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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 12 octobre 2019

28ème dimanche ordinaire C - 13 octobre 2019

Baptisés et envoyés : l'Eglise du Christ en mission dans le monde.







            Tout ce mois d’octobre a été voulu par le Pape François comme un mois missionnaire extraordinaire. Nous reconnaissons-là son souci constant, depuis son élection, de renvoyer les catholiques à leurs fondamentaux, à ce qui fait le cœur même de l’existence chrétienne. La mission fait partie de ces fondamentaux. La mission, quoi qu’en pense certains, n’est pas l’apanage d’une caste sacerdotale et religieuse : elle est inscrite au cœur même de notre baptême. Le thème retenu pour ce mois missionnaire pour toute l’Eglise nous le redit à sa manière : Baptisés et envoyés : l’Eglise du Christ en mission dans le monde.

            Au commencement de tout, il y a donc le baptême. C’est juste de dire que le baptême nous introduit dans l’Eglise ; c’est tout aussi juste de dire que le baptême fait de nous des fils de Dieu le Père. C’est encore juste de croire que le baptême nous configure au Christ, nous identifie à lui, fait de nous des autres Christ. Mais n’oublions jamais que si le baptême réalise bien tout cela, il nous oblige à un style de vie conforme. Le baptême, comme chacun des sacrements d’ailleurs, n’est pas donné au seul bénéfice du récipiendaire. Les sacrements sont toujours célébrés au bénéfice de l’Eglise qui en vit. Quelqu’un est baptisé ; et voilà que toute l’Eglise, en chacun de ses membres, est renvoyée à sa manière de vivre son baptême et à sa capacité à témoigner du Christ qui l’appelle à sa suite, à la rencontre de Dieu, sous la conduite de l’Esprit Saint. Le baptême nous met en route ; il ne nous installe pas dans une foi confortable. Nous identifiant au Christ, il nous invite à vivre comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux frères, en mission permanente. Un baptisé qui, par son art de vivre, n’annoncerait pas le Christ et ne donnerait pas envie de vivre selon la parole du Christ, manquerait à son devoir élémentaire. 

            Ecoutons ce que disaient les Pères conciliaires dans le décret Ad gentes du Concile Vatican II : au chapitre deux, est rappelé ce qu’est l’activité missionnaire de l’Eglise qui nous incombe à tous. En premier lieu, il s’agit du témoignage de vie et du dialogue nécessaire avec ceux qui ne connaissent pas le Christ comme celui qui sauve les hommes. Le décret affirme : « Tous les fidèles, partout où ils vivent, sont tenus de manifester, par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés par la confirmation, afin que les autres, considérant leurs bonnes œuvres, glorifient le Père (cf. Mt 5, 16) et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion entre les hommes » (A.G. n°11). Avant d’engager les non croyants ou les croyants autrement, l’activité missionnaire engage d’abord les catholiques à un style de vie qui reflète leur foi. Ceci ne peut se faire sans un dialogue authentique, à la manière du Christ lui-même. Ecoutons encore les Pères conciliaires : « Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même ses disciples, profondément pénétrés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous la Seigneurie du Dieu Sauveur » (A.G. n°11). Témoignage de vie et dialogue sincère avec les autres pour donner le goût du Christ, deux axes que nous pouvons développer dans l’ordinaire de notre vie. 

            L’activité missionnaire des baptisés ne vise donc pas d’abord à convertir le voisin ; Dieu seul convertit les cœurs. Mais elle consiste à sortir de notre zone de confort pour aller à la rencontre de l’autre. Plus les baptisés vivront en chrétiens, plus le Christ sera connu des hommes. Plus les baptisés oseront rendre compte de celui qui les fait vivre, plus le Christ sera reconnu par les hommes comme pouvant être celui qui donne sens à leur vie. Il ne s’agit pas de stratégie, ni de plan d’action à développer, mais simplement de vivre en honnête homme et en honnête disciple du Christ. Paradoxalement, il semblerait que cela soit plus facile quand nous sommes moins nombreux. Là où les chrétiens sont minoritaires, ils ont moins de difficulté à vivre cette mission ordinaire. Peut-être que la crise que traverse l’Eglise aujourd’hui vient du fait, qu’ayant été majoritaires, les chrétiens ont cru que tout allait de soi, qu’il n’y avait plus de témoignage à apporter. Le problème est qu’un chrétien qui ne témoigne plus, est un chrétien qui s’éloigne du Christ. Et quand trop de chrétiens ne témoignent plus, c’est le monde lui-même qui s’éloigne du Christ, puisque plus personne ne voit ni ne comprend ce que le Christ peut apporter aux hommes.

