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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 5 juillet 2025

14ème dimanche ordinaire C - 6 juillet 2025

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté.







            Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Il n’y a pas à dire, Paul a le sens de la formule. C’est une manière surprenante de faire comprendre aux Galates que rien d’autre n’a d’importance dans sa vie, rien ne lui est plus précieux que le mystère de la croix. Quand il écrit ces mots, la communauté qu’il a fondée dans cette ville traverse une crise profonde qui pourrait affecter toutes les autres communautés et remettre en cause l’Evangile du Christ. Si Paul n'arrive pas à les convaincre, la communauté chrétienne des Galates sera perdue et reviendra au temps d’avant.

 

             Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Cette affirmation de Paul laisse entendre que les Galates se sont détournés de l’Evangile proclamé par Paul. Cet Evangile, c’est que le Christ seul nous sauve et nous rend libre. C’est cela la fierté de Paul : être sauvé par grâce, être sauvé sans qu’il ait fait quelque chose pour, juste parce qu’il a accueilli le Ressuscité dans sa vie et que désormais il en vit chaque jour. Les Galates se sont détournés de cet Evangile en acceptant de passer à nouveau par la case circoncision, signe de l’Alliance mosaïque. Pour Paul, si la circoncision (c'est-à-dire un acte posé par l’homme) devient obligatoire pour être sauvé, alors la croix de Jésus ne sert à rien, l’Evangile proclamé devient inutile. Paul ne mettra pas sa fierté dans les actes qu’il peut poser, mais dans la croix de Jésus. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde, s’empresse-t-il de rajouter. Il affirme ainsi que les séductions du monde n’ont pas de prise sur lui ; il n’est attiré que par le Christ. Paul dénonce déjà la fameuse mondanité que le Pape François n’aura eu de cesse de fustiger durant son pontificat. Un chrétien ne peut pas se compromettre avec le monde pour être confortable ou accepté.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Il faut comprendre le monde à l’époque de Paul. Il est bien placé pour savoir que les chrétiens ne sont pas les bienvenus. Il a fait l’expérience, durant ses voyages, de la persécution par ceux qui considèrent que cette voie nouvelle est un danger : un danger pour les Juifs dont les premiers Apôtres et Paul sont issus. S’ils ont du succès, les synagogues vont se vider ; ce n’est pas bien, ça ! Ils sont un danger pour l’empire romain dont ils ne reconnaissent pas l’empereur comme un Dieu. Les motifs de les poursuivre sont nombreux et les chrétiens savent qu’ils peuvent risquer gros. Pour Paul d’ailleurs, si certains prônent le retour à la circoncision, ce n’est pas tant par amour de la Loi de Moïse que pour éviter justement la persécution. Un petit arrangement entre amis ; en cas de soupçon, je peux montrer dans ma chair que je ne suis pas chrétien.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Vous comprenez alors que cette dissimulation est insupportable à Paul. Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par accommodement avec le monde, nous cacherions notre appartenance au Christ ? Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par confort personnel, nous ferions comme si de rien n’était. Quand la situation devient difficile pour l’Eglise, nous oserions dire : le Christ ? non, désolé, je ne connais pas !  Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par crainte d’être stigmatisés ou moqués, nous cacherions nos croix et notre appartenance au Christ ? Pour Paul, cela reviendrait à redevenir esclave du monde alors que le Christ nous en a libéré justement. Si tu veux vivre libre, il ne faut pas cacher le Christ, il faut affirmer qu’il est ta fierté.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Et nous nous rendons compte alors que cette vieille lettre aux Galates a un discours très moderne, et que ce discours nous concerne et concerne l’Eglise de notre temps. Il est évident que l’Eglise traverse un moment de tempête. La préconisation récente dans un rapport parlementaire de la suppression du secret de confession, l’affirmation d’un homme politique français accusant les chrétiens de jeter de l’huile sur le feu en faisant (au 21ème siècle encore) la promotion du Christ, comme s’il était désormais incongru voire interdit d’en parler pour préserver la paix sociale, les attaques répétées contre l’Enseignement catholique et son Secrétariat général, tout cela participe d’une déstabilisation de l’Eglise. Et de nombreux chrétiens se font dès lors discrets, quand ils ne se mettent pas à crier encore plus forts, pour qu’on les exonère de leur caractère chrétien et qu’on leur fiche la paix. La croix du Christ fait leur fierté dans l’intimité de leur chambre peut-être, mais dans la rue, dans le monde, il ne faut surtout pas le faire remarquer. Et tant pis si leur liberté d’expression en prend un coup ; et tant pis si leur liberté de s’associer en est diminuée ; et tant pis si on fait disparaître l’Eglise confessante. Je me débrouille avec Jésus comme je me débrouille avec le monde ; ni vu, ni connu, ni embêté. La paix, quoi ! Paul nous redit aujourd’hui, comme il l’a dit aux Galates : Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. L’est-elle pour nous, aujourd’hui, ici rassemblés ?             


Monseigneur Elchinger, qui avait aussi le sens de la formule, avait dit que l’Evangile n’est pas une tisane pieuse à boire le soir au coin du feu, mais c’est de la dynamite ! Il fait exploser les cadres étroits de notre existence pour mettre le Christ au cœur de notre agir, au cœur de notre pensée. En ces temps de crise, puissions-nous garder la croix de notre Seigneur Jésus Christ comme seule fierté. Si nous l’avions fait dans le passé, l’Eglise ne serait pas en crise aujourd’hui et serait resté pour tous le phare qui illumine le monde et lui rend sa liberté en toute chose. En remettant le Christ au cœur de notre vie publique, nous pourrons voir à nouveau Satan tomber du ciel comme l’éclair ; nous pourrons voir à nouveau nos noms inscrits dans les cieux. Amen. 

samedi 3 février 2024

5ème dimanche ordinaire B - 04 février 2024

 Annoncer l'Evangile.




 

 

 

            Il est un fait que la crise du COVID que nous avons connue a engendré une anxiété grandissante chez de nombreuses personnes, et particulièrement chez les plus jeunes. De se voir enfermés, privés des relations si essentielles à l’adolescence, et de constater l’impuissance et les hésitations, pour ne pas dire les contradictions et les mensonges, de ceux qui nous ont gouvernés à ce moment-là, a fait naître un sentiment d’impuissance et d’insécurité, ainsi que des questions quant à leur avenir plus incertain encore qu’il ne l’était avant la crise. Et je n’oublie pas que certains adultes connaissent aujourd’hui encore des sentiments identiques, les ayant menés à s’enfermer volontairement, à se couper des autres, parce que cela pourrait reprendre. Tous les curés de paroisses peuvent témoigner de la fonte de leurs assemblées après la crise, et pas uniquement parce qu’ils ont enterré leurs paroissiens ! Quelque chose s’est cassé en l’humain qui le pousse à se replier sur lui-même. 

