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samedi 3 août 2024

18ème dimanche ordinaire B - 4 août 2024

L’homme a-t-il changé entre le temps de Moïse et celui de Jésus ?




(Le don de la manne, Miniature allemande, 15ème siècle. 
Source : LE DON DE LA MANNE - Art et Bible (hautetfort.com)


 



            Y a-t-il vraiment une différence entre la communauté des fils d’Israël qui se presse autour de Moïse et la foule qui se presse auprès de Jésus ? Les quelques siècles qui séparent Jésus de Moïse ont-ils permis aux hommes d’évoluer, à leurs cœurs de changer en profondeur ? En mettant ces deux moments en parallèle, nous sommes comme invités à vérifier si le temps change quelque chose, si les hommes comprennent mieux Dieu et son projet pour eux. 

            Lorsque nous croisons la communauté des fils d’Israël, celle-ci vit un moment difficile. Souvenez-vous : Moïse avait réussi, avec l’aide de Dieu, à obtenir en fin de compte le départ d’Egypte du peuple de Dieu. La sortie d’Egypte s’est faite à la hâte, un dernier repas pris sur le pouce, debout, sandales aux pieds, ceinture aux reins. Bien sûr, chacun avait pris le temps de préparer ses affaires et de prendre des réserves pour la route. Personne n’entreprend un tel voyage sans un minimum de précaution. La difficulté surgit lorsque le voyage se prolonge au-delà de ce qui était prévu. Peut-être aussi qu’une mauvaise gestion des réserves aura contribué à la fin prématurée de celles-ci. Tous se tournent vers Moïse en récriminant : Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Egypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! Vraiment ? Quelqu’un peut-il honnêtement penser que Dieu se serait donné tout ce mal pour répondre aux cris de son peuple retenu en Egypte, pour les faire mourir dans le désert ? Ils ont pu constater, par dix fois, comment Dieu s’y est pris pour les faire sortir, et ils ne le pensent pas capable de résoudre un petit problème d’intendance ? Mais quelle ingratitude ! Et le pauvre Moïse qui se prend tout en pleine face, lui qui n’avait rien demandé, si ce n’est de pouvoir échapper à cette mission que Dieu lui a confiée. Nous avons tous entendu la suite : même au désert, Dieu continue de prendre soin de ce peuple à la nuque raide ; il donnera les cailles, il donnera la manne. Chaque jour que Dieu fera, le peuple aura le pain que le Seigneur donne à manger. La première fois, nous sentons une pointe de méfiance dans leur question : Mann hou ? Qu’est-ce que c’est ? La question vaut pour ce pain donné ; mais elle vaut aussi pour l’œuvre de Dieu envers son peuple. Qu’est-ce que c’est que ce Dieu qui prend soin de ce peuple qui ne manque pas une occasion de récriminer contre lui ? 

            La foule qui se presse autour de Jésus ne vient pas récriminer (elle ne se plaint pas), elle vient réclamer (demander) encore de ce pain. Pourquoi n’aurait-elle pas tous les jours ce qu’elle a reçu lorsque Jésus a multiplié les pains et les poissons ? N’est-ce pas ce qui s’est passé du temps de Moïse après tout ? Ce qui se joue autour de Jésus, c’est une juste compréhension de l’événement passé. Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Jésus voulait les inviter à comprendre qui est Dieu et ce qu’il fait pour son peuple ; eux veulent juste manger encore. Le cœur, lieu où Dieu me rencontre, est vite oublié quand le ventre gronde. Jésus les renvoie donc vers le cœur : Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle ! De même que ce n’est pas Moïse qui a donné la manne autrefois, de même ce n’est pas Jésus qui a donné le pain : c’est le Père qui a tout fait, jadis et maintenant. Le Père de Jésus a donné la manne ; le Père de Jésus a donné Jésus, le pain de la vie. Celui qui vient à lui n’aura jamais fait ; celui qui croit en lui n’aura jamais soif. C’est une parole mystérieuse qui appellera explication ; elle nous sera donnée dans les évangiles des dimanches à venir. Pour l’heure, retenons que, avec Jésus, Dieu continue de prendre soin de nous, pas uniquement de notre ventre, mais de tout notre être. Son but, c’est notre vie, la vie du monde. Nous aurions tort de croire, comme autrefois la communauté des fils d’Israël, que Dieu veut notre mort. Il ne veut même pas la mort du pécheur ; il veut sa conversion. Et les signes, que Jésus pose dans l’Evangile de Jean, sont donnés pour notre conversion, pour que nous comprenions véritablement qui est Dieu pour nous, quel est son projet pour nous. 

Alors, l’homme a-t-il changé depuis qu’il récriminait contre Dieu dans le désert ? Sans doute pas autant qu’il aurait pu le faire. Il a toujours du mal à comprendre ce que Dieu attend de lui, qui est Dieu pour lui. Aujourd’hui, si nous ne voulons pas mal comprendre le discours et l’œuvre de Jésus, il nous faut avancer patiemment. Nous sommes passés de Jésus qui multiplie et distribue le pain, à Jésus qui dit être le pain. Le seul signe qui est désormais donné, c’est Jésus qui livre sa vie. C’est dans ce signe qu’il nous faut reconnaître Dieu à l’œuvre pour notre salut. Nous ne pourrons vraiment comprendre ce signe qu’en entrant toujours mieux dans la compréhension du sacrement de l’Eucharistie. Avec la foule qui se presse autour de Jésus, demandons le pain de la juste compréhension de l’œuvre de Dieu pour nous. Avec la foule qui se presse autour de Jésus, demandons le pain qui nous lie pour toujours au Christ, pain rompu pour notre vie. Amen.


samedi 10 juin 2023

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 11 juin 2023

 Quand Dieu nourrit son peuple...




(Source : Jésus est le Pain de vie | 1001 versets (la-bible.info)

 

 

 

            Il n’y a pas plus catholique comme fête que cette fête du Corps et du Sang du Christ, qui nous fait célébrer le don renouvelé chaque dimanche, pour ne pas dire chaque jour, de l’Eucharistie, ce sacrement par lequel le Christ nous est rendu présent, totalement, réellement, réalisant ainsi sa promesse d’être avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Cette promesse n’était pas une promesse intellectuelle : quand vous penserez à moi, je serai avec vous. Mais c’est bien la promesse de sa présence réelle à notre vie, en notre vie, par la manducation de ce morceau de pain devenu son Corps livré et son Sang versé pour notre vie. 

            Nous pouvons, comme ses contemporains, être surpris par la prétention de Jésus à être le pain vivant qui est descendu du ciel. Nous pouvons être surpris par sa prétention à être l’aliment de la vie éternelle : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et pourtant, n’est-ce pas ce qu’il a réalisé pour nous en s’offrant en sacrifice sur le bois de la croix ? Ne nous dit-il pas, là sur la croix, de quel amour il nous aime et que cet amour est un amour sauveur ? Son offrande sur la croix prolonge et achève l’offrande qu’il avait déjà faite de sa vie lorsque, au cours du dernier repas partagé avec ses Apôtres, il leur a laissé l’eucharistie en mémorial. Faites ceci en mémoire de moi s’entend bien de cette union profonde au Christ dans notre participation au sacrement de sa présence réelle. Nous rendons le Christ réellement présent au monde par la célébration de l’Eucharistie. Nous rendons le Christ réellement présent à notre vie par notre participation à ce repas qu’il nous offre. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui nous est offerte. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui passe en notre vie. Dans le pain partagé, nous recevons la nourriture nécessaire pour parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus beau que l’Eucharistie, offerte en mémoire du geste de salut accompli par Jésus pour notre vie. Nous avons besoin de l’Eucharistie pour grandir dans la foi au Ressuscité de la même manière dont nous avons besoin de l’eau pour vivre. Il nous faut comprendre que nous ne pouvons pas davantage nous passer de l’eucharistie pour faire vivre notre foi que nous ne pouvons nous passer de boire pour survivre.

