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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 14 mars 2026

4ème dimanche du carême A - 15 mars 2026

Il n'a rien demandé, mais il a tout eu.







 

            Les miracles de Jésus, dans les évangiles, se suivent et ne se ressemblent pas, quand bien même c’est la même maladie qui est traitée. L’aveugle-né, dont Jean nous relate la rencontre avec Jésus, n’a rien demandé, mais a tout reçu : la guérison, les soucis, la révélation. Et tout cela à cause d’une question des disciples qui interrogent Jésus : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?

Un mot rapide sur le côté provocateur de la question et sur la représentation qu’elle donne de Dieu ! D’abord, quand cet homme aurait-il pu pécher puisqu’il est aveugle de naissance ? Si sa santé est le résultat d’un acte de sa part, il l’aurait donc commis dans le sein maternel, peut-être en jouant trop avec le cordon ombilical ? Ou alors dès sa naissance, en dilatant trop le col de l’utérus ? Messieurs les Apôtres, soyons sérieux un instant ; il n’a pas pu pécher pour être aveugle de naissance ! Quant à ses parents, depuis les prophètes Jérémie et Ezéchiel, nous savons que chacun est responsable de ses propres actes ; le proverbe qui affirme que les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées, n’a plus cours. S’ils ont péché, Dieu ne se venge pas sur leur fils ! Quelle horreur cela serait d’ailleurs. Quiconque agirait ainsi ne mériterait pas d’être appelé Dieu ! Ceci étant précisé, revenons à cet homme.

La première chose que je note, c’est qu’il n’a rien demandé. Sans doute ne sait-il même pas que Jésus passe devant lui. Jean écrit ceci, et seulement ceci : En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. S’engage le dialogue avec ses disciples puis : Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé ». L’aveugle y alla donc (comment, on ne sait pas), et il se lava ; quand il revient, il voyait. Quel contraste avec la guérison de Bartimée qui crie vers Jésus à en casser les oreilles de la foule ! Cet homme ne sait pas que Jésus est là, il ne crie pas, il n’attend rien. Il est juste là, comme tous les jours, probablement, sauf que ce jour-là, Jésus passe et le voit, et le guérit, sans rien lui demander, pas même la permission ! Jésus passe au milieu des hommes en faisant le bien, parce qu’il est le Bien incarné, envoyé par Dieu. C’est simple, c’est efficace. Et c’est là que les ennuis commencent !

Le premier souci qui se pose est de savoir si c’est bien lui ou pas.  Les uns disaient : « c’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » De tout le récit rapporté par Jean, cet homme n’a d’ailleurs pas de nom. Il est successivement un homme aveugle de naissance, puis l’aveugle, ensuite celui qui se tenait là pour mendier, ou après sa guérison l’ancien aveugle, votre fils, son disciple, et enfin celui qui est tout entier dans le péché depuis sa naissance. Mais son nom n’est pas mentionné. Il est chacun de nous qui un jour rencontre Jésus et voit sa vie chamboulée, éclairée d’un nouveau jour. Oui, cet aveugle de naissance, c’est chacun de nous lorsque nous réalisons que Jésus a traversé notre vie, sans que nous n’ayons rien demandé. Et lorsque nous nous laissons faire par Jésus, nous sommes le même qu’avant, et plus vraiment le même, au point que les autres peuvent vérifier dans notre vie la réalité de cette rencontre : nous étions aveugles, loin de Jésus, et soudain, nous voyons et nous le confessons : Je crois, Seigneur. 

Le second souci vient des autres, de ceux qui croient croire, qui croient tout savoir sur Dieu, mais qui à la fin des fins, sont incapables de reconnaître que Dieu est passé au milieu de son peuple. Voilà bien qui est étonnant : vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux… Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. La réponse de ceux-là à l’homme guérit est cinglante : ils le jetèrent dehors. Ils sont incapables de se réjouir pour lui ; ils sont incapables de rendre grâce à Dieu pour ce signe dont les prophètes eux-mêmes disaient qu’il signerait la venue du Messie. C’est jour de sabbat, et le jour de sabbat, Dieu ne se déplace pas au milieu des hommes, même pour faire le bien ; le jour du sabbat, Dieu se repose, c’est bien connu ! Quand l’esprit est à ce point fermé, les hommes voyants deviennent aveugles. 

