Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 28 juillet 2018

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2018

Quand la foule a faim…





            On mangera et il en restera. Cette affirmation du Seigneur donnée par le prophète Elisée traduit tout l’amour de Dieu pour son peuple, sa grande bonté et sa générosité sans limite. C’est cette même générosité, cette même bonté, ce même amour qui sont à l’œuvre en Jésus, des siècles plus tard, lorsqu’il nourrit une foule immense avec seulement cinq pains et deux poissons. Un signe donné pour que le peuple comprenne que Dieu ne saurait ignorer ceux qui se tournent vers lui. Au-delà du signe que Jésus avait accompli, ce qui me frappe dans l’évangile de ce dimanche, c’est la faim de ce peuple qui se presse par milliers autour de Jésus. 

            Même si nous avons changé d’évangéliste, passant de Marc à Jean, le contexte reste le même. Souvenez-vous : dimanche dernier, Jésus avait invité ses disciples à l’écart à leur retour de mission. Déjà les foules se pressaient, au point qu’ils n’avaient même pas le temps de manger. Jésus avait embarqué avec les siens pour traverser le lac, mais la foule, comprenant leur intention, [courut] là-bas, sur l’autre rive et [arriva] avant eux. Peut-on souligner davantage la faim de cette foule d’une parole vraie ? Peut-on faire mieux pour dire l’impact de Jésus sur ces hommes et ces femmes qui courent après lui ? C’est de cette foule qu’il voulait éloigner ses disciples ; c’est cette foule qui les rattrape ; c’est cette foule qui en oublie jusqu’à l’essentiel (un casse-croûte pour la route) pour être avec Jésus. Il y a un lien fort entre cette foule et Jésus, et ce ne sont pas seulement les signes qu’il opère qui peuvent expliquer cela. Je pense qu’il y a plus ; il y a quelque chose de vital qui semble les attacher ainsi à la personne de Jésus. 

            A force de courir d’une rive du lac à l’autre, à force de ne plus prendre le temps de rentrer chez eux, il semble normal, au bout d’un moment que la faim se fasse sentir. Il y a là environ cinq mille hommes, et seulement cinq pains d’orge et deux poissons. André a bien raison d’interroger : qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Et pourtant, nous l’avons entendu, non seulement chacun mange à sa faim, mais il reste encore de quoi remplir douze paniers à la fin du repas. Comment ne pas entendre en écho la parole rapportée par le prophète Elisée : on mangera et il en restera ? Au temps de Jésus comme au temps d’Elisée, quand Dieu donne, il donne avec largesse, il donne au-delà du raisonnable. Dieu n’est pas radin en amour ; il ne donne pas sous condition. Il donne ce qu’il faut et même plus. La foule n’est pas dupe : à la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « c’est vraiment lui le prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. Les journées passées à courir après Jésus sont ici récompensées et reconnues comme un temps de grâce, un temps de rencontre avec celui que Dieu envoie. 

Chaque fois que j’entends cette page d’évangile, je ne peux empêcher une pointe d’envie de monter en moi : comme j’aurais aimé être de cette foule. Comme j’aurais aimé courir à la suite de Jésus pour l’écouter, le voir et goûter à ce pain partagé. Je me souviens alors que je peux encore le faire aujourd’hui. Je peux me presser autour de Jésus ; je peux le suivre ; je peux l’entendre me parler comme il a parlé à ces foules ; je peux même goûter ce pain partagé jadis sur la montagne. Il me suffit de venir à l’eucharistie. Ici, je rencontre Jésus ; ici Jésus me parle ; ici Jésus partage encore le pain. Mais ma faim de lui est-elle aussi grande que la faim de cette foule qui se pressait autrefois ? Irai-je courir de l’autre côté du lac pour cette rencontre ou est-ce que j’attends tranquillement qu’il vienne de ce côté-ci ? Mon lien à Jésus est-il traditionnel ? culturel ? personnel ? vital ? Est-ce que je rends grâce à Dieu comme la foule pour ce signe fondamental de notre foi ou est-ce que je considère cela comme normal ? Si je ne sais plus lire les signes que Dieu pose, comment pourrais-je rendre grâce à Dieu ? Comment pourrais-je me réjouir de ce que Dieu intervient encore dans la vie des hommes, dans ma vie ? 

Nous l’avons vu : quand la foule a faim, Jésus la nourrit ; mais il ne la nourrit pas seulement de pain, il la nourrit aussi de sa parole. Elle a faim des deux, la foule. Et moi, quelle est ma faim aujourd’hui ? Quel est mon désir de Jésus et comment le creuser encore ? Avec l’Eglise, nous pouvons redire cette prière qui a ouvert notre eucharistie : elle nous permet de confesser la sollicitude de Dieu qui donne plus que ce dont nous avons besoin en même temps que notre faim de lui et notre confiance en lui. Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi, rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Que cette prière de l'Eglise devienne authentiquement nôtre. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

vendredi 20 juillet 2018

16ème dimanche ordinaire B - 22 juillet 2018

Quand Jésus nous invite au repos.




           Je ne sais pas si c’est l’effet vacances, mais reconnaissons que cette page d’évangile a une saveur particulière en ce dimanche d’été, au moins pour celles et ceux qui ont la chance d’être au repos. Sans le vouloir, sans le savoir peut-être, ils répondent à l’invitation faite par Jésus : venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! 