            Cet état de dépression n’est pas inconnu dans les livres bibliques. Nous en avons eu un bel exemple avec ce passage du livre de Job. A l’entendre, il n’y a plus aucun espoir, sa vie est foutue, l’angoisse et la tristesse seront désormais son lot quotidien : Depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance… je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube… ma vie n'est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. Plus déprimé que cela, tu meurs ! On fait quoi alors ? Job mettra Dieu en accusation ; assurément, Dieu est injuste avec lui pour le laisser souffrir autant. Le procès durera jusqu’à ce que Job comprenne qu’il ne savait rien de Dieu et des merveilles qu’il fait pour les hommes :  “Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ?” De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien. Mais la leçon que nous devons en retenir vient de Dieu lui-même et de la parole qu’il adresse aux amis de Job qui n’ont cessé de lui dire que Dieu avait sans doute ses raisons pour « punir » ainsi Job et qu’il était fou de s’entêter à se dire juste. Or, après avoir adressé ces discours à Job, le Seigneur dit à Élifaz de Témane : « Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi avec justesse comme l’a fait mon serviteur Job. 

            Le risque est réel de tordre la parole de Dieu face à la détresse, à l’injustice, à la misère que peut connaître une partie de l’humanité. Le risque est réel d’utiliser la parole de Dieu soit pour condamner (les amis de Job ne cessent de le couvrir de reproches, pensant ainsi défendre Dieu et sa justice) soit pour saupoudrer une spiritualité doloriste sur les plaies vives de notre humanité blessée. Face au Mal, face à la souffrance, nous disent les Ecritures, peut-être vaudrait-il mieux se taire que de prendre le risque de ne pas parler de Dieu avec justesse. Peut-être faut-il juste être là, à côté du frère ou de la sœur qui souffre ! Peut-être nous faut-il en revenir à l’attitude de Jésus dans l’évangile de ce dimanche. Face à ceux qui souffrent, il ne fuit pas ; il ne se lance pas dans de grands discours. Il se tient là et il guérit. Certes, nous ne sommes pas Jésus, les miracles ne sont pas notre fort. Mais nous partageons avec lui cette humanité qu’il a choisie de revêtir, lui qui est Dieu. Ne jouons pas à Jésus, mais soyons comme Jésus, présents à nos frères et sœurs en humanité qui souffrent, qui se désespèrent. Et agissons à la mesure de nos moyens. Un chrétien ne peut s’habituer à voir un seul humain souffrir sans en être affecté et chercher comment aider. Quelquefois, aider c’est juste orienter vers la bonne personne, le bon bureau, la bonne administration. Ce sera une proclamation de l’Evangile en acte. Comme le souligne Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : Annoncer l’Evangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi… c’est une mission qui m’est confiée. Ce que Paul dit de lui vaut pour nous tous, baptisés dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous devons prendre notre part dans l’annonce de l’Évangile. 

            Loin d’être un prêchi-prêcha insipide, l’annonce de l’Evangile est un moyen puissant pour relever l’homme blessé, défiguré, sans espoir. C’est un art de vivre, une présence au monde qui témoigne de l’œuvre de Dieu et de sa puissance libératrice. C’est, comme l’enseigne Jésus dans les béatitudes, savoir pleurer avec ceux qui pleurent, être doux, miséricordieux, avoir faim et soif de justice, être artisan de paix et savoir se battre pour la justice. Pour reprendre une image du Pape François, nous devons faire de l’Eglise un hôpital de campagne : dans un hôpital, on soigne d’abord, on prend soin. Et c’est lorsque le patient est guéri, qu’on peut lui expliquer ce qu’il doit faire pour ne pas retomber malade. Puisse ceci devenir notre ligne de conduite au service des hommes et des femmes qui ont tant besoin de retrouver le sens de Dieu pour retrouver le sens de leur humanité. Amen.

samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 6 juillet 2019

14ème dimanche ordinaire C - 07 juillet 2019

Choquantes ou normales, les consignes de Jésus ?






L’Eglise ne cesse de m’étonner quand je l’aborde sous l’angle de la liturgie. Voyez-vous, ce dimanche, elle nous propose une version longue de l’Evangile (celle que je viens de proclamer), et une version courte. Cela arrive quelquefois dans l’année ; cela n’a rien d’exceptionnel. Mais, quand cela arrive, je regarde toujours de près ce qui est supprimé pour obtenir une version courte, et j’essaie de comprendre pourquoi cela est supprimé. Sont-ce des versets sans importance ? Mais alors pourquoi en proposer la lecture en version longue. Il suffirait de ne jamais les lire et la question serait réglée. Sont-ce des versets qui dérangent ? Mais alors ils dérangent qui ? Le lecteur ? Les auditeurs ? Le prédicateur ? L’Eglise ? S’il fallait supprimer tout ce qui dérange quelqu’un à la lecture des évangiles, que nous en resterait-il ? Sans doute pas grand-chose.

Mais venons-en à notre texte. Comme vous l’avez entendu, il s’agit de l’envoi en mission de soixante-douze disciples. Ce ne sont pas les Douze augmentés de soixante autres. Non, ce sont soixante-douze nouveaux disciples qui sont envoyés en mission, en avant de Jésus. On pourrait dire que ce sont des petits Jean-Baptiste. Ils vont préparer le terrain pour la prochaine mission de Jésus. Il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même devait se rendre. Avant de les envoyer en mission, il leur donne quelques consignes. Elles concernent les conditions de la mission (Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups), l’équipement du parfait missionnaire de Jésus (ne portez ni bourse ni sac, ni sandales : autant dire qu’ils n’ont rien comme équipement) et l’attitude qu’ils doivent avoir (ne saluez personne en chemin ; dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord paix à cette maison ; mangez et buvez ce qu’on vous sert ; et là où vous êtes accueillis, mangez ce qui vous est présenté, guérissez les malades). Ceci pour la version courte. En fait, à lire correctement, nous comprenons que les envoyés doivent renoncer à tout ce qui pourrait gêner la mission. Pas de richesse apparente ; pas de bavardage en chemin ; pas d’exigences particulières là où ils sont accueillis. En revanche un souhait de paix à adresser toujours, des malades à guérir partout et un message à transmettre fidèlement : Le règne de Dieu s’est approché de vous. Ils sont donc invités à partager la mission du Christ lui-même et à préparer ainsi les cœurs pour sa propre mission. Ce qui est visé, à travers ces consignes, c’est une certaine efficacité. Ils ne vont pas faire du tourisme spirituel ; ils ont une mission à accomplir. 

