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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 25 octobre 2025

30ème dimanche ordinaire C - 26 octobre 2025

C'est lui qui était devenu un  homme juste.



(Source : Icône La Parabole du Publicain et du Pharisien - icônes religieuses)



 

 

            En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes… Jésus dit la parabole que voici. Vous l’aurez remarqué, j’ai volontairement omis le passage qui parle du mépris des autres pour que nous ne puissions pas dire que nous ne sommes pas comme ça, nous. Nous ne méprisons personne, nous sommes tous des gens de bien, ce qui nous fait croire que nous avons notre place auprès de Dieu assurée. Le Dieu juste et bon ne pourra pas nous la refuser. C’est là qu’il nous faut bien comprendre le sens de cette parabole du pharisien et du publicain. Et particulièrement la conclusion qu’en tire Jésus.

            La « morale » de l’histoire, Jésus la formule ainsi : Je vous le déclare : quand ce dernier (c'est-à-dire le publicain qui se tenait à distance) redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste. Que s’est-il passé ? Il s’est passé que Jésus a regardé les deux personnages de son histoire, celui qui se croit juste parce qu’il n’est pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères – alors que lui jeûne deux fois par semaine et verse le dixième de tout ce qu’il gagne. Il fait des choses bonnes, forcément, il est bon, forcément il est juste. L’autre, le publicain, lui se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel (il n’ose pas regarder Dieu en face), mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Il reconnaît qu’il a besoin de Dieu. Et Dieu, fidèle à son habitude, le reconnaît juste. Ecoutez Ben Sirac le Sage : La prière du pauvre traverse les nuées. Ecoutez le psaume 33 qui a répondu à la première lecture : Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre… Pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge. Nous avons beau faire quantité de choses que nous estimons belles et bonnes ; il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas à nous d’estimer qu’elles nous ouvriront les faveurs de Dieu. Dieu seul est juge ; Dieu seul voit le fond des cœurs. Lui seul rend juste, non pas à cause de nos actes, mais à cause de ce qu’il y a au fond de notre cœur.

            Cette parabole nous remet devant cette évidence. Dieu juge selon sa justice, qui n’est pas – heureusement – celle des hommes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire de bien et de bon. Mener une vie bonne, selon l’évangile, est utile pour nous et pour le monde. Parce que cela rend le monde plus beau, plus fraternel, et qu’il en a bien besoin le monde, en ce moment, de gens fraternels qui aiment le beau et le bien. Ce que cette parabole veut nous dire, c’est qu’il ne faut pas nous reposer sur ces choses bonnes que nous faisons, mais sur Dieu seul. C’est à lui seul qu’il faut faire confiance, et non pas à nos actes. C’est sur lui seul que nous pouvons compter, et non pas sur nous-mêmes. Si nous comptons sur nos propres forces, nous n’irons pas bien loin ; nous n’irons surtout pas au paradis. Nos petits poignets, même musclés, n’ouvriront aucune porte. Seul l’amour présent en nos cœurs peut ouvrir une porte. Seul notre désir de voir Dieu malgré notre faiblesse, malgré nos limites, peut nous ouvrir la porte qui mène au Père. Seul notre attachement au Christ et à sa Parole de vérité nous conduira sûrement là où Dieu nous attend. Les « J’ai fait ceci, donc j’ai droit à cela » ne nous mèneront nulle part. Reconnaître que nous avons souvent échoué à aimer comme Dieu le demande et compter encore sur sa miséricorde, voilà qui saura parvenir au cœur de Dieu ; il exercera la miséricorde que nous attendons de lui, il aimera encore et nous délivrera de ce qui nous retient loin de lui.

            La parabole que Jésus raconte est au fond une parabole qui nous invite à faire confiance absolument et uniquement au jugement de Dieu. Surtout quand nous portons sur nous un jugement sévère. Laissons Dieu nous regarder avec ses yeux et son cœur et non pas avec nos yeux et notre cœur. Osons croire en sa miséricorde ; osons faire confiance à son amour de toujours. Il ne nous en aimera que davantage. C’est cela le salut ; être aimé infiniment par Dieu quand bien même nous estimons ne plus être aimables. C’est ce que Paul explique dans sa lettre aux Romains et que je vous laisse en méditation (Rm 8, 31-35.37-39) : Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. Que cette parole reste gravée en nous et renforce en nous l’espérance du salut offert par Dieu. Amen.

  

mercredi 22 février 2023

Mercredi des Cendres - 22 février 2023

 Revenez à moi de tout votre coeur !


(Source : Il y a dans le coeur de l’ Homme … | 1001 versets (la-bible.info)


 

 

            Ils étaient les premiers mots prononcés au début de cette liturgie ; ils vont nous accompagner durant tout notre Carême. Ecoutons-les à nouveau : Revenez à moi ! Et l’oracle du Seigneur de préciser : de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! N’est-ce pas paradoxal de formuler cette invitation ainsi ? 

            Dans une société dite de loisirs, une telle invitation risque de faire un flop monumental. Revenir au Seigneur, certes, mais dans le jeûne, les larmes et le deuil : on a vu plus joyeux et plus tentant comme expérience. Il faut le reconnaître : cela n’a rien d’attrayant ! C’est même plutôt rude. Faut-il donc renoncer à toute joie pour revenir au Seigneur ? Dieu serait-il contre la joie ? Beaucoup vous diront que ce n’est pas avec un tel programme que vous remplirez les églises. Et pourtant, il nous faut bien entendre et recevoir cette invitation du Seigneur au début de ce carême. 

