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samedi 10 juin 2023

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 11 juin 2023

 Quand Dieu nourrit son peuple...




(Source : Jésus est le Pain de vie | 1001 versets (la-bible.info)

 

 

 

            Il n’y a pas plus catholique comme fête que cette fête du Corps et du Sang du Christ, qui nous fait célébrer le don renouvelé chaque dimanche, pour ne pas dire chaque jour, de l’Eucharistie, ce sacrement par lequel le Christ nous est rendu présent, totalement, réellement, réalisant ainsi sa promesse d’être avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Cette promesse n’était pas une promesse intellectuelle : quand vous penserez à moi, je serai avec vous. Mais c’est bien la promesse de sa présence réelle à notre vie, en notre vie, par la manducation de ce morceau de pain devenu son Corps livré et son Sang versé pour notre vie. 

            Nous pouvons, comme ses contemporains, être surpris par la prétention de Jésus à être le pain vivant qui est descendu du ciel. Nous pouvons être surpris par sa prétention à être l’aliment de la vie éternelle : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et pourtant, n’est-ce pas ce qu’il a réalisé pour nous en s’offrant en sacrifice sur le bois de la croix ? Ne nous dit-il pas, là sur la croix, de quel amour il nous aime et que cet amour est un amour sauveur ? Son offrande sur la croix prolonge et achève l’offrande qu’il avait déjà faite de sa vie lorsque, au cours du dernier repas partagé avec ses Apôtres, il leur a laissé l’eucharistie en mémorial. Faites ceci en mémoire de moi s’entend bien de cette union profonde au Christ dans notre participation au sacrement de sa présence réelle. Nous rendons le Christ réellement présent au monde par la célébration de l’Eucharistie. Nous rendons le Christ réellement présent à notre vie par notre participation à ce repas qu’il nous offre. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui nous est offerte. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui passe en notre vie. Dans le pain partagé, nous recevons la nourriture nécessaire pour parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus beau que l’Eucharistie, offerte en mémoire du geste de salut accompli par Jésus pour notre vie. Nous avons besoin de l’Eucharistie pour grandir dans la foi au Ressuscité de la même manière dont nous avons besoin de l’eau pour vivre. Il nous faut comprendre que nous ne pouvons pas davantage nous passer de l’eucharistie pour faire vivre notre foi que nous ne pouvons nous passer de boire pour survivre.

            L’eucharistie, mieux que la manne que nos Pères ont reçu jadis au désert, est le signe que Dieu prend soin de nous en nous donnant la nourriture au temps voulu. Le signe de la manne a été donné au peuple en exode parce qu’il récriminait contre Dieu qui l’a fait sortir d’Egypte et semble vouloir le laisser mourir au désert : Ah que les marmites étaient bonnes en Egypte ! L’Eucharistie nous est donnée pour que nous n’oubliions pas le geste de salut du Christ envers toute l’humanité. Le signe de l’Eucharistie surpasse celui de la manne, car ceux qui ont mangé la manne sont morts. Ceux qui partageront le pain de l’eucharistie ne mourront jamais, parce que ce don les unit au Christ, mort et ressuscité. C’est lui que nous accueillons dans le pain consacré et partagé. Il n’est pas une récompense pour enfant sage ou croyant particulièrement saint. Il est Jésus qui se rend présent ; il est Jésus qui nous redit son amour et nous le partage largement. Comme l’affirme Paul aux chrétiens de Corinthe, ce pain rompu et ce sang versé sont le sacrement de notre unité. De même qu’il n’y a qu’un Pain rompu, le Christ livré pour notre vie, de même il n’y a qu’une humanité pour laquelle ce pain est rompu ; c’est l’humanité dans sa totalité, à travers le temps et l’histoire, qui est sauvée par le Christ. Le sacrifice du Christ, par la célébration de son mémorial qu’est l’eucharistie, s’étend à tous les hommes à travers le temps et l’histoire. De ce fait, nous qui n’avons pas connu Jésus de son vivant, nous sommes associés à son sacrifice et nous profitons du salut offert. Quand Dieu nourrit son peuple, il le nourrit entièrement et lui donne la vie. Quand Dieu nourrit son peuple, il nourrit chacun, gratuitement, qu’il l’ait mérité ou non. Dieu prend soin de chacun et de tous en invitant au repas de l’eucharistie. N’en faisons pas un obstacle ; n’en faisons pas une médaille ; n’en faisons pas non plus un repas sans conséquence. Là encore il nous faut bien entendre Paul quand il nous rappelle que, communiant au même pain, nous formons un seul corps. Nul ne peut s’approcher de l’eucharistie et avoir du mépris pour son prochain. Nul ne peut s’approcher de l’Eucharistie et ne pas porter le souci des autres membres de ce corps unique. L’eucharistie construit l’Eglise qui célèbre l’eucharistie. S’approcher de l’eucharistie, c’est donc se reconnaître en fraternité avec tous ceux qui s’approchent pareillement de ce même repas. Si l’eucharistie rend le Christ présent à notre monde et à notre vie, notre participation à ce mystère rend le frère présent à notre vie. Hors de question de l’ignorer ! Hors de question de le tenir éloigné de moi alors que le Christ se rend également présent à lui et à moi. 