            L’eucharistie, mieux que la manne que nos Pères ont reçu jadis au désert, est le signe que Dieu prend soin de nous en nous donnant la nourriture au temps voulu. Le signe de la manne a été donné au peuple en exode parce qu’il récriminait contre Dieu qui l’a fait sortir d’Egypte et semble vouloir le laisser mourir au désert : Ah que les marmites étaient bonnes en Egypte ! L’Eucharistie nous est donnée pour que nous n’oubliions pas le geste de salut du Christ envers toute l’humanité. Le signe de l’Eucharistie surpasse celui de la manne, car ceux qui ont mangé la manne sont morts. Ceux qui partageront le pain de l’eucharistie ne mourront jamais, parce que ce don les unit au Christ, mort et ressuscité. C’est lui que nous accueillons dans le pain consacré et partagé. Il n’est pas une récompense pour enfant sage ou croyant particulièrement saint. Il est Jésus qui se rend présent ; il est Jésus qui nous redit son amour et nous le partage largement. Comme l’affirme Paul aux chrétiens de Corinthe, ce pain rompu et ce sang versé sont le sacrement de notre unité. De même qu’il n’y a qu’un Pain rompu, le Christ livré pour notre vie, de même il n’y a qu’une humanité pour laquelle ce pain est rompu ; c’est l’humanité dans sa totalité, à travers le temps et l’histoire, qui est sauvée par le Christ. Le sacrifice du Christ, par la célébration de son mémorial qu’est l’eucharistie, s’étend à tous les hommes à travers le temps et l’histoire. De ce fait, nous qui n’avons pas connu Jésus de son vivant, nous sommes associés à son sacrifice et nous profitons du salut offert. Quand Dieu nourrit son peuple, il le nourrit entièrement et lui donne la vie. Quand Dieu nourrit son peuple, il nourrit chacun, gratuitement, qu’il l’ait mérité ou non. Dieu prend soin de chacun et de tous en invitant au repas de l’eucharistie. N’en faisons pas un obstacle ; n’en faisons pas une médaille ; n’en faisons pas non plus un repas sans conséquence. Là encore il nous faut bien entendre Paul quand il nous rappelle que, communiant au même pain, nous formons un seul corps. Nul ne peut s’approcher de l’eucharistie et avoir du mépris pour son prochain. Nul ne peut s’approcher de l’Eucharistie et ne pas porter le souci des autres membres de ce corps unique. L’eucharistie construit l’Eglise qui célèbre l’eucharistie. S’approcher de l’eucharistie, c’est donc se reconnaître en fraternité avec tous ceux qui s’approchent pareillement de ce même repas. Si l’eucharistie rend le Christ présent à notre monde et à notre vie, notre participation à ce mystère rend le frère présent à notre vie. Hors de question de l’ignorer ! Hors de question de le tenir éloigné de moi alors que le Christ se rend également présent à lui et à moi. 

            Quand Dieu nourrit son peuple, non seulement il prend soin de lui, mais il le constitue comme peuple de frères appelés ensemble à rendre grâce à Dieu pour les merveilles qu’il réalise pour tous. Accueillons ce Pain rompu et partagé et remercions Dieu et de sa présence et des frères et sœurs qu’il met sur notre route. Ils le rendent présent à notre vie, de la même manière que le Pain rompu et partagé. Faisons corps pour être digne d’accueillir le Corps livré de celui qui est notre salut. Amen.

samedi 31 juillet 2021

18ème dimanche ordinaire B - 01er août 2021

 Rassemblés pour le repas que Dieu nous offre.



Le Tintoret, La récolte de la manne, source internet)



        Nous l’avons entendu dimanche dernier quand le signe eut lieu à l’époque de Jésus. Nous l’entendons à nouveau ce dimanche, quand le signe eut lieu à l’époque de Moïse : Dieu veille sur son peuple jusqu’à lui donner la nourriture nécessaire à sa survie. Cette insistance doit nous permettre de comprendre enfin qu’entre les mains de Dieu, nous ne risquons rien ; entre les mains de Dieu, nous sommes bien gardés. 

            Au temps de Moïse, la grande idée de Dieu, c’était d’abord de libérer ceux qui deviendront son peuple. La grande nuit de la Pâque semble oubliée lorsque nous retrouvons ce peuple au désert et qu’il est confronté à la faim. Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Egypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! Le ventre qui gargouille obscurcit l’esprit au point de déformer la réalité, au point de pervertir le désir de salut de Dieu. La faim fait divaguer, et ce qui était, de la part de Dieu, une œuvre de vie, devient pour les hommes une œuvre de mort. L’homme ne comprend plus Dieu ; quand il a faim, l’homme ne voit plus le bien que Dieu fait pour lui. Et il récrimine, et il accuse. Pire, la liberté retrouvée lui semble bien moins désirable que ne l’était l’esclavage. Comme si une vie de corvées et de coups était soudain préférable à une vie de liberté. Dieu aurait pu se venger, il a préféré nourrir son peuple. Et de belle manière ! Il aurait pu faire pousser quelques légumes, il aurait pu rendre le désert fertile ; il a préféré donner le pain du ciel. A situation exceptionnelle, nourriture exceptionnelle pour que l’homme comprenne bien qui est celui qui le conduit. 

            Au temps de Jésus, c’est du pain quotidien, du pain d’orge, que Jésus a distribué, mais ceux qui en ont bénéficié ont bien compris qu’il y avait plus derrière ce pain, partagé à volonté et largement. D’où leur souci de retrouver Jésus et ses disciples. Parce qu’ils en veulent plus, parce qu’ils ne veulent jamais manquer de rien. Ils étaient bien là, auprès de Jésus, assis dans l’herbe. Pourquoi cela devrait-il cesser ? Mais Jésus n’est pas venu pour être le boulanger de l’éternité. Il est venu pour tourner les hommes vers Dieu. Aussi ne répond-t-il pas à leur demande, mais il les emmène plus loin : Travaillez non pas pour la nourriture que se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. Il y a un horizon nouveau (la vie éternelle) que l’homme se doit de contempler et d’atteindre. Le moyen sûr et efficace d’y parvenir, c’est la foi en Jésus. L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Il est l’unique nécessaire, notre pain pour la route : Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. 

            Aujourd’hui, nous sommes le peuple de Dieu rassemblé par lui autour de Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Et nous partageons le pain de sa Parole ; et nous partagerons dans un instant le pain de l’Eucharistie, ce fruit de la terre et du travail des hommes, devenu pain du ciel par l’imposition des mains et la prière de consécration, signe de la présence réelle de Jésus au milieu de son peuple. Dieu nourrit aujourd’hui encore son peuple comme au temps de Moïse, comme au temps de Jésus. Il nous voit, affamés, et prend soin de nous, désirant aujourd’hui comme hier, notre salut, notre vie. C’est le sacrifice unique de Jésus sur la croix qui rend cela possible à travers le temps et l’Histoire. A ceux qui croient en lui est promise la vie éternelle. A ceux qui croient en lui est partagé ce pain de la vie, avant-goût du banquet que Dieu nous offrira lorsque nous serons appelés à le voir face-à-face. 

