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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 15 août 2015

Assomption - 15 août 2015

Marie, une exception ?





Au risque de paraître impertinent, interrogeons-nous : Marie, dans son Assomption, est-elle une exception ? Derrière cette question s’en cache une autre qui nous concerne davantage : avons-nous une chance de vivre quelque chose d’analogue à son Assomption ? Car enfin, reconnaissons-le : nous ne sommes pas tous comme Marie à garder jour et nuit la Parole de Dieu au cœur de notre vie et à la méditer sans cesse ; contrairement à Marie, nous sommes marqués par le péché des origines dès notre éveil à la vie. Alors oui, avons-nous une chance ? Et à quelles conditions ?
 
D’emblée, il nous faut rappeler que l’Assomption de Marie que nous célébrons aujourd’hui n’est pas une récompense pour ses vertus. D’ailleurs quelle vertu de Marie pourrions-nous mettre en avant pour justifier cette récompense ? Si l’on en croit la prière de l’Eglise, elle  été préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de Jésus (oraison de la fête de l’Immaculée Conception). La Tradition de l’Eglise comprend donc bien que Marie, dès sa naissance, a été préservée du sort du commun des mortels pour accueillir en son sein le Fils unique de Dieu, Jésus, notre Seigneur et Sauveur. D’une certaine manière, sa vie n’a rien de surprenant alors. Préservée par Dieu, non marquée par le péché, il semble facile de vivre conformément à la volonté de Dieu. Du moins le pensons-nous spontanément. 
 
Si l’Assomption n’est pas une récompense, comment la comprendre alors ? Il faut la comprendre comme l’aboutissement d’un long processus. Elle est rendue possible par l’incarnation du Fils de Dieu. Si Jésus n’était pas devenu homme pour que les hommes puissent devenir Dieu, nous ne pourrions pas célébrer l’Assomption comme l’annonce de notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre en Dieu pour toujours ! Sans l’incarnation, l’Assomption serait un coup d’exception, réservée à une femme d’exception, mais totalement hors de notre portée. Avec l’incarnation, c’est-à-dire avec le désir de Dieu de venir en ce monde pour changer la face de la terre et offrir le salut à tous, le résultat de l’Assomption (Marie dans la gloire du ciel) devient pour nous un motif d’espérance. Puisque Dieu vient à notre rencontre, nous pouvons devenir ses familiers. Peut-être avons-nous là la raison du choix de l’Evangile de cette fête : par le Magnificat, Marie chante bien toutes les merveilles que Dieu fait pour les hommes. Mais elle dit aussi le lien entre l’incarnation et l’assomption : Il s’est penché sur son humble servante (incarnation) ; désormais tous les âges me diront bienheureuse (assomption). L’un ne va pas sans l’autre. Pour que les enfants des hommes puissent espérer vivre en Dieu pour toute éternité, il faut un geste d’amour divin ; il faut que Dieu s’abaisse pour élever l’homme à sa hauteur. Marie a été la première à être élevée aussi haut pour nous rappeler notre avenir et donner à notre foi un peu de consistance. Elle a été la première parce qu’elle a totalement accueilli Dieu dans sa propre vie. Nous ne croyons pas en Dieu en vain ; nous ne proclamons pas un Dieu qui s’est fait homme juste pour son bon plaisir : il est devenu l’un de nous pour nous attirer à lui et nous sauver une fois pour toutes de tout ce qui nous retient loin de lui. 
 
Si l’Assomption est la conclusion triomphale de l’incarnation, n’avons-nous donc rien à apprendre de Marie ? Oh que si ! Nous avons à apprendre d’elle la fidélité  de Dieu à son projet d’amour et notre propre fidélité à ce projet. En préparant en Marie une demeure digne de son Fils, Dieu nous rappelle qu’il est fidèle à son projet d’amour : aucun péché des hommes ne saurait lui faire abandonner son désir de nous sauver. En entrant dans la gloire des enfants de Dieu, Marie nous rappelle qu’il nous faut entrer dans cette fidélité, à notre tour. Bien que préservée par Dieu, elle gardait sa pleine liberté et aurait pu refuser ce pour quoi elle avait été préparée. Mais elle a dit oui à l’ange, oui à Dieu, oui au salut que Dieu proposait à tous les hommes. Son Assomption nous rappelle que nous ne perdons pas notre temps à agir sur terre de manière à plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes. Comme Elisabeth a raison d’accueillir en Marie celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! C’est là son titre de gloire ; et le fait qu’elle ait été choisie par Dieu ne rend pas sa foi plus simple ou plus évidente. 
 
