Les invités ne viennent pas, sérieux ?
Quelles étranges histoires que les deux paraboles que Jésus nous raconte aujourd’hui ! Un roi célèbre les noces de son fils et les invités ne viennent pas ! Un roi donne un grand banquet de noces et remarque que l’un des invités ne s’est pas préparé pour l’événement ! Il est venu aux noces comme il serait allé au McDo, c'est-à-dire comme il est, sans beau vêtement. Difficile à croire, et pourtant ! Pourtant, n’est-ce pas ce que nous faisons lorsque nous ne répondons pas, ou répondons en traînant des pieds à l’invitation que le Seigneur nous fait de participer à son repas ? Car oui, sans vouloir jouer au père la morale, ces paraboles sont pour nous, pour nous avertir de ce qui pourrait arriver si nous ne sommes pas prêts le moment venu.
Ces paraboles, pourtant, ne nous parlent pas de la messe du dimanche et de toutes les bonnes excuses qui n’en sont pas et que nous trouvons quelquefois pour ne pas y aller. Même si je reconnais que chaque dimanche, l’eucharistie est comme une grande répétition de ce repas que Dieu préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, la liturgie de ce dimanche ayant réuni dans un même moment la lecture de la prophétie d’Isaïe et les paraboles de Jésus, il nous faut envisager que ce repas des noces est bien l’ultime repas auquel Dieu invitera toutes les nations à la fin des temps, quand le Christ reviendra dans sa gloire. C’est le repas de l’accomplissement de notre espérance et de notre foi. Car ne l’oublions pas, nous sommes invités, au bout de l’histoire, à rencontrer Dieu face-à-face pour vivre avec lui définitivement. Ce sera assurément un jour de grande joie. Mais nous ne pouvons pas, nous ne devons pas attendre le dernier moment pour nous y préparer ; dès cette vie, il nous faut y penser et y travailler. Le vêtement des noces, c’est ici-bas, dès maintenant, que nous le tissons. Alors certes, nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure auquel tout devra être prêt ; mais ce jour est suffisamment important pour que le moment venu, nous ne nous confondions pas en excuses stupides : il faut que j’aille m’occuper de mon champ ou de mon commerce ! Je ne peux pas, j’ai aqua-poney ! Le repas des noces de l’Agneau ne souffrira d’aucun retard, d’aucune excuse ; c’est le repas d’une vie, le repas de la vie éternelle. Invités, nous ne saurons nous y rendre que toutes affaires cessantes. Si un dimanche ordinaire je peux éventuellement trouver une bonne excuse pour ne pas venir à la messe, sans conséquence autre que mon absence à la communauté, le jour de ce repas-là, il n’en faudra aucune et notre vêtement devra être prêt !
Un indice supplémentaire que le repas des noces est le repas de la fin des temps, c’est l’insertion du meurtre des serviteurs par certains des premiers invités. Quand viendra le temps de ce dernier repas, viendra aussi le temps du dernier combat, celui qui nous fera choisir Dieu ou l’adversaire de Dieu. Il nous faut être conscient que l’adversaire fera tout pour nous gâcher ce repas, pour nous en tenir éloigné. Cette vigilance, comme notre préparation, commence ici et maintenant. Le baptême que nous avons reçu a marqué le premier jour de notre engagement dans ce combat, la profession de foi baptismale le dit très clairement. Elle est composée d’une triple renonciation (renonciation au péché, à ce qui conduit au mal et à Satan qui est l’auteur du péché) à laquelle répond une triple proclamation de la foi (nous croyons en Dieu le Père, en Jésus, le Fils unique qui a livré sa vie pour nous sauver de la mort, et en l’Esprit Saint qui nous fait vivre en Eglise). Nous renonçons au mal en choisissant Dieu le Père ; nous renonçons à ce qui conduit au mal en suivant Jésus, le chemin vers la vie éternelle ; nous renonçons à Satan, l’auteur du péché en accueillant l’Esprit Saint qui est l’auteur en nous des fruits de la grâce. Si l’eucharistie est comme une répétition hebdomadaire du repas des noces de l’Agneau, nos petits combats quotidiens contre le mal, pour plus de fraternité, plus de liberté, plus de vérité, sont comme une répétition de ce combat ultime qui scellera notre choix définitif de Dieu. La colère du roi de la parabole et l’envoi de ses troupes [pour faire] périr les meurtriers sont une annonce du combat ultime dont nous parle le livre de l’Apocalypse, combat lors duquel le mal sera définitivement écrasé pour que soit établie la Jérusalem nouvelle dans laquelle il n’y aura plus de mer (M.E.R.), lieu où, dans la bible, réside les forces du mal.
Loin de vouloir nous faire la
morale, ces paraboles de Jésus et la prophétie d’Isaïe, nous parlent d’abord de
l’amour de Dieu pour tous les peuples, de Dieu qui prépare un festin
de viandes succulentes et de vins décantés, dans un monde d’où il aura fait
disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul
qui couvre toutes les nations. Ces paraboles nous parlent de Dieu qui nous
prévient ainsi parce qu’il ne veut pas perdre un seul de ses enfants qu’il a
invités généreusement et gratuitement, parce qu’il veut que tous aient leur
vêtement de noce. Rendons grâce à Dieu pour sa prévenance à notre égard ;
rendons grâce à Dieu pour l’œuvre accomplie pour nous par Jésus ; rendons
grâce à Dieu pour le don de son Esprit Saint. Il a tout fait pour nous rendre
prêts ; à nous maintenant d’exercer de manière juste notre liberté et
notre reconnaissance, et nous serons heureux de ce repas préparé et partagé avec
la multitude des sauvés. Amen.

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