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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 4 avril 2015

Veillée pascale - 04 avril 2015

Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ?




Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus : la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Cette affirmation de l’Apôtre Paul, ne croyons pas qu’elle soit tombée du ciel, un jour comme cela. Elle est le fruit d’une maturation de la foi, maturation qui a commencé de manière fort banale par la question des femmes se rendant au tombeau dès le lever du soleil, le premier jour de la semaine. Cette question, nous l’avons entendue dans l’Evangile que je viens de proclamer : Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? 
 
Remarquons d’emblée le moment où elles se posent cette question. Elles se sont préparées, une fois le sabbat terminé, en achetant les onguents nécessaires à l’embaumement. Elles se lèvent de grand matin, se mettent en route, et là, subitement, elles se mettent à penser à un petit détail, oh trois fois rien : la tombe est juste fermée par une lourde pierre. Comment vont-elles faire pour accéder au corps ? Elles ont pensé à tout, sauf à emmener un disciple assez fort pour dégager la pierre ! C’est bêta, non ? Que voulez-vous, on oublie toujours un petit détail ! Imaginez alors leur surprise lorsqu’elles découvrent qu’en fait, c’est déjà ouvert ! Le tombeau est ouvert, mais la pierre ferme toujours leurs cœurs. Elles sont saisies de frayeur à la vue d’un jeune homme vêtu de blanc là où aurait dû se trouver le corps de Jésus. La liturgie raccourcit un peu le passage d’Evangile, car après l’intervention de l’ange, saint Marc précise qu’elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur… Oui, le tombeau a beau être ouvert, leurs cœurs sont fermés à cette étonnante nouvelle : vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. 
 
N’accablons pas trop vite ces saintes femmes ; sans doute n’aurions-nous pas fait mieux. Que voulez-vous ? Jésus est mort ; c’est une certitude pour ces femmes. Il avait été déposé dans ce tombeau, bien scellé : elles s’en étaient assurées au moment de l’ensevelissement. Comment croire qu’il est  vivant ? Comment croire à l’impossible ? Jamais personne n’est revenu de chez les morts. Ce qui est demandé aux femmes, c’est de croire possible ce que personne n’a jamais réalisé ! Ce qui est demandé à ces femmes, c’est d’entrer dans un monde nouveau dont la porte est ce tombeau ouvert. Elles étaient venues honorer un mort ; elles ne peuvent que constater son absence. Elles sont venues le cœur gros encore de leur souffrance d’avoir perdu Jésus ; il leur est demandé d’entrer dans la joie de croire, juste parce qu’elles ont vu un tombeau ouvert et ont entendu un étranger leur dire : il est vivant ! Cela fait beaucoup pour de simples mortels ! 
 
Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? Nous nous rendons compte que ce n’est pas si évident de rouler cette pierre et d’entrer dans ce monde nouveau, dans ce rapport nouveau à la mort et à la vie. Aujourd’hui, ce soir même, il y a encore beaucoup de pierres refermant les tombeaux de nos cœurs et de nos intelligences. Qui les roulera pour que tous les hommes puissent accéder à la révélation d’une vie plus forte que la mort ? Qui les roulera pour que chacun puisse faire sienne l’extraordinaire nouvelle de la résurrection de Jésus ? Devant le tombeau vide, il nous faut accepter d’abord que Jésus n’est pas mort pour lui, ou à cause de ce qu’il a fait ou dit, quoi qu’en ait dit l’accusation au moment du procès. Devant le tombeau vide, il nous faut accepter que Jésus soit mort pour nous, pour notre vie, pour notre salut. Il faut dépasser le Jésus de l’Histoire et nous ouvrir  au Christ, le Jésus de la foi. Il nous faut oublier tout ce que nous avions cru savoir de l’homme Jésus, et le découvrir tout-autre. Il nous faut laisser là notre peur du radicalement nouveau pour avancer avec confiance sur le chemin de la Galilée où le Christ nous attend. 
 
En cette nuit, si nous acceptons d’être disciples du Christ, l’Eglise vient rouler pour nous la pierre des tombeaux de nos certitudes et elle nous invite à une foi renouvelée. Elle nous invite à croire qu’en Dieu seul est la vie, la vie en plénitude. Et elle nous interrogera dans un instant : rejettes-tu le Mal pour mieux croire au Dieu de la vie ? En répondant par l’affirmative, la pierre de nos doutes, la pierre de nos manques, la pierre de nos lâchetés sera roulée hors de nos vies et nous pourrons accueillir cette vie nouvelle que le Christ nous a obtenu au prix de son sang. Nous pourrons l’accueillir et en témoigner auprès de tous. Tant d’hommes attendent encore que quelqu’un vienne les aider à rouler les pierres qui obstruent leur vie. 
 
