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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 6 juin 2026

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ A - 7 juin 2026

Souviens-toi !  







 

            Souviens-toi ! C'est la consigne donnée par Moïse à son peuple pour qu’il n’oublie jamais l’œuvre de Dieu en sa faveur quand, affamé dans le désert, il a reçu de Dieu la manne, et quand assoiffé, Dieu a fait jaillir pour lui l’eau de la roche la plus dure. Souviens-toi ! De la même manière, nous sommes invités aujourd’hui à faire mémoire de l’œuvre du Christ pour nous quand, au soir du jeudi saint, il a partagé à ses disciples le pain et le vin, signes de son corps et de son sang livrés pour nous. L’Eucharistie, instituée ce soir-là, devenait, pour les disciples du Christ et à jamais, la source et le sommet de leur foi, rendant présent pour toujours le Christ dans un morceau de pain et un peu de vin consacré. La solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons vient nous redire ce grand mystère d’un Dieu qui ne cesse de se donner totalement pour notre salut.

           Souviens-toi de la source de ton salut, le Christ livré sur la croix. Dans un monde en perte de repères, il est bon de pouvoir lever les yeux vers le Crucifié pour découvrir en lui celui qui nous offre sa vie. La croix résume et condense toute l’œuvre de Jésus qui n’a cessé, à travers son enseignement et ses gestes de nous dire l’immense amour de Dieu pour chacun. A nous qui avions si souvent rompu son Alliance, était donné dans ce Corps livré, une Nouvelle Alliance, une Alliance Eternelle, scellée dans le sang versé. Puisqu’en Jésus, Dieu lui-même s’offrait tout entier, personne désormais ne pourrait briser cette Alliance. L’humanité peut choisir de l’ignorer, mais Dieu ne peut pas la retirer, parce qu’il ne peut cesser d’aimer cette humanité pour laquelle il a donné son Fils. La vie du Fils unique de Dieu prend avec elle la vie de toute l’humanité pour la faire passer par la croix et la faire entrer dans la gloire de Dieu. De la croix, nous recevons une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu, que rien, pas même la mort, ne peut nous enlever. Nous pouvons choisir d’y renoncer, mais Dieu ne peut pas nous l’enlever, à cause de Jésus qu’il voit en chacun de nous. Par le sacrifice de Jésus sur la croix, auquel nous participons par notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, Dieu nous reçoit comme ses fils et ses filles. Dans l’acte même qui l’a défiguré, Jésus nous a transfiguré, faisant de nous ses frères et sœurs. Dieu ne peut revenir sur cet acte de salut qui inaugure et fonde la foi des disciples de son Fils.

            Souviens-toi aussi du sommet de ta foi. Tu es appelé à plus grand que ta vie ici-bas. Tu as un avenir auprès de Dieu, pour toujours. La Foi est toujours accompagnée par sa sœur Espérance. L’Eucharistie, qui nous fait faire mémoire de Jésus qui est mort et ressuscité, nous tourne aussi vers notre avenir, le retour du Christ dans la gloire qui nous verra entrer dans la gloire de Dieu. Au cœur de la prière eucharistique, il y a ce chant de l’anamnèse qui résume bien cela. A l’invitation du prêtre : Il est grand le mystère de la foi, nous répondons : nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection (voilà pour la source de notre foi), nous attendons ta venue dans la gloire (voilà pour notre espérance et le sommet de notre foi). Il n’y a rien de plus grand et de plus beau, de plus actuel et en même temps de plus engageant pour l’avenir, que l’Eucharistie. Dieu se donne tout entier et nous donne tout, pour aujourd’hui et pour demain. Ce sacrement est le Pain des forts, de ceux qui ont fait le choix de vivre selon l’enseignement de Jésus Christ et qui puisent dans ce pain et ce vin partagés la force de tenir bon chaque jour. Mais l’Eucharistie est aussi le Pain d’efforts qui nous encourage, nous nourrit et nous permet de nous relever pour reprendre la route à la suite du Christ lorsque nous sommes tombés sur le chemin. Elle n’est pas la récompense pour enfants sages que certains nous présentent ; elle est l’indispensable nourriture pour celles et ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu, mais se savent aussi pécheurs et qui ont besoin que Dieu les nourrisse pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts à la suite du Christ. Dieu, par l’Eucharistie, veille sur nous pour que nous arrivions à bon port. Il n’y a rien de plus grand dans la vie d’un chrétien que de recevoir ce Pain des anges ; il n’y a rien de plus utile dans la vie d’un chrétien que de communier au Christ pour que sa vie se diffuse en eux ; il n’y a rien de plus urgent pour les chrétiens que de rendre gloire à Dieu pour ce don sans cesse renouvelé et pour sa présence permanente dans notre monde. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est le sommet de notre foi.

             Souviens-toi enfin que, sauvé par le Christ livré sur la croix et ressuscité d’entre les morts, tu es invité à conformer ta vie à son Evangile. La Foi et l’Espérance ont une troisième sœur qui se nomme Charité, par laquelle les chrétiens rendent le Christ présent et agissant auprès de celles et ceux qui ont moins de chance, auprès de celles et ceux qui sont blessés par la vie, auprès de celles et ceux qui ont perdus toute espérance. L’Eucharistie que nous recevons nous renvoie toujours vers eux quand le prêtre ou le diacre conclut la célébration par : Allez dans la paix du Christ. Il faut entendre, dans cet ultime souhait, un envoi vers nos frères et sœurs en humanité pour témoigner de ce que nous avons vécu et pour les aider très concrètement dans leur vie humaine et, quand cela est possible, de les aider aussi dans leur vie de foi. L’Eucharistie construit ainsi l’Eglise pour en faire ce lieu de rassemblement de toute l’humanité voulue par le Christ.

