Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 13 juillet 2024

15ème dimanche ordinaire B - 14 juillet 2024

 Pas ici, mais là-bas ! Pas moi, mais eux !



(Jésus envoie ses disciples deux par deux, Source : www.cath.ch)





 

 

            Pas ici, mais là-bas ! C’est en résumé, ce que dit Amazias, prêtre de Béthel, à Amos, le prophète envoyé par Dieu. Pas ici, parce que tu nous casses les oreilles, mais là-bas, parce qu’il n’y a pas de raison que les oreilles des autres soient épargnées. C’est une question d’égalité ! En ce jour de fête nationale, comment ne pas y être sensible ? 

Pas ici, mais là-bas ! Amos a bien compris le message, mais il n’en fera rien. Il rappelle au prêtre Amazias qu’il n’a ni choisi, ni voulu ce poste. En fait, il n’a rien demandé, il a été appelé. Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. Amos, à la différence d’Amazias, du roi et du peuple, écoute quand Dieu parle. Prophète, ce n’est pas son métier ; il n’a pas fait d’école pour cela ; il se contente d’écouter Dieu et de rapporter ce qu’il lui demande de dire. En lisant le prophète Amos, nous comprenons pourquoi ses auditeurs sont plutôt mécontents. Son message n’est pas tendre ; c’est une vraie diatribe contre l’injustice sociale, le vol en bande organisée, la traite d’êtres humains et les petits arrangements entre amis riches pour devenir encore plus riches en spoliant les pauvres. Qui a envie d’entendre cela, à Béthel ? Personne ! D’où le pas ici, mais là-bas. 

Dans l’évangile, les disciples auraient pu dire à Jésus : pas nous, mais eux, une autre version du pas ici, mais là-bas. Pas nous, mais eux, parce que lorsque l’on voit le cadre posé par Jésus quand il envoie ses disciples en mission pour la première fois, on se dit que c’est plutôt rude. Ils ont droits à un bâton, une paire de sandales et… c’est tout ! Pas de pique-nique pour la route, pas d’argent pour faire les courses, pas de sac, pas de linge de rechange. Si la mission ne dure qu’un jour, ça peut aller ; mais si elle doit s’étendre dans le temps, c’est un peu crado, dans un pays chaud ! Malgré tout cela, ils sont tous partis, par deux, accomplir la mission que Jésus leur a confiée. Ils ont compris, comme Amos des générations avant eux, que lorsque Dieu appelle et envoie en mission, on ne discute pas. Il veillera sur eux, il leur donnera ce dont ils auront besoin. Pour eux, seule doit compter la mission confiée. On ne s’encombre pas d’autre chose ; on ne sort pas un truc de son sac pour faire plaisir ou pour impressionner. Seule compte la parole qu’ils ont à dire, et le combat contre le mal qu’ils ont à mener : ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. Pour savoir si leur mission a réussi, il vous faudra revenir dimanche prochain. Je ne « spoilerai » pas la suite de l’Evangile. Aujourd’hui, il nous suffit de savoir que Dieu appelle et envoie en mission. Ce qui valait pour Amos, vaut pour les disciples, et vaut encore pour nous aujourd’hui. 

Nous aussi, nous sommes appelés. Nous avons d’abord été appelés à devenir fils adoptifs, par Jésus le Christ, comme le rappelle si bien Paul aux chrétiens d’Ephèse. Mais bien plus que cela, ou en conséquence de cela, il nous appelle à vivre saints, dans l’amour, dans la louange de la gloire Dieu, et à vivre dans l’Esprit Saint. C’est notre vocation première, et nous ne pouvons pas dire à Dieu : pas nous, mais eux, ni même pas ici, mais là-bas, sous-entendant que d’autres, ailleurs auraient plus besoin de conversion que nous. C’est l’appel premier, parce que à celui-ci peuvent se rattacher une multitude de petits appels ponctuels. Ils peuvent vous être adressés par un proche ou un voisin, un étranger ou un petit, voire par l’Eglise quand il s’agit d’une fonction permettant à la communauté de vivre mieux sa mission d’évangélisation. Tout le monde est concerné, et nous ne pouvons pas sans cesse nous dérober et dire : pas moi, mais eux ! 

