance de l’immortalité les comblait. La peine qui est la nôtre lorsque nous perdons un proche est normale ; elle témoigne de notre attachement au défunt. Mais notre tristesse ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux… Dieu les a trouvés dignes de lui. Il y a dans ces affirmations toute notre espérance d’une vie plus forte et plus grande que la mort. Des siècles plus tard, saint Paul dira que même la mort ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Il s’inscrit parfaitement dans cette foi exprimée par l’auteur du livre de la Sagesse. Ce n’est donc pas une nouveauté chrétienne, mais bien une certitude qui travaille le cœur de l’homme depuis fort longtemps. Celui qui a donné la vie, ne peut pas donner la mort ; il appelle sans cesse à plus de vie.

            Dans l’Evangile de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, Jésus montre qu’il est celui qui combattra la mort et rendra la vie à toute l’humanité. Cette petite résurrection doit nous préparer déjà à la grande résurrection, celle de Jésus, qui manifestera définitivement que notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Jésus est venu dans le monde pour rappeler aux hommes la présence de Dieu à leur vie, et que Dieu veut leur salut, c'est-à-dire qu’ils vivent avec Lui pour toute éternité. La foule à Naïm ne s’y trompe pas. Devant ce signe d’un fils mort rendu à sa mère, veuve, les gens s’écrient : Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Quand Dieu visite son peuple, ce n’est pas pour le punir ou le faire mourir, mais pour lui offrir la vie.

            L’Apôtre Paul expliquera ce mystère d’une vie plus forte par la résurrection de Jésus. Et surtout, il nous fera comprendre que ce mystère, s’il est réalisé par Jésus, nous concerne. Si nous avons été unis à lui (au Christ) par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemble à la sienne. La résurrection n’est pas la récompense de Jésus pour avoir accepté la croix ; elle est la conclusion glorieuse de son incarnation. Si Dieu a envoyé son Fils dans le monde, ce n’est pas pour le faire mourir, mais pour nous faire vivre par lui, avec lui et en lui. Et pour que nous puissions vivre libérés du péché, il fallait que le Christ fasse mourir le péché avec lui sur la croix. Et puisque la mort est venue en conséquence du péché d’Adam, quand le péché meurt, la mort disparait ; elle n’a plus de pouvoir, elle ne peut plus retenir les hommes dans ses filets. Par la résurrection du Christ, nous sommes libérés du péché et de la mort. La mort n’est plus que le passage vers la vie en plénitude, notre accouchement à la vie éternelle. Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Ce passage par la mort, nous l’avons déjà tous vécu : c’est notre baptême qui l’a accompli pour nous : Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui est ressuscité d’entre les morts.

            Il ne faut alors pas se tromper sur le sens de cette commémoration de tous les fidèles défunts, ni sur le sens des messes que nous pouvons faire dire pour eux. C’est une belle tradition qu’il nous faut comprendre justement. Il ne s’agit pour nous de leur acheter une place au Paradis, ni de marchander avec Dieu leur place auprès de lui. Cette place, ils l’ont ! Elle leur est assurée, comme elle nous est assurée, par la mort et la résurrection de Jésus. Sur la croix, il nous a déjà sauvé. Le sens de la messe pour les morts, c’est bien de prier pour eux, pour que leur cœur, dont nous ne connaissons pas le fond – Dieu seul le connaît ! – pour que leur cœur donc soit pleinement ouvert à l’amour miséricordieux de Dieu. En célébrant ce jour pour tous nos défunts, comme en faisant dire une messe pour un défunt que nous avons connu et aimé, nous voulons comme « réveiller la foi de nos morts » et leur demander d’accepter de se laisser aimer jusqu’au bout, si d’aventure ils ne l’avaient pas déjà fait. Le Dieu des vivants nous veut tous vivants avec lui. Il ne saurait tolérer que la mort retienne ne serait-ce qu’un des nôtres. Il nous a faits pour la vie, et la vie en plénitude. Acceptons cette donnée de notre foi, et acceptons son amour qui nous fait vivre en lui, aujourd’hui, demain et toujours. Amen.

samedi 27 septembre 2025

26ème dimanche ordinaire C - 28 septembre 2025

 Empare-toi de la vie éternelle !



 


Empare-toi de la vie éternelle ! Cet appel pressant de Paul à son ami Timothée me surprend, moi qui crois fondamentalement que la vie éternelle est un don que Dieu me fait. Il a un je-ne-sais-quoi de guerrier, surtout quand nous lisons la totalité du verset : Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. Comment comprendre ?

Un début de réponse nous vient de ce que Paul écrit encore à son ami. D’abord, il l’invite à rechercher la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Et je vois tous ceux qui étaient montés à cheval pour s’emparer de la vie éternelle, tomber de leurs grands chevaux. Ce n’est pas une guerre contre quelqu’un d’autre qu’il nous faut livrer, mais contre nous, contre ce que Paul appelle ailleurs les tendances égoïstes de la chair. Ce que nous devons livrer, ce n’est pas un combat contre Dieu, pour lui arracher la vie éternelle, comme nous arracherions une citadelle à l’ennemi. Pour nous emparer de la vie éternelle, comme Timothée, il nous faut personnellement vivre ces six attitudes. Et nous savons tous que ce n’est jamais simple. Être juste, alors même que nous pouvons avoir l’impression qu’on nous emberlificote ; vivre dans la piété, la foi, la charité, persévérer dans ces choses et rester doux, alors même que tant d’hommes sans foi ni loi réussissent mieux que nous, tout cela peut nous sembler vain, voire cruel. Si nous laissions tomber toutes ces choses que les autres ne respectent plus, est-ce que cela n’irait pas mieux pour nous ? Peut-être, nous n’en savons rien. Mais ce que nous savons, c’est que si nous faisions ainsi, si nous aussi nous vivions sans foi ni loi, ça n’irait pas mieux pour le monde ; ce serait pire pour tous. Les croyants, comme Timothée, sont des phares dans la nuit de tempête, qui peuvent guider l’humanité qui se perd vers la voie du salut. Souvenez-vous de ce que dit Jésus : Vous êtes la lumière du monde !