Que notre Eucharistie nous redonne le goût et le sens de ce rassemblement où s’origine notre foi, se construit notre avenir et où notre aujourd’hui trouve son sens plénier : nous unir toujours plus au Christ qui nous aime et nous sauve. Amen.


samedi 1 juin 2024

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 02 juin 2024

 L'Eucharistie, le don qui surpasse tous les dons.



(Arcabas, Les pèlerins d'Emmaüs)



 

 

            Si tu devais partir sur une île déserte, et que tu ne pouvais emporter qu’une seule chose, ce serait quoi ? Peut-être certains d’entre vous se sont déjà entendu poser cette question, qui fut très en vogue dans ma jeunesse. C’est une question très simple qui avait pour seul but de nous faire exprimer ce qui était le plus important pour nous, la chose sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. Bien sûr les réponses étaient aussi variées que les personnes qui étaient interrogées. Je ne saurais plus bien vous dire quelle bêtise je jugeais importante autrefois, mais je peux vous dire ma réponse d’aujourd’hui. Si je devais finir sur une île déserte, j’emporterais avec moi l’eucharistie. Pourquoi ? 

            La première raison qui justifie mon choix, c’est parce que ce morceau de pain consacré représente la certitude de n’être jamais seul. Et sur une île déserte, cela me semble plutôt important. Dans ce Pain consacré, Celui que j’aime et que je sers est présent, et il se donne et se redonne à moi autant que j’en ai besoin. Ceux qui ont vécu un temps d’adoration peuvent partager avec moi cette expérience de plénitude qui nous envahit quand nous prenons le temps de visiter le Christ. Vous pouvez vous sentir intérieurement heureux ou misérable, le Christ vous rejoint. Le silence de cette rencontre est un silence habité et vous savez, presque instinctivement, que Jésus est vraiment là. La parole qu’il a laissée à ses disciples après sa résurrection se vérifie : Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Elle n’est jamais aussi vraie pour moi que devant le Saint Sacrement. Là je trouve le Christ ; là le Christ me trouve, me rejoint dans ce qui fait ma vie du moment. Là le Christ prend soin de moi ! Il m’est arrivé d’être au milieu d’une foule et de me sentir terriblement seul ; mais cela n’arrive jamais devant le Saint Sacrement, quand bien même je serais effectivement le seul humain présent. 

            Une deuxième raison conforte mon choix d’emporter l’eucharistie : c’est que ce sacrement est notre nourriture. Comme je le dis lorsque je prêche une première communion, c’est le Pain des forts, qui nous garde dans cette force de Dieu, qui nourrit cette force de Dieu qui est en nous. Mais il est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me rend toute force quand je suis épuisé, le Pain qui me donne de pouvoir continuer alors que je voudrais tout arrêter. Dans un monde qui perd la tête, une telle nourriture me permet de ne pas désespérer. Dans un monde angoissant, cette nourriture me fait retrouver l’espérance d’un avenir meilleur. Dans un monde où les faits les plus simples et les plus avérés sont contestés, cette nourriture m’apporte la stabilité dont j’ai besoin. Là, dans ce Pain consacré, je sais que je retrouve le Christ. Là dans ce Pain consacré, je sais que le Christ se donne à moi, toujours et encore. Il se donne entièrement comme il l’a fait dans ce dernier repas partagé avec ses disciples. L’Eucharistie est le mémorial de son sacrifice, de son don absolu pour la vie des hommes. Ce qu’il a fait une fois pour toutes en se livrant sur la croix, est rendu actuel lorsque l’Eglise partage le Corps et le Sang du Christ, au point que nous pouvons dire, vingt-et-un siècle plus tard : c’est aujourd’hui que le Christ se donne, c’est aujourd’hui que le Christ se livre pour notre salut.

            L’Eucharistie, que nous célébrons dans cette fête du Corps et du Sang du Christ, est le don par excellence que Dieu nous fait. Ici, il nous donne tout. Il nous donne sa Parole, puisque jamais nous ne célébrons ce sacrement sans l’entendre nous parler ; il nous donne sa vie, puisque ce petit morceau de pain est devenu, par les mains du prêtre, le Corps du Christ offert pour notre vie ; il nous donne l’éternité, parce que ce pain et ce vin nous font entrer dans le monde et le temps de Dieu. Ce faisant, il nous donne tout son Amour, cet Amour qui nous sauve en nous donnant le pardon de nos péchés. Le pain est rompu, le sang est versé pour vous (pour nous qui sommes là) et pour la multitude (ceux qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus là) en rémission des péchés. Dieu ne peut rien nous donner de plus que son Fils, parce qu’en lui, il nous a déjà tout donné. Il est le don qui surpasse tous les dons. Comment pourrais-je accepter de vivre sur une île déserte sans emporter ce don ? 

            L’Eglise affirme avec raison que l’Eucharistie est la Source et le Sommet de notre foi. J’espère que vous comprenez mieux pourquoi elle le dit. Toute notre foi part de là, du sacrifice unique du Christ pour nous ; tout converge là, vers ce repas où Dieu nous attend pour toute l’éternité. Notre eucharistie terrestre n’est qu’un avant-goût du festin que Dieu nous servira quand nous le verrons face-à-face. Faisons venir nos frères et sœurs en humanité à cette source ; ne négligeons pas nous-mêmes cette source ; et nous parviendrons tous au sommet, à la claire vision de Dieu, à la béatitude éternelle. Amen.