En cette nuit très sainte, ne nous enfuyons pas effrayés, comme les femmes jadis, mais accueillons l’extraordinaire nouveauté d’un Dieu qui s’engage pour notre vie. La croix et le tombeau ouvert en sont les signes à tout jamais. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

jeudi 2 avril 2015

La Passion de notre Seigneur - Vendredi Saint 03 avril 2015

Une Alliance à peine inaugurée et déjà terminée ?




Est-ce que cela valait la peine d’inaugurer une nouvelle Alliance si c’est pour qu’elle finisse aussi vite et de manière aussi tragique ? Une croix dressée, un homme crucifié : est-ce donc tout ce qui nous est donné à voir, après les signes de l’Eucharistie et du lavement des pieds ? 
 
Devant la croix dressée, se révèle notre foi. Devant la croix dressée, tout prend sens ou tout s’écroule, selon que nous soyons capables d’interpréter les signes à la lumière des innombrables alliances que Dieu a conclues avec nous par le passé. Ce n’est pas pour rien que nous relisons le prophète Isaïe et l’annonce d’un serviteur de Dieu, serviteur souffrant, serviteur rejeté par tous, mais serviteur portant sur lui les nombreux péchés, les nombreuses souffrances de l’humanité. Déjà la théorie du bouc émissaire reprise par les autorités du Temple à la veille du procès de Jésus : il vaut mieux qu’un seul meurt pour tout le peuple, surtout si celui-là qui meurt, ce n’est pas nous. Insondable mystère d’un Dieu qui s’offre, qui offre sa vie pour racheter la nôtre. Non seulement les hommes rejettent le serviteur de Dieu, non seulement ils le condamnent, mais ils obtiennent en plus, par lui, la possibilité d’une vie marquée du sceau de l’éternité, s’ils savent lire et reconnaître le signe de la croix dressée. 
 
Comprendrons-nous jamais vraiment ce mystère de notre rédemption qui s’accomplit par la plus grande forfaiture que l’homme puisse commettre, la mort d’un innocent ? Comprendrons-nous jamais l’immense amour de Dieu pour nous qui va jusqu’à l’abaissement total, jusqu’à l’anéantissement pour que nous puissions vivre ? Il faut une vue profonde, un regard perçant, pour voir encore là, devant la croix, notre vie qui naît, notre vie qui reprend force, notre vie qui se voit offrir un nouvel avenir, une nouvelle liberté. 
 
Devant la croix, l’homme n’a, paradoxalement, plus à craindre la mort. Devant la croix, l’homme peut espérer une vie nouvelle, plus forte que la mort. Devant la croix, l’homme peut reconnaître que l’avenir s’ouvre à lui, non sans Dieu, mais avec Dieu justement, avec celui qu’il vient d’y faire mourir. Alors même que tout semble perdu, tout entre en germination. Ce corps déposé au tombeau est comme le grain semé ; il fallait qu’il meure pour que nous puissions découvrir la puissance de vie contenue en lui. 
 
Devant la croix, dressée entre terre et ciel, comme un trait d’union entre le monde des hommes et le monde de Dieu, il nous faut faire silence et accompagner tous ceux qui avaient mis leur espoir en celui qu’ils ont transpercé. Devant la croix, dressée entre terre et ciel, comme un cri lancé vers Dieu, il faut que le croyant espère en Dieu qui toujours entend le cri de notre prière. Si l’Alliance nouvelle annoncée dans le repas de l’Eucharistie est bien une Alliance éternelle, l’histoire ne peut s’achever là ; quelque chose doit arriver encore ; Dieu doit se manifester à nouveau. Jusqu’à présent, il est resté silencieux, trop silencieux. Que dira-t-il de l’homme ? Que dira-t-il de sa volonté de se débarrasser de ce fils unique devenu trop gênant ? Que dira Dieu ? Que fera Dieu ? 
 