C’est ce qu’avaient oublié ceux qui devaient guider le peuple d’Israël au temps où le prophète Amos fait retentir la voix de Dieu. Malheur à ceux qui vivent bien tranquille dans Sion et qui ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! A ceux qui s’interrogent sur ce désastre, je renvoie vers la première lecture de dimanche dernier déjà extraite du même prophète : Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’au déchet du froment. Ce qu’il dénonce, c’est un monde sans justice sociale, un monde du profit au détriment du petit, un monde du toujours plus pour quelques-uns au détriment d’un monde de partage pour tous. Personne ne peut espérer s’emparer de la vie éternelle en s’emparant des biens des pauvres, en s’enrichissant sur le dos des pauvres. Ce que Amos dénonce au nom de Dieu, c’est un monde sans justice, sans piété, sans foi, sans charité, sans douceur ; ce qu’il dénonce, c’est un monde qui persévère dans le mal, alors qu’il devrait persévérer dans le bien. Cela semble rapporter plus, de persévérer dans le mal, mais c’est avoir une courte vue : notre vie sur terre n’est qu’un moment face à la vie éternelle. C’est elle qu’il nous faut viser, c’est d’elle dont nous devons nous emparer.

 Le riche sans nom de la parabole de Jésus l’avait oublié, lui aussi. Il n’était sans doute pas sans foi, ni loi (quand tout va mal pour lui, il reconnaît et appelle le Père Abraham) ; sans doute allait-il au Temple et faisait-il sabbat. Peut-être était-il même juste en affaire : tous les riches ne sont pas des escrocs ! Et il n’a assurément pas fait de mal au pauvre Lazare ; il ne l’a juste pas vu ! Il vivait dans son monde, fait de beaux vêtements et de festins somptueux. Lazare vivait dans le sien, fait d’ulcères et de ventre vide : il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais les seuls qui le voyaient, les chiens, venaient se rassasier sur lui en léchant ses ulcères. Le pauvre Lazare s’empare de quelque chose qui lui est refusé au riche sans nom : la vie éternelle.

             Empare-toi de la vie éternelle ! Qui d’entre nous y songe quotidiennement ? Ne pensons-nous pas un peu vite qu’elle finira par venir d’elle-même, plus tard, le plus tard possible d’ailleurs ? Ne pensons-nous pas quelquefois qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, et tant pis pour les autres ? Après tout, nous travaillons, dur, alors que tant d’autres semblent profiter indûment d’un système. Nous ne faisons rien de mal, et surtout, nous ne faisons rien de mal aux autres à profiter un peu de la vie. Certes, mais leur faisons-nous du bien ? Car s’abstenir de faire du mal, c’est un bon début, mais si cela n’est pas suivi par un souci de faire du bien aux autres, c’est comme s’arrêter au milieu du gué. Emparons-nous de la vie éternelle, en suivant les recommandations de Paul à Timothée, et vivons en faisant le bien, sans relâche. Gardons le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochables, jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. Amen.

lundi 14 juillet 2025

15ème dimanche ordinaire C - 13 juillet 2025

 Il pensait réussir ; il sait désormais comment réussir.






 

            Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? C’est avec cette question qu’un homme, un docteur de la Loi, veut mettre Jésus à l’épreuve. Et il pensait réussir. Les Apôtres ont dû bien rire, eux qui cheminent avec Jésus depuis quelque temps déjà et qui ont entendu Pierre déclarer que leur Maître est le Christ, le Messie de Dieu. Comme s’il était possible de le piéger avec une telle question. Autant essayer de piéger le meilleur pâtissier du monde avec une question sur la recette d’un Saint Honoré ! Ridicule.

             Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? Si vous comparez ce récit à celui de Matthieu ou Marc, vous verrez que, chez Luc, Jésus ne répond pas à la question directement. Il va forcer son adversaire du jour à répondre. Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » Une manière très polie de lui dire : mais toi, dis-moi non seulement ce que tu lis dans la Loi, mais comment tu le comprends. Parce que lire la Loi, tout le monde peut le faire ; mais la comprendre correctement, c’est une autre affaire. Le docteur de la Loi se laisse prendre au jeu du : toi d’abord, moi après. Et il y va de sa réponse que nous connaissons tous : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. Luc nous fait comprendre mieux que les autres que ce n’est pas là une invention ou une relecture de Jésus. Il n’est pas le premier à lier l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Un homme vient de le faire devant Jésus, et celui-ci approuve la réponse de l’homme : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. La réponse est désormais claire pour toutes les générations à venir, que vous soyez juifs ou disciples du Christ : l’assurance de la vie éternelle, c’est l’amour de Dieu et du prochain. C’est un spécialiste de la Loi qui le dit ; c’est Jésus qui le confirme. La question posée a obtenu une réponse qui satisfait les deux parties ! L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais elle rebondit : Lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? ».

             Là on commence à parler sérieusement. Qui est mon prochain ? c'est-à-dire de toutes les personnes que je rencontre, qui dois-je aimer ? Et donc, qui puis-je ne pas aimer, parce qu’il ne serait pas mon prochain ? Encore une fois, Jésus ne répond pas directement. Il raconte une histoire que nous connaissons tous aujourd’hui, celle du bon Samaritain, mais qui est d’abord l’histoire d’un homme agressé, dépouillé, laissé pour mort au bord de la route. Celui qui importe, au début de l’histoire, ce n’est pas le bon Samaritain, mais bien ce mourant laissé là et que d’autres vont croiser. Comment vont-ils interagir avec lui ? Un prêtre, puis un lévite vont passer par ce chemin. Tous deux voient l’homme. Sûrement, ces hommes de Dieu vont faire quelque chose ! Eh bien non, tous deux passèrent de l’autre côté.  Nous comprenons spontanément l’autre côté de la route ; mais l’autre côté, je peux aussi l’entendre comme : ils passèrent au mauvais côté. Ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : ils ont sciemment ignoré l’homme mourant. Et qu’importe les bonnes raisons qu’ils auraient pu avoir ; en passant de l’autre côté, ils n’ont rien fait, ils ont ignoré leur frère dans le besoin. Ils ont fait de la Loi qu’ils prétendent servir une condamnation pour celui qui est victime, une condamnation pour celui qui n’a rien fait de mal. Au sordide de l’agression gratuite, ils ajoutent l’abject du désintérêt. Il est mourant ; qu’il ait la décence de mourir seul et en silence ; je ne vais pas me mettre en retard, Dieu m’attend ! Arrive le Samaritain, celui dont Jérusalem a mauvaise opinion. Il le vit et fut saisi de compassion. Il fait ce qu’il faut pour soigner cet homme et le mettre à l’abri, à ses propres frais. Et il s’engage même à revenir prendre de ces nouvelles et régler toute dépense supplémentaire ! L’histoire n’a rien de compliqué ; c’est celle d’un homme qui avait besoin d’aide.

