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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







jeudi 13 mars 2014

02ème dimanche de Carême A - 16 mars 2014

Vivre son baptême, c'est entrer dans le projet de Dieu.



Pourquoi baptisons-nous ? Quel sens cela a-t-il de poser, souvent encore au début d’une vie, un acte tel que le baptême ? Les réponses sont surprenantes lorsque la question est posée aux parents qui s’adressent à nous pour leur enfant. Nous n’évitons bien sûr pas l’incontournable tradition familiale, ni le souci d’une protection au cas où… Mais l’Eglise, qu’en dit-elle du baptême ? Que fait-elle lorsqu’elle propose ce sacrement ? Une des réponses se trouve dans la liturgie de ce jour ; chaque texte entendu nous en parle à sa manière. Être baptisé, vivre son baptême, c’est entrer dans le projet de Dieu. 
 
La première lecture nous dit trois chemins pour y entrer. Je les conjuguerai ainsi : quitter – risquer – accepter. Quitter, comme Abraham a su quitter son pays, sa terre pour entrer dans une nouvelle terre, promise par Dieu. Quitter sa terre, c’est sortir de soi, de ses habitudes, de son confort pour se lancer sur la route de la foi. Il n’a pas de carte, le Père Abraham lorsqu’il prend la route. Il a juste une parole : « Pars de ton pays, va où je te montrerai ». Avez-vous pensé au courage qu’il a fallu pour, à son grand âge, partir ainsi. Pour lui, c’est une nouvelle vie qui commence. Être baptisé, c’est entrer ainsi dans une nouvelle manière de concevoir la vie ; c’est sortir de soi pour suivre quelqu’un que l’on ne connaîtra jamais totalement, mais qui nous invite à la confiance. 
 
Il y a donc nécessairement une part de risque. L’homme ne quitte pas ce qu’il a pour une promesse, sans risquer un peu. Et si la promesse ne se réalisait pas ? Celui qui invite à partir est-il digne de confiance ? Pour Abraham, c’est une voix entendue qui le pousse sur la route ! Le risque que prend Abraham, c’est le risque de la foi, le risque de l’obéissance dans la foi. Voilà bien quelque chose qui fait bondir aujourd’hui. Et pourtant, c’est bien à cela qu’est appelé le baptisé. A risquer l’obéissance dans la foi. Nous devons apprendre à nous laisser conduire par Dieu, ne sachant pas toujours ce qu’il attend de nous, ni où il veut nous mener. C’est croire la parole qu’il nous dit, c’est faire confiance sur la seule certitude que le projet de Dieu pour nous, c’est notre vie ! Dieu nous veut vivant et heureux, avec lui : d’où cette possibilité de prendre le risque de l’obéissance dans la foi. Si le projet de Dieu était autre chose qu’une vie de bonheur, nous pourrions et nous devrions nous y dérober. Pour le baptisé, le vrai bonheur ne se trouve qu’en Dieu, avec Dieu. En écoutant sa Parole, en lui faisant confiance, nous pouvons avancer dans la vie, construire un avenir solide : Dieu nous y encourage. Dieu nous y accompagne. 
 
En quittant notre confort pour marcher à la suite de Dieu, en risquant le pari de la foi, nous acceptons alors la bénédiction qu’il nous offre. En fait, nous pouvons prendre le risque de tout quitter parce que Dieu s’engage à nos côtés. Par le baptême, nous nous engageons peut-être vis-à-vis de Dieu ; mais Dieu s’engage sûrement dans notre vie. Il nous promet sa présence, il nous offre son Esprit Saint et nous pouvons vivre alors en baptisés, libres de toute contrainte, sûrs d’être aimés de manière unique, forts de la protection de Dieu. Accepter cela, accepter d’être béni de Dieu, c’est prendre notre part dans cette alliance et nous engager à vivre selon la Parole qui nous est dite au jour de notre baptême : tu es mon Fils, mon bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour !  
 
Si nous cherchons alors une réponse à « pourquoi vivre selon ce que Dieu attend de nous », la deuxième lecture vient à notre secours et nous indique l’unique raison valable. Ce ne sont pas nos mérites, mais l’œuvre de salut entreprise par Dieu en Jésus, mort et ressuscité. Nous sommes appelés par Dieu à vivre ; nous sommes sauvés par Dieu en Jésus Christ. En clair, nous n’avons rien fait et nous n’avons rien à faire pour mériter le salut, pour mériter la vie. Dieu nous offre tout cela en Jésus, mort et ressuscité. Et nous entrons dans ce salut en vivant selon l’Esprit du Christ, selon la parole qu’il nous a laissée. Nous sommes appelés par Dieu parce que c’est son projet de nous sauver. Nous devenons fils et filles de Dieu parce qu’il le veut ainsi. Dieu n’oublie pas qu’il a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. En Jésus, il se donne les moyens de restaurer en nous cette image que le péché avait altérée et il nous offre à nouveau de vivre en lui, par lui et pour lui. Gratuitement ; par grâce ! Pouvons-nous refuser un tel cadeau ? 
 
