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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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jeudi 2 avril 2026

Jeudi Saint - 2 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert !





(Le lavement des pieds, Oeuvre de Soeur Mercédès, 2006, Abbaye Notre-Dame des Neiges)


 



 

            Le Triduum pascal qui s’ouvre ce soir est l’occasion pour nous de mesurer l’immense amour de Dieu pour nous ; chacun de nous peut dire, l’immense amour de Dieu pour moi. C’est le cœur de la foi chrétienne que nous célébrons ; c’est le cœur de la foi qui rejoint chacun là où il en est de sa vie. Je voudrais inviter chacun à vivre ces jours saints comme le concernant personnellement, et non seulement comme un souvenir du passé, de ce que Dieu, en Jésus, a fait jadis pour l’humanité, mais bien de ce que Dieu réalise encore pour lui, aujourd’hui, ici et maintenant. Et interrogeons-nous chacun : que fait Dieu aujourd’hui pour me dire son immense amour pour moi ? La célébration de la messe en mémoire de la Cène du Seigneur nous dit deux choses que le Christ réalise toujours et encore pour chacun : il s’offre et nous sert.

            Oui, le Christ s’offre à nous, totalement, intégralement, dans son Corps livré et dans son Sang versé. C’est certainement ce qu’il fait de plus fort pour nous. En s’offrant à nous, il se rend authentiquement présent à notre vie. Un peu de pain, un peu de vin suffisent, et par les mains d’un prêtre, le Christ est là ! C’est l’éternel miracle de l’Eucharistie qui rassemble et construit la communauté croyante. Chaque dimanche, que dis-je ? chaque jour, je peux rencontrer le Christ qui s’offre à moi dans un bout de pain et un peu de vin consacrés. Trois fois rien pour une Alliance vivante, éternelle, scellée avec moi, avec chacun qui reconnaissent ainsi la présence du Ressuscité, selon ce qu’il a lui-même dit et institué. Paul s’en est fait l’écho dans la deuxième lecture : La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang du Christ, donné, livré pour nous, pour chacun. C’est le plus grand mystère de notre foi qui nous dit une chose importante au-delà de ce signe. Il nous dit que, puisque le Christ se donne en partage, nous devons à notre tour apprendre le partage ; le partage de nos biens, mais aussi le partage de notre vie. Comment rester indifférent à l’autre qui croise ma vie alors que le Christ ne cesse de se donner à moi dans l’Eucharistie partagée ? Comment puis-je demander au Christ de se donner à moi si, en retour, je n’accepte pas de me donner aux autres, à tout autre qui croise ma vie ? L’immense amour de Dieu qui se manifeste dans ce don total du Christ, se propage par moi à tous les hommes de bonne volonté, quand je partage un peu de mon bien, un peu de ma vie, un peu de l’amour dont Dieu m’aime. Je viens communier pour puiser là la force d’être un authentique disciple du Christ qui s’offre au monde, et non pas pour garder Jésus pour moi tout seul, dans le secret de mon cœur.