         Rappelons-nous maintenant la question qui nous a valu cette histoire : Et qui est mon prochain ? A la fin de l’histoire, sans doute le docteur de la Loi espère-t-il une réponse claire. Il n’aura encore une fois qu’une question de la part de Jésus : Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? Il faudrait être de mauvaise foi ou complètement stupide pour ne pas répondre avec le docteur de la Loi : Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. Ceci nous oblige à bien comprendre le renversement opéré par Jésus. La question n’est plus de savoir qui, de toutes les personnes que je croise, est mon prochain ; mais bien de savoir de qui je dois me faire le prochain. De qui dois-je avoir le souci ? De tous ceux dont tu croises la route. Tu ne peux pas rester indifférent à ceux que Dieu met sur ta route, et surtout pas de celui qui a besoin de toi. Rien ne peut être plus important que le service du petit, pas même Dieu, puisque Dieu lui-même, dans sa Loi, a lié l’amour de Dieu à l’amour du prochain. Aimer le petit, c’est donc aimer Dieu. S’occuper de l’autre, c’est donc s’occuper de Dieu. Je ne peux pas dire au pauvre : je ne peux pas m’occuper de toi, Dieu m’attend ! Je ne peux pas dire à l’étranger : je ne peux pas t’accueillir, Dieu m’attend. Puisque je crois en Jésus, Dieu fait homme, cela signifie qu’en chaque humain que je croise, c’est Dieu lui-même que je croise. A l’homme qui l’interrogeait, Jésus répond une dernière fois : Va, et toi aussi, fais de même. C’est juste limpide ! Il n’y a plus ni de question à poser, ni de question à se poser.

 Tout avait commencé avec le désir d’un homme de réussir à mettre Jésus dans l’embarras. Il pensait mettre Jésus à l’épreuve ; sa question s’est retournée contre lui. Il n’a peut-être pas réussi à mettre Jésus à l’épreuve, mais désormais il sait : il sait que Jésus n’indique pas une nouvelle voie, ni une nouvelle Loi. Désormais il sait que Jésus accomplit la Loi et qu’il lui demande de faire de même. Il pensait réussir à piéger Jésus en l’interrogeant sur la vie éternelle ; il sait désormais comment réussir sa vie et son paradis. En mettant l’autre, le petit, au cœur de sa vie et par là, en mettant vraiment Dieu au cœur de sa vie. Il le sait, et nous le savons. Allons, et nous aussi, faisons de même ; devenons le prochain de ceux qui ont besoin de nous. Amen.

samedi 12 octobre 2024

28ème dimanche ordinaire - 13 octobre 2024

 Quand le salut passe par notre humanité.



(Jésus et le l'homme riche, Source : Jésus et l'homme riche (Mc 10,17-31) | Au Large Biblique)





 

            Il a quelque chose d’attachant, ce jeune homme qui vient vers Jésus. Il nous ressemble tellement, pas méchant, cherchant quelque chose de plus dans sa vie. Il veut être sûr d’être sauvé. Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? En voilà un qui, pour une fois, ne veut pas piéger Jésus. Sa question est honnête et sincère. Il reconnaît en Jésus un maître de vie. Il est décidé à réussir. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que l’histoire soit belle et finisse bien ; et pourtant… 

            Avant de nous précipiter à la fin de l’histoire, il nous faut bien entendre la réponse de Jésus : Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. Quiconque connaît les commandements laissés par Moïse se sera rendu compte qu’il manque les premiers, ceux qui concernent Dieu : Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Voilà, avec ceux-là, la liste est complète. Jésus les aurait-il oubliés ? Pas lui, quand même ! Il n’arrête pas de parler de Dieu comme de son Père ; il nous invite à le prier en ce sens. S’il ne les donne pas, il doit y avoir une raison précise, et je la résumerai ainsi : notre salut ne passe pas seulement par l’amour que nous aurons pour Dieu, mais aussi (et peut-être surtout) par notre manière de l’exprimer à ceux que nous voyons et côtoyons. Autrement dit, c’est ton humanité qui te sauve ; c’est ton inhumanité qui te perdra. Il existe d’autres paroles de Jésus qui vont dans ce sens. Par exemple, Matthieu, chapitre 7, verset 21 : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Et pour ceux qui s’interrogent sur la volonté de Dieu, relisons toujours dans l’évangile de Matthieu le chapitre 25, versets 34-40 : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            L’enseignement de Jésus aurait dû satisfaire notre homme venu vers Jésus. En effet, il répond ainsi à Jésus : Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Il n’avait donc pas de crainte à avoir ; son humanité bien vécue, il n’y a pas à en douter, lui vaudrait en héritage la vie éternelle. La Loi est claire, la Loi est vécue par l’homme, la Loi sera appliquée par Dieu. Mais voilà, lui veut plus. Il ne lui suffit plus d’être juste humain et bon avec les autres. C’est pour cela que Jésus lui indique une voie supérieure : une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres. La réponse vaut pour lui, et pour tous ceux qui comme lui, veulent plus que simplement déployer toute leur humanité. Mais ce plus proposé par Jésus lui semble soudain inatteignable, irréalisable dans l’immédiat. Cela signifie-t-il qu’il ne sera pas sauvé ? Non, s’il continue à vivre les commandements, s’il continue à être humain, il sera sauvé par Dieu. Cet épisode nous montre qu’il y a des voies différentes, correspondant à différents caractères. Tout vendre pour donner aux pauvres n’est pas une obligation, c’est un plus, proposé à celui qui veut plus que ce que la Loi demande. Plutôt que de se réjouir de ce qu’il fait déjà, notre homme s’en va en pleurant, car il avait de grands biens. Et alors ? Ces grands biens ne sont pas un obstacle à son salut ; ils sont un obstacle à cette voie autre que lui propose Jésus, et qu’il ne se sent pas capable de suivre. S’il continue à vivre comme il l’a fait depuis sa jeunesse, il obtiendra ce qu’il cherche. Dieu ne pas va lui dire : parce que tu n’as pas été capable de vivre le plus que je te proposais, je ne veux plus te voir. Jésus dit seulement que c’est plus difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, mais il ne dit pas que c’est impossible, voire interdit ! Si la richesse te détourne de tes frères, c’est très compliqué ; elle ne t’achètera pas une place dans le royaume. Mais si ta richesse te permet de mieux faire vivre, d’être encore plus attentif aux autres, très bien. 

            Il nous faut alors encore entendre la fin de l’enseignement de Jésus, celui qu’il ne donne qu’à ses disciples, perplexes eux-aussi. Quand ils interrogent Jésus : Mais alors, qui peut être sauvé ?, Jésus dit : Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. N’est-ce pas une manière de nous dire : ne te préoccupe pas de cela, parce que ce n’est pas en ton pouvoir de décider ? Laisse Dieu être Dieu, et manifester sa miséricorde et son salut. Toi, vis ta vie, du mieux que tu peux. Le reste, c’est cadeau, cadeau de Dieu. Vis, vis bien avec les autres, n’écrase personne de ta superbe, et tout ira bien. Vis, car c’est là que Dieu t’attend, dans l’ordinaire de ta vie. Ton salut, c’est dans ton ordinaire qu’il grandit. Plus tu seras humain, plus tu seras saint. Alors vis, Dieu s’occupera du reste, tout simplement. Amen.