Pour les plus sceptiques, l’Evangile devrait achever de dissiper toute crainte. Nous pouvons faire confiance à Jésus, nous pouvons nous fier à lui parce qu’il est le Fils unique et véritable de ce Dieu qui nous appelle. Si la voix de Dieu nous semble lointaine et inaccessible, la voix du Christ se fait proche. Il est devenu l’un de nous pour que nous puissions approcher Dieu et le reconnaître présent au cœur de notre vie. La transfiguration de Jésus vient nous redire, au moment où il annonçait sa passion, qu’il est bien celui qu’il prétend être. Et les événements à venir (son arrestation, son procès et sa mort) ne doivent pas nous effrayer, ni nous convaincre que les promesses de Dieu sont annulées. Au contraire, il nous faut entendre, dès maintenant, l’annonce de sa résurrection et contempler sa gloire à venir, pour rester fermes et poursuivre sur la route que Dieu nous propose. La mort du Fils en croix ne signifie pas que nous avons eu tort de croire en la vie que Dieu nous propose ; la mort de Jésus ne signifie pas que nous avons eu tort de faire confiance et de nous risquer sur le chemin de l’obéissance. Rien n’est fini. Au contraire, tout commence. La Loi et les prophètes sont accomplis en Jésus. Leur présence autour de Jésus à la transfiguration en atteste. Baptisés, nous faisons le bon choix lorsque nous orientons notre existence à la boussole de la Parole de Dieu. Elle indique toujours la route de la vie en plénitude. 
 
N’ayons pas peur de vivre en baptisés ! Risquons-nous sur les chemins de la foi : Dieu nous y précède. Il nous veut heureux et libres. Puissions-nous, au long de ce carême, redécouvrir son projet d’amour pour chacun de nous et y entrer joyeusement. Notre bonheur nous est offert ; notre vie en est grandie. C’est ce que fait l’immense amour de Dieu pour nous. Amen.

vendredi 7 mars 2014

01er dimanche de Carême A - 09 mars 2014

Vivre son baptême pour résister au Mal.



Que faire lorsque survient la tentation ? Voilà une question d’actualité en ce premier dimanche de carême où la liturgie nous montre deux réponses différentes à une même expérience. Car n’est-ce pas, mise à part la réponse apportée, il n’y a pas l’ombre d’une différence entre le récit de la Genèse entendue en première lecture et l’Evangile que je viens de proclamer. Tous deux mettent en scène des hommes mis en situation de tentation. 
 
Dans la Genèse, l’auteur cherche une réponse à la question du mal dans le monde. Il nous a expliqué que Dieu était à l’origine de toute chose. La création, c’est son œuvre, et cette œuvre est qualifiée, par Dieu lui-même, de bonne. Alors comment se fait-il que le mal ait cours dans nos sociétés ? La réponse vient de ce que l’humain n’a pas voulu reconnaître et garder sa place de créature. Induit en erreur par le père du mensonge, il voit en Dieu un être autoritaire, jaloux de ses pouvoirs, ne voulant les partager avec personne. Le tentateur est rusé quand il travestit la Parole de Dieu. Il joue avec les sentiments de l’homme jusqu’à ce que celui-ci trouve désirable d’être comme Dieu. Que peut-il y avoir de mal à cela ? Mais voilà, l’homme n’était pas prêt : il s’est trompé sur Dieu ; il s’est trompé quant à la parole qu’il fallait écouter. Comme Dieu, il l’était déjà, lui qui a été créé à son image et à sa ressemblance ! Entre Dieu et le Tentateur, il a fait le mauvais choix. Non pas que Dieu se venge, mais l’homme a pris le parti de la facilité, le parti du mensonge. Et quand il s’en rend compte, il est trop tard. Le mal est fait ; le mal est entré dans le monde. « C’est par un seul homme, Adam, que le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ». Désormais, rien ne sera plus comme avant. Il y a crise de confiance entre Dieu et l’humanité. Et toutes les alliances n’auront pour autre but que de restaurer cette confiance mutuelle. L’homme s’est éloigné lui-même de Dieu en écoutant une autre voix que celle qui lui avait été donnée au commencement. 
 
Dans l’Evangile, il n’est pas de recherche de réponse à la question du mal. Il est question de savoir si celui que Dieu vient de désigner comme son Fils, son bien-aimé, est bien ce Fils qui n’écoute que son Père. Quarante jours et quarante nuits de jeûne et le voilà assailli par le Tentateur, comme Adam au jardin de la Genèse. Et le Tentateur se montre encore plus astucieux. Il a, il est vrai, quelques siècles d’expérience. Il s’appuie sur la Parole de Dieu lui-même pour tenter le Fils unique, en flattant à nouveau les sentiments humains. Quelle voix Jésus entendra-t-il ? Celle de son Père ou celle, travestie, de l’Adversaire ? Le Tentateur l’apprit à ses dépend. Et nous pouvons redire avec Paul : « De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes, parce qu’un seul a obéi ». La seule attitude de Jésus a consisté à ne jamais répondre directement au Tentateur (ce qu’avait fait Eve), mais à toujours placer entre lui et Satan la Parole vraie de Dieu ! 
 
