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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 17 mai 2026

7ème dimanche de Pâques A - 17 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous dit que nous sommes à lui.





(Icône copte du 6ème/7ème siècle, le Christ et Abba Mena, Musée du Louvre - antiquité égyptienne)




 

 

            Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Cette parole de Pierre a le mérite d’être claire. Elle nous rappelle qu’il y a un art de vivre chrétien qui ne considère jamais le mal comme une option possible. Notre titre de gloire, c’est d’être appelé chrétien, c'est-à-dire appartenant au Christ. Pierre se situe bien ainsi dans l’enseignement de son Maître, tel que nous l’avons entendu dans l’Evangile.

            La prière de Jésus au soir de sa mort est pour ses disciples. Jésus sait qu’ils risquent de défaillir, qu’ils ne seront pas très courageux face aux événements de la Passion. Il s’adresse donc à son Père, pour eux. Dans cette prière, il nous rappelle un point de notre foi très important que nous pouvons résumer ainsi : Quand Dieu nous dit son amour, il nous dit que nous sommes à lui. Ce n’est rien de très nouveau, j’en conviens. Le psaume 138 exprime déjà quelque chose de cette idée quand il fait dire au psalmiste : Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi. Comment dire mieux que nous sommes à Dieu, lui qui met sa main sur nous ? Jésus s’inscrit pleinement dans ce mouvement quand il confie ses disciples à son Père : Je prie pour eux : ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi. En devenant disciples du Christ par notre baptême, c’est bien comme fils du Père éternel que nous sommes reconnus. S’attacher au Christ, c’est s’attacher à Dieu. C’est reconnaître l’unité fondamentale qui existe entre le Père et le Fils. C’est le Père qui a suscité pour Jésus des disciples (ceux que tu m’as donnés) ; c’est le Fils qui les rend au Père avant sa Passion, car seul le Père pourra leur donner la force de surmonter cette épreuve ; seul le Père pourra les ouvrir à la nouveauté de la résurrection de son Fils unique qui marche vers sa mort.

            Reconnaître que nous sommes au Père, cela a des conséquences très concrètes dans notre manière de croire. Cela concerne d’abord notre manière de nous adresser à lui. Jésus nous a appris à le faire très précisément : Quand vous priez, dites : Notre Père… Dès ce moment-là, Jésus nous invitait à nous situer dans un rapport de filiation à Dieu. En nous reconnaissant mutuellement fils et filles de Dieu, nous reconnaissons que nous sommes tous à Dieu, nous sommes tous frères et sœurs en Christ. Dieu est notre Père parce que Jésus, son Fils, que nous avons suivi librement, nous a confiés à Lui et nous a appris à nous adresser à Lui avec ces mots simples : Notre Père.

Reconnaître que nous sommes à Dieu, c’est aussi reconnaître qu’il nous aime infiniment, puisqu’il nous accepte comme ses enfants. Malgré nos faiblesses, malgré notre péché, Dieu nous rend dignes de lui, ne refusant pas le don que le Jésus lui fait. Et il faut relever ici le moment où ce don est fait par Jésus à son Père ; c’est bien au moment où Jésus marche vers sa mort, qu’il lui confie ses disciples, et à travers eux, celles et ceux qui, grâce à eux, croiront en lui quand il aura vaincu la mort.

Reconnaître que nous sommes à Dieu, c’est reconnaître, selon la parole de Paul aux Romains (8, 35.37-39), que rien ne peut nous séparer de lui. Alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. Dans nos moments de grandes joies, comme dans nos plus grandes détresses, n’oublions pas que nous sommes à Dieu, et que rien ne peut changer cela. Et quand bien même l’homme décidait de se détourner volontairement de Dieu, cela n’empêcherait pas celui-ci de l’en aimer davantage, et de guetter son retour. 

Être à Dieu, être dans la main de Dieu, est ce qui nous arrive de mieux. Cela ne signifie pas que nous ne connaîtrons jamais d’épreuves, mais que nous avons en lui celui qui veille sur nous et qui nous accompagne toujours. Le projet de Dieu pour chacun de nous est toujours un projet de vie et de bonheur. En affirmant que nous sommes à lui, nous reconnaissons sa présence à notre vie, quels que soient les moments vécus. En affirmant que nous sommes à lui, nous reconnaissons que notre désir le plus profond, c’est de vivre pour lui et avec lui, pour toute éternité. En affirmant que nous sommes à lui, nous reconnaissons notre désir d’être sauvés vraiment, car en lui seul est notre salut. Soyons plus que jamais fiers d’être chrétiens ; soyons plus que jamais fiers d’être à Dieu.  Amen.

jeudi 14 mai 2026

Ascension du Seigneur A - 14 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s'engage à être avec nous, toujours.





 

 

            Il n’y a pas besoin d’être grand théologien pour comprendre la solennité de l’Ascension. C’est un mot simple de la langue française, utilisé pour désigner le fait de gravir une montagne (l’ascension du Mont Blanc par exemple), et plus simplement encore compris par les nombreuses personnes habitant un immeuble et qui prennent l’ascenseur pour monter dans les étages supérieurs. Nous célébrons donc aujourd’hui une montée, celle de Jésus retournant auprès de son Père. Nous l’avons entendu dans les Actes des Apôtres : tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Qu’est-ce que cette solennité nous apporte de plus ?

            A priori, rien de plus que la solennité de Pâques. La résurrection de Jésus traduisait déjà cette montée : descendu aux enfers, il est ressuscité, entrainant avec lui ceux que la mort retenait captifs. C’est ce que nous disent toutes les icônes de Pâques dans le monde chrétien oriental. C’est dans la logique de Pâques que le Ressuscité retourne auprès de son Père qui l’avait envoyé pour le salut du monde. Ce dernier étant rendu possible par la Passion et la Résurrection de Jésus, il n’y a pas lieu que le Christ s’attarde ici-bas. Désormais, il nous attend auprès de son Père. Mieux, il reviendra un jour dans toute sa gloire. Cette espérance, née de la foi pascale, ne doit pas nous abandonner. Jésus ne retourne pas chez son Père parce que les hommes, en le jugeant et le condamnant l’auraient déçu ; il retourne chez son Père parce que sa mission est accomplie. C’est à ses disciples de prendre le relais, lorsque la puissance de l’Esprit Saint aura été répandue en eux. Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Jésus peut reprendre à son compte la phrase attribuée à César : Veni, vidi, vici – Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Un moment de l’Histoire des hommes est achevé et il ouvre sur un nouveau temps : celui de la mission des disciples de faire connaître cette histoire Jésus pour que le monde croie et se convertisse à son enseignement. L’évangile de ce jour ne dit pas autre chose quand Jésus affirme : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

            Nous voyons là que la mission n’est pas une option, un petit truc en plus à faire quand nous n’aurons plus rien d’autre à faire ! La mission devient première pour les disciples. Ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont compris de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, ils ont à le faire connaître. Ce qui est en jeu, ce n’est pas que Jésus soit connu du plus grand nombre ; ce qui est en jeu, c’est que le salut apporté par Jésus parvienne au plus grand nombre, parvienne aux extrémités de la terre, à toutes les nations. Jésus n’a pas donné sa vie uniquement pour ceux qui l’ont connu, mais pour tous les hommes, répandus par tout l’univers, à travers toute l’Histoire. C’est la mission de ses Apôtres ; c’est notre mission à tous, baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. Ce Christ que nous avons accueilli dans notre vie, nous ne pouvons pas le garder pour nous, au prétexte que les autres n’en veulent pas, ou que notre société est devenue trop laïque et matérialiste pour accueillir sa Bonne Nouvelle. Le chrétien est missionnaire ou il n’est pas ! Il porte le Christ en lui pour le porter au monde. Il ne s’agit pas de l’imposer, mais de le proposer sans cesse, et d’abord peut-être par notre art de vivre qui devrait nous identifier comme chrétiens et qui devrait susciter l’envie de vivre de ce même art qui consiste à mettre l’autre au cœur de nos préoccupations, à être attentifs aux plus petits qui sont les préférés de Jésus, à dire Jésus par toute notre vie, en acte d’abord et en parole, à celles et ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme nous le demandait Pierre dimanche dernier.