            Il n’est pas de mystère plus grand que ce mystère de l’amour infini de Dieu pour son peuple, qui pourtant souvent récrimine contre lui. Il n’est pas de repas plus grand que celui de l’Eucharistie où le Christ s’offre pour notre vie. Nous l’avons ressenti de manière particulière l’an passé lorsque nous étions privés de rassemblement au début de la pandémie. Souvenons-nous en et cultivons ce désir de nous retrouver, dimanche après dimanche, pour célébrer l’œuvre de salut que le Christ accomplit pour nous. Creusons notre faim de lui ; creusons notre désir de vivre de lui. Amen.

samedi 18 août 2018

20ème dimanche ordinaire B - 19 août 2018

Quand Jésus parle du don de sa vie…






            S’ils avaient su jusqu’où Jésus les emmèneraient dans la réflexion, je doute qu’ils eussent pris le risque de courir après lui pour lui redemander du pain, vous savez, juste après la multiplication des pains sur le bord du lac de Tibériade. Cela fait quelques semaines maintenant que nous assistons à l’enseignement de Jésus sur le pain de vie. Et plus le temps passe, plus l’incompréhension s’installe et plus l’opposition grandit. Nous avons entendu le reproche du jour : Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? Dimanche dernier déjà, nous avions constaté une impossibilité pour les gens de comprendre Jésus : elle reposait sur le fait que ses adversaires pensaient connaître Jésus. Ce dimanche, nous découvrons une deuxième impossibilité fondamentale : elle repose sur le fait que ce discours de Jésus est tenu avant sa mort et sa résurrection. Or, il fait tout entier référence à l’événement de Pâques, c’est-à-dire à sa mort et à sa résurrection. Comment ceux qui s’affrontent avec Jésus pourraient-ils comprendre un argumentaire qui concerne quelque chose qui n’a pas encore eu lieu ? 

            Ecoutons à nouveau l’affirmation de Jésus au début de notre page d’évangile : le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. Notez bien le futur : que je donnerai et non que je donne maintenant ! Comme le souligne le pape Benoît XVI dans son livre Jésus de Nazareth, je le cite : Au-delà de l’acte de l’incarnation, ce mot suggère son but profond et sa dernière réalisation : le fait que Jésus se donne jusque dans la mort et dans le mystère de la Croix. Cela se manifeste encore plus clairement dans le verset 53 où le Seigneur précise qu’il nous donne son sang à « boire ». Ce mot nous renvoie clairement à l’Eucharistie, mais ici apparaît surtout le sacrifice qui la fonde, le sacrifice de Jésus. Pour nous, Jésus verse son sang ; sortant pour ainsi dire de lui-même, il « s’écoule », il se donne à nous. C’est donc bien à la lumière de Pâques que nous devons et pouvons comprendre ce long discours qui nous occupe depuis plusieurs dimanches. Il s’agit d’accepter que la mort de Jésus sur la Croix ne soit pas un accident de l’Histoire, mais bien un acte voulu et assumé par Jésus pour que les hommes aient la vie ; pour que tous les hommes aient la vie, et pas seulement ceux qui ont vécu à l’époque de Jésus. Il s’agit d’accepter que ce sacrifice, réalisé une fois pour toute à Jérusalem, quand Ponce Pilate était gouverneur de Judée, est actualisé, rendu contemporain des hommes et des femmes qui célèbrent l’Eucharistie. Ce sacrifice de Jésus nous est rendu contemporain ce matin, et le pain consacré, auquel nous communierons dans un instant, est bien le Corps du Christ livré, vrai pain descendu du ciel et offert pour notre salut. 

            Lorsque nous parlons de l’Eucharistie, lorsque nous vivons une Eucharistie, il nous faut alors admettre que ce sacrement est à la fois le mémorial du dernier repas de Jésus et le mémorial du sacrifice de Jésus sur la Croix. L’autel est à la fois la table autour de laquelle Dieu rassemble son peuple et l’autel du sacrifice sur lequel son Fils s’offre en victime pour notre salut. Le pain et le vin consacrés sont l’aliment donné par Dieu en nourriture, et le Corps livré et le Sang versé de son Fils sur la Croix. Lorsque nous venons célébrer l’Eucharistie, nous ne nous rassemblons pas pour le repas hebdomadaire du club des amis de Jésus : nous venons communier à la vie de Jésus pour qu’elle fasse grandir la nôtre et la mène à son achèvement. Nous ne venons pas ici parce que nous avons vu de la lumière ; nous ne venons pas ici parce que nous n’avions rien de mieux à faire ce matin. Nous venons ici, semaine après semaine, à la rencontre du Christ qui se livre à nous à la table de la Parole et à la table de l’Eucharistie. Il se donne tout entier à nous pour que nous soyons tout entier à lui. La préface que nous entendrons tout à l’heure, celle du Jeudi Saint, résume admirablement les choses : C’est lui [Jésus] le prêtre éternel et véritable, qui apprit à ses disciples comment perpétuer son sacrifice ; il s’est offert à toi en victime pour notre salut ; il nous a prescrit d’accomplir après lui cette offrande pour célébrer son mémorial. Quand nous mangeons sa chair immolée pour nous, nous sommes fortifiés ; quand nous buvons son sang versé pour nous, nous sommes purifiés. A la question posée par la foule : Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?, il nous faut désormais répondre : en se livrant totalement à nous sur la Croix et en nous offrant le sacrement de l’Eucharistie en mémorial de son sacrifice. Ici, chaque dimanche, tout est dit ; ici, chaque dimanche, tout est donné ; ici, chaque dimanche, nous puisons la force et la vie nécessaire pour la semaine à venir, car Jésus est notre force et notre vie, et il s’offre toujours encore à nous. Nous ne manquerons jamais de cet aliment du Salut parce que nous ne manquerons jamais de la présence du Christ, mort et ressuscité pour notre vie. 

            Ayant entendu tout cela, ayons ainsi une plus grande conscience de ce qui se joue chaque dimanche. Ayons de plus en plus conscience de l’importance de notre présence au rassemblement hebdomadaire des chrétiens. Certes, nous pouvons penser à Jésus et prier Jésus ailleurs que dans l’eucharistie. Mais ce n’est qu’au cours de l’Eucharistie que je peux réellement communier à sa vie, comprendre sa Parole et recevoir de lui le Pain vivant descendu du ciel. Il n’y a que là, au cœur du sacrement de l’Eucharistie, que la totalité du Christ nous est donnée ; il n’y a que là que sa vie peut jaillir en nous en source vivifiante. Accueillons ce don avec reconnaissance en y participant autant que faire se peut. Amen.

 (Dessin de M. Leiterer)

 

samedi 11 août 2018

19ème dimanche ordinaire B - 12 août 2018

Jésus, le pain vivant : un don de Dieu à accueillir.







            Tout avait pourtant bien commencé ! Souvenez-vous : c’était au bord du lac de Tibériade, la foule qui suivait Jésus était affamée et pourtant, parce que quelqu’un avait pensé à apporter un peu de pain et des poissons, parce qu’il avait accepté de ne pas les garder pour lui, et parce que Jésus était là, chacun a pu manger à sa faim, et il en restait encore de quoi remplir douze paniers. Tout le monde avait mangé ; tout le monde était content au point d’en vouloir encore de ce pain. Alors, quand Jésus se lance dans ce grand discours sur le pain de vie, les choses commencent à déraper. Personne ne le comprend plus !