Aux futurs chrétiens qui s’adressaient à lui, Grégoire de Naziance, au 4ème siècle, disait que « Si le persécuteur et le tentateur de la lumière vient t’assaillir après ton baptême, - et certes il le fera, car il a bien assailli le Verbe, mon Dieu…- tu as de quoi le vaincre ! Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l’eau du baptême ! » Dieu nous a tout donné pour mener le juste combat. Nous avons l’exemple de son Fils et le baptême ordonné par lui. Il y a, dans ce sacrement, tout ce dont nous avons besoin pour résister au Tentateur. N’avons-nous pas alors été configurés au Christ Sauveur lorsque l’eau a coulé sur notre tête ? N’avons-nous pas reçu l’Esprit Saint, force de Dieu pour affronter le monde ? La prière d’exorcisme du baptême résume bien la force de ce sacrement : « Père tout-puissant, tu as envoyé ton Fils unique dans le monde pour délivrer l’homme, esclave du péché, et lui rendre la liberté propre à tes fils ; tu sais que cet enfant, comme chacun de nous, sera tenté par les mensonges de ce monde et devra résister à Satan. Nous t’en prions humblement : par la passion de Fils et sa résurrection, arrache-le au pouvoir des ténèbres, donne-lui la force du Christ, et garde-le tout au long de sa vie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. » Ce n’est pas s’opposer à Dieu que d’être tenté : cela fait partie de notre humaine condition. C’est péché que d’y succomber ; c’est péché que de se prendre pour Dieu ou d’écouter la voix de quelqu’un d’autre comme si c’était la voix de Dieu. Par le baptême, Dieu fait de nous ses fils et ses filles, au même titre que le Christ. Nous pouvons entendre sa voix, nous appuyer sur elle. Nous partageons la dignité de Dieu lui-même.
 
Pour finir, je citerai encore Grégoire de Naziance. En commentant la page d’Evangile de ce dimanche, il disait : « Si le Tentateur exige que tu l’adores, méprise-le comme le pauvre qu’il est. Dis-lui, encouragé par le sceau du baptême : ‘Moi aussi, je suis une image de Dieu, mais je n’ai pas, comme toi, été précipité de ma gloire céleste à cause de mon orgueil. J’ai revêtu le Christ. Par le baptême, le Christ m’appartient. C’est à toi de m’adorer.’ A ces paroles, crois-moi, il s’en ira, vaincu et humilié par ceux que le Christ a illuminés, comme il l’a été par le Christ, lumière primordiale. Tels sont les bienfaits qu’apporte le baptême à ceux qui reconnaissent sa force ; voilà le festin qu’il propose à ceux qui souffrent d’une faim méritoire. » Oui, vivons de notre baptême et jamais le Tentateur ne nous vaincra. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

mardi 4 mars 2014

Mercredi des Cendres - 05 mars 2014

Un carême pour redécouvrir notre baptême.


« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer.»  C’est bien ce désir de vivre comme Dieu nous le demande, ce désir d’être juste devant lui, qui va conditionner notre marche vers Pâques, notre chemin de carême. C’est ce désir de vivre selon le mode de Dieu qui fait de nous des chrétiens, fiers de leur baptême. C’est ce désir de vivre en Dieu, pour Dieu, avec Dieu pour un meilleur service du monde et de l’Eglise, qui nous pousse à nous interroger tout au long des quarante jours à venir sur la pertinence et le sérieux du baptême que nous avons reçu. Je voudrais avec vous et pour vous méditer ce texte d’évangile que nous venons d’entendre. Il sera notre guide et notre mesure pour ce temps de Carême.
 
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu fais l’aumône… » Première piste de travail pour notre carême : vivre avec justesse nos gestes de partage et de solidarité. « Lorsque tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ».  L’aumône, la solidarité (sous son appellation moderne) exigent le secret, la discrétion, nécessaires au respect de celui qui reçoit. Il y a bel et bien une manière perverse d’être solidaire : celle qui met le donateur au centre du don et non plus celui qui en est bénéficiaire. L’aumône, la solidarité ne doivent pas glorifier celui qui donne. Donne-t-on pour être reconnu, louangé, acclamé ? Ou donne-t-on pour soulager, pour aider, pour relever ?
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité royale du Christ. Exercer avec justesse et discrétion notre charité nous fait mettre en œuvre cette dignité, car nous veillons, comme Dieu veille, à ce que chacun ait le nécessaire pour vivre. Exerçons cette dignité royale avec la même discrétion que le Christ. Quand il nourrit les foules, soigne les malades, relève les morts, ce n’est pas pour se faire mousser, mais pour que la gloire de Dieu soit manifestée aux hommes.

