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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 28 août 2016

22ème dimanche ordinaire C - 28 août 2016

La foi, un art de vivre !





Certains pourront s’offusquer de la teneur des textes de ce dimanche ; d’autres les trouveront bien « cathos ». Cette insistance sur l’humilité, sur la dernière place, qu’aucune tête ne dépasse : voilà bien un discours qui peut agacer. Pourtant, à y regarder de près, voici que se révèlent une notion tout à fait essentielle à qui veut suivre le Christ et témoigner de lui : celle de la cohérence de vie. 
Les textes de ce dimanche nous rappellent que la foi, ce n’est pas une grande idée, ni un sujet de discussion pour gens sérieux. La foi est d’abord un art de vivre. Que ce soit par Ben Sirac dans la première lecture ou par Jésus dans l’Evangile, nous sommes provoqués à réfléchir à notre manière de vivre, car notre manière de vivre révèle notre foi. C’est une constante dans la Bible. Même Paul, qui par ailleurs insiste tant sur la grâce, nous rappelle en certaines de ses lettres, que notre foi se traduit dans des gestes et des attitudes au quotidien. Un geste, une attitude valent souvent mieux que mille paroles. Les textes de ce dimanche nous rappellent que la foi, ça se vit ! 
Les conseils de Ben Sirac, s’ils peuvent paraître d’un autre temps, n’en sont pourtant pas moins bien utiles. Il nous redit simplement qu’avec un peu d’humilité, les choses se passent souvent mieux. Il est surprenant que l’homme repère très rapidement l’orgueil de son voisin, mais presque jamais le sien. Le voisin sera fanfaron, là où lui ne fera que mettre en avant ses grandes qualités. S’il est juste et bon de se connaître, dans ses forces et ses faiblesses, il n’est nul besoin d’en faire l’étalage, encore moins d’en profiter pour écraser l’autre. La seule grandeur à louer est celle de Dieu qui surpasse tout chose et tout homme. Mais pour chanter la grandeur du Seigneur, il faut justement savoir rester à sa place, reconnaître que je ne suis pas Dieu. Dieu seul mérite louange et gloire ! 
Le conseil de Jésus dans l’Evangile est sans doute celui que beaucoup comprennent bien mais appliquent mal. Quand il s’agit de se réunir entre croyants le dimanche, beaucoup choisissent encore la dernière place, comme s’ils osaient à peine entrer dans une église. Le fond d’une église est toujours plus garni que l’avant. Mais ce n’est pas cela que visait Jésus, mais bien une attitude fondamentale au quotidien. Celle qui consiste à choisir volontairement la dernière place, celle du service, celle du sans grade. L’honneur ne vient pas de la place que je choisis, mais de la place que je reçois : Mon ami, avance plus haut. Avec Jésus, ce n’est pas la peine de jouer des coudes, mais bien de se laisser rejoindre par Dieu lui-même, et de progresser avec lui. Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. On pourrait alors traduire cet art de vivre chrétien ainsi : sois à la place où Dieu te veut. Qu’importe qu’elle soit importante aux yeux des hommes ; ce qui compte, c’est qu’elle soit grande aux yeux de Dieu et que tu sois là où il te veut, car là tu seras utile, là tu seras heureux. 
L’art de vivre que Jésus nous propose, en cohérence avec notre foi, c’est de croire finalement que Dieu sait ce qui est bon pour nous, ce qu’il nous faut à tel moment de notre vie, et qu’il nous le donne. Ainsi, même un temps d’épreuve pourra être vécu comme un temps favorable pour nous ajuster davantage à la volonté de Dieu. Avec le psalmiste, nous reconnaîtrons que Dieu veille sur nous, toujours. Avec l’Eglise, nous pourrons prier encore comme nous l’avons fait au début de notre eucharistie : resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir. Amen.

samedi 20 août 2016

21ème dimanche ordinaire C - 21 août 2016

N'y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?





Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? J’ai beau tourner et retourner cette question dans tous les sens, j’avoue que je n’en comprends pas l’intérêt. Que veut cet homme à Jésus ? Qu’attend-t-il comme réponse ? Et nous, quand nous entendons cette page d’évangile, qu’attendons-nous ? 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Ma première manière d’aborder cette question, c’est celle du nombre. Cet homme s’intéresse-t-il au nombre de personnes qui seront accueillis en Paradis ? Est-ce une manière détournée de demander combien il y a de chambres disponibles ? On connaît des sectes qui ont défini un nombre de sauvés, s’appuyant sur le livre de l’Apocalypse de Jean, dans lequel on parle de 144 000 sauvés ! Le problème est que, depuis le temps qu’elles existent, elles n’ont pas encore atteint ce chiffre. Trois possibilités : soit elles sont mauvaises en conversion, soit elles sont mauvaises en calcul, soit les critères d’admission sont trop élevés ! Je ne sais pas combien l’Eglise compte de saints en tous genres, mais en 21 siècles, on devrait les avoir atteints. Jean-Paul II a ainsi canonisé 482 saints, béatifiés plus de 1400 bienheureux en quelques 25 années. Quant au pape François, il bat déjà tous les records puisqu’il dépasse les 830 saints à lui tout seul ! Si comme cet homme qui rencontre Jésus, vous vous intéressez au chiffre, attention, les places semblent devenir chères et rares ! 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Si ce n’est pas le nombre qui intéresse cet homme, je me demande alors, si pour lui, cette question n’est pas un moyen détourné pour savoir si lui sera sauvé. La réponse qu’il attend de Jésus est-ce quelque chose du genre : ne t’en fais pas mon ami, pour toi, j’ai tout prévu. Tu penses bien que tu seras sauvé !  Reconnaissons-le : nous sommes un certain nombre à penser ainsi. Ben quoi, je fais des efforts, je vais à la messe, je ne suis surtout pas comme mon voisin : pourquoi ne serais-je pas sauvé ? Je vous le demande ! Non, non, il faudra bien qu’il nous ouvre : nous avons mangé et bu en sa présence. Le salut ne peut échapper à ceux qui ont partagé sa table, n’est-ce pas ? Envisager la question ainsi ne donne peut-être pas de bons chrétiens, mais ça donne de bons scrupuleux et de bons politiques ! Je fais ce qu’il faut et je dois être élu ; c’est justice !  Sauf si Dieu choisit ses élus comme les français choisissent les leurs : là, c’est vraiment mal barré ! 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Je maintiens que cette question est sans intérêt ; elle est même dangereuse, parce qu’elle empêche de vivre, elle paralyse. Je ne suis pas sûr que Jésus attende de nous que nous nous transformions en scrupuleux, en zombie spirituel qui n’osent plus, ne risquent plus, ne vivent plus. La foi est aventure, la foi est risque, la foi est vie. Si je me laisse paralyser par l’obsession du chiffre, je vais à ma perte. Si je cherche à me pousser du col, je vais à ma perte. Le salut est grâce, le salut est don. Ce n’est pas une récompense à mériter, c’est un cadeau à accueillir, à accepter. Si je refuse de vivre par peur de me perdre, si je refuse d’oser par peur de me perdre, si je me refuse à risquer par peur de me perdre, je suis déjà perdu. Ce ne sont pas nos échecs qui nous perdrons, mais nos manques d’audace. Nos échecs ont cette vertu de réveiller la miséricorde de Dieu. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Cette affirmation n’est pas un pousse-au-crime, mais une certitude qui doit nous empêcher de sombrer lorsque nous tombons en chemin ; elle doit nous permettre de nous relever, et de recommencer. Il vaut mieux entrer au Paradis en passant humblement par la porte étroite que de vouloir forcer le passage par la grande porte et être refoulé par excès d’orgueil !
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Plutôt que d’adresser à Jésus cette demande, adressons-lui notre prière confiante : je ne sais pas si je mérite d’être sauvé, Seigneur, mais je compte sur toi, je compte sur ton amour pour les pécheurs pour me faire grâce malgré tout. Je ne compte ni sur moi, ni sur mes forces, mais sur toi et sur ta grâce. Nous pouvons aussi reprendre les mots que nous donne la liturgie avant la communion : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. Comprenons bien : et je serai sauvé. Sauvé sur une parole du Christ, ni plus, ni moins. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 12 août 2016

20ème dimanche ordinaire C - 14 août 2016

Vive les olympiades de la foi !
 