Aujourd’hui, Dieu accueille en sa présence Marie, fille d’Eve. Il nous redit à quelle vie il nous appelle. Il nous redit qu’il nous aime tellement qu’il nous veut avec lui pour toujours. Il nous a choisis au moment de notre baptême pour vivre avec lui. De Marie, apprenons à dire oui à Dieu en toutes choses et nous verrons nous-aussi les cieux s’ouvrir pour nous accueillir lorsque viendra le terme de notre vie, car l’amour de Dieu ne peut se détourner de ceux qui comptent sur lui. Laissons-nous aimer comme Marie, et nous aussi nous partagerons sa gloire. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 8 août 2015

19ème dimanche ordinaire B - 09 août 2015

2ème tension entre Jésus et la foule :
les hommes s’interrogent sur Jésus, Jésus les invite à dépasser sa personne.
 
 
 
Il nous faut faire un effort de mémoire encore pour bien situer l’évangile entendu et bien le comprendre surtout. Tout a commencé il y a quinze jours, avec la multiplication des pains. Jésus prenait ainsi soin du peuple qui lui était confié. Mais ce miracle déclenche une polémique entre Jésus et la foule. Elle a commencé la semaine passée lorsque les hommes demandaient des signes à Jésus, alors que Jésus demandait la foi aux hommes. La polémique se poursuit en ce dimanche : l’incompréhension grandit entre Jésus et ceux qui l’ont suivi jusqu’ici. 
 
Pour les hommes, cette polémique a pour origine Jésus lui-même. Pas seulement ce qu’il dit, mais qui il est. La foule croit connaître Jésus parce qu’elle connaît son origine, son père et sa mère. C’est un enfant de la région. Ce qu’il dit en devient alors encore plus insupportable. Enfin, pour qui se prend-t-il ? En s’approchant de l’homme dont ils connaissent la parenté, ils s’imaginent connaître Jésus, celui que les hommes confesseront comme Christ après Pâques. Comment pourraient-ils approcher le Christ alors qu’ils n’ont pas la foi ? La foule d’avant Pâques peut-elle comprendre des paroles qui sont déjà celles du Seigneur Ressuscité ? Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons découvrir la vérité et la profondeur des paroles de Jésus entendu ce dimanche. Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons reconnaître vraiment Jésus comme le pain qui donne la vie
 
Si Jésus n’est qu’un homme parmi d’autres, sa prétention à être le pain de la vie est inaudible. Mais si Jésus est bien celui que le Père envoie, alors il est vraiment celui qui donne la vie aux hommes. C’est sa raison d’être au milieu de nous. Dieu ne l’a pas envoyé juste pour voir comment c’était sur terre. Il n’est pas venu faire une visite d’inspection. Il est venu dire aux hommes le chemin vers Dieu ; il est venu apporter aux hommes le salut en offrant sa propre vie. La multiplication des pains était un signe évident de sa proximité avec Dieu son Père, le signe évident qu’il est venu prendre soin de nous, veiller sur nous et nous donner la vie de Dieu. Le don du pain annonce le don de sa vie. Il faut donc l’entendre quand il nous parle de son Père. 
 
Si nous acceptons que Jésus est le Fils unique de Dieu, comme nous le rappelait cette semaine la fête de la Transfiguration et la voix du Père dans la nuée – Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! – alors les paroles qu’il prononce aujourd’hui sont une invitation à ne pas nous arrêter à sa personne, mais à voir le Père dans tout ce que dit Jésus, dans tout ce que fait Jésus. Jésus n’est donc pas le héros que la foule imagine ; il ne fait rien par lui-même, mais parce que un autre, son Père, lui demande de le faire. On peut comprendre la déception de la foule et son incapacité à suivre Jésus. Comment pourrait-elle le suivre d’ailleurs sans le regard de la foi ? C’est juste impossible ! Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Pour être attiré vers le Christ, il faut donc déjà croire en Dieu pour qu’il puisse s’adresser à nous et nous faire rencontrer le Christ ! Tout le discours de Jésus sur le Pain de vie repose sur le postulat de la foi. Il faut que l’homme accepte que Dieu existe ; il faut que l’homme accepte que Dieu n’ait qu’un but : la vie de l’homme. Il faut que l’homme ait le désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, pour reconnaître Jésus comme celui qui est la source de cette vie, par mandat du Père. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. 
 