Intéressons-nous alors à la partie variable, que nous aurions pu choisir de ne pas faire entendre. Ces versets concernent pour une part l’attitude des envoyés quand ils ne sont pas accueillis quelque part : allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché. Je reconnais que cela fait un peu désordre dans les paroles de Jésus. Mais ce ne sont pas là les seules paroles étranges ou dérangeantes de Jésus. Que veut-il nous dire ? Choquantes ou normales, ces dernières consignes ? Je comprends ce passage comme le respect de l’exercice de la liberté de chacun. Personne n’est obligé d’accueillir Jésus ou l’un de ses envoyés. Mais celui qui refuse doit savoir que c’est à lui, et à lui seul, d’assumer son refus. Les disciples de Jésus ne lui prendront rien, pas même la poussière qui se colle sous leurs pieds. Gardez votre refus, gardez tout ce qui est à vous, même votre poussière ; vous ne pourrez pas dire que nous vous avons pris quelque chose. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché. Le message à transmettre le sera malgré tout, presque à l’identique. Il ne manque que le de vous. Et c’est normal qu’il manque. N’ayant pas accueillis les disciples de Jésus, ils ne se sont pas laissé approcher de ce règne de Dieu tout proche. Ils se sont eux-mêmes faits lointain de ce règne. Manquent aussi dans la version courte le retour joyeux des envoyés et le rapport qu’ils font à Jésus de leur mission : Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. Manque enfin la réponse de Jésus : Je regardais Satan tomber comme l’éclair… 

Fallait-il lire ces versets ? Selon moi, oui, pour nous rappeler la liberté propre à chacun face à Jésus, à son Eglise et à son message. La compréhension de cette liberté fondamentale doit aussi nous décomplexer à l’heure où nous pouvons croire que l’Eglise n’a plus d’avenir ; nous décomplexer devant ce que nous pouvons ressentir comme des difficultés de la mission. Il n’y a pas d’obligation de résultats. Il n’y a qu’une obligation, pour chaque disciple du Christ : annoncer le règne de Dieu, annoncer le Christ. Si des cœurs s’ouvrent, tant mieux, mais ne croyons pas que nous y sommes pour quelque chose. Si des cœurs restent fermés, tant pis, mais ne croyons pas que nous pourrions y changer quelque chose. Le résultat ne dépend pas de nous ; le résultat de la mission dépend de celui à qui la mission est adressée. Lui seul peut décider si le Christ peut changer sa vie et s’il veut se laisser faire. Lui seul peut choisir de croire en Jésus ou continuer à l’ignorer. L’évangile ne dit pas combien ont cru à la parole des disciples et combien ont refusé de croire. Ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que se lèvent des hommes et des femmes, disciples du Christ, qui osent témoigner de lui. Le témoignage, c’est notre affaire et nous ne pouvons pas y échapper ; le résultat, lui, ne nous appartient pas, ne nous appartiendra jamais. Cela se joue entre le Christ et celui à qui nous l’avons annoncé. 

Comme nous y invite Jésus, réjouissons-nous parce que nos noms sont inscrits dans les cieux, sans en tirer aucune gloire, sans en chercher quelque avantage. C’est toujours par la grâce de Dieu que nous sommes sauvés ; il nous faut sans cesse l’accueillir et y consentir. Remercions Dieu de cette grâce et prions-le de toucher le cœur de tous ceux qui ne le connaissent pas encore pour que leurs noms aussi soient inscrits, un jour, dans les cieux. Amen.


(Dessin paru dans L'image de notre paroisse, n° 211, Juillet 2004)


samedi 3 février 2018

05ème dimanche ordinaire B - 04 février 2018

Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile !







Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Nous connaissons ce cri de Paul que la deuxième lecture nous a donné à réentendre. Il a un côté compassionnel (ah le pauvre Paul qui ne peut faire autrement que d’annoncer l’Evangile) et un côté admiratif (Ah, c’est bien ; quel courage ce Paul quand même ; les risques qu’il prend pour annoncer l’Evangile ne sont rien pour lui à côté du risque qu’il prendrait s’il n’annonçait pas l’Evangile). Et nous ne savons plus trop s’il faut le plaindre ou le féliciter. Quelle que soit l’option que vous retiendrez, il n’en est pas moins vrai que ce cri de Paul vous concerne tous. Ce cri de Paul doit être le cri de chaque disciple du Christ, quel que soit son état et sa place dans l’Eglise. 
 
J’en entends déjà qui diront que Paul a la qualité d’Apôtre, donc son cri concerne d’abord, voire uniquement, ceux qui, aujourd’hui, ont qualité d’Apôtre. Autrement dit, je ne suis qu’un chrétien de base, cette affaire ne me concerne donc pas. Pilate que nous sommes ! Très vite enclin à nous laver les mains pour pouvoir passer à autre chose. Portant, ce cri de Paul doit devenir le cri de chaque disciple de Jésus, qu’il soit prêtre ou laïc. Car tous, nous avons été établis par notre commun baptême prêtre, prophète et roi. Tous, nous sommes appelés à célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous (prêtre), à proclamer sa Parole à temps et à contre-temps (prophète) et à gouverner notre vie selon les enseignements du Christ (roi). Configurés au Christ par notre baptême, nous partageons désormais sa mission, y compris celle d’annoncer l’Evangile.
 
Parmi ceux qui objectaient déjà, il y en aura encore pour dire qu’ils ne sont pas doués pour la parole. L’annonce de l’Evangile, ce n’est définitivement pas leur truc ! Laissons-donc cela aux spécialistes (évêques, prêtres, diacres, catéchistes). Ils seront bien plus efficaces au travail. Je peux entendre l’objection, mais Paul lui-même y répond lorsqu’il dit : Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous. Il nous rappelle ainsi qu’avant d’être des mots, l’Evangile doit devenir pour le croyant un art de vivre qui lui permet d’être au service de tous. L’annonce de l’Evangile passe aussi par des actes, par la charité, par l’attention à l’autre qui doit toujours être pour moi un autre Christ qui vient me visiter. Souvenez-vous de l’avertissement de Jésus dans l’Evangile de Matthieu : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). L’annonce de l’Evangile ne se réduit donc pas à la prédication et à la catéchèse. L’annonce de l’Evangile passe aussi par notre souci constant de vivre et d’agir comme le Christ pour les hommes et les femmes qu’il met sur notre route. En témoignant de la bonté et de l’attention aux autres au nom de notre appartenance au Christ, nous faisons autant pour annoncer le Christ qu’un prédicateur qui prêcherait sur la charité. Et nous voyons que les occasions ne manquent pas alors, au long d’une journée, pour annoncer l’Evangile à ceux dont nous croisons la route. Nous ne faisons alors que ce que le Christ lui-même fait dans l’évangile : observez tous les malades que Jésus guérit lorsqu’il passe chez la belle-mère de Pierre. Après avoir guéri celle-ci, le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un al ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à sa porte. Entendez encore ce que Jésus lui-même dit, le lendemain quand tout le monde le cherche : Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Evangile. Il y avait l’annonce par l’enseignement à la synagogue (évangile de dimanche dernier) et l’annonce par l’attention qu’il prêtait à ceux qu’on lui amenait. 
 
Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Que ce cri de Paul devienne notre cri quotidien. Qu’il nous ouvre à cet art de vivre conforme à l’Evangile. Et nous témoignerons devant les hommes, par la parole et par les actes, que le salut est arrivé, que le Royaume est proche. Amen.


(Gustave DORE, La Bible, Paul dans la synagogue de Thessalonique)

dimanche 21 janvier 2018

03ème dimanche ordinaire B - 21 Janvier 2018

Jonas, celui qui ne voulait pas le salut pour tous.





Ceux qui ne vont à la messe que le dimanche, n’entendront du Livre de Jonas que le court extrait que nous avons eu en première lecture. Et s’ils ne font pas l’effort de lire le livre en entier (quatre petits chapitres), ils ne comprendront rien à l’histoire telle que nous l’avons entendu, ou plutôt ils ne la comprendront que de travers. Car en lisant le livre en entier, nous découvrons que Jonas n’est pas le modèle du prophète qui annonce la Parole avec joie aussitôt celle-ci transmise. 
 
Tout commence quand Dieu se décide à intervenir pour Ninive. De ce qui est dit de la ville, nous comprenons qu’elle est tout entière plongée dans le mal, et que Dieu ne la supporte plus. Il interpelle donc Jonas qui a mission de dire aux Ninivites que leur méchanceté est montée jusqu’à Dieu. Il doit les inviter à la conversion. Contrairement à ce que peut faire croire la traduction liturgique, Jonas ne se lève pas immédiatement pour aller à Ninive. Cela il ne le fera que la seconde fois, lorsque la parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas. La première fois, il fuit ; il s’embarque sur un navire pensant échapper à Dieu et à sa mission. Pourquoi fuit-il ? Parce qu’il sait la bonté de Dieu et son désir de salut pour tous les hommes. C’est là la marque principale du prophète que ce petit livre tient à souligner. Le lecteur attentif du livre de Jonas comprend ce qu’est l’expérience prophétique. Jonas lui-même confesse cette expérience lorsque la ville s’est convertie et que Dieu est revenu de sa décision de la punir. Je savais bien que tu es un Dieu bon et miséricordieux, lent à la colère et plein de bienveillance, et qui revient sur sa décision de faire du mal. Celui que Dieu choisit pour annoncer sa parole, hier comme aujourd’hui, est nécessairement convaincu de la bonté et de la miséricorde de Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelait le pape François quand il a proclamé un Jubilé de la miséricorde ? Ne voulait-il pas nous faire redécouvrir à tous cette qualité première de Dieu ? Quand bien même Dieu aurait des motifs de colère contre nous, sa miséricorde est plus grande encore et sans limite. Je n’imagine pas qu’un prédicateur ou une catéchiste puisse proclamer l’évangile sans en être convaincu. Quiconque veut parler de Dieu doit savoir (et être convaincu lui-même) que Dieu aime tous les hommes et qu’il veut leur salut à tous, quels que soient leur tempérament, leur caractère, leur origine, leur couleur de peau, leur croyance, ou le nombre d’actes mauvais qu’ils aient pu commettre. Le Dieu de l’Evangile est le Dieu du Salut. Il suffit que la Parole de Dieu soit proclamée pour qu’elle puisse agir, même malgré celui qui l’annonce. Et même si le prophète, comme Jonas, n’annonce pas exactement ce que Dieu demande, la Parole peut atteindre son but. Jonas dit : encore quarante jours et Ninive sera détruite, et le peuple comprend qu’il doit se convertir alors même que Jonas n’avait pas proclamé cette possibilité. 
 
Cette histoire de Jonas nous interroge alors sur notre rapport à l’Evangile, cette Bonne Nouvelle que Jésus a proclamée et que ses disciples doivent continuer à annoncer. L’Evangile que nous lisons est-il encore Bonne Nouvelle pour nous ? Ou est-ce juste un beau texte historique, un écrit de sagesse à côté d’autres écrits de sagesse ? Pour ne prendre qu’un exemple que je connais pour y travailler en ce moment (l’Enseignement catholique), que signifie le mot Evangile pour les parents qui inscrivent leurs enfants dans une école catholique ? Car enfin, nombre de projets éducatifs se disent référés aux valeurs de l’Evangile. Nous sommes bien d’accord : cela ne veut absolument rien dire si pour nous, chrétiens, l’Evangile n’est pas le moteur de notre vie, ce qui lui donne véritablement sens et qui oriente toutes nos actions. L’Evangile n’a de valeur que s’il est reconnu comme une Parole efficace, comme la présence agissante de Jésus dans notre vie. L’Evangile n’est Bonne Nouvelle que s’il ouvre ma vie à la bonté et à la miséricorde de Dieu pour que ma vie puisse devenir pour d’autres signe de cette bonté et de cette miséricorde. L’Evangile ne doit pas être proclamé pour faire peur aux gens, mais pour les amener à vivre plus grand, à vivre mieux. Ce n’est pas la même chose de dire : Ninive sera détruite que de dire : la méchanceté de Ninive est parvenue jusqu’à Dieu ! La première formule sonne comme une condamnation, la seconde laisse un champ de possible : si ma méchanceté est parvenue jusqu’à Dieu, combien plus ma conversion lui parviendra-t-elle ! Nous avons tous une responsabilité particulière concernant la réception de l’Evangile comme Bonne Nouvelle pour tous les peuples. Nous devons nous battre contre toute tentative de réduire la Parole de Dieu à des préceptes moraux, des condamnations, des fatwas réduisant la miséricorde de Dieu, annulant son amour, défigurant son visage. L’Evangile sera Bonne Nouvelle tant que celui qui l’entend comprendra qu’il est aimé infiniment et gratuitement par Dieu, quelle qu'ait été sa vie jusqu’à présent. L’Evangile ne réduit pas notre vie à nos actes manqués ; il agrandit notre vie à la mesure de l’amour de Dieu pour nous. 
 