            Le Carême est un temps que j’appellerais un temps sec, dur ; et c’est normal parce que c’est un temps de conversion. Le retour vers le Seigneur n’est pas le retour joyeux, mais le retour de celui qui sait qu’il s’est éloigné de Dieu, éloigné de sa Parole de vie, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à vivre, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à être. C’est le retour d’un humain qui sait qu’il s’est perdu lui-même, égaré hors de sa vie. Quelqu’un qui n’est plus que l’ombre de lui-même, spirituellement parlant. Ce n’est pas que nous n’aimons plus Dieu, mais la vie, avec ses grands soucis et ses petits bonheurs, nous a lentement éloignés de Lui, lentement éloignés de la meilleure version de nous. Quelquefois nous ne nous en rendons même pas compte. C’est comme la dérive des continents : cela se fait lentement, c’est à peine perceptible. Un jour, nous constatons que Dieu est devenu lointain, que nous sommes devenus étrangers à Dieu. Nous pensons à lui, comme nous pensons à cette vieille tante ou à ce vieil oncle que nous n’avons pas revu depuis si longtemps. Ils font leur vie, nous faisons la nôtre. La différence entre le vieil oncle et Dieu, c’est que Dieu ne souffre pas d’Alzheimer ; il ne nous oublie pas. Ce temps de Carême qui s’ouvre aujourd’hui, est un de ces temps où Dieu lui-même se rappelle à notre bon souvenir : Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. 

            Revenez à moi, parce que je vous attends, parce que votre vie est en moi, parce que votre bonheur est avec moi. Revenez vers moi parce que je fais pour vous des merveilles. Revenez à moi. 

            De tout votre cœur, pas seulement du bout des lèvres, pas seulement parce que vous y avez intérêt, mais parce que c’est  votre désir profond, parce que votre cœur sait où est son vrai repos. Souvenez-vous de ce beau refrain : Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. Nos soifs les plus profondes, Dieu seul sait les étancher. Revenir vers lui de tout notre cœur, c’est reconnaître cela. 

            Dans le jeûne, les larmes et le deuil, parce qu’ils sont les moyens sûrs et efficaces pour exprimer ce que le fond de notre cœur n’arrive pas toujours à faire parvenir jusqu’à nos lèvres. Le psalmiste a su le faire admirablement dans ce psaume 50 que nous avons antiphoné ensemble : Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Voilà exprimé avec des mots le jeûne, les larmes et le deuil. Un psaume à prier souvent en ce temps de Carême. 

            Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Nous comprenons bien que cela ne peut se faire la bouche en cœur et la fleur au fusil. Nous avons peut-être du mal à nommer clairement notre péché, mais nous avons la conscience claire de nous être éloignés de Dieu, lentement, mais sûrement. Le retour ne peut se faire avec tambours et trompettes parce que nous ne sommes pas fiers de nous. Mais nous sommes heureux de ce Dieu qui est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qu’est-ce qu’un temps de jeûne, que sont nos larmes, qu’est notre deuil de nous-mêmes, de notre orgueil, face à cet immense amour de Dieu pour nous ? Juste le signe de la sincérité de notre cœur. Nous ne revenons pas à lui parce que le calendrier et la liturgie nous disent de le faire, parce que c’est Carême ; nous revenons à lui parce que nous mesurons pleinement que notre vie loin de Lui n’est que peine et misère, cendres et poussières. 

            Hier, nous portions peut-être un masque de carnaval, jouant à être quelqu’un d’autre. Ne portons pas les cendres que nous allons accueillir comme un masque. Devant Dieu, nous ne pouvons pas jouer à être quelqu’un d’autres. Devant Dieu, nous nous présentons en vérité : et notre vérité, c’est que sans lui, nous ne sommes que cendres et poussières. C’est lui qui, en soufflant sur nous son Esprit, donne vie à nos cendres et poussières. C’est lui, et lui seul, qui nous fait vivre pleinement, réellement. Présentons-nous devant lui, marqués de ces cendres, marqués par les limites de notre existence. Il saura nous transformer, il saura nous fait vivre. Sa Parole nous fait vivre. Quarante jours nous sont donnés pour réapprendre à vivre de Lui. Revenons à lui de tout notre cœur. Amen.

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 9 mars 2019

01er dimanche de carême C - 10 mars 2019

Un Carême pour quoi ?





Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Nous en sommes à peine au premier dimanche du temps de carême que déjà la liturgie nous met en face de ce qui se prépare. Le chemin commence à peine qu’elle nous donne le terme de la route, le but de cette marche au désert : la mort et la résurrection du Christ, et par-delà notre propre salut ! Alors pourquoi devrions-nous nous fatiguer ? D’ailleurs, n’est-ce pas chaque année la même chose ? Le carême de cette année n’est-il pas le même que celui de l’an passé : quarante jours finalement à attendre Pâques ? Quarante jours, c’est tout !

Nous pouvons voir les choses ainsi : quelques semaines d’efforts à faire, qui, si nous ne les faisons pas, ne changeront pas grand-chose. Nous pouvons vivre effectivement ce temps de carême comme n’importe quel temps liturgique : nous allons à la messe le dimanche, nous prions sans doute un peu en semaine. Peut-être mangerons-nous moins de viande ! Après tout, c’est la tradition de faire maigre pendant le carême à cette période de l’année ! Vivrons-nous mieux ? Croirons-nous mieux ? J’en doute. 

Nous pouvons aussi choisir de vivre ce temps avec le Christ. Nous pouvons décider de partir au désert pour le rejoindre. Il nous y attend. Bien sûr, nous n’allons pas aller au bout du monde, ni nous retirer sous les palmiers, dans un océan de sable. Mais nous pouvons faire un voyage intérieur. Nos cœurs ne sont-ils pas quelquefois des déserts arides où rien ne pousse ? Nous pouvons choisir de nous retirer au plus profond de nous, pour mieux nous retrouver, pour mieux rencontrer Dieu, pour mieux y redécouvrir nos frères. Mais ça va changer quoi ?

D’abord, le fait de regarder longuement notre vie, et la relire à la lumière de la Parole de Dieu, permettra de nous retrouver. N’y a-t-il pas des jours où nous pouvons avoir l’impression que l’image que nous renvoie notre miroir n’est pas la nôtre ? Plonger au cœur de notre vie permet de vérifier tout ce dont il faut nous séparer, tout ce qu’il nous faut retrouver. C’est nous donner la chance de renaître, débarrassé de ce qui effraie, enrichi de ce qui fait vraiment vivre. L’homme ne vit pas seulement de pain, nous dit Jésus aujourd’hui. Il y a, en nous, depuis notre baptême, une force de vie que nous n’exploitons pas assez, que nous ignorons souvent. Nous retirer dans notre désert intérieur et nous laisser tenailler par la faim et la soif d’absolu, nous permettra de faire jaillir en nous la source de vie de notre baptême. Mercredi, la liturgie appelait cela : savoir jeûner, autrement dit savoir se détacher de ce qui est superflu pour retrouver le goût de l’essentiel.