        Quand Dieu appelle, c’est qu’il veut avoir besoin de nous. Si les hommes peuvent bien estimer qu’ils n’ont pas besoin de Dieu, Dieu cependant estime qu’il a besoin de chacun de nous pour poursuivre aujourd’hui la mission du Christ. Et si pendant un temps, nous avons collectivement estimé que cet appel était pour les prêtres, mes religieux et les religieuses, nous découvrons de plus en plus que chaque croyant a une place à tenir, une mission à remplir. Parce que ce qui nous « oblige » à la mission, ce n’est pas une ordination ou un engagement dans une communauté ; non, ce qui nous « oblige », c’est notre commun baptême, qui fait de nous tous des prêtres, des prophètes et des rois. Il est le sacrement fondamental qui nous place dans les pas du Christ. Tout le reste s’ajoute ou découle de celui-là. Quand Dieu nous appelle à le suivre par le baptême, il nous assure de la présence de son Esprit (la confirmation), il nous nourrit pour que notre foi ne défaille pas (l’eucharistie) et il construit son Eglise en veillant à une juste répartition des charismes (mariage, ordre). Enfin, il nous donne des moyens supplémentaires pour parvenir au salut : le sacrement de la pénitence et la réconciliation et le sacrement des malades. Tout cela ne peut se faire que parce que nous sommes d’abord baptisés. C’est ce premier appel qu’il nous faut prendre au sérieux pour vivre dans la fidélité au Christ et parvenir au salut. Amen.



samedi 6 juillet 2024

14ème dimanche ordinaire B - 07 juillet 2024

 Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.




 

 

Depuis lundi, le groupe qui assure l’adoration au Mont Sainte Odile, approfondit sa foi à partir de la saga Harry Potter. Un parcours original, sans doute, qui nous a permis d’aborder des questions aussi diverses que l’appel, la question du bien et du mal, comment vaincre le mal, la notion de don de soi et de sacrifice, ainsi que, ce matin même, la plus puissante des magies révélées dans l’œuvre de JK Rowling, une magie que, chrétiens, nous ne pouvons renier : il s’agit de l’amour ! Cette magie ne vient pas d’un sort jeté, ni d’une baguette puissante, mais des hommes et des femmes eux-mêmes. Ainsi, c’est bien l’amour de sa mère qui a sauvé Harry Potter dès sa naissance, et lui a permis de survivre au sortilège de mort prononcé contre lui par Vous-savez-qui. 

La deuxième lecture de ce dimanche n’aborde-t-elle pas à sa manière cette puissante magie de l’amour ? Il faut bien entendre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens. Il reconnaît qu’il porte en lui une écharde qui l’empêche de se surestimer. Nous ne savons pas de quoi il parle exactement, mais il est certain que c’est pour lui une limite, une blessure qui le marque et dont il a demandé à être débarrassé. La réponse de Dieu à sa demande peut sembler curieuse : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Ce n’est probablement pas la réponse que Paul attendait – pas de libération, pas de guérison – mais il saura se contenter de cette affirmation que la grâce de Dieu l’accompagne. N’est-ce pas la manifestation même de l’amour de Dieu que l’affirmation de la présence de Dieu à notre vie, surtout dans les moments d’épreuves ? Reprenant le vocabulaire de Harry Potter, la puissante magie dont nous bénéficions en tant que chrétiens, c’est bien cette présence aimante de Dieu qui veille sur nous, nous accompagne et nous assure de sa grâce. Cette grâce de Dieu doit nous suffire, même dans nos moments de faiblesse. Il n’y a rien de plus puissant que l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché assez grand et assez fort pour contrecarrer l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché trop grand que l’amour de Dieu ne saurait combattre et pardonner. Le même Paul écrira aux Romains que là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé (Rm 5, 20). Ce n’est pas une permission de nous laisser aller au péché, mais une invitation à ne pas désespérer, ni de nous, ni de l’amour de Dieu quand le péché semble dominer notre vie. L’amour de Dieu sera toujours plus fort que notre péché ; il ne nous manquera jamais. 

