Faire la volonté du Père.
(Dessin de M. Leiterer, avec son aimable autorisation)
J’aime quand Jésus raconte une histoire parce qu’elle nous fait toujours réfléchir autrement, prendre de la distance et de la hauteur. Les paraboles ne sont pas des contes pour faire un cours de morale à des enfants indisciplinés ; elles énoncent une situation par rapport à laquelle j’aurai à me prononcer, pour moi. Pas en disant, ce que j’ai fait jusqu’à présent, c’était bien ou mal, mais en décidant, pour mon avenir, ce qui est préférable, ce qui entrainera un mieux. La parabole des deux fils appelés à travailler à la vigne de leur père et l’ajout sur l’enseignement de Jésus au sujet de Jean le Baptiste, en témoigne.
L’histoire n’a rien de compliqué et ressemble à beaucoup de nos histoires personnelles. Un père a deux fils et une vigne qui demande des soins. Il dit au premier : va travailler aujourd’hui à la vigne. La réponse est immédiate : Je ne veux pas. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Le père dit la même chose au second fils qui répond : Oui, Seigneur ! mais il n’y alla pas. Je suis sûr que chacun a pu identifier des situations dans lesquelles il était tantôt le fils qui dit non mais qui fait quand même, et tantôt le fils qui dit oui, mais qui ne fait pas. Ce n’est pas une leçon de morale, ce sont des faits. Avec des conséquences plus ou moins graves, j’en conviens, selon ce qui était demandé et fait ou pas fait. Mais c’est une autre histoire ! La preuve, la question que Jésus pose à ses auditeurs une fois la parabole racontée : Lequel des deux a fait la volonté du père ? La réponse est évidente pour tous : le premier. Et vous constatez que Jésus n’insiste pas plus : il ne dit pas : faites pareil, faites toujours la volonté du père. La parabole est donnée pour nous faire réfléchir individuellement : est-ce que je fais toujours la volonté du Père ? Dans tous les aspects de ma vie ? Dans chaque rencontre ? A chaque instant de ma vie ? Il serait présomptueux, dans mon propre cas, de répondre d’un oui rapide et de passer à autre chose.
Une lecture un peu rapide de l’évangile de Matthieu pourrait laisser croire qu’avec l’histoire des publicains et des prostituées qui nous précèdent dans le royaume de Dieu, Jésus est passé à autre chose. Mais il n’en est rien. C’est toujours de la volonté de Dieu, accomplie ou pas, qu’il est question. Et l’enseignement de Jésus semble se faire sévère. Personne ne veut entendre, ne peut entendre, que les pécheurs publics le précèdent dans le royaume de Dieu ; alors imaginez la réaction des grands prêtres et des anciens du peuple. Si d’aventure la parabole ne les avait pas amenés à réfléchir, les réactions des uns et des autres au ministère de Jean le Baptiste, soulignées par Jésus, n’auront pas manqué de les atteindre. Matthieu soulignera, une parabole plus tard que, en entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux. Ils doivent bien reconnaître, en leur for interne, que Jésus a raison et qu’ils ne se sont même pas repentis plus tard pour croire à la parole de Jean le Baptiste, alors que les publicains et les pécheurs y ont cru. Ce n’est pas un jugement, c’est un fait ! Et Jésus ne les condamne pas pour cela ; sans doute même espère-t-il qu’ayant ouverts les yeux, ils se convertissent maintenant, alors qu’ils ont plus grand que Jean le Baptiste en face d’eux. Pour Matthieu, c’est peine perdue, lui qui conclura cet enseignement de Jésus par ces mots : Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète. Leur attitude démontre que nous pouvons nous croire « spécialistes » de la volonté de Dieu et être parfaitement incapables de l’accomplir. Et par sa parabole et son enseignement, Jésus nous dit avec force qu’il n’est jamais trop tard pour accomplir cette volonté, que la repentance est toujours possible, et que Dieu ne rejette pas celui qui a dit non d’abord mais qui a fait ensuite. Cela vaut pour les pécheurs, cela vaut pour ceux qui se croient meilleurs.
Ce n’est pas une leçon de morale que
Jésus nous propose, mais plutôt un wake up call, un appel à nous
réveiller, à observer, à être attentif à ce que Dieu dit au monde aujourd’hui. Le
voyage du Pape Léon en France et ses discours sur la foi, les personnes
fragiles, la fin de vie, la laïcité, l’éducation comme vecteur essentiel pour
construire la paix, l’engagement en Eglise et dans le monde… font partie de ces
moments où Dieu dit sa volonté, son chemin de salut. La manière, les lieux, les
moments pour y répondre nous appartiennent ; mais nous ne pourrons pas
dire un jour que nous ne savions pas. Dieu parle haut et fort à travers Léon
; il ne s’agit pas seulement de l’entendre, il s’agit de l’écouter maintenant
et d’agir avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. Il n’y a
pas de bon parti, de bonne communauté ; il n’y a que des hommes et des
femmes qui se révèlent capables de faire la volonté du Père, ou pas. Amen.

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