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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 15 juin 2025

Très Sainte Trinité c - 15 juin 2025

Notre Dieu n'est pas un Dieu seul et solitaire.







 

            A peine sortis du temps pascal, nous allons, pendant deux dimanches, comme prolonger l’esprit de fête et l’approfondissement de la foi chrétienne. La fête de la Trinité qui nous réunit est l’obstacle majeur à un rapprochement avec les autres religions monothéistes. Leur argument principal : nous serions idolâtres et polythéistes. Nous attentons, avec cette affirmation que Dieu est UN en trois personnes, à l’unicité et la sainteté de Dieu. Autrement dit, le Dieu UN ne peut être que seul et solitaire.

             Autant le dire tout de suite : chrétiens, nous croyons au Dieu UN. C’est notre héritage judaïque d’abord. Nous partageons avec nos frères juifs, la foi en Dieu qui se révèle comme l’Unique. Avec les prophètes, nous redisons que Dieu est le seul Dieu, et qu’il n’y en a pas d’autres en face de lui. Il est le Dieu créateur de tout ce qui vit et Père de tous les hommes. Cela ne se discute pas. Et nous voyons bien, dans l’Ancien Testament, comment ce Dieu qui s’est révélé d’abord comme le Dieu d’un peuple particulier qu’il avait choisi, devient peu à peu le Dieu de tous les hommes. Israël est le peuple particulier de Dieu pour que les nations païennes, voyant Israël vivre avec le Dieu UN, soient séduites et choisissent de rejoindre le peuple que Dieu se donne. Les prophètes du retour d’exil ont cette certitude que Dieu appelle toutes les nations à s’unir autour de lui. C’est notre foi la plus profonde. Nous avons entendu, dans la première lecture, comment la Sagesse (autre nom de l’Esprit Saint) et Dieu ne font qu’un. A toutes les étapes de la création, la Sagesse est présente et fait la joie de Dieu : Je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant pour lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. Un Dieu en deux êtres distincts : le Créateur et l’Esprit du Créateur qui va à la rencontre des hommes pour qu’ils puissent connaître Dieu.

             Dans l’Evangile, Jésus, le Fils éternel du Père, atteste bien de la dimension trinitaire du Dieu UN. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Le Père et le Fils ne font qu’un, ce qui est à l’un est à l’autre ; et l’Esprit se joint à eux, dans cette unité, pour faire connaître Dieu et sa Parole aux hommes. Si Dieu ne se révèle pas, comment les hommes le connaîtraient-ils ? Si Dieu n’est pas relation en lui-même, comment serait-il relation avec les hommes ? Si Dieu n’est pas relation d’amour en lui-même, comment l’amour de Dieu se communiquerait-il aux hommes ? Si Dieu était seul et solitaire, il n’engagerait pas sa vie avec l’humanité. Il resterait seul et solitaire. Et les hommes n’auraient aucun modèle valable pour les élever, les pacifier, les inviter à aimer plus que tout. L’amour solitaire est un amour replié sur soi, et non pas ouvert aux autres. C’est bien parce que le Père aime son Fils Jésus et qu’ils sont unis par le lien d’amour de l’Esprit Saint, que cet amour de Dieu peut nous être communiqué. Si Dieu n’est pas en lui-même amour vécu et partagé, les hommes n’apprendront pas de lui à être, à leur tour, amour vécu et partagé. Heureusement que Dieu est UN en trois personnes, s’aimant d’un amour absolu et éternel. Il permet ainsi aux hommes de comprendre la grandeur de l’amour quand il est partagé. Il est un exemple humain qui nous fait comprendre la Trinité : le mariage. L’homme et la femme, qui se sont librement choisis pour vivre ensemble, dans l’amour, ne font plus qu’un, tout en restant deux personnes distinctes. Ils partagent un amour qui les unit, mais ont chacun leur manière d’être présent au monde, qui les reconnaît différents, mais unis dans un même amour. Cette certitude vient de la foi en Dieu UN et Trine. Un seul Dieu qui a choisi différentes manières d’être présent au monde. Il est le Père de tous qui envoie son Fils en messager de sa Parole unique. Je ne dis rien de moi-même, dira Jésus ; ce que je dis, je l’ai entendu de mon Père. Et l’Esprit confirme, répand et fait comprendre cette Parole donnée par le Fils, dite à lui par le Père. Ils sont UN, ces trois-là, unis dans un même amour, unis dans une même divinité. Rien ne sépare le Père du Fils et de l’Esprit.

