Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 29 juillet 2012

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2012

Et si tout n'était qu'une question de partage ?




C’est une histoire simple, presque banale, qui nous est présentée aujourd’hui. De grandes foules suivent Jésus ; elles l’écoutent attentivement. Elles sont tellement prises par ce qu’il dit qu’elles en oublient l’essentiel : l’homme a besoin de manger. Et même si de fins esprits disent que ces foules « boivent les paroles du Christ », il n’en demeure pas moins vrai que cela ne nourrit pas physiquement un homme. Viendra le moment où la faim de vraie nourriture terrestre se fera sentir. Et les belles paroles ne suffisent plus alors pour rassasier le ventre qui crie.

C’est une histoire simple, presque banale, mais qui se répète au long de l’histoire de l’humanité. Prenez le brave prophète Elisée. Il y avait une famine dans le pays, nous dit sobrement l’auteur du second livre des Rois. Les hommes avaient faim et ne trouvaient rien. Et voilà qu’un anonyme vient porter au prophète vingt pains et un sac de grain frais. Pour cent personnes. Devant la question logique du serviteur - qu’est-ce cela pour tant de monde ? - le prophète dit simplement sa confiance en Dieu. Distribue pour qu’ils mangent, car le Seigneur a dit : On mangera et il en restera. 

C’est la même histoire qui se reproduit des siècles plus tard. Ce n’est plus le prophète Elisée, mais un certain Jésus, que chacun prend pour un grand prophète. Des foules nombreuses le suivent. Elles boivent ses paroles, mais personne ne semble avoir songé à la nourriture terrestre. Jésus voit cette foule, il sait qu’il ne peut la laisser ainsi. Comment faire pour que chacun ait un morceau de pain ?, interroge Philippe. Il a vu la grande foule, il connaît sans doute le prix du pain et constate rapidement que cela coûterait une fortune de nourrir tout ce monde. Comment d’ailleurs ont-ils pu ainsi s’éloigner de chez eux sans prendre le moindre casse-croûte ? Inimaginable. Heureusement, une maman a pensé à son gamin. Heureusement qu’elles sont là, les mamans. Elle aura glissé cinq pains et deux poissons à son jeune garçon. Remarquez, l’histoire ne le dit pas : mais rien n’empêche de le penser ! Il ne manque plus qu’une courte prière de Jésus et tous mangent à leur faim : il y a même des restes ! 

Avez-vous compris en quoi cette histoire est simple ? Qui a fait le plus pour ces gens ? Quel a été le geste déterminant dans cette histoire ? Comment ces foules ont-elles pu ainsi manger alors que la situation était catastrophique ? A quoi sont dus ces deux miracles ?

Dans les deux histoires, une présence est déterminante : celle d’un homme de Dieu. Elisée pour la première, homme envoyé par Dieu pour guider son peuple. Jésus, homme-Dieu venu entraîner le peuple sur un chemin de vie dans la deuxième. Mais cela est-il suffisant ? Suffit-il qu’il y ait un homme de Dieu pour que, sur-le-champ, les obstacles soient levés ? Autrement dit, suffit-il de crier vers Dieu dans un moment difficile pour que, comme par magie, les choses changent ? Vous savez bien que non. La parole d’Elisée, la prière de Jésus sont efficaces parce que, au départ, il y a un geste d’amour, un geste de partage ! 

Quelqu’un qui donne vingt pains et un sac de grain et voilà que le miracle peut avoir lieu. Une maman qui pense à glisser cinq pains et deux poissons à son rejeton, un jeune homme qui accepte de les donner, et voilà que le miracle a lieu. Le miracle, ce n’est pas la force de la prière dans ce cas précis : le miracle, c’est que quelqu’un, totalement anonyme, a accepté de donner le peu qu’il avait alors qu’il en aurait bien eu besoin pour lui tout seul. Quelqu’un a accepté de donner et tous ont pu recevoir. Là est sans doute le miracle !

Vingt pains et un sac de grain ; cinq pains et deux poissons. Seul l’amour pouvait les partager. L’amour de ceux qui les ont donnés, multiplié par l’amour de Dieu qui intervient dès lors qu’un seul lui laisse de la place, et tous sont rassasiés. Ce qui semblait impossible est devenu possible grâce à l’amour immense de Dieu, grâce à l’amour tout simple d’un anonyme qui accepte de ne pas garder pour lui ce qu’il avait. Seul l’amour partagé peut faire des miracles lorsqu’il est multiplié par l’immense amour de Dieu. Un seul petit geste humain de partage suffit pour que Dieu intervienne et en augmente le résultat.