            C’est une rencontre singulière que celle de l’aveugle de naissance avec Jésus. Elle est riche d’enseignement et d’avertissement. Dieu passe, toujours et encore, dans la vie des hommes. Dieu fait, toujours et encore, le bien pour les hommes. Mais ce ne sont pas toujours ceux qu’on pense les plus religieux qui le reconnaissent en premier, ou qui sont seulement capables de le reconnaître. Que ce temps du carême lave notre regard, qu’il nous apprenne à voir à nouveau la présence de Dieu au milieu des hommes ; qu’il nous donne de lui rendre grâce pour son œuvre de salut. Nous ne voudrions pas passer à côté de la croix sans le voir et le reconnaître. Nous ne voudrions pas être jetés dehors au moment même où il nous ouvre son Royaume. Amen.   

dimanche 8 mars 2026

 Le Seigneur est-il au milieu de nous ?





 

            Nous approchons de la mi-carême déjà, et la liturgie nous donne de rencontrer le peuple libéré d’Egypte, errant dans le désert, soumis à la soif. Une épreuve de plus, pour purifier ce peuple à la nuque raide, qui alterne entre bonheur d’avoir été libéré et regret de ne plus être en Egypte. Et revient aujourd’hui encore, cette question mainte fois posée : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?

            Qui d’entre nous ne s’est jamais posé la question ? Lorsque je lis la presse ou les réseaux sociaux, la question revient souvent ces derniers temps. Entre les guerres qui semblent se multiplier à travers le monde et les agressions, en France, d’élèves et de professeurs par des élèves de plus en plus jeunes, la question me semble légitime. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Et sa question jumelle : si oui, pourquoi permet-il cela ? Le mal, sous toutes ses formes, est, a été et restera toujours l’énigme majeure qui peut nous faire refuser l’existence de Dieu. Sommes-nous dès lors condamnés au doute à mesure que les drames se multiplient ? N’y a-t-il aucune issue, aucune espérance possible ? Comment comprendre Paul quand il affirme : l’espérance ne déçoit pas ? Certes, il la fonde sur l’amour que Dieu a répandu dans nos cœurs. Mais quand il ne semble plus y avoir d’amour, l’espérance disparaît-elle ? La réponse se trouve dans une autre lettre de Paul, la première aux Corinthiens, quand il dit avec force que l’amour ne passera jamais, comprenons bien qu’il ne disparaîtra jamais. Nous pouvons ne plus le voir, ne plus être capable de le discerner à l’œuvre, mais l’amour ne passera jamais de mode. Il suffit d’un seul pour aimer, toujours et encore, pour que l’amour soit sauvé, pour que le monde soit sauvé. Qui sauve une vie, sauve l’humanité, proclame le Talmud. Et ceci n’est possible que parce que l’amour du bien est à l’œuvre, et la détestation du mal solidement ancrée en celui qui décide que toute vie est importante. N’est-ce pas ce que Jésus nous apprend dans sa manière d’être avec chacun de ceux qu’il rencontre ? N’est-ce pas ce que Jésus nous révèle dans son Evangile ? N’est-ce pas ce qu’il a fait pour nous en offrant sa vie pour la multitude dont nous sommes ? N’est-ce pas ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême ? La preuve que Dieu nous aime (et donc accessoirement qu’il est au milieu de nous), c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