             Pour les chrétiens, célébrer la Trinité, c’est célébrer la grandeur et la bonté de Dieu qui se révèle à nous selon ce que nous pouvons recevoir et porter. Cette révélation de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, est la pédagogie choisie par Dieu pour nous faire comprendre à quel point il nous aime, à quel point il est engagé définitivement avec toute l’humanité. Rien n’est impossible à Dieu. Il n’est pas Dieu seul et solitaire, mais Dieu de relation et d’amour, en lui et avec nous. Et c’est parce qu’il nous aime comme il aime son Fils, que nous devenons, à notre tour, fils et filles de Dieu, unis à lui par l’Esprit que le Fils a promis et qui a été répandu à la Pentecôte. Croyants au Dieu UN, il nous est impossible de renoncer à la foi en la Très Sainte Trinité, le Dieu Père, Fils et Esprit Saint, sauf à vouloir courir le risque de ne plus nous savoir aimés d’un amour plus fort que la mort, aimés d’un amour qui est allé jusqu’à la mort pour notre salut et pour le salut de tous les hommes. Ce qu’à Dieu ne plaise. Amen. 


lundi 13 juin 2022

Trinité C - 12 Juin 2022

 Parce que Dieu est un être de relation...



Jacomart, La Trinité, milieu du XVe siècles, Valence (Espagne)





                Nous sommes à peine revenus dans le temps ordinaire près le long temps pascal, et voici que nous devons déjà affronter ce mystère de la Trinité qui défie toute logique ordinaire ; au point où nous pouvons légitimement nous interroger : n’y a-t-il pas une opposition entre la simplicité de l’ordinaire et la complexité de ce mystère ? Pour nous éviter des maux de tête sans fin ainsi qu’une cure inutile d’anti-douleurs, accordons-nous sur ceci : nous ne chercherons pas ce matin à comprendre ce mystère sur la base d’une équation mathématique, et un plus un plus un feront toujours encore trois. 

            Puisque nous laissons tomber les mathématiques, essayons d’entrer dans ce mystère par l’expérience humaine la plus basique. Elle peut se résumer dans cette affirmation de Dieu lui-même concernant l’homme au livre de la Genèse : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette affirmation de Dieu conduira, en Genèse chapitre deux, à la création de tous les animaux dans un premier temps ; mais l’homme ne trouvant personne qui lui ressemble, Dieu finira par créer la femme, au sujet de laquelle l’homme dira en la voyant : Voici l’os des os, la chair de ma chair, comprenons celle qui est comme moi. Que cette histoire ne nous égare pas cependant ! Elle veut illustrer, à partir de l’homme, une vérité sur Dieu. Si Dieu reconnaît qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, c’est peut-être tout simplement parce que Dieu n’est pas seul en lui-même. D’ailleurs, en Genèse chapitre un, Dieu crée l’homme, homme et femme, en un même mouvement. Dès le départ, il en fait un être de relation : et la bible dit dans ce même chapitre premier que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Si donc l’homme, image et ressemblance de Dieu, est fait comme un être de relation, Dieu, son Créateur ne l’est-il pas le premier ? L’affirmation de Dieu pourrait donc s’entendre ainsi : Il n’est pas bon que l’homme soit seul puisque je ne suis pas seul ! Ceci nous éviterait aussi de croire que Dieu aurait créé l’homme parce qu’il était seul dans l’univers et qu’il s’y ennuyait. Car si tel était le cas, il n’aurait pas dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ; l’homme aurait eu Dieu, comme Dieu aurait eu l’homme ! Je crois que Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire qu’il en a fait un être de relation, parce que c’est ce qu’il est profondément en lui-même. Et nous savons qu’au commencement, avant la création, Dieu n’est pas seul : l’Esprit de Dieu plane sur les eaux et Dieu va faire sa création par son Verbe, sa Parole, dont Jean nous dira, dans le prologue de son Evangile que c’est Jésus. 