Ensuite, le fait de regarder longuement notre vie, d’y découvrir une soif de vivre que nous croyions perdue, nous rapprochera des autres. Car eux-aussi ont soif de vivre ! Eux aussi ont faim d’absolu ! Et nous nous rendons compte que notre désert n’est pas si vide que cela. Il y a du monde qui n’attend que nous. Il y a du monde qui a besoin de nous. Nous avons, chacun, le pouvoir de les aider. Mais comment ? C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte, nous dit Jésus aujourd’hui. Et voilà que notre pouvoir d’aider se transforme en devoir : le devoir de la charité, culte authentique adressé à Dieu par le service du prochain comme en témoignent tant de prophètes. Les autres ne sont pas là pour que nous nous servions d’eux, ou qu’eux se servent de nous, mais pour qu’ensemble nous avancions sur la route que le Christ nous a ouverte. Cette route s’appelle service, attention aux autres, respect. Il y a du bonheur à se mettre volontairement au service des autres. Mercredi, la liturgie appelait cela : faire l’aumône, être charitable. Savoir s’ouvrir aux autres, s’intéresser positivement à eux pour vivre et grandir avec eux.

Enfin, le fait de regarder longuement notre vie, d’y découvrir tous ceux qui la peuplent, nous permettra de rencontrer le Tout Autre, celui qui nous a justement invités à entrer en nous. Il est là, depuis le début, depuis toujours, et il nous attend. Il est à la fois la source qui fait vivre et une part de tous ceux que nous rencontrons. Il est notre familier, notre intime. Il est celui que nous cherchons, sans toujours le savoir. Il est celui qui nous offre sa vie, celui qui nous libère de tout ce qui nous enchaîne, de tout ce qui nous oppresse. Il est celui qui veille sur nous : nous n’avons qu’un mot à dire. Je le défends, car il connaît mon nom, nous dit le psaume de ce jour. Mais il faut que nous en ayons vraiment besoin, que nous reconnaissions notre désir et notre besoin d’être sauvé. Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu, nous dit Jésus aujourd’hui. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas crier vers lui, lorsque nous sommes dans le besoin, au contraire ! Il nous dit simplement de ne pas tenter d’arracher à Dieu une aide qu’il ne peut nous donner. Son désir, c’est de nous sauver ; pas de jouer au magicien. La vraie prière, ce n’est pas celle qui soumet Dieu à nos caprices ; c’est celle qui change notre cœur, qui nous transforme de l’intérieur, qui nous met en présence de Dieu. Mercredi, la liturgie appelait cela : prier le Père qui est présent dans le secret. Savoir entrer en relation intime et vraie avec celui qui nous donne la vie, sans cesse. 

Ce n’est peut-être pas un hasard si, à quatre jours d’intervalle, la liturgie nous propose de manières différentes, ces trois chemins de perfection : le jeûne, la charité et la prière. Nous sommes provoqués à emprunter ces chemins durant ce temps que nous avons ouvert mercredi. Ils nous sont proposés comme un moyen d’unifier notre vie pour avancer mieux et plus librement vers le matin de la Pâque. Comment pourrions-nous passer la croix si nous restions pleins de nous, coupés des autres, coupés de Dieu ? Comment pourrions-nous croire du fond du cœur en ce Ressuscité qui nous sauve, si nous refusons aujourd’hui de le rejoindre au cœur de nos déserts où déjà il nous attend pour libérer nos vies ? Amen.



dimanche 11 novembre 2018

32ème dimanche ordinaire B - 11 novembre 2018

Ne retenons pas les trésors de Dieu !






De quoi nous parle-t-on au juste dans les lectures de ce dimanche ? L’histoire d’Elie et de la veuve de Sarepta, doublée de celle de la veuve qui est remarquée par Jésus pour ses deux petites pièces de monnaie déposées au Trésor du Temple, nous inciterait à répondre que la liturgie nous parle de partage. Pourtant, il y a un autre texte que nous oublions trop souvent quand, en certains lieux, il n’est pas remplacé par un chant ; c’est le psaume qui donne une indication complémentaire sur la teneur des textes. Et le psaume de ce dimanche, le psaume 145, nous parle de Dieu et de son œuvre de salut. Car, ne l’oublions jamais, c’est de Dieu que Jésus est d’abord venu parler aux hommes ; c’est au sujet de Dieu qu’il nous enseigne. Et que nous dit-on alors de Dieu aujourd’hui ? 

Eh bien d’abord que Dieu se soucie de nous, et en particulier du pauvre et du fidèle. Voyez Elie et la veuve de Sarepta. Ils sont dans la main de Dieu, même si la veuve semble l’avoir oubliée. Le prophète Elie, dont la vie est toute tournée vers le service du Seigneur en une époque difficile, l’expérimente régulièrement. Sa demande à la veuve, - le faire manger avant qu’elle ne mange elle-même avec son fils - , semble déplacée et égoïste. Mais elle manifeste surtout sa confiance en Dieu qui ne tardera pas à se manifester : Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. Il annonce ainsi la proximité de Dieu aux hommes dans leurs épreuves et la récompense qu’il accorde à ceux qui lui sont fidèles. Le salut n’est pas une idée en l’air ; la providence n’est pas une vue de l’esprit. La certitude que Dieu nous accompagne doit être une constante de notre foi, profondément ancrée en nous. Ce qui se passe pour Elie et la veuve de Sarepta, Dieu le renouvelle pour nous. Relisez le psaume pour vous en convaincre : Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain. Nous pouvons certes considérer que ce ne sont là que des mots pour la prière ; mais nous pouvons aussi considérer que ce sont là les mots de l’alliance de Dieu avec les hommes, des mots qui engagent Dieu (nous le voyons avec Elie), mais des mots qui engagent aussi les hommes. 