            Le Christ s’offre à nous dans l’Eucharistie, et il s’offre pour mieux nous servir. L’autre geste de Jésus, c’est ce lavement des pieds dont parle l’évangile de Jean. Le geste d’un esclave envers son maître et envers les invités de son maître, pour chasser la poussière et la fatigue du chemin. Avec le partage, le service devient l’autre grand marqueur du croyant, le grand marqueur du disciple véritable. Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Vous avez bien entendu : vous devez et non pas vous pouvez, ou ce serait bien que vous le fassiez vous aussi. Non, vous devez. Cela ne souffre aucune discussion et ne supporte la recherche d’aucune échappatoire. Quelqu’un qui ne sert pas, n’a pas totalement compris encore l’enseignement du Christ dont la propre vie est l’illustration et la mise en œuvre. Jésus nous dit par toute sa vie : Tu veux être le premier ? Sers ! Tu veux être le plus grand ? Sers ! Tu veux être mon frère ? Sers ! Tu veux faire la volonté de mon Père ? Sers ! Le seul pouvoir qui existe dans l’Eglise, c’est le pouvoir du service permanent. Jésus avait déjà averti ses disciples quand il leur disait : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées (Lc 12, 35). Ce soir, en prenant la place du serviteur, la condition de serviteur, le Christ élève le service au rang de la chose la plus noble, la plus grande que nous puissions jamais faire. De ce Maître incomparable, apprenons cet art qui consiste à servir. Et plus nous estimons notre place élevée dans ce monde, plus nous devons nous mettre en tenue de service. Plus grand est notre pouvoir, plus grand est notre devoir de servir pour ne jamais être tenté d’écraser l’autre, pour ne jamais être tenté d’humilier l’autre, pour ne jamais être tenté par l’orgueil de croire que ce sont les autres qui me doivent service et obéissance.

S’offrir et servir : voilà ce que l’amour de Dieu fait pour nous, pour chacun. Nous offrir et servir à notre tour, voilà ce que l’amour de Dieu nous propose comme chemin pour que notre monde devienne plus humain. Quand Dieu se fait homme pour s’offrir et servir les hommes, il nous indique la voie de notre sainteté : nous offrir et servir comme lui, avec la même passion et le même désir de conduire tous les hommes au Royaume où Dieu nous attend. Que le Christ offert et reçu en cette Eucharistie libère en nous la force du service de Dieu et des frères et sœurs qu’il place sur notre route. Amen. 


lundi 21 juillet 2025

16ème dimanche ordinaire C - 20 juillet 2025

 Une seule ? La meilleure part ?



 


            Il en avait de la chance Abraham, d’avoir une épouse et un serviteur qui agissent, discrètement, dans l’ombre, pour qu’il puisse se consacrer à ses visiteurs. Marthe n’a pas la même chance, elle qui se met aux fourneaux quand Jésus vient se reposer dans la maison qu’elle partage avec sa sœur et son frère. Si elle avait eu une servante, assurément, elle serait restée avec sa sœur aux pieds de Jésus. Mais si tel avait été le cas, nous n’aurions rien su de cette rencontre entre amis. Et surtout, nous n’aurions pas eu cette répartie de Jésus à l’adresse de Marthe qui vient se plaindre.

             J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ces deux sœurs. Elles ont la chance d’accueillir Jésus chez elles ; il est là en ami. Elles sont les sœurs de Lazare à qui Jésus rendra la vie avant de marcher sur Jérusalem pour y mourir. Mais c’est là l’histoire d’une autre visite de Jésus. L’histoire de la rencontre qui nous préoccupe aujourd’hui est bien connu. Et peut-être êtes-vous comme moi, un peu plus distrait lors de sa proclamation, parce que justement on connaît trop ; on ne fait donc plus forcément très attention. Et c’est quand on ne fait plus suffisamment attention, que des détails ou des interprétations de ces détails, peuvent nous échapper. Ce qui me préoccupe, à écouter cette histoire, c’est la réponse de Jésus à Marthe quand elle vient se plaindre, et surtout la manière dont nous la recevons et la comprenons.