 

samedi 15 avril 2023

2ème dimanche de Pâques A - 16 avril 2023

 Jésus, mort et ressuscité, source de notre joie.





  

 

            Durant tout le temps pascal, nous entendrons, en deuxième lecture, la première lettre de Pierre, qui s’adresse à des chrétiens disséminés, persécutés ou à tout le moins marginalisés, et qui n’ont déjà plus connu Jésus de son vivant. En cela, son contenu peut nous intéresser et redonner sens à notre foi, dont il faut bien dire qu’elle est en perte de vitesse en Occident. Les chrétiens, que la France laïque essaie depuis la Révolution de marginaliser, renvoyant leur foi à la sphère strictement privée, trouveront dans cette épître de quoi redonner sens et force à leur foi, en ce temps pascal. 

            Le passage que nous avons entendu commence par une longue bénédiction qui nous redit que Dieu nous fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. Elle donne d’emblée une tonalité pascale à cette lettre. Et il nous faut bien entendre le vocabulaire utilisé. Il est question d’abord de renaissance : le mystère pascal que nous célébrons et qui fonde notre foi, nous fait naître à l’homme nouveau grâce à la résurrection de Jésus. Cet acte radicalement nouveau a un impact direct sur notre vie. Elle en est bouleversée, renouvelée ; et c’est notre baptême qui nous rend participant de cette nouveauté. Cette renaissance nous donne accès à l’héritage (autre mot à retenir) qui nous est réservé dans les cieux. En passant la mort, en nous ouvrant à la vie nouvelle, Jésus, le Fils unique de Dieu, son héritier, fait de nous des co-héritiers. C’est dire la dignité qui est la nôtre depuis notre baptême. Et, nous dit Pierre, en vue de cet héritage, Dieu veille sur nous, il nous garde par la foi. Entendez bien et convertissez votre regard. Nous croyons souvent que c’est nous qui gardons Dieu dans notre vie par la foi qui est nôtre ; et bien non, nous dit Pierre, c’est tout le contraire : Dieu nous garde par la foi. Elle est le don par lequel nous sommes dans la main de Dieu. Parce que nous prenons conscience de ce mystère du salut opéré en Jésus, par Dieu qui nous garde, nous exultons de joie. La source de notre joie est la source de notre foi : Jésus, mort et ressuscité pour notre salut. Et cette joie est si grande qu’elle nous fait tenir dans les tribulations et les souffrances que nous pouvons connaître. 

            L’auteur ne développe pas une vision doloriste de la vie chrétienne. Il ne dit pas qu’il nous faut souffrir pour être sauvés. Il dit : lorsque vous souffrez, souvenez-vous de Jésus, mort et ressuscité pour votre vie ; en lui est le salut, en lui est votre joie, même et surtout au milieu des épreuves. Ce n’est pas un appel à être heureux parce qu’on souffre, mais un appel à vivre nos souffrances en n’oubliant pas à quoi nous sommes appelés : un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. La mort et la résurrection du Christ, en nous rappelant à quel héritage nous sommes promis, nous donne la force de traverser les épreuves de la vie, en conservant au fond de notre cœur la joie du salut. Il nous faut nous attacher au Christ vivant, lui que nous aimons sans l’avoir vu. Le salut n’est pas hors d’atteinte ; le salut est au bout de notre chemin de foi. Il nous est offert ; il est offert à quiconque croit que Jésus, celui qui était mort, est ressuscité et qu’il est notre vie et notre joie. J’insiste sur ce point parce que j’ai été marqué hier par la rencontre avec un homme qui est venu se confesser. Après la confession, nous avons discuté un peu ; il était anxieux au sujet de ses parents décédés, pour qui il avait fait dire de nombreuses messes. Il désirait pour eux le paradis. Seulement voilà, une « voyante » lui a dit que malgré ses nombreuses messes, ses privations offertes en sacrifice de réparation pour ses parents, ceux-ci se trouvaient toujours au purgatoire. Certes, ils avaient progressé un peu. Mais quand même, disait-il, est-ce que les messes que je fais dire servent réellement à quelque chose ? Sa foi vacillait parce que des pseudos voyants lui disaient qu’il n’en a pas fait assez pour ses parents. Il en a perdu la joie de la foi ! La lettre de Pierre nous invite au contraire à la joie et à la foi, avec la promesse du salut. Dieu nous a faits pour la vie, ici-bas certes ; mais il nous a surtout faits pour la vie avec lui dans le Royaume. C’est notre héritage ! C’est le don de notre foi aboutie ! Comment pouvons-nous douter de Dieu, de sa bonté, de son projet amoureux pour nous ? 

            Il est urgent de retrouver cette joie toute pascale. Jésus, mort et ressuscité, serait allé à la croix pour rien si cet événement unique ne transformait pas notre vie. Jésus aurait souffert pour rien si notre salut n’était pas au bout du chemin pour nous, par la foi dans laquelle Dieu lui-même nous garde. Notre baptême nous a identifiés au Christ mort et ressuscité, faisant de nous les héritiers de ce qui est à Dieu : la vie éternelle. L’eucharistie nous fait proclamer la mort et la résurrection de Jésus et notre attente de son retour dans la gloire. Elle est le sacrement qui nous donne un avant-goût de la joie qui sera nôtre au Paradis. Célébrons le Christ mort et ressuscité, et que vive notre joie, aujourd’hui et toujours, parce qu’elle est la joie de nous savoir sauvés, même quand notre vie est difficile. Amen. 


samedi 24 septembre 2022

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2022

 Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle !



(Herrade de Landberg, Parabole du riche et du pauvre Lazare, Hortus deliciarum)





            Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. Vous auriez tort de croire que, parce que Paul s’adresse ainsi à Timothée, son ami exerçant la charge d’épiscope dans sa communauté, que l’appel qu’il lui adresse ne vous concerne pas. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas ordonnés que vous n’êtes pas hommes et femmes de Dieu. Le combat de la foi est notre lot à tous, notre baptême en est le premier acte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Nous avons tous fait l’expérience de ce combat à mener. C’est d’abord le combat pour rester fidèles à notre foi dans un monde qui perd la tête. Ce combat nous fait rechercher la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Ce ne sont pas des mots que Paul aligne, c’est un art de vivre qu’il indique. Aucun disciple du Christ ne peut faire l’économie de la justice, de la piété, de la foi, de la charité, de la persévérance et de la douceur. Aucun homme se réclamant d’une foi quelconque ne peut faire cette économie. L’évangile nous le rappelle cruellement. L’homme riche, sans nom, n’est pas condamné parce qu’il était riche, ni parce qu’il faisait la fête, mais bien parce qu’il n’a pas fait preuve de charité, de justice et de douceur envers le pauvre Lazare. Il ne l’a pas vu ou il n’a pas voulu le voir, qu’importe ! Il a péché par omission. Il aurait pu faire le bien et il ne l’a pas fait alors même que ce bien à faire était à sa portée : Lazare était là devant sa porte ; il aurait pu lui partager un peu de cette nourriture offerte à ses amis lors des festins somptueux qu’il donnait chaque jour. Mais non, il a ignoré ce pauvre, il a oublié la charité, il a oublié la justice. Il n’a pas mené le bon combat ; sa foi n’a pas transformé sa vie ; sa foi n’a pas ouvert sa vie aux autres, à ceux qui avaient moins de chance que lui. Il est resté avec les siens, ignorant la misère pourtant là, devant sa porte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Il n’y a pas un domaine de notre vie qui échappe à ce combat. Que ce soit en famille, à l’école, au travail, dans nos loisirs ou dans nos engagements sociaux ou politiques, ce combat de la foi est à mener, même en terre laïque. Agir selon notre foi, c'est à dire agir bien, dans le respect de tous, pour que tous puissent vivre mieux, ne portera aucun tort à la République, bien au contraire ! Elle l’aidera à ne pas se fourvoyer sur des chemins contraires à la dignité humaine, depuis le début de la vie jusqu’à sa fin. Si notre foi ne transforme pas notre vie, si notre foi n’éclaire pas nos choix, à quoi sert-elle ? Pourquoi proclamons-nous dimanche après dimanche notre foi, si c’est pour l’oublier sitôt sortis de l’église ? En proclamant notre foi, nous disons croire en un Dieu qui a pris le parti de tout homme, particulièrement des plus petits, des plus faibles, et nous nous engageons à vivre ce parti pris pour le faible en toute chose. Dans une école catholique, on parlera, à la suite de l’enseignement du Concile Vatican II de climat évangélique à vivre. Mais ce climat n’est pas l’apanage seulement de l’école. En toute circonstance, un croyant chrétien doit faire rayonner l’évangile. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est la citation complète de Paul. Il nous rappelle ainsi ce qui est en jeu et que l’évangile nous rappelle maintenant depuis quelques dimanches. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toute éternité ; et cette éternité se prépare ici-bas, dès maintenant. N’attendons pas d’être au seuil de la mort pour nous convertir. Emparons-nous de la vie éternelle dès maintenant ; ayons ce désir de vivre avec Dieu, pour toujours, chevillé au cœur. Un acte charitable suffisait à cet inconnu riche pour se retrouver avec Lazare dans le sein d’Abraham ! Nous savons que nous ne sommes pas parfaits ; mais l’Eglise nous enseigne depuis longtemps que la charité dont nous ferons preuve couvrira une multitude de péchés. C’est encore mieux que la confession, parce que cela nous fait du bien à nous et aux autres. Qu’y a-t-il de plus beau que de faire du bien autour de nous ? Qu’y a-t-il de plus beau que de rendre notre monde meilleur pour tous ? Je ne vois pas. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! Que cet appel de Paul devienne le moteur de notre vie et de notre charité. Emparons-nous de la vie éternelle, non pour la garder jalousement pour nous, mais pour la partager largement. Rendre Dieu visible par notre art de vivre et permettre ainsi à d’autres de l’approcher et de vivre de lui, voilà assurément l’acte de charité, de piété et de foi par excellence. Ne boudons pas notre plaisir, ne boudons pas la vie éternelle ! Amen.

vendredi 16 septembre 2022

25ème dimanche ordinaire C - 18 septembre 2022

 Une histoire de confiance !





        Non, je n’ai pas oublié de lire une partie de l’évangile de ce dimanche. Je vous ai juste fait lecture de la version brève, parce que je craignais que la parabole que je n’ai pas lu, empêche d’entendre vraiment le passage que j’ai proclamé. Tout le monde préfère les histoires aux grandes sentences de sagesse ! Concentrons-nous donc sur cette partie qui suit la parabole du gérant malhonnête. 

          Il y a un mot important dans ce passage : confiance ! Il revient quatre fois en cinq versets. Et il est toujours employé dans le même but : interroger la confiance que l’on peut placer en nous, que ce soit pour des petites choses ou des grandes choses. Ce qui est important, c’est de savoir si nous sommes dignes de confiance, qu’importe que l’affaire soit moindre ou grande. En effet dit Jésus, celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande.  Remarquons aussi tout de suite qu’il y a un réel enjeu à être digne de confiance. Ecoutons encore Jésus : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? C’est l’enjeu principal pour nous : être reconnu capables de recevoir le bien véritable. Quel est ce bien véritable ? Le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Venez à la messe dimanche prochain et vous comprendrez encore mieux. Mais c’est bien là l’enjeu véritable : notre vie éternelle ! D’ailleurs, la suite de l’enseignement de Jésus nous oriente sur cette piste. Ecoutons-le encore une fois : Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Les alliances bibliques successives nous montrent toutes que nous sommes responsables de la vie des autres. Le prophète Amos, dans la condamnation qu’il prononce au nom de Dieu sur ceux qui écrasent le malheureux pour anéantir les humbles du pays, nous fait bien comprendre que les malheureux, les humbles, les pauvres, appelez-les comme vous voulez, nous sont confiés et que nous en sommes responsables. Nous pouvons veiller sur eux, en prendre soin ou nous pouvons ajouter encore à leur misère. De la manière dont nous les traitons dépend notre vie éternelle. Nous pouvons entendre en écho de cette prophétie, l’évangile du jugement dernier, tel que nous le rapporte le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Tout le monde connaît ce texte : Tout ce que vous avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que l’avez fait (ou pas). Ce rapprochement avec Amos et Matthieu, nous fait bien comprendre que ce qui nous revient, c’est la vie éternelle, la vie de béatitude auprès de Dieu. 