 


Rio a beau être éloigné, nul n’ignore que s’y déroulent en ce moment les jeux olympiques d’été. Peut-être y a-t-il même parmi vous des veilleurs, attendant avant impatience la retransmission en direct des épreuves auxquelles participent vos champions favoris. Si j’en parle ce matin, c’est parce que l’auteur de la lettre aux Hébreux utilise l’image du sport pour nous inviter à renouveler notre vie de foi. Nous pourrions, en cette année olympique, décider de vivre quelque chose de l’esprit de ces jeux, non pas pour nous opposer les uns aux autres, ni même mesurer notre foi, mais pour vivre notre foi comme une grande épreuve, une course d’endurance, ou une épreuve de lutte pour reprendre la lettre aux Hébreux. 
 
Les sportifs, j’entends par là ceux qui ne se contentent pas de transpirer devant un écran ou dans les gradins d’un stade, les sportifs pratiquants donc, savent que nul ne devient champion sans effort. Il faut bien du travail, de la persévérance, de l’abnégation et une dose de sacrifice pour arriver à se dépasser, pour être le meilleur. Le sport a cette capacité de nous pousser dans nos retranchements, de nous faire dépasser nos limites, pour aller plus vite, plus haut, et être le plus fort, selon la devise des jeux olympiques modernes : Citius, Altius, Fortius. Cette devise n’est d’ailleurs pas de Pierre de Coubertin, mais de son ami et conseiller Henri DIDON, prêtre dominicain, proviseur d’un lycée catholique. Il l’a fait broder sur le drapeau de son école pour encourager ses élèves à se dépasser à l’occasion de rencontres sportives qui opposaient les élèves du lycée catholique à des élèves des lycées publics. Ces trois mots : Citius, Altius, Fortius, sont une invitation à donner le meilleur de soi-même et vivre ce dépassement comme une victoire. Il ne s’agit pas d’être le premier toujours, mais bien de cheminer vers ses limites et tendre vers l’excellence (Wikipédia). Une attitude que ne renierait en rien l’auteur de la lettre aux Hébreux. 
 
Débarrassés de ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus. Tout est là : citius : courons ; altius : débarrassés de ce qui nous alourdit ; fortius : avec endurance. Mais l’épreuve dont il parle n’est pas une course dans un stade, c’est l’épreuve de la foi. Citius : aller plus vite, courir vers le Christ, parce qu’il y a urgence à se convertir, urgence à faire le choix du Christ ; Jésus nous le rappelle lui-même dans l’évangile. Il exprime bien son impatience à voir se réaliser le salut de tous : Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !  Altius : comment nous élever vers Dieu si le péché nous retient au sol, plongés dans notre fange ? Il nous faut viser plus haut, porter notre regard au-delà de nos envies terrestres, pour nous élever vers la volonté de Dieu pour nous. Il faut faire fondre la graisse de nos péchés mignons et garder nos yeux fixés sur Jésus, lui qui a été élevé sur la croix pour nous conduire à Dieu. Si nous ne gardons pas en ligne de mire Jésus, mort et ressuscité, qui siège à la droite du trône de Dieu, nous nous effondrerons lamentablement. Oui, notre regard doit être levé vers le Christ, levé vers ces réalités d’en-haut auxquelles nous sommes destinés. Fortius : être toujours plus forts, ne pas se relâcher. Nous savons bien que, dans la vie de foi, si on s’installe, on retombe. La lutte contre le péché n’est jamais finie. Si nous ne sommes pas attentifs, si nous ne sommes pas comme l’homme fort dont parle Jésus dans une de ses paraboles, l’adversaire survient et envahit notre maison. Nous devons vivre dans la force de Dieu, la force de l’Esprit Saint, pour vaincre dans ce combat spirituel. 
 
A ceux qui se décourageraient en chemin, trouvant qu’aller plus vite, plus haut et être toujours plus fort, c’est irraisonnable, je voudrais rappeler cette autre devise olympique qui n’est pas non plus de Pierre de Coubertin, mais d’Ethelbert TALBOT, évêque de Pennsylvanie : l’essentiel n’est pas de gagner mais de participer. Il a utilisé cette formule dans son homélie lors de la messe olympique des jeux de Londres en 1908 (Wikipédia). C’est une autre belle devise pour ceux qui s’engagent dans une vie spirituelle, parce qu’elle nous rappelle que la victoire, c’est le Christ seul qui nous l’obtient. Mais nous devons participer à sa vie, participer à la lutte contre le Mal, dès ici et maintenant. Et lorsque nous tombons, eh bien nous nous relevons, et nous recommençons à aller plus vite, plus haut, plus fort, participant encore et toujours à la vie du Christ, l’essentiel de notre existence, lui qui est à l’origine et au terme de la foi. En cet été olympique, engageons-nous dans une olympiade de la foi, non pour gagner une médaille, mais la vie éternelle. Amen.

samedi 6 août 2016

19ème dimanche ordinaire C - 07 août 2016

La vie de foi, une vie en tension.