Nous ne prendrons jamais assez la pleine mesure de la puissance de l’amour de Dieu pour nous ; nous ne pouvons que l’expérimenter, jour après jour. Cet amour nous saisit et nous transforme lentement. Ici, au mont Sainte Odile, devant le Saint Sacrement exposé, nous pouvons ressentir cet amour pour nous à travers la paix profonde qu’il nous procure. Pèlerins d’un jour ou adorateurs pour une semaine, nous touchons du doigt cet amour à l’œuvre dans notre vie, comme il fut à l’œuvre de notre bien-aimée patronne de l’Alsace que nous célébrons en ce dimanche. L’amour qui n’a jamais fait défaut à Odile, même quand son père a décidé de la faire éliminer, ne nous fera jamais défaut. Nous devons être habités de cette certitude que nous sommes profondément et éternellement aimés, avant même d’avoir seulement commencé à aimer Dieu en retour.  Accueillant la puissance de cet amour divin pour nous, nous ne pouvons que demander la grâce de savoir en témoigner à notre tour et de répandre cet amour autour de nous. Ce n’est pas quelque chose à faire quand nous aurons le temps ; ce n’est pas quelque chose à faire parce que nous n’aurons rien d’autre à faire à ce moment-là. C’est quelque chose qui s’impose à nous. Caritas Christi urget nos – la charité du Christ nous presse, écrit le même Paul dans cette même lettre aux Corinthiens ! Comment, en étant aimés absolument et inconditionnellement, ne pas aimer de même, absolument et inconditionnellement ? Serions-nous des enfants ingrats, revendiquant pour nous seuls ce que nous refusons aux autres ? Nous ne pouvons garder pour nous ce que Dieu nous partage aussi généreusement ! Comme l’écrit saint Jean dans sa première lettre : Nous devons aimer ! Il n’y a pas d’autre choix possible ! Quand j’ai lu, tout au long de la semaine écoulée, dans nos journaux, que des personnes d’origine étrangère se voit rappeler leurs origines, au point qu’elles ressentent qu’elles ne sont pas les bienvenues quand bien même elles seraient pleinement insérées depuis des années, je me dis que nous avons oublié d’aimer et que notre amour pour l’autre, différent, est en grand danger. Comment, en quelques jours, un vrai sentiment de haine a-t-il pu se développer et se répandre ainsi dans la patrie des Droits de l’Homme ? Comment une nation dont la fraternité fait partie de la devise, peut-elle ainsi manquer aussi gravement à ce qui la constitue et la définit ? La fraternité ne serait-elle plus la sœur de l’amour ? 

Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dan la faiblesse. Plus que jamais, demandons la grâce d’aimer à nouveau, profondément, absolument, inconditionnellement, toute personne qui frappe à la porte de notre cœur, à la porte de notre pays. Ne nous contentons pas de recenser et de déplorer les incidents signes d’un manque d’amour ; agissons clairement pour que l’amour dont Dieu nous aime rayonne à travers nous pour tous. Accueillons la puissance d’amour que Dieu déploie pour combler nos manques et nos difficultés à aimer. Amen.


samedi 29 juin 2024

13ème dimanche ordinaire B - 30 juin 2024

 Partage ou repli sur soi ?





 

 

            Dieu ne cesse de m’étonner ! En ce premier dimanche où nous sommes appelés à choisir nos députés, ceux qui nous représentent et font les lois, voilà que nous entendons cet extrait de la deuxième lettre aux Corinthiens qui parle d’un don généreux fait par les Corinthiens pour les chrétiens de Jérusalem. Voilà qui doit nous interroger et nous apprendre à discerner encore avant de glisser un bulletin dans une urne. 

            Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul parle du don. Il rapproche nos gestes de partages du don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il donne à notre sens du partage une dimension théologique. Ce que nous faisons pour les plus pauvres, pour ceux qui ont besoin de nous, rejoint ce que le Christ a fait pour chacun de nous. Nos gestes de partage prolongent le geste de salut que le Christ a fait en s’incarnant, en devenant l’un de nous alors qu’il était Dieu. Il a tout laissé de sa vie pour que nous puissions tout avoir ! Voilà un premier point de discernement. 

            Paul n’est pas un doux rêveur, il a le sens des réalités. Ecoutez plutôt : Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins. La rencontre avec l’autre, le différent, l’étranger, n’est jamais source d’appauvrissement, même si cela nous demande de partager ce que nous avons. La rencontre avec l’autre est toujours source d’enrichissement réciproque. De nouveaux mondes, de nouvelles perspectives s’ouvrent quand nous ne nous refermons pas sur nous-même. Et Paul parle bien d’égalité. Pourquoi aurions-nous tout quand d’autres n’ont rien ? 

            Je n’oublie pas plus que Paul le principe de réalité. Je sais que la vie est difficile et que tout augmente. Mais ce n’est pas en désignant l’étranger comme responsable que notre vie sera plus facile. Aujourd’hui, la riche Europe et la riche France – parce que oui nous sommes encore un pays riche – accueille moins que certains pays réellement pauvres du continent africain. Même si, en partageant, nous nous appauvrissons un peu, nous serons toujours plus riches que beaucoup d’hommes et de femmes dans le monde. Désigner le différent, l’étranger comme bouc émissaire de toutes nos difficultés, ne les fera pas disparaître. Par contre, se retrousser les manches avec les autres, pour trouver ensemble des solutions qui nous rendrons plus égaux, voilà qui est prometteur. Si mon unique solution à mes difficultés est de trouver un bouc émissaire, je risque fort un jour d’être celui d’un autre qui estimera que j’ai trop, que je profite trop, et que sans moi, la vie serait plus facile pour lui. Nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ; nous sommes tous l’étranger de quelqu’un ; nous sommes tous le responsable des maux des autres et la victime de leurs maux. Préférer l’entre-soi n’a jamais enrichi personne. Préférer l’entre-soi n’a jamais réglé les difficultés que nos sociétés occidentales connaissent. Ce dont nous parle Paul, c’est d’égalité, de justice et donc de paix. Il n’y a pas de paix possible sur des demi vérités. Il n’y a pas de paix possible sur le rejet des différences. Il n’y a pas de paix possible quand l’autre est vu comme le problème et jamais comme la solution.