            Pour nous sentir à nouveau envoyés par le Christ pour témoigner de lui, il nous faut comprendre à frais nouveau ce que signifie le baptême que nous avons reçu et à quoi il nous engage. Il n’est pas un moment de notre vie ; il est notre vie ! Il est notre style de vie ! Revenons à la source de notre baptême pour repartir, joyeux et confiants, à la rencontre du monde où le Christ nous précède. Amen.


(Affiche officielle du Mois missionnaire extraordinaire)


samedi 5 octobre 2019

27ème dimanche ordinaire C - 06 octobre 2019

Dimanche du judaïsme.







Ce dimanche, situé entre le nouvel an juif et la fête de Yom Kippour, est pour nous, chrétiens, le dimanche du judaïsme, qui doit « nous rappeler nos racines juives et nous faire prendre conscience de la mission spirituelle du peuple juif appelé à sanctifier le nom de Dieu ». Nous pouvons nous réjouir avec eux et les porter dans notre prière, en ces jours où ils revivent de manière particulièrement forte le pardon, la conversion du cœur et la joie d’être réconcilié en Dieu. La succession des fêtes (Roch Hachana, Yom Kippour et Souccoth) doit nous interpeler également dans notre rapport à Dieu, à son Alliance et à notre fidélité à celle-ci. 

Le prophète Habacuc, que nous avons entendu en première lecture, pose avec acuité la question du Mal, principal obstacle à la foi. Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchainent. Cette expérience n’est propre ni au prophète, ni au peuple juif. Elle est nôtre à bien des moments de notre existence. Beaucoup de nos contemporains, ne sachant réduire cette énigme, font le choix d’abandonner. Si Dieu ne répond pas, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas, disent-ils. Entendre cette lecture d’Habacuc, à ce moment particulier du calendrier de nos frères ainés dans la foi, nous permet de trouver dans ces fêtes un début de réponse. La fête de Roch Hachana (le nouvel an juif, qui a été célébré du soir du 29 septembre au soir du 01er octobre) nous fait nous souvenir que Dieu est bon, qu’il a donné la création dont on célèbre l’anniversaire ; mais elle nous rappelle aussi que l’homme a sans cesse à se purifier et à demander pardon, à Dieu et à son prochain, pour le mal commis. Cela montre bien que le mal vient du cœur de l’homme. En même temps qu’il célèbre les dons faits par Dieu dans sa création, il entre dans un temps de purification pour correspondre toujours plus à ce que Dieu attend de lui. Le pardon et la réconciliation avec Dieu et le prochain, célébrés lors de Yom Kippour (du 08 octobre au soir au 09 octobre au soir) ne sont pas alors un moment d’humiliation, mais un temps de grâce et de salut. En demandant pardon, l’homme permet à Dieu de rendre la création, y compris l’humanité, telle qu’il l’avait faite. D’où la joie de la fête de Souccoth qui suit (du 13 octobre au soir au 22 octobre au soir) : quand Dieu pardonne, l’homme est libéré, réconcilié, comme jadis au temps de l’Exode, après la sortie d’Egypte. L’homme sait qu’il pourra toujours compter sur Dieu. 