Comme il avait raison celui qui a écrit : Dieu seul peut donner la foi, mais tu peux donner ton témoignage. Dieu seul peut infuser l’espérance, mais tu peux rendre confiance à ton frère. Dieu seul peut donner l’amour, mais tu peux apprendre à l’autre à aimer. Dieu seul peut donner la paix, mais tu peux semer l’union. Dieu seul peut donner la joie, mais tu peux sourire à tous. Dieu seul peut donner la force, mais tu peux soutenir un découragé. Dieu seul peut faire des miracles, mais tu peux être celui qui apporte les cinq pains et les deux poissons. Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible, mais tu pourras faire le possible. Dieu seul se suffit à lui-même, mais il a préféré compter sur toi.

Apprenons à nous mettre au service de tous et Dieu posera encore les signes nécessaires pour réaliser, à travers nous, un monde un plus beau, plus juste et plus humain. Il pourrait le faire sans nous, c’est vrai ; mais pourquoi ne pas l’y aider un peu ? AMEN.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Couleurs d'Evangile, éd. Siloé)

vendredi 20 juillet 2012

16ème dimanche ordinaire B - 22 juillet 2012

Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu !



C’est frustrant, n’est-ce pas ! Nous assistions dimanche dernier au départ des Apôtres en mission, et peut-être, comme moi, vous attendiez-vous à les voir à l’œuvre ! Nous avons quelquefois tant de difficultés dans notre propre mission de chrétien, qu’il aurait été bon de savoir comment eux, les plus proches de Jésus, se sont débrouillés. Et bien, nous n’en saurons rien ! C’est le privilège de l’envoyeur seul que de recevoir le rapport des envoyés. Nous pouvons toutefois conclure de ce retour que la mission fut belle et fatigante, Jésus invitant ses Apôtres au repos : Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.

On pourrait croire, un peu vite, que c’est là un évangile de circonstance. Nous avons entamé la deuxième moitié du mois de juillet : la France est officiellement en vacances pour quelques temps ; répond-t-elle, comme les disciples, à l’appel du Seigneur à se reposer ? Je n’en suis pas sûr, Jésus n’invitant pas ses disciples à s’étendre au bord de mer pour prendre quelque couleur. Il les invite au repos, certes, mais à l’écart, dans un endroit désert. Autant dire qu’il les invite à se reposer en Dieu.

Pourtant, cet évangile reste, pour nous qui sommes venus ce matin, un évangile de circonstance ; ne sommes-nous pas venus justement, à l’écart du bruit de la ville, pour nous reposer dans le Seigneur ? Ne sommes-nous pas venus, à l’invitation de Jésus, confier à Dieu notre semaine, la vie de nos proches qui n’ont pas pu ou su venir ? L’invitation de Jésus aux disciples est une invitation à chaque disciple, donc à nous, à prendre du temps pour nous reposer à l’écart des autres, à l’écart de l’agitation de notre quotidien, fut-il spirituel, pour nous reposer en Dieu. Pour écouter Dieu nous parler au cœur, pour l’entendre nous encourager à la fidélité au Christ, pour l’entendre nous encourager à la persévérance dans la prière et au courage dans la mission.

Oui, notre eucharistie dominicale est chaque semaine une oasis à l’écart, propice au repos en Dieu, propice à reprendre des forces pour affronter à nouveau ce quotidien souvent fatigant. Ce signe du dimanche ne devrait pas être négociable pour le croyant. Il est aussi essentiel à notre survie spirituelle que peuvent l’être l’eau et le pain à notre vie quotidienne. A une époque où ce signe est remis en question sous prétexte qu’on ne peut empêcher les gens de travailler s’ils en ont envie, il faudrait que la voix des chrétiens s’élèvent pour faire entendre qu’on ne peut empêcher les gens de se reposer et vivre autre chose que des rapports économiques, des rapports laborieux. Il y a une vie après le travail et elle est tout aussi importante, sinon plus, que le travail. Il ne s’agit pas seulement de prendre la défense de notre temps de rassemblement autour de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie ; il s’agit de dessiner un projet de civilisation où l’homme ne vaut pas uniquement par ce qu’il produit, mais qu’il a de la valeur pour ce qu’il est : un être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et cela vaut plus que le travail qu’il effectue ; et cela vaut plus que l’argent qu’il permet de gagner.