Nous voici renvoyés à nous-mêmes : comment venons-nous au repas que le Seigneur offre à son peuple chaque dimanche ? Reconnaissons-nous, dans le pain partagé, Jésus qui se livre totalement à nous ? Croyons-nous que Dieu veut nous sauver en Jésus, et que ce morceau de pain, dont les croyants disent qu’il est Jésus présent en son corps, est l’aliment de notre salut ? Sommes-nous de ceux qui récriminent contre Jésus, croyant le connaître selon sa généalogie humaine, mais refusant de voir en lui le Fils unique de Dieu ? Sommes-nous capables de cet acte de foi qui nous fait dire, devant le Pain consacré : mon Seigneur et mon Dieu ? Que l’Amen de notre communion soit l’affirmation de notre foi et de notre désir d’être sauvé par Jésus, le Pain vivant, descendu du ciel selon la volonté du Père. Ainsi soit-il !
(Dessin publié dans l'Image de notre paroisse, n° 200, Août 2003, éd. Marguerite)
 

samedi 1 août 2015

18ème dimanche ordinaire B - 02 août 2015

Première tension entre Jésus et la foule :
Les hommes demandent des signes, Jésus demande la foi !
 
 
 
 
Un seul miracle particulièrement impressionnant, et déjà commencent les tensions entre Jésus et la foule. Souvenez-vous : dimanche dernier, l’évangile nous faisait contempler Jésus nourrissant environ cinq mille hommes avec seulement cinq pains et deux poissons. A la fin de la journée, Jésus s’est retiré seul, dans la montagne. Suit un épisode que nous n’entendrons pas et qui nous montre Jésus et ses disciples traverser la mer, direction Capharnaüm. C’est pour cela que, la foule [voyant] que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. On pourrait se réjouir de ce désir de la foule d’être avec Jésus, s’il était le signe d’un réel attachement à sa personne, s’il traduisait une vraie communion avec celui qu’elle cherche. Mais voilà, tout l’évangile de ce dimanche nous montre la distance qui existe entre Jésus et la foule. 
 
La première distance concerne l’objet même du désir de la foule. La foule a mangé à satiété, sans se fatiguer, puisque Jésus a donné largement. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Jésus n’est pas dupe de cette fascination de la foule pour sa personne : vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. En ce sens, ils ne diffèrent guère de leurs ancêtres qui ont suivi Moïse au désert. Celui-ci les a tirés d’Egypte sur ordre de Dieu ; il leur a rendu leur liberté, et voilà que déjà, ils ont oublié la puissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que les ventres sont vides, parce qu’ils ont faim. A la liberté retrouvée, ils préfèrent soudain les marmites de viande d’Egypte, même si elles étaient le signe de l’oppression et de l’esclavage. Comme la liberté semble soudain une chose vaine et futile ! Mieux vaut un ventre bien plein et des chaines, que la liberté et le ventre creux. Que ce soit au temps de Moïse ou au temps de Jésus, l’homme veut un ventre bien plein, sans effort si possible. Qu’importe le sacrifice à faire ! S’il faut retrouver les chaines d’Egypte pour avoir à manger, soit ! S’il faut suivre Jésus pour manger sans se fatiguer, cherchons-le ! Ce qui compte, ce n’est pas Moïse, ce n’est pas Jésus ; ce qui compte, c’est notre ventre bien tendu ! Ce qui compte, ce sont peut-être ces douze corbeilles de restes dont personne ne sait ce qu’elles sont devenues. 
 
La deuxième distance qui existe entre Jésus et la foule, c’est justement l’incapacité de cette dernière à comprendre Jésus. Ce que veut la foule, c’est un signe : Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Mais… elle vient d’en avoir un ! Ce repas gratuit, largement servi, n’est-il pas un signe suffisant pour que la foule comprenne que Jésus est comme un nouveau Moïse par qui Dieu nourrit son peuple ? Que faudra-t-il encore ? Quel signe pourrait convaincre l’humanité que Jésus est bien celui qui peut tout, qui donne tout, qui se donne tout entier pour la vie du monde ? Jésus a beau expliquer qu’il est le Pain de la vie, descendu du ciel, rien n’y fait ; la foule semble ne pas comprendre. Elle veut des signes ; elle veut voir, toujours et encore ; elle veut manger, toujours et encore !
 
