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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 17 mars 2012

04ème dimanche de Carême B - 18 mars 2012

Jésus, lumière du monde






L’histoire que je vous raconte se passe sur la place d’une très grande ville. Beaucoup de monde passe sur cette place. C’est bruyant, agité… Les gens vont et viennent sans cesse.
Dans un coin de la place se tient une mendiante. Elle tend la main. Chaque jour, un poète se promène sur la place avec son amie. Son amie parfois regarde la mendiante, mais la mendiante ne lève jamais les yeux. Jamais un regard pour ceux qui lui donnent une petite pièce en passant. Jamais elle ne dit merci. Jamais elle ne sourit. Elle ne fait que tendre la main, toujours au même endroit. Tous les jours, le poète passe sans rien donner. Son amie dépose souvent une pièce dans la main tendue. Un jour, elle demande : « Pourquoi ne donnes-tu rien ? » Le poète répond : « Elle a peut-être besoin d’autre chose ? »

C’est une question que je me pose souvent face à la pauvreté : peut-être ont-ils besoin d’autre chose qu’une petite pièce ? Peut-être faut-il envisager une autre manière d’aider, d’être charitable envers celles et ceux qui sont dans le besoin. D’ailleurs, il y a des gens qui ne manquent pas d’argent et qui pourtant sont pauvres : pauvres de relations humaines vraies, pauvres d’amitié. Ils ont besoin d’autre chose.

Nous-mêmes, nous ne sommes pas fondamentalement pauvres ; nous ne sommes pas non plus excessivement riches. Mais, à regarder notre vie, quelquefois, n’avons-nous pas besoin d’autre chose que ce que nous avons, besoin d’autre chose que ce que nous proposent celles et ceux que nous rencontrons quotidiennement et qui nous donnent régulièrement la même pièce : même sourire jour après jour, même conversation, même ennui… Reconnaissons-le, pour pouvoir aller plus loin : quelquefois nous sommes comme cette mendiante, mendiant quelque chose que personne ne semble vouloir, ne semble pouvoir nous donner.

Mais revenons à notre histoire : le lendemain, le poète apporte une fleur, la dépose dans la main ouverte de la mendiante et veut continuer son chemin. C’est alors qu’il se passe quelque chose qui ne s’était jamais passé. La mendiante lève les yeux. Elle le regarde. Puis elle se met péniblement debout, prend la main de l’homme, y dépose un baiser et part avec la fleur.

Ce que vit cette femme, nous pouvons le vivre nous aussi, lorsque nous voyons passer dans notre vie le Christ. Il est celui qui nous apporte autre chose : il est celui qui nous fait vivre autrement. Saint Jean dit de lui : il est la lumière qui vient dans le monde. Quelle belle image que celle-là. La lumière, c’est ce qui nous aide à voir clair autour de nous, mais aussi en nous. Après l’hiver, qui ne souhaite pas ardemment voir revenir le printemps, avec ses premiers rayons de soleil, pour que nous nous sentions revivre ? Ainsi peut être notre vie si nous venons à Jésus. Ainsi peut-être notre vie si nous nous laissons approcher de Jésus. Il vient nous donner ce qui nous manque ; il vient refaire notre vie. Il vient nous offrir la vie en donnant la sienne. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Ainsi se nomme la rose que Jésus met entre nos mains : la vie éternelle, une vie de bonheur avec lui, auprès de Dieu, dès maintenant et pour toujours. Ne croyons pas que la vie éternelle n’est que pour plus tard. Nous la possédons déjà par notre baptême, gratuitement (par grâce, comme dit saint Paul dans la deuxième lecture). Nous n’y sommes pour rien ; ce ne sont pas nos bonnes actions qui nous sauvent. C’est Dieu lui-même qui aime tellement l’homme que son amour pour nous retourne Dieu contre sa justice, comme le dit Benoît XVI dans sa première encyclique. L’amour retourne Dieu contre lui-même : il lui devient impossible de juger : il ne peut qu’aimer. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Et nos bonnes actions, lorsque nous en posons, sont le résultat de l’amour dont nous bénéficions. Lorsque notre vie est conforme à la Parole de Dieu, elle est le signe que déjà nous sommes sauvés. Voilà la Bonne Nouvelle qu’il nous faut annoncer. Voilà la rose que Dieu nous offre pour que nous nous relevions, pour que nous repartions dans la vie, plus heureux, sûrs que nous avons du prix pour quelqu’un !