            Quand Dieu nourrit son peuple, non seulement il prend soin de lui, mais il le constitue comme peuple de frères appelés ensemble à rendre grâce à Dieu pour les merveilles qu’il réalise pour tous. Accueillons ce Pain rompu et partagé et remercions Dieu et de sa présence et des frères et sœurs qu’il met sur notre route. Ils le rendent présent à notre vie, de la même manière que le Pain rompu et partagé. Faisons corps pour être digne d’accueillir le Corps livré de celui qui est notre salut. Amen.

samedi 22 juin 2019

Fête du Crops et du Sang du Christ C - 23 juin 2019

L'Eucharistie, source et sommet de notre foi et de notre vie.








Tout un dimanche pour fêter le sacrement de l’Eucharistie : voilà ce que nous offre cette fête du Corps et du Sang du Christ. Un dimanche pour approfondir notre foi, pour adorer le Christ présent réellement dans le Pain eucharistique, d’où les adorations et les processions qui renaissent un peu partout dans nos paroisses. Si nous en avions perdu le goût, peut-être nous faudra-t-il y réfléchir pour l’avenir et pas seulement nous contenter de courir les « fêtes – Dieu » allemandes et revenir en disant : ah que c’était beau ! Parce que la vocation première de ces manifestations festives autour de l’eucharistie n’est pas qu’elles soient belles et folkloriques. Leur raison d’être est peut-être d’abord de nous rappeler que l’eucharistie, selon la formule du Concile Vatican II, est la source et le sommet de la vie chrétienne, donc source et sommet de notre foi. 

Elle est la source de notre foi et de notre vie parce qu’elle nous renvoie au sacrifice de Jésus. Là naît notre attachement au Christ Sauveur et notre vie avec lui. Là naît pour les croyants au Christ la nécessité de s’unir à ce sacrifice par sa célébration rituelle. L’ordre donné par Jésus lui-même au soir du Jeudi Saint ne manque pas de clarté à ce sujet : Faites cela en mémoire de moi. Et nous avons entendu Paul redire aux chrétiens de Corinthe toute l’importance de ce sacrement : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Chaque eucharistie célébrée est donc une commémoration de cet unique sacrifice du Christ, quand il s’offre sur la croix pour notre salut. Et l’Eglise ne saurait se priver de cette célébration, parce qu’elle se priverait de ce lien unique à Jésus qui se livre par amour pour nous. Célébrer l’eucharistie revient à sans cesse plonger au cœur de notre foi, pour puiser à cette source la nourriture nécessaire pour progresser et tenir bon en Christ, et en recevoir la force nécessaire pour vivre notre foi au quotidien. Parce que l’eucharistie est bien notre nourriture, donnée par Dieu, pour que nous ne manquions de rien. Nous ne saurions, sans risque majeur, nous en priver de manière continue. 