             Nous pourrions alors objecter que nous ne sommes ni Pierre, ni aucun des Apôtres qui ont connu personnellement Jésus. Nous pourrions dire que nous ne sommes pas qualifiés ou assez courageux. A ceci, Jésus lui-même répond dans l’évangile. Il nous assure d’une chose que nous ne devons jamais oublier : Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Oui, quand Dieu nous dit son amour, il s’engage à être avec nous, toujours. L’Ascension n’est pas un abandon puisqu’elle s’accompagne de cette promesse de Jésus. Et je suis certain que nous avons tous déjà ressenti cette présence de Jésus à nos côtés ; par exemple dans tel événement difficile, une foi plus forte pour le traverser ; dans telle rencontre, une joie profonde qui nous a envahis ; dans tel conflit, une paix intérieure qui nous a permis de le dépasser et de vivre une vraie réconciliation… ou simplement dans le calme d’une église ou d’une chapelle, de ressentir qu’il est là, qu’il nous parle au secret de notre cœur et qu’il veille sur nous. Jésus ressuscité est présent à notre monde, même si les événements dramatiques peuvent nous en faire douter ; il est présent à notre vie, nous rappelant son enseignement, son amour, et le salut qu’il nous offre. Ne doutons jamais de cette présence discrète mais sûre. L’eucharistie qui nous rassemble aujourd’hui nous fait partager les signes de sa présence : la Parole proclamée et expliquée ; le Pain et le Vin consacrés et partagés. Des choses toutes simples, mais qui nous rappellent que Jésus ne cesse de nous enseigner et de se donner en nourriture pour que notre foi reste forte et vivante.

            En cette fête de l’Ascension, nul besoin de lever les yeux au ciel pour contempler Jésus. Il suffit de nous tourner les uns vers les autres pour trouver, en ceux que Dieu met sur notre route, la trace de celui qui a pris le chemin de notre humanité pour nous rappeler le chemin vers Dieu et vers la sainteté qu’il nous offre en partage. Parce que Jésus est devenu l’un de nous, chacun de nous porte un peu de sa présence au monde ; chacun de nous est comme une icône permettant de contempler l’amour de Dieu pour tous. Ne cherchons pas ailleurs qu’au milieu de nous Celui qui a donné sa vie pour nous sauver, et donnons-le à voir afin que le monde croie et parvienne au salut. Amen.

samedi 9 mai 2026

6ème dimanche de Pâques A - 10 mai 2026

Quand Dieu nous dit son amour, il nous promet un Défenseur.








 

            Se souviennent-ils de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, venue puiser de l’eau au puits de Jacob lorsque Philippe parcourt la région en proclamant le Christ ? Leurs cœurs sont-ils brûlants de foi pour que Philippe soit capable de poser autant de signes ? Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. En entendant cela, comment ne pas faire le rapprochement avec ce que Jésus nous dit dans l’Evangile : Le Père vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.

Ce Défenseur, ce n’est pas Philippe, c’est l’Esprit Saint qui se manifeste à travers lui. Ce n’est pas diminuer l’œuvre de Philippe que de le dire, bien au contraire. C’est le signe que Philippe, comme l’était Etienne, diacre lui-aussi, était rempli de l’Esprit Saint, et qu’il laissait l’Esprit parler et agir à travers lui. Philippe ne s’attribue aucun mérite. Il fait son travail de disciple du Christ ; il annonce le Christ. Quand le Christ est annoncé, quand le Christ est accueilli, l’Esprit peut travailler, l’Esprit peut libérer la vie de tout ce qui l’entrave. Chaque disciple connaît l’Esprit, car l’Esprit est en chaque disciple. Pour authentifier l’œuvre accomplie en Samarie, Pierre et Jean y sont envoyés ; ils prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint. Il n’y a pas de disciples sans Esprit Saint. C’est la promesse de Jésus qui s’accomplit. Sa mort, sa résurrection et son Ascension que nous célèbrerons bientôt, ne sont pas un abandon, mais bien toutes choses nécessaires à notre salut et à notre vie de foi. Pour recevoir l’Esprit Saint, il faut la foi au Christ, mort et ressuscité pour notre vie ; pour vivre cette foi, il faut accueillir le don de l’Esprit Saint, présence de Dieu en notre vie, qui rend toutes choses possibles.

La promesse d’un Défenseur, faite par Jésus dans l’Evangile de ce dimanche, n’est donc pas un hochet destiné à nous consoler au pied de la croix ; elle est la preuve que Dieu nous aime, qu’il nous veut vivant et qu’il nous donne les moyens de cette vie éternelle qu’il nous offre dans le sacrifice de son Fils unique. Si Philippe est capable de réaliser tous ces signes, c’est parce que l’Esprit Saint l’accompagne et devance les Apôtres eux-mêmes. L’amour de Dieu pour nous reste premier. Il est la source de notre foi et non le résultat de celle-ci. C’est parce que Dieu nous aime, que nous pouvons croire en lui, et non parce que nous croyons en lui que Dieu nous aime. La présence de l’Esprit Saint, signe de l’amour de Dieu pour nous, est manifesté par les guérisons ; cette présence fait naître la foi qui sera confirmée par les Apôtres.

C’est cette présence de l’Esprit Saint en nous que Pierre demande à ses lecteurs de vivre quand il les invite à présenter à tout moment une défense devant quiconque leur demande de rendre raison de l’espérance qui est en eux. Et nous voyons là que Dieu fait bien les choses. L’Esprit Saint nous précède toujours, car nul ne peut dire Jésus Christ est Seigneur sans l’Esprit Saint. Comme tous les dons de Dieu, l’Esprit nous précède. Mais il nous revient de le mettre en œuvre, ou à tout le moins de ne pas être un obstacle à son action. C’est lui qui met sur nos lèvres les mots de la foi ; c’est lui qui nous permet d’en rendre témoignage avec douceur et respect. Car de même que l’Esprit ne s’impose pas à nous, de même n’avons pas à l’imposer, ni à imposer notre foi à quiconque. Si Dieu nous laisse libre de croire en lui, qui sommes-nous pour obliger d’autres à faire ce que nous avons fait librement ? L’amour ne s’impose pas ; il se propose et se vit. 