En accueillant le don que Dieu nous fait en Jésus, en nous ouvrant à sa vie, nous venons à la lumière, nous sortons des ténèbres de notre péché. Le temps de Carême est ce temps où nous sommes invités à venir marcher à la lumière du Christ, sans honte et sans crainte. Il nous dit que Dieu nous aime. Notre eucharistie de ce jour nous le rappelle. Lorsque nous communierons tout à l’heure, c’est bien la vie de Jésus que nous accueillerons au cœur même de notre vie pour qu’elle nous transforme et nous rende capable de vivre comme Jésus, entièrement donné à Dieu et aux autres. N’ayons ni honte ni crainte de mendier cet amour que Dieu nous offre ; n’ayons ni honte, ni crainte de le partager largement lorsque nous le recevrons. Nous ne le perdrons pas ; nous le multiplierons et nous transformerons notre monde. Ce que Jésus fait pour nous, nous pouvons le faire pour d’autres, avec sa grâce. Devenons enfants lumière ! Qu’il en soit donc ainsi, maintenant et toujours, pour chacun de nous. Amen.




(image de Jean-Yves Decottignies, in Mille dimanches et fêtes, Année B, Les Presses d’Ile de France, p. 50)

vendredi 9 mars 2012

03ème dimanche de Carême B - 11 mars 2012

Jésus, Temple nouveau










Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ! Ah ça, ils ont dû causer dans les chaumières de Jérusalem après avoir entendu cela ! C’est tout bon pour ceux qui s’opposent à lui : maintenant, ils ont un motif pour le faire mourir. Pensez donc ! Il veut qu’on détruise le Temple, il veut supprimer le lieu de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Je vous le dis : cette fois il est allé trop loin ! Sans compter qu’il a tout renversé sur son passage, chassé les vendeurs et dispersé leurs animaux destinés aux sacrifices. Il nous change la religion. Il est temps qu’on nous en débarrasse ! Mais que font nos chefs ?

Frères et sœurs, n’imaginons pas que nous réagirions autrement que ces braves habitants de Jérusalem. Imaginez qu’on vienne vous dire qu’on va détruire cette église que vos Anciens ont construite, puis reconstruite après guerre ! Même si on vous dit qu’on la reconstruirait en trois jours, vous ririez au nez de celui qui oserait pareille affirmation. Cela ferait causer dans les chaumières de Drusenheim, non ?

Et pourtant, nous savons que Jésus n’a pas tort lorsqu’il pose pareille affirmation. Et nous savons aussi qu’il est le vrai Temple, c’est-à-dire le vrai lieu de la rencontre entre l’humanité et Dieu. Il unit les deux en son propre corps, lui que nous reconnaissons comme vrai Dieu et vrai homme ! Mais il dérangeait, comme il dérangerait encore, en demandant de ne pas nous attacher à des signes matériels ; il dérangeait, comme il dérangerait encore, en nous demandant d’entrer dans l’esprit de la foi, d’entrer dans une relation vraie avec Dieu.

N’est-ce pas : tant qu’on s’attache au Temple, ou à l’église, on ne s’attache qu’à un lieu. C’est l’église où j’ai été baptisé, c’est l’église où nous nous sommes mariés, c’est là que grand-mère a été enterrée : nous ne pouvons aller que là ! Et on oublie que Dieu est présent aussi dans l’église du village d’à côté ; et si pour une fois la messe n’est pas célébrée chez nous, on peut aussi faire l’effort d’aller à la rencontre de Dieu à côté. Mais combien font l’effort ? Et nous trouverons toutes les bonnes excuses pour ne pas nous déplacer tel dimanche pour honorer le jour du Seigneur !

Le même réflexe joue une fois que je suis dans l’église : En vingt ans de métier, je ne compte plus les églises où j’ai célébré et où les gens restaient fermement attachés à leur banc ou à leur siège. Il pouvait y avoir cinquante bancs libres devant eux, ils ne bougeaient pas : c’est là et pas ailleurs ! Même chose lorsqu’on réfléchit à la place de la chorale : tribune ou chœur, chacun, pour les mêmes bonnes raisons, reste attaché à son lieu sans se demander ce que cela produit en terme de célébration, en terme de relation. Demander de bouger, c’est demander de détruire leur Temple, leur église : on leur change leur religion. Et si par hasard on osait insister, ils ne viendraient plus : il pourrait au moins être heureux qu’on soit là. Depuis des siècles, l’histoire est la même.

Et pourtant, lorsqu’on lit l’Ancien Testament, au livre de l’Exode comme ce matin, le lieu de la présence de Dieu n’est pas défini par un Temple, ni par une place dans ce Temple. Le lieu de la présence de Dieu, c’est la vie des hommes. Le don de la Loi ne comporte pas de chapitre sur le Temple ou l’église ; la Loi concerne un art de vivre avec Dieu et avec les autres : Tu n’auras pas d’autres dieux que moi… Tu n’invoqueras pas le nom de Dieu pour le mal…Le septième jour est jour de repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu…Honore ton père et ta mère. Tu ne commettras pas de meurtre, ni d’adultère, ni de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain. C’est en respectant cette Loi que le croyant montrera son attachement à Dieu ; c’est en vivant cette Loi qu’il rencontrera Dieu en vérité parce qu’il s’inscrira dans cette Alliance que Dieu a conclue avec Moïse.