C’est la veuve de l’Evangile qui nous le rappelle discrètement. Elle est certes remarquée par Jésus, mais c’est sans doute le seul qui aura noté son offrande. Qui prête attention à une pauvre veuve alors que tant d’autres (les scribes dénoncés par Jésus en particulier) tiennent à se montrer, à se faire saluer, à être honorés publiquement ? Non, personne n’aura vraiment prêté attention à cette femme, si ce n’est Jésus, si ce n’est Dieu ! Non seulement, il aura vu, mais il aura estimé à sa juste valeur cette pauvre offrande. Elle a mis plus que les autres… Elle a pris sur son indigence, elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. N’est-ce pas là, la part d’alliance qui relève des hommes ? Si Dieu est attentif, miséricordieux, providentiel pour les hommes, les hommes ne doivent-ils pas être à la hauteur de Dieu ? Quand Dieu s’intéresse à nous, ce n’est pas pour nous rabaisser ; il n’intervient pas pour nous humilier. Non, quand Dieu intervient dans la vie des hommes, c’est pour les élever, les faire grandir, les sauver. L’homme ne saurait alors rester sur la touche ; il ne saurait sous-estimer l’œuvre de Dieu. Il cherchera à faire pour d’autres, ce que Dieu a fait pour lui. C’est cela le geste de la veuve. Elle n’a rien fait pour être remarquée des hommes ; elle fait ce qui lui semble juste : donner parce qu’elle a tant reçu de l’amour de Dieu ; donner, alors même qu’elle n’a que très peu. Avec ses deux petites pièces, c’est toute sa foi qu’elle offre à Dieu, sûre que lui peut quelque chose avec ce petit rien. Dans sa pauvreté, elle refuse qu’on puisse dire qu’elle est trop pauvre pour changer les choses ; elle refuse qu’on lui enlève cette dignité fondamentale de l’être humain qui le rend plein de compassion pour autrui. Puisque Dieu ne détourne pas son regard des hommes, comment pourrait-elle détourner le sien ? La pauvreté n’empêche pas de voir le monde tel qu’il est ; elle rend peut-être le regard de l’homme encore plus perçant, et le cœur de l’homme plus attentif à autrui. En faisant remarquer aux autres cette veuve, Jésus nous rappelle que Dieu voit ces petits gestes et leur donne leur juste grandeur. Aucun acte de charité, si petit et si discret soit-il, ne sera perdu ou inaperçu aux yeux de Dieu. C’est même l’amour qui est le critère principal pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelait Jésus dimanche dernier lorsqu’il nous invitait à aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes ? 

Dieu veille sur ceux qui le craignent. Dieu est bon pour tous les hommes, et veut leur salut. Comment dès lors ne pourrions-nous pas aider à répandre ce salut, nous à qui il a été révélé en Jésus ? Comment pourrions-nous vivre comme si de rien n’était, alors que nous connaissons la bonté de notre Dieu ? Dieu déverse des trésors d’amour sur nous ; ne les retenons pas, mais déversons-les à notre tour, à l’image de ces deux veuves, confiants que ces trésors ne s’épuiseront que si nous refusons de les partager. Amen.

 

 

dimanche 9 septembre 2018

23ème dimanche ordinaire B - 09 septembre 2018

A l'école de la Bienheureuse Mère Alphonse-Marie







          L’Eglise d’Alsace connaît aujourd’hui un jour de grande joie. Cet après-midi, en la cathédrale de Strasbourg, Elisabeth Eppinger, en religion Mère Alphonse-Marie, sera déclarée bienheureuse. Elle est la fondatrice de l’ordre des Sœurs du Très Saint Sauveur, congrégation locale dont le rayonnement est aujourd’hui mondial. Toute sa vie et son œuvre réalisent parfaitement la parole de l’Apôtre Jacques que nous avons entendu ce matin : n’ayez aucune partialité envers les personnes, et rendent contemporaine l’attitude de Jésus envers le sourd de l’évangile. 

          Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu’Elisabeth Eppinger est née au 19ème siècle, dans une famille simple. Elle est de santé fragile et a une authentique vie spirituelle dès son plus jeune âge. Sa fondation sera tournée vers les plus pauvres, les malades, les enfants abandonnés, les vieillards. Aujourd’hui encore, le médical, l’éducation et le social font partie du charisme de la communauté, en Inde par exemple. La spiritualité de la congrégation peut se résumer ainsi : une vie simple tournée vers les autres. Aucun effort, aucune peine, aucun sacrifice ne doit être de trop quand l’amour du prochain l’exige (Mère Alphonse-Marie). A la source de la pensée de Mère Alphonse-Marie, le Christ, et la méditation de sa Passion. 

          N’avoir aucune partialité envers les personnes. Cet appel de l’Apôtre Jacques, l’Eglise se doit de le vivre toujours et encore. Marqué personnellement par la figure de Mère Alphonse-Marie, à travers une grande tante et une tante engagées dans cette congrégation, j’ai essayé (et j’essaie toujours) de vivre cet appel. Il est dans l’ADN de l’Eglise, même si nous l’oublions parfois. Je peux témoigner qu’en vingt-sept ans de sacerdoce, ils furent nombreux ceux qui essayèrent de m’en détourner. C’est telle chorale liturgique qui ne chante qu’aux enterrements des membres de leurs familles ; c’est telle personne qui trouve incongrue qu’un baptême soit célébré pendant l’eucharistie si la famille est éloignée de l’Eglise, ce type de proposition devant être réservé aux meilleurs d’entre nous (celles et ceux que l’on peut montrer) ; c’est telle personne qui voulait me décourager de fréquenter une famille au prétexte que le père pourrait finir en prison… La liste est longue des chrétiens qui pensent aujourd’hui que l’Eglise doit se recentrer sur les meilleurs et laisser les autres de côté. 