A ceux qui s’interrogent sur le Mal, une triple réponse est donc donnée : Souviens-toi que Dieu est bon ; purifie-toi et pardonne ; réjouis-toi de ce que Dieu a fait pour toi. Que ce soit Habacuc que nous avons entendu, ou n’importe lequel des prophètes de la Première Alliance, le message est le même. C’est de la fidélité à l’Alliance de Dieu que vient le salut. C’est Dieu qu’il faut servir ; c’est Dieu qu’il faut écouter ; c’est Dieu qu’il faut suivre. Chrétiens, nous ferons un pas de plus en incluant Jésus, dans le processus, comme nous le faisait chanter un cantique de mon enfance : Dieu fait de nous, en Jésus Christ, des hommes libres : tout vient de lui, tout est pour lui, qu’il nous délivre ! La foi de Jésus, qui est celle du peuple juif, devient pour nous foi en Jésus, ce qui nous est propre. Les promesses faites par les prophètes, nous croyons que Jésus les a accomplies. Il est, pour nous, la source du salut pour tous les hommes ; il est celui qui a réconcilié, par son sang, tous les hommes avec Dieu. Il n’y a plus, selon le mot de Paul, ni Juifs, ni païens, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, mais tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ. En Jésus, né juif par Marie, mort juif, ressuscité dans la puissance de l’Esprit Saint, la vocation d’Israël d’être lumière menant toutes les nations à la connaissance du Dieu unique et vrai, est devenue réalité. Nous devons remercier le peuple choisi par Dieu pour sa fidélité à l’Alliance première ; nous devons le remercier d’avoir engendré Jésus, qui par une fidélité parfaite nous vaut d’être incorporé au peuple saint, et sauvé par le don de sa vie sur la croix. 

Vous comprenez que nous nous pouvions faire, ni ne pourrons jamais faire l’impasse sur ce temps si précieux pour nos frères ainés dans la même foi. La méditation de leur fidélité à la foi de nos pères communs doit susciter notre propre fidélité à la foi de notre baptême. Rendons grâce à Dieu pour ce qu’il réalise pour nous, réaffirmons notre désir de lutter contre le Mal par une vie toujours plus donnée à Dieu, et réjouissons-nous d’être sauvés par pure grâce, simplement parce que Dieu est bon, parce que Dieu est grand, parce que Dieu est saint et qu’il nous aime, aujourd’hui et toujours. Amen.

(image internet, site https://www.myjewishlearning.com/article/shalom )






samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 21 septembre 2019

25ème dimanche ordinaire C - 22 septembre 2019

Au sujet de la prière universelle.







Il n’aura échappé à personne que l’extrait de la première lettre de Paul à Timothée que nous avons entendu, justifie l’acte que nous posons chaque dimanche après avoir proclamé notre foi : la prière universelle. Un de ses anciens noms est  « la prière des fidèles » qui n’était dite que lorsque les catéchumènes et les pénitents, ceux qui ne pouvaient pas encore ou qui ne pouvaient plus communier, s’étaient retirés de l’assemblée pour approfondir leur foi. C’est dire l’importance de cette prière pour l’Eglise. Elle est la prière des fidèles du Christ qui portent devant Lui leurs frères et sœurs en humanité. 

La première indication que donne Paul, c’est le style de cette prière : demande, intercessions et action de grâce. Le signe d’une vraie prière chrétienne. Demander, nous n’hésitons jamais ; après tout, c’est pour nous ! Nous demandons souvent à tort et à travers, avec le risque de nous décourager si la réponse ne vient pas comme attendue. Jésus, dans ses nombreux enseignements sur la prière, nous a dit ce qui ne nous sera jamais refusé quand bien même nous le demanderions chaque jour. Ce bien, c’est l’Esprit Saint, que nous ne demandons presque jamais, hélas ! Intercéder, c’est déjà faire un pas de plus. C’est la prière qui nous décentre parce qu’elle exprime le souci que nous avons des autres que nous portons devant Dieu. Quand nous ne pouvons plus rien pour eux, nous les confions à Dieu qui peut toujours quelque chose pour les hommes. Enfin, l’action de grâce, le merci que nous devons à Dieu pour tous ces bienfaits réalisés en notre faveur. Nous avons beau insister auprès des enfants pour qu’ils disent merci à ceux qui leur offrent quelque chose, nous n’en sommes pour autant pas plus reconnaissant à Dieu pour tous ses dons, à commencer par le don de notre propre existence. Devant Dieu, nous sommes comme des enfants, devant sans cesse apprendre les mots essentiels de la prière. 

