La foi, un art de vivre pour tous les jours.
Comment ne pas penser immédiatement
au prophète Isaïe quand Jésus dit à ses disciples qu’ils sont la lumière du
monde ? Le rapprochement que fait la liturgie de ce dimanche est
totalement juste. N’oublions pas qu’en juif croyant, Jésus connaît le texte du
prophète, il n’y a pas à en douter, et s’inscrit pleinement dans son héritage. Il
reprend ainsi une veine très ancienne de l’enseignement biblique : la foi,
si elle est affirmation d’une relation à Dieu, est aussi un art de vivre qui
nous tourne vers les hommes et les femmes de notre temps que Dieu met sur notre
route.
Nous savons depuis longtemps, en fait depuis que Dieu a choisi de sauver son peuple d’Egypte, qu’il avait fait de celui-ci son peuple particulier. Un peuple choisi, non parce qu’il serait le préféré de Dieu, mais pour qu’il soit, par sa vie, le guide pour conduire les autres nations à la connaissance du vrai Dieu. En voyant Israël vivre avec Dieu, cela devait donner envie de faire de même. Il faut bien entendre ce que Jésus dit à ses disciples : Vous êtes la lumière du monde… On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. La tournure on n’allume pas une lampe laisse bien entendre que cette position de peuple particulier n’est pas auto-attribuée, mais bien une vocation, un appel de Dieu. Il est celui qui allume la lampe qu’est le peuple libéré d’Egypte, pour qu’il soit un signe, pour qu’il éclaire tous les peuples par sa Loi et par sa vie avec celui qui l’a appelé. Outre le prophète Isaïe, le psalmiste souligne lui-aussi cette vocation au bien universel qui passe par le bien fait et vécu dans un peuple, celui que Dieu a choisi. Alors quel est cet art de vivre ?
Il est caractérisé par une attention à tous, et particulièrement aux petits : L’homme de bien a pitié, il partage… à pleines mains, il donne aux pauvres, pour ne citer en exemple que le psaume 111 par lequel nous avons répondu à la Parole de Dieu en ce dimanche. Le prophète Isaïe, quant à lui, est plus précis : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable… Voilà pour des actes à visée particulière parce qu’il nous oblige envers ceux qui ont moins de chance que nous. Mais il cite aussi des attitudes plus générales, qui ne visent pas un groupe particulier, mais une attitude plus profondément ancrée en celui qui se dit ami de Dieu. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, voilà des attitudes qui ne visent pas à soulager certaines personnes mais bien à éradiquer le mal à la racine. Il s’agit bien de libérer notre cœur de toute trace du mal, non seulement le mal que l’on fait, mais aussi le mal que l’on profère et que l’on impose aux autres. L’art de vivre que promeut le prophète nous rapproche alors de la manière de vivre de l’homme avec Dieu qui existait jadis, au jardin d’Eden, à savoir un monde d’où le mal était absent, parce qu’il était entièrement tel que Dieu l’avait voulu et réalisé pour l’homme.
Nous pouvons relire les récits de la Genèse, et les méditer. Mais ne le faisons pas pour dire que c’était mieux avant, mais bien pour y puiser la volonté de vivre, dès ici-bas et maintenant, tel que Dieu attendait que nous vivions pour toujours avec lui, avant la désobéissance de nos premiers parents. Ne soyons pas seulement convaincus qu’un monde sans mal, c’est bien, c’est mieux ; mais construisons ce monde, refusons toute forme de mal, d’envie, de jalousie. Engageons-nous, dans notre quotidien, à construire par de petits gestes personnels, un monde d’où le mal est exclu, un monde qui serait baigné par la lumière du Ressuscité, qui à travers nous, rejaillirait sur le monde. Un monde nouveau est possible ; il suffit d’y travailler, chacun à notre échelle. C’est par les petits pas faits par chacun que la lumière du Christ brillera sur le monde, parce que la lumière qu’il a déposée dans le cœur de chaque croyant resplendira pour tous.
Et nous comprenons que la foi ainsi vécue devient à nouveau intéressante pour celles et ceux qui ont soif d’un monde qui permette à tous de vivre, d’être respecté et reconnu à sa juste valeur. Cet art de vivre est accessible à tous, quelle que soit sa religion d’origine, parce que la paix, l’entraide, le respect, le refus du mal ne sont réservés à aucune religion en particulier, mais devraient être justement ce qui les rapproche et leur permet de vivre ensemble sur une même terre, au service du bien de tous. Puisse notre eucharistie nous donner le goût d’agir, pour ce qui dépend de nous, sans attendre que les puissants s’y mettent pour ce qui dépend d’eux. Les petits pas individuels ont quelquefois plus d’impact que les grandes théories et les grands traités. Nous pouvons décider chacun, que le mal ne passera plus par nous ; nous pouvons décider chacun, que le bien sera notre quotidien. Que Dieu nous aide à vivre ainsi notre foi au service du bien de tous. Amen.
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