Peut-être que tout est allé trop vite pour qu’il puisse agir ? Peut-être laisse-t-il aux hommes, à chacun de nous, le temps de réfléchir à ce que nous avons fait ? Car c’est bien nous qui l'avons conduit jusque-là ; c’est bien nous qui le re-crucifions chaque fois que nous sommes incapables de nous entendre, chaque fois que nous laissons le péché dominer notre vie, chaque fois que nous écrasons le petit et le faible, chaque fois que nous décidons que notre vie, c’est bien mieux sans Dieu. 
 
Hier au soir, nous ont été donnés deux signes : le pain et le vin  à partager en mémoire du Christ et le lavement des pieds comme un appel à servir sans cesse. Aujourd’hui, c’est une croix dressée et un tombeau dans lequel repose le corps du Seigneur qui sont mis devant nos yeux. Les rangerons-nous au rayon de nos désillusions ou les ferons-nous vivre ? Profitons du silence de ce vendredi pour y réfléchir, et peut-être qu’un miracle sera possible ! Qui sait si Dieu ne se manifestera pas encore ? Qui sait s’il n’a pas entendu ce cri lancé vers lui par la croix dressée ? Qui sait ? Peut-être que cette Alliance inaugurée la nuit passée et qui semble réduite à néant aujourd’hui, peut-être qu’elle est vraiment faite pour durer. Quelque chose aurait pu nous échapper. Si nous croyons que Dieu s’est engagé par ces signes, pourquoi ne pas faire nôtre la prière du psalmiste : soyons forts, prenons  courage, nous tous qui espérons le Seigneur. Celui qui n’a rien dit durant le procès a peut-être encore son mot à dire. Amen.

(Station du Chemin de Croix de l'église de Krautergersheim - Alsace)

Sainte Cène - Jeudi Saint 02 avril 2015

Deux gestes, signes de l'Alliance nouvelle.





C’est jour de fête aujourd’hui et pourtant, il y a dans l’air un je-ne-sais-quoi de grave, quelque chose qui fait de cette fête une fête pas comme les autres et de ce soir, un soir à part. Ce soir, Jésus nous réunit en mémorial de ce dernier repas qu’il a pris avec ses disciples. Ce qu’il a fait jadis pour ses amis, il le fait encore pour nous ce soir, et ce faisant, nous invite à entrer dans cette Alliance nouvelle que Dieu a préparé pour nous et que Jésus va signer pour notre vie. 
 
Deux gestes marqueront à tous jamais ceux qui acceptent d’entrer en Alliance nouvelle avec Dieu. Ce sont les deux gestes que Jésus pose ce soir. A tout jamais, ils seront signes, pour les croyants, de ce à quoi ils sont appelés. Deux paroles de Jésus viennent définitivement lier les croyants à ces deux gestes et en faire des incontournables de la foi. Jésus en effet dit à ses disciples : Faites cela en mémoire de moi, en conclusion du premier geste, et il précise, à la fin du deuxième geste : C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Il est donc impossible, à qui se réclame du Christ, d’ignorer ces gestes et de ne pas les pratiquer. 
 
Le premier geste nous est rapporté par la bouche de Paul. Il est le premier qui a mis par écrit ce qu’il a reçu du Seigneur, et il l’a fidèlement transmis. Nous l’avons entendu dans la seconde lecture. C’est le geste que nous faisons chaque fois que nous sommes rassemblés pour la messe. Selon Matthieu, Marc et Luc, c’est le geste qu’il a laissé au cours de son repas. Ce geste s’inscrit dans une relecture du geste de Dieu lui-même quand il a libéré son peuple d’Egypte. Le rapprochement avec le livre de l’Exode entendu en première lecture le signifie bien. C’est un repas, durant lequel Jésus se livre tout entier, par son Corps et son Sang, pour que nous ayons la vie. Le rapprochement fait par la liturgie de ce Jeudi Saint avec le repas de la Pâque juive, nous dit bien que c’est un repas de libération, un repas au cours duquel nous sommes sauvés. Par son Corps et son Sang, c’est toute sa vie qu’il nous livre, qu’il nous offre, parce qu’il nous aime. Nous pouvons déjà puiser dans ce repas et le sens de son sacrifice à venir et la force de suivre Jésus, demain, lorsqu’il marchera librement vers sa mort. Tout est déjà donné ici ; et c’est donné pour toujours, une fois pour toutes ! Nous ne pouvons pas revenir sur ce don ; nous ne devons pas le sous-estimer ; nous devons pour toujours en faire mémoire afin que les hommes, à travers le temps et l’Histoire, puissent eux-aussi, s’ils le jugent utiles, accueillir ce don au cœur même de leur vie. Mesurons-nous toujours pleinement la puissance de ce don ? Mesurons-nous toujours pleinement ce qu’il change pour nous ? 
 