Et nous, chrétiens, nous reconnaissons qu’en Jésus, une nouvelle Alliance a été établie entre Dieu et les hommes. Cette nouvelle Alliance ne renvoie pas davantage à un lieu, mais à un homme, Jésus, et Jésus crucifié, comme le rappelle Paul dans la seconde lecture entendue. Et ce crucifié, au soir de sa mort, a bien invité ses disciples à aimer Dieu et aimer le prochain. C’est bien encore dans une relation que s’inscrit cette nouvelle Alliance, établie dans le sang du Christ.

Ce qui compte, avec Jésus, c’est la relation que j’ai avec lui, et à travers lui avec Dieu et les frères. A ce titre, il est le Temple nouveau, le lieu de la rencontre avec Dieu en vérité. Et par le baptême, ayant été incorporés au Christ, nous sommes tous les pierres vivantes de ce Temple nouveau et unique. A ceux qui cherchent où est Dieu, il faut montrer la figure du Christ, vivant dans son Eglise, entendue non comme le lieu fait de pierres où nous nous réunissons, mais comme son peuple en marche, en pèlerinage vers le Royaume où Dieu nous attend.

Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ! Que ce Carême soit l’occasion de détruire tous ces Temples où nous ne cessons de nous réfugier. Que nous apprenions à nous remettre en route, à la suite du Christ, crucifié et ressuscité. Et nous construirons le seul Temple où Dieu aime à demeurer : le peuple des hommes et des femmes qui aiment comme Dieu aime, le peuple des hommes et des femmes réunis en Jésus Christ. Amen.




(Photo Saint Pierre de Rome)

samedi 3 mars 2012

2ème dimanche de Carême B - 04 mars 2012

Jésus, celui qu'il faut écouter !






Il s’en est passé des choses, dans l’évangile de Marc, avant cet épisode de la Transfiguration : guérisons diverses, deux multiplications des pains, confession de foi de Pierre, première annonce de la passion, invitation à suivre Jésus en prenant notre propre croix ; autant d’événements et de paroles prononcées qui ont leur part de mystère et de merveilleux. L’homme qui suit Jésus pourrait se perdre, confondre Jésus avec un guérisseur ou un magicien, ou pire, un beau parleur. L’événement de la Transfiguration vient à point pour que nous ne nous égarions pas, pour que nous comprenions bien qui est ce Jésus que nous suivons. Trois éléments constituent cette transfiguration : les vêtements immaculés, l’entretien avec Moïse et Elie, et une voix qui se fait entendre.

Les vêtements immaculés ne sont pas un rêve de ménagère en mal de lessive parfaite ; il n’y a que trois hommes témoins de l’événement. Les vêtements immaculés sont le signe que Jésus est transparent à la grâce ; ils sont le témoignage de la gloire qui est la sienne depuis le commencement, gloire qu’il a laissée en s’abaissant à devenir homme pour nous sauver. Ils annoncent déjà la gloire que Jésus retrouvera après sa passion et sa mort en croix annoncées à ses disciples peu de temps avant. C’est ce que chante la préface de ce dimanche : Après avoir prédit sa mort à ses disciples, il les mena sur la montagne sainte ; en présence de Moïse et d’Elie, il leur révéla sa splendeur : il manifestait ainsi que sa passion le conduirait à la gloire de la résurrection. Une manière de réconforter les disciples qui ont pu être choqué par l’annonce de la mort violente de leur Maître. Jésus s’en va affronter la mort seul, mais il ne laisse pas ses disciples sans réconfort, sans signe qu’ils pourront surmonter eux-aussi ce temps d’épreuve. Ils auront ainsi de quoi se souvenir lorsque la tristesse aura envahi leur cœur et que le désespoir pourra les faire douter.

L’entretien avec Moïse et Elie vient donner du sens aux paroles de Jésus. Il n’est pas un beau parleur puisqu’il converse d’égal à égal avec ces deux grands de la foi. Sa parole a autant d’importance que la Loi, symbolisée par Moïse, et que les prophètes, représentés par Elie. Tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il va encore dire est à retenir, à conserver avec respect et piété. Les paroles de Jésus sont des paroles qui donnent sens, qui orientent une vie de la même manière que le faisaient jusqu’à présent la Loi et les Prophètes. Venant après eux, nous pouvons même dire déjà qu’il les accomplit parfaitement et leur donnera un sens nouveau dans l’événement de sa mort et de sa résurrection. Nous pouvons comprendre aussi qu’une nouvelle alliance se prépare en Jésus, qui va succéder aux alliances faites avec Moïse et les Prophètes. Jésus ne peut plus, désormais, être considéré comme n’importe qui.