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu pries… » Y a-t-il œuvre plus grande que la prière pour dire à Dieu notre désir de vivre avec lui et pour lui ? La prière est au croyant ce que la nourriture est au gourmand : un moment de pur plaisir, à vivre seul ou à partager. En relisant l’invitation du Christ à se retirer dans la chambre pour cet acte d’intimité avec Dieu qu’est la prière, il est bon de s’interroger aussi sur notre pratique. De quelle chambre Jésus parle-t-il ? Parle-t-il uniquement de notre maison, discréditant ainsi la prière communautaire ? Que faire alors de cette autre parole du Christ : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » ?
Ce qui est visé par Jésus dans ce passage, c’est une manière perverse de prier, seul ou à plusieurs, qui nous met au centre de la prière, oubliant que la prière s’adresse avant tout à Dieu. Souvenez-vous de la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier. Alors que l’un ne chante que ses louanges, l’autre se tourne vers Dieu, reconnaît sa petitesse et demande l’aide de Dieu. C’est ce dernier, nous dit Jésus, qui est justifié (rendu juste !). Se retirer dans la chambre, ce n’est pas s’interdire toute pratique publique de sa foi, mais bien se retirer dans la chambre de son cœur pour s’ouvrir vraiment à Dieu. Que ce soit seul ou en communauté, nous pouvons nous croire en prière et ne nous préoccuper finalement que de nous, oubliant Dieu et sa Parole. Dans la manifestation publique de la prière (messe ou célébration diverses), se retirer dans sa chambre, c’est remplir son office avec un véritable esprit de service, sans chercher à se faire remarquer par ceux à qui le service est rendu. Cela est vrai des prêtres, des lecteurs, des choristes, des servants, des sacristains, des organistes, des fleuristes et mais aussi de chaque participant au temps commun. Nous venons à plusieurs pour ne faire qu’un devant Dieu. Nous participons tous à la même action liturgique, faisant de notre prière à plusieurs voix la prière d’un seul cœur : celui de la communauté des croyants qui se tournent, unis bien que diversifiés, vers son unique Seigneur.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité sacerdotale du Christ. Nous l’exerçons individuellement lorsque nous prenons le risque de la prière quotidienne pour que Dieu vienne transformer nos vies par son Esprit Saint. Nous l’exerçons collectivement lorsque, avec les autres croyants, nous voulons nous souvenir que tous, nous ne faisons qu’un en Christ, et que nous participons ainsi à sa prière, toujours entendue et exaucée par le Père du ciel. Exerçons cette dignité avec le même empressement que le Christ, lui qui ne faisait rien d’important dans sa vie sans s’en ouvrir à Dieu dans la prière. Comment pourrions vivre comme des justes aux yeux de Dieu si nous ne prenons jamais le temps de l’écouter nous dire ce qu’il attend de nous, sans jamais surtout l’écouter nous dire ce qu’il réalise pour nous ?

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu jeûne… » Ah, la belle histoire que voilà. Il fallait bien, n’est-ce pas, au début du carême, que je vous parle des privations nécessaires. Tous les ans, c’est la même chose ! Peut-être, mais il ne tient qu’à nous que cette année, cela soit différent. Et qu’est-ce qui pourrait être différent sinon l’esprit dans lequel nous vivons ces privations ? Quoi jeûner ? Ce que vous voulez, mais de préférence quelque chose qui n’apporte ni joie, ni bien être aux autres ! Ainsi mon jeûne permettra à d’autres aussi de se sentir mieux. Régulièrement, il est proposé à des familles de vivre un temps plus ou moins long sans télé. Le journal La Croix avait même proposé, il y a quelques années de cela, de vivre sans télé pendant un mois complet. Les conclusions de l’expérience étaient intéressantes. Peu de gens pensaient tenir aussi longtemps au départ ; mais tous, à l’arrivée, notaient le bienfait apporté : plus de relation familiale, des parents qui jouent avec leurs enfants, la redécouverte du silence, la joie de regarder un programme ensemble lorsque cela était autorisé (1 fois pendant le mois). Bref, un jeûne qui procure de la joie parce qu’il a rendu libre des gens qui ne se voyaient pas vivre sans la boite à images. Pourquoi jeûner ? Pour être libre, pour être maître de ses choix. Une contrainte pour plus de liberté. Une contrainte pour plus d’humanité. Une contrainte pour un mieux être. Au début, nous ne voyons pas bien comment c’est possible, mais à l’arrivée, nous re-découvrons le vivre ensemble. Voilà ce qui nous est demandé ; voilà ce qui nous est promis.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité prophétique du Christ. Nous l’exerçons chaque fois que nous inventons de nouveaux modes de vivre ensemble qui donnent à chacun une place. Nous l’exerçons lorsque, par notre jeûne, nous disons que nous ne voulons pas vivre enchaînés par des modes, par un désir de consommation à outrance. Il y a de la vie au-delà des réflexes publicitaires ; il y a de la vie, et même plus de vie, là où les hommes sont avant d’être des hommes qui ont. Il y a de la vie  et plus de vie possible, là où nous acceptons de nous libérer du superflu pour retrouver l’essentiel. 
 
Que ces quarante jours nous ouvrent un horizon nouveau. Qu’ils nous permettent une redécouverte de la vie baptismale – vie royale, sacerdotale et prophétique. Que nous retrouvions le goût des autres, le désir de Dieu et le plaisir de vivre. Joyeux carême à nous tous !

samedi 1 mars 2014

08ème dimanche ordinaire A - 02 mars 2014

Suivre le Christ et faire confiance.




A quelques jours de l’entrée dans le Carême, nous entendons un dernier extrait du discours de Jésus sur la montagne, discours inauguré par les béatitudes et poursuivi par des considérations diverses sur ce qu’est être croyant, être disciple du Christ. Avec Jésus, nous avons relu la loi donnée jadis à Moïse et nous avons entendu Jésus porter cette loi à son accomplissement. Que peut-il nous dire ou faire de plus maintenant ? Simplement nous inviter à la confiance. 
 