Dans l’Evangile de Jean, le dernier geste de Jésus est le lavement des pieds de ses disciples, suivi de l’invitation à faire de même. Ce geste est un geste d’esclave. C’est à l’esclave qu’il revient de laver les pieds des invités du maître de maison. C’est à l’esclave qu’il revient de s’abaisser pour ce service bien utile lorsque les déplacements se font sous la chaleur et dans la poussière, souvent à pied. Un geste qui procure bien-être à celui qui en bénéficie. Nous pouvons comprendre la réticence de Pierre ; pour lui, Jésus, c’est le Maître, c’est le Seigneur ! Comment peut-il s’abaisser ainsi ? Et pourtant, ce geste dit la même chose que celui du repas partagé. Il nous dit l’amour du Christ qui se livre, qui s’abaisse pour notre vie. C’est encore un geste de salut qu’il pose pour nous. En nous invitant à faire de même, c’est-à-dire à nous mettre au service les uns des autres, Jésus rappelle qu’il ne saurait être question de pouvoir au milieu de ses disciples, mais de service. Et le plus grand est celui qui sert le plus. Voilà qui nous renvoie à notre manière d’exercer notre charge en Eglise, quelle qu’elle soit ! Est-ce bien toujours l’esprit de service, l’esprit du Christ, qui anime toutes mes actions ? 
 
Ces deux gestes, le partage de l’eucharistie et le service des frères deviennent donc la marque de fabrique de l’authentique croyant au Christ. Il n’y a pas de choix à faire entre les deux ; ils sont à tenir ensemble, chacun renvoyant à l’autre. Le pain de l’Eucharistie m’oblige au service des frères et le service des frères trouve dans le pain de l’Eucharistie sa profondeur, son sens. La fraction du pain et le service du frère : deux signes de la présence de Jésus au milieu de son peuple ; deux signes de notre amitié avec le Christ ; deux signes qui disent notre foi mieux que des mots. Accueille le Christ en toi par le sacrement de l’Eucharistie ; rayonne de ce Christ reçu dans le service du frère. Voilà l’Alliance nouvelle scellée par Jésus. Voilà notre chemin de vie et de liberté. La route est ouverte par le Maître lui-même ; nous savons désormais comment le suivre : en faisant ceci (partage du pain eucharistique et service du frère) en mémoire de lui. Il est grand, mais il réside en ces simples choses, le mystère de la foi. Rappelons-le par toute notre vie. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 28 mars 2015

Dimanche des Rameaux - 29 mars 2015

Le Seigneur en a besoin.




Je ne vais pas rajouter beaucoup de paroles à toutes les paroles entendues ce matin, au cours de cette liturgie des Rameaux. Je voudrais juste en commenter une qui nous vient de l’Evangile de cette fête, cet Evangile que nous avons proclamé dès l’ouverture de cette célébration, lorsque nous nous apprêtions, nous-aussi, à acclamer le Christ entrant dans Jérusalem. Cette parole de Jésus concerne le petit âne que ses disciples lui amènent : le Seigneur en a besoin. 
 
Durant tout le carême, j’ai essayé de vous faire entrer dans une compréhension  plus grande de cette alliance que Dieu renouvelle pour nous en Jésus Christ. Ce serait une mauvaise compréhension de l’Alliance que de croire que tout se fait sans nous. Une Alliance, cela se signe à deux. Nous pouvons entendre  l’affirmation : le Seigneur en a besoin, comme un appel pressent à nous mettre à son service, à entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, et qu’il va signer de son sang. Nous avons donc notre part à tenir et à honorer dans cette Alliance nouvelle. L’âne devient notre totem, l’animal qui nous représente. 
 
