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samedi 12 septembre 2026

24ème dimanche ordinaire A - 13 septembre 2026

 Combien de fois faut-il pardonner ? 





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes A, éd. Les presses d'Ile de France)




 

            Dimanche dernier, les textes bibliques parlaient déjà tous du péché et du pardon. Jésus avait enseigné à ses disciples l’obligation du pardon. Il leur donnait la marche à suivre si du mal nous a été fait. Souvenez-vous : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul… S’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes… Sil refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. L’évangile de ce dimanche est la suite immédiate de cet enseignement de Jésus et on le doit à une question posée par Pierre.

             La question de Pierre est simple, et je suis sûr qu’elle nous a tous traversé l’esprit un jour ou l’autre. Lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Il nous montre qu’il a bien intégré la nécessité de pardonner enseignée par Jésus quelques temps auparavant ; mais il veut une précision supplémentaire que je traduirai volontiers ainsi : à partir de quel moment je me fais avoir par celui qui me fait du mal à répétition, quand bien même je lui ai pardonné. Ou pour dire les choses autrement : le pardon que je dois donner inconditionnellement, n’est-il pas un pousse-au-crime, un encouragement à recommencer si cela dépasse un certain nombre de fois ? Et Pierre de poser une limite : Jusqu’à sept fois ? Limite qui n’est pas un hasard ; le chiffre sept dans la Bible souligne la perfection, la plénitude et l’accomplissement de l’œuvre divine, comme on peut le voir dans le récit de la création : Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite (Gn 2,2). Comme si Pierre demandait à Jésus s’il fallait atteindre cette perfection qui n’est qu’en Dieu, ou s’il pouvait arrêter avant. Aucun être humain n’a envie de se faire avoir ; aucun être humain n’aime se voir tourné en ridicule par celui qui ne partage pas ses standards. Pardonner, pour Pierre, et pour beaucoup d’entre nous, ça a (ou ça devrait avoir) des limites ! Parce qu’en fait, le mal fait devrait avoir des limites. Pour beaucoup de nos contemporains, pardonner est un signe de faiblesse, un refus de poser des limites claires qu’un bon coup de poing aurait l’avantage de poser bien plus clairement !

             La réponse de Jésus alors ne cesse de me surprendre : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Puisque les chiffres et les nombres ont un sens dans la bible, il nous faut comprendre alors d’où Jésus sort ce soixante-dix et ce qu’il peut bien signifier. Il ne peut s’agir d’une simple multiplication mathématique, encore que cela ferait déjà beaucoup puisqu’on arriverait à 490 fois, nombre qui témoignerait déjà d’une grande patience ou qui risque de démontrer justement ce que je disais il y a un instant : une bonne réplique ou un bon coup dans la figure, c’est plus efficace pour faire comprendre qu’il y a des limites à tout. Nous comprenons bien qu’avec Jésus, ce n’est pas aussi simple ! Il faut relire le Psaume 89 (90) pour trouver une explication. Il nous fait prier ainsi : Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Autrement dit, soixante-dix est la durée de vie biblique proverbiale. Le nombre d’années qu’on nous accorde normalement pour accomplir notre mission sur terre (Israël et le secret du nombre 70 - Aish.fr Monde Juif, Découvrir Israël, Page D'accueil, Israel, Yom Haatsmaout). Autant dire qu’il nous faudra pardonner toute notre vie ; c’est juste pour rappeler à ceux qui ont dépassé cet âge vénérable qu’ils n’en sont pas pour autant dispensés de pardonner encore et toujours. Et Jésus de poursuivre avec une parabole, celle du débiteur impitoyable, à qui une énorme dette avait été remise, mais qui s’est trouvé incapable de faire de même pour l’un de ses débiteurs qui ne lui devait qu’une somme ridicule au regard de la dette qu’il venait de se voir effacer. Cent pièces d’argent contre soixante millions de pièces d’argent : son débiteur ne lui devait que  de l’argent de poche alors que lui, sa vie n’aurait pas suffi à tout rembourser. Si je pars sur la base d’une vie accomplie bibliquement, soit 70 ans, et que je divise les soixante millions de pièces d’argent par ce nombre, il devrait trouver 857 142,85 pièces d’argent par année de vie. On s’accordera sur le fait qu’il n’était pas un nouveau-né quand il a contracté cette dette et qu’il avait donc moins de temps pour rembourser, et donc mécaniquement plus de pièces à trouver ! Mettons qu’il ait eu trente ans, il lui restait bibliquement 40 ans à vivre, soit 1,5 millions de pièces d’argent à trouver chaque année. Quand je vous dis que les cent pièces d’argents, c’est de l’argent de poche à côté, vous pouvez me croire ! A l’audition de la parabole, nous sommes tous légitimement révoltés par l’attitude de ce débiteur impitoyable qui envoie en prison quelqu’un qui ne lui devait que de la petite monnaie alors que lui s’était vu remettre une dette énorme, irremboursable comme les chiffres le montrent.

             Vous l’aurez noté au passage : la parabole de Jésus ne parle pas du nombre de fois qu’il nous faut pardonner ; elle nous parle du pardon inlassable du roi – comprenons bien de Dieu – qui ne refuse jamais son pardon à qui le lui demande. Demander pardon, c’est bien ce qu’avait fait l’ingrat quand le roi ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens parce qu’il n’avait pas de quoi rembourser. Prends patience envers moi, disait-il, et je te rembourserai tout.  Le roi s’était laissé prendre, le laissa partir et lui remit sa dette. En clair, pas de rééchelonnement de la dette, mais bien plus rien à rembourser. Mais quand son compagnon a utilisé les mêmes mots envers lui (Prends patience envers moi, et je te rembourserai), il refusa et le fit jeter en prison. La miséricorde dont le roi avait fait preuve envers lui, il n’a pas su, ou n'a pas voulu, en faire bénéficier son compagnon. L’enseignement de Jésus est limpide : refuser de pardonner à ceux qui commettent des fautes contre nous, alors que Dieu nous pardonne inlassablement les fautes que nous commettons contre lui, voilà qui est indigne du pardon reçu et qui ne peut que mettre en colère Dieu lui-même. La réaction du roi de la parabole ne se fait pas attendre quand il a vent de ce scandale : le débiteur impitoyable, il le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. Et Jésus de conclure : C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond de son cœur, comprenons : sans qu’il ne subsiste de rancœur.

Combien de fois faut-il pardonner ? Telle était la question de Pierre. La réponse de Jésus est aussi simple à énoncer que le fût la question de son Apôtre : face à la source inépuisable de miséricorde que Dieu déverse sur nous quand nous le lui demandons, il nous faut transmettre des gouttes de la miséricorde reçue à ceux qui nous le demandent. Toujours ! C’est le prix de notre salut ! Faire modestement pour les autres ce que Dieu fait généreusement pour nous. Il n’y a pas d’autre voie. Amen.

 

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