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samedi 18 avril 2026

3ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se révèle à nous dans sa Parole et le Pain partagé.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)





 

             Nous avions eu quelques indices, au long de la Semaine Sainte. Les signes étaient puissants au soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas. Un lavement des pieds et surtout des paroles mystérieuses sur le pain et le vin, des gestes à refaire en mémoire de lui. Mais voilà, le Vendredi Saint a suivi, avec la mort ignominieuse, et nous avons tout oublié. Notre chagrin, notre révolte, ont comme gommé ses gestes ; ils ont bloqué dans notre mémoire les paroles de ses trois années d’enseignement. Il ne nous restait que nos yeux pour pleurer et une espérance détruite. C’est l’expérience faite par ces disciples qui rentrent chez eux à Emmaüs jusqu’à ce que…

            Jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par un inconnu qui les interroge. De quoi discutez-vous tout en marchant ? S’ils pensaient être discrets, les deux disciples sont pris en défaut. Leur peine est si grande qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’on pouvait les entendre. A moins que leur peine ait été si évidente, qu’elle interpelait celui qui les a rattrapés sur la route.  De quoi discutiez-vous, Cléophas, sur cette route entre Jérusalem et Emmaüs ? La question leur semble à tous deux surprenante. Enfin cet homme fait la même route qu’eux ; il vient de Jérusalem, comme eux ! Comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Certes, il n’y avait ni gazette, ni journal à scandale, ni réseaux sociaux ; mais quand même ! L’affaire avait fait grand bruit ! A moins qu’il ait dormi toute la semaine, il a dû en entendre parler ! Forcément ! Mais l’étranger insiste : Quels événements ? Et les voici obligés de raconter à un autre, à quelqu’un qu’ils pensent extérieur à leur groupe, tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ils ont raconté comment il est mort, sans doute aussi comment, avant cela, il avait transformé leur vie au point qu’ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais tout est fini, leurs espérances les plus folles sont déçues et anéanties. Il ne leur reste que les affirmations de quelques femmes de leur groupe qui sont venues dire qu’il est vivant. Mais rien, jusqu’à présent, ne confirme cela ; des hommes sont allés vérifier, ils n’ont rien vu.

            C’est une expérience qui nous est peut-être commune : avoir tellement cru en quelqu’un pour finir anéanti, sans illusion, comme trahis par les événements. Cela arrive dans les relations humaines, et quand cela arrive, cela nous ronge de l’intérieur, parce que nous ne comprenons plus, ou nous ne voulons pas comprendre. La douleur est trop forte ; l’incompréhension ne nous permet plus de réfléchir sereinement. Ils en sont là, ces deux disciples, et tous les autres sans doute aussi. Ils ont oublié non pas que Jésus est mort ; cela ils ne l’oublieront jamais ! Non, ils ont oublié tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont oublié tous les gestes que Jésus avait posés, tout au long de son ministère et durant leur dernier repas avec eux. La vision du Crucifié est trop prégnante, elle envahit tout, elle saccage tout. Avec sa mort, il ne reste rien que la douleur et le désespoir ! Nous sommes encore loin du magnifique discours de Pierre au jour de la Pentecôte quand il relit pour les Juifs et tous ceux qui résident à Jérusalem l'histoire de Jésus. D’ailleurs en serait-il capable sans ce qui se joue là, sur la route vers Emmaüs ? Cet étranger qui s’est approché, cet étranger qui semblait ignorant des événements qui ont eu lieu à Jérusalem, cet étranger se montre particulièrement versé dans la connaissance des Ecritures. Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait Jésus de Nazareth.

            C’est ce même chemin que nous avait fait vivre la grande nuit pascale. Mais l’avions-nous compris alors ? Avions-nous compris que c’est Jésus lui-même qui venait nous expliquer la même chose ? Comprenons-nous vraiment que c’est Jésus qui, en chaque eucharistie, vient nous redire la parole de Dieu et nous la faire comprendre ? Nous ne saurons jamais combien de temps il restait à Jésus avant d’arriver à Emmaüs ; nous ne saurons jamais ce qu’il leur a dit. Mais nous savons, parce que l’Ecriture nous le dit que leur cœur était brûlant en eux, tandis qu’il leur parlait sur la route. Ils en ont témoigné largement au point que Luc le rapporte dans son évangile. Et le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, en porte sans doute la trace, puisqu’il refait une partie de ce chemin pour ses auditeurs, en faisant le lien avec un psaume de David. Quand vous lisez la Bible chez vous, c’est ce même cheminement qui peut se faire en votre cœur. Les textes du Premier Testament vous conduisent aux textes du Nouveau Testament et vous pouvez entendre à votre tour Jésus qui s’est approché et qui ouvre votre cœur à sa vérité.

            Mais l’étranger ne s’arrête pas là. A l’invitation des disciples arrivés à destination, il entre chez eux et bénit la table avec un geste banal : le pain rompu et partagé. Geste mille fois fait et mille fois vu, puisqu’il était commun à tous les Juifs. Mais pour ces deux hommes, ce geste simple renvoie à ce geste de Jésus au soir de son dernier repas. Et là, leur cœur brûlant embrase tout, et ils comprennent, et ils le reconnaissent, mais déjà, il a disparu. Cette expérience aussi nous pouvons la connaître après un deuil, lorsque nous rangeons les souvenirs dans la maison du défunt. Un petit objet peut nous remettre en route, l’espérance chevillée au cœur. Ce n’est souvent pas grand-chose, souvent d’un banal achevé, mais cela nous remet debout, nous remet en vie. La douleur de la séparation s’estompe, un avenir s’ouvre à nouveau. C’est aussi ce que réalise l’eucharistie pour nous. Nous avions déjà la Parole retrouvée et comprise ; nous avons aussi ce geste banal d’un morceau de pain rompu pour nous redire la présence éternelle de Jésus. A qui veut rencontrer Jésus dans sa vie, il ne sera donné que ces deux choses : une parole expliquée, un morceau de pain partagé. Là est Jésus, réellement, totalement, vivant pour toujours. Dans ce sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous dit son amour et se révèle à nous dans sa Parole et dans le Pain partagé. Il n’y a besoin de rien d’autre que ces deux signes, et une communauté qui les célèbre et les reçoit comme signes de la présence de Jésus. L’expérience que font les disciples d’Emmaüs nous la refaisons en chaque eucharistie. Jésus s’approche de nous, quelquefois sous les traits d’un étranger, et se révèle à nous vivant, vainqueur de la mort, vainqueur du péché qui nous plonge encore trop souvent dans les ténèbres. Avec cette Parole expliquée, avec ce Pain partagé, nous avons tout reçu de l’amour du Père, tout ce qu’il nous faut pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et rendre efficace notre charité.

Tout est dit, tout est donné dans une parole reçue, dans un morceau de pain partagé. Que nos eucharisties soient joyeuses parce qu’elles nous font célébrer la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire. Que nos eucharisties rendent nos cœurs brûlants de cet amour de Dieu sans cesse renouvelé et réaffirmé. Avec les disciples d’Emmaüs, puisons dans l’eucharistie la force d’être missionnaire pour aller dire la joie de la résurrection à tous nos frères. Amen.

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