La voix qui se fait entendre est celle du Père, celle de Dieu. Il vient confirmer ce que les signes précédents laissaient pressentir. Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le. Jésus n’est définitivement plus n’importe qui : il est proclamé Fils de Dieu par Dieu lui-même. Il y a là plus grand que Moïse et les Prophètes. Sa parole n’est pas n’importe quelle parole : elle est Parole de Dieu, qu'il faut non seulement respecter et accueillir, mais aussi écouter. La recommandation faite par Dieu lui-même atteste bien, à ceux qui en douteraient encore, que cette Parole est parole de vie. Ne pas l’écouter serait s’enfermer irrémédiablement dans la mort. La liturgie l’a bien compris, elle qui nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole la nourriture dont notre foi a besoin. La prière de l’Eglise va même plus loin encore puisqu’elle précise que la parole de Jésus nous permet de mieux connaître Dieu ; l’oraison se conclut ainsi : et nous aurons le cœur assez pur pour discerner ta gloire. Non seulement la parole de Jésus est notre nourriture, mais en plus elle aiguise notre regard et nous permet de reconnaître Dieu à l’œuvre.

Trois signes nous sont donnés en ce deuxième dimanche de Carême pour bien comprendre et vivre l’invitation de Dieu le Père à écouter son Fils. Les paroles qui nous seront données les dimanches à venir seront à entendre et à comprendre pour que nous ne nous égarions pas, pour que nous ne nous trompions pas quand viendra le terme de notre parcours. Qui n’écoutera pas le Fils ne pourra pas vivre en vérité les événements de la Passion. Qui n’écoutera pas le Fils n’aura pas de part avec lui dans sa gloire. Prenons le temps de bien méditer l’appel de Dieu lui-même : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ! Amen.




(Icône d'Hélène Iankoff, Christ Pantocrator, église de Holtzheim, Bas-Rhin)

vendredi 24 février 2012

01er dimanche de Carême B - 26 février 2012

Jésus, vainqueur du Mal.




Quand mon serviteur m’appelle, dit le Seigneur, je lui réponds, je reste près de lui dans son épreuve. Je vais le libérer, le glorifier, de longs jours, je vais le rassasier. Ainsi s’exprime l’Eglise en ce premier dimanche de Carême lorsqu’elle s’adresse à Dieu pour ouvrir la célébration de l’Eucharistie. Cette antienne d’ouverture que nous n’entendons que trop peu, nous fait comprendre que nous ne risquons rien entre les mains de Dieu, parce qu’il veille sur nous.

Ce qui est vrai de nous, l’est aussi du Christ. Dieu, le Père, veille sur son Fils et à travers lui, sur nous. Il veille sur lui lorsqu’il est poussé au désert pour affronter la tentation. Ce qui me surprend, c’est la discrétion de Marc au sujet des tentations auxquelles le Christ se trouve soumis lors de son séjour au désert, après son baptême. Si l’on compare son récit à ceux de Matthieu et Luc, la différence est flagrante. Chez Marc, cela tient en cette simple phrase : dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Comme si l’essentiel n’était pas dans le détail des tentations, mais bien dans cette réalité commune à toute l’humanité : nous sommes tentés, quelquefois, de faire le mal. Le fait de ne pas préciser les tentations semble indiquer que Jésus est comme nous, comme cette humanité qu’il a endossée, assumée. Comme nous, il est tenté. Comme nous, Jésus est vrai homme.

Ce qui compte aussi, chez Marc, c’est que Jésus en sort, de ces tentations. Il en sort pour proclamer une Bonne Nouvelle : Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. L’annonce du règne de Dieu découle, me semble-t-il, directement de sa victoire sur le Mal. Jésus s’est montré plus fort que le tentateur, parce qu’il est totalement du côté de Dieu. Il n’est pas seulement dans la main de Dieu ; il ne fait qu’un avec lui. Ce faisant, rien de mauvais ne saurait avoir de prise sur lui. Vainqueur du Mal au désert, il peut, légitimement, annoncer la venue du règne de Dieu, qu’il inaugure déjà en cette première victoire au désert et qu’il réalisera lors de la victoire finale, lorsque, mis en croix, il vaincra la mort même, ultime refuge du Mal. Jésus se révèlera alors, plus que jamais, vrai Dieu.