Si elle est la source de notre foi et de notre vie chrétienne, elle en est aussi le sommet parce qu’il n’y a rien de plus grand et de plus beau que de communier au Christ et l’accueillir ainsi au cœur même de notre vie. Ce morceau de pain partagé, c’est le corps du Christ, mort et ressuscité pour nous. L’eucharistie célébrée, c’est la rencontre avec Dieu Père, qui nous parle dans son Fils, qui se livre à nous dans la puissance de l’Esprit Saint. Elle est le sommet de notre foi et de notre vie parce qu’elle anticipe cette rencontre face à face que nous espérons dans le Royaume à venir. Elle est un avant-goût de la grande fête que Dieu lui-même nous prépare dans son Royaume, quand le Christ reviendra dans sa gloire. Elle est proclamation du pardon des péchés, écoute de la Parole de Dieu, union intime avec le Christ Sauveur. Elle est don gratuit et sans cesse renouvelé de la grâce de Dieu. Dieu ne saurait nous faire cadeau plus grand que celui-ci, qui nous unit intimement au Christ et à nos frères en Christ. En accueillant le pain rompu, j’accueille l’amour de Dieu pour moi, j’accueille la vie de Dieu en moi pour qu’ils me tournent vers mes frères en humanité. Il n’est plus question ici de savoir si j’aime ou pas les autres ; il est question d’accueillir la vie de Dieu pour la transmettre aux autres par mon témoignage de vie. Communier n’est pas un acte individuel ou égoïste ; c’est un acte hautement communautaire puisqu’il renforce l’unité entre les croyants qui communient au même Corps.

Oui, l’eucharistie est source et sommet de notre foi et de notre vie chrétienne parce qu’elle initie tout et qu’elle récapitule tout. D’où l’insistance de l’Eglise au sujet de l’obligation dominicale. Elle n’est pas à comprendre comme une obligation contrainte au sens où tu n’as pas d’autre choix, mais comme une obligation vitale au sens où sans l’eucharistie, la vie chrétienne s’affaiblit et finit par mourir. Elle devrait être pour nous cette obligation amoureuse qui nous fait surmonter tous les obstacles qui se dressent entre elle et nous, pour aller à la rencontre de l’être aimé. Nous devrions être convaincus que nous ne pourrons jamais connaître de joie plus grande que celle que procure la célébration de l’eucharistie. Ici tout est dit ; ici tout est offert ; ici tout est amour ; ici se trouve la plus grande proximité possible sur notre terre avec le Christ et avec chacun de ceux qu’il met sur notre route. Ici le ciel rejoint la terre ; ici les hommes chantent avec les anges. Ici le Dieu fait homme donne à l’homme de devenir Dieu ; ici l’homme et Dieu sont unis. Il n’y a rien de plus beau ; il n’y a rien de plus grand.

Quand nous comprenons que l’eucharistie est la source et le sommet de notre foi et de notre vie chrétienne, nous comprenons aussi la vacuité de l’expression « croyant non pratiquant ». Elle comporte en elle-même une erreur fondamentale puisque je ne puis être croyant pour moi. Je ne suis croyant que relié à l’Eglise, la communauté croyante rassemblée par Dieu. Si Jésus lui-même dans l’Evangile n’a pu renvoyer la foule, c’est parce qu’elle était un signe du Royaume : l’humanité rassemblée autour du Christ qui enseigne, guérit, nourrit et sauve. Se dire croyant non pratiquant, n’est-ce pas renvoyer la foule de notre vie et s’illusionner d’un lien solitaire avec le Christ venu pour tous les hommes ? 

Puisse cette fête du Corps et du Sang du Christ nous unir toujours plus aux autres, en Eglise, en nous unissant davantage au Christ, lui qui est le début et le terme de notre foi, l’Alpha et l’Omega de notre vie. Ainsi nous deviendrons ce que nous recevons dans notre communion : le Corps du Christ à jamais vivant. Amen.