Les onze versets du chapitre 6 de l’évangile de saint Matthieu que nous méditons aujourd’hui veulent nous inviter à cette confiance absolue en Dieu en nous décentrant de ce qui peut habituellement accaparer notre attention : l’argent, notre tenue vestimentaire, notre corps, notre nourriture. Toutes ces choses qui peuvent envahir nos pensées au quotidien sont secondaires par rapport à l’unique nécessaire : se préoccuper du Royaume. Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. Ce n’est pas une attitude de « m’en foutiste » qui pourrait nous paraître bien moderne que Jésus prône. Ce qu’il demande, c’est de remettre les choses à leur juste place. Bien sûr qu’il faudra vous habiller, vous soigner, manger, gagner votre vie : nous ne sommes pas au pays des bisounours ! Mais toutes ces choses, pour importantes qu’elles soient, ne doivent pas nous déborder. Il y a plus important que cela, il y a plus urgent à vivre que de savoir quelle marque de chaussures ou de vêtements je dois porter !
 
Paul porte ce souci plus loin encore. A une époque comme la nôtre, où l’opinion des autres peut faire ou défaire une réputation et une vie, il nous invite à ne même pas nous soucier de ce que les autres pensent de nous. Il avait bien conscience, déjà à son époque, que sa manière de vivre depuis sa conversion, pouvait interroger les voisins, celles et ceux qu’il rencontrait dans ses voyages missionnaires. Mais lui ne s’intéressait qu’à une chose : ce que le Christ penserait de lui quand il reviendrait. Celui qui me juge, c’est le Seigneur ! Le seul souci de Paul, c’est de plaire en toutes choses à Dieu. Il est le cœur de sa vie. S’il fait confiance à Dieu quant à son avenir, il veut aussi mériter la confiance de Dieu : il se définit comme un intendant des mystères de Dieu. Et ce qu’on demande aux intendants, c’est en somme de mériter confiance. Que serait un intendant qui n’aurait pas la confiance de son maître ? Rien ! A l’exemple de Paul, le disciple du Christ doit s’efforcer de plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes, en faisant confiance à son jugement. 
 
Le court passage du prophète Isaïe redit cette confiance primordiale que le croyant doit faire à Dieu, même dans les moments les plus sombres de son histoire. Dieu ne peut pas plus oublier celui qui se confie en lui qu’une mère pourrait oublier son petit enfant. Et quand bien même cela fût possible qu’une mère oublia son enfant, Dieu ne le pourrait pas. Il y a un lien vital entre Dieu et l’humanité. Dieu s’est définitivement lié à l’homme comme il s’était lié à ce peuple qu’il avait choisi et libéré maintes fois. Depuis qu’il a envoyé son Fils dans le monde, il a partie liée avec ce monde. Dieu et l’homme, même combat ! Si l’homme faisait confiance à Dieu de la manière dont Dieu fait confiance aux hommes, la face du monde en serait changée, assurément. 
 
Cette confiance en Dieu, l’Eglise la dit dans sa prière. Le psaume 61 qui nous a permis de répondre au prophète Isaïe nous faisait chanter cette confiance en un Dieu qui toujours veille sur nous et chacun a pu réaffirmer avec certitude : je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. Nous avons aussi affirmé cette confiance au début de notre célébration, lorsqu’avec l’oraison, le prêtre priait ainsi en notre nom à tous : Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude. Puisse cette confiance affirmée dans la prière devenir notre seul bien, et le reste nous sera donné en plus. Amen.  
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 21 février 2014

07ème dimanche ordinaire A - 23 février 2014

Suivre Jésus et résister au Mal !



Ce dimanche ne serait-il pas un de ces dimanches où il aurait mieux valu rester couché plutôt que de venir à l’église ?  Parce que si c’est pour entendre ça, et s’en prendre plein la figure, non merci ! Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! Si encore il n’y avait que cette phrase ; mais non, juste avant, c’était laisse-toi faire : on te frappe, tends l’autre joue ; on veut ta tunique, laisse aussi ton manteau ; ne riposte pas au méchant ; aime ton ennemi ! N’en jetez plus, la coupe est pleine.  Comment voulez-vous qu’un prédicateur s’en sorte ? Ou il vous dit : ben oui, c’est comme ça ; et tout le monde part en courant. Ou il vous dit : ben ce n’est pas vraiment à prendre au pied de la lettre, vous savez, c’est un vieux texte… et personne n’y croira vraiment. Alors on fait comment ? 
 
Peut-être qu’en prenant un peu de hauteur, non pas pour ignorer ou pour dévier, mais pour voir autrement, on peut comprendre mieux. La hauteur, en ce dimanche, c’est Paul qui nous la donne dans sa première lettre aux Corinthiens. N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. C’est bien de cette hauteur-là qu’il faut entendre les affirmations de Jésus, de cette hauteur qui nous rappelle que non seulement nous sommes disciples du Christ, mais que nous portons le Christ en nous. Nous le représentons. Quand nous agissons, c’est son Esprit qui habite en nous qui nous fait agir. Dans l’adversité, dans les moments de grandes tensions, quand la violence se déchaine, c’est lui que nous devons laisser agir en nous. Il ne s’agit pas de se laisser dépouiller, battre comme plâtre ou que sais-je encore par faiblesse, par peur ou par lâcheté. Il s’agit d’agir à la manière du Christ en toute chose. Lorsqu’il a été confronté à l’injustice et à sa propre mort, il n’y est pas allé de gaité de cœur. Il n’a pas encouragé les soldats qui le couronnaient d’épines, le flagellaient ou lui plantaient des clous dans la chair : allez encore un, n’hésitez pas ; même pas mal ! Mais il a prié pour ses bourreaux, il est resté fidèle à sa mission jusqu’au bout. 
 
