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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 27 juin 2015

13ème dimanche ordinaire B - 28 juin 2015

Parler de Dieu en temps de guerre !




Avons-nous encore le droit de parler au nom de Dieu après les événements de ces jours-ci ? Vendredi, en un seul jour, dans trois pays différents, des fous de Dieu ont sali son nom, déshonoré toutes les religions et terrifié l’humanité. Comment peut-on s’en prendre ainsi, et de manière aussi barbare, à des innocents ? Comment peut-on semer ainsi la terreur au nom de Dieu ? Comme beaucoup sans doute, je m’interroge : que fait Dieu ? Pourquoi permet-il ainsi que se répande la terreur ? Pourquoi n’intervient-il pas quand son nom est corrompu par les hommes ? J’en veux à ces hommes qui rendent difficile la mission de parler de Dieu et en son nom, de manière juste. En ce temps de guerre qui ne dit pas son nom, il me faut pourtant encore et toujours parler de Dieu. 
 
Il convient donc, et de manière urgente, de redonner de Dieu une image juste. Et l’auteur du livre de la Sagesse nous y aide aujourd’hui. Dieu n’a pas fait la mort, écrit-il de manière assurée, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Comme je voudrais que les hommes entendent cela et le méditent profondément. Dieu n’a pas fait la mort : cela signifie que tout ce qui a trait à la mort n’est pas du côté de Dieu. Celui qui répand la terreur, celui qui tue, ne peut en aucun cas prétendre le faire au nom de Dieu. La mort est à l’opposé du projet d’amour qu’il porte depuis les origines pour l’humanité. 
 
Si Dieu n’a pas fait la mort, cela signifie que l’homme n’est pas fait pour la mort. Ce n’est pas dans le projet de Dieu que l’homme meurt. L’homme est fait pour vivre, pour partager la vie même de Dieu, pour toujours. La mort ne peut jamais être le dernier mot de l'histoire d’un homme, parce que Dieu appelle tous les hommes à la vie en plénitude, pour toute éternité. Seul le refus de Dieu peut conduire à la mort éternelle ; seul le refus de Dieu peut conduire l’homme à l’irréparable, à donner la mort. 
 
Il faut donc rappeler aussi que l’homme, créé par Dieu qui n’a pas fait la mort, n’est pas fait pour elle, pas plus que l’homme n’est fait pour donner la mort. Nul ne peut retirer la vie à un autre, pour quelque motif que ce soit. La vie est sacrée parce qu’elle vient de Dieu, et elle se doit d’être protégée envers et contre tout, envers et contre tous. Ceux qui croient qu’ils donnent la mort pour plaire à Dieu se trompent, comme se trompent ceux qui croient qu’on peut donner une belle mort à quelqu’un qui souffre. Il n’est pas du côté de Dieu, d’aucun Dieu, celui qui donne la mort ; il n’est pas du côté de Dieu, d’aucun Dieu, celui qui répand la terreur en son nom. La mort n’est jamais belle, ni glorieuse ; toujours elle doit être combattue ; toujours on doit lui opposer la vie. Dieu n’a pas fait la mort parce qu’il veut la vie pour l’homme, pour tous les hommes : il les a tous créés pour qu’ils subsistent, nous dit encore le livre de la Sagesse. Certes, il nous faut accepter de quitter ce monde passager pour partager pleinement la vie de Dieu et sa gloire ; mais cette mort inéluctable n’est qu’un passage vers plus de vie. Elle n’est pas suppression de vie, elle n’est pas massacre gratuit, elle n’est pas vengeance. Quand Dieu nous invite à quitter cette terre, c’est pour nous appeler à sa vie. 
 