Venez à l’écart et reposez-vous un peu ! Il y a tant de bon sens dans cette affirmation de Jésus, que l’on a du mal à comprendre que certains puissent ne pas y adhérer. Pour le croyant, ce temps hebdomadaire est une nécessité. Nous sommes des hommes et des femmes que la parole de Dieu a bouleversés un jour au point de transformer radicalement leur art de vivre ; nous sommes des hommes et des femmes que l’Eucharistie nourrit vraiment, nous permettant ainsi de tenir notre place dans l’Eglise et dans le monde. Notre mise à l’écart, chaque dimanche, pour ce temps de rencontre avec notre Dieu, nous est nécessaire pour ne pas devenir des intoxiqués du travail, du rendement à tout prix. Ce temps nous est nécessaire pour être, dans notre monde, signe de cet autre monde que Dieu veut construire pour le bonheur de tous. Les foules affamées d’une parole vraie existent encore comme au temps de Jésus ; mais si nous ne faisons plus signe par notre mise à l’écart chaque dimanche, comment ces foules parviendront-elles à Jésus ? Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. Ces quelques hommes, dans leur barque avec Jésus, ont transporté les foules jusqu’au Christ. Comment pourrions-nous faire de même si nous sommes détournés de ce Christ, si nous ne le portons plus en nous et si nous ne nous laissons plus inviter par lui à le rejoindre, à l’écart, près de celui qu’il appelle son Père et notre Père ?

Il nous faut préserver cette oasis offerte chaque dimanche parce qu’elle nous permet de repartir plus fort dans notre quotidien. Il nous faut préserver cette oasis du dimanche pour nous et pour nos frères et sœurs qui n’ont plus ni courage, ni voix, ni raison de la défendre. Il ne s’agit pas que de nous ; il s’agit du monde que nous voulons voir se dessiner pour nos enfants et pour les enfants de nos enfants. Eux aussi doivent avoir, demain, à l’invitation du Christ, le droit et la possibilité de venir dans un endroit désert pour se reposer un peu. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 13 juillet 2012

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2012

Jésus envoie en mission.



Un dimanche curieux que celui-ci.
Alors que tout le monde ne pense que vacances et voyages, voilà que la liturgie nous rappelle de manière forte et précise que Dieu nous appelle et qu’il nous envoie. Comme s’il n’y avait pas de repos dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jusqu’à présent, Jésus s’occupait de cette annonce : maintenant, il partage sa tâche, il étend son pouvoir sur les forces du Mal à ses disciples. Il les envoie, deux par deux. Et les consignes sont plutôt strictes : ils n’ont droit qu’à un bâton et à une paire de sandales. En fait juste ce qu’il faut pour bien marcher, pour signifier que la foi est un chemin à emprunter et à suivre tout au long de sa vie.

En envoyant ainsi ses disciples, tous issus d’autres corps de métier, Jésus rejoint ainsi la pratique même de Dieu qui consiste à envoyer qui il veut, comme il veut, quand il veut, où il veut. Il n’y a pas de spécialistes de la parole, pas de grand théologiens ; simplement des pêcheurs, des paysans, des fonctionnaires ; monsieur tout-le-monde, quoi ! Comme jadis le prophète Amos avait été cherché derrière ses chèvres et ses boeufs par YHWH pour aller dans l’autre royaume pour porter la parole de Dieu. A prendre ainsi n’importe qui, l’on comprend les réactions de ceux qui pensent avoir tout compris, parce qu’ils sont du crû, parce qu’ils connaissent bien les gens du village, et qu’ils savent qu’ils n’aiment pas, eux, cette nouveauté de quelqu’un qui n’est même pas du pays. Mais allez donc dire à Dieu de mieux choisir ses envoyés !