(Dessin de M. Leiterer)

jeudi 29 mars 2018

Jeudi Saint - 29 mars 2018

La force d'une vie livrée.






            La célébration qui nous réunit en ce soir est indéniablement marquée par les événements qui se sont déroulés ces derniers jours à Trèbes. Comment ne pas voir dans l’acte du lieutenant-colonel Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver celle d’une femme qui lui était inconnue, comme une image du geste du Christ que nous commémorons en chacune de nos eucharisties ? Comment, à l’évocation de ce courage, ne pas entendre  au creux de notre mémoire cet extrait de chants religieux qui convient si bien au Jeudi Saint qui nous rassemble : ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ?

Si nous avions oublié la force de l’acte posé par Jésus en ces heures qui précèdent sa mort, si le temps écoulé depuis nous avait fait oublier que nous étions concernés par ce don, et qu’à notre tour, nous pouvions nous trouver en situation de faire de même, voilà que cette vie échangée dans un magasin de Trèbes nous le rappelle cruellement. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties n’est pas romantique ; ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, ce n’est pas ordinaire, ni banal. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est ce don absolu de la vie d’un homme innocent livré aux mains des coupables que nous sommes. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est l’amour plus fort que la peur, l’amour plus fort que la mort. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est le don de Dieu qui se livre totalement, parce qu’il nous aime, alors même que nous n’avions rien fait pour le mériter.

Qui n’a pas été saisi par un sentiment de reconnaissance envers lui et envers ces hommes et ces femmes qui ont fait de notre sécurité leur métier en apprenant le geste courageux de cet officier vendredi ? Qui n’a pas été saisi d’émotion en apprenant sa mort ? Ce sont ces mêmes sentiments qui devraient nous animer ce soir alors que nous faisons mémoire de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples ! Reconnaissance pour sa vie livrée une fois pour toutes afin que les hommes, ceux de son époque, et tous ceux qui suivraient jusqu’à la fin des temps, ne connaissent plus la peur d’être livré au Mal et à la Mort ! Emotion profonde devant cette mort qui nous vaut la vie ! La messe qui nous rassemble n’est pas le repas des amis de Jésus ; elle est le repas où Dieu convoque tous ceux et celles pour qui Jésus a donné sa vie afin qu’à leur tour, ils apprennent, dans les petites choses du quotidien le plus souvent, mais aussi dans le don réel de leur vie quelquefois, à ne pas se satisfaire du Mal, à oser s’élever contre les injustices, à oser prendre la défense du petit maltraité, persécuté, exploité. Le don de Jésus, dans son Corps et dans son Sang, nous oblige !

Ce n’est pas un hasard si les deux gestes rapportés par les évangélistes sont le lavement des pieds et le signe de l’eucharistie : Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang, livrés pour vous. Tout est contenu là : le don absolu de Dieu qui livre sa vie pour notre vie et le renvoi vers le frère toujours à servir, toujours à protéger. Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en ignorant sa présence dans chacun être humain qu’il place sur notre route ? Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en sacrifiant encore aux forces de mort qui détruisent notre humanité et donc notre sainteté ? Comment quelqu’un pourrait-il avoir part au Royaume en détruisant la vie par haine de celui qui est différent, par haine de celui qui croit autrement, par haine tout simplement ? Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par tuer le Mal qui nous ronge de l’intérieur. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par oser s’élever contre tout homme qui a perdu le sens du bien. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre quiconque ne sait plus respecter autrui. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre celui qui propage des discours de haine. Pour tuer le Mal, il faut ne plus s’habituer à sa présence ; il faut ne plus dire qu’on n’y peut rien ! Jésus, le premier, en offrant sa vie, nous a dit qu’il était possible d’affronter et de vaincre le Mal ; Jésus, en nous invitant au service des hommes, nous a montré la route à suivre. Un homme courageux nous a montré la semaine passée que cette route était la seule à suivre. Nous ne construirons pas un monde meilleur en détournant les yeux. Nous ne construirons pas un monde meilleur en nous taisant. Nous ne construirons pas un monde meilleur en refusant le combat contre toute forme de Mal. Il n’y a pas de petit Mal et de grand Mal : il n’y a que le Mal, toujours à combattre.