Il faut alors tout de suite rendre justice à cet animal. Quoi qu’on ait voulu nous faire croire en une époque passée, où être affublé d’un bonnet d’âne était signe de bêtise, voire d’inintelligence, cet animal particulier que Jésus réclame à ses disciples, n’est pas bête. Si celui qui le monte ne sait pas toujours où va son âne, l’âne lui le sait. Il avance sans se poser de question ; et lorsqu’il ne veut pas bouger, vous pouvez vous lever tôt pour essayer de le faire avancer. Il est le symbole de ceux qui ne se laissent pas saisir par les modes, le symbole de ceux qui ne font pas tout, simplement parce que les autres le font. Il semble obéir à une voix mystérieuse. Il est le symbole de ceux qui écoutent la parole de Dieu et se laisser mener par elle. En s’asseyant sur un petit âne sur lequel personne ne s’était encore assis, Jésus prend le parti de se laisser guider, de se laisser mener par Dieu seul. Advienne que pourra ! Personne n’ayant utilisé cet âne avant Jésus, il n’est pas encore formaté au rythme de quelqu’un ; il est tel que Dieu l’a fait, n’obéissant qu’à sa voix, allant là où il est mystérieusement attendu. Quel animal, mieux que l’âne, pouvait ainsi nous inviter à entrer dans cette semaine sainte, à la suite du Christ qui va accomplir ce pour quoi il est venu : le salut des hommes ? 
 
Le Seigneur en a besoin. Peut-être faut-il aussi ici accorder quelque crédit à ceux qui nous disent qu’en ces temps-là, l’âne était un animal royal. En s’asseyant dessus, Jésus ne renie pas qui il est ; il ne se défend même pas quand la foule l’acclame tel un roi. Il est roi, certes pas à la manière des hommes ; mais cela, c’est une autre histoire que Pilate aura bien le temps d’éclaircir pour nous le moment venu. Pour l’heure, la foule ne peut pas, et ne veut sans doute pas, davantage entrer dans ces distinctions subtiles : Jésus est roi, la foule veut un roi : tant pis pour l’amalgame. Le temps de rectifier les choses viendra bien assez vite et de manière brutale. 
 
Le Seigneur en a besoin. Prenons doublement exemple de ce petit âne. D’abord en nous laissant mener, non par les modes, non par les avis de la majorité, mais par Celui qui sait, par celui qui permet que toute chose concourt au bien : Dieu lui-même. Ensuite, en nous laissant approcher du Christ, jusqu’à le laisser entrer dans notre vie, jusqu’à le laisser « monter notre vie ». Nous deviendrons, comme le petit âne, des porteurs du Christ dans un monde qui cherche un sens à son existence. Peut-être que, par notre témoignage de vie, une foule de plus en plus nombreuse sera capable de reconnaître en Jésus celui qui vient au nom du Seigneur ! Entrons dans cette semaine sainte avec cette certitude : le Seigneur a besoin d’hommes qui le portent au monde. Laissons-nous détacher de ce qui entrave notre marche et suivons le Christ, jusqu’à la mort et au-delà. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 21 mars 2015

05ème dimanche de Carême B - 22 mars 2015

Dieu fait alliance : il la renouvelle en Jésus.





Nous voici presque au terme de notre marche vers Pâques et déjà la liturgie nous fait entrevoir la seule chose qui vaille la peine d’être annoncée : Dieu nous propose une alliance nouvelle. 
 
Cette alliance nouvelle, le prophète Jérémie l’annonçait déjà alors même que le peuple allait connaître les pires moments de son histoire. Alors qu’il ne va rien rester de la grandeur de Jérusalem, alors que le peuple va connaître la défaite militaire et l’exil, voici que Jérémie annonce des temps nouveaux. Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Judas une alliance nouvelle. Il fut avoir connu l’anéantissement total soi-même pour comprendre l’absolue nouveauté de cette annonce et en même temps son incongruité ! Alors qu’il ne reste rien, comment Dieu pourrait-il proposer une alliance nouvelle ? Et comment savoir que cette alliance sera enfin la bonne ? Car enfin, elles n’ont pas manquée, depuis ce jour où Dieu a libéré son peuple d’Egypte, comme n’ont pas manqué les ruptures d’alliance de la part de ce peuple à la nuque raide. L’homme peut-il attendre quelque chose d’une nouvelle alliance ? Et plus fondamentalement, Dieu peut-il enfin croire que l’homme va tenir sa part dans cette alliance ? Pour le prophète, il n’est pas de doute que cette alliance nouvelle sera la bonne, la dernière. Il reçoit de Dieu cette assurance : je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Avez-vous saisi la nouveauté, garante de la permanence de cette alliance nouvelle ? La nouveauté consiste en ceci : cette alliance ne sera plus extérieure à l’homme, inscrite sur des tables de pierre ; elle sera intime à l’homme, inscrite sur son cœur, c’est-à-dire dans le lieu même qui permet à l’homme de prendre ses décisions. Inscrire la Loi de Dieu dans le cœur de l’homme, c’est y établir concrètement sa demeure. L’homme ne pourra plus ignorer Dieu ; il ne pourra plus s’éloigner de lui, puisque Dieu sera en lui, au plus profond de lui. Ainsi, cette alliance sera bien définitive : tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. C’est bien la méconnaissance de la Loi de Dieu qui a tourné le peuple vers les idoles et qui lui a valu son anéantissement. Si chacun voit la loi de Dieu inscrite en son cœur, il ne pourra plus l’ignorer ! 
 