            Mais alors pourquoi ce sentiment d’abandon formulé par le peuple dans le désert ? Pourquoi cette impression dans notre propre existence ? Peut-être est-ce une question de regard, d’écoute et de confiance ! Voyez la Samaritaine qui vient au puits de Jacob au moment où Jésus lui-même s’y repose. Quand Jésus engage la conversation pour obtenir un verre d’eau, elle ne voit en lui qu’un Juif qui ne fréquente pas les Samaritains, c’est là chose connue, et elle sait le lui rappeler à sa manière. Mais Jésus ne s’offusque pas. Il va petit à petit déplacer le regard de cette femme, et le réorienter sur sa propre vie, jusqu’à la révéler à elle-même, tout en se révélant à elle. Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? Puis : Seigneur, je vois que tu es un prophète… pour arriver à cette question : Ne serait-il pas le Christ ? Ce changement de regard est possible pour la Samaritaine parce qu’elle se met à l’écoute de celui qui a eu l’audace de lui demander un verre d’eau. Elle ne se referme pas, elle accepte la conversation, même quand elle se fait difficile. Changement de regard, écoute attentive, et voilà notre femme qui rentre au village prévenir les siens et les inviter à la même expérience : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Je mesure là, la confiance retrouvée de cette femme. Elle ose ameuter tout un village sur une simple conversation avec un membre de ce peuple ennemi héréditaire. Elle a compris ce que tout son village comprendra, et que nous sommes invités à comprendre à notre tour : en Jésus, le Seigneur est au milieu de nous. Tous les habitants du village le confesseront : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. De la question du peuple errant dans le désert, nous arrivons à une profession de foi lumineuse de tout un village.

Alors, le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Pour les Samaritains, le doute n’est pas permis. Oui, il est là, en Jésus. Il leur a suffi d’accepter l’invitation de la femme à venir écouter. Ils ont vu, ils ont entendu, ils font désormais confiance à celui qu’ils ont accueilli et écouté deux jours durant. Devant l’actualité morose et anxiogène de ces derniers jours, nous pouvons nous aussi, accueillir dans notre vie la parole de Jésus qui éclaire et libère. Avec les Samaritains, nous pouvons reconnaître que le Seigneur est au milieu de nous et qu’il est le Sauveur du monde. L’ayant écouté, confions-lui ce monde et croyons qu’il peut toujours quelque chose pour nous, qu’il peut toujours quelque chose pour ceux et celles qui souffrent. Notre compassion et notre charité seront pour eux le premier signe que le Seigneur est au milieu d’eux aussi et qu’il vient les sauver. Amen.

samedi 9 novembre 2024

32ème dimanche ordinaire B - 10 novembre 2024

 Un coeur plus qu'un avoir ! 




(Image trouvée sur internet)


D’un côté, beaucoup de riches qui mettaient de grosses sommes dans la salle du trésor du Temple. De l’autre, une pauvre veuve qui n’y mit que deux petites pièces de monnaie. Le match est inégal au possible, les protagonistes ne jouant visiblement pas dans la même ligue. Qui va gagner, si tant est qu’il faut un gagnant et un perdant ? 

Aux yeux des hommes, il n’y a nul doute que les plus regardés, les plus admirés, ce sont les riches et leurs grosses sommes. Nous avons beau ne pas trop aimer les trop riches, nous ne pouvons cesser de les admirer. Leur vie semble plus facile que la nôtre, leurs souhaits bien plus souvent réalisés que les nôtres. Et en même temps, nous n’aimons pas le tape-à-l’œil et cette manière que certains ont d’exhiber leurs richesses. Et je ne parle pas de tous ces parvenus, nouveaux riches, qui, sur les réseaux sociaux, n’arrêtent pas de vous dire que vous pouvez être comme eux et que, s’ils ont réussi, vous pouvez réussir aussi. Cela si vous tenez la réussite financière comme le summum de la réussite. Il serait intéressant de réfléchir à ce que nous considérons comme important pour dire que nous avons réussi notre vie. A ceux qui s’interrogent, je recommande le dernier titre de Jeck, Immortel, et le clip qui l’illustre. Il dénonce bien cette arnaque qui consiste à faire croire qu’une vie réussie se mesure à l’épaisseur d’un compte en banque ! 