Chrétiens, nous recevons le Corps et le Sang livrés du Christ comme une nourriture qui nous rend forts et capable d’affronter toute forme de Mal. En accueillant Jésus dans le Pain et le Vin eucharistique, c’est la vie du Christ que nous accueillons ; c’est la vie du Christ que nous laissons agir en nous pour qu’elle rende actuelle pour nous la libération du Mal. A la suite du Christ, entrons dans ce combat avec courage et détermination. Que plus jamais le Mal ne passe par nous. Amen.  

(Armia El Katcha, Le lavement des pieds, icône copte, publié par France catholique n° 3578)
 

 

 

 

dimanche 18 juin 2017

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 18 juin 2017

Le Christ, mort et ressuscité, notre salut.





Avez-vous été sensibles à la formulation de l’oraison qui a permis au prêtre de collecter toutes nos prières individuelles en début de célébration ? C’est la seule, me semble-t-il, qui s’adresse directement au Christ ; toutes nos autres prières s’adressent au Père, par le Fils. C’est dire combien la fête qui nous rassemble est christique ; c’est dire aussi combien il faudrait la nommer de son vrai nom : Fête du Corps et du Sang du Christ, et non de ce raccourci traditionnel : Fête-Dieu ! 
 
Réécoutons donc cette prière : Seigneur Jésus Christ, dans cet admirable sacrement, tu nous as laissé le mémorial de ta passion ; donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption. En une phrase, elle nous donne tout le sens de cette fête, qu’elle resitue bien dans l’axe du sacrifice du Christ. Si durant la Semaine Sainte nous revivons les derniers instants du Christ en l’accompagnant vers la croix, la fête de ce jour, située après le temps pascal, nous permet de célébrer ce sacrifice dans la joie. Car nous avons compris que, ce qui semblait au Vendredi Saint une malédiction, était en fait la mise en œuvre du projet de salut de Dieu pour tous les hommes, comme Jésus ressuscité lui-même le dira aux disciples sur la route d’Emmaüs : ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? La fête de ce jour nous permet aussi de mieux faire le lien entre le don de Jésus sur la croix et le don qu’il nous a laissé la veille de sa mort, au cours du dernier repas qu’il a partagé avec ses Apôtres. L’Eucharistie qui nous rassemble nous permet d’actualiser ce don, et de lier définitivement le dernier repas de Jésus, sa mort sur la croix et la permanence de ce sacrifice, à travers le temps et l’histoire. Le Christ s’est livré une fois pour toutes afin que tous les hommes soient sauvés. Il est mort une fois pour toutes afin que tous les hommes puissent vivre de l’amour de Dieu. Et l’Eglise, en célébrant l’Eucharistie, mémorial de la Passion, permet, à travers les âges, aux hommes de se rendre participant de ce grand mystère. Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu au temps du Christ pour être sauvé ; mais il est nécessaire d’entrer dans ce grand mystère et de reconnaître, dans le pain et le vin partagés, le Corps livré et le Sang versé du Christ pour la multitude. Le fruit de la rédemption du Christ, c’est notre vie, c’est notre salut. 
 