Tout cela est bel et bien, me direz-vous ; mais en quoi cela nous concerne-t-il ? La victoire du Christ sur le Mal marque un tournant dans l’histoire de l’humanité. Désormais, il est possible à l’humanité, pleinement assumée par le Christ, de vaincre ses démons, de vaincre le Mal en assumant la divinité que le Christ nous partage. Il n’y a plus de fatalité du Mal. Il y a, pour chacun de nous, la possibilité offerte, en Jésus, de résister et de vaincre. Si nous nous rangeons aux côtés du Christ Sauveur, nous avons part à sa victoire, parce que sa victoire n’est pas une victoire pour lui tout seul, mais une victoire offerte à notre humanité perdue. Le Christ livre le combat contre le Mal dans le but de nous délivrer du Malin, une fois pour toutes. Si nous croyons en lui, il nous ouvre à sa victoire et nous pourrons vaincre nous aussi.

La célébration du baptême marque bien cette participation à la mort et à la résurrection du Christ ; et le rite de l’exorcisme, après la proclamation de la Parole de Dieu, dit bien que nous avons part à sa victoire sur les forces de la Mort. Dieu éternel et tout-puissant, dit le prêtre, tu as envoyé ton Fils dans le monde pour nous libérer du pouvoir de Satan, l’esprit du mal, et pour que l’homme, arraché aux ténèbres, soit introduit dans ton Royaume de lumière ; nous te supplions pour celui qui va être baptisé : qu’il soit racheté du péché originel, qu’il resplendisse de ta présence, et que l’Esprit Saint habite en lui. Et voilà que s’opère, par le baptême, une identification du baptisé au Christ Sauveur. Désormais, nous ne faisons plus qu’un avec lui.

Paul le dit à sa manière dans la deuxième lecture entendue : être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel. Participer à la résurrection du Christ, c’est bien vaincre définitivement le Mal et la Mort, comme Lui, avec Lui et par Lui. La victoire du Christ sur le Tentateur nous concerne donc bien, puisqu’elle nous montre que celui qui est tourné vers Dieu est libéré par lui, rétabli dans une harmonie avec toute la création, des bêtes sauvages jusqu’aux anges. Le règne de Dieu commence bien lorsque cette harmonie entre tous les êtres créés par Dieu est retrouvée.

Au début de ce Carême, nous est redite la certitude que le Christ est bien vainqueur de tout ce qui pouvait nous séparer de Dieu. Il nous est redit aussi que nous avons notre part, déjà, à cette victoire. A nous de travailler désormais à l’avènement de son Règne, à l’annonce de cette Bonne Nouvelle, pour que tous les hommes se découvrent sauvés et libérés par le Christ, dès aujourd’hui et pour toujours. Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 18 février 2012

07ème dimanche ordinaire B - 19 février 2012

Juste une histoire d'amitié !









C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes. Depuis le premier jour de la Création, Dieu a voulu le bonheur de l’homme et a ouvert pour lui le chemin de la Vie. Mais l’homme n’est pas très fidèle dans ses amitiés et Dieu va apprendre la patience et le pardon. C’est ce que nous dit la première lecture. Par amour pour l’homme, Dieu est prêt à oublier le passé, à effacer la faute de l’homme. C’est la grandeur de Dieu que de vouloir recommencer sans cesse ce que l’homme détruit : mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés. Dieu est à ce point aimant, qu’il ne peut se renier lui-même. Il s’oblige à pardonner à l’homme, et prouve ainsi sa grandeur, sa divinité.

C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes, qui prend une nouvelle tournure avec l’avènement de Jésus, le fils unique de Dieu. Comme nous le redit Saint Paul, il n’a jamais été que OUI à Dieu ; en lui, toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur OUI. Puisque l’homme semblait sourd aux appels de Dieu, il a fallu ce sacrifice qui s’achèvera sur la croix pour que l’homme comprenne combien il est aimé de Dieu, combien l’irruption de Dieu dans la vie des hommes est bonne nouvelle pour tous les peuples. A notre tour, nous avons à dire OUI à Dieu, à n’être que OUI au projet d’amour de Dieu tant de fois retardé, trop de fois rejeté.

C’est l’histoire d’une amitié entre des hommes que Marc nous rapporte dans son Evangile. Et cette histoire d’amitié humaine va rejoindre cette primordiale amitié entre Dieu et les hommes. C’est d’abord l’histoire d’un homme paralysé, incapable de vivre sans l’attention et la tendresse d’autrui ; lorsque ses amis apprennent la présence de Jésus, ils n’ont qu’une idée en tête : lui amener leur ami pour qu’il fasse quelque chose pour lui. Après tout, n’a-t-il pas guéri dans ce même village la belle-mère de Pierre et de nombreux malades ? Ne vient-il pas, dans un autre village, de guérir un lépreux ? La nouvelle a fait le tour du pays. Certainement, cet homme peut quelque chose pour ce paralysé. Mais voilà, il y a tant de monde qui se presse, tant de besoin chez les hommes, qu’il leur est impossible d’approcher Jésus. Exclu par sa maladie, le paralysé semble exclu de la guérison par cette foule compacte. Est-ce la fin de cette histoire ? L’amitié résistera-t-elle ou se découragera-t-elle ?