Avec l’Esprit Saint, tout est question d’amour. Pour nos frères orientaux, il est l’amour qui unit le Père et le Fils. Jésus confirme cette interprétation de l’Esprit Saint quand il nous dit dans l’évangile aujourd’hui : Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. Seule la présence de l’Esprit Saint nous faire comprendre et aimer les commandements de Dieu ; seule la présence de l’Esprit Saint nous fait sentir et répandre la bonne odeur du Christ autour de nous. A mesure que nous approchons de la fin du temps pascal, demandons à Dieu de rendre vivante et agissante en nous la présence de son Esprit Saint ; demandons-lui d’aimer comme il nous aime, et notre monde en sera renouvelé. Amen.

samedi 25 avril 2026

4ème dimanche de Pâques A - 26 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous offre la vie en abondance





 

            Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui nous reste en mémoire quand nous rentrons chez nous après la messe ? Nous entendons chaque dimanche quatre lectures, si l’on compte le psaume, et qu’emportons-nous ? La réponse va probablement varier en fonction des personnes, de notre humeur, de notre attention, du temps liturgique que nous célébrons, et que sais-je encore ? Pourtant, au cœur de toutes nos liturgies, il y a une certitude qui ne doit jamais nous abandonner, et que l’évangile de ce dimanche remet au centre : c’est la raison pour laquelle Jésus est venu en ce monde ; la raison pour laquelle il a donné sa vie. Chacune de nos eucharisties nous remet face à ce mystère. Je ne dis pas que vous pouvez oublier tout le reste ; mais ce cœur de la foi, quand bien même la célébration ou l’homélie devaient être ennuyeuses, vous devriez le retrouver et en rendre grâce.           

            Je vais immédiatement enlever une réponse inappropriée : Jésus n’est pas venu en ce monde pour mourir en croix et ressusciter. Mourir et ressusciter, c’est de l’ordre des moyens employés, ce n’est pas la raison pour laquelle il est venu en ce monde. Ceux qui ont encore en mémoire le catéchisme par questions-réponses, pourraient retrouver la raison principale de la venue de Jésus en ce monde à partir de cette question simple : que procure la foi ? La vie éternelle ! Oui, Jésus est venu en ce monde pour que ses brebis aient la vie, la vie en abondance. Et il faut entendre cette précision apportée par Jésus lui-même : la vie en abondance. Ce n’est pas une petite vie qu’il nous offre ; non, c’est la vraie vie, celle qui ne finit pas, celle que la mort elle-même ne saurait arrêter. Dieu n’est pas avare de cette vie largement donnée par Jésus mort et ressuscité. Nous le voyons dans les Actes des Apôtres : environ trois milles personnes se joignirent aux Apôtres au seul jour de la Pentecôte ! Le premier discours de Pierre, c’est tout ce qu’il fallait pour que trois milles personnes comprennent et désirent recevoir ce don de la vie éternelle offert par Dieu, en Jésus mort et ressuscité. Et il est impossible de compter, depuis ce premier discours, combien, à travers le temps et l’Histoire, ont compris que Dieu nous dit son amour en nous offrant cette vie en abondance ! Rien qu’aujourd’hui, nous sommes 2,3 milliards de chrétiens dans le monde. Je vous laisse imaginer ce que cela peut représenter en 21 siècles ! Je ne peux pas croire, avec autant d’ainés dans la foi, que j’ai pu, que nous puissions nous tromper lorsque nous accordons notre foi au Dieu Père, Fils et Esprit Saint que nous confessons avec tous les chrétiens.

            Que certains veuillent falsifier la foi, s’en servir à mauvais escient, Jésus lui-même nous avertit que cela peut arriver. Mais il nous rassure aussi en nous disant que nous connaissons sa voix à lui et que nous savons qui écouter. Les voleurs, les bandits, les falsificateurs de la foi, il y en a eu et il y en aura encore. Mais il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais qu’un seul Christ, qu’un seul vrai pasteur. Et il est encore écouté aujourd’hui quand il parle à travers ceux qu’il envoie porter sa parole. Voyez le Pape Léon. Si vous avez suivi son récent voyage en Afrique, vous aurez peut-être été frappés par l’authenticité de son message, la clarté de sa prédication, sans peur et sans haine, alors même qu’il nous appelait tous à plus d’humanité, à mettre fin aux guerres, aux querelles d’égo, aux dictatures de toutes sortes, qu’elles soient d’ordre politique, économique ou technologiques. A la suite du Christ, il appelait à une vie plus grande, plus digne, plus respectée et plus respectueuse pour tous. Même à la prison qu’il a visité dans l’un des pays, il a rappelé la dignité de tout homme, y compris de ceux qui se retrouvent derrière des barreaux, et que rien de ce qu’ils ont pu faire ne justifiait envers eux l’usage de comportements dégradants. Le but de la prison n’est pas de casser des hommes et des femmes, mais de leur permettre de retrouver une place dans la société une fois leur peine accomplie. Sa parole claire nous remet tous devant l’exigence d’être à la hauteur de cette vie que Dieu propose à tous.

            L’eucharistie qui nous rassemble vient comme raviver cette vie éternelle à laquelle nous participons déjà par notre baptême. Et le Pain eucharistique nous est donné pour nourrir cette vie, pour la faire grandir en nous, et nous rendre forts dans cette vie nouvelle. En effet, Pierre le rappelle dans sa première lettre, le Christ nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces. Ce don de la vie éternelle, de la vie en abondance, suppose que, comme Jésus, nous refusions le péché, le mensonge, l’insulte, la menace et que nous choisissions au contraire l’abandon à Celui qui juge avec justice. En lui seul est la vie véritable parce qu’il est le seul à donner la vie éternelle. Les propositions faites par d’autres ne sont que des ersatz de mauvaises qualités qui ne mènent nulle part. Que l’eucharistie célébrée et reçue nous donne d’y voir clair et la force de nous engager à la suite du seul vrai berger : le Christ Jésus, qui a donné sa vie pour que nous ayons la vie éternelle. Amen.

samedi 18 avril 2026

3ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se révèle à nous dans sa Parole et le Pain partagé.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)





 

             Nous avions eu quelques indices, au long de la Semaine Sainte. Les signes étaient puissants au soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas. Un lavement des pieds et surtout des paroles mystérieuses sur le pain et le vin, des gestes à refaire en mémoire de lui. Mais voilà, le Vendredi Saint a suivi, avec la mort ignominieuse, et nous avons tout oublié. Notre chagrin, notre révolte, ont comme gommé ses gestes ; ils ont bloqué dans notre mémoire les paroles de ses trois années d’enseignement. Il ne nous restait que nos yeux pour pleurer et une espérance détruite. C’est l’expérience faite par ces disciples qui rentrent chez eux à Emmaüs jusqu’à ce que…

            Jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par un inconnu qui les interroge. De quoi discutez-vous tout en marchant ? S’ils pensaient être discrets, les deux disciples sont pris en défaut. Leur peine est si grande qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’on pouvait les entendre. A moins que leur peine ait été si évidente, qu’elle interpelait celui qui les a rattrapés sur la route.  De quoi discutiez-vous, Cléophas, sur cette route entre Jérusalem et Emmaüs ? La question leur semble à tous deux surprenante. Enfin cet homme fait la même route qu’eux ; il vient de Jérusalem, comme eux ! Comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Certes, il n’y avait ni gazette, ni journal à scandale, ni réseaux sociaux ; mais quand même ! L’affaire avait fait grand bruit ! A moins qu’il ait dormi toute la semaine, il a dû en entendre parler ! Forcément ! Mais l’étranger insiste : Quels événements ? Et les voici obligés de raconter à un autre, à quelqu’un qu’ils pensent extérieur à leur groupe, tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ils ont raconté comment il est mort, sans doute aussi comment, avant cela, il avait transformé leur vie au point qu’ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais tout est fini, leurs espérances les plus folles sont déçues et anéanties. Il ne leur reste que les affirmations de quelques femmes de leur groupe qui sont venues dire qu’il est vivant. Mais rien, jusqu’à présent, ne confirme cela ; des hommes sont allés vérifier, ils n’ont rien vu.