Nous arrivons là à la troisième distance qui existe entre Jésus et la foule : la foule ne comprend pas que Jésus ne demande qu’une chose, et qu’une seule chose est nécessaire. Cette chose, c’est la foi. Elle seule peut combler la faim profonde des hommes ; elle seule peut faire discerner le pain vivant et vrai ; elle seule permet de bien comprendre qui est Jésus et quelle est sa mission. Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Il faut bien, comme la foule, venir à Jésus. Mais il faut venir à lui, vide de nos exigences, vide de notre désir de voir des choses. Il faut venir à Jésus comme on va vers une source vive et trouver en lui ce qui fait vivre vraiment. Celui qui vient vers Jésus, plein de revendications que Jésus se devra de contenter, n’est pas dans les bonnes dispositions. Jésus n’a pas à prouver qui il est par des signes particuliers. Il ne cesse de nous dire qui il est ; c’est à nous de le croire, sur parole. Il nous dit qu’il est le pain de la vie ? Approchons-nous de lui et goûtons à sa Parole, croyons ce qu’il nous dit, et notre faim sera rassasiée. Il vient nous donner le goût de la vie avec Dieu, après avoir partagé pour nous le pain. 
 
Ne nous contentons donc pas de manger à sa table en attendant le prochain service ; mais apprécions le moment présent. Il nous donne le Pain de sa Parole pour donner sens à notre vie ; il nous partagera le Pain de son Corps, rompu pour que nous goutions à la vie de Dieu. Il se donne tout à nous, en vrai Pain de la vie éternelle, non pas pour que nous nous recroquevillions sur nos assiettes, mais pour que nous allions à la rencontre de nos frères, pour leur partager ce pain et les inviter à cette table où Dieu se donne tout à tous. Allons vers Jésus avec le désir de croire en lui et nous comprendrons mieux que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France).
 
 

vendredi 24 juillet 2015

17ème dimanche ordinaire B - 26 juillet 2015

Quand Jésus s'occupe de la foule...





Nous avons changé d’évangéliste, parcourant pendant les cinq semaines à venir l’évangile de Jean, mais nous n’avons pas changé de décor. Nous sommes bien après la première mission des disciples ; à leur retour, Jésus les a invités à l’écart, mais la foule les a devancés sur l’autre rive. Jésus a enseigné la foule et vient le temps où les estomacs crient famine. Cela devait bien arriver : la foule ne fait que suivre Jésus ; cela fait un moment que les gens sont partis de chez eux ; nous sommes dans un endroit désert. Forcément il fait faim ! Que va faire Jésus ? 
 
La solution la plus raisonnable serait sans nul doute de renvoyer les gens chez eux. C’est bien de suivre Jésus ; mais initialement, il voulait quand même offrir un temps de repos à ses disciples. Et sans doute lui-aussi pourrait-il souhaiter quelques temps plus tranquille. C’est bien la foule, mais il y a des limites ! Oui, Jésus pourrait renvoyer chacun à sa maison, en rappelant au passage que, la prochaine fois, ce serait bien de penser au casse-croûte ! Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est ce que j’aurais fait. 
 
Mais voilà, Jésus n’est pas raisonnable à notre manière. Ces gens n’ont rien, ils sont comme des brebis sans berger. Il ne peut pas les renvoyer. Le problème, c’est que les disciples n’ont pas davantage de quoi nourrir toute cette foule. Souvenez-vous, ils reviennent de mission, ils voulaient se reposer un peu ! Il semble même qu’en traversant le lac, ils n’aient même pas pensé à jeter les filets ! Ils auraient au moins eu un peu de poisson. Mais là, rien ; même pas un quignon de pain rassis. La question de Jésus à Philippe oblige à ouvrir les yeux : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? André, sans doute un peu plus dégourdi, a rapidement fait le tour des popotes : il n’a trouvé que cinq pains d’orge et deux poissons qu’un jeune garçon a pensé à prendre ; à moins que ce ne soit sa maman qui ait pensé que son garçon aurait certainement faim à un moment de la journée. Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Même pas de quoi boucher une dent creuse pour chacun des cinq mille hommes présents. Et pourtant, chacun va manger à sa faim et il y aura même des restes : douze paniers sont remplis à la fin du repas. Comment cela a-t-il pu se faire ? 
 