Après quinze jours d’incertitudes et d’angoisses, le moment est venu pour nous de faire un choix. Pas d’abord le choix d’hommes ou de femmes pour nous représenter. Non, il s’agit d’abord de choisir dans quel monde nous voulons vivre aujourd’hui et faire vivre nos enfants demain. Il nous faut choisir entre ouverture pour tous, nous y compris, ou fermeture pour tous, nous y compris. Nous ne pouvons pas estimer que nous valons mieux que les autres et que nous avons droit à plus et à mieux que les autres. C’est une question d’égalité ! C’est une question d’honnêteté. Nos plus anciens ont connu un monde dans lequel un homme estimait que lui et les siens valaient plus que tous les autres. Est-ce vraiment ce monde que nous voulons reproduire ? A l’Est de l’Europe, il y a un homme qui estime que lui et les siens valent mieux que nous et qu’ils sont le salut du monde ; demandez à l’Ukraine si c’est bien vrai et si elle vit mieux depuis ! Que la sagesse de Paul nous inspire de désirer un monde où l’égalité est recherchée et le partage promu, pour le bien de tous, nous y compris. Amen.  


samedi 22 juin 2024

Fête de Saint Pierre et Saint Paul - 23 juin 2024

 Pierre et Paul, le coeur et la raison.

(Je célèbre ce dimanche dans une petite communauté qui n'a pas souvent la messe dans son village. Nous en profitons pour célébrer leur fête patronale. D'où cette homélie sur Pierre et Paul).




(Source : Icône de Saints Pierre et Paul (Réf. IC_9156) - Vente d'icônes religieuses (traditions-monastiques.com)





 

            Fêter Pierre et Paul ensemble ! Il fallait tout l’humour de Dieu, je pense, pour mettre ensemble, sur le calendrier, ces deux Apôtres que rien ne destinait à se rapprocher, si ce n’est Jésus Christ. Pierre, celui qui a connu Jésus et qui l’a suivi ; Paul, celui qui a persécuté Jésus à travers ses disciples et qui est tombé dans une connaissance renouvelée de sa foi qu’il croyait menacée. Quel beau jour que celui de cette solennité qui nous donne de les célébrer ensemble ! 

            Si je devais qualifier d’un mot Pierre, je dirais qu’il est le cœur. Toujours un peu trop rapide à parler, il a une vraie admiration pour Jésus. Sans doute ne comprend-t-il pas tout ce que Jésus dit, mais il est volontaire, franc. C’est quelqu’un sur qui on peut s’appuyer. Ce n’est pas pour rien que Jésus le choisit pour être le gardien de ses frères et la pierre sur laquelle Jésus bâtira son Eglise. Solide comme un roc, mais terriblement humain. Capable des plus grandes déclarations comme cette profession de foi entendue dans l’Evangile : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! et capable aussi d’avoir peur et de renier Jésus parce qu’il n’a pas vraiment compris les implications de sa profession de foi. Bref, tellement comme nous ! 

            Comme Pierre, nous déclarons notre attachement à Jésus et notre foi en sa personne. Et comme Pierre, nous tombons devant l’adversité, prenons peur devant les difficultés ; mais, au fond de nous, nous savons Jésus présent. Nous comptons sur cette Eglise fondée sur Pierre pour nous conduire toujours plus au Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous comptons sur Pierre pour faire de nous de meilleurs disciples, des amoureux de Jésus, comme il l’a été. 