            C’est une expérience qui nous est peut-être commune : avoir tellement cru en quelqu’un pour finir anéanti, sans illusion, comme trahis par les événements. Cela arrive dans les relations humaines, et quand cela arrive, cela nous ronge de l’intérieur, parce que nous ne comprenons plus, ou nous ne voulons pas comprendre. La douleur est trop forte ; l’incompréhension ne nous permet plus de réfléchir sereinement. Ils en sont là, ces deux disciples, et tous les autres sans doute aussi. Ils ont oublié non pas que Jésus est mort ; cela ils ne l’oublieront jamais ! Non, ils ont oublié tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont oublié tous les gestes que Jésus avait posés, tout au long de son ministère et durant leur dernier repas avec eux. La vision du Crucifié est trop prégnante, elle envahit tout, elle saccage tout. Avec sa mort, il ne reste rien que la douleur et le désespoir ! Nous sommes encore loin du magnifique discours de Pierre au jour de la Pentecôte quand il relit pour les Juifs et tous ceux qui résident à Jérusalem l'histoire de Jésus. D’ailleurs en serait-il capable sans ce qui se joue là, sur la route vers Emmaüs ? Cet étranger qui s’est approché, cet étranger qui semblait ignorant des événements qui ont eu lieu à Jérusalem, cet étranger se montre particulièrement versé dans la connaissance des Ecritures. Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait Jésus de Nazareth.

            C’est ce même chemin que nous avait fait vivre la grande nuit pascale. Mais l’avions-nous compris alors ? Avions-nous compris que c’est Jésus lui-même qui venait nous expliquer la même chose ? Comprenons-nous vraiment que c’est Jésus qui, en chaque eucharistie, vient nous redire la parole de Dieu et nous la faire comprendre ? Nous ne saurons jamais combien de temps il restait à Jésus avant d’arriver à Emmaüs ; nous ne saurons jamais ce qu’il leur a dit. Mais nous savons, parce que l’Ecriture nous le dit que leur cœur était brûlant en eux, tandis qu’il leur parlait sur la route. Ils en ont témoigné largement au point que Luc le rapporte dans son évangile. Et le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, en porte sans doute la trace, puisqu’il refait une partie de ce chemin pour ses auditeurs, en faisant le lien avec un psaume de David. Quand vous lisez la Bible chez vous, c’est ce même cheminement qui peut se faire en votre cœur. Les textes du Premier Testament vous conduisent aux textes du Nouveau Testament et vous pouvez entendre à votre tour Jésus qui s’est approché et qui ouvre votre cœur à sa vérité.

            Mais l’étranger ne s’arrête pas là. A l’invitation des disciples arrivés à destination, il entre chez eux et bénit la table avec un geste banal : le pain rompu et partagé. Geste mille fois fait et mille fois vu, puisqu’il était commun à tous les Juifs. Mais pour ces deux hommes, ce geste simple renvoie à ce geste de Jésus au soir de son dernier repas. Et là, leur cœur brûlant embrase tout, et ils comprennent, et ils le reconnaissent, mais déjà, il a disparu. Cette expérience aussi nous pouvons la connaître après un deuil, lorsque nous rangeons les souvenirs dans la maison du défunt. Un petit objet peut nous remettre en route, l’espérance chevillée au cœur. Ce n’est souvent pas grand-chose, souvent d’un banal achevé, mais cela nous remet debout, nous remet en vie. La douleur de la séparation s’estompe, un avenir s’ouvre à nouveau. C’est aussi ce que réalise l’eucharistie pour nous. Nous avions déjà la Parole retrouvée et comprise ; nous avons aussi ce geste banal d’un morceau de pain rompu pour nous redire la présence éternelle de Jésus. A qui veut rencontrer Jésus dans sa vie, il ne sera donné que ces deux choses : une parole expliquée, un morceau de pain partagé. Là est Jésus, réellement, totalement, vivant pour toujours. Dans ce sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous dit son amour et se révèle à nous dans sa Parole et dans le Pain partagé. Il n’y a besoin de rien d’autre que ces deux signes, et une communauté qui les célèbre et les reçoit comme signes de la présence de Jésus. L’expérience que font les disciples d’Emmaüs nous la refaisons en chaque eucharistie. Jésus s’approche de nous, quelquefois sous les traits d’un étranger, et se révèle à nous vivant, vainqueur de la mort, vainqueur du péché qui nous plonge encore trop souvent dans les ténèbres. Avec cette Parole expliquée, avec ce Pain partagé, nous avons tout reçu de l’amour du Père, tout ce qu’il nous faut pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et rendre efficace notre charité.

Tout est dit, tout est donné dans une parole reçue, dans un morceau de pain partagé. Que nos eucharisties soient joyeuses parce qu’elles nous font célébrer la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire. Que nos eucharisties rendent nos cœurs brûlants de cet amour de Dieu sans cesse renouvelé et réaffirmé. Avec les disciples d’Emmaüs, puisons dans l’eucharistie la force d’être missionnaire pour aller dire la joie de la résurrection à tous nos frères. Amen.

samedi 11 avril 2026

2ème dimanche de Pâques A - 12 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il fait miséricorde.



(Icône religieuse : Jésus Miséricorde, année sainte - Boutique)




 

            C’est curieux comme certaines paroles de Jésus peuvent vous marquer à un moment donné de votre existence, alors que jamais auparavant, elles ne vous avaient intrigués. En trente-quatre ans de sacerdoce, c’est la première fois que je bute sur cette affirmation de Jésus dans l’évangile : Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Ce n’est pas tant la phrase qui me choque, que le moment où elle est dite : le soir du premier jour de la semaine, soit pour nous le dimanche de Pâques ! Pourquoi dire cela à ce moment précis ? Quand même : tu es mort ignominieusement ; tu es ressuscité glorieusement ; et ta deuxième parole à tes Apôtres, c’est : à qui vous remettrez ses péchés… ? Personnellement, je trouve cela bizarre. A moins que…

            A moins que cela soit pour redire le sens profond de ces événements ; à savoir que Jésus est mort et ressuscité justement pour cela, pour le pardon des péchés ! Le Vendredi Saint ne serait donc pas un accident de l’Histoire, mais le dénouement de toute l’Histoire de l’humanité sous l’emprise du péché depuis la chute originelle. Nous ne l’avions pas compris au soir du Vendredi Saint, pris que nous étions par notre révolte et notre sidération de la mort de l’Innocent, du seul Juste. Au pied de la croix, à hauteur d’homme, c’est le péché qui a gagné. Au pied de la croix, à hauteur du démon, c’est lui qui a gagné. Jésus, l’empêcheur de pécher en rond, n’est plus ! A Jésus qui, du haut de la croix, disait : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34), le Père répond le jour de Pâques : va leur annoncer que les hommes sont pardonnés. Et comme désormais Jésus va vivre auprès de son Père, il confie cette mission à ses Apôtres ; d’où le don de l’Esprit Saint et cette parole sur le pardon des péchés. Et je comprends alors, en tant que ministre de la Réconciliation, qu’il faut que les Apôtres pardonnent plutôt largement, puisque Jésus lui-même sur la croix n’a pas voulu la condamnation de ses bourreaux. La parole de pardon est première sur la parole du refus du pardon. Cela nous renvoie aussi à la réponse de Jésus à Pierre qui l’interrogeait justement pour savoir si sept fois était la bonne mesure pour pardonner à quelqu’un : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois, c'est-à-dire une perfection, un accomplissement du pardon en toutes circonstances. En fait, ce que Jésus annonce ainsi à ses disciples, c’est que quand Dieu nous dit son amour, il nous fait miséricorde. Et comme Dieu ne peut pas faire autre chose que de nous aimer, il nous fait miséricorde à tous les coups. Son cœur divin est plus grand que le plus grand de nos péchés, et notre misère sera toujours fondue dans son cœur, anéantie par son cœur aimant.