La préface de la fête de ce jour poursuivra ce que la prière d’ouverture nous a permis de découvrir et de croire. Elle rappelle d’abord le dernier repas du Christ laissé en mémorial. Dans le dernier repas qu’il a pris avec ses Apôtres, afin que toutes les générations fassent mémoire du salut par la croix, il s’est offert à toi, comme l’Agneau sans péché, et tu as accueilli son sacrifice de louange. L’Eucharistie n’est donc pas le repas du club des amis de Jésus, mais bien ce lieu où les amis de Jésus célèbrent sa mort et sa résurrection. Ils rappellent à jamais que Jésus s’est offert en victime innocente pour les pécheurs que nous sommes. Puis la préface poursuit : Quand tes fidèles communient à ce sacrement, tu les sanctifies pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité. Voici donc énoncés les bénéfices, pour les hommes, de ce sacrement. Par la communion, ils sont sanctifiés (rendus saints), éclairés par la même foi et réunis par la même charité. Les disciples du Christ ne communient donc pas parce qu’ils seraient meilleurs que les autres, mais pour recevoir de ce pain et de ce vin la sainteté de Dieu. Le Corps et le Sang du Christ nous libèrent de nos péchés, nous donnent la force de vivre dans l’amour (la charité) et la capacité à devenir toujours plus et toujours mieux disciples de Jésus qui se livre pour nous. Nous recevons de notre communion à l’autel un surcroit de foi. Il est heureux que nous ayons ainsi cette fête pour nous remettre tout ceci en mémoire et nous permettre de célébrer avec allégresse le don du salut. Nous avons là un avant-goût de la vie éternelle comme le chante encore la préface : Nous venons à la table d’un si grand mystère nous imprégner de ta grâce et connaître déjà la vie du Royaume. Ce que nous avons pu pressentir le Jeudi Saint, ce que nous n’osions plus espérer au soir du Vendredi Saint, ce que la fête de Pâques nous annonçait, voilà que nous pouvons désormais le célébrer chaque dimanche dans la joie. 
 
Finalement, la fête du Corps et du Sang du Christ nous redit combien nous sommes aimés, pourquoi nous sommes sauvés et à qui nous devons notre salut. Elle nous rappelle que notre vie est un don de la grâce de Dieu, comme a pu l’éprouver jadis le peuple marchant dans le désert et recevant de Dieu, chaque jour, la manne qui le rassasiait et lui redonnait des forces. Ce que le don de la manne annonçait, Jésus le réalise toujours et encore. Il est désormais et pour toujours le don parfait de Dieu à tous les hommes. Il est désormais et pour toujours la vie pour tous les hommes qui reconnaissent dans le pain et le vin partagé sa présence amoureuse au monde de ce temps. Comme cette fête nous y invite, venez, adorons-le ! Amen.

(Sainte Cène, Photo prise en l'église de Baïa Sprie, Roumanie)

samedi 6 juin 2015

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 07 juin 2015

Devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ !



Fête Dieu. Fête du Corps et du Sang du Christ. Fête du Saint Sacrement. Des appellations diverses pour nous faire approcher le même mystère : la présence de Dieu à son peuple d’une manière inouïe à travers l’Eucharistie. Avec la fête de Pâques célébrant la mort et la résurrection de Jésus, et la fête de la Trinité célébrant l’unité indéfectible de Dieu, la fête d’aujourd’hui est certainement la plus fondamentalement chrétienne. Nous célébrons aujourd’hui ce qui, depuis 20 siècles fait courir les chrétiens du monde entier. L’occasion est trop belle pour ne pas s’interroger sur le pourquoi la messe ? Pourquoi être encore fidèle à ce rassemblement ? 