            Il faut dire qu’il y a une impossibilité de comprendre au départ. En effet, la foule pense connaître Jésus. Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il nous dire maintenant : « Je suis descendu du ciel » ? Forcément, si c’est le voisin de votre quartier qui demain matin va vous dire : Je suis descendu du ciel, reconnaissez que vous aurez aussi un peu de mal à le croire ! Et peut-être même ferez-vous venir un médecin pour une hospitalisation forcée s’il se faisait insistant ! Ne leur en voulons donc pas, à ces braves gens de Galilée et des environs, de ne rien comprendre aux paroles de Jésus. Je ne suis pas sûr que nous comprenions mieux d’ailleurs ! Y a-t-il seulement moyen de comprendre ce qu’il nous dit ?

            Jésus lui-même répond : Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Il faut donc aller au-delà de la rencontre purement humaine pour connaître et comprendre Jésus. Il faut l’accueillir comme un don fait par Dieu aux hommes. Sinon, nous dirons comme les contemporains de Jésus : celui-là on le connaît ; d’où lui vient qu’il nous fait la leçon ? Nous ne connaitrons pas Jésus réellement si nous n’acceptons pas qu’il est le cadeau de Dieu aux hommes, qu’il est Dieu, né de Dieu, comme l’affirme un de nos symboles de foi. Tout ce discours sur le pain de vie n’est que du vent sans la foi en Dieu qui nous donne Jésus pour nous sauver. La première chose à faire pour aborder ces paroles de Jésus, c’est donc de croire ! Croire en Dieu et croire en celui qu’il a envoyé. D’ailleurs, sans la foi, comment accepter que quelqu’un donne sa vie pour tous les autres ? Sans la foi, comment accepter que le salut ne soit pas de mon fait, de mes forces, mais que le salut vienne de Dieu seul ? Je sais bien que l’homme moderne préfère concevoir sa vie sans Dieu, se sentant assez fort pour se sauver lui-même. Mais où cela nous mène-t-il ? Malgré toute la technologie qu’il développe, l’homme n’est pas capable de sauver l’homme. Il n’est même pas capable d’éradiquer la misère malgré toutes les richesses qu’il produit. 

            Réentendons alors Jésus nous dire : Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Jésus nous redit qu’il est le seul à pouvoir nous sauver ; Jésus nous redit qu’il est le seul à nous ouvrir la vie véritable. Sans Jésus, rien d’éternel n’est possible pour l’homme. Sans Jésus, la vie de l’homme n’a pas pris toute sa dimension. Sans Jésus, les faims qui assaillent l’homme ne sont pas, et ne seront jamais, vraiment rassasiées. Il est le pain de Dieu offert aux hommes, le seul pain véritable qui comble toutes nos faims. Il ne vient pas combler nos faims matérielles ; il ne vient pas nous apporter un bien-être passager. Il vient nous sauver en faisant de la volonté de Dieu notre nourriture. Benoît XVI, dans son livre Jésus de Nazareth, précise : Dans la rencontre avec Jésus, nous nous nourrissons pour ainsi dire du Dieu vivant lui-même, nous mangeons vraiment le pain venu du ciel. En conséquence, Jésus avait d’emblée clarifié que la seule œuvre que Dieu demande consiste à croire en lui (Evangile de dimanche dernier). C’est pour cela que Benoît insiste : Nous devons accepter le don, et nous devons entrer dans la dynamique de ce qui nous est donné. Cela se fait dans la foi en Jésus, qui est dialogue, relation vivante avec le Père, et qui veut redevenir en nous parole et amour. 

            Nous comprenons alors pour quoi Paul invite les chrétiens à vivre dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous. Puisque par notre communion eucharistique nous accueillons en nous l’amour du Christ qui s’est livré, nous devons répandre cet amour par notre manière de vivre. Nous ne pouvons pas faire comme si notre communion ne changeait rien. Nous ne pouvons pas faire comme si ce pain rompu et partagé n’était qu’un morceau de pain. Il est le pain véritable, Jésus Christ, venu dans le monde pour le salut de tous les hommes. Si nous l’accueillons en notre vie par la communion, nous devons le rendre au monde par notre art de vivre. Générosité, tendresse, pardon mutuel : voici les signes donnés au monde de notre appartenance au Christ ; voici les signes du salut à l’œuvre ; voici les signes de la présence réelle du Christ au monde de notre temps ; voici les signes que ce pain, rompu et partagé, est vraiment le pain de Dieu qui comble toutes nos faims ; voici les signes qu’un monde nouveau est possible parce que marqué du sceau de l’Esprit Saint et rassasié du pain vivant qui est descendu du ciel. 

            Le discours sur le pain de vie se poursuit encore sur deux dimanches. Nous aurons encore le temps d’approfondir ce que nous dit Jésus. Pour aujourd’hui, retenons que c’est notre foi qu’il nous faut examiner et approfondir pour reconnaître dans le pain partagé la vie donnée du Christ qui nous sauve. Acceptons ce don pour n’en manquer jamais. Amen.

 

samedi 22 août 2015

21ème dimanche ordinaire B - 23 août 2015

L'heure de vérité : ceux qui partent et ceux qui restent.




Nous terminons notre incursion dans l’évangile de Jean au moment de l’heure de vérité. Les tensions entre Jésus et la foule, développées les semaines passées, parviennent à un sommet. Nous sommes à l’heure de vérité ; il y a ceux qui partent et qui cessent d’accompagner Jésus et il y a ceux qui restent, les Douze. De cinq mille hommes au moment de la multiplication des pains à Douze aujourd’hui, la chute est rude. Comment en est-on arrivé là ? 
 
Il y a d’abord la rudesse des paroles de Jésus. Non qu’il soit méchant avec la foule, mais nous avons vu comment, lentement, la foule ne comprenait plus Jésus. Ses paroles ne passent pas. La réflexion faite par certains est significative : cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? La réponse a déjà été donnée par Jésus : personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père. Il faut donc accepter la parole de Jésus comme étant donnée par le Père ; ainsi seulement nous pouvons nous approcher de Jésus et comprendre en vérité que cette parole, pour rude qu’elle soit, est esprit et vie
 
Il y a ensuite la personne de Jésus lui-même. Nous avons vu, dans les semaines passées, que la foule croyait connaître Jésus parce qu’elle connaît sa parenté et ses origines. Mais c’est oublier que Jésus n’est pas que vrai homme. Jésus est Dieu, né de Dieu, comme nous le disons lorsque nous proclamons notre foi. Si la parole de Jésus choque, sa personnalité ne laisse pas indifférent non plus. Pour certains, il outrepasse ses droits. C’est donc bien sur sa personne qu’il nous faut nous prononcer. Nous en sommes arrivés à cette question cruciale : pour ou contre Jésus ? 
 
D’ailleurs, les Apôtres, et Simon Pierre en particulier, ne s’y trompent pas. Quand Jésus les interroge : Voulez-vous partir vous aussi ?, la réponse de Pierre jaillit, lumineuse : A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. Tout ce que la foule n’a pas compris, il le reprend, en affirmant la foi des Douze. Les Apôtres croient que la parole de Jésus est plus qu’une parole d’homme. Les Apôtres croient et savent qui est Jésus en vérité. C’est bien dans un acte de foi que tous pourront, comme les Apôtres, accorder leur juste importance aux paroles de Jésus. C’est bien dans un acte de foi que tous pourront, comme les Apôtres, reconnaître en Jésus Dieu fait homme. 
 