          Or que nous montre la liturgie de ce jour ? Elle nous donne à voir un Dieu qui intervient en faveur de son peuple et qui donnera le salut à son peuple. Elle nous donne à méditer l’invitation à ne pas faire de différence entre les gens parce que tous ont besoin de la grâce de Dieu. Dieu ne détourne son regard d’aucune vie. Elle nous donne à contempler Jésus qui rend, au-delà de la parole et de l’ouïe, sa dignité à un homme frappé d’infirmité. Voilà la place de l’Eglise ; voilà ce que vivent aujourd’hui encore les sœurs du Très Saint Sauveur. Voilà ce que rappellera l’Eglise à travers la béatification de Mère Alphonse-Marie. Elle disait : J’aime les pécheurs comme les enfants de Dieu, comme mes frères. Je donnerai de bon cœur mon sang et ma vie pour leur salut. Elle ne fait que reprendre ce qu’elle a compris de la méditation de la Passion de son divin Maître. 

C’est en retournant nous aussi à la source du Sauveur (De fontibus Salvatoris, devise de la Congrégation) que nous puiserons l’eau d’une charité qui ne s’épuisera jamais. C’est en nous abreuvant à cette source que nous pourrons nous faire proche de tous et rendre à chacun sa dignité. C’est en revenant toujours à cette source que nous comprendrons mieux quelle est la volonté de Dieu pour nous ; nous pourrons puiser là, à la source du Sauveur, la force d’accomplir ce que Dieu nous demande, dans la joie et l’action de grâce. Amen.

 (Portrait de Mère Alphonse-Marie)

 

 

samedi 27 janvier 2018

04ème dimanche ordinaire B - 28 janvier 2018

Es-tu venu pour nous perdre ?






Es-tu venu pour nous perdre ? Cette question de l’homme possédé adressée à Jésus en entraîne, selon moi, une autre qui me tarabuste depuis quelques temps. Elle se pose ainsi : comment parlons-nous de Dieu ? Cette question ne s’adresse pas qu’aux prédicateurs ou aux catéchistes qui, par leurs fonctions, doivent parler de Dieu. C’est une question qui s’adresse à tout chrétien : ce que tu dis de Dieu, dans tes actes et dans tes paroles, donne-t-il envie de suivre Jésus ou non ?  

Es-tu venu pour nous perdre ? Il y eut une époque, celle de mon enfance, où j’avais l’impression quelquefois que Dieu (ou Jésus) était l’empêcheur de vivre. C’était le rabat-joie absolu. Les catéchistes nous énuméraient la longue, (trop longue) liste de ce que nous ne pouvions pas et ne devions pas faire si nous voulions être l’ami de Jésus. En même temps, elles nous déroulaient la longue (trop longue) liste des efforts à faire pour témoigner de notre amitié envers Jésus. Cette liste était sans fin, et quoi que vous fassiez, vous n’en faisiez jamais assez. Vous ne transpiriez jamais assez pour Jésus. La religion devenait un sport épuisant. Etre véritablement chrétien semblait hors de portée. Si vous n’arriviez pas à aligner un certain nombre d’efforts à la fin de votre carême, vous étiez perdus. Je me rends compte aujourd’hui que la seule question qu’il aurait fallu poser aux prêtres et catéchistes était celle de l’homme possédé : puisque Dieu semble impossible à contenter, pourquoi est-il venu ? Est-il venu pour nous perdre ? Jésus se réduit-il à celui qui me rappelle que je ne serai jamais assez bien pour lui, toujours trop faible, pas assez cela, manquant de ceci… ? Que disons-nous de Dieu ? Que disons-nous de Jésus ? Que disons-nous de notre relation avec lui ? Nous devons réinterroger notre manière de parler de Dieu aux autres et vérifier qu’elle ne soit pas la source de leur éloignement.  

Es-tu venu pour nous perdre ? Cette question n’est pas une vieille question. Beaucoup de nos contemporains affirment encore l’aliénation de l’humanité lorsqu’elle prend en compte l’affirmation de l’existence de Dieu. Pour que l’homme soit libre, il faut exclure Dieu de la vie de l’homme. Nous entendons à nouveau, ces dernières années, dire que la source des problèmes que l’homme rencontre, c’est Dieu et les religions. Certains font des raccourcis terrifiants, du genre : sans Dieu, pas de guerre ! Sans religion en France, il n’y aurait pas d’attentats, puisque ceux qui les commettent se revendiquent de Dieu. Ces gens-là n’interrogent même plus Jésus ; ils affirment qu’il est venu pour nous perdre. Ils affirment que Dieu est l’empêcheur de vivre en paix. Ils affirment que Dieu est l’empêcheur de vivre en liberté. Le salut n’est pas, pour eux, en Jésus ; le salut, pour eux, réside dans la négation de Dieu. Face à eux, nous pourrions dire que c’est un combat d’arrière-garde, des reliquats des pires moments de l’histoire de France quand l’anticléricalisme et l’antichristianisme étaient à leur comble. Mais nous ferions mieux de renouveler et notre discours sur Dieu et notre art de vivre avec Dieu, pour que ceux-ci manifestent en toutes choses la tendresse de Dieu pour les hommes, son désir de salut, son désir de vie pour l’homme.  

Regardez et écoutez Jésus : face à l’homme qui l’interroge, il ne lui refait pas le catéchisme. Il ne lui dit pas : tu ne sais ni qui je suis, ni de quoi tu parles. Le possédé sait parfaitement qui est Jésus et l’affirme sans détours : Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. Cet homme possédé, Jésus ne va ni le convertir, ni le condamner. Mais à cet homme possédé, Jésus donne une parole de salut qui lui rendra sa liberté véritable : non pas la liberté de vivre sans Dieu, mais la liberté de vivre sans le Mal : Sors de cet homme, dit-il. Et l’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Voilà révélée au grand jour la mission véritable de Jésus : rendre à l’homme sa liberté première, celle qui était sienne quand il n’avait pas encore désobéi à Dieu, celle qui est toujours sienne parce qu’il est à la l’image et à la ressemblance de Dieu. L’humanité ne trouve sa liberté qu’en Jésus qui vient la libérer du Mal. Il est faux de croire et de dire que l’humanité trouvera sa liberté en-dehors de Dieu : elle ne trouve là que l’aliénation au Mal qui la possède, la tourmente et la détruit. Encore faut-il que les croyants vivent en libérés pour que les hommes puissent croire en celui qui veut les rendre libres. 