            Si Pierre est le cœur, Paul est la raison. C’est la raison qui l’a mis en chasse de ces hommes et femmes qui, d’après lui, mettaient la foi de ses pères en danger. Mais c’est la raison aussi qui l’a emporté, et qui lui fera réfléchir et mettre par écrit les grands principes de la foi chrétienne. Il a raison de dire qu’il a mené le bon combat. D’abord le combat intérieur qui lui fera reconnaître son erreur et embrasser la foi en Jésus Christ. Puis le combat de l’évangélisation de l’empire romain, traversé du sud au nord et d’ouest en est. Combien de lieux lui doivent la foi ? Combien d’hommes et de femmes, aujourd’hui encore, lui doivent une foi plus profonde, plus riche après la lecture et l’étude de ses lettres. J’ai pour lui une tendresse particulière, parce que la profondeur de sa pensée me touche à chaque fois. Oui, Paul est la foi raisonnée, réfléchie, sans cesse reprise pour corriger les erreurs, faire grandir la foi, l’espérance et la charité de celles et ceux à qui il écrit. Plutôt que de révolutionner le monde, il préfère indiquer une voie supérieure, une autre manière de vivre. Voyez comment il a réglé le cas d’Onésime. Il était l’esclave de Philémon. Celui-ci l’a-t-il prêté à Paul ou était-il en fuite ? Qu’importe ! Ce qui compte, c’est ce qu’il écrit à Philémon quand il lui renvoie Onésime. Il ne lui dit pas que c’est mal d’avoir des esclaves ; il lui dit simplement qu’il a baptisé Onésime, et donc qu’il en a fait un frère pour Philémon. Il espère bien que c’est ainsi qu’il sera traité désormais ; mieux, il espère que Philémon l’accueillera comme s’il accueillait Paul en personne. 

            Comme Paul, ne cessons pas d’approfondir notre foi, de la réfléchir pour mieux la comprendre, et l’ayant mieux comprise, pour mieux la vivre. Parce que c’est la seule chose qui compte pour Paul : que notre foi soit bien vécue ; elle est une loi de liberté qui met loin de nous notre péché. Comme Paul, laissons-nous transformer par notre rencontre avec le Ressuscité ; comme Paul, annonçons à temps et à contre-temps celui qui nous rend libre ; comme Paul, propageons l’amour du Christ en aimant celles et ceux qu’il met sur notre route. Comme Paul, notre caractère sera adouci par Celui qui a livré sa vie par amour pour nous. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. Finalement, l’Eglise a bien raison de nous les faire célébrer ensemble car que serait le cœur sans la raison, c'est-à-dire sans la foi réfléchie ? Un vague humanisme, et l’Eglise une ONG parmi tant d’autres. Et que serait la raison sans le cœur, sans une foi simplement vécue dans l’ordinaire d’une vie ? Un système de pensée, une idéologie de plus et l’Eglise, un vague parti qui voudrait convaincre les autres qu'elle seule a la vérité. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. En les définissant ainsi, je ne dis pas que Pierre ne sait pas réfléchir (il y a deux lettres dans le NT qui montrent le contraire), ni que Paul ne sait pas aimer (il y a quatre lettres à ses amis pour prouver le contraire). Cœur et raison sont une dominante de leur caractère respectif qui, j’aime à le croire, leur ont permis de se retrouver et sans doute de s’apprécier. Qu’ils se retrouvent en nous comme ils ont su se retrouver jadis, à Jérusalem, dépassant leurs craintes et leurs oppositions. Avec eux deux, nous pourrons encore faire grandir l’Eglise, le Corps unique du Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 15 juin 2024

11ème dimanche ordinaire B - 16 juin 2024

 Au sujet du règne de Dieu...




 

 

          Règne de Dieu, Royaume de Dieu. Si vous prenez un dictionnaire de théologie biblique, ces deux expressions sont synonymes. Elles nous parlent d’une réalité qui est déjà là et encore à venir, puisque le règne de Dieu ne sera définitivement établi qu’à la fin des temps. Dans l’imaginaire collectif, ces expressions sont souvent associées à un lieu. Nous imaginons le royaume de Dieu à la manière des royaumes humains, avec leurs palais magnifiques. Pour sortir de cette identification, il nous faut alors écouter à nouveau ce que nous dit Jésus, quand il nous parle du règne de Dieu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela nous décentre et nous invite à entrer dans une autre manière de voir et de comprendre. 

          Quand Jésus parle du règne de Dieu, il utilise cette forme particulière du discours que sont les paraboles. Et il n’y en a pas qu’une, pas même seulement les deux que Marc nous livre en ce dimanche. Matthieu par exemple a un chapitre entier dans son évangile consacré aux paraboles du royaume de Dieu. A chaque parabole, une image ; à chaque image, une réalité. Autant dire que le règne de Dieu est une réalité difficile à décrire, à saisir. Et encore, Marc nous fait comprendre que ces images sont imparfaites. L’expression qu’il utilise n’est-elle pas : il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence ; ou encore il est comme une graine de moutarde. Il est comme : c’est à la fois quelque chose de ce genre et en même temps autre chose, tellement plus grand, tellement plus difficile à saisir. 