Cette alliance nouvelle, c’est bien Jésus qui la réalise pour nous. Le premier, il avait la Loi de Dieu inscrite en lui puisqu’il est lui-même la Parole authentique de Dieu. Mais de même que, du temps de Jérémie, il a fallu que le peuple tout entier passe par l’abaissement de l’exil jusqu’à n’être plus rien, il faudra que Jésus passe par l’abaissement et même l’anéantissement pour inaugurer cette alliance nouvelle scellée dans son sang. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Nous comprenons que le temps de la passion est inévitable ; il va falloir que le Jésus passe la mort pour être reconnu comme le Christ, le Messie Sauveur, y compris par et pour ceux qui l’auront mis à mort. C’est librement qu’il va vers sa mort ; c’est librement qu’il donne sa vie pour notre salut. Cela ne signifie pas que c’est une partie de plaisir pour lui, mais qu’il a bien conscience qu’il n’y a qu’ainsi que l’homme sera définitivement libéré de la mort. Il faut que Jésus affronte la mort sur son propre terrain pour que l’homme puisse vivre, enfin ! Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? Mais non, c’est pour cela que je parvenu à cette heure-ci ! Jésus tient le salut du monde entre ses mains ; toute sa vie est offerte pour le salut du monde. Alors même que les forces opposées à Jésus penseront mener le monde et les événements, c’est Jésus qui toujours mènera l’Histoire : Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. 
 
Cette alliance nouvelle, nous la célébrons en chaque eucharistie. Faisant mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, nous sommes associés à l’unique sacrifice du Christ et nous profitons pleinement de ces fruits de salut. Puisqu’il est avec nous comme à l’aube de Pâques, ne manquons pas le rendez-vous du sang versé… Prenons le pain, buvons la coupe du passage, accueillons-le qui s’est donné en nous aimant jusqu’à la fin. Amen.
 
(Dessin de Coolus, le Blog du Lapin bleu)

samedi 14 mars 2015

04ème dimanche de Carême B - 15 mars 2015

Dieu fait alliance : et quand le péché domine ?






Depuis trois dimanches, nous voyons les alliances successives que Dieu a conclu avec Noé, Abraham et Moïse. Depuis trois dimanches, nous voyons l’amour de Dieu à l’œuvre dans ces alliances. La liturgie de ce quatrième dimanche vient poser une question fondamentale lorsque l’on parle d’alliance. Que devient cette alliance quand le péché de l’homme domine ? 
 
La première lecture entendue nous livre un raccourci saisissant de l’histoire du peuple juif. Au temps des rois, la vie religieuse n’était plus conforme à l’alliance. Et Dieu a patienté : il a envoyé émissaires et prophètes redire sa Parole, réactualiser l’Alliance. Mais rien n’y fit ! « Il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. » Le Dieu de patience, le Dieu de l’Alliance laisse les choses aller selon le cœur des hommes et non plus selon son cœur de Dieu. Les hommes ne veulent plus de lui ; les hommes ne respectent plus leur part d’alliance. Eh bien, soit ! L’ennemi devient le plus fort, le pays est ravagé, le temple est détruit, le peuple est déporté. C’est le temps de la colère de Dieu, dit l’écrivain biblique. C’est le temps où l’homme se veut seul maître de son destin, sans Dieu, sans alliance, sans règles. Et il comprend vite, ce peuple à la nuque raide, que sans Dieu, il n’est rien. Mais il est trop tard. Le temps de l’exil devient le temps où il faut assumer ses choix, le temps où l’homme peut aussi redécouvrir qui était Dieu pour lui, et combien il faisait bon auprès de la maison de Dieu. 
 