Nous reprenons, et pour quatre semaine, la lecture de la lettre aux Hébreux. Un écrit difficile à appréhender pour beaucoup, mais qu’il ne faudrait pas pour autant mettre de côté. Le passage que nous venons d’entendre en seconde lecture, est tout à fait fondamental ; il nous permet de comprendre ce qui fait l’unité de nos textes sacrés et la continuité de l’œuvre du salut entreprise par Dieu depuis l’appel d’Abraham jusqu’à son merveilleux accomplissement en Jésus Christ. 
 
Deux mots caractérisent la démarche d’Abraham : la promesse et la foi. La promesse, c’est l’engagement de Dieu envers ce vieillard qu’il appelle et met en route ; il aura une terre, il aura une descendance innombrable. Pourtant, nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, Abraham vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte. Bien qu’il soit arrivé au lieu promis, il vit dans l’attente constante d’un ailleurs encore à acquérir. Ce n’est pas un manque de foi qui l’empêche de reconnaître, dans cette terre où il arrive, la Terre promise. Il a bien conscience d’être sur la terre que Dieu lui a promise ; mais il sait aussi qu’elle n’est qu’une image de la vraie Terre promise qu’il attend encore. Sa foi lui fait donc entrevoir que ce bout de terre n’est qu’un avant-goût de la réalisation pleine et entière de la promesse faite par Dieu. C’est bien cela qui lui permet d’offrir son fils unique en offrande à Dieu lorsque le sacrifice d’Isaac est réclamé, parce qu’il sait, dans sa foi, que Dieu peut tout dans cette Terre attendue, même ressusciter les morts. Abraham montre bien ce qu’affirme l’auteur de la lettre au début du chapitre 11 : la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. A partir d’une promesse, Abraham s’est mis en route ; par sa foi, il a vu ce qu’il espérait et qu’il ne verrait que par-delà la mort (le Royaume de Dieu) ; son espérance lui a donné de vivre comme s’il y était déjà. 
 
Ce sont cette même promesse et cette même foi qui traversent tous les textes bibliques, l’Ancien et le Nouveau Testament et qui font leur unité. Abraham et sa descendance sont bien nos pères dans la foi. Matthieu ne s’y trompe pas, lui qui inaugure son évangile par la généalogie de Jésus, montrant bien ainsi la continuité entre la foi d’Israël et la foi chrétienne. Cette dernière ne se substitue pas à la première, elle la prolonge, et pour nous chrétiens, elle l’accomplit parfaitement. En Jésus, la promesse faite à Abraham, et toutes les promesses contenues dans le Premier Testament, sont accomplies, réalisées en ce fils unique, mort et ressuscité. Il reste maintenant à ces promesses de se réaliser dans nos propres vies. Avec Abraham, nous sommes héritiers des promesses ; comme Abraham, nous avons à vivre dans la foi et l’espérance de leur accomplissement. Certes, Jésus a déjà vaincu la mort et le péché une fois pour toutes ; mais nous vivons dans la tension que cette réalité s’accomplisse désormais en nous. Marqués par le péché et la mort, nous devons vivre dans la foi (posséder cette vie éternelle que nous espérons encore) pour que parvenions, nous aussi, au Royaume où Dieu nous attend. La victoire est à nous, en Jésus, premier-né d’entre les morts : c’est une certitude. Mais cela ne nous dispense pas de livrer le bon combat et participer ainsi pleinement à cette victoire. Nous ne sommes, nous aussi, que des étrangers et des voyageurs sur cette terre, en attendant de parvenir à la Jérusalem nouvelle où Dieu sera tout en tous. Comme Abraham, nous avons notre pèlerinage à accomplir sur cette terre. 
 