Dieu n’a pas fait la mort. Le Christ en témoigne par sa propre vie, par son enseignement, par ses actes. Regardez ce qu’il fait pour la fille de Jaïre qui est à la dernière extrémité. Il la relève, il la fait revivre. Il la fait participer à cette force de vie qui est en lui. Elle devient ainsi le signe que le projet de Dieu que l’homme vive est bien toujours d’actualité, et que Jésus est venu pour donner un visage à ce projet. Il est, lui, Jésus, la vie de Dieu qui nous est donnée, la vie de Dieu qui va s’offrir en sacrifice pour nous obtenir la vie en plénitude. Dans chacune de nos eucharisties, nous faisons mémoire de ce don ultime de Jésus à notre humanité et nous goûtons à cette vie lorsque nous communions au corps et au sang du Christ, offerts pour la multitude de ceux qui croient en lui. Quand nous nous approcherons pour communier, souvenons-nous bien que c’est là, dans ce pain rompu, toute la vie de Dieu qui est donnée pour notre vie. C’est toute la vie de Dieu qui nous est donnée pour que nous l’assimilions. C’est toute la vie de Dieu qui est donnée pour que les hommes enfin comprennent que Dieu n’a pas fait la mort, mais qu’avec nous et pour nous il la combat. 
 
Dans les jours terribles que nous traversons, il n’est qu’une parole sur Dieu à faire connaître : celle qui lui rend justice, celle qui rappelle que Dieu est du côté de la vie, du côté des hommes donc. Dieu n’a pas fait la mort, il ne veut la mort de personne, mais la conversion de tous. Et il l’obtiendra, non par la peur de la mort ou de l’enfer, mais par l’amour qu’il ne cesse de nous témoigner et qu’il nous demande de vivre avec chacun, toujours et encore, que ce chacun soit croyant ou mécréant, blanc ou noir, homme ou femme, jeune ou vieux. L’amour sera toujours la seule parole autorisée sur Dieu, quand bien même les hommes se font la guerre. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 20 juin 2015

12ème dimanche ordinaire B - 21 juin 2015

Qui est-il donc, celui-ci ?




Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Si nous avions été dans la barque, cette fameuse journée-là, sans doute aurions-nous posé la même question. Personne, jusqu’à présent, n’avait réussi à faire ce que Jésus venait de faire : calmer la mer qui battait de ses flots la pauvre embarcation des disciples. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? La question des disciples semble donc légitime. Pourtant, les multiples guérisons qu’il a opéré jusqu’ici et l’enseignement qu’il a donné aux foules auraient, petit à petit, dû les mettre sur la bonne piste. De plus, avec la culture qui est la leur et la connaissance qu’ils ont nécessairement des textes sacrés, ils devraient conclure, par eux-mêmes, que Jésus est Dieu. Le rapprochement que la liturgie de ce dimanche fait avec le livre de Job est éclairant. Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial (…), quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Celui qui est avec eux dans cette barque, c’est certes Jésus, leur maître ; mais il se révèle aussi chaque jour davantage Dieu. Cette autre rive sur laquelle il les a invités à passer quand ils sont montés dans la barque, c’est bien la rive de la foi. En nous embarquant avec lui, il veut nous faire découvrir qu’au-delà de l’homme Jésus, il est Dieu, vainqueur de toutes les forces qui s’opposent à la vie. En montrant son autorité sur la mer, il annonce déjà sa victoire sur la mort, puisque pour l’homme biblique, la mer est bien le lieu où résident les forces du Mal et de la Mort, toutes choses que seul Dieu maîtrise. Ce signe, loin de les effrayer, devraient, au contraire, les rassurer. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si les disciples s’interrogent sur Jésus, nous pouvons constater aussi que Jésus s’interroge sur ses disciples. Si les hommes sont étonnés par Dieu, il nous faut remarquer dans le même temps que Dieu est étonné par les hommes : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? Nous pouvons entendre, en sourdine, cette autre question : que faudra-t-il que je fasse pour que vous croyiez en moi ? Les nombreuses guérisons, les esprits impurs eux-mêmes qui criaient que Jésus est le fils de Dieu (Mc 3, 11) devaient suffire pour que ceux qu’il a appelés à le suivre comprennent déjà qu’il est plus qu’un homme, qu’il est bien du côté de Dieu. Oui, les hommes sont étonnants de lenteur, peut-être d’abord parce qu’ils sont étonnamment centrés sur eux-mêmes. Ceux que Jésus a appelés à le suivre ne se rendent sans doute pas compte, là tout de suite, de l’expérience spirituelle qu’il leur fait vivre. Ils suivent un maître, mais sans savoir ; ils regardent leur maître, mais sans voir ; ils écoutent son enseignement, mais sans entendre vraiment. Ils en restent à la surface des choses. 
 