Une lecture trop rapide pourrait faire croire que Dieu se venge et punit. En fait, au moment même où le peuple est vaincu, déporté, réduit à l’esclavage, Dieu a déjà un nouveau plan de salut. Pas pour tout de suite ; il faut au peuple le temps de comprendre et d’accepter ce plan. Mais déjà, un prophète annonce que ce temps de l’exil n’est pas définitif ; déjà une lueur d’espoir pointe à l’horizon. A la mesure du temps des hommes, c’est une éternité qui va passer en terre d’exil : soixante dix ans ! A la mesure de l’amour de Dieu, c’est le temps pour séduire à nouveau le cœur des hommes, le temps de poser les bases d’un nouveau pardon, d’une nouvelle alliance. Quand le péché domine le cœur de l’homme, Dieu ne se retire pas ; Dieu attend, attend de pouvoir proposer un nouveau chemin. 
 
L’évangile de ce dimanche et l’extrait de la lettre de Paul aux chrétiens d’Ephèse viennent recentrer notre regard sur l’œuvre de salut de Dieu entreprise en Christ. La libération du peuple décrétée jadis par Cyrus, roi des Perses, n’était qu’une pâle annonce de cette libération définitive acquise par le sang du Christ. Lorsque le péché domine, Dieu offre, en Jésus, une vie nouvelle, une alliance nouvelle, un pardon nouveau. Dieu est riche en miséricorde, affirme Saint Paul. Il ne saurait laisser l’homme aller à sa perte ; même si cela lui coûte la vie de son propre Fils. Dieu ne saurait jamais accepter de laisser l’homme se perdre. En Jésus, il offre gratuitement le pardon et la vie à ceux qui le reconnaissent comme Christ et Sauveur. Gratuitement : cela signifie que nous ne sommes pas sauvés parce que nous avons fait de bonnes actions, mais par amour de Dieu. Il n’y a pas à en tirer gloire. Nous n’y sommes pour rien ! Et nous devenons même capables de poser de bonnes actions parce que nous sommes sauvés ! La vie conforme à la Parole de Dieu ne précède, ni ne conditionne le salut ; elle en est le signe ! Parce que nous  sommes sauvés, nous devenons capables d’amour ! Parce que nous sommes sauvés, nous devenons libres face au péché qui nous envahit ! Parce que nous sommes sauvés, nous devenons capables de marcher à la suite de Dieu. Parce que nous sommes sauvés, nous savons quel est l’amour de Dieu pour nous ! Celui qui regarde vers le Christ, même s’il a le cœur lourd de trahison, lourd de tout le mal qu’il a pu faire, celui-là obtiendra le pardon, parce qu’il aura reconnu que de lui-même, il ne peut rien. Il aura reconnu qu’il ne peut vivre sans Dieu, qu’il ne peut vivre vraiment sans être aimé de Dieu, gratuitement. Y a-t-il plus grande nouvelle que celle-là ? Je ne crois pas. C’est cela, la Bonne Nouvelle qu’il nous faut annoncer ! C’est cela la Bonne Nouvelle qu’il nous faut vivre. Simplement accepter que Dieu nous sauve par amour. Accepter que Dieu nous sauve même lorsque nous sommes persuadés que plus personne ne peut rien pour nous. Accepter que Dieu nous sauve même lorsque l’amour semble avoir déserté notre cœur. Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Tel est l’amour de Dieu pour nous ! 
 
Le sang du Christ devient donc le sceau de la nouvelle alliance. Le sacrement de l’Eucharistie nous le redit à chacune de nos célébrations. Chaque fois que nous venons communier, Dieu, à cause de Jésus, nous prend dans son alliance et nous offre le pain et le vin, corps et sang du Christ, pour nous nourrir à la source même de cette Alliance nouvelle et éternelle, Alliance donnée pour le pardon des péchés. Nous ne saurions mieux dire notre reconnaissance à Dieu pour ce salut toujours offert qu’en restant fidèles à ce repas. Que notre Eucharistie, en ce dimanche, fasse grandir encore notre attachement au Christ Rédempteur ; qu’elle creuse en nous le désir d’être sauvé par le Christ, gratuitement, par amour. Amen.
 
