Pierre avait la bonne réponse, mais...
Souvenez-vous dimanche dernier : à la question de Jésus : Pour vous, qui suis-je ? Pierre avait répondu : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Et cela lui a valu d’être déclaré heureux et de recevoir la primauté sur le groupe des Douze : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Aujourd’hui, le même Pierre se fait rabrouer par Jésus : Passe dernière moi, Satan ! On pourrait dire qu’il passe de la bénédiction à la malédiction en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pierre est celui qui avait la bonne réponse, mais… mais quand Jésus explique qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour ressusciter, Pierre refuse. Et c’est là une grande leçon pour nous.
En matière de foi, nous pouvons avoir les bonnes réponses, comme Pierre. Nous avons appris notre catéchisme, nous avons un peu de mémoire, on sait donner la réponse attendue mais… sans vraiment comprendre ce que nous avons appris. Cela me fait penser à cette histoire entendue d’un petit garçon que ses parents envoyaient à l’Eglise chaque dimanche, sans jamais se donner la peine de l’accompagner. En rentrant, il avait droit à un petit interrogatoire du genre : de quoi a parlé le curé aujourd’hui ? Un dimanche, le petit garçon répond : il nous a parlé du péché. Ah bon, reprirent ses parents ; mais qu’en a-t-il dit précisément ? Et le garçon, après un moment d’hésitation, de répondre : Je crois qu’il était plutôt contre ! Les questions simples, nous savons répondre ; comprendre au point de pouvoir expliquer, c’est plus difficile. Il ne suffit donc pas d’avoir la bonne réponse, il faut la comprendre. Jésus en est bien conscient puisque Matthieu précise dans son évangile que c’est à partir de ce moment-là (c'est-à-dire le moment où Pierre a fait sa profession de foi) que Jésus commence à montrer à ses disciples la réalité de cette affirmation : Tu es le Christ. Nous savons aussi, dans l’évangile de Matthieu, que l’explication de Jésus, pourtant donné encore deux autres fois après cette première, n’a pas été suffisante pour faire comprendre aux disciples cette réalité. Quand ces événements arriveront, Pierre reniera, les disciples s’enfuiront, laissant Jésus seul accomplir son destin. Avoir la bonne réponse suppose de la comprendre ; et pour cela, il nous faut y mettre un peu du nôtre.
En matière de foi, nous pouvons encore avoir la bonne réponse, mais ne pas accepter les conséquences de la réponse. C’est ce qui arrive à Pierre quand nous le rencontrons aujourd’hui. Certes, il ne savait pas ce qu’il a dit (entendons qu’il ne comprenait pas ce qu’il a dit) quand il a affirmé devant tous que Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Souvenez-vous de la parole de Jésus dimanche dernier : c’est mon Père qui est aux cieux qui t’a révélé cela. Pierre répète les paroles d’un autre. Mais quand Jésus explique aujourd’hui de quoi il en retourne, c'est-à-dire comment il sera le Christ (en mourant sur la croix), Pierre disjoncte. Il n’accepte pas. Il n’accepte pas ce que Jésus a compris ; il n’accepte la manière dont Dieu va réaliser son projet de salut pour tous les hommes. Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Ne pas comprendre, ce n’était pas grave, cela avait même un petit côté charmant. Mais refuser la réalité, s’opposer à Dieu, c’est prendre le parti de l’adversaire, d’où le retentissant Satan adressé à Pierre. Il chute, comme Satan a chuté dans la tradition, en s’opposant à la volonté de Dieu. La volonté de Dieu, ce n’est pas que Jésus meurt, mais que Jésus sauve toute l’humanité de tout ce qui la retient loin de Dieu. Et pour ce faire, il devra affronter le péché et la mort. Et donc mourir pour entraîner la mort elle-même à sa perte. Avoir la bonne réponse aux questions du catéchisme ne suffit pas si nous n’acceptons pas les conséquences concrètes qu’elles entrainent. Notre foi, dans sa totalité, nous devons la comprendre et nous devons l’accepter. C’est pour cela que chaque année nous refaisons profession de foi au cours de la nuit pascale. Dieu sait bien que, comme Pierre, nous passons de la bénédiction à la malédiction, du désir d’être avec Jésus à l’impossibilité de l’être vraiment sur certains points que nous refusons encore. Ce qui compte, c’est que, petit à petit, nos pensées ne soient plus celles des hommes, mais celles de Dieu. Ce qui compte, c’est que d’année en année, nous acceptions mieux le projet de Dieu et la réalisation de ce projet d’abord dans notre vie.
Jésus en indique le chemin et il peut nous sembler rude. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. C’est facile à dire pour Jésus, c’est plus difficile à entendre pour nous. Comme Pierre qui voulait pour Jésus un autre chemin que celui de Jérusalem, nous voudrions que notre foi nous garde à l’abri des difficultés. Après tout, nous fournissons des efforts pour Dieu ; nous allons à la messe le dimanche, nous essayons d’être gentils avec tout le monde ; Dieu pourrait au moins nous garder des difficultés et des épreuves de la vie. Ce n’est pas déraisonnable de le croire, non ? A Pierre, à nous, qui avons du mal à comprendre la croix du Christ, à comprendre quelquefois notre propre vie, il n’est donné comme chemin que… notre croix à porter à la suite de Jésus. Autrement dit, mettre nos pas dans les siens, en toutes choses, avec cette certitude que Jésus en est sorti victorieux (c’est là notre foi !) et que nous le suivrons dans sa victoire (c’est là notre espérance) ! Jésus a pris sa croix en premier, il l’a affronté, il est mort et ressuscité pour que nous puissions le suivre en prenant notre croix. Ne croyons pas, parce qu’il est le Christ, le Fils du Dieu vivant, que cela était facile pour lui. Sa prière à Gethsémanie en témoigne. Jésus est allé vers sa mort, avec les mêmes angoisses et sans doute la même peur que nous. Mais en faisant cela, il nous a ouvert la voie. La route qu’il nous ouvre par sa mort et sa résurrection ne se fermera pas à celui qui porte sa croix à la suite du Christ. La croix est la clé de notre victoire : qui perd sa vie A CAUSE DE MOI (de Jésus) la trouvera ! Jésus ne nous dit pas que cela est facile ; il nous dit qu’il est passé par là et que sa victoire est déjà notre victoire.
Pierre avait la bonne réponse, mais
sans la comprendre. Et quand Jésus a expliqué ce que signifiait pour lui être
le Christ, Pierre s’est révolté, parce que sa bonne réponse lui échappait ;
il a refusé ce qu’elle signifiait. Apprenons de Pierre, apprenons de Jésus
surtout ; suivons-le en portant notre croix avec la certitude que Jésus lui-même
sera notre Simon de Cyrène, portant notre croix avec nous. De plus en plus
conscients que notre victoire est dans la croix du Christ, nous pourrons alors
reprendre les paroles du prophète Jérémie : Seigneur, tu m’as séduit, et
j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Amen.

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