Notre foi, ce n’est pas d’abord quelques mots prononcés au cours de la messe ; notre foi, c’est d’abord un art de vivre, tendu vers un monde toujours à attendre, tendu vers un Christ toujours à accueillir, tendu vers des frères toujours à servir et à aimer. Toute notre eucharistie est vécue dans cette tension : nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. Un jour, nous la vivrons dans la gloire du Royaume. En attendant ce jour, vivons dans la certitude d’être sauvés, vivons en nous revêtant chaque jour de la bonne tenue : celle du service et l’amour de tous. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 31 juillet 2016

18ème dimanche ordinaire C - 31 juillet 2016

Quand l'homme veut se servir de Dieu...






Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous venons de vivre une semaine partagée entre la joie, telle qu’elle s’exprime chez les jeunes rassemblés à Cracovie autour du pape François, et l’horreur, telle qu’elle s’est exprimée à travers l’assassinat sauvage d’un prêtre âgé, célébrant l’amour inconditionnel de Dieu pour tous les hommes dans le sacrement de l’eucharistie. Et reconnaissons-le, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Des prêtres qui sont assassinés, ce n’est pas une chose rare dans le monde. Mais chez nous, en France, en plein 21ème siècle, cela ne s’était jamais vu. Les guerres de religion ont suffisamment marqué l’histoire de notre pays pour qu’aucune Eglise, aucune croyance ne peuvent honnêtement souhaiter le retour à ces temps obscurs. Le pape François, d’ailleurs, a clairement rappelé que si nous étions bien en guerre, ce n’était pas une guerre de religion, mais bien une guerre plus « conventionnelle » liée à des intérêts politiques, économiques ; bref des enjeux de pouvoirs. Ce n’est pas parce que des assassins crient le nom de Dieu qu’il faut crier à la guerre sainte ! L’homme ne peut jamais se servir de Dieu pour servir ses propres intérêts. 
 
L’Evangile de ce dimanche va bien dans ce même sens. Lorsque quelqu’un, du milieu de la foule, demande à Jésus : ‘Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage’, Jésus lui répondit : ‘Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?’ Comprenons bien ce qui se joue ici. Voilà quelqu’un, on ne sait pas si c’est un homme ou une femme, qui fait une demande du milieu de la foule. Il ne fait pas partie de ceux qui suivent Jésus, sinon Luc aurait parlé d’un disciple. Non, ce n’est qu’un badaud, un quelconque qui veut mettre Jésus dans sa poche, s’en servir pour régler une question familiale. Il ressemble à tous ceux qui ne participent jamais à la vie d’une communauté, mais qui, selon ce dont ils ont besoin, se souviennent que peut-être Dieu existe et qu’à partir de ce moment-là, il n’y avait aucune raison qu’il n’intervienne pas pour eux. Dieu n’est pas vraiment Dieu pour eux, juste un alibi, un larbin de service qu’on siffle quand on en a besoin. Ils ne viennent pas à la rencontre de Jésus pour mieux le connaître ; ils convoquent Jésus, ils convoquent Dieu pour qu’il s’exécute en leur faveur. 
 
Les assassins de ce prêtre ont procédé de la même manière : en criant le nom de Dieu, ils l’ont convoqué pour s’en servir, mais ils n’ont pas servi Dieu. Aucun Dieu, qu’il soit annoncé par la Bible ou le Coran, ne peut souhaiter, voire exiger la mort de ceux qui croient autrement, prient autrement, vivent autrement. Mais si d’aventure un tel Dieu existait, il ne mériterait ni son titre, ni l’honneur que les hommes doivent lui rendre. Invoquer le nom de Dieu pour commettre le Mal, c’est offenser gravement Dieu, que vous soyez chrétiens, juifs ou musulmans. Les différents responsables religieux qui se sont exprimés après ce crime ont tous réaffirmé cette même conviction. Dieu ne peut être que du côté de la vie ; Dieu ne peut être que du côté de la paix ; Dieu ne peut être que du côté de la fraternité universelle ; Dieu ne peut être que du côté de l’entraide ; Dieu ne peut être que du côté du partage. 
 