          Ce qui est sûr, c’est que le règne de Dieu n’est pas un lieu géographique ; vous ne le trouverez pas sur une carte. Ni sur une carte terrestre, ni sur une carte céleste. Il faut de multiples images pour le décrire, et pourtant il est bien réel. L’expression « Il est comme » nous permet juste de comprendre comment ça fonctionne, le règne de Dieu. De la première parabole entendue, nous comprenons que le règne de Dieu a sa propre existence, comme l’homme qui, une fois semé le grain, ne maîtrise plus la vie de cette graine. Le règne de Dieu progresse mystérieusement. Que l’homme qui a semé dorme ou se lève, la semence germe et grandit. Et elle grandit au-delà de toute espérance. C’est ce que nous enseigne la deuxième parabole. De la plus petite de toutes les semences, jaillit une plante qui étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. Nous pourrions dire que le règne de Dieu, ce n’est rien et c’est tout ; c’est ridiculement petit et extraordinairement grand. Alors qu’avons-nous à faire de ces paraboles mystérieuses et pleines de paradoxes ? En quoi nous concernent-elles ? 

Elles nous concernent d’abord parce que Jésus les prononce, et que Jésus n’a pas l’habitude de nous parler pour rien, ni en vain. Elles nous concernent parce que le règne de Dieu nous concerne, parce qu’il est fait pour nous, ou mieux parce que nous sommes faits pour le règne de Dieu. Dans sa dimension « pas encore là », le règne de Dieu est notre but, notre destinée, le fruit de notre espérance. Si le règne de Dieu est comme cette plante qui étend de longues racines, nous sommes comme ces oiseaux appelés à faire là notre nid. Dans sa dimension déjà là, si le règne de Dieu est comme un homme qui jette en terre la semence, nous sommes comme la terre qui accueille cette semence. Nous devons laisser cette semence travailler en nous pour qu’elle porte son fruit, d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Nous sommes concernés par ce règne de Dieu parce que comme nous l’espérons mystérieusement, lui a besoin de nous mystérieusement. Dieu a besoin de nous comme nous avons besoin de lui. Souvenez-vous de la première lecture de dimanche dernier, ce passage de la Genèse dans lequel Dieu cherchait l’homme : Où es-tu donc ? Nous chercherait-il s’il n’avait pas besoin de nous ? Construirait-il son règne si ce n’était pas pour nous y abriter ? Jetterait-il sa semence si ce n’était pour nous permettre de l’accueillir ? S’il est vrai que Jésus ne parle pas pour rien, il est vrai aussi que Dieu n’agit pas en vain. 

Le règne de Dieu est comme tout ce que Dieu fait : il est pour nous, pour que nous ayons la force de le construire ici-bas, et pour que nous ayons le désir de nous y abriter au terme de notre existence. Je me plais à croire qu’il en va du règne de Dieu comme du nom de Dieu jadis révélé à Moïse : il est et sera toujours celui que nous aurons besoin qu’il soit, pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et stimuler notre charité. Il est un don que Dieu nous fait pour que jamais nous ne doutions de lui. Qu’importe l’image ; qu’importe la réalité. Le règne de Dieu est, parce que Dieu existe et qu’il nous veut avec lui, maintenant et toujours. Cela doit nous suffire. Amen.

samedi 8 juin 2024

10ème dimanche ordinaire B - 9 juin 2024

 Laissons Dieu s'approcher de nous ! 





 

 

            Je suis toujours bouleversé lorsque je lis ou entends le passage du livre de la Genèse que nous avons eu en première lecture. Nous sommes au commencement, Dieu a tout créé. Il existe une harmonie, une perfection dont nous ne pouvons que rêver. Et pourtant, elle va être rompue et le premier blessé, ce n’est pas l’homme, ni sa femme d’ailleurs ; le premier blessé, c’est Dieu. La femme s’est laissé tromper par le serpent, l’homme a partagé sa faute, ils se découvrent nus, prennent peur et se cachent de Dieu, obligeant celui-ci à les chercher. Comment ne pas être saisi par cette question de Dieu adressée à chacun de nous ce matin : Homme, où es-tu donc ? 