Ne sommes-nous pas comme eux, bien souvent ? Nous allons à la messe, nous écoutons Dieu nous parler, nous recevons de lui le pain qui nous fait vivre ; et pourtant, nous sommes par moment si éloignés de lui, si difficiles à convaincre que Jésus est là, au cœur même de notre vie, nous appelant à de grandes choses ! Quand surgissent les difficultés, ne sommes-nous pas remplis de crainte devant l’avenir incertain ? Cette page d’évangile vient nous rappeler que là où Jésus est présent, rien ne peut détruire ce que l’amour a saisi, pas même la tempête, pas même les forces de mort. Puisque Jésus est avec nous et en nous depuis notre baptême, nous avons tout pour tenir bon dans les épreuves, pour affronter la tempête de la mort ; notre barque ne saurait chavirer, les flots de la mer ne sauraient nous submerger. Ecoutons à nouveau Paul redire aux Corinthiens : Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.  En Jésus, nous avons déjà notre victoire ; en Jésus, nous sommes déjà sauvés ; en Jésus, nous pouvons croire et espérer. Il ne nous abandonnera jamais. Il nous invite passer sur les autres rives en embarquant avec nous. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si nous reconnaissons que cette question peut être légitime dans la bouche des Apôtres s’interrogeant sur Jésus, reconnaissons aussi que cette question est légitime dans la bouche de Jésus, s’interrogeant sur notre foi, sur notre fidélité à son œuvre d’amour pour nous. Accueillons-le vraiment dans notre vie, pour qu’il puisse nous accueillir vraiment dans la vie de Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 13 juin 2015

11ème dimanche ordinaire B - 14 juin 2015

Voici revenu le temps de l'espérance !



Depuis le mardi qui a suivi la Pentecôte, nous sommes rendus au temps ordinaire. Certes, nous avions encore deux dimanches festifs, qui pouvaient faire illusion. Mais avec ce dimanche, c’est sûr, la longue succession de fêtes depuis Pâques est achevée : nous sommes, dimanche compris, rendus au temps ordinaire, pour de bon et pour un moment. Les vêtements du prêtre sont passés du blanc (ou de l’or) couleur de la fête, au vert, couleur de l’espérance. Et les textes de ce 11ème  dimanche du temps ordinaire nous y invitent justement, à l’espérance. 
 
Voyez Ezéchiel. Vous aurez senti, à la lecture de sa prophétie, que le peuple d’Israël n’est pas vraiment à la joie. Il est cet arbre renversé dont parle le prophète. En fait, il ne reste rien d’Israël, si ce n’est ces habitants exilés. Plus de terre, plus de Loi, plus de Dieu : ce qui faisait la fierté d’Israël et sa grandeur, a été anéanti. Certains se demandent même où est Dieu ? A-t-il été vaincu comme eux ont été vaincus ? Est-il ce grand Dieu en qui leurs pères avaient foi ? Est-il ce grand Dieu qui jadis les avait libérés d’Egypte, terre d’oppression ? Et s’il l’est, comment se fait-il qu’Israël connaisse à nouveau l’oppression, et pire encore, la déportation ? On comprend alors mieux la force de la prophétie d’Ezéchiel. Il annonce un avenir possible, grâce à Dieu. Dieu va relever cet arbre renversé, il va replanter une jeune pousse et elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. Ce n’est pas une parole en l’air, ce ne sont pas des mots prononcés parce qu’il ne sait pas dire autre chose ; c’est une promesse de Dieu. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. Voilà sur quoi appuyer l’espérance d’Israël. Ezéchiel a foi en Dieu, il sait qu’il n’a pas abandonné son peuple ; il sait que Dieu fera revivre ceux qui sont comme morts. 
 
C’est à la même espérance que Jésus invite ses auditeurs. Et il le fait à partir d’une image de plantation. Un grain de blé, une graine de moutarde ; autant dire trois fois rien. Et pourtant, l’homme qui sème espère en la puissance de vie contenue dans ces petites graines. Une fois qu’il a planté la graine, il ne peut plus qu’espérer que la nature fasse son travail. Il ne peut plus rien faire, si ce n’est arroser et éviter les mauvaises herbes. Il a prise sur des choses extérieures, mais sur la graine, plus aucune. Dès qu’elle est semée, elle a sa propre vie. L’homme ne peut qu’espérer la fécondité de ce qu’il a semé. Et le grain de blé pousse, simple herbe, puis épi, puis grains plein l’épi. De même pour la graine de moutarde : un petit rien deviendra une grande plante potagère : elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. 
 