Jonas savait tout cela, mais il ne voulait pas que ce qui était bonne nouvelle pour lui le soit aussi pour Ninive. Il aurait bien aimé que cette ville soit détruite. Nous ne sommes pas différents de lui : quelles sont les Ninivites que nous aimerions voir détruits ? Quels sont ceux à qui nous ne ferons pas entendre la Bonne Nouvelle du Salut de peur qu’ils ne se convertissent et soient sauvés avec nous ? La leçon que Dieu donne à Jonas à la fin du livre vaut pour nous aussi : nous savons nous soucier pour des petites choses ; combien plus Dieu se soucie-t-il des hommes qu’il a créés. Nous ne sommes pas propriétaires de l’Evangile ; nous n’en sommes que les dépositaires. Nous devons l’accueillir et le transmettre, fidèlement. Convertissons-nous donc et croyons à l’Evangile pour que d’autres puissent se convertir et y croire, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

(Gustave Doré, Jonas exhorte les Ninivites, in Gustave Doré - La Bible, éd. SACELP, 1983 )

samedi 21 janvier 2017

03ème dimanche ordinaire A - 22 janvier 2017

La mission de Jésus.





Avec ce dimanche, nous découvrons Jésus qui inaugure sa mission au milieu des hommes. Il est grand maintenant ; il est sorti vainqueur des tentations du diable ; Jean le Baptiste a été arrêté ; c’est le moment pour Jésus d’entrer vraiment en scène. La version longue de l’évangile de ce dimanche nous montre d’emblée tous les aspects de la mission de Jésus. En quoi consiste-t-elle ? Pourquoi est-il venu ? 
 
Matthieu répond ainsi : Jésus commença à proclamer : ‘Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche.’ Jésus se situe donc dans la continuité de Jean le Baptiste. Il invite les hommes à la conversion pour qu’ils aient leur part à ce royaume des cieux qui vient. L’ancienne traduction liturgique distinguait le message de Jean le Baptiste et celui de Jésus. Au premier, elle faisait dire : Le royaume des cieux est tout proche ; au second, le royaume des cieux est là ! Nous comprenions ainsi qu’avec Jésus, nous faisions un pas de plus. Ce royaume attendu était déjà là, déjà accompli en Jésus. La nouvelle traduction, reprenant dans la bouche de Jésus le message de Jean, semble mettre davantage l’accent sur l’urgence de la conversion. Jésus est bien celui qui accomplit le royaume, mais sans conversion, les hommes ne peuvent s’en rendre compte ; sans conversion, les hommes ne peuvent y accéder ; sans conversion, ils pourraient même se méprendre sur la personne de Jésus. Faire reprendre par Jésus le message de Jean le Baptiste permet aussi de souligner que ce travail de conversion n’est pas achevé ; à chaque génération, les hommes auront à se convertir pour découvrir ce royaume des cieux tout proche d’eux. 
 
Mais l’appel à la conversion n’épuise pas la mission de Jésus. Matthieu poursuit son évangile avec l’appel des quatre premiers disciples : Simon et son frère André d’abord, puis Jacques et son frère Jean. A chaque fois, l’évangéliste note la promptitude de ces hommes à répondre à l’appel qui leur est adressé. Jésus appelle ; ils répondent. Pas de grande tergiversation. Pas de grande interrogation : te suivre, mais pour aller où ? pour combien de temps ? Rien de tout cela. Un appel et une mise à la suite de Jésus pour devenir pêcheurs d’hommes. Cet appel des disciples comme deuxième acte de la mission de Jésus renforce ce que nous disions de l’urgence et de la permanence de l’appel à la conversion. Les disciples, un jour, vont d’abord partager puis prolonger la mission de leur maître. L’Eglise poursuit ce travail, aujourd’hui encore, avec toujours le même message : Convertissez-vous ! A travers elle, c’est bien toujours le Christ qui s’adresse aux hommes, le Christ qui presse les hommes de s’ouvrir à son règne, de faire vivre son message. 
 
Le dernier aspect de la mission de Jésus souligné par Matthieu dans son évangile, ce sont les signes que Jésus pose. Jésus ne se contente pas de parler ; il agit aussi en faveur des hommes. Le dernier verset du passage entendu nous dit : Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Evangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. On ne peut donc pas réduire Jésus à un beau parleur. Ce royaume qu’il annonce, il le réalise par les signes qu’il pose en faveur des hommes, en particulier ceux qui sont mis de côté parce que frappés de maladie, non conforme à l’idée qu’on se fait de quelqu’un de bien. Si untel est mal foutu, c’est forcément qu’il aura péché, lui ou ses parents ; Jésus aura à lutter contre de tels propos. En guérissant les malades, Jésus annonce qu’il est celui qui lutte – efficacement – contre le Mal qui ronge l’homme, le Mal qui divise les hommes. Il vient remettre de l’unité dans le genre humain, puisqu’en libérant des infirmités, il réintègre ces hommes et ses femmes dans la communauté humaine ; il vient combattre le Mal aux côtés des hommes pour qu’ils retrouvent leur liberté, celle que Dieu leur avait donné aux premiers jours de la création. En guérissant les malades, Jésus vient très concrètement ouvrir ce royaume des cieux à ceux qu’il relève. Sa prédication est comme vérifiée dans ces guérisons. 
 
Au terme de cette page d’évangile, nous pouvons comprendre que la mission de Jésus consiste en un triple appel : un appel à la conversion, un appel à le suivre, un appel à une vie libérée du Mal. Voilà pourquoi Jésus est venu dans le monde. Sachant tout cela, aurons-nous le même empressement que Simon, André, Jacques et Jean à suivre Jésus ? Aurons-nous le même désir que Matthieu d’être témoin de l’œuvre de Jésus auprès de nos contemporains afin que ce royaume des cieux s’ouvre aussi pour eux ? Aujourd’hui encore, les peuples qui marchent dans les ténèbres peuvent voir une grande lumière se lever. Aujourd’hui encore, notre monde peut changer, en mieux, à cause de Jésus. Amen.


(Gustave Doré, Jésus enseignant la foule, in La Bible, 230 illustrations de Gustave Doré avec des extraits du Nouveau et de l'Ancien Testament, SACELP, Paris, 1983)

samedi 4 juin 2016

10ème dimanche ordinaire C - 05 juin 2016

Seul compte l'Evangile pour faire découvrir Dieu !





Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! C’est un double drame que vit le prophète Elie lorsqu’il est apostrophé ainsi par la veuve de Sarepta. Drame de la perte d’un enfant qui, même s’il n’est pas le sien, le fait compatir à la douleur de la mère et drame de la perte du sens de Dieu, manifesté dans cette invective. Pourtant, le prophète avait déjà montré à cette femme et à son fils le visage tendre et miséricordieux de Dieu, qui prend soin de son peuple, soin des petits qui attendent tout de lui. C’est bien cette veuve et son fils, chez qui le prophète s’était arrêté pour manger en plein temps de famine, qui avaient vu leur sac de farine et leur jarre d’huile ne point s’épuiser. Dieu récompensait ainsi l’acte miséricordieux de cette femme qui avait accepté de partager avec le prophète le peu qui lui restait pour vivre. Est-il possible qu’un tel Dieu, qui prend soin de récompenser un acte bon puisse aussi punir pour une faute supposée et même pas exprimée ? Est-il possible seulement que le Dieu dont le prophète est le porte-parole puisse ainsi faire mourir l’innocent en compensation de quelque acte ? 
 
Devant la souffrance et la détresse du monde, beaucoup de nos contemporains ont condamné et rejeté Dieu, coupable de non-intervention face à l’insupportable. Il n’est pas question pour moi de les condamner, mais de chercher à comprendre ce qui, dans nos enseignements et nos attitudes, a pu laisser croire à quelqu’un que Dieu agissait envers nous comme un comptable, un juge et un bourreau. Qu’avons-nous oublié dans notre prédication, dans nos catéchèses pour que des hommes et des femmes du XXIème siècle pensent encore que Dieu peut se venger, que Dieu peut se réjouir de la mort de l’innocent ou du malheur des peuples ?  Qu’aurions-nous dû dire ou faire pour que Dieu soit enfin reconnu comme le Dieu de la vie, le Dieu pour la vie ? 
 
Il semblerait que le prophète partage l’interrogation de cette femme. Prenant la dépouille de l’enfant, il la porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? Mais il ne se laisse pas perdre en conjecture : par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! Je sens à la fois le désespoir du prophète devant cette mort soudaine et la foi la plus profonde en Dieu qui peut tout, en Dieu souffle de vie. L’enfant reprend souffle, revient à la vie. Et écoutez bien ce que dit la mère : Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole de Dieu est véridique. Pourtant, le prophète n’a rien dit à ce moment-là à la femme, si ce n’est l’évidence : Regarde, ton fils est vivant ! Il ne lui a pas fait de grand traité de théologie sur Dieu, sur son amour, sur le sens de la souffrance ou que sais-je encore ! Il a pris part à sa souffrance et a fait confiance à son Dieu.
 
Cet épisode, doublé dans la liturgie de ce dimanche par l’évangile dans lequel Jésus à son tour rend un fils unique à une veuve, veut renforcer en nous la certitude que Dieu est autre que ce que nous croyons. Il ne se réjouit pas de nos souffrances, il n’en est pas la source. Le Dieu dont le prophète Elie porte la parole, le Dieu de Jésus Christ des siècles plus tard, le Dieu que nous célébrons aujourd’hui en cette eucharistie, est le Dieu de la vie. La messe qui nous rassemble en est le signe le plus flagrant. Dieu lui-même nous a accueillis et nous a libérés de nos fautes : c’est bien le sens du rite pénitentiel à chacun de nos rassemblements ; puis il nous livre sa parole pour que nous puissions vivre et tenir dans ce monde qui est le nôtre, ni pire, ni plus simple qu’autrefois ; tout à l’heure, il nous partagera le pain de l’eucharistie, sacrement de son Fils livré sur la croix par amour pour nous. En Jésus, Dieu nous a tout donné, y compris sa propre vie pour que plus jamais nous ne soyons embarrassés par la mort. La vie éternelle n’est pas une promesse : elle est réalité dans le sacrement du baptême qui nous identifie au Christ, nous incorpore à lui au point que Paul a pu écrire : si nous mourons avec lui [le Christ], avec lui nous vivrons ! Notre vie, que nous tenons de Dieu, n’est pas faite seulement pour vivre sur cette terre ; notre vie est faite pour aujourd’hui, pour ici-bas, et pour demain, quand Dieu nous réunira dans la joie de son Royaume. 
 
Dans les nombreux courriels reçus cette semaine, s’en trouvait un qui collectionnait des paroles d’enfants. En voici l’une d’elle dans son contexte : La grand-mère vient de mourir et tout le monde est triste. Claire va voir son grand-père avec un grand sourire et lui dit : " T'as de la chance toi ! T'es si vieux que tu vas mourir bientôt et tu seras le premier à la revoir " (Claire 5 ans). Du haut de ces cinq ans, Claire n’a-t-elle pas compris ce que nous avons tant de mal à concevoir, à savoir que la vie ne finit jamais, et que la mort, si elle fait souffrir ceux qui restent, est d’abord un passage, une ouverture sur la vie ? Olivier Clément a écrit : L’homme est de la terre mais il est aussi du ciel. Il pèse son poids de terre mais aussi son poids d’infini. L’homme s’ouvre sur la vie profonde. L’homme est secrètement ouvert sur l’invisible. Des générations l’ont su, l’ont expérimenté… Nous avons laissé dépérir nos facultés de contemplation au profit de facultés de travail et de calcul, de maîtrise rationnelle du monde physique… ‘Aimer quelqu’un, a écrit Gabriel Marcel, c’est lui dire : tu ne mourras pas.’ En Jésus Christ, voilà ce que nous pouvons dire aux hommes : la mort est vaincue, le Christ est ressuscité, mon frère, tu es vivant – à jamais ! 
 
Voilà réaffirmé le souffle de la foi chrétienne, la force de vie que Dieu offre à celles et à ceux qui accueillent son Fils dans leur existence. Voilà ce qu’avait pressenti le prophète Elie ; voici ce qu’a accompli Jésus, pour toujours. Nous ne pourrons jamais le taire. C’est la seule chose à dire pour donner de Dieu le juste visage. Ce n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que nous l’avons reçu ou appris. C’est l’Evangile révélé par Jésus Christ. Rien d’autre ne compte ; rien d’autre n’a d’importance. Amen.

(Gustave DORE, Elie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta)

samedi 12 octobre 2013

28ème dimanche ordinaire C - 13 octobre 2013

L'Evangile pour tous, j'y crois !


Avec ce dimanche, s’ouvre la semaine missionnaire mondiale qui voudrait nous sensibiliser à une dimension essentielle de notre foi : la nécessaire annonce de l’Evangile à tous. Si vous suivez un peu l’actualité du pape François, vous savez que c’est là un de ses thèmes favoris, lui qui, depuis son élection, nous encourage sans cesse à aller aux frontières, porter l’annonce de l’Evangile à tous. C’est ainsi que se décline le thème retenu par les promoteurs de cette semaine : l’Evangile pour tous, j’y crois ! Permettez que je démonte ce slogan pour vous, et peut-être y trouverez-vous de quoi nourrir votre foi ! 
 