            Peut-être avez-vous entendu un jour Raymond DEVOS. Dans un de ses sketchs, il dit ceci : J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! » Ça alors ! Ça m’étonne ! Que Dieu existe, la question ne se pose pas ! Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend. Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui. Dans un petit village de Lozère, abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré… et là, j’ai été ébloui… par une lumière intense, insoutenable : C’était Dieu ! Dieu en personne, Dieu qui priait ! Je me suis dit : Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même, pas lui, pas Dieu ! Non, il priait l’homme ! Il me priait moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui. Il disait : Oh homme, si tu existes, un signe de toi ! J’ai dit : Mon Dieu, Je suis là ! Il a dit : Miracle ! Une humaine apparition ! Je lui ai dit : Mais, mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’existence de l’homme puisque c’est vous qui l’avez créé ? Il m’a dit : Oui… mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’Esprit. Je lui ai dit : Vous voilà rassuré, mon Dieu ! Il m’a dit : Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! » 

            Il y a là quelque chose de fondamental pour notre vie spirituelle, une manière autre de la comprendre. Il arrive que des gens disent ne pas croire en Dieu parce qu’ils n’arrivent pas à le voir. Les difficultés de leur vie, l’existence du mal, les injustices commises… tout cela leur fait dire que cela ne sert à rien de chercher Dieu. Si Dieu existait, tout ce mal n’existerait pas ! Peut-être cela vous est-il arrivé, un jour, de penser ainsi. Je ne dis pas que c’est mal ; je crois juste que c’est mal comprendre le mouvement de la vie spirituelle. Pour croire en Dieu, il ne s’agit pas tant de chercher Dieu, d’accumuler des preuves de son existence, mais plutôt de se laisser trouver par lui, de se laisser approcher par lui. Que Dieu existe, la question ne se pose pas, ni pour Raymond DEVOS, ni pour Adam et Eve. Ils savent qu’ils lui doivent l’existence. La question qui se pose est celle-ci : après avoir transgressé l’unique interdit, se laisseront-ils encore approcher de Dieu ? Se laisseront-ils encore trouver par lui ? Le seul fait qu’ils se cachent, par peur de Dieu, montre bien qu’ils n’ont pas compris qui est celui qui les a appelés à la vie. Le seul fait que Dieu les cherche, montre bien que la rencontre quotidienne avec Adam et Eve n’était pas pour Lui un moyen de les surveiller, de vérifier qu’ils ont bien tout fait comme il faut, mais un moment de grâce pour eux et pour Dieu. Dieu avait plaisir à les rencontrer chaque jour, et devant leur absence, il s’inquiète : Où es-tu donc ?  

            Nous retrouvons quelque chose de cela dans la page d’évangile entendue. Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là, dehors : ils te cherchent. » Cette manie bien humaine de chercher Dieu, de chercher Jésus. Ecoutez bien la réponse de Jésus : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Certains vont pinailler en disant que c’est bien la foule qui s’est rassemblée autour de Jésus. Oui, mais elle le laisse parler, elle l’écoute ! Ce seul fait me fait dire qu’elle a laissé Jésus s’approcher d’elle, la foule. Si je vais vers quelqu’un pour lui dire quelque chose, c’est moi qui le cherche, puisque j’ai quelque chose à lui dire. Si je vais vers quelqu’un pour l’écouter, c’est lui que je laisse approcher de moi ; je le laisse me donner ce qu’il a envie de me donner. Si je ne me laisse pas trouver par Dieu, il ne pourra pas me parler ; s’il ne peut me parler, je ne saurai pas quelle est sa volonté pour moi, et donc je ne pourrai pas l’accomplir. Seul celui qui vient vers Dieu avec l’intention de se laisser trouver par Dieu, peut connaître et accomplir sa volonté. 

            Laissons-nous donc approcher par Dieu, ne nous cachons pas de lui. Quand bien même notre vie serait noire comme la nuit, allons vers lui sans crainte. Il est celui qui nous a dit par Jésus : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Seul le blasphème contre l’Esprit Saint n’aura jamais de pardon. Celui qui se laisse approcher de Dieu et qui écoute Dieu ne peut pas commettre ce péché impardonnable, puisque Dieu ne peut se retourner contre lui-même. Approchons-nous Dieu avec la ferme intention de le laisser s’approcher de nous ; et nous serons vraiment fils et filles du Très-Haut, frères et sœurs de Jésus Christ. Amen.

samedi 1 juin 2024

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 02 juin 2024

 L'Eucharistie, le don qui surpasse tous les dons.



(Arcabas, Les pèlerins d'Emmaüs)



 

 

            Si tu devais partir sur une île déserte, et que tu ne pouvais emporter qu’une seule chose, ce serait quoi ? Peut-être certains d’entre vous se sont déjà entendu poser cette question, qui fut très en vogue dans ma jeunesse. C’est une question très simple qui avait pour seul but de nous faire exprimer ce qui était le plus important pour nous, la chose sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. Bien sûr les réponses étaient aussi variées que les personnes qui étaient interrogées. Je ne saurais plus bien vous dire quelle bêtise je jugeais importante autrefois, mais je peux vous dire ma réponse d’aujourd’hui. Si je devais finir sur une île déserte, j’emporterais avec moi l’eucharistie. Pourquoi ? 