            Que Dieu soit un être de relation, trois personnes en une seule substance divine, comme le rappellera la préface de notre solennité, est intéressant pour l’homme. Cela lui donne trois voies pour accéder à la connaissance de Dieu. C’est toujours l’expérience humaine qui peut nous servir ici. Il suffit de réfléchir un instant comment vous êtes entrés en relation avec les personnes que vous connaissez, ou bien, puisque nous sommes dans la chapelle du Carmel, comment vous en êtes venus à connaître ce lieu. Certains l’auront connu par une sœur en particulier, peut-être quelqu’un de la famille qui est entré dans cet Ordre. D’autres l’auront découvert en passant devant le bâtiment ; d’autres peut-être par les écrits soit de Sainte Thérèse (la grande ou la petite) ou ceux de St Jean de la Croix… Des chemins différents vous ont menés vers la spiritualité du Carmel. De même, tous ne découvrent pas Dieu de la même manière. Certains commencent par lire un évangile et découvre Jésus qui les mènera à la connaissance de son Père. D’autres font des expériences charismatiques très fortes ; c’est l’Esprit Saint qui les conduira à la connaissance de Dieu. D’autres ont fait l’expérience de la paternité de Dieu qui les conduira vers le Christ par la puissance de l’Esprit Saint. Parce qu’il est être de relation en lui-même et non pas un monolithe, nous pouvons chacun parvenir à sa connaissance par des voies qui nous sont propres, et c’est heureux. C’est reconnaître l’importance de notre expérience personnelle dans notre vie spirituelle. Parce que Dieu n’est pas un discours, parce que Dieu n’est pas une belle idée, nous pouvons faire l’expérience de sa rencontre à partir de chacune des personnes de la Trinité. Aucun chemin n’est meilleur qu’un autre, chacun conduisant à la révélation de l’unique Dieu, Père, Fils et Esprit. 

            Ceci nous amène alors à notre conclusion. Puisque Dieu est un être de relation comme nous, il nous faut donc quitter le registre des idées pour entrer pleinement en relation d’alliance avec lui. Tout le but de la catéchèse aujourd’hui n’est pas de procurer une connaissance scientifique ou livresque sur Dieu : le but de la catéchèse, c’est d’amener le cœur d’un homme vers le cœur de Dieu, en lui permettant de faire l’expérience de la présence de Dieu dans sa vie. Ce que la Sagesse de Dieu déclarait à son propre sujet, nous devons le faire nôtre et en faire l’expérience : Le Seigneur m’a fait pour lui. Être de relation comme Dieu lui-même, nous sommes faits pour lui, nous sommes faits pour le rencontrer et pour vivre dans son Alliance. L’eucharistie que nous célébrons nous offre de vivre cette expérience en nous faisant chanter les merveilles que Dieu le Père réalise pour nous, par son Fils Jésus, dans la puissance de son Esprit. Il n’y pas d’expérience trinitaire plus forte que celle-ci. J’en veux pour preuve la doxologie qui conclut la grande prière eucharistique : Par le Christ, avec le Christ et en Christ, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen.

dimanche 16 juin 2019

Trinité C - 16 juin 2019

La Trinité, quand Dieu se fait relation.







Faut-il vraiment chercher à tout comprendre de la foi chrétienne ? Faut-il vraiment nous torturer l’esprit pour saisir comment ça fonctionne la Trinité, un Dieu Un (unique) en trois personnes ? Quand on sait les longues batailles théologiques qui ont divisé les chrétiens pour établir la foi catholique, je me dis qu’il y a des mystères auxquels il vaut mieux ne pas se frotter. Et la Trinité en fait partie. Si le temps pascal n’a pas suffi à approcher le mystère d’un Dieu qui se meurt d’amour pour l’homme, d’un Dieu plus fort que la mort et donc toujours vivant (Pâques), d’un Dieu qui ouvre le ciel à tous les hommes (Ascension), d’un Dieu qui laisse aux hommes son Esprit pour que reste vive en eux la présence de son Fils ressuscité (Pentecôte), que peut apporter de plus la solennité de ce jour ? 