Avons cette espérance d’Ezéchiel ? Partageons-nous l’espérance du semeur en la force de vie contenue dans ces petites graines que Dieu plante en nos cœurs ? La semence que Dieu plante, c’est d’abord sa Parole de vie ; c’est aussi sa grâce, sa présence agissante en nous. Avons-nous assez confiance en Dieu pour espérer que, de sa grâce et de sa Parole, de grandes choses peuvent surgir dans nos vies ? Avec Ezéchiel, avec le semeur, croyons-nous suffisamment que Dieu n’abandonne pas ce qu’il a semé, qu’il veille sur nous, quelles que soient les épreuves de notre vie ? La foi et l’espérance vont de pair, si bien qu’il est impossible de les séparer. Une foi sans espérance n’est rien : à quoi bon croire s’il n’y a pas d’avenir ? Une espérance sans foi ne sert à rien : à quoi bon espérer si je ne crois pas que quelqu’un rendra mon espérance vraie ?
 
Avec le temps pascal, nous avons célébré le cœur de notre foi : un Dieu plus fort que la mort même et qui nous invite à partager sa vie. Durant ce temps ordinaire retrouvé, célébrons notre espérance en l’appuyant sur cette foi au Christ ressuscité. Et nous deviendrons capables de grandes choses ; et nous verrons de grandes choses advenir. Dans l’ordinaire de nos vies, laissons le Ressuscité grandir encore, laissons sa puissance de vie nous envahir, et nous porterons fruits dans l’attente du temps de la moisson. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 6 juin 2015

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 07 juin 2015

Devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ !



Fête Dieu. Fête du Corps et du Sang du Christ. Fête du Saint Sacrement. Des appellations diverses pour nous faire approcher le même mystère : la présence de Dieu à son peuple d’une manière inouïe à travers l’Eucharistie. Avec la fête de Pâques célébrant la mort et la résurrection de Jésus, et la fête de la Trinité célébrant l’unité indéfectible de Dieu, la fête d’aujourd’hui est certainement la plus fondamentalement chrétienne. Nous célébrons aujourd’hui ce qui, depuis 20 siècles fait courir les chrétiens du monde entier. L’occasion est trop belle pour ne pas s’interroger sur le pourquoi la messe ? Pourquoi être encore fidèle à ce rassemblement ? 

La réponse nous vient de la Tradition. Nous nous rassemblons le dimanche parce que depuis les origines, les chrétiens ont eu le sentiment de répondre ainsi de manière parfaite à la demande du Christ : Faites cela en mémoire de moi ! Puisque avant de mourir, le Christ avait souhaité prendre un dernier repas avec ses disciples, et qu’au cours de ce repas, il leur a laissé un mémorial, les chrétiens ont ressenti le besoin de revivre ce dernier moment fort de la présence du Seigneur. N’a-t-il pas dit lui-même qu’il serait présent chaque fois que ces gestes seraient refaits ? Faire mémoire, c’est bien plus que simplement se souvenir de ce que Jésus nous a dit. Faire mémoire, c’est véritablement revivre, de manière mystérieuse mais réelle, cette présence de Jésus. Lorsque le prêtre refait les gestes de Jésus, lorsqu’il redit ses paroles, c’est véritablement le Christ qui se rend présent au milieu de nous. Alter Christi, ipse Christi : autre Christ, mais le seul et même Christ, présent dans son Corps et dans son Sang, à travers le pain et le vin consacré. Nous vivons là le face-à-face véritable avec notre Dieu ; nous avons là une proximité inouïe avec celui qui a tout donné par amour pour nous. Jamais Dieu ne se fait si proche de l’homme que lorsqu’il s’offre ainsi dans le Corps et le Sang de son Fils. 
 