Cela a pu se faire parce que Jésus était là, parce qu’il avait le souci de cette foule qu’il  a d’abord longuement enseigné. Comment aurait-il pu la renvoyer alors qu’elle vient à lui, reconnaissant en lui celui qui peut quelque chose pour elle ? Il ne la nourrit pas pour se mettre en avant, ni pour briller devant les hommes. Il nourrit cette foule parce que cette foule pourrait aller à sa perte s’il ne s’en occupait pas personnellement. Il nourrit cette foule pour lui faire découvrir qu’il y a un pain plus important encore qui peut nourrir les hommes à volonté et pour toujours : le pain de la Parole de Dieu. Il nourrit cette foule pour rappeler que Dieu s’occupe toujours de son peuple ; il l’a fait jadis du temps d’Elisée ; il le refait aujourd’hui par Jésus. Il le fait pour nous au cours de chaque eucharistie que nous célébrons. Avec Jésus, nous ne manquons de rien. Quand Jésus donne, il donne largement ; un jour, il donnera sa vie pour tous. C’est cela qui est annoncé par ce signe des pains multipliés : l’immense amour de Dieu pour nous et sa prévenance pour tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie. Cet amour de Dieu pour les hommes conduira Jésus sur la croix ; il sera alors pour  tous, et pour toujours, le pain rompu et partagé, donné pour la vie de tous les hommes jusqu’au jour où Dieu les recevra tous à sa table. Avec cette première multiplication des pains, Jésus nous invite déjà à la table de son Père, et Dieu lui-même sert aux hommes le pain qui donne la vie. La foule était comme des brebis sans berger ? Elle a trouvé en Jésus un pasteur qui prend soin d’elle, qui nourrit son esprit, qui nourrit son corps. L’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus nous fait vivre, tout simplement. Ces cinq pains et ces deux poissons partagés nous montrent ce que peut faire l’amour de Dieu pour nous ; il nous faut juste y consentir, comme ce jeune garçon a consenti à livrer ces pains et poissons à Jésus pour qu'il les distribue à tous. Et nous découvrons que, si Dieu nous aime, nous devons consentir à son amour pour que le miracle puisse avoir lieu. 
 
Quand Jésus s’occupe de la foule, elle ne manque de rien. Quand Jésus s’occupe de la foule, il lui dit l’immense amour de Dieu pour tous les hommes. Quand Jésus s’occupe de la foule, les cœurs sont bouleversés au point qu’un jeune garçon accepte de partager le peu qu’il a. Quand Jésus s’occupe de la foule, il rassasie avec bonté tout ce qui vit. Quand Jésus s’occupe de la foule et que les hommes consentent à le laisser faire, alors des merveilles sont possibles. C’était vrai hier ; c’est toujours vrai aujourd’hui. A nous d’ouvrir les yeux ; à nous de consentir à Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 18 juillet 2015

16ème dimanche ordinaire B - 19 juillet 2015

Quand les disciples rentrent de mission...






Dimanche dernier, on a vu Jésus les envoyer en mission ; aujourd’hui, les voici qui reviennent. Nous pouvons imaginer la joie des retrouvailles, les échanges entre groupes de disciples et Jésus sur ce qu’ils ont vécu. Il y a surtout l’attention toute paternelle de Jésus envers ceux qu’il a envoyé. Ses disciples sont de retour, visiblement fatigués ; il les invite à l’écart, au repos. Quand on sait que Jésus passe ses nuits à prier Dieu, je vous laisse deviner ce à quoi il invite ses disciples : à se reposer en Dieu. Car si cette première mission est terminée, LA mission est loin d’être achevée. De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux et l’on n’avait même pas le temps de manger. A travers cette foule nombreuse qui se presse autour de Jésus et de ses disciples, nous pouvons comprendre pourquoi, des siècles plus tard encore, l’antienne de psaume la plus connue est très certainement celle que nous avons chantée en réponse à la première lecture : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. 
 
En invitant ses disciples au repos, c’est bien vers Dieu lui-même qu’il les tourne. Quand on travaille dans la vigne du Seigneur, on peut quelquefois en oublier de prendre ce repos tant nécessaire. Non pour ne plus rien faire, mais pour retrouver, auprès de Dieu, les forces nécessaires à la poursuite du travail. Il n’y a rien de pire qu’un missionnaire fatigué ou un témoin épuisé. Ce besoin de ressourcement est vital. Que l’on soit prêtre, religieux ou religieuse, laïc engagé dans la mission paroissiale ou simple fidèle du Christ, il est nécessaire de prévoir ce temps de repos auprès de Dieu, auprès du bon berger qui veille sur ses brebis. Ceux qu’il envoie en mission font toujours partie de ses brebis ; il continue donc de veiller sur eux ; il fait en sorte que rien ne leur manque. Certes, nous pouvons considérer que l’eucharistie dominicale fait partie de ce repos auprès de Dieu ; il n’empêche, prendre un temps plus conséquent, chaque année, n’est pas inutile. De nombreuses retraites ou recollections sont proposées durant le temps de l’été : pourquoi ne pas profiter de l’occasion de ces vacances pour y prendre part ? Nous pouvons expérimenter de manière très concrète ce que dit le psaume 22 : Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre. 
 