Ce n’est donc pas surprenant qu’au cœur de la rencontre des croyants le dimanche, après avoir entendu la Parole de Dieu et avant de nous approcher de la table eucharistique, il y ait la proclamation de la foi, l’acte par lequel les disciples se reconnaissent entre eux, et reconnaissent appartenir au même Père, à la suite du Fils unique, dans la communion de l'Esprit Saint. En affirmant notre foi, nous reconnaissons que la parole entendue est bien Parole de vie éternelle et nous reconnaissons déjà la présence du Christ, vers qui le Père nous attire, et qui, en retour, nous montre le chemin vers le Père. En nous invitant à sa table, il nous partage le pain de sa parole et le pain de vie, son propre corps livré et rompu pour le salut du monde. 
 
A la question de Jésus à ses disciples : voulez-vous partir vous aussi ?, il nous faut répondre chaque semaine. En venant au repas de l’eucharistie, nous reprenons l’affirmation de foi de Pierre ; en nous abstenant de venir, nous faisons comme la foule : nous partons, nous aussi. Le choix nous appartient ; il est à refaire chaque dimanche parce que chaque dimanche Dieu nous invite. Amen.
 
 

samedi 15 août 2015

20ème dimanche ordinaire B - 16 août 2015

3ème tension entre Jésus et la foule : la foule écoute mais n'entend pas !





Cela devait bien arriver, n’est-ce pas ? Ne comprenant pas vraiment qui est Jésus, la foule finit par le laisser parler sans plus rien comprendre à ce qu’il dit. Elle écoute, mais elle n’entend rien à ce qu’il dit. Ce que dit Jésus ne concerne plus l’entendement de la foule. La tension qui oppose celle-ci à Jésus grandit encore un peu. Viendra le moment où elle ne voudra même plus l’écouter, préférant le faire taire une fois pour toutes en le clouant sur la croix. 
 
Quand on sait que saint Jean n’a pas de récit d’institution eucharistique, mais seulement ce chapitre 6 pour nous parler de l’Eucharistie, on peut comprendre cette rupture. Le récit du dernier repas de Jésus chez les autres évangélistes donne un cadre à la présence perpétuelle de Jésus à son peuple ; ce qu’il fait au cours de ce dernier repas, ses disciples doivent le faire à leur tour, à travers le temps et l’histoire pour affirmer la présence de Jésus au milieu de son peuple. Jean, en optant pour un discours sur le Pain de la vie, choisit d’approfondir le sens de ce repas. En un sens, il est plus clair que les autres en explicitant ce rite qui deviendra familier des chrétiens ; mais en l’explicitant, il en donne toute la portée. Et la foule n’est pas prête à entendre tout ce que Jésus dit à ce sujet. Déjà écouter Jésus dire : Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, semblait difficile à accepter ; mais là, en conclusion de son discours, il enfonce le clou : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. C’est sans doute l’affirmation de trop. Il dit clairement qu’il est la vie même de l’homme. Jésus devient incontournable. L’invitation faite par la Sagesse à partager le repas qu’elle a préparé pour les hommes devient invitation à « consommer » Jésus lui-même. Jésus se fait notre nourriture, notre essentiel, notre vie. Il affirme clairement sa divinité. Quelle prétention ! Et cela vous étonne que ses auditeurs se querellent entre eux ? 
 
Pourtant, c’est bien cela que nous devons comprendre dans les gestes eucharistiques que les prêtres refont depuis lors. En consacrant le pain et le vin, ils rendent Jésus, le Fils unique de Dieu, présent totalement. C’est à lui, c’est-à-dire à Dieu lui-même, que nous communions quand nous entendons sa Parole proclamée. C’est à lui, c’est-à-dire à Dieu lui-même, que nous communions quand nous mangeons le pain consacré, signe de sa présence réelle à l’Eglise. Il nous faut pleinement mesurer que nous nous coupons de la vie si nous ne mangeons plus ce pain consacré, si nous ne mangeons plus le corps de notre Seigneur. Ne pas participer au repas de l’Eucharistie pour un disciple du Christ n’est pas grave, c’est juste impossible. Ce rassemblement dominical n’est pas fait pour compter les troupes mais pour que les troupes puissent puiser à la source même de la vie ce qui est indispensable à leur propre vie. La Parole de Dieu partagée en communauté nourrit notre foi ; le Pain de la vie reçu en communion nous fait participer au sacrifice du Christ qui a livré sa vie pour nous. C’est sa vie que nous accueillons chaque dimanche pour faire grandir notre vie. 
 
Comme autrefois à la foule rassemblée autour de lui, Jésus nous redit en chaque eucharistie qu’il est notre vie ; il nous redit qu’il a donné sa vie par amour pour nous ; il nous redit sa présence éternelle à notre vie. Toutes nos faims trouvent en lui leur apaisement. Notre vie trouve son sens dans le sacrifice qu’il a consenti pour nous ; notre vie trouve son sens dans sa vie donnée, livrée sur la croix. Comment pourrions-nous manquer de nous approcher de lui ? Comment pourrions-nous préférer quelque chose d’autre à cette rencontre hebdomadaire avec Jésus ? Tenons-nous si peu à notre propre vie pour faire le choix de ne pas la nourrir de ce pain rompu, livré pour notre salut ? Tenons-nous si peu à notre vie pour accepter de la voir s’amoindrir par paresse spirituelle et confort personnel ? Participer au repas de l’Eucharistie n’est pas une obligation d’ordre moral ; c’est une obligation d’ordre vital. C’est toute notre vie qui se joue ici, dans la vie donnée du Christ. 
 
Que la célébration de nos eucharisties nous donne d’entendre ce que la foule n’a fait qu’écouter. Puissions-nous toujours garder au cœur le désir de nous approcher de la table eucharistique pour y puiser notre vie pour aujourd’hui et pour l’éternité. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 8 août 2015

19ème dimanche ordinaire B - 09 août 2015

2ème tension entre Jésus et la foule :
les hommes s’interrogent sur Jésus, Jésus les invite à dépasser sa personne.
 
 
 
Il nous faut faire un effort de mémoire encore pour bien situer l’évangile entendu et bien le comprendre surtout. Tout a commencé il y a quinze jours, avec la multiplication des pains. Jésus prenait ainsi soin du peuple qui lui était confié. Mais ce miracle déclenche une polémique entre Jésus et la foule. Elle a commencé la semaine passée lorsque les hommes demandaient des signes à Jésus, alors que Jésus demandait la foi aux hommes. La polémique se poursuit en ce dimanche : l’incompréhension grandit entre Jésus et ceux qui l’ont suivi jusqu’ici. 
 
Pour les hommes, cette polémique a pour origine Jésus lui-même. Pas seulement ce qu’il dit, mais qui il est. La foule croit connaître Jésus parce qu’elle connaît son origine, son père et sa mère. C’est un enfant de la région. Ce qu’il dit en devient alors encore plus insupportable. Enfin, pour qui se prend-t-il ? En s’approchant de l’homme dont ils connaissent la parenté, ils s’imaginent connaître Jésus, celui que les hommes confesseront comme Christ après Pâques. Comment pourraient-ils approcher le Christ alors qu’ils n’ont pas la foi ? La foule d’avant Pâques peut-elle comprendre des paroles qui sont déjà celles du Seigneur Ressuscité ? Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons découvrir la vérité et la profondeur des paroles de Jésus entendu ce dimanche. Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons reconnaître vraiment Jésus comme le pain qui donne la vie
 
Si Jésus n’est qu’un homme parmi d’autres, sa prétention à être le pain de la vie est inaudible. Mais si Jésus est bien celui que le Père envoie, alors il est vraiment celui qui donne la vie aux hommes. C’est sa raison d’être au milieu de nous. Dieu ne l’a pas envoyé juste pour voir comment c’était sur terre. Il n’est pas venu faire une visite d’inspection. Il est venu dire aux hommes le chemin vers Dieu ; il est venu apporter aux hommes le salut en offrant sa propre vie. La multiplication des pains était un signe évident de sa proximité avec Dieu son Père, le signe évident qu’il est venu prendre soin de nous, veiller sur nous et nous donner la vie de Dieu. Le don du pain annonce le don de sa vie. Il faut donc l’entendre quand il nous parle de son Père. 
 