Voilà donc nos disciples envoyés, avec le strict minimum. Un bâton, des sandales. Rien de plus ! Et comme message, pas de grand programme pastoral, pas de grands moyens de communication. Juste une invitation à se convertir et l’autorité nécessaire sur les forces du Mal pour appuyer leur témoignage. Nous serions perdus, nous qui avons besoin de tant de chose pour élaborer, réaliser et évaluer notre mission. Les disciples n’avaient que ces simples choses nécessaires pour bien marcher et la compagnie d’un frère. Parce qu’à deux, la parole a plus de poids. Parce qu’à deux, on peut se soutenir. Parce qu’à deux, on doit vivre aussi ce que l’on prêche. Parce qu’à deux, c’est forcément la parole de l’autre que l’on transmet et non ses propres élucubrations. Ils n’ont peut-être pas de programme pastoral, mais ils ont compris l’essentiel : témoigner de ce que l’on croit et vivre ce que l’on croit.

Aujourd’hui encore, Dieu envoie des hommes et des femmes pour témoigner de lui, pour annoncer encore la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Il y a en premier lieu les ministres ordonnés, appelés d’une manière particulière au service de l’Eglise. Mais il y a aussi tout croyant appelé à faire de sa vie un témoignage de sa foi. Que seraient nos églises sans la foi simple de celles et ceux qui prient pour elle ? Que serait l’annonce de la Bonne Nouvelle sans la patience de toutes ces catéchistes qui au long de l’année sont souvent obligées de prendre la place des parents pour dire les premiers mots de la foi aux enfants ? Que serait l’Eglise du Christ si seuls les prêtres et les religieux travaillaient à la vigne du Seigneur ? Chaque croyant doit faire totalement, mais seulement ce qui lui revient, en fonction de la place qui est la sienne. Totalement, cela signifie que personne ne peut se soustraire à l’obligation morale de témoigner de sa foi pour faire avancer et grandir le Règne de Dieu ; mais seulement ce qui lui revient, cela signifie que je n’ai pas à prendre la place d’un autre, ni vouloir m’occuper de ce qui lui revient de droit alors que je ne partage pas sa charge.

A ceux qui s’interrogent encore sur le « pourquoi il est nécessaire de témoigner », Paul répond dans la lettre aux Ephésiens dont nous avons entendu l’introduction : parce que Dieu nous a choisi, parce qu’il nous a destinés à devenir ses fils ; parce qu’il nous a donné la connaissance nécessaire en Jésus, son Fils, parce qu’il nous appelle à être de son peuple, un peuple fait de toutes les nations. Nous sommes, avec Dieu, responsables de la construction du Royaume. Nous avons notre part à tenir. Dieu nous appelle, Dieu nous envoie. Saurons-nous répondre gratuitement, par amour ?


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 7 juillet 2012

14ème dimanche ordinaire B - 08 juillet 2012

Faire confiance au Christ, faire confiance à nos pasteurs




D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?


Voilà les seules questions que se posent les habitants du village de Jésus lorsque celui-ci vient chez eux pour enseigner. A la joie de l’événement succèdent bien vite l’étonnement et l’hostilité. Pourquoi ? Simplement parce que ce que l’on sait de cet homme ne correspond pas à ce que l’on voit. Jésus est connu comme le charpentier du village et un charpentier, ça ne prêche pas !


D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?
A force de faire les questions et les réponses, les villageois ne sont pas capables de s’ouvrir au message de Jésus. Ils sont tellement sûrs de ce qu’ils croient savoir, qu’ils sont incapables de comprendre que cet homme, Jésus, a une mission à remplir. Ils sont tellement aveuglés par leur connaissance, supposée vraie, qu’ils ne discernent pas en lui l’envoyé de Dieu. Jésus se retrouve, de fait, dans la position de ces nombreux prophètes qui avaient un message à délivrer de la part de Dieu mais qui n’ont jamais été écoutés.


D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?
Puisque l’opposition est manifeste, puisque leur manque d’ouverture ne leur permet pas de reconnaître en lui un envoyé de Dieu, Jésus se trouve affaibli. Il lui est impossible de faire un seul miracle, le manque de foi de ses compatriotes étant plus fort que sa volonté de salut. Encore une fois, la toute puissance de Dieu est battue en brèche par la non foi de ceux qui auraient pu en bénéficier. Pas la peine de s’éterniser dans ce village ; ce serait une perte de temps. Il y a tant à faire ailleurs, là où les gens en ont vraiment besoin, là où les gens sont capables de s’ouvrir à la présence de Dieu, à sa volonté de salut.