La deuxième indication que donne Paul, c’est la raison de cette prière. Pourquoi faut-il faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes ? La réponse est donnée plus loin dans le texte : car il veut que tous les hommes soient sauvés. Cette prière universelle est donc la mise en œuvre du caractère sacerdotal de notre baptême. C’est, pour moi, une manière subtile de nous rappeler que nous ne pouvons pas faire notre salut tout seul, ni prier pour notre seul salut à nous. Nous devons avoir à cœur le salut de tous les hommes, que nous les connaissions ou pas. Le chrétien ne peut pas vivre replié sur lui-même, ni enfermé dans son Eglise, sans se préoccuper du sort de ses frères et sœurs en humanité, croyants ou non. Rappelons-nous la parole du Seigneur Dieu à Caïn : Qu’as-tu fait de ton frère ? Notre charité, si elle est inventive, n’oubliera pas la prière pour le frère, pour tout frère humain. 

La troisième indication que donne Paul, c’est par qui adresser cette prière à Dieu : il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. C’est à Jésus, mort et ressuscité, que nous devons confier notre prière, nos demandes, nos intercessions et nos actions de grâce pour qu’il les porte devant son Père. Il est le trait d’union entre notre monde et le monde de Dieu, étant le seul à être vrai homme et vrai Dieu, comme le proclame notre foi. Nous comprenons là le rôle central de Jésus dans la foi chrétienne. Tout se fait par lui, avec lui et en lui, comme le dit si bien la doxologie de la prière eucharistique. Dieu ne refuse rien à ce Fils unique qui s’est livré pour le salut de tous ; Dieu ne refuse rien à celui qui a réalisé dans sa chair le salut de tous les hommes. 

Enfin, la dernière indication de Paul ne doit pas nous échapper : je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute, l’ancienne traduction du lectionnaire disant ni mauvaises intentions. La prière ne peut donc jamais servir à faire ou à souhaiter le mal. Saintement nous rappelle que nos pensées doivent rejoindre les pensées de Dieu, même si elles en sont éloignées ; sans colère ni dispute vient nous redire que nous ne pouvons formuler nos demandes pour les autres qu’en étant apaisé intérieurement, ou qu’à tout le moins, nous oubliions à ce moment-là nos motifs de colère et de dispute. Nous retrouvons là l’avertissement de Jésus lui-même quand il enseignait ceci : lorsque tu vas présenter ton offrande, si tu souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec lui. Notre prière ne saurait être un mauvais sort jeté à un frère ou une sœur en humanité. Si tel était le cas, notre prière serait dévoyée, inutile et dangereuse pour nous-mêmes d’abord. 

Puisse cet enseignement de Paul renouveler notre prière, notre manière d’adresser à Dieu nos demandes pour tous les hommes. Que nous ayons vraiment à cœur, comme Dieu lui-même, le salut de tous les hommes. AMEN.



samedi 14 septembre 2019

24ème dimanche ordinaire C - 15 septembre 2019

Dieu est-il déraisonnable ?





Après avoir écouté la Parole de Dieu proposée par l’Eglise en ce 24ème dimanche du temps ordinaire, une question me vient : Dieu est-il bien raisonnable ? Car enfin, chacun des textes entendus, nous montre un Dieu qui est tout, sauf raisonnable. 

L’extrait du Livre de l’Exode en est un bon exemple. Moïse s’attarde sur la montagne avec Dieu, et le peuple, déjà, se détourne de la conduite attendue. C’est l’épisode bien connu du veau d’or qui entraîne la colère de Dieu, colère légitime s’il en est. Pourtant, est-ce raisonnable de se mettre en colère, en comptant secrètement sur la bonté de Moïse, pour l’apaiser ? Parce qu’ils se connaissent bien, ces deux-là, Moïse et Dieu, à force de discuter ensemble. Moïse sait l’amour de Dieu pour ce peuple qu’il a fait sortir du pays d’Egypte par [sa] grande force et [sa] main puissante, et il ne se gêne pas pour le lui rappeler. Et Dieu connaît son serviteur Moïse et son attachement à ce peuple qu’il a accepté de guider sous sa conduite. Ce petit jeu : Retiens-moi, je vais faire un malheur ! n’a d’autre raison d’être que de nous faire prendre conscience de tout ce que Dieu fait pour nous. C’est l’occasion pour Moïse de redire les merveilles que Dieu a faites pour ce peuple à la nuque raide ; c’est l’occasion pour Moïse de se situer lui-aussi, avec ce peuple, dans cette Alliance faite par Dieu avec Abraham, Isaac et Israël. Certes, Dieu pourrait faire surgir du désert un nouveau peuple après avoir détruit celui-ci ; mais n’y a-t-il pas plus de grandeur à pardonner et à continuer de travailler le cœur de ce peuple pour qu’il soit toujours plus acquis à Dieu ?  Je ne sais pas si Moïse est plus raisonnable que Dieu ; mais il est certainement, à ce moment de l’histoire, le plus raisonné. Et Dieu se rend aux arguments de son serviteur : il renonce au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