Cette présence du Christ dans le morceau de pain partagé n’est pas sans conséquence pour moi. Lorsque je communie, c’est-à-dire lorsque je mange ce morceau de pain, que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui se joue ? Il se passe simplement que je reçois le Christ en moi, de manière intime. La communion, reçue dans la foi au Christ ressuscité, entraîne en moi un bouleversement inouï. Recevant Dieu lui-même, je deviens un porteur de Dieu, je deviens, selon le mot de Saint Augustin, ce que je reçois, à savoir : le Corps du Christ. Cela signifie que lorsque je communie, tout mon corps est concerné, tout mon corps est comme transformé. Et mes yeux deviennent le regard du Christ, capable de poser sur le monde et sur les hommes le regard d’amour de Dieu. Et ma bouche devient la bouche  du Christ, annonçant aux hommes les merveilles de Dieu pour l’humanité. Et mes mains deviennent les mains du Christ, tendues en geste d’amitié vers tous les frères. Et mon cœur bat au rythme de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Et mes pieds deviennent les pieds de Dieu, allant à la rencontre de tous les hommes, ne laissant personne sur le bord du chemin. Oui, l’enjeu de nos rencontres dominicales se situe bien à ce niveau : devenir de plus en plus, par l’écoute de la Parole et par la communion au Christ vivant présent dans l’Eucharistie, des hommes et des femmes porteurs de Dieu, respirant Dieu par toute leur vie, agissant comme Dieu pour le salut du monde, pour construire déjà, peu à peu, ce Royaume dont nous attendons la réalisation totale au dernier jour. 
 
Chaque fois que nous mangeons ce pain consacré, nous communions donc à la vie du Christ. Le pain et le vin offert deviennent, par l’imposition des mains du prêtre et l’appel de l’Esprit Saint, le Corps et le Sang du Christ. Et tous ceux qui y communient deviennent le corps du Christ, chacun un membre, tous ensemble le même corps. Ce devrait être pour tous un grand moment de joie, parce que Dieu est là, que nous l’accueillons, et que nous participons à sa vie. Le prêtre, lorsqu’il donne la communion ne fait que reconnaître que chacun fait partie de ce Corps unique du Christ. Alors, il est vrai que quelquefois, on vient à la messe triste, avec un nœud sur l’estomac, parce que l’on est fâché. Quelques uns peuvent même être fâchés avec le prêtre qui célèbre : ça arrive ! Mais même dans ces moments-là, même face à ces gens-là, le prêtre est heureux au fond de lui, parce Dieu vient rappeler qu’au-delà des difficultés, au-delà des disputes ou des divergences d’opinion, il y a la rencontre possible autour de lui ; il y a un pardon possible : non pas parce que les hommes le veulent, mais parce que Dieu vient le réaliser en son Fils Jésus. Je ne connais pas de joie plus grande que celle-là, je peux en témoigner. 
 
Participer à l’Eucharistie, reconnaître que le Christ vient à ma rencontre est tout, sauf un acte banal, parce qu’il bouleverse trop de chose en moi et autour de moi. Participer à l’Eucharistie reste le plus beau geste que nous puissions poser parce qu’il nous engage sur la route d’un mieux-vivre, d’un mieux être, même avec ceux que l’on ne peut voir en peinture. C’est une route exigeante, parce que c’est la route de l’amour donné sans compter, de l’amour toujours à vivre, de la fraternité toujours à construire. Seul Dieu peut nous permettre de réaliser cette route en vérité, pour peu que nous le laissions nous rencontrer véritablement. Un petit morceau de pain y suffit si nous savons y reconnaître la présence réelle et agissante de Celui qui peut tout. Oui, devenons ce que nous recevons : Le corps du Christ. AMEN.
 
(Hortus Deliciarum, La Cène)

samedi 30 mai 2015

Sainte Trinité B - 31 mai 2015

La Trinité : Obstacle ou fondement de la foi ?




Régulièrement, il est demandé à l’Eglise de revoir son vocabulaire. Certaines expressions seraient un obstacle à la foi, si ce n’est carrément responsable de la désaffection de nombreux croyants. Il faudrait donc simplifier les mots, éviter les expressions difficiles à comprendre. La Trinité fait partie de ces concepts que certains jugent trop compliqués à saisir. Comment faire admettre à un esprit cartésien, nourri de mathématique, qu’en religion : 1 + 1 + 1 = toujours 1 ? Le Père, le Fils et le Saint Esprit, trois personnes différentes mais qui ne sont qu’un seul Dieu ! La Trinité, obstacle ou fondement de la foi chrétienne : tout l’enjeu de la fête est là. 
 