D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?
Les temps n’ont pas beaucoup changé depuis ce jour où Jésus n’a pas été reconnu dans son propre village. Là se trouve sans doute la raison de la pratique ecclésiale qui consiste à ne jamais envoyer un pasteur dans son village d’origine, ainsi que le refus de l’Eglise de laisser les gens choisir leur pasteur. Pour l’Eglise catholique, le ministère se reçoit, de Dieu. Pour que celui qui l’exerce ne soit soumis à aucune pression, il est préférable que personne ne le connaisse. Comment pourrait-on percevoir la nouveauté de ce qu’il a à nous dire si, avant même qu’il n’ouvre la bouche, on s’imagine connaître ce qu’il va nous dire. Comme Jésus l’a été en son temps, le prêtre est le témoin de la nouveauté de Dieu, celui qui nous dit que Dieu n’est pas forcément là où nous l’avons toujours cherché, celui qui nous fait sortir de notre routine et de nos discours tout fait sur Dieu.


D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?
Le refus de la nouveauté a entraîné les contemporains de Jésus à vouloir le supprimer. Le refus de la nouveauté entraîne encore aujourd’hui des hommes et des femmes à vouloir supprimer celui qui dérange, celui qui nous empêche de faire comme nous voudrions, celui qui a une parole différente et originale. Autrefois, les gens lançaient des pierres ; aujourd’hui courent la calomnie, les propos méchants voire racistes, dans certains cas (pensez-donc, c’est un étranger ; que peut-il bien comprendre à notre société, à notre Eglise ?). Nous oublions souvent trop vite que celui que l’Eglise envoie comme pasteur ordinaire d’un peuple est envoyé de Dieu, chargé de poursuivre l’annonce de la Bonne Nouvelle, la même Bonne Nouvelle que Jésus annonçait déjà. Jésus lui-même a dit à ses disciples : qui vous accueille, m’accueille, sous entendu celui qui ne vous accueille pas, ne m’accueille pas non plus ! Chaque prêtre sait qu’il aura quelquefois des difficultés à se faire entendre. Mais chaque prêtre espère surtout que les gens sauront lui faire confiance sur le chemin où il veut les emmener. C’est toujours un chemin de service et d’amour. C’est souvent un chemin différent que le pasteur précédent, parce qu’il est lui-même différent du pasteur précédent ; mais ce chemin conduit aussi à Dieu. C’est le chemin qu’il connaît le mieux que le prêtre nous invite à suivre. Alors oui, ça dérange ; alors oui, ça change. Mais reconnaissons qu’un peu de nouveauté n’a jamais fait de tort à personne. Ce qui compte, c’est le but à atteindre. Ce qui compte, c’est que nous y arrivions ensemble. Ce qui compte, c’est l’amour que nous aurons su employer pour suivre le chemin et atteindre le but fixé. Le reste n’est que détail.


D’où cela lui vient-il ? N’est-il pas celui que nous connaissons ?
Pour suivre le Christ, il aura fallu que ces disciples acceptent de se décentrer, qu’ils se laissent entraîner sur ses chemins. Leur vie, leurs habitudes ont été bouleversées, mais toujours ils ont fait confiance. Au bout du chemin, ils ont trouvé la vie. La même confiance nous est demandée vis-à-vis de nos pasteurs. Au bout du chemin qu’ils nous invitent à suivre, il y a la vie, il y a le Christ. AMEN.

samedi 30 juin 2012

13ème dimanche ordinaire B - 01er juillet 2012

Dieu n'a pas fait la mort !



Dieu n’a pas fait la mort. Cette affirmation de l’auteur du livre de la Sagesse nous place d’emblée au cœur de la foi judéo-chrétienne qui n’a de cesse de nous présenter l’alliance entre Dieu et l’humanité. Oui, Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Le Dieu auquel nous croyons est le Dieu de l’Alliance, le Dieu de la vie, le Dieu, source de toute vie.

Certes, dès le livre de la Genèse, nous voyons le Mal et la Mort entraver la vie de l’homme. Mais ce n’est pas du fait de Dieu. C’est du fait de l’homme qui préfère entrer en défiance de Dieu plutôt qu’en alliance avec lui. C’est du fait de l’homme qui préfère écouter la voix du Diviseur, la voix du Père du Mensonge qui travestit la Parole de Dieu et entraîne l’homme à douter de Dieu et à poser des actes en contradiction avec l’Alliance. C’est par l’homme que le Mal et la Mort sont entrés dans le monde. Dieu, lui, avait créé l’homme pour la vie, pour la vie marquée du sceau de l’éternité, pour une existence impérissable, pour reprendre le livre de la Sagesse.