          Comment puis-je savoir si je suis digne de la confiance que Dieu place en moi ? Par la foi (qui a la même racine que la confiance), mais la foi non seulement proclamée, mais aussi vécue, et peut-être d’abord vécue, ou mieux la foi proclamée parce que d’abord vécue. Nos gestes parlent plus forts que nos mots parce qu’ils peuvent se situer dans la droite ligne de nos mots ou contredire nos mots. Celui qui agit selon la volonté de Dieu n’a pas besoin de dire encore qu’il croit en Dieu ; toute sa vie en témoigne. Mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Jésus n’a-t-il pas lui-même prévenu : Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Voilà souligné le bien d’autrui qui nous a été confié : la volonté de Dieu, bien pour lequel nous devons être trouvés dignes pour recevoir ce qui nous revient : la vie éternelle. En recoupant ainsi tous ces textes de l’enseignement de Jésus, nous pouvons alors examiner notre vie, non pour nous glorifier intérieurement ou pour nous lamenter, mais pour nous convertir toujours et encore à cette volonté de Dieu, pour la discerner mieux et la mettre en pratique, non pas une fois, non pas deux fois, non pas seulement quand nous n’avons rien d’autre ou rien de mieux à faire, mais chaque jour. Oui, en chaque chose que nous faisons, faisons la volonté de Dieu ! La manière dont nous traitons ceux que Dieu met sur notre chemin correspond-t-elle à la volonté de Dieu ? Est-ce que j’agis avec les autres tel que Dieu l’attend de moi ? Il revient à chacun de regarder sa vie et de faire à nouveau, si nécessaire, le choix de Dieu, car nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Faire le choix de Dieu, c’est faire le choix de l’autre ; faire le choix de l’autre, c’est faire le choix de notre propre vie. Tout est lié. Tous sont liés. Je ne peux pas me sauver tout seul ou détriment des autres. Si je les perds, je me perds, et je perds Dieu ; si je les gagne, je me gagne et je gagne Dieu. 

          Le prophète Amos nous a prévenu : le Seigneur le jure par la fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. Rappelons-nous aussi que jamais un bien fait n’est perdu pour Dieu. A chacun donc de choisir : la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, pour les autres et pour nous-mêmes, en n’oubliant pas que ce que nous choisirons pour les autres, nous le choisirons aussi pour nous. Si je fais vivre l’autre, je vivrai éternellement ; si je fais mourir l’autre, je mourrai éternellement. Alors maintenant choisis, et montre-toi digne de la confiance que Dieu a placée en toi. Amen.

samedi 12 février 2022

6ème dimanche ordinaire C - 13 février 2022

 Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur !



       


(Sieger KÖDER, Les disciples d'Emmaüs)





        Très régulièrement, des enquêtes nous disent en quoi croient les Français, et parmi ceux-là en quoi croient encore les chrétiens. Et je suis toujours attristé de constater que la foi en la résurrection perd du terrain, y compris chez ceux qui se disent encore chrétiens. Avec Paul, je ne peux que leur redire : Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur. 

            La résurrection n’est pas juste un appendice de notre foi, un petit truc que l’on prendrait en plus de tout le reste. Non, la résurrection du Christ, et de là la nôtre, est le cœur même de notre foi et notre espérance la plus profonde. Nous ne croyons pas en Jésus parce qu’il est venu au monde dans une crèche entre un âne et un bœuf. Nous ne croyons pas davantage en Jésus parce qu’il a eu des paroles réconfortantes, pleines de sagesse. Nous ne croyons même pas en Jésus parce qu’il a fait des miracles, posé des signes extraordinaires. Nous ne croyons pas plus en Jésus parce qu’il nous a magnifiquement parlé de Dieu, ni parce qu’il l’appelait Père. Nous ne croyons pas en Jésus enfin parce qu’il est mort sur la croix. Non, nous croyons en Jésus parce qu’il a livré sa vie pour nous sur la croix, qu’il est mort pour nous, qu’il a été mis au tombeau et que trois jours après, il était vivant, ressuscité, vainqueur de la Mort et du Péché. Sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu, sa mort même n’ont de sens que dans l’événement de la Pâque ; sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu et sa mort n’ont de sens que parce qu’il est vainqueur de la mort, une fois pour toutes, qu’il est vivant, définitivement vivant auprès de son Père et présent à notre vie par son Esprit. Paul a raison de dire aux Corinthiens qui déjà doutaient de la résurrection que, dans ce cas, leur foi est sans valeur. Elle ne vaut même pas la salive que l’on utiliserait pour la proclamer. Si Jésus n’est pas ressuscité, notre foi, c’est encore moins que du pipi de chat. Nada ! Nichts ! Nothing ! Rien ! 

            Certains alors voudraient s’en sortir en disant que : « bon ben, je peux admettre que Jésus est ressuscité, mais cela ne change rien pour nous ; personne d’autre ne ressuscitera ; Jésus, c’est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle : il n’y a pas de résurrection ». Mais alors pourquoi est-il mort, Jésus ? Pourquoi a-t-il accepté l’humiliation et la souffrance de la croix, si c’était juste pour lui ? En avait-il besoin pour rentrer chez son Père ? Non, bien sûr ! Il a fait ce chemin pour nous, pour toi, pour moi ; pour que, à sa suite, nous puissions ressusciter, nous puissions vivre, dès maintenant et pour toujours, avec Dieu, en Dieu. Il nous rappelle ainsi que notre vie n’est pas faite pour ce monde, mais pour le Royaume où Dieu nous attend. Et ce Royaume est le Royaume de la vie en plénitude, de la vie qui ne finit jamais. Ce n’est pas la peine de se fatiguer à être chrétien si c’est juste pour être gentil ici-bas. Des personnes gentilles, ça existe, même chez les non chrétiens, heureusement ! Devenir chrétien, c’est choisir d’être tendu tout entier, dès maintenant, vers ce Royaume où Dieu nous veut avec lui lorsqu’il nous appellera à quitter cette terre. Les béatitudes, que ce soient celles de Matthieu que nous entendons en chaque fête de la Toussaint, ou que ce soient celles de Luc que nous proclamons en ce dimanche, nous orientent vers cet au-delà et nous rappellent que nous sommes fait pour plus grand qu’une vie sur cette terre. Si nous sommes invités à développer un style de vie conforme à l’Evangile, ce n’est pas parce qu’on vit mieux ainsi dès maintenant, mais bien pour nous exercer à la vie du Royaume, pour nous exercer à la vie avec Dieu. 