Commençons par le premier mot : l’Evangile ! Voilà un mot qui est bien connu dans la sphère chrétienne. L’Evangile, c’est bien sûr la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui s’intéresse tellement à l’homme qu’il devient l’un d’eux afin de leur partager sa vie. Est-ce vraiment une Bonne Nouvelle ? L’homme a-t-il besoin que Dieu s’intéresse à lui pour vivre ? Le croyant, au moins, devrait répondre ici par l’affirmative. Dieu n’est pas un lointain vieillard vivant dans les nuages et contemplant les hommes de haut ; il est d’abord quelqu’un qui veut vivre une alliance avec chacun, avec moi, avec toi. Non pas parce qu’il s’ennuie, non pas parce qu’il voudrait nous ennuyer, mais parce que c’est sa personnalité propre. Dieu n’existe pas pour lui-même ; il est un être de relation et il veut établir une relation privilégiée avec chacun de nous, pour que notre vie s’en trouve plus belle, plus grande, plus riche. Nous pourrions nous interroger sur ce que cette Bonne Nouvelle, cet Evangile, comporte de plus important. Quel serait le verset entre tous les versets à transmettre absolument ? La réponse, c’est Paul lui-même qui nous la donne dans la seconde lecture : Jésus est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Evangile. Il n’y a rien de plus urgent à annoncer. Le pape François lui-même le répète régulièrement : annoncer Jésus, mais tout Jésus, c’est-à-dire aussi Jésus mort et ressuscité. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le Vendredi Saint dans notre annonce sans prendre le risque de tronquer la Bonne Nouvelle : sans Vendredi Saint, il n’y a pas de Pâques. Ecoutons encore saint Paul : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous règnerons. Oui, à moins de vouloir ressembler à des gâteaux dans une pâtisserie pour reprendre encore le pape François, nous devons annoncer au monde Jésus, mais Jésus mort et ressuscité. Tout l’enseignement de Jésus devient Bonne Nouvelle à cause de l’événement de Pâques. Tout l’enseignement de Jésus reçoit sa force de la croix et de la victoire de Jésus sur la croix. Sans cette expérience de la mort et de la résurrection, les paroles de Jésus ne sont que de belles paroles, mais pas une Bonne Nouvelle. 
 
Cet Evangile, dont nous venons de préciser les contours, est pour tous, selon le thème de cette semaine missionnaire. Cela signifie bien qu’il ne concerne pas que les chrétiens. Nous n’avons pas à enfermer l’Evangile dans un beau livre que nous n’ouvrons jamais. Il n’y a pas de tabernacle dans lequel enfermer cet Evangile à double tour pour que surtout il ne s’échappe pas et ne nous échappe pas. Saint Paul dit encore à Timothée : on n’enchaîne pas la Parole de Dieu ! On ne la retient pas ; on ne l’empêche pas de se faire entendre ! Au pire, on l’ignore, mais elle ne cessera pas pour autant d’être proclamée, elle ne cessera pas pour autant d’agir dans le cœur des croyants, dans le cœur de celles et ceux, de toutes origines qui l’accueillent dans leur cœur et se laissent ainsi approcher de Dieu. Oui, cette Parole est pour tous, croyants ou non croyants. Si nous voulons qu’elle puisse remplir sa mission qui est de féconder le cœur de tout homme qui cherche Dieu, il nous faut l’annoncer, à temps et à contre temps, avec notre bouche et par toute notre vie. L’Evangile pour tous est une réalité de la catholicité de notre Eglise : ou elle s’adresse à tous les hommes, ou elle n’est pour personne. En tous coins de la terre, cette Parole peut porter du fruit et être Bonne Nouvelle. En tous coins de la terre, elle peut intéresser les hommes et leur permettre de mieux connaître Dieu, de mieux grandir dans son amour, de mieux découvrir le bonheur auquel ils sont appelés. L’Evangile est pour tous parce que le Christ lui-même est venu et a livré sa vie sur la croix pour tous les hommes de la terre, à travers le temps et l’histoire. S’il l’a fait à un moment donné de l’histoire, il ne l’a pas fait que pour les hommes de ce moment. L’Evangile, ce n’est pas une belle histoire du passé, c’est une vie donnée pour nous aussi.
 
L’Evangile pour tous, j’y crois ! Il ne faut pas oublier la finale de ce slogan. J’y crois, c’est une traduction souvent donnée aux enfants pour le mot AMEN. Ce « J’y crois » nous rappelle que si l’Evangile est pour tous les hommes, il est aussi pour moi. Car souvent, lorsque nous disons pour tous, nous pensons « pour les autres, mais pas pour moi ». Nous voulons bien charger la mule des autres, mais pas la nôtre. C’était déjà au temps de Jésus le réflexe de certains membres du parti des pharisiens. En affirmant « l’Evangile pour tous, j’y crois », nous affirmons bien que nous sommes croyants, appelés à nous laisser convertir par cette Bonne Nouvelle. Vivre le thème de cette semaine missionnaire mondiale, c’est affirmer non seulement que l’Evangile est pour tous les hommes, y compris ceux qui ne croient pas, mais aussi qu’il est Evangile pour moi, qui suis croyant, et qui ai toujours besoin de me convertir, de me laisser saisir par cette Parole, d’en saisir toute la richesse, toute la beauté, toute la profondeur. Le plus grand obstacle à la Bonne Nouvelle pour tous, n’est-ce pas le croyant qui n’y attache plus d’importance, le croyant qui n’en vit pas ou plus ? Oui, la Bonne Nouvelle de Jésus mort et ressuscité pour tous est aussi pour moi, même si j’ai déjà été sauvé par Dieu au moment de mon baptême. Je me dois d’accueillir cette Bonne Nouvelle dans ma vie, je me dois d’en vivre pour mieux pouvoir la transmettre.
 
L’Evangile pour tous, j’y crois. De génération en génération, de continent en continent, la Bonne Nouvelle de Jésus se répand dans le cœur des hommes. Elle résonne par toute la terre. Nous ne saurions interrompre la longue chaine de celles et de ceux qui ont transmis cet Evangile depuis que Jésus a envoyé ses Apôtres faire de toutes les nations ses disciples. L’œuvre immense déjà accomplie ne doit pas cacher l’œuvre immense qui reste à accomplir pour que toujours, les hommes et les femmes de notre terre, où qu’ils vivent, quoi qu’ils croient, puissent continuer à entendre cet Evangile et accueillir la puissance du ressuscité dans leur vie, s’ils sont convaincu que cet Evangile pour tous est aussi pour eux. Sans forcément parcourir le vaste monde, nous pouvons commencer par annoncer cet Evangile par nos mots et par notre vie à celles et à ceux qui nous entourent et que nous croisons quotidiennement. L’annonce missionnaire, c’est dans la famille qu’elle commence, c’est dans nos quartiers qu’elle se poursuit, sans oublier la paroisse  que nous fréquentons. De cœur en cœur, de maison en maison, ici ou ailleurs, la Bonne Nouvelle se répandra et deviendra vraiment Evangile pour tous. Amen.