La réponse nous vient de la Tradition. Nous nous rassemblons le dimanche parce que depuis les origines, les chrétiens ont eu le sentiment de répondre ainsi de manière parfaite à la demande du Christ : Faites cela en mémoire de moi ! Puisque avant de mourir, le Christ avait souhaité prendre un dernier repas avec ses disciples, et qu’au cours de ce repas, il leur a laissé un mémorial, les chrétiens ont ressenti le besoin de revivre ce dernier moment fort de la présence du Seigneur. N’a-t-il pas dit lui-même qu’il serait présent chaque fois que ces gestes seraient refaits ? Faire mémoire, c’est bien plus que simplement se souvenir de ce que Jésus nous a dit. Faire mémoire, c’est véritablement revivre, de manière mystérieuse mais réelle, cette présence de Jésus. Lorsque le prêtre refait les gestes de Jésus, lorsqu’il redit ses paroles, c’est véritablement le Christ qui se rend présent au milieu de nous. Alter Christi, ipse Christi : autre Christ, mais le seul et même Christ, présent dans son Corps et dans son Sang, à travers le pain et le vin consacré. Nous vivons là le face-à-face véritable avec notre Dieu ; nous avons là une proximité inouïe avec celui qui a tout donné par amour pour nous. Jamais Dieu ne se fait si proche de l’homme que lorsqu’il s’offre ainsi dans le Corps et le Sang de son Fils. 
 
Cette présence du Christ dans le morceau de pain partagé n’est pas sans conséquence pour moi. Lorsque je communie, c’est-à-dire lorsque je mange ce morceau de pain, que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui se joue ? Il se passe simplement que je reçois le Christ en moi, de manière intime. La communion, reçue dans la foi au Christ ressuscité, entraîne en moi un bouleversement inouï. Recevant Dieu lui-même, je deviens un porteur de Dieu, je deviens, selon le mot de Saint Augustin, ce que je reçois, à savoir : le Corps du Christ. Cela signifie que lorsque je communie, tout mon corps est concerné, tout mon corps est comme transformé. Et mes yeux deviennent le regard du Christ, capable de poser sur le monde et sur les hommes le regard d’amour de Dieu. Et ma bouche devient la bouche  du Christ, annonçant aux hommes les merveilles de Dieu pour l’humanité. Et mes mains deviennent les mains du Christ, tendues en geste d’amitié vers tous les frères. Et mon cœur bat au rythme de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Et mes pieds deviennent les pieds de Dieu, allant à la rencontre de tous les hommes, ne laissant personne sur le bord du chemin. Oui, l’enjeu de nos rencontres dominicales se situe bien à ce niveau : devenir de plus en plus, par l’écoute de la Parole et par la communion au Christ vivant présent dans l’Eucharistie, des hommes et des femmes porteurs de Dieu, respirant Dieu par toute leur vie, agissant comme Dieu pour le salut du monde, pour construire déjà, peu à peu, ce Royaume dont nous attendons la réalisation totale au dernier jour. 
 
Chaque fois que nous mangeons ce pain consacré, nous communions donc à la vie du Christ. Le pain et le vin offert deviennent, par l’imposition des mains du prêtre et l’appel de l’Esprit Saint, le Corps et le Sang du Christ. Et tous ceux qui y communient deviennent le corps du Christ, chacun un membre, tous ensemble le même corps. Ce devrait être pour tous un grand moment de joie, parce que Dieu est là, que nous l’accueillons, et que nous participons à sa vie. Le prêtre, lorsqu’il donne la communion ne fait que reconnaître que chacun fait partie de ce Corps unique du Christ. Alors, il est vrai que quelquefois, on vient à la messe triste, avec un nœud sur l’estomac, parce que l’on est fâché. Quelques uns peuvent même être fâchés avec le prêtre qui célèbre : ça arrive ! Mais même dans ces moments-là, même face à ces gens-là, le prêtre est heureux au fond de lui, parce Dieu vient rappeler qu’au-delà des difficultés, au-delà des disputes ou des divergences d’opinion, il y a la rencontre possible autour de lui ; il y a un pardon possible : non pas parce que les hommes le veulent, mais parce que Dieu vient le réaliser en son Fils Jésus. Je ne connais pas de joie plus grande que celle-là, je peux en témoigner. 
 