Lorsque des siècles plus tard, Dieu envoie son Fils Jésus au milieu des hommes, c’est bien pour les rétablir dans cette vie ; c’est bien pour les libérer du Mal et de la Mort ; c’est bien pour refaire alliance avec l’humanité. Quand Jésus offre sa vie sur la croix, c’est pour provoquer la Mort sur son propre terrain et la vaincre définitivement. En Jésus, mort sur la croix, c’est la Mort elle-même qui est mise à mort. Le double signe de la femme guérie et de l’enfant réveillée du sommeil de la mort en atteste bien avant l’événement de la Pâques.

Une grande foule entoure Jésus, si bien qu’elle l’écrasait. Une femme malade depuis douze ans, pour qui les médecins n’avaient trouvé aucun remède, une femme anonyme, semble voler sa guérison. Elle se dit qu’en touchant le bord de son vêtement, elle serait guérie. Elle reconnaît en Jésus une puissance de vie telle qu’elle ne peut exister qu’en Dieu. Sa foi, même si elle nous semble magique voire superstitieuse, lui vaut sa guérison. A peine est-elle guérie, que Jésus sent qu’une force était sortie de lui. On ne vole pas la vie, on la reçoit. Et Jésus se met en quête de celle qui a bénéficié de ce don. Il atteste la guérison de la femme. Dieu n’a pas fait la mort, Dieu ne veut pas que l’homme soit soumis à des forces qui s’opposent à la vie. En Jésus, il vient libérer l’homme de tout Mal ; cette guérison en atteste.

Il a fallu à cette femme beaucoup de foi pour se précipiter ainsi vers Jésus, de même qu’il en a fallu à Jaïre, dont la petite fille est à toute extrémité. Il attend de Jésus un geste (une imposition des mains) pour que sa fille soit sauvée et qu’elle vive. Il lui a fallu plus de foi encore pour se laisser entraîner par Jésus vers la chambre où repose sa fille alors que tous se moquent de Jésus lorsqu’il affirme qu’elle n’est pas morte : elle dort. Dieu n’a pas fait la mort, et Jésus réveille cette enfant pour manifester sa puissance sur la mort elle-même. Il annonce ainsi ce que ses disciples découvriront au matin de Pâques : il est Le Vivant pour tous ceux qui croient en lui. Ils comprendront mieux alors les paroles de Jésus sur la coupe de vin au soir du Jeudi Saint, paroles que nous redisons en chacune de nos eucharisties : Prenez et buvez, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Tout ce que l’homme est capable de faire de mal, tout ce qui peut conduire l’homme à la Mort, est annihilé par ce sang de Jésus versé pour tous ceux qui croient en lui. Le Mal et la Mort s’effacent devant Jésus et sa puissance.

Dieu n’a pas fait la mort. Dieu veut une alliance éternelle, une alliance nouvelle scellée dans le sang de son Fils, pour que l’homme puisse désormais vivre de la vie-même de Dieu. Laissons-là notre défiance vis-à-vis de Dieu ; entrons dans son Alliance et nous vivrons d’une vie qui ne finira jamais ; entrons dans son Alliance, et rien, ni personne, ne pourra plus nous séparer de Dieu et du don de la vie qu’il nous fait, aujourd’hui et pour toute éternité. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

jeudi 21 juin 2012

Nativité de Jean le Baptiste - 24 juin 2012

Que sera donc cet enfant ?

La question est sans doute légitime au sujet de ce petit Jean quand on connaît les circonstances de la naissance : parents très âgés, mère stérile, moyens médicaux peu voire pas évolués. A une époque où l’on manipule joyeusement les codes génétiques, à une époque où il est courant d’avoir recours à des moyens artificiels pour faire advenir le miracle de la vie, cette naissance de Jean peut sembler banale, sans histoire. Ce serait pourtant une grave erreur de n’y voir que le fruit d’une succession de hasard et d’éluder ainsi la question posée par le voisinage. Jean est un don de Dieu à une famille qui ne l’attendait plus : Jean est un don de Dieu à un peuple qui ne l’attendait pas encore !