C’est l’histoire d’une amitié qui ne s’en laisse pas compter. Ils ne peuvent passer par la porte ! Qu’importe ! Dans ce pays chaud, le toit des maisons est plat, les murs sont faits de simples branchages, recouverts de boue. Pas difficile à construire ; pas difficile à démolir. Le malade est hissé sur le toit, les amis ont vite fait de faire une brèche et voilà le brancard qui descend et termine sa course devant Jésus. Un Jésus qui comprend que derrière cette intrusion se cache une histoire de cœur, une histoire qui fait que l’homme, quand il le veut, ne se décourage pas devant les difficultés, que l’homme ne se résigne pas devant la souffrance d’autrui. Il y a certainement quelque chose à faire. Ils ont le mérite d’avoir essayé.

C’est l’histoire d’une amitié entre les hommes qui rejoint à ce moment précis cette grande histoire d’amitié que Dieu a commencée avec les hommes à l’aube de la Création. Puisque ces quatre hommes ont fait l’impossible pour leur ami, il faut que Jésus, à son tour, s’engage envers ce malade. Comment pourrait-il le renvoyer chez lui sans une parole, sans un geste. La première parole donnée peut surprendre : mon fils, tes péchés sont pardonnés. Pourtant, elle dit toute la tendresse de Dieu pour un membre souffrant de son Corps ; elle dit l’engagement de Dieu au côté de celui que nous ne voyons pas et que nous laissons de côté. Jésus ne dit pas : Je te pardonne !, mais bien tes péchés sont remis. Autrement dit, Dieu te pardonne. Une nouvelle vie va commencer pour toi ; tu entres à nouveau dans cette grande amitié de Dieu pour les hommes. Aujourd’hui, il te manifeste cette amitié d’une manière toute particulière, en te donnant un cœur nouveau. Tous n’ont pas compris cette parole de Jésus, et dans le secret de leur cœur, ils s’interrogent : pourquoi parle-t-il ainsi ? Mais Jésus a compris, lui qui voit le fond des cœurs. Et pour leur montrer qu’il a pouvoir sur toutes les forces du mal, pour leur montrer que le moment est venu où Dieu va jeter hors de ce monde le prince des ténèbres, Jésus donne une seconde parole au paralysé : lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi ! Ce que l’homme fait sans attendre. Les quatre amis savaient-ils que cela se terminerait ainsi ? J’en doute ! Quand on s’engage pour un ami, on ne sait jamais jusqu’où cela mènera. Ce qu’il faut, c’est faire confiance ; la leur trouve sa récompense dans cette guérison.

C’est bien l’histoire d’une amitié entre les hommes et Dieu que Jésus est venu nous rappeler. En rendant la pleine santé à ce paralysé, il nous dit sa puissance sur tout ce qui empêche l’homme de vivre libre et heureux. Il nous redit que Dieu n’attend qu’un mot, qu’un geste pour restaurer l’amitié pleine et entière entre lui et nous. Lui a déjà fait le premier pas : il n’attend qu’un OUI de notre part pour que nous connaissions enfin une joie sans mesure. Nous n’en sommes encore qu’au début de l’histoire que Saint Marc nous raconte, mais déjà il nous faut nous prononcer sur ce Jésus : est-il pour nous celui qui nous ouvre à nouveau le chemin de l’amitié avec Dieu ou est-il celui qui nous en détourne comme le pensent certains opposants ? C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes. Cette histoire sera-t-elle notre histoire ?


(Dessin de Tomy Ungerer)

samedi 11 février 2012

06ème dimanche ordinaire B - 12 février 2012

Mon modèle, c'est le Christ !









Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Sans doute, certains pensent-ils que cette affirmation a un je-ne-sais-quoi de prétentieux. Pourtant, elle fonde notre art de vivre, et Paul a raison d’inviter ses lecteurs, donc nous, à l’imiter, puisque lui-même imite le Christ. Qu’est-ce donc qu’être disciple, si ce n’est vivre selon l’enseignement d’un maître reconnu ? Qu’est-ce donc qu’être disciple du Christ, si ce n’est vivre comme le Christ ? Qu’est-ce donc être disciple du Christ, si ce n’est s’appuyer sur ceux et celles qui, à travers le temps et l’Histoire, ont cherché à vivre comme lui, répandant autour d’eux la bonne odeur du Christ ressuscité ?