Que peut bien signifier un Dieu unique en trois personnes ? Et surtout comment être un quand on est trois ? Il y a de quoi y perdre ses mathématiques, après avoir déjà perdu son latin ! Pourtant, cette réalité est tout à fait essentielle à la foi chrétienne. Croire en la Trinité, c’est croire que le Dieu unique auquel nous accordons confiance n’est pas un Dieu solitaire, mais un Dieu de relation, un Dieu d’alliance. Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont unis entre eux par un lien d’amour irrévocable. Le Dieu Trinité est fondamentalement Dieu d’amour puisque c’est la réalité qu’il vit en lui-même. Le Père aime le Fils qui aime le Père dans l'Esprit Saint. Et c’est parce que Dieu vit en lui un tel amour qu’il peut nous le transmettre et nous en faire vivre. Ce n’est pas un amour narcissique, refermé sur lui-même, mais un amour partagé, ouvert aux autres que Dieu vit et qu’il nous invite à vivre. Dieu ne pourrait réellement nous aimer s’il était tout seul, solitaire.
 
De là découle alors pour nous l’importance de l’Eglise, famille des croyants. Voilà le lieu où circule l’amour du Père ; voilà le lieu de notre unité profonde, au-delà de nos différences d’âge, de sexe, de culture… L’Eglise, dans la diversité de ses membres, se comprend comme un corps unique dont le Christ est la tête. Puisque Dieu est un en trois, nous pouvons n’être qu’un corps en des milliards de membres. L’amour qui unit les Trois de la Trinité, unit la totalité des hommes qui croient au Christ. Nous ne faisons plus qu’un en Jésus. Nous sommes fils de Dieu par Jésus, et dans l’Esprit nous pouvons crier vers Dieu : Abba ! Père ! Supprimez la Trinité, et il n’y a plus de filiation pour nous ! Supprimez la Trinité et il n’y aura plus personne pour crier en nous vers Dieu le Père. Supprimez la Trinité, et vous n’aurez plus qu’un vieillard solitaire qui n’a besoin que d’individus en relation privée avec lui, mais qui n’a pas besoin d’un peuple à qui manifester son amour.
 
Nous pouvons encore faire un pas de plus et comprendre que, puisque Dieu est amour en lui-même, puisque l’Eglise est le lieu où cet amour est partagé largement, il devient indispensable, pour l’Eglise, de répandre cette Bonne Nouvelle. Parce que Dieu est Trinité, amour partagé en lui-même, nous ne pouvons pas le garder précieusement pour nous. Nous devons l’annoncer, nous devons le partager : allez, de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Ce n’est pas une option ; ce n’est pas quelque chose à faire si j’ai du temps en trop ! C’est une exigence de notre foi qui découle du mystère de la Trinité. Non seulement Dieu n’est pas solitaire, mais il ne supporterait pas d’être solitaire. Il a autant besoin du Fils et de l'Esprit Saint qu’il a besoin des hommes pour que l’amour dont il est la source circule et inonde le monde. Nul, pas même Dieu, ne saurait connaître l’amour et partager l’amour, en restant seul ! Sans l’autre, aucun amour n’est possible ! 
 
Nous comprenons bien qu’il est impossible de se passer de la Trinité, à moins de vouloir vider notre foi de ce qui fait sa force : l’amour reçu de Dieu le Père, vécu en plénitude par le Fils et révélé sans cesse au monde par l'Esprit Saint. Plutôt que de vouloir simplifier les mots de la foi, simplifions-en les attitudes, et commençons par aimer, comme Dieu seul aime. Nous appréhenderons mieux la totalité de la foi, telle que le Christ l’a vécu, dans l’obéissance à son Père et la force de son Esprit. Amen.

samedi 23 mai 2015

Pentecôte B - 24 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à vivre de l'Esprit Saint.