Si l’Esprit de Dieu habite en nous, peut-être trouverons-nous en lui la force d’être fidèles au Christ et à son enseignement en évitant de rejoindre les rangs de ceux qui font le mal, les rangs de ceux qui permettent que le mal se propage même si, dans les apparences, c’est pour une bonne cause (se défendre, défendre ses biens). Temple de Dieu, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas ce que Dieu attend de nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre comme si Dieu n’existait pas. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que Dieu ne veut pas le meilleur pour nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que son Amour ne transforme pas notre amour et ne concerne pas toutes nos relations humaines, même les plus difficiles. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas croire qu’il nous livrerait sans force et sans défense à l’Ennemi. Ne nous a-t-il pas assuré qu’il serait avec nous, tous les jours, en toutes circonstances ? Résister au Mal sans commettre le Mal à notre tour, ne pas céder au méchant, c’est croire que Dieu peut, à travers nous, construire un monde nouveau, un monde dans lequel, peu à peu, dès maintenant, le Mal n’a plus sa place. Pour quelle autre raison Dieu aurait-il choisi d’habiter en nous si ce n’est pas pour nous inviter à vivre mieux, à vivre libérés de toute forme de Mal ? 
 
Nous comprenons peut-être mieux alors la prière de l’Eglise en ce dimanche qui nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous pouvons nous ajuster, grâce à lui, à ce que Dieu attend de nous, en toutes choses, en toutes circonstances. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous devenons capables d’agir comme le Christ lui-même. Il n’a pas fui le Mal, il l’a affronté dans une souveraine liberté et l’a vaincu, une fois pour toute. En Jésus, mort et ressuscité, le Mal est défait, définitivement. En Jésus, mort et ressuscité, la Mort elle-même n’a plus rien à dire ; elle est morte, sans force, sans prise sur nous. 
 
A nous qui sommes les disciples du Christ, le Temple de Dieu, ne nous est laissé que cet exemple de Jésus affrontant le Mal, relevant l’homme, invitant à aimer toujours, à aimer quiconque croise notre route, fût-il notre ennemi. C’est à l’amour dont nous sommes capables que les autres sauront que nous sommes disciples du Christ, que nous le suivons et que nous résistons au Mal. C’est par la puissance de l’amour que nous vaincrons le Mal à la suite de Jésus Christ. Entrons en résistance avec pour seule arme l’amour qu’il nous a donné. Tel est son enseignement ; telle est la voie à suivre pour être véritablement disciple du Crucifié. Il n'y en a pas d'autre. Amen. 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 15 février 2014

06ème dimanche ordinaire A - 16 février 2014

Suivre Jésus et vivre selon sa grâce.



Donne-nous de vivre selon ta grâce ! Cette demande, formulée dans la prière d’ouverture de cette eucharistie dominicale, nous permet de faire le lien entre ce que Jésus nous disait dimanche dernier (Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde) et l’enseignement qu’il poursuit aujourd’hui et que nous entendrons jusqu’à notre entrée en Carême. Il s’agit pour nous, pendant les trois semaines à venir, de bien comprendre comment nous serons sel de la terre et lumière du monde, c’est-à-dire comment nous devons vivre  pour vivre selon la grâce de Dieu, de manière à ce  que Dieu lui-même puisse venir en nous pour y faire sa demeure.
 
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les paroles de Jésus sont compliquées ou plutôt qu’elles compliquent tout. Dans l’Evangile entendu, Jésus relit la Loi jadis donnée à Moïse et la mène à un degré plus haut de perfection. Ce qui était permis autrefois ne l’est plus. Là où prévalait encore une certaine dureté, Jésus vient placer un nouveau curseur qui vise à supprimer toute dureté de cœur. Il va plus loin que la Loi de Moïse, tout en abolissant pas cette Loi : Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes, mais accomplir. Comme l’expliquera un saint Paul plus tard, la Loi était imparfaite au sens où elle ne permettait pas d’éviter le péché. Ce que Jésus demande, c’est bien de vivre une perfection de l’amour. Et cette perfection mène très loin, beaucoup plus loin que la Loi donnée à Moïse. La relecture que Jésus en fait va plus loin que les interdits posés dans la Loi.

Là où la Loi disait : Tu ne commettras pas de meurtre, Jésus dit : Tu ne te mettras pas en colère contre ton frère, tu n’insulteras pas ton frère, tu ne maudiras pas ton frère. Non seulement tu ne feras rien de mal par tes actes, mais tu ne feras pas de mal non plus avec tes mots. Pour lutter contre le Mal, pour lutter contre toute forme de Mal, il faut une tolérance zéro. Est-ce possible de vivre ainsi ? Pour Jésus, sans aucun doute, c’est oui ; c’est même la seule manière de vivre qui soit. Le disciple de Jésus ne peut se satisfaire du Mal et pour lutter contre, il doit d’abord faire le ménage dans sa propre vie. Les préceptes que Jésus donne ne sont pas pour le voisin ; ils sont pour nous, pour toi, pour moi. Il les appliquera lui-même au moment de sa Passion, lorsque, rejeté par tous, abandonné par tous et condamné par tous, il demandera au Père le pardon pour ses bourreaux ! Seul compte, dans le Royaume que Jésus construit, l’amour pour tous et chacun.
 