            Alors me vient une autre raison pour justifier cette parole de Jésus sur le pardon au soir de Pâques. Elle concerne l’ensemble des Apôtres. En leur demandant de remettre les péchés aux hommes, il leur fait comprendre qu’ils sont les premiers pardonnés par Dieu, pardonnés de leur lâcheté, de leur abandon, de leur reniement, et si Judas n’était pas allé se pendre, il aurait été pardonné de sa trahison. Parce que nul ne peut remettre les péchés à quelqu’un, s’il n’a pas d’abord fait, dans sa chair, l’expérience d’avoir été pardonné totalement. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est le pardon avant d’avoir compris ce que c’est d’avoir été pardonné par Dieu pour notre propre péché. C’est une expérience à vivre intimement avant de pouvoir donner le pardon à quelqu’un. Seul celui qui est sans péché, c'est-à-dire Jésus, peut remettre les péchés abondamment. Pour notre part, nous devons d’abord avoir éprouvé notre faiblesse, notre condition de pécheur et la grâce de la miséricorde absolue de Dieu à notre égard, pur pouvoir espérer être capable de pardonner maladroitement. Tout prêtre doit particulièrement s’en souvenir quand il entend des confessions, pour exercer le pardon non pas à sa mesure d’homme, mais bien in persona Christi capitis, en français en la personne du Christ Tête de son Eglise. C’est bien le pardon de Dieu qu’il donne et non le sien ; il ne peut donc pas être avare dans sa manière de le donner, puisque Dieu n’est pas avare de pardon. Le prêtre ne pardonne pas parce qu’il serait lui-même sans péché, mais parce que le Christ qui est sans péché agit en lui et à travers lui, et que le prêtre est lui-aussi pardonné par Jésus, complètement.

            Enfin, je comprends mieux la présence de cette parole au soir de Pâques, en me rappelant que le sacrement qui nous fait tous participer à la mort et à la résurrection de Jésus, c’est le sacrement du baptême, donné… pour le pardon des péchés. Le baptême est le premier sacrement du pardon pour celui qui le reçoit. C’est l’affirmation que beaucoup de chrétiens ont du mal à comprendre quand il s’agit du baptême d’un nouveau-né, qui ne connaît encore rien du bien et du mal. C’est l’affirmation qui, pour moi, donne le plus de force au baptême des bébés. Nous leur rappelons qu’ils sont humains comme nous, dès leur premier jour sur terre ; puisqu’ils sont humains, ils ont en eux la capacité à faire le bien et la capacité à faire le mal. Les baptiser, c’est leur donner l’Esprit Saint, qui nous permet de lutter en nous contre le fameux péché des origines, ce péché qui a entraîné la chute de nos premiers parents, et qui leur faisait croire qu’ils pouvaient être leur propre Dieu. Puisque notre baptême est notre Pâques, notre passage de la mort à la vie à suite de Jésus mort et ressuscité, il fallait que Jésus prononce cette parole sur la rémission des péchés au soir de Pâques pour que nous l’entendions mystérieusement quand l’eau coulerait sur nous, nous lavant déjà de ce premier péché inhérent à notre condition humaine. Dès le premier jour de notre vie chrétienne, Dieu nous dit ainsi sa miséricorde infinie qui nous fait vivre dans le souffle de son Esprit. Voyez comme Dieu est bon, lui qui a tout prévu pour nous faire comprendre son cœur miséricordieux.

            En ce dimanche de la Divine Miséricorde, remercions Dieu de nous aimer ainsi, et demandons-lui la grâce de toujours savoir confier notre misère à son cœur aimant. Ainsi nous ressentirons les effets de sa miséricorde et nous pourrons être d’authentiques acteurs de réconciliation et de paix. Puisque Dieu est miséricordieux, nous pourrons sans honte et sans crainte noyer en lui notre misère ; son cœur fera le reste. Amen.

 

dimanche 5 avril 2026

Jour de Pâques - 5 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se montre plus fort que la mort.





(Arcabas, Les femmes au tombeau)




 

            Vendredi, devant la tombe scellée d’une lourde pierre, nous pensions l’histoire terminée. Jésus était mort en croix, les disciples dispersés ; il ne restait rien de la communauté qui l’avait suivi ; il ne restait rien de l’espérance des hommes qui avaient vu en lui le Sauveur, le Messie tant attendu ! Et voici qu’au cœur de notre nuit a jailli un cri de joyeuse espérance : Soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Cette nouvelle, partagé par l’ange du Seigneur à quelques femmes, est-elle crédible ?

            L’évangile de Jean que nous venons d’entendre nous montre bien que cette réalité nouvelle, inaugurée par l’acte tout aussi nouveau de la résurrection de Jésus, ne va pas de soi. Jésus a beau avoir annoncé par trois fois à ses disciples qu’il allait être livré à ses adversaires, mourir et ressusciter le troisième jour, cela ne fait pas une évidence pour ses disciples. Marie Madeleine est persuadé que quelqu’un a enlevé le Seigneur de son tombeau. Pierre, qui va vérifier avec Jean les dires de la femme, ne comprend rien aux signes qu’il voit : les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, roulé à part à sa place, cela ne lui parle pas ; cela ne provoque aucun retour en arrière sur les annonces de la Passion et de la Résurrection, ni même un : mais c’est bien sûr… Stupeur sans doute, incompréhension assurément ! Il n’y a que le plus jeune, Jean, l’autre disciple, pour voir et croire. La résurrection, c’est tellement neuf, que c’est incroyable ! Vous pourrez faire l’exercice chez vous, et relire tous les récits d’apparition du Ressuscité dans les quatre évangiles, et vous constaterez le temps qu’il a fallu pour que les disciples intègrent cette nouveauté. Paul l’expliquera à sa manière : un Messie crucifié, c’est un scandale pour les Juifs, une folie pour les païens !

             Et pourtant, nous sommes là ce matin, à chanter et célébrer cette résurrection. Qu’est-ce qui a changé ? Sommes-nous plus faciles à convaincre que les Apôtres eux-mêmes ? Est-ce une question d’habitude ? Vous savez, depuis le temps qu’on en parle, ça doit être vrai ! La bonne vieille méthode Coué aurait-elle frappée une fois de plus ? Non, ce qui change, c’est l’expérience faite par les Apôtres. Il leur a fallu un peu de temps pour comprendre que Jésus disait vrai de son vivant quand il annonçait sa mort et sa résurrection. Il a fallu le témoignage de ces mêmes Apôtres qui ont vu leur vie changer dès lors qu’ils avaient reconnu l’impensable. Il a fallu ce feu brûlant les cœurs des disciples d’Emmaüs à l’écoute de Jésus lui-même sur la route et le signe du pain rompu. Il a fallu cette Eglise partie de rien, souvent persécutée, mais toujours présente au monde des hommes, pour que nous nous fassions à l’idée de la vie plus forte que la mort. Et tant d’expériences à travers le temps et l’Histoire de l’humanité pour nous dire que tout cela ne peut pas juste être une invention humaine, une belle histoire pour enfants sages. Si le Christ n’est pas ressuscité, comment expliquer qu’en 2026, alors que l’Eglise a connu tant de crises, elle soit toujours là, bien vivante, accueillant chaque nuit pascale plus de catéchumènes que l’année précédente ? Si le Christ n’est pas ressuscité, comment expliquer qu’à travers le monde entier, des hommes et des femmes se convertissent, croient et prient Dieu par Jésus, mort et ressuscité ? Si le Christ n’est pas ressuscité, qu’est-ce qui fonde notre espérance en une vie plus forte que la mort ?