La leçon semble avoir portée. Lorsque nous relisons Paul dans sa lettre à Timothée, nous constatons l’amour permanent de Dieu pour les hommes, puisqu’il n’a pas hésité à envoyer le Christ Jésus dans le monde pour sauver les hommes. Mais est-ce bien raisonnable ? Est-ce raisonnable de demander le sacrifice du Fils aimant et aimé pour sauver ces hommes qui, comme le peuple que Moïse conduisait au désert, ont la nuque raide ? Mesurons-nous, dans le témoignage de Paul, l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, amour manifesté dans la mort et la résurrection de Jésus ? Cet amour est-il bien raisonnable ? L’amour que Dieu porte à chacun de nous est-il raisonnable ? Heureusement que non, de notre point de vue, sinon nous serions encore à attendre un signe du salut. Sauvés, nous le sommes, par ce fils qui est venu dans le monde faire miséricorde même à ceux qui sont blasphémateurs, persécuteurs, violents. Il fait miséricorde même au pire des pécheurs pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui. C’est sans doute déraisonnable, mais Dieu ne recule devant rien pour nous sauver.

Relisons alors les paraboles entendues dans l’évangile de Luc. Il est complètement déraisonnable celui qui laisse, dans le désert, ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour s’en aller chercher l’unique qui s’était perdue. Elles seraient à l’abri de la bergerie, je ne dis pas ; je pourrais comprendre. Mais les laisser, en plein désert, à la merci des bêtes sauvages, pour une qui n’a pas pu suivre, cela me semble déraisonnable. Et pourtant, c’est la conduite de Dieu à notre égard, chaque fois que nous nous éloignons du troupeau. Il vient nous rechercher, il vient nous prendre sur ces épaules, il n’a de cesse de nous retrouver.  Il est déraisonnable aussi ce père qui, pour accéder au souhait de son plus jeune, se défait de la moitié de ses biens, biens que ce fils s’empresse de dépenser à tort et à travers. Il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il guette quotidiennement le retour de ce fils dépensier. Il est tout aussi déraisonnable, l’aîné nous le rappelle, lorsqu’il fait tuer le veau gras pour ce fils revenu. Mais il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il reprend ce fils ainé qui ne comprend rien à son attitude et qui se révèle incapable de se réjouir avec ce père qui n’aura plus besoin de guetter chaque jour le retour du prodigue. Et pourtant, s’il ne l’était, déraisonnable, il n’y aurait pour nous aucun avenir, il n’y aurait pour nous aucune espérance. Car nous sommes cette brebis perdue, nous sommes ce fils plus jeune qui demande sa part d’héritage, nous sommes ce fils ainé, sûr de son bon droit à se mettre en colère contre son frère et contre son père. Et nous sommes tous, comme le rappelle si bien Paul, le premier des pécheurs à qui il est fait miséricorde.

Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous ne serions pas sauvés. Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous n’aurions pas d’autre alternative que d’être éternellement parfaits. Mais si Dieu est déraisonnable dans sa capacité à nous aimer, ne devenons pas déraisonnables à notre tour. L’immense amour de Dieu pour nous n’est pas un blanc-seing pour persévérer dans le mal. Entrons en chemin de conversion, apprenons de l’amour de Dieu à grandir dans cette sainteté et cette vie éternelle qu’il nous offre par la mort et la résurrection de Jésus. A l’amour déraisonnable de Dieu, répondons par une vie raisonnée, une vie à la mesure de cet amour. Nous contribuerons ainsi à la joie du ciel. Amen.

(Tableau de Sieger KÖDER, le Bon Pasteur)

dimanche 8 septembre 2019

23ème dimanche ordinaire C - 08 septembre 2019

Être disciple du Christ : tout ou rien ?