            Je reconnais que les béatitudes de Luc, mal comprises, pourraient laisser croire qu’il vaut mieux être pauvre et mal foutu pour entrer dans le Royaume. Pire, elles laisseraient croire qu’il vaut mieux souffrir ici-bas pour être heureux dans l’au-delà. C’est oublier un peu vite que ce ne sont pas tant des choses à réaliser à la lettre qu’un état d’esprit, un art de vivre qui met le frère au cœur de ma vie parce que le Christ est solidement ancré dans ma vie et présent dans le cœur de chacun. Alors une certaine dépossession au profit du plus grand nombre devient possible ; alors le partage devient une évidence ; alors la compassion est la seule voie vers un monde plus heureux. Le riche dénoncé par Luc, c’est tout homme, financièrement riche ou pas, qui s’accroche au peu qu’il a et qui ignore son frère qui est encore plus dans le besoin. Le repus dénoncé par Luc, c’est tout homme qui refuse de partager ou qui gâche sa nourriture ou s’accapare la nourriture et laisse mourir de faim son frère. Le rieur que dénonce Luc est celui qui se moque des autres parce qu’ils n’ont pas la même chance que lui et qui refuse de partager leur souffrance pour leur permettre de la dépasser. Le louangé que dénonce Luc, c’est celui qui ne sait parler que de lui, ne mettre en avant que ses propres mérites sans voir que d’autres y ont contribué, ignorant même la part qu’ils ont pu prendre à sa réussite. Tous ces portraits dénoncés par Luc sont les portraits des hommes et des femmes qui sont pleins d’eux-mêmes et n’ont pas de place, en leur vie, pour Dieu. Ils sont leurs propres dieux. Comment voulez-vous dès lors qu’un Dieu crucifié, même ressuscité d’entre les morts, puissent les intéresser et les sauver ? C’est mission impossible, même pour le premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. 

            La foi en la résurrection, si elle reste inexplicable en termes de comment cela va se passer, nous invite à être pleinement éveillés, dès maintenant, à être pleinement vivant, dès maintenant. Jésus, durant sa vie terrestre, nous a montré ce que signifie être pleinement vivant : c’est avoir à cœur le bien de l’autre avant le sien ; c’est avoir un cœur ouvert à la détresse de celles et ceux qui croisent notre route ; c’est avoir un cœur qui pleure avec ceux qui pleurent ; c’est avoir un cœur plein de Dieu, un cœur plein des autres en qui Dieu se révèle à moi. Soyons donc pleinement vivant, à la manière du Christ, dès maintenant, pour être pleinement vivants, ressuscités avec le Christ, lorsque nous quitterons ce monde pour le Royaume où Dieu nous attend. Apprenons aujourd’hui à être en état de ressusciter demain. Amen.

samedi 21 août 2021

21ème dimanche ordinaire B - 22 août 2021

 L'heure du choix sonne toujours.




            Le dernier passage de l’évangile de Jean que nous entendons en ce temps d’été, nous rappelle que l’heure du choix sonne toujours. Tôt ou tard, dans notre vie de croyants, nous devons nous décider de manière ferme : pour Jésus ou pas. Le conflit que nous rapporte Jean n’oppose pas Jésus à ses adversaires habituels : sadducéens ou pharisiens. Il oppose à Jésus ses propres disciples, pas les Douze qu’il a choisis, mais ceux qui le suivent de villages en villages, ceux qui ont couru après lui quand il s’était embarqué pour aller sur l’autre rive. Ils étaient heureux de l’écouter ; ils étaient contents d’avoir eu à manger gratuitement. Mais là, depuis quelques temps, les paroles de Jésus se font curieuses jusqu’à devenir rudes. Avec ce constat : Qui peut l’entendre ? Il y a un je-ne-sais-quoi de c’en est trop qui flotte dans l’air.

            L’heure du choix n’est pas nouvelle. Elle parcourt toute la Parole de Dieu. Elle avait sonné pour Abraham dans ses vieux jours quand le Seigneur l’a appelé à tout quitter pour le suivre vers une Terre promise. Elle avait sonné pour Moïse quand Dieu l’a appelé depuis le buisson ardent pour qu’il aille libérer son peuple. Elle avait sonné pour ce peuple à la nuque raide qui s’était détourné de son libérateur en faisant fondre un veau d’or. Elle a sonné à nouveau après l’installation en terre promise. Nous l’avons entendu en première lecture. S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. Nous ne saurions poser plus clairement la question. Remarquez ce détail : quand sonne l’heure du choix, l’homme ne peut s’abstenir ; il doit se déterminer. Il doit servir quelqu’un, et ne peut se servir lui-même. C’est ou les dieux des pères, ou les dieux des Amorites, ou le Seigneur. L’homme ne peut vivre sans Dieu. Et surtout, il n’est pas possible qu’il soit son propre Dieu. Ce serait son erreur la plus grave, son illusion la plus grande. L’homme doit nécessairement avoir quelqu’un au-dessus de lui, quelqu’un qu’il reconnaît comme son origine, comme la source de sa vie, comme la référence de ses grandes décisions. Cela ne peut être lui-même ! L’homme n’est pas fait pour être auto-thé !

            Quand sonne l’heure du choix, il faut donc se déterminer. Mais quel critère de discernement ? Sur quoi faire reposer notre choix ? Juste sur une parole peut-être mal comprise ou mal interprétée ? Acceptons-nous d’être bousculés par Dieu ou ne voulons-nous qu’une religion pour bisounours, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Dieu le premier ? Quand la Parole de Dieu se fait rude, est-ce un motif pour dire : c’est assez et tout plaquer ? Jésus insiste auprès de ces disciples : Cela vous scandalise ? Mais que direz-vous quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était avant ? La foi ne peut pas juste reposer sur de belles paroles ; la foi n’est pas l’opium des peuples. Le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous dérangera plus, le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous interrogera plus, de deux choses l’une : ou nous serons morts (notre foi et notre espérance seront accomplies), ou nous aurons cessé de croire véritablement. Les paroles rudes de Jésus sont là pour réveiller notre foi, pour nous interroger toujours et encore, pour nous remettre en mouvement si d’aventure nous nous étions assoupis. Elles font partie de ces paroles de la vie éternelle. Ne plus vouloir les entendre, n’est-ce pas déjà renoncer à cette vie éternelle dont elles sont la promesse ? Quand sonne l’heure du choix, nous pouvons redire avec le peuple élu : Nous aussi nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Quand sonne l’heure du choix, il n’y a que la réponse de Pierre à reprendre à notre compte, si c’est bien le Christ que nous voulons suivre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

            Les temps difficiles que nous vivons depuis plus d’un an et demi sont un moment favorable pour entendre sonner l’heure du choix. Rien de mieux qu’un temps de crise pour préciser notre horizon ; rien de mieux qu’un temps de crise pour retrouver ce qui nous fait vivre ; rien de mieux qu’un temps de crise pour redéfinir nos priorités. Le monde d’après, dont plus personne ne nous parle, aura besoin d’hommes et de femmes sûrs, bien orientés, bien guidés, qui ont une conscience claire de celui qui donne sens à la vie des hommes. En réaffirmant notre attachement au Christ Sauveur, qui a livré sa vie par amour de tous les hommes, nous reconnaîtrons en lui la source de notre vie, et dans sa Parole le lieu de notre discernement. Avec lui, nous ne pouvons pas nous tromper, puisqu’il est celui qui ne peut se tromper ni nous tromper. Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui nous libère du péché et de la mort ? Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui a donné sa vie pour nous ? Nous avons largement pu goûter et voir comme est bon le Seigneur. Quel intérêt à goûter moins bon ? Quel intérêt à voir moins beau ? Nous croyons et nous savons que [Jésus est] le Saint de Dieu. Avec lui, nous avons tout. Continuons à le suivre et à l’écouter. Il en va de notre vie. Amen.

samedi 20 février 2021

1er dimanche de Carême B - 21 février 2021

 Ne pas renoncer mais sublimer : quand Dieu s'y met en premier ! 