Aujourd’hui se réalise pour l’Eglise la promesse faite par Jésus : celui qu’il a promis d’envoyer d’auprès du Père quand il serait retourné chez lui, l'Esprit Saint, est donné en abondance. Mais il ne suffit qu’un don soit fait ; il faut encore que ce don soit accueilli. Avec les Apôtres, apprenons donc à vivre de l'Esprit Saint. 
 
Les évangélistes Jean et Luc s’entendent sur ce point : vivre de l'Esprit Saint, c’est témoigner du Christ. Nous l’avons entendu chez Jean : Quand il viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage. Et Luc nous a montré les Apôtres qui se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit, au point que les auditeurs s’étonnaient : tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. L'Esprit Saint que nous recevons à notre baptême et qui fait de nous des fils, fait de nous des fils parlant, témoignant de Dieu et non des muets par soucis de discrétion ou de bien-pensante laïcité. Ce don qui nous est fait est un trésor à partager, et non à garder jalousement pour nous. Un chrétien qui ne témoigne pas de sa foi est un chrétien qui a oublié l'Esprit Saint. 
 
Ce besoin de témoigner provient de l’effet premier que provoque l'Esprit Saint : il nous rend libre. Quand l’Esprit fond sur eux, les Apôtres sortent du lieu où ils étaient, ils vont parler : ils sont libres. Ils ne sont plus ces hommes et ces femmes qui s’enfermaient par peur, comme nous les voyions au jour de Pâques, tremblants et terrifiés. Malgré la foule, malgré les nations rassemblées à Jérusalem en ce jour de fête juive, ils sortent, ils parlent, ils vont au contact des autres. Vivre de l'Esprit Saint, c’est vivre libre. La peur s’efface quand l’Esprit, le Défenseur, est accueilli dans une vie. Le témoignage devant les hommes et la liberté reçue sont indissociablement liés : en témoignant du Christ et de sa puissance de vie, je deviens libre ; en accueillant cette liberté que donne la puissance de l'Esprit Saint, je me sens poussé à témoigner. Comment pourrais-je ne pas partager et cette liberté retrouvée et celui qui me procure cette liberté ? 
 
Ceci étant posé, nous pouvons alors faire un pas de plus avec saint Paul. L’extrait de la lettre aux Galates ne laisse planer aucune ambiguïté. Nous pouvons vérifier très concrètement que nous vivons de l'Esprit Saint aux fruits que produit notre vie. Là où il y a amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi, l’Esprit est présent, l’Esprit est à l’œuvre. Il n’est pas un esprit belliqueux. Il est donné pour un mieux vivre, pour un mieux-être. Ce n’est peut-être pas un hasard si le symbole liturgique de l'Esprit Saint est de l’huile parfumée : de l’huile pour permettre aux rouages de nos vies de tourner sans trop grincer, du parfum pour rappeler le côté agréable de la vie en Dieu. 
 
A tous ceux qui pensent aujourd’hui encore qu’il faut libérer enfin l’humanité de toute trace de la présence de Dieu parce qu’il opprimerait l’homme, parce qu’il l’enfermerait dans un infantilisme mortifère, la fête de la Pentecôte est donnée en remède. Elle nous rappelle que Dieu nous veut libre de toute peur, heureux de vivre les uns avec les autres dans la concorde et la paix, avec un horizon plus large que nos simples désirs. En apprenant avec les Apôtres à vivre de la présence de l'Esprit Saint, nous apprenons à vivre en grand, nous apprenons à réaliser pleinement notre humanité au bénéfice de tous. Voilà une bonne nouvelle à transmettre et à vivre. Pouvons-nous espérer mieux ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses l'Ile de France)

samedi 16 mai 2015

07ème dimanche de Pâques B - 17 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à organiser l'Eglise.




C’est une donnée commune à tous nos groupes sociaux : quand un groupe veut s’inscrire dans la durée, il doit s’organiser. La jeune communauté croyante n’échappe pas à cette règle. Très tôt, le livre des Actes des Apôtres s’en fait le témoin aujourd’hui, elle s’organise et fixe les règles du jeu communautaire. Aujourd’hui, nous avons entendu comment les Onze ont entrepris de redevenir Douze, selon le projet initial de Jésus lui-même. Des Apôtres, nous pouvons apprendre à organiser l'Eglise. 
 