Croyants en Jésus, nous avons à témoigner par notre vie de cette libération en refusant les logiques d’exclusions, de séparations, de divisions, d’oppositions. Disciples du Christ, profondément unifiés par lui, nous avons à être signe de l’œuvre de Dieu en nous. A l’écoute de sa parole, nous trouverons le chemin de la vie parfaitement libre, parfaitement fraternelle, parfaitement pacifique. Laissons-nous rejoindre par Jésus et soyons, en paroles et en actes, témoins du Christ venu, non pas pour perdre l’homme mais pour lui rendre sa vie et sa liberté. Amen.

 (Dessin de M. Leiterer)

samedi 25 février 2017

08ème dimanche ordinaire A - 26 février 2017

Moi, je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur !





            Dimanche dernier, la liturgie nous invitait à nous élever à la hauteur de Dieu lui-même. L’horizon qui nous était indiqué, n’était rien moins que la sainteté de Dieu lui-même : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Mais voilà, vous et moi, nous savons bien que cela est plus vite dit que fait. Et si nous n’y arrivions pas ? 
 
La première lecture de ce dimanche semble se faire l’écho d’un tel échec. Il semble n’y avoir plus rien entre Jérusalem et son Seigneur. Ecoutez-la se plaindre : Jérusalem disait : Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. Le temps de la splendeur est passé ; Jérusalem n’est plus rien. C’est la catastrophe, la ruine complète. Ce qui est surprenant, c’est l’attitude très humaine de Jérusalem. Elle ne semble pas se remettre en cause. Elle accuse Dieu de l’avoir abandonnée. ; il serait la cause de tous ses malheurs. N’est-ce pas là notre attitude devant les difficultés de la vie ? Trouver un responsable, autre que nous, qui nous empêcherait de trop nous regarder, de trop chercher en nous ce qui a pu causer les difficultés. Cela se traduit parfois par un : Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Dieu, la cause de tous nos malheurs ! Si tel est le cas, il faudrait s’en débarrasser. Mais écoutez bien Jérusalem. Dans sa plainte, n’y a-t-il pas aussi le regret des jours passés et le désir de retrouver quelque chose de sa splendeur éteinte ? Sa plainte ne serait pas alors accusation, mais bien lamentation, au sens du lamento, ce chant de tristesse et de déploration. Jérusalem s’est bien regardée, elle sait ce qui l’a conduit à cet éloignement de Dieu. Et elle veut croire, dans sa lamentation, que ce n’est peut-être pas trop tard ! En prononçant ce que l’on peut entendre comme une prière, elle espère une réponse, une réaction. Dieu peut-il rester sourd ? 
 
La réponse ne tarde pas : Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? La question peut surprendre et celles et ceux qui sont parents savent bien que cela est impossible. Quand on a donné la vie, on est engagé à vie. Et quand bien même le rejeton devait décevoir, les parents n’en seraient pas moins parents. Pour Dieu, c’est pareil et même plus fort encore : Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur. Quelle belle espérance s’ouvre pour tous les hommes ! Ils ont la certitude de n’être jamais laissé à eux-mêmes ; ils ont la certitude de n’être jamais seuls. Tous les hommes peuvent bien les oublier y compris leurs parents, Dieu n’oubliera aucun de ceux qu’il a appelés à la vie. Il est le rocher sur qui nous pouvons nous appuyer ; il est le refuge qui nous protège ; il est notre salut. Tout est dit par le psalmiste qui répond ainsi à la promesse de Dieu d’être toujours avec nous : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. 
 
Avons-nous cette même certitude ancrée profondément en nous ? Savons-nous, dans la détresse, crier vers Dieu avec confiance, sûrs non seulement qu’il peut quelque chose pour nous, mais sûrs aussi qu’il va intervenir en notre faveur ? Nous sommes à trois jours de l’entrée en Carême, un temps béni pour réapprendre à crier vers Dieu en confiance. Ce dimanche nous donne déjà le ‘la’, un avant-goût de la confiance retrouvée, un avant-goût de la tendresse de Dieu à notre égard. Si la rudesse du Carême à venir venait à nous décourager, souvenons-nous de ce dimanche qui nous rappelle que nous recevons tout de Dieu. Il est le seul que nous devons chercher ; il est le seul dont nous devons avoir le souci parce que lui, le premier, a le souci permanent de nous : Je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ! Il nous veut à sa hauteur, il nous met à sa hauteur, pour sa gloire et notre salut. Amen.

samedi 17 décembre 2016

04ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2016

Jésus, Emmanuel !




Lorsqu’un enfant est annoncé, la première question qui jaillit, mise à part celle de son sexe, est bien celle du nom. Comment l’appellerez-vous ? Et à voir toute la littérature qui existe aujourd’hui sur le sujet, le top vingt des prénoms les plus à la mode publié chaque année, on peut se demander si les nouveaux parents sont vraiment libres de leur choix. Selon que vous habitiez à Paris, Strasbourg ou Marseille, en ville ou à la campagne, il semblerait que toute une série de critères vous influence, bien malgré vous.
 
La question n’est pas neuve. Dans l’Evangile, lorsqu’il s’agit de nommer le futur Jean le Baptiste, il est rétorqué à sa mère qui avait dit : il s’appellera Jean !, que personne dans la famille ne porte ce nom-là ! Et nous venons d’entendre, dans l’Evangile de ce jour, que l’enfant qui grandit dans le sein de Marie reçoit pareillement son nom d’un autre, le Tout-Autre. L’ange qui apparaît à Joseph lui déclare, en effet : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui grandit en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire le Seigneur-sauve. Et plus loin, rappelant la prophétie d’Isaïe : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : Dieu-avec-nous. Vous pouvez, certes, discuter de la beauté des prénoms annoncés, mais reconnaissez-le, leur sens est riche de promesses. 
 