(Photo prise en l'église St Georges de Haguenau en ce dimanche)

samedi 17 novembre 2012

33ème dimanche ordinaire B - 18 novembre 2012

Avec Marc, nous ouvrir à l'espérance.


Avec ce trente-troisième dimanche du temps ordinaire, nous refermons l’Evangile de Marc pour ne l’ouvrir à nouveau que dans trois ans. Nous achevons ainsi une année de compagnonnage avec ce témoin de Jésus Christ. La page d’Evangile qui nous est proposée peut nous paraître bien sombre : on y parle de chute des astres, de grande détresse. Et pourtant, loin d’être entraînés à la désespérance, nous sommes invités à la joie et à la confiance. Nous terminons ainsi cette année comme nous l’avions commencée : dans la joie de l’attente de celui qui doit venir : Jésus, le Ressuscité, victorieux de la mort et des ténèbres. Tout au long de cette année, Marc nous a livré des motifs d’espérance. Avec vous, je voudrais parcourir une dernière fois son Evangile pour les y retrouver.

Le premier motif d’espérance, c’est l’annonce de la venue d’un Sauveur. Aux hommes qui doutent, aux hommes qui sont emportés par le tourbillon de l’histoire, il est annoncé qu’il vient, le Messager de Dieu. Nous devons nous préparer à sa venue, pour pouvoir le reconnaître lorsqu’il viendra. De faux prophètes se lèveront, mais celui qui est fidèle à la parole du Christ saura discerner les signes de son retour. Il ne vient pas juger le monde ; il vient annoncer une Bonne Nouvelle : l’homme est fait pour vivre !

Deuxième motif d’espérance. L’homme pécheur n’est pas perdu ; il lui est possible encore de se convertir. Marc ne cesse d’appeler ses lecteurs à la conversion, au changement radical de vie. Il nous invite à porter sur notre vie, sur notre monde, sur les autres, le regard même de Dieu. Non, l’homme n’est pas enfermé dans son mal : il a cette merveilleuse possibilité de changer de vie s’il reconnaît en Jésus son Sauveur. Il n’est pas trop tard pour que nous réorientions nos choix, il n’est pas trop tard pour renouer des amitiés humaines, pour renouer notre amitié avec Dieu. Nous pouvons être délivrés du mal en prenant la route de la liberté que le Christ a inauguré dans l’acte même de sa passion. Dans sa mort/résurrection, il ouvre en effet à tout homme un chemin de vie.

C’est là le troisième motif d’espérance : ce Jésus qui vient et qui invite à la conversion est plus fort que le Mal. Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent. Il marche sur la mer, montrant ainsi qu’il ne se laisse pas submerger par les forces obscures. Par sa mort et sa résurrection, il a définitivement mis un terme au règne de la mort même. L’ultime adversaire, l’ultime obstacle à la vie est vaincu par la croix, arbre de vie éternelle. Le Christ inaugure le Royaume qu’il annonce !

Quatrième motif d’espérance : ce Royaume est déjà à l’œuvre dans le cœur des hommes qui écoutent la parole du Christ. Si nous laissons cette parole grandir en nous, si nous la laissons réaliser son œuvre de conversion en nous, nous deviendrons des témoins et des bâtisseurs de ce Royaume. De pardons donnés en pardons reçus, nous progressons – et le monde progresse avec nous – dans la construction et la venue définitive du Règne de Dieu.

Cinquième motif d’espérance : Jésus vient pour tous les hommes. Pour preuve, son alternance à réaliser sa mission aussi bien à Jérusalem que dans la Galilée des nations. Jérusalem est cette ville fermée sur elle-même, refuge des bien-pensants, sûrs de leur vérité et n’acceptant pas qu’on la conteste. La Galilée des nations est au contraire un lieu d’ouverture. Certains pensaient qu’il n’en sortirait jamais rien de bon : Isaïe pourtant avait annoncé que Dieu s’y manifesterait aux païens. Et c’est bien là que Jésus passe son enfance, qu’il vit, prêche et que les foules l’accueillent avec enthousiasme. Cette région est ouverte et c’est de là que Jésus se rendra à Tyr et à Sidon. L’Evangile parvient ainsi à tous les hommes, quelle que soit leur culture.

Sixième motif d’espérance : Jésus se révèle Pasteur de son peuple. C’est lui qui est chargé par Dieu de rassembler, d’instruire et de nourrir son peuple. Par deux fois, il nourrit une foule considérable. A ce peuple sans espoir et sans repère, il redonne courage et indique la route à suivre pour vivre pleinement heureux. Il réoriente le regard vers les autres, vers le Tout-Autre.

Septième motif d’espérance : Jésus redonne à l’homme – et à Dieu – leur dignité. En guérissant de nombreux malades, Jésus vient réaffirmer le droit de chacun à être considéré tel qu’il est ; il vient redire que la souffrance n’est pas une punition divine et que Dieu ne se venge pas de l’homme. Le Dieu de Jésus Christ est Dieu pour la vie. En guérissant les malades, Jésus réaffirme que tout homme, même malade, estropié, aveugle, muet…a sa dignité et qu’il n’y a pas là motif à rejet. Il vient redire avec force que les petits sont les préférés de Dieu et que l’amour pour Dieu se traduit dans l’amour du prochain, du petit.

Le huitième motif d’espérance se trouve justement dans ses signes apocalyptiques dont parle l’Evangile de ce jour. La chute des astres annonce la fin du règne des divinités et la venue ultime du Fils de l’Homme. Pour celui qui a essayé de vivre fidèlement selon la parole du Christ, il n’y a pas à s’inquiéter : au contraire ! Lorsque tous les faux dieux disparaîtront, le Fils de l’Homme pourra enfin être reconnu par tous et notre espérance trouvera en lui sa récompense. Alors nous verrons de nos yeux celui dont nous attendons la venue dans la gloire : Jésus, le Ressuscité, Dieu vivant à jamais, celui dont Marc justement témoigne.

Aujourd’hui, nous refermons l’Evangile de Marc. Mais ne fermons pas notre espérance. Soyons témoins, à notre tour, de ce Christ qui vient sans cesse frapper à notre porte. Approfondissons notre foi en lui et nous pourrons proclamer avec le centurion romain : vraiment, cet homme est Fils de Dieu. AMEN.

(Photo de l'auteur : Saint Marc, Détail de stalles de la catédrale de Zagreb)