La naissance extra-ordinaire de ce petit d’homme est clairement reçue par les gens de l’époque comme un don de Dieu. Comment une femme stérile, âgée de surcroît, a pu enfanter, ne peut relever que de la bienveillance de Dieu à son égard. Les manifestations annexes (le père qui devient muet lorsque l’ange lui annonce que sa femme enfantera un fils ; le père qui retrouve l’usage de la parole au moment où, donnant à l’enfant le nom révélé par Dieu, il entre enfin dans le projet de Dieu) viennent renforcer cette vérité : cet enfant ne sera pas comme les autres car cet enfant a été choisi et voulu par Dieu. La question : Que sera donc cet enfant ? prend alors tout son sens. En effet, devant tant de manifestations de la gloire de Dieu, on peut s’interroger sur le pourquoi de cette naissance. Qu’est-ce que Dieu a en tête lorsqu’il appelle à la vie son serviteur ? Qu’est-ce qu’il veut nous dire ou nous faire comprendre ? On pourrait tout aussi légitimement s’interroger au sujet des parents : qu’ont-ils fait pour mériter ainsi la bienveillance du Très-Haut ? Qu’ont-ils de plus que les autres couples, âgés, stériles, qui auraient tant voulu croire au miracle de la vie ? Sans doute n’ont-ils rien de plus que les autres : en tout cas, l’histoire ne le dit pas ! Ils ont juste pour eux cette foi qui les fait entrer dans le projet de Dieu ; ils ont juste pour eux d’avoir été choisis par Dieu pour participer, à leur manière, au projet de salut de Dieu. Il fallait un signe fort (une femme âgée, stérile qui donne la vie) pour faire réfléchir les hommes. Il fallait un signe fort pour faire comprendre que Dieu vit avec les hommes, prend soin d’eux et intervient au moment voulu lorsqu’il trouve des serviteurs aptes à répondre à son appel. En appelant Jean le Baptiste à la vie, Dieu se donne un serviteur capable d’entrer dans son projet. Il met, petit à petit, en place les pièces nécessaires à la réalisation de son projet de salut. Une naissance extra-ordinaire pour un destin extra-ordinaire ! Jean est donné par Dieu à ses parents ; Jean est donné par Dieu à son peuple.

Ceci est bien clair : lorsque Dieu suscite ainsi un serviteur fidèle, ce n’est pas seulement en récompense de bons et loyaux services. Lorsque Dieu suscite un serviteur, c’est avant tout pour faire aboutir son projet de salut ; c’est pour rappeler aux hommes son alliance de toujours. Ainsi Jean, nous le savons aujourd’hui, est une pièce maîtresse de cette œuvre de salut. Il est celui qui vient ouvrir la route au serviteur véritable, grand prêtre unique et vrai : Jésus le Christ ! Il est impensable aujourd’hui de parler de Jean sans parler de Jésus. L’un ne va pas sans l’autre. Jean est celui qui va révéler Jésus aux hommes : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! Ou encore : Je ne suis pas le Messie ; mais le voici qui vient derrière moi et je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales ! Voilà bien la mission de Jean auprès de son peuple : être celui qui a la lourde charge d’ouvrir les yeux et les cœurs pour qu’ils puissent reconnaître et accueillir le Messie. Etre celui qui va permettre aux hommes d’entrer dans ce projet de salut et de connaître le Messie de Dieu de manière personnelle. Toute la fête de ce jour nous tourne ainsi vers le Christ, celui qui est présent en germe dans l’avènement de Jean. La longue prière de louange de Zacharie lorsqu’il retrouve l’usage de la parole, que la liturgie nous a malheureusement coupée, oriente ainsi notre regard et notre cœur vers l’avènement du Messie véritable. Ce père, comblé dans ces vieux jours, chante la mission de révélateur de son fils et annonce la venue du Christ, lumière de Dieu pour éclairer toutes les nations.

En célébrant la Noël d’été, il nous faut nous tourner déjà vers ce mystère plus grand encore du Dieu fait homme, du Dieu tellement amoureux de son peuple, qu’il ira jusqu’à devenir l’un de nous en Jésus pour mieux nous indiquer la route du salut. Aujourd’hui, réjouissons-nous de la naissance de Jean : elle marque un nouveau départ sur la route qui mène au salut. Que Jean le Baptiste, qui a montré à ses disciples le Messie véritable, soit aujourd’hui celui qui oriente notre regard et notre cœur vers le véritable sauveur, Jésus le Christ ! Ainsi nous pourrons nous préparer à l’accueillir, à l’aimer et à le suivre. AMEN.

vendredi 15 juin 2012

11ème dimanche ordinaire B - 17 juin 2012

Apprendre la confiance.