En-dehors de ce temps de repos, ce qui frappe encore le lecteur d’évangile que je suis, c’est que bien que les disciples aient été envoyés en mission pendant un temps, cela ne diminue pas la foule nombreuse qui se presse autour de Jésus, au contraire. J’aime à croire que c’est même le résultat de la mission des disciples. Ils ont tellement bien fait leur travail que les foules veulent rencontrer celui qui les a envoyés. A peine Jésus et ses disciples se sont-ils éloignés en barque, que la foule, les ayant aperçus, court à l’endroit supposé de leur destination, et y arrive avant eux. Si cela n’est pas la manifestation d’un grand désir de rencontrer Jésus, je ne sais pas ce que c’est ! Ceux qui auraient pu penser dimanche dernier que Jésus envoie ses disciples en mission pour être tranquille, en sont pour leurs frais. Le but de la mission, ce n’est de faire connaître l’envoyé, mais bien l’envoyeur. Le but de la mission était bien de donner le goût de Jésus et de sa Bonne Nouvelle. Ce désir de Dieu, les disciples l’ont bien creusé dans le cœur des gens. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Ce goût de Jésus est contagieux et inextinguible. Quand vous y avez goûté, vous en voulez encore, et toujours plus. Si tel n’est pas le cas, c’est qu’on vous a présenté un Jésus frelaté, un Jésus de second ordre, tout juste bon à éblouir, mais pas à nourrir. La rencontre vraie avec Jésus donne faim et soif de lui, et jamais l’homme ne s’en trouve totalement rassasié. Si vous avez goûté à Jésus, en vérité, vous y revenez, nécessairement. Car avec Jésus, grâce et bonheur [vous] accompagnent tous les jours de [votre] vie, et vous désirerez habiter la maison du Seigneur pour la durée de [vos] jours. A moins d’être totalement hermétique à la vraie vie et au vrai bonheur ! 
 
Voilà ce qui se passe quand les disciples rentrent de mission. Ils ne se glorifient pas ; ils se reposent en Dieu, à l’écart, pour mieux retrouver cette foule qui a faim et soif de Jésus, faim et soif de vraie vie, faim et soif de vrai bonheur, faim et soif de vraies rencontres. Depuis cette première mission, et jusqu’à aujourd’hui, et pour de longs siècles encore, un lien s’est noué avec cette foule sans berger. La Bonne Nouvelle annoncée a creusé un désir de Dieu dans le cœur des hommes. Nous ne pourrons jamais considérer que la mission est terminée parce que l’Eglise est présente aujourd’hui sur tous les continents. La mission entraine la conversion ; la conversion entraine le désir de vivre toujours plus selon l’esprit du Christ. Il en sera ainsi jusqu’au jour où le Christ reviendra dans sa gloire. Ce jour-là, nous nous reposerons tous auprès de lui, définitivement rassasié. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 11 juillet 2015

15ème dimanche ordinaire B - 12 juillet 2015

Quand Jésus envoie en mission...






Est-ce le contrecoup de son échec à Nazareth ? Sommes-nous témoins d’un moment de déprime ou de découragement de la part de Jésus ? Lorsque nous le retrouvons avec ses disciples en ce dimanche, c’est pour assister à un événement étrange : Jésus envoie ses disciples en mission. 
 
C’est étrange, parce que nous sommes bien toujours avant Pâques. Ils ne savent pas encore que Jésus est plus fort que la mort ; ils ne savent pas encore qu’il est près de son Père ; ils n’ont pas encore reçu la force de l'Esprit Saint. Et pourtant, sans autre formation que ces quelques temps de compagnonnage avec Jésus et des recommandations plutôt austères, les voici envoyés en mission, pour faire ce que Jésus seul a fait jusqu’ici : proclamer qu’il fallait se convertir, expulser beaucoup de démons, faire des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérir ! En clair, c’est Jésus à la puissance Douze ! Un petit stage de formation en somme, pendant que Jésus fait on ne sait trop quoi ! 
 