Lorsque nous doutons de l’utilité de poursuivre le dialogue avec celui qui croit autrement que nous, lorsque la peur de l’étranger nous gagne, lorsque nous commençons à croire qu’il vaut mieux que tous ces croyants autrement retournent chez eux, parce que la France ne peut être que judéo-chrétienne, nous participons au même péché : nous voulons nous servir de Dieu pour justifier des orientations politiques en contradiction flagrante avec l’Evangile que nous devons vivre. Depuis le crime, les manifestations en hommage de ce prêtre se sont multipliées. Le plus bel hommage que nous pourrons lui rendre, c’est de poursuivre la voie qu’il avait lui-même empruntée, celle d’une présence vraie, d’une présence amicale et d’un désir de comprendre l’autre, de le rencontrer, sans rien renier de ce qu’il était, sans demander de conversion en contrepartie. Le meilleur hommage à rendre à ce prêtre martyr, c’est de vivre vraiment ce que nous croyons, de vivre vraiment selon l’enseignement du Christ. Il nous a invités à aimer chaque homme, et à prier pour chacun, même celui que nous pourrions considérer comme un ennemi. N’est-ce pas Jésus qui a proclamé heureux les artisans de paix ?
 
Comme souvent, c’est saint Paul qui a raison lorsqu’il nous demande de faire mourir en nous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Loin de nous servir du Christ, nous devons servir le Christ en revêtant l’homme nouveau… Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. Qu’il en soit ainsi pour nous en ces temps troublés. Amen.

(Dessin de Tomy Ungerer)

dimanche 24 juillet 2016

17ème dimanche ordinaire C - 24 juillet 2016

A l'école d'Abraham et de Jésus...





Il est surprenant, ce dimanche du temps ordinaire qui aborde la prière sans jamais vraiment dire comment faire. Nous aurions sans doute aimé un vrai traité sur la prière, donné de manière exhaustive, pour que nous sachions enfin comment faire au quotidien. Un discours du style : premièrement, pour prier, il faut… deuxièmement, n’oubliez pas de… enfin, troisièmement, songez à… Mais non, rien de tout cela. A la place d’un discours sur la prière, nous avons l’exemple de deux priants : Abraham et Jésus. 
 
Il est surprenant, Abraham, quand Dieu lui confie son projet au sujet des villes de Sodome et Gomorrhe ! Elles n’ont pas bonne réputation ; la clameur au sujet de Sodome et Gomorrhe est grande ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Même Dieu en est incommodé au point de décider d’aller voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à lui. Nous comprenons bien que cela ne peut plus durer ainsi. Dieu envoie donc ses messagers pendant qu’il s’entretient avec Abraham à ce sujet. Le Père Markowitz, dominicain, qui prêchait la retraite à laquelle je participais cette semaine, nous expliquait la nécessité de cet entretien entre Dieu et Abraham, en nous rappelant que la vocation d’Abraham était d’être une source de bénédiction pour tous les peuples. Ce sont les termes de l’alliance fondamentale entre Dieu et Abraham ; si donc Dieu n’entretenait pas Abraham de son dessein pour Sodome et Gomorrhe, il romprait de lui-même l’alliance qu’il a conclue avec son serviteur. Ce n’est qu’en l’avertissant de ce qu’il entend faire, qu’Abraham peut exercer sa vocation. On comprend donc aussi son marchandage avec Dieu. Malgré la rumeur qui court sur ces deux villes, Abraham entend jouer sa part de l’alliance : être pour ses villes source de bénédiction, autant que cela est possible. Ce qui nous vaut cette belle prière d’Abraham qui intercède pour ces peuples. 
 
Elle est surprenante, cette prière, qui ressemble davantage à un marchandage ; mais elle a un but précis. Non pas tant d’abord de détourner Dieu de son dessein que de préserver Dieu lui-même. Pour Abraham, Dieu ne peut pas agir comme si la justice n’avait pas d’importance, comme si le juste devait mourir avec le coupable, comme si le droit pouvait être bafoué par Dieu, sans conséquence. Abraham n’intervient pas pour les villes, mais pour les justes qui pourraient s’y trouver, pour ceux qui ne sont pas coupables de cette clameur qui monte vers Dieu. Quelle image Dieu donnerait-il de lui s’il ne faisait pas de différence entre le juste et le méchant ? Et Abraham de commencer sa litanie : Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville…Peut-être sur les cinquante en manquera-t-il cinq… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ?… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? Abraham a fait preuve de hardiesse ; il s’arrêtera là, à dix. Pour laisser à Dieu un espace, pas beaucoup (10), mais suffisant pour que Dieu puisse accomplir sa volonté (Père Markowitz). Si Abraham nous apprend que nous pouvons tout oser dans notre prière, même ce qui semble n’être qu’un vulgaire marchandage, il nous apprend aussi qu’il faut savoir s’arrêter à temps par respect pour Dieu, par respect pour sa liberté. Abraham a tout tenté, il a abaissé considérablement le seuil fatidique ; le reste, c’est entre Dieu et les habitants de ces cités. S’il avait poursuivi plus bas encore, il aurait été inconvenant. En prière, tout est question de bonne mesure, semble-t-il ! 
 