            La première raison qui justifie mon choix, c’est parce que ce morceau de pain consacré représente la certitude de n’être jamais seul. Et sur une île déserte, cela me semble plutôt important. Dans ce Pain consacré, Celui que j’aime et que je sers est présent, et il se donne et se redonne à moi autant que j’en ai besoin. Ceux qui ont vécu un temps d’adoration peuvent partager avec moi cette expérience de plénitude qui nous envahit quand nous prenons le temps de visiter le Christ. Vous pouvez vous sentir intérieurement heureux ou misérable, le Christ vous rejoint. Le silence de cette rencontre est un silence habité et vous savez, presque instinctivement, que Jésus est vraiment là. La parole qu’il a laissée à ses disciples après sa résurrection se vérifie : Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Elle n’est jamais aussi vraie pour moi que devant le Saint Sacrement. Là je trouve le Christ ; là le Christ me trouve, me rejoint dans ce qui fait ma vie du moment. Là le Christ prend soin de moi ! Il m’est arrivé d’être au milieu d’une foule et de me sentir terriblement seul ; mais cela n’arrive jamais devant le Saint Sacrement, quand bien même je serais effectivement le seul humain présent. 

            Une deuxième raison conforte mon choix d’emporter l’eucharistie : c’est que ce sacrement est notre nourriture. Comme je le dis lorsque je prêche une première communion, c’est le Pain des forts, qui nous garde dans cette force de Dieu, qui nourrit cette force de Dieu qui est en nous. Mais il est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me rend toute force quand je suis épuisé, le Pain qui me donne de pouvoir continuer alors que je voudrais tout arrêter. Dans un monde qui perd la tête, une telle nourriture me permet de ne pas désespérer. Dans un monde angoissant, cette nourriture me fait retrouver l’espérance d’un avenir meilleur. Dans un monde où les faits les plus simples et les plus avérés sont contestés, cette nourriture m’apporte la stabilité dont j’ai besoin. Là, dans ce Pain consacré, je sais que je retrouve le Christ. Là dans ce Pain consacré, je sais que le Christ se donne à moi, toujours et encore. Il se donne entièrement comme il l’a fait dans ce dernier repas partagé avec ses disciples. L’Eucharistie est le mémorial de son sacrifice, de son don absolu pour la vie des hommes. Ce qu’il a fait une fois pour toutes en se livrant sur la croix, est rendu actuel lorsque l’Eglise partage le Corps et le Sang du Christ, au point que nous pouvons dire, vingt-et-un siècle plus tard : c’est aujourd’hui que le Christ se donne, c’est aujourd’hui que le Christ se livre pour notre salut.

            L’Eucharistie, que nous célébrons dans cette fête du Corps et du Sang du Christ, est le don par excellence que Dieu nous fait. Ici, il nous donne tout. Il nous donne sa Parole, puisque jamais nous ne célébrons ce sacrement sans l’entendre nous parler ; il nous donne sa vie, puisque ce petit morceau de pain est devenu, par les mains du prêtre, le Corps du Christ offert pour notre vie ; il nous donne l’éternité, parce que ce pain et ce vin nous font entrer dans le monde et le temps de Dieu. Ce faisant, il nous donne tout son Amour, cet Amour qui nous sauve en nous donnant le pardon de nos péchés. Le pain est rompu, le sang est versé pour vous (pour nous qui sommes là) et pour la multitude (ceux qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus là) en rémission des péchés. Dieu ne peut rien nous donner de plus que son Fils, parce qu’en lui, il nous a déjà tout donné. Il est le don qui surpasse tous les dons. Comment pourrais-je accepter de vivre sur une île déserte sans emporter ce don ? 

            L’Eglise affirme avec raison que l’Eucharistie est la Source et le Sommet de notre foi. J’espère que vous comprenez mieux pourquoi elle le dit. Toute notre foi part de là, du sacrifice unique du Christ pour nous ; tout converge là, vers ce repas où Dieu nous attend pour toute l’éternité. Notre eucharistie terrestre n’est qu’un avant-goût du festin que Dieu nous servira quand nous le verrons face-à-face. Faisons venir nos frères et sœurs en humanité à cette source ; ne négligeons pas nous-mêmes cette source ; et nous parviendrons tous au sommet, à la claire vision de Dieu, à la béatitude éternelle. Amen.