Si nous acceptons que Jésus est le Fils unique de Dieu, comme nous le rappelait cette semaine la fête de la Transfiguration et la voix du Père dans la nuée – Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! – alors les paroles qu’il prononce aujourd’hui sont une invitation à ne pas nous arrêter à sa personne, mais à voir le Père dans tout ce que dit Jésus, dans tout ce que fait Jésus. Jésus n’est donc pas le héros que la foule imagine ; il ne fait rien par lui-même, mais parce que un autre, son Père, lui demande de le faire. On peut comprendre la déception de la foule et son incapacité à suivre Jésus. Comment pourrait-elle le suivre d’ailleurs sans le regard de la foi ? C’est juste impossible ! Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Pour être attiré vers le Christ, il faut donc déjà croire en Dieu pour qu’il puisse s’adresser à nous et nous faire rencontrer le Christ ! Tout le discours de Jésus sur le Pain de vie repose sur le postulat de la foi. Il faut que l’homme accepte que Dieu existe ; il faut que l’homme accepte que Dieu n’ait qu’un but : la vie de l’homme. Il faut que l’homme ait le désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, pour reconnaître Jésus comme celui qui est la source de cette vie, par mandat du Père. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. 
 
Nous voici renvoyés à nous-mêmes : comment venons-nous au repas que le Seigneur offre à son peuple chaque dimanche ? Reconnaissons-nous, dans le pain partagé, Jésus qui se livre totalement à nous ? Croyons-nous que Dieu veut nous sauver en Jésus, et que ce morceau de pain, dont les croyants disent qu’il est Jésus présent en son corps, est l’aliment de notre salut ? Sommes-nous de ceux qui récriminent contre Jésus, croyant le connaître selon sa généalogie humaine, mais refusant de voir en lui le Fils unique de Dieu ? Sommes-nous capables de cet acte de foi qui nous fait dire, devant le Pain consacré : mon Seigneur et mon Dieu ? Que l’Amen de notre communion soit l’affirmation de notre foi et de notre désir d’être sauvé par Jésus, le Pain vivant, descendu du ciel selon la volonté du Père. Ainsi soit-il !
(Dessin publié dans l'Image de notre paroisse, n° 200, Août 2003, éd. Marguerite)
 

samedi 1 août 2015

18ème dimanche ordinaire B - 02 août 2015

Première tension entre Jésus et la foule :
Les hommes demandent des signes, Jésus demande la foi !
 
 
 
 
Un seul miracle particulièrement impressionnant, et déjà commencent les tensions entre Jésus et la foule. Souvenez-vous : dimanche dernier, l’évangile nous faisait contempler Jésus nourrissant environ cinq mille hommes avec seulement cinq pains et deux poissons. A la fin de la journée, Jésus s’est retiré seul, dans la montagne. Suit un épisode que nous n’entendrons pas et qui nous montre Jésus et ses disciples traverser la mer, direction Capharnaüm. C’est pour cela que, la foule [voyant] que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. On pourrait se réjouir de ce désir de la foule d’être avec Jésus, s’il était le signe d’un réel attachement à sa personne, s’il traduisait une vraie communion avec celui qu’elle cherche. Mais voilà, tout l’évangile de ce dimanche nous montre la distance qui existe entre Jésus et la foule. 
 
La première distance concerne l’objet même du désir de la foule. La foule a mangé à satiété, sans se fatiguer, puisque Jésus a donné largement. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Jésus n’est pas dupe de cette fascination de la foule pour sa personne : vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. En ce sens, ils ne diffèrent guère de leurs ancêtres qui ont suivi Moïse au désert. Celui-ci les a tirés d’Egypte sur ordre de Dieu ; il leur a rendu leur liberté, et voilà que déjà, ils ont oublié la puissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que les ventres sont vides, parce qu’ils ont faim. A la liberté retrouvée, ils préfèrent soudain les marmites de viande d’Egypte, même si elles étaient le signe de l’oppression et de l’esclavage. Comme la liberté semble soudain une chose vaine et futile ! Mieux vaut un ventre bien plein et des chaines, que la liberté et le ventre creux. Que ce soit au temps de Moïse ou au temps de Jésus, l’homme veut un ventre bien plein, sans effort si possible. Qu’importe le sacrifice à faire ! S’il faut retrouver les chaines d’Egypte pour avoir à manger, soit ! S’il faut suivre Jésus pour manger sans se fatiguer, cherchons-le ! Ce qui compte, ce n’est pas Moïse, ce n’est pas Jésus ; ce qui compte, c’est notre ventre bien tendu ! Ce qui compte, ce sont peut-être ces douze corbeilles de restes dont personne ne sait ce qu’elles sont devenues. 
 
La deuxième distance qui existe entre Jésus et la foule, c’est justement l’incapacité de cette dernière à comprendre Jésus. Ce que veut la foule, c’est un signe : Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Mais… elle vient d’en avoir un ! Ce repas gratuit, largement servi, n’est-il pas un signe suffisant pour que la foule comprenne que Jésus est comme un nouveau Moïse par qui Dieu nourrit son peuple ? Que faudra-t-il encore ? Quel signe pourrait convaincre l’humanité que Jésus est bien celui qui peut tout, qui donne tout, qui se donne tout entier pour la vie du monde ? Jésus a beau expliquer qu’il est le Pain de la vie, descendu du ciel, rien n’y fait ; la foule semble ne pas comprendre. Elle veut des signes ; elle veut voir, toujours et encore ; elle veut manger, toujours et encore !
 
Nous arrivons là à la troisième distance qui existe entre Jésus et la foule : la foule ne comprend pas que Jésus ne demande qu’une chose, et qu’une seule chose est nécessaire. Cette chose, c’est la foi. Elle seule peut combler la faim profonde des hommes ; elle seule peut faire discerner le pain vivant et vrai ; elle seule permet de bien comprendre qui est Jésus et quelle est sa mission. Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Il faut bien, comme la foule, venir à Jésus. Mais il faut venir à lui, vide de nos exigences, vide de notre désir de voir des choses. Il faut venir à Jésus comme on va vers une source vive et trouver en lui ce qui fait vivre vraiment. Celui qui vient vers Jésus, plein de revendications que Jésus se devra de contenter, n’est pas dans les bonnes dispositions. Jésus n’a pas à prouver qui il est par des signes particuliers. Il ne cesse de nous dire qui il est ; c’est à nous de le croire, sur parole. Il nous dit qu’il est le pain de la vie ? Approchons-nous de lui et goûtons à sa Parole, croyons ce qu’il nous dit, et notre faim sera rassasiée. Il vient nous donner le goût de la vie avec Dieu, après avoir partagé pour nous le pain. 
 