Elle est surprenante, la question que les disciples adressent à Jésus, car enfin, membres du peuple que Dieu s’est choisi, ils savent prier, ils participent à la prière de leur peuple, au temple ou à la synagogue. Pourtant, ils veulent plus ; ils veulent que Jésus leur apprenne à prier comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. La prière n’est donc pas neutre. Elle identifie celui qui la prononce. Les disciples de Jean prient de telle manière, les disciples de Jésus prieront comme Jésus le leur apprendra. Pour être tout à fait clair, si tu pries comme Jésus l’apprend à ses disciples, tu es donc toi aussi un disciple de Jésus ! On ne dit pas une prière par hasard ; elle traduit notre foi, notre espérance, notre appartenance. Et prier comme Jésus l’a appris à ses disciples, c’est prier le Notre Père. C’est bien là la réponse de Jésus à la demande de ses disciples : Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. Nous dirons tout à l’heure la version liturgique de cette prière, qui est le minimum requis pour se dire chrétien. Il n’y a rien de plus dramatique pour un célébrant que de se retrouver face à une assemblée qui ne saurait plus dire cette prière qui nous identifie comme disciples de Jésus. Ce serait le début de la fin de l’Eglise ! Ce qui compte donc, ce n’est pas tant la méthode que le contenu de la prière ; notre prière doit s’inscrire dans la prière de Jésus. Lorsque nous disons le Notre Père, nous nous unissons à la prière du Christ dans la première partie de la prière, et nous nous conformons à son enseignement dans la seconde partie. Avec Jésus, nous reconnaissons la sainteté de Dieu et notre désir de le savoir connu par tous les hommes ; selon l’enseignement de Jésus, nous demandons ensuite pour nous le pain quotidien, le pardon et la libération du Mal. En fait, nous pourrions dire que Jésus nous demande de le demander lui, à Dieu notre Père : Jésus n’est-il pas le pain qui nous nourrit, la source du pardon offert et celui qui, par sa mort et sa résurrection, nous délivre du Mal ? 
 
A l’école d’Abraham et de Jésus, osons nous mettre en prière. Osons nous présenter devant Dieu, lui confiant nos soucis, nos joies, nos peines, et ceux et celles de nos frères en humanité. Nos chants n’ajoutent rien à ce qu’est Dieu, mais ils nous rapprochent de lui, par le Christ, notre Seigneur. C’est par lui que toute prière doit être présentée devant Dieu ; c’est par lui que nous obtenons toute grâce de Dieu. Amen.

samedi 16 juillet 2016

16ème dimanche ordinaire C - 17 juillet 2016

Avec Marthe et Marie, unifions notre vie.




Marthe & Marie, ou comment choisir entre le yoga chrétien et l’action catholique. Voilà bien présentée, me semble-t-il, la problématique que soulève la liturgie de ce jour. C’est d’ailleurs un grand poncif de la catéchèse et de la prédication. On ne prie jamais assez ; on n’agit jamais assez. Alors quand les deux choses que sont la contemplation et l’action sont mises face à face, que choisir ? 