(Dessin de Coolus, le blog du Lapin bleu)

samedi 7 mars 2015

03ème dimanche de Carême B - 08 mars 2015

Dieu fait alliance : il fait de nous un peuple libre !




Qu’est-ce qui fait d’un rassemblement de gens un peuple ? Dans la Bible, c’est simple, un peuple, c’est un chef, une loi, une terre. La terre, Dieu l’a promise ; ceux qu’il a fait sortir d’Egypte à bras fort, il les y conduit. Une Loi, ce sont les dix commandements que nous avons entendu en première lecture ; elle est le cadre de l’Alliance que Dieu conclut avec les hommes. Un chef : le peuple en a un depuis qu’il a accepté de le suivre hors d’Egypte. Ce n’est pas Moïse, c’est Dieu lui-même. C’est lui qui est à l’origine de tous les signes qui auront fait plier Pharaon, Roi d’Egypte, qui ne voulait pas laisser partir ceux que Moïse réclamait au nom de son Dieu. 
 
Depuis le Mercredi des Cendres, nous découvrons l’alliance que Dieu veut faire avec nous. Nous avons vu que cette alliance est alliance pour la vie et alliance pour la joie de l’homme. Elle est aussi alliance qui fait de tous ceux qui la suivent un seul peuple, le peuple que Dieu se donne. Le don de la Loi ne se veut pas un acte d’aliénation ; il ne s’agit pas d’enfermer le peuple dans un carcan légaliste. Au contraire, cette loi est donnée pour poursuivre l’œuvre de libération entreprise avec la sortie d’Egypte. C’est l’obsession éternelle de Dieu. Libérer l’homme de tout ce qui l’entrave, de tout ce qui le tient loin de Dieu. 
 
Il n’y a qu’à relire les Ecritures du Premier Testament pour s’en rendre compte. Le seul but de Dieu, c’est d’entrer en alliance avec l’homme, d’avoir un vis-à-vis qui lui ressemble et à qui il puisse offrir, par grâce, les richesses de son amour. La Loi donnée par Dieu dans le désert visait à simplifier cette relation d’alliance et à en fixer le cadre. L’homme, selon les dix paroles données à Moïse, « ne gardera qu’un Dieu, celui qui lui a manifesté tendresse et miséricorde en le sortant d’Egypte ; il renoncera aux formules magiques, il se délivrera de toute contrainte un jour par semaine et honorera ceux dont il tient la vie. L’homme manifestera ainsi qu’il n’a la maîtrise ni de Dieu, ni de son travail, ni de ses parents, mais qu’il a reçu une liberté, une foi, un travail, une terre ». L’homme n’est pas sa propre origine et l’alliance vient justement le lui rappeler. 
 
Les autres commandements établissent les règles nécessaires à toute vie sociale : interdit du vol, de l’adultère, du meurtre. Ainsi sera préservée la vie du groupe. Rompre un seul interdit, revient à casser l’harmonie voulue par Dieu, et donc à briser gravement et durablement l’alliance. En agissant ainsi, l’homme s’éloignerait de ce qui le rend semblable à Dieu : la capacité d’aimer et d’agir par amour. 
 
Les dernières paroles introduisent un nouveau terme entre Dieu et l’homme : le prochain. Déjà se retrouvent unis le respect de Dieu et le respect de tout homme, union que Jésus reprendra à son compte dans le double commandement de l’amour. Il est ainsi attesté que Jésus ne vient pas changer la religion, mais la porter à son terme, en réalisant l’alliance ultime que rien ne pourra plus défaire. 
 
Ces dix paroles visent donc bien la liberté de l’homme : sa liberté individuelle, mais aussi sa liberté sociale : en vivant selon ces paroles, l’homme se découvrira vraiment libre. Le Dieu qui l’a sorti d’Egypte la lui garantit : il l’appelle à cette liberté. Voilà qui devrait rassurer ceux qui pensent que la religion est l’opium du peuple. Le Dieu de l’alliance est celui qui nous libère. Il en fait lui-même le rappel avant de donner sa Loi. Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Puisqu’il nous a sorti de l’esclavage du péché, pourquoi voudrait-il nous y faire retourner ? Nous sommes le peuple que Dieu s’est donné ; nous sommes à son image et à sa ressemblance : libres, souverainement libres. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Le blog du lapin bleu)