Ne nous contentons donc pas de manger à sa table en attendant le prochain service ; mais apprécions le moment présent. Il nous donne le Pain de sa Parole pour donner sens à notre vie ; il nous partagera le Pain de son Corps, rompu pour que nous goutions à la vie de Dieu. Il se donne tout à nous, en vrai Pain de la vie éternelle, non pas pour que nous nous recroquevillions sur nos assiettes, mais pour que nous allions à la rencontre de nos frères, pour leur partager ce pain et les inviter à cette table où Dieu se donne tout à tous. Allons vers Jésus avec le désir de croire en lui et nous comprendrons mieux que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France).
 
 

vendredi 24 juillet 2015

17ème dimanche ordinaire B - 26 juillet 2015

Quand Jésus s'occupe de la foule...





Nous avons changé d’évangéliste, parcourant pendant les cinq semaines à venir l’évangile de Jean, mais nous n’avons pas changé de décor. Nous sommes bien après la première mission des disciples ; à leur retour, Jésus les a invités à l’écart, mais la foule les a devancés sur l’autre rive. Jésus a enseigné la foule et vient le temps où les estomacs crient famine. Cela devait bien arriver : la foule ne fait que suivre Jésus ; cela fait un moment que les gens sont partis de chez eux ; nous sommes dans un endroit désert. Forcément il fait faim ! Que va faire Jésus ? 
 
La solution la plus raisonnable serait sans nul doute de renvoyer les gens chez eux. C’est bien de suivre Jésus ; mais initialement, il voulait quand même offrir un temps de repos à ses disciples. Et sans doute lui-aussi pourrait-il souhaiter quelques temps plus tranquille. C’est bien la foule, mais il y a des limites ! Oui, Jésus pourrait renvoyer chacun à sa maison, en rappelant au passage que, la prochaine fois, ce serait bien de penser au casse-croûte ! Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est ce que j’aurais fait. 
 
Mais voilà, Jésus n’est pas raisonnable à notre manière. Ces gens n’ont rien, ils sont comme des brebis sans berger. Il ne peut pas les renvoyer. Le problème, c’est que les disciples n’ont pas davantage de quoi nourrir toute cette foule. Souvenez-vous, ils reviennent de mission, ils voulaient se reposer un peu ! Il semble même qu’en traversant le lac, ils n’aient même pas pensé à jeter les filets ! Ils auraient au moins eu un peu de poisson. Mais là, rien ; même pas un quignon de pain rassis. La question de Jésus à Philippe oblige à ouvrir les yeux : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? André, sans doute un peu plus dégourdi, a rapidement fait le tour des popotes : il n’a trouvé que cinq pains d’orge et deux poissons qu’un jeune garçon a pensé à prendre ; à moins que ce ne soit sa maman qui ait pensé que son garçon aurait certainement faim à un moment de la journée. Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Même pas de quoi boucher une dent creuse pour chacun des cinq mille hommes présents. Et pourtant, chacun va manger à sa faim et il y aura même des restes : douze paniers sont remplis à la fin du repas. Comment cela a-t-il pu se faire ? 
 
Cela a pu se faire parce que Jésus était là, parce qu’il avait le souci de cette foule qu’il  a d’abord longuement enseigné. Comment aurait-il pu la renvoyer alors qu’elle vient à lui, reconnaissant en lui celui qui peut quelque chose pour elle ? Il ne la nourrit pas pour se mettre en avant, ni pour briller devant les hommes. Il nourrit cette foule parce que cette foule pourrait aller à sa perte s’il ne s’en occupait pas personnellement. Il nourrit cette foule pour lui faire découvrir qu’il y a un pain plus important encore qui peut nourrir les hommes à volonté et pour toujours : le pain de la Parole de Dieu. Il nourrit cette foule pour rappeler que Dieu s’occupe toujours de son peuple ; il l’a fait jadis du temps d’Elisée ; il le refait aujourd’hui par Jésus. Il le fait pour nous au cours de chaque eucharistie que nous célébrons. Avec Jésus, nous ne manquons de rien. Quand Jésus donne, il donne largement ; un jour, il donnera sa vie pour tous. C’est cela qui est annoncé par ce signe des pains multipliés : l’immense amour de Dieu pour nous et sa prévenance pour tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie. Cet amour de Dieu pour les hommes conduira Jésus sur la croix ; il sera alors pour  tous, et pour toujours, le pain rompu et partagé, donné pour la vie de tous les hommes jusqu’au jour où Dieu les recevra tous à sa table. Avec cette première multiplication des pains, Jésus nous invite déjà à la table de son Père, et Dieu lui-même sert aux hommes le pain qui donne la vie. La foule était comme des brebis sans berger ? Elle a trouvé en Jésus un pasteur qui prend soin d’elle, qui nourrit son esprit, qui nourrit son corps. L’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus nous fait vivre, tout simplement. Ces cinq pains et ces deux poissons partagés nous montrent ce que peut faire l’amour de Dieu pour nous ; il nous faut juste y consentir, comme ce jeune garçon a consenti à livrer ces pains et poissons à Jésus pour qu'il les distribue à tous. Et nous découvrons que, si Dieu nous aime, nous devons consentir à son amour pour que le miracle puisse avoir lieu. 
 
Quand Jésus s’occupe de la foule, elle ne manque de rien. Quand Jésus s’occupe de la foule, il lui dit l’immense amour de Dieu pour tous les hommes. Quand Jésus s’occupe de la foule, les cœurs sont bouleversés au point qu’un jeune garçon accepte de partager le peu qu’il a. Quand Jésus s’occupe de la foule, il rassasie avec bonté tout ce qui vit. Quand Jésus s’occupe de la foule et que les hommes consentent à le laisser faire, alors des merveilles sont possibles. C’était vrai hier ; c’est toujours vrai aujourd’hui. A nous d’ouvrir les yeux ; à nous de consentir à Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 21 juin 2014

Fête du corps et du Sang du Christ - 22 juin 2014

Nous sommes le Corps du Christ.




Bonne fête à chacun et à chacune ! Je ne trouve pas de meilleur moyen de commencer à parler de la fête du Corps et du Sang du Christ qu’en vous souhaitant à chacun une bonne fête. Ce souhait m’est inspiré par Paul dans sa première lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu un extrait en seconde lecture. Ecoutez bien ce qu’il nous dit : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. Nous sommes un seul corps, nous dit-il parce que nous avons part au même pain ; et ce pain, c’est le Christ !
 
C’est saint Jean, dans son Evangile, qui nous permet de comprendre cet audacieux rapprochement entre le pain et le Christ. Jésus lui-même n’invite-t-il pas ses auditeurs  à manger son corps et boire son sang pour avoir la vie ? Il faut nous souvenir ici qu’en saint Jean, il n’y a pas d’institution de l’Eucharistie rapportée comme chez les trois autres évangélistes. Saint Jean nous livre en lieu et place ce discours de Jésus sur la Pain de Vie. Il permet au Christ de faire comprendre à ses auditeurs qu’il est la source de la vie véritable et qu’il est indispensable de croire en lui pour avoir accès à cette vie, comme le pain peut être indispensable à notre survie. Il faut véritablement communier au Christ, boire ses paroles pour les faire nôtre et pouvoir ainsi vivre d’elles. Il fait comprendre ainsi ce qu’avait déjà transmis Moïse à son peuple jadis : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Jésus est bien celui qui vient de Dieu et qui nous transmet tout ce que Dieu veut nous faire savoir.
 