            Je n’aime pas, non, décidément je n’aime pas ces textes radicaux qui nous font croire qu’être disciple du Christ, c’est du tout ou rien. Je n’aime pas davantage ces prédicateurs qui nous font croire que nous n’en ferons jamais assez pour Dieu, que nous n’abandonnons jamais assez de choses pour être un authentique disciple du Christ. Je n’aime pas le christianisme quand il sent la sueur et la transpiration comme un vestiaire de salle de sport. Et je ne peux pas croire que Jésus se comporte avec nous comme un coach sportif, éternellement insatisfait de notre incapacité à bien le suivre. 

L’évangile de ce dimanche pourrait nous entraîner sur cette pente dangereuse d’un toujours plus. Il suffit d’écouter d’une oreille distraite la première affirmation de Jésus pour déjà se décourager : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Qui, ici présent, pense qu’il préfère Jésus à lui-même ? à sa femme ? à ses enfants ? Qui pense ici qu’il correspond à la définition du disciple donné par Jésus dans ce passage de l’évangile de Luc ? Alors on fait quoi ? On rentre chez nous en nous disant que cela ne sert à rien ? On se lamente communautairement ? On invente autre chose ? On se dit, comme tant d’autres, que si c’est comme ça, on n’a pas besoin de Dieu ? Ce sont toutes des tentations bien réelles. Souvenons-nous que c’est une présentation erronée de la Parole de Dieu qui a valu à nos premiers parents d’être expulsés du Jardin d’Eden où Dieu les avait placés ! Ne nous arrêtons donc pas à cette seule affirmation et écoutons plutôt la suite. La suite ce sont ces deux paraboles, l’une sur celui qui veut bâtir une tour et l’autre sur le roi qui veut partir en guerre contre un autre roi. Elles ne sont sans doute pas là par hasard. 

La première, l’homme qui veut bâtir une tour, peut sembler sévère, elle-aussi. Elle commence par une évidence : si tu veux réaliser un projet, assieds-toi d’abord pour voir si tu peux réaliser ce projet. Car si tu le commences mais ne le mènes pas à terme, faute de moyen, les autres se moqueront de toi. Est-ce à dire qu’il faut réfléchir avant de vouloir devenir disciple du Christ et vérifier que nous en avons la capacité ? Mais qui d’entre nous, baptisés dans sa petite enfance, a vraiment eu le temps de réfléchir ? Qui d’entre nous peut vraiment dire qu’il est prêt à devenir disciple du Christ ? Cette première parabole semble renforcer le caractère difficile, voire impossible, de la suivance du Christ. Elle invite à la prudence, à la réflexion – ce qui est une bonne chose – mais en même temps, elle nous dit : si tu ne penses pas aller au bout, laisse tomber, ne commence même pas ! Les deux petites filles que je dois baptiser à la fin de cette messe, faudrait-il que je dissuade leurs parents de ce baptême au motif que nous ne savons pas si elles seront fidèles, si elles iront jusqu’au bout de ce que suppose ce sacrement ? Vous comprenez bien que nous serions là dans une impasse : personne ne peut vraiment savoir de quoi demain sera fait. 

La seconde parabole peut sembler du même acabit. Un roi, partant en guerre contre un autre roi, commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille. Nous comprenons la nécessité pour le premier de bien réfléchir : a-t-il les moyens de ses ambitions politiques ? L’histoire semble commencer de la même manière que la précédente : un projet, un temps de réflexion nécessaire pour éviter une défaite qui pourrait être cinglante. L’histoire change pourtant quant à sa fin : S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de la paix. Comprenez-vous bien la différence avec l’autre histoire ? La première parabole invitait à renoncer ; celle-ci nous fait faire un pas de plus. Plutôt que de renoncer, vois si autre chose est possible. Et j’avoue que j’aime cette ouverture. Elle est pleine de sens d’un point de vue spirituel. Elle me redit en effet qu’il n’y a pas qu’un chemin possible ; ce n’est pas tout ou rien comme dans la première parabole. Il y a un autre terme. 