             Cet événement de la résurrection de Jésus d’entre les morts, c’est la parole la plus forte de Dieu après le procès de Jésus. Nous nous étonnions de son silence vendredi ! En cette nuit, Dieu a parlé ; il a rendu justice à l’Innocent torturé et exécuté. Il a rendu la vie à celui à qui les hommes l’avaient ôtée. Il vient nous redire ainsi que la vie n’appartient qu’à lui, Dieu, et que nul ne peut dérober la vie à quiconque. Dieu, depuis les origines, est le Dieu de la Vie, le Dieu qui veut la vie pour l’homme. D’où les alliances successives dont les textes du Premier Testament sont remplis. La parole la plus forte de Dieu à l’homme qui avait introduit la désobéissance et la mort, c’est son Fils obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. La parole la plus forte de Dieu à l’homme qui détruit la création, c’est ce Fils obéissant que recrée tout en affrontant la mort sur son propre terrain. La parole la plus forte de Dieu à l’homme rempli de haine, c’est ce Fils qui prêche l’amour en se donnant jusque sur la croix. Quand Dieu nous dit son amour, il se montre plus fort que la mort. C’est bien parce qu’il nous aime et qu’il veut notre vie, qu’il a accepté la mort de son Fils et qu’il l’a ressuscité. Ce faisant, il nous ouvre à tous les portes de la vie et de l’espérance. Désormais, la mort est morte, en ce sens qu’elle n’est plus le dernier mot de l’histoire des hommes. La vie qui est en Dieu de toute éternité et pour toute éternité est désormais à notre portée.

Par le baptême, par une vie donnée à ceux qui sont placés sur notre route, nous sommes témoins de la puissance de la vie sur la mort. Chaque acte bon, chaque geste de paix, chaque colère brisée, chaque moment de haine qui laisse la place à une fraternité retrouvée, chaque attention aux plus pauvres, chaque main tendue, chaque parole d’espérance : autant de signes que la vie gagne sur la mort, toujours, et que l’œuvre du Christ, mort et ressuscité, continue de faire vivre les hommes et les femmes de notre temps ; autant de signes que Christ est bien vivant, agissant en nous et à travers nous comme il avait jadis agit quand il était au milieu de ses disciples. Oui, Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! Que ce cri de Pâques ne manque jamais à nos lèvres ; qu’il nous pousse à promouvoir la vie et la fraternité véritable. Amen.

vendredi 3 avril 2026

Vendredi Saint - 3 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.







 

            Depuis le dimanche des Rameaux, nous accompagnons Jésus à Jérusalem. Nous avons vécu avec lui son dernier repas pendant lequel il nous a dit l’amour de Dieu pour nous à travers deux signes : celui du pain et du vin partagés et celui du lavement des pieds. Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert. Peut-être avons-nous même veillé une partie de la nuit avec lui. Nous voici, toujours avec lui, pour vivre l’impensable : l’arrestation, le procès et la mort de l’Innocent. Pourquoi ? Parce qu’il nous aime ! Oui, quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.

            Lorsque nous perdons un proche, nous prenons le temps de relire sa vie, nous nous remémorons les bons moments, nous oublions les moins bons. Quand la mort frappe à la porte, souvent tout est pardonné. En relisant la vie de Jésus, force est de constater qu’il n’y a rien à pardonner ; toute sa vie ne fut qu’amour, miséricorde, don, pardon. Rien ne laissait présager qu’il puisse un jour être arrêté, jugé et condamné à mort. La lecture de la Passion selon Jean démontre bien l’inconsistance des accusations. Lorsqu’un des serviteurs du grand-prêtre Hanne le gifle, Jésus interroge : Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Sa question reste sans réponse et par dépit, on l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Et de chez Caïphe au Prétoire, devant Pilate, le seul qui puisse prononcer la peine de mort. Jusque-là, aucun motif de condamnation n’a été trouvé. Quand Pilate les interroge, la seule raison invoquée pour la comparution de Jésus est : S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. Mais aucune démonstration de culpabilité. Pilate lui-même en conviendra : Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Alors pourquoi est-il condamné quand même ? Pourquoi le scandale de la croix ?

            La réponse nous a été donné par le prophète Isaïe. Nous pouvons relire son livre à la lumière du mystère de Pâques et comprendre que ce qu’il annonce, c’est Jésus qui le vit, qui l’incarne. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous… il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. En clair, c’est à cause nous, à cause de toi, à cause de moi que Jésus est mort en croix. Ce mystère de l’amour donné librement, gratuitement c’est à cause de nous ; c’est pour nous, pour notre salut. Parce que nous ne vivons pas toujours de l’Alliance que Dieu nous propose, parce que le péché, tapi dans notre vie, surgit et détruit, parce que notre amour est inconsistant, Dieu fait preuve de bonté, de grâce, de miséricorde et d’amour pour sauver notre vie et notre avenir. A nous qui avons si souvent rompu son Alliance, il montre la voie de la fidélité ; à nous qui nous laissons envahir par la haine, il montre le chemin de l’amour ; à nous qui succombons si souvent à la rancune, il montre le chemin du pardon. Dieu accepte le sacrifice de son Fils unique pour que toute sa création puisse être sauvée. Par le passé, au temps de Noé, Dieu avait refait sa création après avoir lavé la terre par les grandes eaux du déluge. Il s’était engagé à ne jamais recommencer. Pour sauver l’homme, il fallait à Dieu affronter la mort et la vaincre définitivement. C’est le sacrifice de Jésus sur la croix qui va réaliser cette grande œuvre de Dieu. Puisque l’humanité est incapable de se sauver, il a accepté que son Fils affronte la mort et le péché. Au pied de la croix, nous pouvons légitimement penser que c’est là un échec. Jésus, l’Innocent, est mort. Les hommes ont parlé, la foule a crié : Crucifie-le ! Crucifie-le ! Et Dieu s’est tu !

Le silence assourdissant de Dieu marque encore chaque année notre liturgie du Vendredi Saint. Il est le silence de la sidération, le silence de ceux et celles qui ne comprennent plus et à qui il manque les mots de la révolte. Il nous faut accepter ce silence de Dieu ; il nous faut partager ce silence si nous croyons avec Pilate qu’il fallait relâcher Jésus ; il nous faut accepter ce silence et attendre la parole que Dieu prononcera définitivement. Nous avons tué son Fils ; restera-t-il sans répondre ? Nous avons tué son Fils ; refusera-t-il la vengeance ? Ce silence est notre seul espoir. Peut-être que le choix des soldats de ne pas profaner davantage ce corps meurtri en lui brisant les jambes, nous vaudra un sursis. Peut-être que l’attitude de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui vont l’ensevelir dignement, selon la coutume juive, nous vaudra-t-il le début d’un pardon. Pour l’heure, nous n’en savons rien. Entrons dans ce silence de Dieu et comptons sur sa miséricorde. Qui sait ? Peut-être quelque chose de neuf adviendra-t-il de ce scandale. Amen.

jeudi 2 avril 2026

Jeudi Saint - 2 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert !





(Le lavement des pieds, Oeuvre de Soeur Mercédès, 2006, Abbaye Notre-Dame des Neiges)


 



 

            Le Triduum pascal qui s’ouvre ce soir est l’occasion pour nous de mesurer l’immense amour de Dieu pour nous ; chacun de nous peut dire, l’immense amour de Dieu pour moi. C’est le cœur de la foi chrétienne que nous célébrons ; c’est le cœur de la foi qui rejoint chacun là où il en est de sa vie. Je voudrais inviter chacun à vivre ces jours saints comme le concernant personnellement, et non seulement comme un souvenir du passé, de ce que Dieu, en Jésus, a fait jadis pour l’humanité, mais bien de ce que Dieu réalise encore pour lui, aujourd’hui, ici et maintenant. Et interrogeons-nous chacun : que fait Dieu aujourd’hui pour me dire son immense amour pour moi ? La célébration de la messe en mémoire de la Cène du Seigneur nous dit deux choses que le Christ réalise toujours et encore pour chacun : il s’offre et nous sert.

            Oui, le Christ s’offre à nous, totalement, intégralement, dans son Corps livré et dans son Sang versé. C’est certainement ce qu’il fait de plus fort pour nous. En s’offrant à nous, il se rend authentiquement présent à notre vie. Un peu de pain, un peu de vin suffisent, et par les mains d’un prêtre, le Christ est là ! C’est l’éternel miracle de l’Eucharistie qui rassemble et construit la communauté croyante. Chaque dimanche, que dis-je ? chaque jour, je peux rencontrer le Christ qui s’offre à moi dans un bout de pain et un peu de vin consacrés. Trois fois rien pour une Alliance vivante, éternelle, scellée avec moi, avec chacun qui reconnaissent ainsi la présence du Ressuscité, selon ce qu’il a lui-même dit et institué. Paul s’en est fait l’écho dans la deuxième lecture : La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang du Christ, donné, livré pour nous, pour chacun. C’est le plus grand mystère de notre foi qui nous dit une chose importante au-delà de ce signe. Il nous dit que, puisque le Christ se donne en partage, nous devons à notre tour apprendre le partage ; le partage de nos biens, mais aussi le partage de notre vie. Comment rester indifférent à l’autre qui croise ma vie alors que le Christ ne cesse de se donner à moi dans l’Eucharistie partagée ? Comment puis-je demander au Christ de se donner à moi si, en retour, je n’accepte pas de me donner aux autres, à tout autre qui croise ma vie ? L’immense amour de Dieu qui se manifeste dans ce don total du Christ, se propage par moi à tous les hommes de bonne volonté, quand je partage un peu de mon bien, un peu de ma vie, un peu de l’amour dont Dieu m’aime. Je viens communier pour puiser là la force d’être un authentique disciple du Christ qui s’offre au monde, et non pas pour garder Jésus pour moi tout seul, dans le secret de mon cœur.

            Le Christ s’offre à nous dans l’Eucharistie, et il s’offre pour mieux nous servir. L’autre geste de Jésus, c’est ce lavement des pieds dont parle l’évangile de Jean. Le geste d’un esclave envers son maître et envers les invités de son maître, pour chasser la poussière et la fatigue du chemin. Avec le partage, le service devient l’autre grand marqueur du croyant, le grand marqueur du disciple véritable. Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Vous avez bien entendu : vous devez et non pas vous pouvez, ou ce serait bien que vous le fassiez vous aussi. Non, vous devez. Cela ne souffre aucune discussion et ne supporte la recherche d’aucune échappatoire. Quelqu’un qui ne sert pas, n’a pas totalement compris encore l’enseignement du Christ dont la propre vie est l’illustration et la mise en œuvre. Jésus nous dit par toute sa vie : Tu veux être le premier ? Sers ! Tu veux être le plus grand ? Sers ! Tu veux être mon frère ? Sers ! Tu veux faire la volonté de mon Père ? Sers ! Le seul pouvoir qui existe dans l’Eglise, c’est le pouvoir du service permanent. Jésus avait déjà averti ses disciples quand il leur disait : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées (Lc 12, 35). Ce soir, en prenant la place du serviteur, la condition de serviteur, le Christ élève le service au rang de la chose la plus noble, la plus grande que nous puissions jamais faire. De ce Maître incomparable, apprenons cet art qui consiste à servir. Et plus nous estimons notre place élevée dans ce monde, plus nous devons nous mettre en tenue de service. Plus grand est notre pouvoir, plus grand est notre devoir de servir pour ne jamais être tenté d’écraser l’autre, pour ne jamais être tenté d’humilier l’autre, pour ne jamais être tenté par l’orgueil de croire que ce sont les autres qui me doivent service et obéissance.

S’offrir et servir : voilà ce que l’amour de Dieu fait pour nous, pour chacun. Nous offrir et servir à notre tour, voilà ce que l’amour de Dieu nous propose comme chemin pour que notre monde devienne plus humain. Quand Dieu se fait homme pour s’offrir et servir les hommes, il nous indique la voie de notre sainteté : nous offrir et servir comme lui, avec la même passion et le même désir de conduire tous les hommes au Royaume où Dieu nous attend. Que le Christ offert et reçu en cette Eucharistie libère en nous la force du service de Dieu et des frères et sœurs qu’il place sur notre route. Amen. 


samedi 28 mars 2026

Dimanche des Rameaux et de la Passion - 29 mars 2026

 Vivre la Semaine Sainte.



(Arcabas, Jésus entre à Jérusalem)




 


            Nous arrivons, avec ce dimanche des Rameaux au bout de notre chemin vers Pâques. Une ultime semaine, appelée Semaine Sainte, nous sépare de Pâques ; elle est la semaine qui nous fait revivre chaque année le cœur de notre foi. Elle est la semaine de toutes les semaines : semaine de toutes les confusions, semaine de tous les dangers, semaine de toutes les surprises, semaine des plus grands signes de Jésus, semaine de tous les accomplissements. Comme le souligne Matthieu dans l’évangile de ce dimanche : Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le(s) prophète(s).

            Il y a une chose qui peut surprendre le lecteur attentif des évangiles. C’est le fait que Jésus, qui a souvent recommandé à ses disciples de se taire et d’être discrets au sujet de ce qu’ils ont vu, laisse soudain tout faire, comme si cela n’avait plus d’importance que la foule se trompe ou se méprenne sur lui. Il ne la corrige pas plus aujourd’hui quand elle l’acclame comme celui qui vient au nom du Seigneur, imaginant déjà pour un grand nombre la fin de l’occupation romaine, qu’il ne le fera le Vendredi Saint lorsqu’elle réclamera sa mort en vociférant : Crucifie-le ! le réduisant au rang d’un malfaiteur. La seule chose qui semble compter pour lui, c’est que rien ne le détourne de sa mission ultime, sauver le genre humain, même si cela se fera au prix de sa propre vie.