Aux yeux des hommes, je ne suis pas bien sûr que la pauvre veuve ait retenu l’attention qui quiconque hormis Jésus. Et si d’aventure quelqu’un l’a vu, je ne suis pas certain que son regard fût celui de l’admiration. De même que nous n’aimons pas les trop riches, nous n’aimons pas davantage les trop pauvres. Ils sont ceux qui nous empêchent de nous plaindre tout le temps d’une vie devenue trop chère. Ce qui pour nous est plus difficile devient pour eux impossible. Là où nous devons commencer à renoncer quelquefois, eux ont abandonné depuis longtemps. Alors pourquoi parler de cette pauvre veuve ? Parce que Jésus ne voit qu’elle, elle et l’effort qu’elle fait pour verser quand même sa part au trésor du Temple. Et elle le fait sans se plaindre. Elle ne met pas grand-chose aux yeux des hommes, mais pour Jésus, c’est plus que ce que tous les autres ont mis, parce qu’elle a pris sur son indigence ; elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre, là où les autres ont juste pris sur leur superflu. Aux yeux de Jésus, le geste humble de cette femme compte plus que le geste tapageur des autres. Donner de son superflu n’est un exploit pour personne. Même les plus égoïstes arrivent à se séparer de ce qui ne leur sert plus. Donner de son essentiel, voilà qui est plus difficile, parce que cela suppose d’avoir appris à renoncer. Et quand on n’a pas grand-chose, et qu’on renonce encore au profit d’autres, voilà qui est admirable ; voilà ce que souligne Jésus. Jésus ne dit pas que ce que font les riches est mal ; il dit seulement que ce que fait la veuve est mieux, parce que les conséquences de son geste pour elle ne sont pas les mêmes que pour les riches et leur geste. 


Nous devrions le savoir depuis longtemps déjà ; le regard de Dieu se porte toujours sur les plus humbles. Comme le chante Marie dans son Magnificat, Dieu élève les humbles et renvoie les riches les mains vides. Ce qu’il nous faut apprendre de Dieu, c’est une autre manière de regarder le monde, de regarder les hommes, et de comprendre ce qui compte vraiment. Non pas le superflu ou le superficiel, mais l’essentiel, le nécessaire pour vivre. Et le nécessaire pour vivre, c’est d’abord un cœur aimant, un cœur généreux, un cœur reconnaissant. Si nous voulons un monde plus juste et plus fraternel, dans lequel personne ne manque de rien, c’est d’abord d’un cœur nouveau dont nous aurons besoin pour que le partage devienne réalité et que tous puissent vivre dignement, sans manquer de rien. Les récentes guerres de postures idéologiques à l’Assemblée nationale, au moment où le premier ministre évoquait la possibilité de prélever un impôt supplémentaire et temporaire auprès des plus riches d’entre les riches, pour que les efforts ne reposent pas tout le temps sur les plus fragiles, est révélatrice d’un manque de cœur et d’un cynisme effrayant. L’idée même qu’il faille débattre de cela et l’inscrire dans la loi montre à quel point l’histoire de cette pauvre veuve reste à méditer et à comprendre. 

      Nous ne combattrons pas la pauvreté avec des idéologies, mais avec un cœur et un regard renouvelé. La pauvre veuve de l’évangile qui devait être bénéficiaire des sommes déposées dans la salle du trésor du Temple et qui y dépose le peu qu’elle a, nous oblige à reprendre le combat pour un monde plus juste, plus solidaire, plus fraternel. Il faudra que chacun s’engage à la hauteur de ses moyens. Et quand on a beaucoup plus que tous les autres, il est normal de mettre beaucoup plus que tous les autres. C’est une question de justice ! C’est une question de cœur ! Quand le cœur compte plus que notre avoir, un monde nouveau est possible. Qu’attendons-nous pour essayer ? Que les deux petites pièces de monnaie de la pauvre veuve ouvrent nos yeux, nos cœurs et nos mains à la mesure de nos moyens. Amen.