Cet amour doit nous conduire à faire le premier pas, toujours, même quand c’est l’autre qui a quelque chose contre nous : Si tu te souviens que ton frère a quelque chose  contre toi, va d’abord te réconcilier avec ton frère. N’attends pas qu’il regrette, n’attends pas qu’il demande pardon ; va au-devant de lui et accorde-toi avec lui. Le disciple du Christ, pour être lumière du monde et sel de la terre, doit nécessairement être un amoureux de la justice, un amoureux de la réconciliation, un amoureux de la paix. Il doit nécessairement faire le premier pas, comme le Christ a fait le premier pas de la réconciliation de l’homme avec Dieu en s’offrant sur la croix. L’amour que le disciple porte aux autres ne peut pas être moindre que l’amour que le Maître porte à tout homme et à tous les hommes.  Ce que Jésus dit des relations interpersonnelles devient alors d’autant plus vrai et exigeant quand les sentiments amoureux s’en mêlent. Jésus passe de l’interdit de l’adultère à l’interdit de seulement désirer un ou une autre. Il ne peut y avoir d’engagement personnel qu’avec une seule personne, et pour toute la vie. J’entends bien l’objection de ceux qui disent : aujourd’hui, cela n’est plus possible ! Il y a des chantres de l’engagement multiple qui ne se cachent même plus pour dire que l’engagement envers une seule personne pour toute la vie, c’est dépassé. Le progrès, ce sont des  amours successifs, vécus dans une fidélité temporelle limitée. L’enseignement de Jésus est sans appel : quand vous dites oui, que ce soit oui ; quand vous dites non, que ce soit non. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.

Tel est ce que Jésus attend de nous. Est-ce difficile ? Oui, certainement. Est-ce impossible ? Non, puisqu’il nous montre, dans sa propre vie, que cela est possible. Suivre Jésus, c’est suivre un Maître, non parce qu’il est beau, ou parce que ce qu’il dit est beau. Suivre Jésus, c’est suivre un Maître qui va changer notre regard sur le monde, notre regard sur les autres, notre regard sur nous-mêmes. Suivre Jésus, c’est accepter de se convertir, radicalement. Suivre Jésus, ce n’est pas espérer un monde meilleur, ni espérer que les autres changent ; suivre Jésus, c’est construire ce monde meilleur, c’est changer soi-même pour s’accorder à ce meilleur que Jésus promet et qu’il inaugure par sa venue. En chaque eucharistie, il nous donne la force pour vivre selon son enseignement. Que celle qui nous rassemble nous purifie et nous renouvelle, et nous marcherons, joyeux et confiants, à la suite de Jésus, notre Maître. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 8 février 2014

05ème dimanche ordinaire A - 09 février 2014

N'oublions pas les petits détails...