            Ce dimanche a ceci de particulier qu’il réunit en une célébration ce que certains appelleraient l’heure de gloire de Jésus, quand la foule, ivre de joie, l’acclame, et la première lecture de la Passion de Jésus, réduisant à néant la joie qui fut nôtre au début de notre rassemblement. Le titre exact de ce jour est Dimanche des Rameaux et de la Passion. La grande confusion de la foule ne doit pas devenir notre propre confusion. Avec le recul du temps, nous avons la vue complète sur l’histoire qui commence aujourd’hui et qui s’achèvera dans la nuit de Pâques. Nous avons raison, plus que la foule, d’acclamer Jésus comme  fils de David, parce que nous savons déjà ce qu’elle ignore encore, à savoir la manière dont Jésus va manifester cette royauté. Mais ne considérons pas cela comme un avantage. En effet, connaître la fin réelle de l’histoire peut nous empêcher d’y entrer vraiment et de nous précipiter déjà vers la fin, en romantisant ce qui va se passer entre l’acclamation des Rameaux et la reconnaissance du Ressuscité. Le dernier repas de Jésus, le reniement de Pierre, la trahison de Judas, le procès de Jésus et sa mort en croix ne sont pas des détails de l’Histoire. Ils sont les passages obligés pour que s’accomplissent les Ecritures. Ils rendent le chemin que Jésus doit parcourir terrible et difficile. Plus que jamais, il va assumer son humanité jusque dans ce qu’elle a de plus terrible ; plus que jamais, il va devoir assumer aussi sa divinité et la manière précise par laquelle il va sauver notre humanité. Et ne croyons pas que, parce qu’il est Dieu, cela était facile pour lui. La Semaine Sainte n’est une partie de plaisir pour personne : ni pour Jésus, ni pour ses disciples dont nous sommes. Notre joie du matin de Pâques ne sera réelle et forte que si nous vivons d’abord, avec Marie et les disciples, la détresse réelle de contempler Jésus, mort en croix.

            Au cours de cette semaine, ne suivons donc pas Jésus de loin, détachés de tout ce qui lui arrive. Vivons-la au contraire  au côté Judas qui l’avait livré et fut pris de remords ; vivons-la au côté de ses disciples qui l’abandonnèrent et s’enfuirent ; vivons-la au côté de Pierre qui a pris peur et a renié Jésus ; vivons-la au côté de Barrabas qui doit sa libération à la condamnation de Jésus ; vivons-la au côté de Pilate qui n’a pas le courage de la vérité ;  vivons-là aux côtés de Simon de Cyrène qui a porté la croix de Jésus ; vivons-la au côté du centurion et ceux qui, avec lui gardaient Jésus et dirent : Vraiment celui-ci était Fils de Dieu ! vivons-la au côté de Marie sa Mère qui connaît la douleur de perdre son fils ; vivons-la au côté de Joseph d’Arimathie qui a demandé le corps de Jésus et l’a déposé dans un tombeau neuf. Vivons-la avec toutes les émotions dont notre humanité est capable, les pires comme les meilleures. Prenons la pleine mesure de ces événements et nous prendrons la pleine mesure de l’amour dont Dieu nous aime. Amen.

samedi 21 mars 2026

5ème dimanche du Carême A - 22 mars 2026

 Répétition générale ?




(Icône russe, La résurrection de Lazare)


 

            Vous avez le droit d’être légitimement choqué par l’attitude de Jésus qui, à l’annonce de la maladie de Lazare, non seulement ne se précipite pas à son chevet, mais semble faire exprès de prolonger son séjour de deux jours et d’attendre l’annonce de la mort de son ami ; et qui plus est, se réjouit de n’avoir pas été là. Mais passé le choc, il vous faut entendre la raison invoquée par Jésus lui-même : à cause de vous, pour que vous croyiez. C’est donc à cause de nous qu’il a tardé, à cause de notre manque de foi, ou pour le dire plus positivement, pour renforcer notre foi. Se pose alors la question suivante : pourquoi, en vue de quoi, Jésus doit-il renforcer la foi de ses disciples, et donc notre foi ?


            
La principale raison vient de l’incompréhension par les disciples du discours que leur tient Jésus. Jean s’en fait l’écho quand il rapporte les paroles de Jésus : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Les disciples ne comprennent pas plus les métaphores de Jésus que ses paraboles. Plusieurs fois, Jésus a dû les expliquer. Pour cette métaphore du sommeil, il devra être plus clair. Mais même quand il l’est, ils ne comprennent pas bien. Jésus leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Il est sympa, Thomas, mais il oublie un détail : la mort n’est pas romantique, ce n’est pas un acte joyeux par nature. Cette incompréhension du discours de Jésus peut vite se transformer en incompréhension de sa mission et de sa vie. Les événements que nous célèbrerons durant la Semaine Sainte qui approche, en témoignent largement. Ne comprenant pas Jésus, ne comprenant pas ses discours ou le sens de sa vie et de sa mission, les disciples peuvent avoir une foi trop fragile, trop superficielle, et se montrer incapables d’affronter les événements à venir, Jésus marchant désormais résolument vers Jérusalem, vers sa propre mort. Alors oui, peut-être fallait-il que Lazare meure juste avant ses événements pour que leur foi en soit plus profonde. Et la nôtre par la même occasion.

            Vue sous cet angle particulier, la mort de Lazare, tout en restant un moment douloureux pour ses sœurs et ses amis, dont Jésus lui-même, peut sembler comme une grande répétition, ou à tout le moins comme un message clair au sujet de ce qui va arriver à Jésus quand il sera cloué en croix et mis au tombeau. En rendant Lazare à la vie et à ses sœurs, Jésus ne vient pas rendre la mort romantique, ou facile à vivre. Il vient affirmer qui il est, d’où il vient. C’est le prophète Ezéchiel qui avait pourtant averti son peuple, jadis, quand il rapportait la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. Les morts qui ressuscitent, c’est le signe par excellence de la venue du Seigneur au milieu de son peuple. Avec la résurrection de Lazare, les disciples ne sont pas invités à croire que la mort, ce n’est rien, qu’elle ne doit pas nous affecter ; Jésus lui-même se mit à pleurer en se rendant au tombeau de son ami. Jésus ne demande pas aux siens, à nous, d’être inhumains devant la mort ; il nous invite à voir au-delà de la mort, à comprendre que la mort n’est plus le dernier mot de la vie des hommes. Et voir plus loin que la mort demande un acte de foi. Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. Saint Irénée de Lyon, au IIIème siècle dira : La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. C’est cette compréhension qui manque encore aux disciples de Jésus et que la mort de Lazare doit leur enseigner. Dieu ne se réjouit pas de la mort des hommes ; il envoie son Fils Jésus pour les libérer de la mort, et Jésus réalise cela par le don de sa propre vie sur la croix, c'est-à-dire par l’acceptation de sa propre mort. La mort et la réanimation de Lazare doivent apprendre aux disciples à « gérer » la mort de Jésus, à voir plus loin que la croix, à voir plus loin que le scandale de la mort de l’Innocent. Jésus est venu délier l’homme des bandelettes qui le retiennent dans la mort. Il est venu vaincre la mort, une fois pour toutes. Beaucoup de Juifs ne s’y sont pas trompés : ils crurent en lui.

            A la question de savoir si les disciples ont compris l’enseignement de Jésus, ne répondons pas trop vite pour nous. La théologie de salon est facile. Mais c’est devant le cercueil tout juste fermé d’un être aimé qu’il nous faut être capable de croire encore. C’est devant la tombe fraichement refermée sur un cher disparu qu’il faut être capable de dire comme Marthe : Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. C’est quand la mort nous touche de très près que notre foi doit se montrer forte pour nous aider à surmonter l’épreuve du deuil. La foi ne rend pas le deuil facile ; elle permet de l’appréhender et de voir plus loin. Remercions Lazare et Jésus de cette répétition grandeur nature, et prions Dieu de faire grandir encore notre foi en Jésus, vainqueur de la mort. Nous en aurons besoin au pied de la croix. Nous en aurons besoin quand la mort frappera à notre porte. Amen.