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Il suffit de relire la vie et les œuvres de Paul pour constater que ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit à travers lui. Lorsqu’il en vient à écrire ces lignes aux chrétiens de Corinthe, il invite ceux-ci à vivre dans la même liberté que lui, s’adaptant à tous, dans les diverses situations qu’il rencontre. Parce que cette liberté lui vient du Christ. A la question qui se pose à lui et aux Corinthiens – peut-on manger la viande qui a été offerte en sacrifice aux idoles – Paul applique ce principe de liberté : rien ne s’oppose à ce que je consomme une telle viande puisque pour moi, le Christ est le seul sauveur. Mais si, en en consommant je devais heurter quelqu’un qui est faible dans la foi, je préfère m’en abstenir pour ne pas l’entraîner vers la chute.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
L’art de vivre en chrétien que Paul propose, s’appuie sur la charité. Et le modèle de cette charité, c’est l’agir du Christ lui-même. La page d’Evangile que nous avons entendu en ce dimanche nous en donne un exemple. Jésus aurait pu faire comme tout le monde, sans que cela soit choquant, c’est-à-dire s’éloigner, ignorer le lépreux qui criait vers lui. Le lépreux lui-même n’exige rien : il ose à peine demander : si tu le veux, tu peux… Sans doute cet homme a-t-il entendu parler des guérisons que Jésus a déjà effectuées. Il veut lui aussi être guéri, et ce faisant, être réintégré dans la communauté humaine, dans la communauté croyante. Parce que la lèpre, la première lecture nous le rappelait, entraînait l’exclusion totale du malade et sa soustraction du peuple choisi. Frappé par la lèpre, il ne bénéficiait plus de l’Alliance avec Dieu ; il ne pouvait plus s’approcher du Temple, il ne pouvait plus s’approcher de Dieu.
Le Christ va répondre à sa demande : cet homme sera guéri, réintégré dans sa communauté. Le Père Michel CORBIN, Jésuite, fait remarquer dans une de ses homélies, qu’il le fait en prenant sur lui le mal qui accablait cet homme. Par un surprenant renversement, en effet, Jésus ne peut plus, après la guérison, s’approcher des lieux habités, et il est obligé de se retirer dans un endroit désert. C’était bien là l’obligation faite aux lépreux.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Paul a bien raison de nous inviter à l’imitation du Christ. Notre art de vivre nous oblige à vivre la même attention aux autres que celle que le Christ déploie. Nous sommes tenus de le faire, parce que le Christ le fait encore pour nous. Ce qu’il a fait pour ce lépreux, il le réalise pour nous, jour après jour, en nous libérant de la lèpre du péché, et en nous réintégrant sans cesse dans la communauté des enfants de Dieu, que Dieu s’est acquis par le sang de son Fils. Lorsque nous sommes baptisés, nous sommes identifiés au Christ, appelés par Dieu à vivre en fils et filles à l’image du Fils unique de Dieu. Libérés de toutes les lèpres qui nous éloignent des autres et de Dieu lui-même, nous pouvons célébrer les merveilles qu’il accomplit pour nous.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
En nous appuyant sur la Parole de Dieu, en relisant l’enseignement donné par nos Pères dans la foi, nous apprendrons à maîtriser cet art de vivre que notre foi exige. Que nos eucharisties, semaine après semaine, nous révèlent la bonté de Dieu à notre égard et nous donne envie de le suivre et de vivre comme lui. Ainsi nous transformerons notre vie et le monde qui nous entoure, car notre modèle, c’est le Christ, qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Puissions-nous vivre de l’exemple qu’il nous donne et dont nous sommes les premiers bénéficiaires : c’est le souhait que je formule pour chacun en cette année de la foi et de l’évangélisation. Amen.

(Dessin extrait de la revue L’image de notre paroisse, Février 2003)

vendredi 3 février 2012

05ème dimanche ordinaire B - 05 février 2012

Accueillir Jésus et le suivre, oui, mais...







Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre ! Est-ce bien vrai ? La belle-mère de Pierre est-elle réellement malade ou s’agit-il d’une de ces maladies diplomatiques dont le genre humain est friand ? Nous n’en saurons jamais rien, Saint Marc étant très discret à ce sujet. Nous pouvons donc nous rallier sans crainte à l’interprétation psychologique que donne Gérard Bessière de cet événement. A savoir, « quand la belle-mère de Simon Pierre a vu que son gendre ne rentrait pas à la maison, quand elle a su qu’il avait laissé les filets sur la plage et qu’il était parti avec un prédicateur ambulant, vous imaginez le choc ! Et quand on lui a dit que ce Jésus allait venir chez elle, elle en a été malade : elle s’est mise au lit ».