C’est cet autre terme qu’il nous faut toujours rechercher, car cet autre terme, c’est souvent notre chemin propre. Voyez-vous, en matière spirituelle, il y a toujours et nécessairement plusieurs chemins, parce que nous ne sommes pas des copies conformes, nous ne sommes pas des clones. Le chemin pour être disciple qui est le mien n’est pas le vôtres. Chacun doit découvrir, pour lui, à quoi il est appelé par le Seigneur.  D’où l’importance de s’asseoir, de bien discerner. Une fois le chemin personnel découvert, il faut y aller, nous pouvons y aller, parce que les moyens nous sont donnés d’accomplir le projet d’amour que Dieu porte pour nous. Il faut discuter avec Dieu quelles sont les conditions valables pour vous, et seulement pour vous, pour être en paix avec lui, pour être son disciple. 

Ces deux paraboles nous invitent alors à nous dépouiller d’abord de nos représentations toutes faites sur Dieu, à nous dépouiller de ce que nous croyons être le moyen de devenir disciple du Christ. Elles nous invitent à une relation vraiment personnelle avec le Christ pour sortir du désir de réussir par la seule force de nos poignets. La vie spirituelle n’est pas d’abord une affaire d’égo ; elle est une affaire de réponse confiante à un appel. Comment pourrions-nous croire en un Dieu qui nous appelle et qui ensuite rendrait le chemin impossible pour nous ? Si Dieu vous appelle à être ses disciples – et il le fait – , il vous donne aussi les moyens de réussir à l’être. Il vous donnera de vous débarrasser de ce qui vous empêche de marcher à sa suite ; il vous donnera de lutter contre vos péchés, votre découragement. La vie spirituelle n’est pas question de volonté propre, mais un désir d’amour partagé entre le Christ et moi. 

Quand ce désir d’amour partagé entre le Christ et nous est réalité, alors il est possible de porter sa croix pour marcher à la suite de Jésus, parce que nous porterons la croix que le Christ lui-même a porté pour nous, croix qu’il a vaincu et dont il nous rendra vainqueur. Mais si nous pensons la vaincre par nos seules forces, ce sera l’échec, nous ne serons pas dignes d’être disciples du Christ. Nous ne serons que notre propre maître, notre propre disciple, notre propre échec. Seul celui qui marche humblement à la suite de Jésus, portant comme lui la croix, peut être disciple, et disciple sauvé. En Christ seul est la victoire ; en Christ seul est la gloire. Amen.


(L'image de notre paroisse, n° 213, août - septembre 2004)

samedi 31 août 2019

22ème dimanche ordinaire C - 01er septembre 2019

Ne confondons pas morale et spiritualité !






            Attention, danger ! C’est l’avertissement que nous devons nous adresser après avoir entendu les textes de ce dimanche. En quoi consiste le danger ? Celui de confondre morale et spiritualité. Ce serait si facile aujourd’hui ! Pourtant, Jésus ne vient pas donner de leçon de morale, mais proposer un chemin de vie spirituelle, un chemin qui mène à Dieu. Et ce chemin, le pape François ne cesse de nous le rappeler depuis son élection, passe par l’abandon de toute mondanité. Dieu n’a que faire de nos règles de politesse, de savoir-vivre, de notre art de respecter des règles fixées par des hommes… ce qu’il veut, ce sont des cœurs acquis à son amour. C’est tout le but, me semble-t-il de son enseignement. 

            Certes, cet enseignement repose sur une observation faite à l’occasion d’un repas auquel il avait été invité. Comme le souligne bien Luc, Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places. Il observe quelque chose, il en tire une leçon : il nous fait donc la morale, me direz-vous ! C’est justement là l’erreur. Avant de vouloir refaire nos règles de vie en société, ce que Jésus veut, c’est que nous ne nous trompions pas sur ce qui est important. N’avez-vous pas remarqué comment ce qu’il dit des relations entre les hommes peut influencer nos relations avec Dieu ? Si, dans nos rapports avec les autres, nous ne nous situons que dans un rapport presque marchand (je t’invite, tu m’invites), ne risquons-nous pas d’étendre ce type de rapport à notre relation avec Dieu, et, pire encore, croire que Dieu entretient ce genre de relation avec nous ? Nous serions donc les éternels obligés de Dieu, lui qui fait tant pour nous ! Comment pourrions-nous lui rendre ce qu’il nous donne ? Cela pourrait nous décourager et nous entraîner à laisser tomber tout rapport avec lui. D’autres pourraient être tenté par cette autre attitude, tout aussi désastreuse spirituellement, qui consiste à croire que Dieu nous doit des choses en échanges de nos prières, de nos actes de charité, de nos engagements en paroisse. Je chante à la chorale tous les dimanches, je suis depuis des années au Conseil de Fabrique, je suis membre de l’EAP ou que sais-je encore : j’ai donc une sorte de priorité, Dieu me doit une attention plus particulière que celle qu’il accorde à tous ceux qui ne font rien dans la paroisse. Jésus nous dit clairement que cela ne marche pas comme cela ; cela ne devrait même pas marcher ainsi dans nos rapports humains. Je ne suis pas gentil avec quelqu’un pour qu’il le soit avec moi ; je n’invite pas quelqu’un pour qu’il m’invite en retour, et ainsi de suite. 