Il les envoie deux par deux. Pour une première fois, c’est plutôt rassurant. Les disciples ne sont pas livrés à eux-mêmes ; ils auront un compagnon de route. Se sont-ils choisis ou est-ce Jésus qui a fait les équipes ? Ce n’est pas dit. Nous savons juste qu’ils sont par deux. Cela permet de se soutenir, de ne pas se décourager, d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer. Etre deux oblige aussi à un vrai témoignage : les voilà en somme forcés de vivre entre eux ce qu’ils prêchent ; quel groupe, quel couple n’expérimente pas cette obligation de conversion au quotidien. Celui qui est seul fait ce qu’il veut ; ceux qui vivent ensemble ou travaillent ensemble, doivent s’entendre pour réussir. Ce n’est donc pas innocent si Jésus les envoie deux par deux. Pour réussir, ils doivent déjà se supporter ! 
 
Il les envoie comme des pauvres sur les routes de son pays. Ils ne peuvent prendre qu’un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Pas même de linge de rechange ! Pauvres de tout, les disciples ne seront riches que de la parole qu’ils auront à transmettre. Il n’y a rien qui pourra les distraire de leur mission. Il n’y aura rien non plus pour faciliter la conversion : pas de bling-bling, juste une parole que les personnes rencontrées accueilleront ou pas. Aucun artifice, aucun moyen de pression. Les hommes ne doivent pas se convertir parce que les Apôtres seraient riches, ou bien habillés, ou utilisant les dernières technologies à la mode pour convertir : non, rien qu’une parole et des signes posés. 
 
La seule concession, c’est le bâton. Ils ont l’air de petits Moïse, jetés sur les routes, un bâton à la main. A moins qu’ils ne ressemblent au peuple de l’Exode, qui a quitté l’Egypte en hâte, la ceinture aux reins, le bâton à la main, pour aller là où Dieu lui-même les guiderait. Le bâton, c’est le symbole de la marche nécessaire et jamais achevée pour aller à la rencontre de Dieu. Les disciples de Jésus, à l’exemple du peuple dont ils sont issus, sont des hommes en marche, en pèlerinage sur la terre des vivants.  Le bâton facilite la marche sur les routes escarpées et permet d’écarter le danger. Nous ne savons pas combien de temps ils sont partis ; nous savons juste qu’ils ont accompli ce que Jésus leur a demandé ; et ils semblent avoir plutôt réussi.
 
Il y a encore une recommandation : la précision donnée par Jésus sur la conduite à tenir selon qu’ils sont accueillis ou pas. Les disciples ne doivent s’arrêter que là où ils sont accueillis ! Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds. Les disciples ne doivent pas se fatiguer à évangéliser ceux qui ne veulent pas les recevoir. On ne discute même pas semble-t-il ! On va vers les périphéries tant que les périphéries veulent vous entendre. Si la parole des disciples ne trouve pas d’écho, il faut partir ailleurs. Comprenons cela comme le signe d’un respect envers ceux qui ne veulent pas se bouger. L’appel à la conversion est adressé à tous, mais il n’est accueilli que par quelques-uns. Cela devrait nous décomplexer aujourd’hui et nous enseigner surtout quand il nous semble que nous prêchons trop souvent dans le désert. N’est-ce pas aujourd’hui, les gens ne veulent plus de Jésus ; cela ne les intéresse plus. Et alors ? Ils ont le droit, le droit de refuser Jésus, le droit de ne pas répondre à son appel, le droit d’aller vers leur perte. Même Jésus ne sauvera pas tout le monde ; pourquoi voudrions-nous réussir mieux que lui ? Le salut est certes offert à tous ; mais tous ont-ils le désir d’être sauvé ? Jésus, par sa recommandation aux disciples, semble dire : essayez partout, mais ne vous mettez pas la rate au court-bouillon si vous n’êtes pas entendus ! Restez chez ceux qui vous accueillent ; quittez ceux qui ne veulent pas de vous ! Et laissez-leur même la poussière qui s’est collée à vos pieds en allant chez eux. En agissant ainsi, dans les deux cas, vous respecterez vos auditeurs. 
 
A l’heure où tous les diocèses mettent au point des stratégies missionnaires, renforcées par des outils d’évangélisation, l’évangile de ce dimanche semble nous dire qu’il faut juste se mettre en route au nom du Christ, redire son message, poser des gestes de fraternité et respecter celui que nous rencontrons. Oserons-nous miser sur cette simplicité ? Oserons-nous nous encombrer de rien si ce n’est le Christ pour aller à la rencontre de nos frères ? Si cela a fonctionné pour les disciples, pourquoi cela ne serait-il plus efficace aujourd’hui ? Osons la simplicité évangélique ; risquons une parole d’éternité et laissons l’Esprit faire le reste. Il ne nous revient pas de convertir, mais seulement d’annoncer, de témoigner et de vivre. Amen. 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 4 juillet 2015

14ème dimanche ordinaire B - 05 juillet 2015

Un échec, c'est grave docteur ?