Jésus, Emmanuel ! En deux prénoms, tout est dit de cet enfant. Ce ne sont pas des prénoms qu’il portera, mais tout un programme de vie. Grâce à eux, les hommes sauront que Dieu lui-même est entré dans l’Histoire et qu’il vient proposer ce que les hommes n’osent plus espérer : le salut ! Dans un monde en crise, le nom de Jésus résonne comme une promesse d’avenir. Au milieu d’un peuple perdu, le nom d’Emmanuel rappelle que les hommes ne sont pas livrés à eux-mêmes, qu’au milieu d’eux Dieu est présent. Deux prénoms à tenir ensemble pour se souvenir que la présence de Dieu n’est pas source d’embêtement pour les hommes, mais source de salut, c’est-à-dire source d’avenir, source de vie, source de joie, source de paix. En ces temps troublés qui sont nôtres, en ces temps où des hommes utilisent le nom de Dieu à des fins politiques et destructrices, il me semble bon de nous rappeler que Dieu veut le meilleur pour l’homme, que Dieu veut la vie pour l’homme, que Dieu veut le bonheur pour l’homme. Et pour que ces promesses soient garanties et tenues pour vraies, il envoie son propre Fils dans le monde. 
 
A l’Annonciation, c’est bien ce qui a été annoncé à Marie ; elle a pu dire oui en toute quiétude, sachant que Dieu gouvernait sa vie. Dans ce songe à Joseph que l’Evangile nous rapporte en ce dimanche, c’est la même promesse qui est faite à l’époux de Marie, troublé par cette grossesse inattendue. A son tour, il peut dire oui au projet de Dieu et prendre chez lui son épouse. Un jour, Jésus lui-même devra dire oui au projet de Dieu pour les hommes. Il prendra alors les chemins de Palestine qui le conduiront à Jérusalem et à la croix. En attendant ces jours, c’est à nous d’accueillir les promesses de Dieu, c’est à nous d’entrer dans le projet d’amour, projet de salut de Dieu pour tous les hommes. Notre temps de l’Avent qui entre dans sa dernière semaine voulait nous y préparer. Il nous reste quelques jours pour y consentir et accueillir, en connaissance de cause, celui que Dieu a promis : Jésus, Emmanuel ! Dieu avec nous, Dieu pour nous, Dieu pour notre vie et notre avenir, aujourd’hui et toujours. Amen.

samedi 22 octobre 2016

30ème dimanche ordinaire C - 23 octobre 2016

Un pauvre crie ; le Seigneur entend.




Un pauvre crie ; le Seigneur entend. L’antienne du psaume de ce dimanche donne le ton et nous fait comprendre, dans le foisonnement des paroles entendues, ce qui est utile, ce qu’il est bon de retenir. Au cœur de la foi biblique, il y a bien cette certitude, profondément ancrée, que Dieu ne reste pas sourd à celui qui crie vers lui.  
 
Ben Sirac le Sage proclame aussi cette certitude : le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Voilà prévenus celles et ceux qui ne respectent pas la justice, celles et ceux qui oppriment, celles et ceux qui exploitent les hommes. Les pauvres, les opprimés, les exploités ont un défenseur puissant, un protecteur qui veille. Quand bien même Dieu voudrait rester sourd à leurs appels, la prière du pauvre traverse les nuées… il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des juste et rendu justice. Il nous faut alors nous souvenir de la parole de Jésus entendue dimanche dernier : Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Si donc tu veux que ta prière soit entendue, présente-la à Dieu comme un pauvre, comme quelqu’un qui attend tout de lui. Crie vers lui sans cesse. 
 
N’est-ce pas cette même certitude que Jésus lui-même enseigne encore ce dimanche lorsqu’il raconte la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier ? Pourquoi l’un est-il entendu et rendu juste et pas l’autre ? Ils se tournent pourtant tous deux vers le même Dieu, dans le même lieu, le Temple, demeure du Très-Haut au milieu des hommes. Parce que l’art et la manière de présenter à Dieu leur prière n’est pas identique. Il y a le pharisien qui est plein de lui, plein des bonnes actions qu’il réalise assurément. Et il y a le publicain qui se sait pauvre et pécheur ; il sait qu’il n’égalera jamais Dieu. Il n’a rien d’autre à mettre en avant que ses limites, ses faiblesses, attendant de Dieu un signe, un geste, un pardon, un amour renouvelé. Il est un pauvre, y compris dans sa foi, y compris dans sa manière de la vivre et il attend de Dieu sa miséricorde. Comment Dieu, source de toute miséricorde, pourrait-il rester sourd à cet appel au secours ? 
 
Cette certitude que Dieu répond au cri du malheureux est celle qui remplit l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême. Elle ne baptise pas des gens parfaits ; elle ne réserve pas seulement son accueil à ceux qui croient parfaitement. Elle ouvre les portes de son Eglise à ceux qui savent que Dieu est tout, que tout vient de lui, et que devant lui, nous ne sommes que petits, pécheurs, faibles. Le baptême est donné pour la rémission des péchés. C’est le premier sacrement du pardon. L’enfant que nous accueillons au cours de cette eucharistie et qui passera tout à l’heure par les eaux baptismales sera ainsi libéré du péché, du Mal et de la Mort. Par ce bain d’eau, il sera reconnu enfant de Dieu et Dieu l’adoptera comme sien pour une vie sans fin. Nous ne le présentons pas parce que nous sommes de bons chrétiens ; nous le présentons parce que nous savons que Dieu peut tout pour lui et qu’il marchera à ses côtés, veillant sur lui, pour le conduire à la vie éternelle. Le baptême n’est définitivement pas un sacrement pour les parfaits, mais pour celles et ceux qui ont besoin de Dieu, qui ont le désir de Dieu. Et parce que Dieu entend la prière de ceux qui le désirent, il répond favorablement à cette demande. L’eau de la vie jaillira au milieu de nous, Dieu s’engagera envers cet enfant, il fera alliance avec lui. 
 