Je crois d’abord qu’il faut renoncer à approcher ce mystère sous l’angle mathématique. N’essayons pas de réduire Dieu à une équation impossible à résoudre. 1 + 1 + 1, cela fera toujours trois, comme nous l’apprenons à l’école dès les petites classes. Dieu ne s’additionne pas ; au mieux, il se multiplie pour ne pas dire qu’il se coupe en quatre pour nous sauver. La réponse n’est décidément pas à chercher du côté des sciences mathématiques. Mais alors comment l’appréhender ?

Peut-être par notre expérience humaine. Puisque nous sommes à l’image de Dieu, qu’est-ce qui, en nous, nous permet d’approcher le mystère de Dieu ? Il y a forcément en nous quelque chose qui nous permet de le comprendre. Peut-être est-ce la nécessité pour l’homme de vivre en relation. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que Dieu crée l’Homme, mâle et femelle, semblables (voici l’os de mes os la chair de ma chair) et pourtant différents (homme et femme), non pas pour que l’un domine l’autre, ni pour que l’un frappe sur l’autre, mais pour qu’ils réalisent le projet de Dieu, chacun à sa place, chacun à sa manière, chacun avec ses spécificités, mais tous deux ensemble, dans cet élan d’amour de Dieu qui les a fait venir à l’existence. La Trinité nous rappelle peut-être surtout que Dieu est relation, en lui-même déjà, d’où ce besoin de relation avec cet homme qu’il a créé à son image et à sa ressemblance.  Le Dieu de la révélation biblique n’est pas un Dieu à poser au-dessus des nuages, mais à porter en nous, au fond de nos cœurs pour que nous puissions, hommes et Dieu, vivre ensemble. Ce que le Père vit avec son Fils par le lien de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à le vivre avec le Père, puisque le baptême nous configure au Christ, nous fait fils de ce Dieu Père qui nous aime et nous sauve. Il n’y a pas de foi possible sans cette relation primordiale, constitutive de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme. 

Dire que la relation est fondamentale pour comprendre Dieu, c’est affirmer du même coup que Dieu ne saurait être juste une grande idée. Dire que je peux entrer en relation avec Dieu qui est relation en lui-même, c’est affirmer qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Il est ce Père qui nous aime ; il est ce Fils qui nous sauve en étant pour les hommes l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour chaque homme ; il est cet Esprit qui nous accompagne chaque jour, qui ancre en nous et la Parole du Fils et l’amour du Père. Si le Fils ne dit pas et ne fait pas autre chose que ce que son Père lui dit de faire et de dire, l’Esprit Saint ne fait pas comprendre autre chose que ce que le Fils a dit et fait dans l’obéissance au Père. S’ils sont chacun distincts (Père, Fils et Esprit Saint), ils sont en tout semblables au point de n’être qu’UN, une seule expression de l’amour unique de Dieu pour les hommes. Et si Dieu est en lui-même et avec nous relation, comme savent l’être un père et son fils dans la puissance d’un même esprit d’amour, peut-être que ce mystère de la Trinité, avant d’être un mystère à comprendre, est d’abord un mystère à vivre. A vivre d’abord avec Dieu, en entrant dans cette relation d’amour qu’il me propose de vivre ; à vivre ensuite avec mes frères vers qui son amour me renvoie nécessairement, l’amour de Dieu m’étant donné pour que je le partage. Le mystère de la Trinité devient alors ce qui m’empêche de me replier, de m’enfermer dans une relation où il n’y aurait que mon Dieu et moi. Dieu n’est pas mon papa chéri à moi tout seul ; Jésus n’est pas mon petit Jésus à moi tout seul ; l’Esprit Saint ne m’est pas donné pour que je le garde jalousement pour moi tout seul. Et l’Eglise devient alors le lieu où ce mystère se déploie, parce qu’elle est ce lieu rassemblé par l’Esprit Saint qui permet que chacun se reconnaisse fils du même Père et donc frère du Christ et frères de tous ceux qui reconnaissent le même Père. 

Que cette fête de la Trinité nous mette en relation avec Dieu et avec nos frères pour que le projet d’amour de Dieu s’étende à tous les hommes. Que notre vie et notre témoignage creusent en ceux qui ne connaissent pas encore le Dieu UN et Trine, le désir de le suivre, de l’aimer et de construire avec nous le Royaume qui vient. Amen.