Rien ne nous empêche de lire ainsi le début de cette page d’Evangile. Une telle lecture n’enlève rien à la signification de ce texte, bien au contraire. Si nous supposons que la belle-mère de Pierre est bien malade, le signe de guérison que pose Jésus signifie sa puissance sur les forces du mal qui limitent la vie et les actions des hommes. Si nous penchons plutôt pour la maladie de circonstance, le signe de guérison de Jésus garde toute sa valeur puisqu’il nous montre Jésus plus fort que tous nos démons intérieurs, plus fort que nos craintes. Il vient restaurer en l’homme cette confiance nécessaire en la vie, cette vue favorable sur les choses et les hommes qui fait que nous pouvons vivre ensemble sans toujours nous méfier des autres, mais en avançant avec eux, en construisant avec eux le monde dans lequel nous vivons.

Si j’en reste à la maladie psychologique de la belle-mère de Pierre, j’imagine sans problème Jésus s’approchant d’elle, lui tenant la main, sans rien dire et apaisant, par ce simple geste, la tempête intérieure qui la clouait au lit. Elle est séduite à son tour par ce chevelu qui a pris à sa fille son époux. Elle comprend qu’elle n’a rien à craindre ; peut-être saisit-elle même les raisons profondes qui ont entraîné Simon Pierre à la suite de Jésus. Elle est rassurée et peut maintenant tenir son rôle de maîtresse de maison et accueillir dignement son invité.

N’en va t-il pas de même pour nous quelquefois ? Suivre Jésus, oui ; mais qu’il ne bouleverse pas trop nos vies. Etre sauvé par lui, oui ; mais que cela ne change pas trop nos habitudes. Pourvu que cela ne soit pas trop exigeant ! Cette peur devant ce qui est neuf, cette maladie toute humaine quand il s’agit d’être attentif et vrai, nous voulons à la fois nous en débarrasser parce qu’elle nous empêche de vivre, mais nous refusons quelquefois de prendre les moyens de parvenir à un résultat. Nous sommes alors comme malades, nous préférons nous retirer dans notre chambre, loin des autres, loin de ce Dieu qui vient à notre rencontre.

Cette attitude se révèle par exemple dans la désaffection de certains sacrements. Je pense en particulier aux deux sacrements de guérison que propose l’Eglise. Le sacrement des malades est souvent repoussé jusqu’à l’extrême limite, devenant alors un passage vers le Père plus qu’un sacrement de guérison et de réconfort. Nous avons du mal, avec notre esprit cartésien, à concevoir que Dieu puisse avoir une part dans notre guérison. Il y a la vie spirituelle et la vie humaine avec ses faiblesses et ses limites, et nous préférerions que les deux n’aient rien à faire ensemble. La désaffection du sacrement de la réconciliation dans sa forme individuelle révèle les mêmes difficultés : se reconnaître pécheur à l’intérieur d’un groupe, reconnaître ensemble que la nature humaine est limitée par le péché, cela ne pose pas de problème. Mais croire que Dieu vient à ma rencontre pour me libérer de mon péché, là cela devient plus difficile, parce qu’il faut lui en parler, personnellement, à travers les ministres qu’il nous envoie. Faire une démarche communautaire, oui ; rencontrer Dieu, à travers son prêtre et reconnaître ses limites, voilà qui pose difficulté. N’est-ce pas parce que nous avons du mal à croire à un pardon personnel, à une rencontre personnelle ? N’est-ce pas parce que nous avons peur des bouleversements que cela ne manquera pas d’entraîner dans nos petites vies bien tranquilles, bien rangées ?

Accueillir le Christ, le suivre, c’est accepter d’être touché par lui, par sa parole de vie et de libération. C’est accepter d’avoir besoin de lui, de son amour, de son pardon. C’est croire qu’il peut quelque chose pour moi, aujourd’hui, et accepter de changer ma vie. Il ne faut pas craindre ce changement : il ouvre à plus de vie, il permet d’être plus libre, plus grand. La belle-mère de Simon Pierre l’a bien compris : séduite par Jésus, elle se met aussitôt au service de ceux qui sont là. Elle a compris que rien ne pouvait plus s’opposer au projet d’amour de Dieu.

Seigneur, il n’y a rien de plus dangereux pour un malade que d’ignorer sa maladie. Souvent, quand on en prend conscience, il est trop tard ! Seigneur, envoie-moi ton Esprit pour que je discerne dans mon corps et dans mon âme ce qui ne va pas, ce qui me paralyse, ce qui me fragilise, ce qui me détruit… Avec ta grâce, j’irai mieux, je marcherai, je serai fort, je serai debout. Avec ta grâce, je vivrai ! Amen.


(Dessin de David RATTE, Extrait de Le voyage des pères, vol 1. Jonas, éd. Paquet, 2007. Une BD à découvrir si vous ne connaissez pas encore. Mais ça, c'est pas possible de ne pas connaître !)