Parce que Jésus est le Messie, le Sauveur, le Fils de Dieu, on a souvent tendance à penser que tout est facile pour lui ; même le chemin de croix n’aurait été pour lui qu’une promenade de santé. Après tout, il ne craignait pas grand-chose puisqu’il avait lui-même annoncé sa mort et sa résurrection. La croix ne serait donc qu’un mauvais moment à passer, si peu en comparaison de la gloire qui était sienne. Vraiment, pour certains, tout réussit à Jésus ; l’échec, il ne connaît pas. Et pourtant ! 
 
Pourtant, c’est bien à un échec de Jésus que nous assistons dans l’évangile de ce dimanche. Un échec d’autant plus retentissant qu’il a lieu chez lui, là où tout aurait dû bien se passer. Jésus se rendit dans son lieu d’origine… et là il ne pouvait accomplir aucun miracle. Et pour cause, ils en sont tous à s’interroger et sans doute à le jalouser un peu : D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Ceux qui parlent ainsi sont incapables de se réjouir du fait qu’avec Jésus, Dieu commence quelque chose de neuf pour tout un peuple ! Ils ne voient en lui que l’enfant du village qui ferait mieux de rester à sa place. Avec raison, Jésus s’étonne de leur manque de foi qui paralyse toute son action : là, il ne pouvait accomplir aucun miracle.
 
N’est-ce pas là une expérience que nous faisons tous un jour ou l’autre dans notre vie quand nous donnons du temps au service de l’Eglise ? Nous réussissons bien, nous travaillons pour le bien-être des autres, et ceux-là même qui devraient se réjouir avec nous sont ceux qui nous enfoncent ou se dressent contre nous. Il est bien vrai le proverbe : Seigneur, préservez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge ! On n’est jamais trahi que par les siens ! Est-ce grave, docteur ? Faut-il se révolter ? Faut-il réagir violemment, leur donner une bonne leçon ? A regarder Jésus, il suffit de tourner les talons et d’aller ailleurs, là où l’on est attendu, là où nos talents seront accueillis. Jésus s’étonne tout juste, mais ne se révolte pas et ne se décourage pas pour autant : sa mission, il la poursuit dans les villages d’alentour. Je pense même qu’il est plutôt triste pour les gens de chez lui. 
 
Cette page d’évangile est bienvenue parce que nous sommes tous confrontés, un jour ou l’autre, à l’échec, en famille, au travail, dans nos relations sociales… La jalousie des autres peut être un frein à nos actions les meilleures. Nous n’y pouvons rien, c’est ainsi. Saint Paul lui-même constate qu’il y a quelque chose dans sa vie qui n’est pas totalement ajusté. Il parle de cette écharde dans sa chair qui est là pour empêcher qu’il se surestime. Ce n’est pas avec les autres qu’il ne réussit pas totalement ; c’est dans sa propre vie que quelque chose n’est pas comme cela devrait être. Il a même prié le Seigneur de l’en débarrasser, mais en vain. Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse, s’entend-t-il répondre ! L’échec dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu n’est donc pas de l’ordre du péché, mais de l’épreuve qui nous purifie, qui nous rend humbles face à Dieu, face aux autres. Jésus, Paul et chacun de nous, nous ne sommes que des instruments au service du projet de Dieu. Nous servons ce projet du mieux que nous pouvons, mais la réussite du projet ne dépend pas de nous. Nous ne sommes pas tout-puissants. Nous sommes invités, en toutes choses, à nous en remettre à Dieu et à sa puissance. Nous sommes invités à mettre nos pas dans les pas du Christ : l’évangile nous montre qu’il ne réussit pas toujours ; cet échec ne sera pas son seul échec. Je pense, entre autre, à sa rencontre avec le jeune homme riche. 
 
Avec Jésus, avec Paul, acceptons d’être faillibles pour que la puissance de Dieu puisse être manifestée dans notre vie. Avec Jésus, avec Paul, poursuivons là où nous sommes attendus et prions pour ceux qui ne sont pas prêts à s’ouvrir à la grâce ; Dieu seul pourra ouvrir leur cœur, aujourd’hui peut-être, et sinon demain…
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les presses d'Ile de France)