Participer à l’Eucharistie, reconnaître que le Christ vient à ma rencontre est tout, sauf un acte banal, parce qu’il bouleverse trop de chose en moi et autour de moi. Participer à l’Eucharistie reste le plus beau geste que nous puissions poser parce qu’il nous engage sur la route d’un mieux-vivre, d’un mieux être, même avec ceux que l’on ne peut voir en peinture. C’est une route exigeante, parce que c’est la route de l’amour donné sans compter, de l’amour toujours à vivre, de la fraternité toujours à construire. Seul Dieu peut nous permettre de réaliser cette route en vérité, pour peu que nous le laissions nous rencontrer véritablement. Un petit morceau de pain y suffit si nous savons y reconnaître la présence réelle et agissante de Celui qui peut tout. Oui, devenons ce que nous recevons : Le corps du Christ. AMEN.
 
(Hortus Deliciarum, La Cène)

samedi 21 juin 2014

Fête du corps et du Sang du Christ - 22 juin 2014

Nous sommes le Corps du Christ.




Bonne fête à chacun et à chacune ! Je ne trouve pas de meilleur moyen de commencer à parler de la fête du Corps et du Sang du Christ qu’en vous souhaitant à chacun une bonne fête. Ce souhait m’est inspiré par Paul dans sa première lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu un extrait en seconde lecture. Ecoutez bien ce qu’il nous dit : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. Nous sommes un seul corps, nous dit-il parce que nous avons part au même pain ; et ce pain, c’est le Christ !
 
C’est saint Jean, dans son Evangile, qui nous permet de comprendre cet audacieux rapprochement entre le pain et le Christ. Jésus lui-même n’invite-t-il pas ses auditeurs  à manger son corps et boire son sang pour avoir la vie ? Il faut nous souvenir ici qu’en saint Jean, il n’y a pas d’institution de l’Eucharistie rapportée comme chez les trois autres évangélistes. Saint Jean nous livre en lieu et place ce discours de Jésus sur la Pain de Vie. Il permet au Christ de faire comprendre à ses auditeurs qu’il est la source de la vie véritable et qu’il est indispensable de croire en lui pour avoir accès à cette vie, comme le pain peut être indispensable à notre survie. Il faut véritablement communier au Christ, boire ses paroles pour les faire nôtre et pouvoir ainsi vivre d’elles. Il fait comprendre ainsi ce qu’avait déjà transmis Moïse à son peuple jadis : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Jésus est bien celui qui vient de Dieu et qui nous transmet tout ce que Dieu veut nous faire savoir.
 
Fidèle à sa mission, l’Eglise ne cesse de nous communiquer les dons de Dieu, en particulier le don de l’Eucharistie, en conformité avec la demande du Christ : Faites cela en mémoire de moi. Nous pouvons ainsi communier au Christ, ne faire plus qu’un avec lui, et avoir accès par lui, à la vie éternelle. Y a-t-il meilleure raison que celle-là de vouloir suivre le Christ : avoir part avec lui à cette vie qu’il a inaugurée pour nous dans sa Pâque ? Comment se fait-il alors que nous soyons de moins en moins nombreux, en Occident en tous les cas, à prendre part à ce rassemblement auquel Dieu lui-même nous invite ? Comment se fait-il que nous honorions de moins en moins l’invitation à partager la table où Dieu lui-même nous sert ? Avons-nous un pain plus puissant que le Christ ? Avons-nous un pain plus nourrissant que le Christ ? Ou pensons-nous obtenir la vie éternelle par des crèmes, des soins, de nouveaux miracles de la médecine ? Retrouvons le sens des  réalités ; retrouvons le sens de la foi. Dieu seul sauve ; le Christ seul nous donne sa vie pour que nous puissions vivre éternellement en Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Et l’Eucharistie est le lieu où nous recevons le pain de la vie, le lieu où nous communions au corps du Christ, à la vie du Christ. Tout est là, tout est offert, tout est à prendre. Il faut juste venir et croire. 
 
Puissions-nous comprendre toujours mieux ce repas auquel nous sommes invités chaque dimanche ! Puissions-nous garder le goût d’y participer et donner aux autres le goût d’y revenir. Ainsi nous serons toujours plus le Corps du Christ, livré au monde pour son salut. Amen.  
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)