Avez-vous déjà remarqué, qu’à force d’être concentré sur les paroles de Jésus, nous en oublions souvent les petits détails qui sont pourtant, à leur manière, un enseignement tout aussi important ? Si je vous interrogeais sir l’évangile de ce dimanche, vous retrouveriez sans trop de difficultés les deux slogans : Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde. Mais pourriez-vous me dire, sans regarder dans un missel, dans quelles circonstances Jésus a dit ces paroles ?
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne : voici les circonstances de cet enseignement. En quoi sont-elles importantes ? Elles donnent à l’enseignement de Jésus toute sa force. Comme les disciples : voilà donc quelque chose qui ne concernera pas tout le monde. Jésus s’adresse là seulement à ses disciples, à ceux qui le suivent, à ceux qui ont confiance en lui, qui croient en lui ; cela peut ne pas plaire ; certains diront que Jésus se fait élitiste ; mais c’est ainsi. L’enseignement de Jésus ne peut pas être donné tout d’un bloc à quelqu’un qui ne croit pas en lui, à quelqu’un qui ne marche pas avec lui. Si quelqu’un veut connaître l’enseignement de Jésus, il doit d’abord apprendre à connaître le Maître, reconnaître Jésus comme son Maître et se faire son disciple ! Il y a un lien entre ce que je sais de Jésus et ce que je suis capable d’entendre venant de lui. Mieux je connais Jésus, mieux je connais et comprends son enseignement. Cela nous oblige alors à faire des catéchèses différenciées. Je ne peux pas dire la même chose à quelqu’un qui ne connait pas Jésus, ou qui apprend à peine à le connaître, et à quelqu’un qui connaît Jésus depuis longtemps. Je dois aller progressivement dans l’enseignement que je donne.
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus : voilà donné deux conditions supplémentaires. Le disciple ne peut jamais être seul, ou apprendre seul. Etre disciple de Jésus, c’est nécessairement accepter de faire Eglise, accepter de rencontrer les autres disciples, autour de Jésus lui-même. Et pour éviter que certains pensent que je prêche pour les absents, pour ceux qui ne viennent pas au rassemblement autour de Jésus que représente chaque messe, je veux rappeler tout de suite que cela nous concerne aussi, nous qui venons à la messe. Parce que je peux y venir en cœur solitaire : je veux bien rencontrer Jésus, mais les autres, non merci ! Je me cale dans mon coin, quand c’est possible derrière le plus gros pilier, et surtout qu’on ne me demande rien. Je viens pour MA messe ! Je suis peut-être venu auprès de Jésus, mais pas en disciple qui vient autour de Jésus avec les autres disciples. Or, Jésus n’enseigne pas ses disciples un à un ; ils sont ensemble, autour de lui. Oui, quand je viens à la messe, je ne dois faire qu’un avec les autres. Et nous avons tous une responsabilité en la matière. Le chef de chœur et l’organiste auront à veiller à ce que le chant d’entrée permette cette communion d’individus divers qui ne doivent former qu’un seul cœur. Comment est-ce possible lorsque personne, hormis la chorale, ne peut le chanter ? Les habitués de la communauté auront à cœur d’accueillir les nouveaux  venus, chaleureusement. Début janvier, revenant d’une session de travail au Portugal, j’ai célébré l’Epiphanie dans une paroisse de la région parisienne. En entrant dans l’église avec un collaborateur, nous avons été immédiatement salués par un laïc de la communauté ; il s’est intéressé à nous, nous demandant d’où nous étions en nous souhaitant une bonne célébration avec eux.  Et cela n’était pas dû au fait que je sois prêtre. J’étais en civil, sans signe distinctif ! Cela change de ce que j’ai pu entendre, parfois de mes propres paroissiens lorsque j’étais curé : c’est ma place, là ; vous ne pouvez pas rester là ! Oui, les disciples de Jésus ne se rassemblent pas autour du petit Jésus à chacun, mais autour de l’unique Christ, seul Tête de son Eglise. Je suis à la fois reconnu comme unique et comme membre d’un grand tout qui est l’Eglise d’un lieu déterminé. J’en suis un membre unique au sens où si je ne viens pas, ma place restera vide ; et membre d’un grand tout, membre de l’Eglise, au sens où je ne dois faire qu’un avec les autres. Je ne peux pas m’isoler dans mon coin. Le disciple est nécessairement quelqu’un qui se rassemble !
Et qui se rassemble avec les autres autour de Jésus ! Pas autour d’une idée ; pas autour d’un thème ; non, toujours autour de Jésus. Par exemple, aujourd’hui, c’est le dimanche des malades, à cause de sa proximité avec la fête de Notre Dame de Lourdes, qui est la Journée mondiale des malades. Même si nous sommes invités à prier particulièrement pour les malades, c’est toujours Jésus qui nous rassemble. Même les dimanches où nous sommes invités à prier pour les plus grandes et les plus belles valeurs humaines, comme la paix, l’unité…  c’est toujours autour de Jésus que nous sommes rassemblés. C’est lui qui nous invite, semaine après semaine ; c’est sa Bonne Nouvelle qui est partagée, c’est son Corps qui est offert à tous ceux qui croient en lui.
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne : et voilà donné le lieu du rassemblement. La montagne, dans la Bible, est LE lieu de la rencontre avec Dieu.  C’est sur la montagne que Moïse reçoit les Tables de la Loi. C’est sur la montagne que Jésus est transfiguré. C’est donc bien dans le lieu de la rencontre qu’il faut se rendre avec les autres disciples pour entendre en vérité l’enseignement de Jésus. Ah, je peux lire la Bible chez moi, prier chez moi, même avec deux ou trois amis, si je veux, si je peux ; mais le dimanche, c’est autour de Jésus, avec les autres disciples, sur la montagne que je dois être. Le rassemblement à l’église, le dimanche, reste incontournable pour entendre Jésus s’adresser à nous, et pour comprendre ce qu’il nous enseigne. Le disciple véritable ne peut pas faire l’économie de ce rassemblement. Il y est tenu, autant que possible, non par obligation, mais par nécessité. C’est quand j’ai compris cela, compris que je suis disciple avec les autres, rassemblé avec eux, autour de Jésus, sur la montagne, que je peux comprendre pourquoi il nous dit aujourd’hui, non pas tu es le sel de la terre et la lumière du monde, mais bien VOUS êtes le sel de la terre, VOUS êtes la lumière du monde. C’est quand les croyants en Jésus  vivent authentiquement en disciples du Christ qu’ils sont collectivement le sel de la terre et la lumière du monde. C’est bien ce que nous vivons ensemble, autour de Jésus, qui est pour les autres un témoignage, quelque chose qui donne du goût et de l’envie aux autres. Jésus n’aurait pas pu dire à un seul de ses disciples, même le plus saint, entre la poire et le fromage au cours d’un repas chez tante Marthe, qu’il était à lui seul le sel de la terre et la lumière du monde ! Il ne pouvait le dire que là, sur la montagne, à tous ses disciples rassemblés autour de lui. Si bien que lorsque nous cesserons d’être Eglise, et quand bien même nous vivrions le plus saintement possible, nous cesserons d’être le sel de la terre et la lumière du monde, parce que nous ne serons plus signe du Royaume que Jésus veut construire avec tous et que l’Eglise préfigure.  Un disciple hors de l’Eglise est comme un poisson hors de son bocal : il a beau frétiller encore, il finira très vite raide comme la mort.
 Rassemblés en cette chapelle du Carmel, nous sommes aujourd’hui de ces disciples rassemblés autour de Jésus sur la montagne. Nous sommes de ceux à qui il dit : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Entendons-le, comprenons-le et vivons-le ! Ainsi le sel de la Bonne Nouvelle gardera longtemps encore sa saveur et sa lumière pourra attirer tous les hommes au Christ Sauveur. Amen.                   
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les presses d'Ile de France)