Faire confiance, avoir confiance, être digne de confiance : voilà bien des qualités nécessaires dans nos relations humaines. Nous ne pourrions pas bâtir des amitiés sûres et fortes sans cette primordiale confiance. En fait, pour moi, aucune relation vraie n’est possible sans confiance. Ce qui est vrai de nos relations humaines, est vrai aussi de notre relation à Dieu. Nous devons apprendre à lui faire confiance parce que lui nous fait confiance.


Oui, Dieu nous fait confiance ! Malgré nos faiblesses, malgré le péché qui souvent entrave notre vie, il nous fait confiance. Dieu ne nous aimerait pas d’un amour parfait sans cette confiance donnée à priori. Lorsqu’il a choisi de faire alliance avec l’humanité, il l’a fait sans attendre de preuve de notre fidélité, sans attendre de preuve de notre amour. Il nous a proposé une alliance, il s’est engagé envers nous, une fois pour toutes. Cela était vrai hier avec le peuple de la première alliance ; cela reste vrai aujourd’hui, chaque fois que nous célébrons un baptême, par exemple. Dieu fait confiance à celui qu’il adopte comme fils ou fille ! Il n’attend pas que nous démontrions d’abord notre amour. Il nous adopte et nous invite ensuite à vivre comme ses enfants. Dieu doit vraiment avoir foi en l’homme pour agir ainsi, pour recommencer sans cesse à faire confiance à l’homme, alors que celui-ci trahit et renie si souvent. Dieu nous fait confiance, il nous apprend la confiance.

Lorsque Paul s’adresse aux chrétiens de Corinthe, il affirme sa confiance en Dieu. Parce que si Dieu nous fait confiance, nous devons aussi apprendre à lui faire confiance. Les promesses qu’il nous a fait, il les tiendra. Même si, pour l’instant, nous avons l’impression d’être en exil loin de lui, un jour nous le verrons face à face, un jour nous vivrons pour toujours auprès de lui. Nous pouvons affronter les épreuves d’une vie humaine avec cette certitude que nous ne sommes pas seuls, avec cette certitude que nous pouvons en sortir vainqueurs puisque le Christ a vaincu tous les obstacles qui s’élevaient entre Dieu et nous, y compris la Mort et le Péché. La confiance en Dieu de Paul s’appuie sur l’expérience de sa foi et vient renforcer toujours son espérance.

N’est-ce pas à la confiance que nous invite Jésus dans l’Evangile quand il parle du règne de Dieu ? Il nous faut faire confiance et croire que le règne de Dieu grandit, mystérieusement, malgré les moments difficiles d’une vie. Il n’a peut-être l’air de rien, le règne de Dieu ; il est peut-être comme la plus petite des graines, mais il grandit, avec patience et ténacité, jusqu’à devenir la plus grande des plantes, jusqu’à envahir notre vie et la transformer pour que nous devenions capables de plaire au Seigneur en toutes choses.

Faire confiance à Dieu, c’est accepter de nous déposséder ; c’est accepter de croire que tout dépend de lui et qu’il fera ce qu’il a promis pour que l’homme vive, et qu’il vive libre et heureux. Faire confiance à Dieu, c’est croire qu’il m’a donné les capacités nécessaires pour accomplir ce qu’il attend de moi. Faire confiance à Dieu, c’est le laisser mener la barque de ma vie, non sans rien faire, mais en me tenant prêt à remplir la part qui me revient, en synergie avec lui. Il n’y a pas de foi possible sans cette confiance absolue en Dieu, Maître du temps et de l’histoire. Apprenons à toujours plus lui faire confiance ; apprenons aussi à toujours plus être digne de sa confiance. Et nous verrons le règne de Dieu grandir et s’étendre jusqu’à ce que tous les hommes puissent se reposer à son ombre. N’est-ce pas cela que nous devons espérer ? N’est-ce pas à cela que nous devons travailler ?

Pour nous aider à grandir dans cette nécessaire confiance, nous pouvons reprendre et méditer l’oraison de ce onzième dimanche : Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l’homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce, ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)