C’est Pierre qui entreprend d’aborder la question : Frères, il fallait que l’Ecriture s’accomplisse. En effet, par la bouche de David, l'Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus : ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Il est écrit au livre des Psaumes : « Qu’un autre prenne sa charge ». Remarquez la délicatesse de Pierre. On ne sent nulle condamnation, nulle charge de procureur contre Judas. Si tel était le cas, les Apôtres auraient simplement pu ne pas le remplacer, considérant cette place comme maudite. Au contraire, il inscrit Judas dans le plan de Dieu : il fallait que l’Ecriture s’accomplisse. Peut-être aussi une manière de dire que cela aurait pu être un autre que Judas ! Peut-être Pierre se souvient-il même qu’il a lui-même renié Jésus ! Ce n’est guère plus glorieux ! Pierre manifeste aussi qu’il y a une différence entre une charge (celle d’Apôtre) et la personne qui remplit la charge. La charge est immuable : il faut quelqu’un pour la remplir. La personne peut changer. Et voici la communauté en recherche de celui qui pourra remplir la charge d’Apôtre à la place de Judas qui, par sa trahison et surtout son suicide, a manifesté qu’il n’en voulait plus. 
 
Remarquez ensuite la procédure : on en présenta deux qui répondaient aux critères fixés par Pierre, à savoir des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. En clair, quelqu’un qui a connu Jésus et qui l’a suivi depuis le début. Quelqu’un qui a tout lâché, comme les Onze autres, pour apprendre de Jésus, pour connaître Jésus, pour aimer Jésus. C’est indispensable puisque la mission de celui qui sera choisi ne sera pas tant de gouverner ou régenter les autres, mais être, avec les Onze, témoin de la résurrection de Jésus. Voilà définit clairement ce qu’est un Apôtre et son lien étroit avec Jésus, le Christ. Hors de ce rapport au Christ, il n’y a pas d’apôtre. Hors de ce souci permanent d’être un témoin de la résurrection, il n’y a pas d’apôtre. Et c’est la communauté tout entière qui suscite ce témoin, qui le cherche et donc le reconnaît. 
 
La suite est tout aussi surprenante : il n’y a pas de campagne électorale, pas de débat contradictoire entre les deux, pas de programme pastoral à présenter. Il y a la remise entre les mains de Dieu du choix ultime. On fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres. La communauté se met à l’écoute de ce que Dieu veut. C’est lui, in fine, qui choisit. 
 
Dans le temps qui est le nôtre, beaucoup réclament des changements dans l’Eglise parce que l’Eglise ne serait plus dans l’air du temps. Il faudrait la réformer pour qu’elle plaise à nouveau aux hommes ! Or, les Apôtres nous montrent qu’elle doit d’abord plaire à Dieu. La mesure des réformes ne peut être l’esprit des hommes ; ce ne peut être que l'Esprit Saint. C’est lui qu’il faut invoquer pour nous indiquer les changements nécessaires pour que l’annonce de la résurrection de Jésus soit communiquée au plus grand nombre. Dans le réaménagement pastoral effectué dans notre diocèse, était-ce bien la mesure qui a servi à nos redécoupages ? Avons-nous tenté, ou tentons-nous encore, de plaire aux hommes ou sommes-nous bien à l’écoute de l'Esprit Saint qui nous souffle les changements nécessaires pour que toujours il y ait des témoins de la résurrection ? Si notre seul désir est de répartir les prêtres qui plaisent, quitte à les surcharger de missions, il y a fort à parier que très vite, il faudra reprendre les choses. Si notre seul désir est de remplacer les prêtres par des laïcs parce que l’Eglise, avec raison, ne se comprend pas comme une caste sacerdotale mais comme un peuple, il y a fort à parier que nous irons droit dans le mur. On ne ferait que remplacer un cléricalisme sacerdotal par un cléricalisme « laïcal » : on en voit ça et là, depuis un moment, les limites et les travers. 
 
En ce temps qui nous sépare de la Pentecôte, osons demander au Christ d’envoyer toujours son Esprit Saint afin qu’il éclaire ceux qui ont à décider de l’avenir de l’Eglise. Qu’il suscite aussi au milieu de nous les témoins nécessaires de la résurrection, prêts à engager leur vie au service de tous. Amen.