(©️ Fresque de Aurelio LUINI, Les animaux entrant dans l'arche, vers 1555, 
Monastère Maggiore, église San Mauricio, Milan)



            Ne pas renoncer, mais sublimer ! Telle était l’invitation qui nous était adressée au Mercredi des Cendres, à notre entrée en Carême. En ces temps difficiles, où nous subissons renoncement après renoncement depuis un an, je proposais de ne pas en rajouter, mais de considérer un changement de perspective. Regardons ce carême non comme un temps pendant lequel nous perdons quelque chose, mais comme un temps pour gagner, pour regagner la ressemblance avec Dieu que le péché nous a fait perdre. En ce premier dimanche de Carême, l’histoire de Noé, dont nous avons entendu un extrait de sa conclusion, nous montre que Dieu lui-même se met à sublimer son existence. 

            L’histoire de Noé, vous la connaissez sans doute. Le monde, créé bon par Dieu, s’est corrompu au point que Dieu s’est fâché comme jamais. Du mal, il y en eut déjà : la chute d’Adam, qui avait contrarié Dieu et qui aboutit à l’expulsion de nos premiers parents du Jardin d’Eden ; il y eut ensuite, plus grave, le meurtre d’Abel par Caïn. Dieu n’était pas content, content, mais il a quand même protégé Caïn, en interdisant que l’on portât la main sur lui. Partant de là, j’essaie d’imaginer alors ce qu’ont bien pu faire les hommes et les bêtes pour que Dieu soit fâché, fâché, fâché au point de décider de tout casser ce qu’il avait fait ! Bon, pas vraiment tout puisqu’il aura trouvé Noé, seul homme juste au milieu de toute cette corruption. Il va le charger de construire une arche et de préserver sept couples de toutes les bêtes pures, et un couple de toutes les bêtes impures. Et quand l’arche est construite et bien remplie, c’est la grande lessive : la terre est lavée par les eaux du déluge pendant quarante jours.  A la sortie de l’arche, Dieu établit une alliance avec Noé et sa descendance. Et c’est par cette alliance que Dieu sublime sa divinité en s’engageant à ne plus se venger de la sorte. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire toute chair. L’engagement de Dieu est ferme ; il ne se laissera plus aller à une colère telle que tout serait à nouveau détruit. Et pour être bien sûr de se souvenir de cette alliance, il place un signe, l’arc dans le ciel. Chaque fois que je vois un arc-en-ciel, je ne peux m’empêcher d’être heureux pour nous et fier du Dieu que je sers ; nous avons échappé à sa colère, il s’est montré fidèle à son alliance. 

            Certains penseront peut-être que Dieu avait bien raison de se fâcher ainsi et de tout détruire en préservant le seul juste qu’il ait trouvé. Il est vrai que ceux-là voudraient quelquefois faire comme Dieu avant le déluge : remettre un peu d’ordre, que diable ! Ne voyez-vous pas que tout va à vau-l’eau ; il serait temps que quelqu’un y remettre bon ordre ! Ce sont souvent les mêmes qui punissent leurs enfants d’avoir détruit leurs jeux parce que rien ne se passe comme prévu. Vous savez, ce gamin en colère qui renverse le plateau de jeu parce qu’il perd, ou qui détruit ses belles constructions en lego parce que vous lui avez demandé de partager avec son frère ou sa sœur ! Quand on est petit, ce n’est pas bien et mérite punition ; mais quand on est grand ou qu’on est Dieu, ce serait acceptable !? La colère n’est jamais acceptable ; c’est sans doute pour cela qu’elle a rang de péché capital. Pour sublimer notre humanité, pour la rendre belle à la ressemblance de Dieu, il nous faut, comme lui, laisser là notre colère, avoir notre petit arc-en-ciel pour ne pas entrer dans une fureur meurtrière. Si vous voulons retrouver la ressemblance avec Dieu que nous avons perdu, il nous faut laisser toute idée de colère, toute idée de vengeance. Il nous faut entrer dans un processus de recréation permanente qui permette à la vie de triompher toujours. 

            L’Apôtre Pierre, dans sa première lettre, explique le déluge comme une préfiguration du baptême. C’est toujours de l’eau qui coule, mais elle ne détruit plus celui sur qui elle coule ; elle le sauve par Jésus, mort et ressuscité. Quel beau renversement ! Quelle belle sublimation ! Ce qui a servi jadis à détruire, à ôter la vie, cela maintenant donne la vie. Ce Jésus, mort et ressuscité pour notre vie, est celui par qui nous pouvons retrouver la ressemblance avec Dieu, celui qui nous entraîne à sa suite sur les chemins de la vie véritable. Il est celui qui nous ouvre à la vie même de Dieu. Oui, avec Jésus, nous ne perdons rien ; avec Jésus, nous gagnons, nous gagnons tout, nous gagnons la vie, et la vie éternelle. Avec Jésus, mort et ressuscité, nous pouvons résister à l’Adversaire qui veut nous entraîner au Mal, comme il avait jadis tenté, sans succès, Jésus au désert. Avec Jésus, mort et ressuscité, à qui nous sommes configurés par le baptême, nous sommes vainqueurs du Mal et de la Mort. Avec Jésus, mort et ressuscité, nous n’avons plus à craindre.  N’est-ce pas une bonne nouvelle ? 

            Mercredi dernier, Jésus nous donnait le nécessaire pour la route du Carême qui nous mène à Pâques : aumône, prière et jeûne. Aujourd’hui, il nous dit que le Mal peut être vaincu dès lors que lui, Jésus, est présent dans notre vie. Il accomplit ainsi la promesse de Dieu de se souvenir toujours de son Alliance avec Noé : la vie ne sera plus détruite, elle sera toujours sublimée, toujours rendue plus belle et plus forte. Le baptême est le sacrement de cette vie plus belle et plus forte, de cette vie avec Dieu pour que le Mal recule, pour que le Mal perde et que les hommes gagnent. A l’appel de Jésus, croyons à l’Evangile et convertissons-nous. Amen.