Fidèle à sa mission, l’Eglise ne cesse de nous communiquer les dons de Dieu, en particulier le don de l’Eucharistie, en conformité avec la demande du Christ : Faites cela en mémoire de moi. Nous pouvons ainsi communier au Christ, ne faire plus qu’un avec lui, et avoir accès par lui, à la vie éternelle. Y a-t-il meilleure raison que celle-là de vouloir suivre le Christ : avoir part avec lui à cette vie qu’il a inaugurée pour nous dans sa Pâque ? Comment se fait-il alors que nous soyons de moins en moins nombreux, en Occident en tous les cas, à prendre part à ce rassemblement auquel Dieu lui-même nous invite ? Comment se fait-il que nous honorions de moins en moins l’invitation à partager la table où Dieu lui-même nous sert ? Avons-nous un pain plus puissant que le Christ ? Avons-nous un pain plus nourrissant que le Christ ? Ou pensons-nous obtenir la vie éternelle par des crèmes, des soins, de nouveaux miracles de la médecine ? Retrouvons le sens des  réalités ; retrouvons le sens de la foi. Dieu seul sauve ; le Christ seul nous donne sa vie pour que nous puissions vivre éternellement en Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Et l’Eucharistie est le lieu où nous recevons le pain de la vie, le lieu où nous communions au corps du Christ, à la vie du Christ. Tout est là, tout est offert, tout est à prendre. Il faut juste venir et croire. 
 
Puissions-nous comprendre toujours mieux ce repas auquel nous sommes invités chaque dimanche ! Puissions-nous garder le goût d’y participer et donner aux autres le goût d’y revenir. Ainsi nous serons toujours plus le Corps du Christ, livré au monde pour son salut. Amen.  
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 18 août 2012

20ème dimanche ordinaire B - 19 août 2012

Les effets de l'Eucharistie.



Si vous avez manqué la messe du dimanche au cours des 4 dernières semaines, vous risquez d’être un peu perdu. En effet, nous avions commencé la lecture continue du chapitre 6 de l’Evangile de Saint Jean. Il s’ouvre par la multiplication des pains (17ème dimanche) et se prolonge par un enseignement de Jésus. Le signe lui-même peut déjà être considéré comme un enseignement, puisque Jésus se révèle comme celui que Dieu envoie pour veiller sur son peuple et lui donner la nourriture en temps voulu. Mais voilà, parce que l’interprétation du signe peut être pervertie, Jésus lui-même explique : il lève les incompréhensions qui peuvent exister du côté de la foule qui ne voit en lui qu’un boulanger de Dieu. Il nous a donné du pain ; qu’il continue et nous serons contents ! (18ème dimanche). Jésus se révèle, non comme celui qui donne le pain, mais comme le seul Pain, vivant et vrai, qui apaise toutes nos faims. Voilà que la foule, plutôt ravie, se met à murmurer. Pour Jésus, ce n’est pas une catastrophe en soi : seuls ceux que le Père appelle, peuvent entrer dans une juste compréhension de qui est Jésus (19ème dimanche). Et nous voilà donc avec le passage que je viens de proclamer, dans lequel Jésus précise encore son enseignement. Il nous révèle les secrets de cette communion au Pain vivant. J’en relève deux principaux.

Premier secret que Jésus nous révèle : Celui qui mange de ce pain, vivra, éternellement. Il a le mérite d’être clair. Tu veux vivre pour toujours ? Mange de ce pain que je te donne, dit Jésus, mange-moi ! Cela peut sembler un peu cru, mais c’est bien l’enseignement de Jésus. Il n’y a pas de part à la vie éternelle sans communion au Pain eucharistique, sans communion au Christ. Ce pain de l’Eucharistie que nous rompons et partageons, dimanche après dimanche, signe notre désir de vivre pour toujours avec Dieu. Il signe notre désir de participer à cette éternité de vie que Dieu promet à celles et ceux qui suivent Jésus, mort et ressuscité pour nous sauver. La communion au Corps et au Sang du Christ est déjà une participation à cette vie que Jésus nous obtient par sa Pâque : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Nous ne nous constituons pas une réserve pour l’avenir, lorsque nous communions ; nous ne validons pas un passeport pour plus tard, quand viendra le moment de notre passage. En communiant, nous participons déjà à la vie de Dieu, cette vie marquée du sceau de l’éternité. En participant pleinement à la messe, le dimanche, nous manifestons que nous vivons, ici et maintenant, de la vie du Christ ressuscité, et que nous voulons participer à cette vie pour toujours. Jésus est celui qui nous ouvre cette vie par sa mort et sa résurrection, et il nous y fait participer par la communion à ce pain devenu son corps. C’est bien Jésus, mort et ressuscité, que nous accueillons au plus intime de nous-mêmes lorsque nous communions au pain consacré. C’est bien Jésus qui devient ainsi notre nourriture ; c’est bien lui qui apaise toutes nos faims, et pas seulement nos faims de pain de boulangerie. Celui qui veut vivre de la vie même de Dieu n’a besoin que de Jésus, qui toujours s’offre à celles et à ceux qui veulent entrer dans l’intimité de Dieu.

Le deuxième secret que Jésus énonce ainsi : Celui que mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui, vient ainsi renforcer et préciser encore le premier. La communion reçue nous fait entrer dans la vie éternelle parce qu’elle nous fait demeurer en Jésus et fait demeurer Jésus en nous. Il est non seulement notre co-pain, c’est-à-dire celui qui partage le pain avec nous ; il est aussi celui chez qui nous allons habiter. Par la communion, nous sommes à demeure chez lui. A Noël, Dieu plante sa tente au milieu de son peuple pour que son Fils unique puisse vivre au milieu de nous ; par le sacrement de l’Eucharistie, le Christ nous prépare une tente dans le monde de Dieu. Le mystère de l’Incarnation atteint sa plénitude dans le mystère de l’Eucharistie, puisque le Dieu qui s’est fait homme permet à l’homme de devenir Dieu en consommant sa chair et son sang. Nous sommes loin du repas du club des amis de Jésus ; nous sommes bien dans un repas de communion où nous ne faisons plus qu’un avec celui qui nous offre tout : son corps, son sang, sa vie, pour que nous puissions vivre, comme lui, entièrement donné à Dieu. Nous comprenons ainsi mieux, et l’importance que revêt pour l’Eglise ce sacrement, et le pourquoi de son insistance quant à notre participation à l’Eucharistie dominicale. Il s’agit bien d’une question de vie ou de mort ! Il s’agit bien de notre salut ! Comment l’Eglise pourrait-elle se résoudre à voir un seul de ses enfants se perdre parce qu’elle n’aurait pas été assez clair au sujet de ce sacrement et de ses effets dans notre vie ? Nous ne pourrons jamais accuser l’Eglise d’en faire trop ; nous ne pourrons jamais assez la remercier pour les efforts qu’elle fait pour rendre ce sacrement accessible.

A ceux qui en doutaient, Jésus rappelle qu’on ne vient pas chez lui simplement parce qu’on a vu de la lumière, ou parce qu’on n’avait rien de mieux à faire. On vient à Jésus parce qu’il est celui qui est notre vie. Et si nous pouvons fort bien le prier chez nous, et bâtir une relation avec lui à la maison, il n’y a qu’ici, à l’église, au moment de l’Eucharistie dominicale, que nous pouvons accueillir sa vie et communier à son Corps et à son Sang. La communion ne peut donc pas être une option, si j’ai le temps ; ni une question liée à mon humeur (j’ai envie ou pas) ; elle est et restera le signe le plus grave et le plus profond de mon désir de Dieu, de mon désir de vivre avec lui. Ici et maintenant, et pour toujours. Amen.

(Image, La Sainte Cène, Hortus Deliciarum)