Cette alliance, nous l’avons tous vécu. Sans doute, si nous avons été baptisés bébé, ne nous en souvenons-nous pas. Mais nous avons grandi sous le regard de Dieu. Nous ne sommes ni pires, ni meilleurs que les autres : certains jours un peu plus pharisien, certains jours un peu plus publicain. Souvenons-nous tout au long de notre vie de ce que le psalmiste nous a fait chanter : un pauvre crie, le Seigneur entend. Gardons au cœur le désir vrai de Dieu ; que le baptême que nous allons célébrer renouvelle la source vive qui coule en nous. Et nous saurons nous situer en fils devant Dieu qui nous aime ; et nous saurons rendre grâce à Dieu, non de ce que nous sommes ou faisons, mais de ce que Dieu réalise pour nous, jour après jour. Qu’il soit le Maître de notre vie, aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 1 octobre 2016

27ème dimanche ordinaire C - 02 octobre 2016

Fidélité dans la foi.





Qui ne s’est jamais senti comme le prophète Habacuc, à crier vers Dieu avec ce sentiment étrange de n’être pas entendu ? Qui n’a jamais désespéré devant le Mal et la violence qui semblent s’aggraver chaque jour ? Où est Dieu ? Que fait-il ? Pourquoi permet-il ? Il suffit d’ouvrir un journal pour constater les multiples occasions que nous avons ainsi de crier vers Dieu… y compris au sein de l’Eglise ! Combien de temps aurons-nous à supporter ce triomphe insupportable du Mal ? 
 
Pour trouver une issue, il nous faut déjà entendre la réponse de Dieu lui-même à son prophète. Face au Mal qui règne, il faut rester fidèle au Dieu de l’Alliance : le juste vivra par sa fidélité, affirme le prophète. Dieu n’oublie donc pas son peuple ; Dieu n’oublie pas le droit et la justice. Il interviendra, certainement et sans retard, assure encore le prohpète. Celui qui est révolté par le Mal doit entrer en résistance et espérer contre toute espérance. Le Mal ne peut avoir le dernier mot que si les hommes lui laissent le dernier mot. Avec son Alliance, Dieu a donné aux hommes la capacité à lutter contre le Mal. Les commandements du Seigneur sont autant de voies pour résister au Mal, pour l'empêcher de gouverner le monde. Mais peut-être faut-il d’abord à l’homme écarter le Mal de sa propre vie. Il n’y a pas de grand Mal et de petit Mal ; il n’y a que le Mal, quelle que soit son intensité. Ce qui fait que nos petites mesquineries, nos petites querelles, nos petits mensonges sont tous aussi néfastes que les attentats, la guerre, les violences institutionnelles. La fidélité du croyant à Dieu va lui permettre de lutter contre le Mal, d’abord dans sa propre vie. Tout commence là, chez nous, dans notre propre existence, dans nos propres relations, dans nos propres manières d’être. Il ne sert à rien d’être impatient face au Mal qui ronge le monde si je ne suis pas prêt à chasser le Mal de ma propre vie. Il ne sert à rien d’attendre que Dieu intervienne si je ne veux rien changer dans ma propre manière de faire. Tout commence par moi, ou pas ! 
 
Cette analyse est renforcée par le psalmiste. La clé de la fidélité, c’est l’écoute du Seigneur : Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! Ce psaume 94 qui a servi de réponse à la première lecture nous invite à la joie, à l’action de grâce car Dieu est notre Rocher, notre salut. Il n’y a pas à en douter ! Il est celui qui nous a faits… nous sommes le peuple qu’il conduit. La part de Dieu dans l’Alliance est donc pleinement respectée. Il veille sur nous. Jamais le Mal ne pourra avoir de prise sur nous. Nous ne pourrons peut-être pas toujours éviter le Mal que l’on nous fait, mais nous pouvons toujours éviter que le Mal se fasse par nous ! A condition d’être attentifs à sa parole : Aujourd’hui écouterez-vous sa Parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert ! L’homme sait, par son expérience, par l’histoire du peuple auquel il appartient, ce qu’il peut vivre selon qu’il soit attentif à Dieu et fidèle à sa parole ou pas. Ce qui arrive au temps d’Habacuc n’est pas nouveau ; ce n’est pas la première fois que le Mal semble triompher. Ceux qui suivent Dieu savent comment, par le passé, leur peuple s’en est sorti. Pourquoi aujourd’hui cela serait-il différent ? L’homme ne peut pas à la fois se détourner de Dieu et attendre de lui qu’il règle tous ses problèmes ! La seule réponse à la permanence du Mal, c’est la permanence de la foi. 
 
D’ailleurs, dans l’Evangile, Jésus ne rappelle-t-il pas à ses disciples que la foi vient de Dieu et qu’à témoigner de lui, on ne fait que notre « travail de disciple ». Dieu donne la foi à qui la demande ; il la donne entièrement, pas par petit bout. De même qu'il n'y a pas de grand Mal et de petit Mal, il n'y a pas de grande foi ou de petite foi, il n'y a que la foi. Il n’est donc pas besoin de la faire grandir. Il faut juste oser la demander, oser l'accueillir, oser ce saut dans la foi qui change une vie, ce saut dans la foi qui permet de croire que l’impossible est possible : si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi, nous assure Jésus. Cette foi que nous avons reçue, cette foi qui nous a été transmise, peut-être l’avons-nous oubliée, perdue dans les sables mouvants de notre histoire, de nos faiblesses, de nos manquements. Mais nous pouvons toujours la demander, nous pouvons l’accueillir à nouveau et renouveler sa puissance dans le sacrement du pardon et de la réconciliation. Nous pouvons toujours refaire le choix de Dieu, refaire le choix de la foi accueillie, vécue et partagée. 
 
Alors, certainement, le Mal sera battu en brèche. Alors, certainement, Dieu répondra à notre appel. Il ne fera rien sans nous ; il ne fera rien contre nous. A nous de savoir ce que nous voulons. A nous de lutter contre le Mal, et Dieu nous aidera, Dieu nous favorisera, Dieu nous sauvera. Arrêtons donc de rêver un monde d’où le Mal serait absent et commençons à le construire, ici et maintenant, dans la force de l’Esprit Saint. Amen.