En lisant l’évangile de ce jour trop rapidement, on pourrait en conclure, trop rapidement aussi, qu’il vaut mieux privilégier la contemplation. Rester là, calme, ne rien faire d’autre que d’essayer d’entrer en contact avec Dieu. C’est bien ce qui semble ressortir de la réponse de Jésus à Marthe qui jalouse sa sœur Marie : Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. Faudrait-il donc suivre cette voie ? Les moines et les moniales auraient-ils alors fait le seul choix acceptable aux yeux du Christ ? Les religieuses cloîtrées vaudraient plus que les religieuses apostoliques ? Pire, dans ce Carmel, les sœurs du chœur auraient-elles plus d’importance que la tourière ?
En nous interrogeant ainsi, nous sentons bien que nous faisons fausse route. Il faut certes lire chaque page d’évangile pour elle-même, mais sans la couper, sans l’isoler du reste. Avant d’opposer ces deux sœurs, regardons l’Evangile dans son ensemble et soyons attentifs à la manière d’agir de Jésus lui-même. Que constatons-nous ? Que Jésus est un grand actif : il parcourt le pays, enseigne les foules, pose des signes forts, guérit des malades nombreux. Mais… Jésus est aussi un grand priant : combien de fois ces disciples l’ont-ils trouvé au petit matin, en prière, à l’écart. La prière de Jésus devient ainsi comme le moteur même de son action ; et son action, comme la révélation au monde de sa grande proximité, sa grande intimité avec Dieu. 
Le livre de l’ecclésiaste nous apprend qu’il y a un temps pour tout. De même, il y a un temps pour prier et un temps pour agir. Les deux ne s’opposent pas ; ils se complètent. Que vaudrait notre action, même catholique, si elle était déconnectée de la prière, déconnectée de toute vraie relation au Dieu vivant et vrai ? Que vaudrait toute activité pastorale si elle ne renvoyait ces auteurs et ses bénéficiaires à l’unique nécessaire : la fréquentation et la suivance du Christ ? Ce ne serait que du vent, vaine agitation à peine capable de brasser un peu d’air ! Que vaudrait notre contemplation si elle ne nous menait pas aussi au Dieu vivant et vrai par les frères rencontrés et soutenus, soutenus y compris par notre prière ? A quoi servirait ma prière si elle ne me tournait pas vers chacun de ceux que le Christ met sur ma route ? Ce ne serait qu’une sorte de yoga chrétien, tout juste capable de me dé-stresser, de me faire évader de ce monde quelquefois trop envahissant. 
Action et contemplation sont définitivement à lier, comme nous sommes invités à lier amour de Dieu et amour du prochain. Il n’y a pas d’action chrétienne qui ne me renvoie et ne renvoie les autres à Dieu ; il n’y a pas de prière chrétienne sans retour vers la vie, sans retour vers les frères. Marthe et Marie sont chacune un aspect de la vie chrétienne. Il faut les tenir ensemble, sans en diminuer aucune. La preuve nous en est donnée par les ordres contemplatifs : dans les grandes traditions monastiques, il y autant de temps consacré au travail qu’à la prière …et au repos. Nous n’aurons jamais fini de choisir entre Marthe et Marie, parce qu’il n’y a rien à choisir. Nous avons à unifier notre vie à l’exemple du Christ lui-même ; alors notre prière sera vraiment efficace ; alors notre action conduira les cœurs à la conversion. Il y Marthe et Marie en chacun de nous : à nous de savoir quand donner la priorité à l’une ou à l’autre selon ce que les circonstances exigent. Pour l’heure qui nous rassemble, assurément, c’est Marie qui doit avoir la première place ! En doutiez-vous ? 
Au début de nos vacances, il est heureux que ce soit justement cette page d’évangile qui nous soit proposée. Quel meilleur temps que celui des vacances pour réunifier notre vie, pour redonner du sens à ce que nous vivons. Ce temps n’est pas simplement donné aux hommes pour se reposer ; il est aussi un temps favorable pour se rapprocher de Dieu, pour retrouver ce Dieu que les soucis du monde, du travail et de la famille ont pu éloigner de nous. Au hasard de nos pérégrinations, prenons le temps de nous isoler dans telle église, telle chapelle remarquable, non pas comme un touriste de base qui les traverserait plus vite qu’il ne traverserait la place du marché, mais comme un croyant qui sait que ce lieu est habité par quelqu’un qui attend un signe, un geste, une prière, qui lui diront qu’il est important pour nous comme nous sommes importants pour lui. Que ce temps de vacances ne soit pas qu’un temps d’agitation supplémentaire ; nous aurions perdu et notre temps et nos vacances s’il en était ainsi. Que Dieu nous en préserve donc, lui qui a envoyé son Christ parler à notre cœur et nous entraîner à sa suite. Amen.
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 211, Juillet 2004, éd. Marguerite)