             La première chose à noter, c’est que Jésus ne rabroue pas Marthe. Il ne sous-estime pas le travail qu’elle fait en cuisine pour le recevoir. Ses amis le reçoivent, il en est certainement heureux. Les deux sœurs se sont réparti le travail : Marie s’occupe de Jésus pendant que Marthe s’occupe en cuisine. D’autres manières de faire auraient pu être imaginées. Par exemple, les deux sœurs proposent à Jésus de se rafraichir un peu et de se reposer de la route pendant qu’elles préparent ensemble quelque chose à manger, soit avant de l’avoir entendu, soit après l’avoir entendu. Ou, si Marie s’avérait moins bonne cuisinière que Marthe, qu’elles commencent comme le rapporte Luc, et qu’à un moment Marie relève Marthe à la cuisine, quand il s’agit juste de surveiller la cuisson, pour que Marthe puisse avoir son tête-à-tête avec Jésus. Cela n’a pas été fait ; pas la peine d’épiloguer. Il nous faut donc prendre la réaction de Marthe et la réponse de Jésus telles qu’elles nous sont données. Si la réaction de Marthe semble légitime à beaucoup de lecteurs, la réponse de Jésus leur semble alors quelquefois difficile à entendre. Que dit-il exactement ? Après lui avoir fait remarquer qu’elle se donne du souci et s’agite pour bien des choses, juste pour un ami de passage, il affirme qu’une seule est nécessaire. Et il parle enfin de la meilleure part. Il nous faut bien comprendre que le une seule ne renvoie pas à l’une des sœurs (une seule sœur serait nécessaire !), mais bien à une attitude, une manière d’être avec Jésus. Il ne dit pas à Marthe qu’elle n’a rien compris, ni qu’elle fait mal. Il lui dit que, quand il vient les rencontrer, il ne se plaindra pas s’il n’y a qu’un casse-croûte pour lui. Ce ne sont pas les choses que les sœurs font pour lui qui lui importent, mais leur manière d’être, l’attitude qu’elles ont vis-à-vis de lui. Et cela doit nous rassurer ; le plus grand bien, quand Jésus vient nous visiter, ce n’est pas de nous mettre en quatre pour l’accueillir, c’est d’accepter de l’écouter. Il vient chez nous parce qu’il a quelque chose à nous dire, à nous partager. Et être pleinement là, présent à lui, est cette seule attitude nécessaire.

             Quand ceci est compris, nous pouvons mieux saisir la suite de la réponse de Jésus, celle sur la meilleure part. En parlant ainsi, Jésus ne renvoie pas Marthe à sa cuisine et ses casseroles ; il ne lui pas qu’elle ne sert à rien. Il lui dit qu’il existe une meilleure part, c'est-à-dire un essentiel. Marie l’a découvert en se mettant aux pieds de Jésus pour l’écouter. Marthe doit encore découvrir cet essentiel. Et cela nourrit notre propre vie spirituelle. Avec Marthe, nous pouvons nous interroger : Qu’est-ce qui est essentiel pour nous dans notre vie avec Jésus ? Où et comment Jésus nous attend-t-il aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse unique ; elle peut changer selon les circonstances de notre vie. Nous savons maintenant que la seule attitude nécessaire, c’est l’écoute. Et quand nous écoutons vraiment Jésus, nous découvrons ce qui est pour nous, personnellement, l’essentiel à ce moment donné de notre vie. Tout est utile dans la vie, même savoir préparer des petits plats. Mais tout n’est pas nécessaire au même moment. Et ce qui est vrai de notre relation avec Jésus, est vrai aussi de nos relations humaines. Si nous écoutions plus les autres, peut-être nous les comprendrions mieux ; les comprenant mieux, nous pourrions mieux les apprécier ; les appréciant mieux, nous pourrions mieux vivre avec eux ; vivant mieux avec eux, nous serions davantage en paix.

             Et voilà comment la colère d’une agitée des casseroles vient remettre un peu de bon sens dans notre vie à tous. Remercions Marthe de permettre à Jésus de nous éclairer tous. Remercions sa sœur Marie de nous rappeler l’importance de l’écoute. Et avec les deux sœurs, prenons la résolution d’une vie plus équilibrée, partagée entre l’écoute et l’action, parce que la Parole de Dieu est toujours dite pour nous mettre en route, en mouvement à la suite de Jésus. C’est ce à quoi nous invite le « Allez dans la paix du Christ » à la fin de chaque messe. Ecoutons tant que nous sommes rassemblés ici ; agissons dès que nous rentrerons chez nous, sans arrêter pour autant d’écouter. Amen.