            De cet enseignement de Jésus, enseignement qui concerne notre progrès spirituel, je dégage alors deux choses. La première, c’est qu’il est urgent de cesser de croire que nous pouvons faire quelque chose pour Dieu en retour de l’amour qu’il nous porte.  Dieu est parfait en lui-même ; Dieu est bon en lui-même. Comment croire que nos imperfections pourraient apporter quelque chose à Dieu ? C’est toujours Dieu qui fait quelque chose pour nous, et il le fait par grâce, parce qu’il nous aime. Et ce qu’il fait, a d’autant plus de valeur, que nous ne pourrons jamais lui rendre la pareille. Dieu n’est pas avec nous dans un rapport marchand, mais dans un rapport de gratuité, dans un rapport d’amour. Il n’a pas besoin d’autre raison que l’amour qu’il nous porte pour agir envers nous. Il n’attend de nous rien d’autre que de nous laisser aimer de lui, parfaitement. La deuxième chose à retenir alors, c’est que Dieu ne nous doit rien. Nous n’avons pas à exiger de lui qu’il fasse quelque chose pour nous en échange d’un engagement plus poussé dans son Eglise par exemple. Nous ne sommes pas, et nous ne serons jamais, les propriétaires de Dieu. Dieu ne sera jamais celui qui doit s’exécuter dès que nous le prions ; il n’est pas un caniche qui accourt dès que nous sifflons ! Encore une fois, pour que cela soit bien clair, il n’y a pas de donnant-donnant avec Dieu. Il y a l’amour de Dieu pour nous, amour qu’il nous faut accueillir, un point c’est tout. Un amour sous condition n’est pas un amour ! Nous ne devons pas aimer Dieu parce qu’il nous aime ; mais nous devons consentir à l’amour de Dieu pour nous et le laisser transformer nos vies, transformer nos relations humaines. Nous n’avons pas à chercher à être le préféré de Dieu ; nous le sommes dès lors que nous reconnaissons que Dieu est Dieu, qu’il peut tout pour nous, et que nous ne pouvons rien pour lui. C’est cela être humble devant Dieu : reconnaître la grandeur de Dieu, reconnaître que sans lui nous ne sommes rien, et lui en rendre grâce. La bonté de Dieu envers nous, c’est de nous sauver, non parce que nous l’aurions mérité, mais parce qu’il nous aime. 

            Puisque la leçon de Jésus est une leçon spirituelle, elle peut nous aider à grandir aussi dans nos rapports humains. Imaginez un monde où tout ce que nous ferions, nous ne le ferions que par amour, et non parce que des règles édictées par on ne sait qui, on ne sait plus quand, nous y obligeraient ? Il n’y aurait pas besoin de jouer des coudes pour gagner les premières places ; il n’y aurait pas à rendre les politesses qu’on nous fait ; il y aurait juste à aimer, comme Dieu nous aime, sans rien attendre en retour. Cela peut sembler un rêve, mais cela peut devenir réalité, parce que c’est la réalité du Royaume où Dieu nous invite. C’est la réalité du Royaume que nous pouvons construire dès ici-bas. Il nous faut consentir à aimer ; il nous faut consentir à être aimé pour y parvenir. Dieu échange nos mondanités contre son amour pour que nous ne confondions jamais plus nos règles morales avec notre vie spirituelle. Amen.  

(L'image pour notre paroisse, n° 212, août- septembre 2004)