Cette invitation est faite par Jésus à ses disciples au moment où ils reviennent de leur première mission. Rappelez-vous : dimanche dernier, l’évangéliste nous racontait comment Jésus les avait envoyés proclamer la Bonne Nouvelle et guérir les malades. Aujourd’hui, les voilà de retour. Nous ne saurons pas ce qu’ils ont fait et dit. Seul Jésus, l’envoyeur, aura ce privilège. Ce que nous savons par-contre c’est que leur mission semble être un succès. Des gens viennent de partout, si bien qu’ils n’ont même pas le temps de manger. L’invitation de Jésus tombe donc à pic. 

Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! C’est l’invitation qui nous est faite depuis que les syndicats ont, à juste titre, lutté pour l’obtention des congés payés. Une revendication sociale juste qui nous rappelle que l’homme n’est pas une machine à produire, que sa vie personnelle est importante, qu’il a le droit de se réaliser et de s’épanouir ailleurs que sur son lieu de travail. L’homme a ainsi droit au repos, droit à une vie dont il reste le maître. L’homme n’est pas l’esclave du travail. Dans une société de plus en plus dure, il semble bon et utile de le rappeler. Rien ne justifie l’exploitation de l’homme par l’homme ; rien ne justifie que certains s’enrichissent sur le dos des autres. Pas même la production ou les carnets de commandes ! L’homme n’est pas fait pour le travail ; c’est le travail qui est fait pour l’homme ! Cette invitation de Jésus nous provoque alors à réfléchir à ce droit au repos, à ce temps de vacances que nous connaissons. Est-ce un temps simplement vide, où l’homme ne fait rien ? Est-ce un temps futile ou un temps utile ? Les vacances sont-elles autres choses qu’un temps où l’on bronze idiot ? D’ailleurs pouvons-nous vraiment nous reposer lorsque l’on fait des heures de route pour nous serrer, comme des sardines dans leur boite, sur une plage loin d’être abandonnée ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Peut-être pouvons-nous envisager ce temps de relâche autrement. Il n’est pas qu’une simple parenthèse ! Les vacances, même vécues à la maison, peuvent être autre chose qu’un temps de vide et de paresse ! 

Depuis quelques années, de nombreuses personnes ont découvert la nécessité de faire, durant une partie de leurs vacances, une pause pour se retrouver, pour redonner un sens à leur vie, à leurs engagements. Les nombreux monastères affichent souvent complets durant la période estivale, prouvant cette nécessaire prise de distance avec la vie ordinaire. Les vacances peuvent être vécues comme un temps de reprise, de retraite, de face à face avec Dieu et avec soi, pour mieux repartir, pour mieux s’engager, pour mieux se donner. Prendre le temps d’une retraite comme on prend le temps d’une rencontre amoureuse avec celui qui donne sens à notre vie. Prendre le temps d’une retraite pour prendre de la hauteur avec le Christ sur ce qui fait notre vie, pour sortir du discours trop bien compris du « tout est foutu ! ». Prendre le temps d’une retraite pour se reposer en Christ et l’écouter nous dire qu’il nous aime, qu’il a encore besoin de nous. Prendre le temps d’une retraite pour chanter avec le psalmiste : Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Prendre le temps d’une retraite pour réapprendre à vivre, tout simplement. 

Tout le monde n’a certes pas cette possibilité. C’est pourquoi ce temps à l’écart auquel Jésus nous invite, peut se vivre aussi hors d’un monastère. Les vacances ne sont-elles pas le moment idéal pour retrouver le chemin d’une vie de prière personnelle ? Il ne s’agit pas d’y consacrer forcément des heures, mais de retrouver le plaisir d’un cœur à cœur avec Celui qui nous aime et qui veut nous redire chaque jour combien nous sommes aimés de lui. Même très courte, la prière nous permet d’entrer dans notre jardin intérieur, ce jardin des origines dans lequel Dieu cherche l’homme. Ne nous mettons pas en vacances de Dieu ; ne mettons pas Dieu hors de nos vacances. Avec lui, réapprenons à prendre en main notre quotidien ; de lui, recevons le repos qui refera vraiment nos forces. En lui, reposons-nous quotidiennement pour qu’il puisse nous mener vers les eaux tranquilles et nous faire revivre.

Encore une fois entendons l’appel du Christ : Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! Entendons-y l’appel à une présence renouvelée au Christ. Entendons-y aussi l’appel à une présence renouvelée à nos familles et à nos amis que l’ordinaire de nos vies nous fait quelquefois côtoyer sans vraiment les rencontrer. Que ce temps de vacances et de repos nous fasse retrouver le chemin vers Dieu, vers nos amis et vers nous-mêmes. Amen. 

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2018

Avec Amos, avec le Christ et ses disciples, annonçons le règne de Dieu !






Amos et Jésus, même combat : c’est ce qui ressort d’une lecture rapide des textes liturgiques de ce dimanche. Ce combat, c’est celui de la Parole de Dieu à annoncer toujours, à temps et à contre-temps. Une annonce qui ne souffre ni retard, ni obstacle. Dieu envoie, l’homme annonce. Ecoutons à nouveau ces textes et comprenons. 

Va-t-en d’ici ; fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Pauvre Amos ! Les temps sont durs pour les prophètes. Imaginez-vous qu’il est tiraillé entre ce que Dieu lui demande de prophétiser et ce que les gens ont envie d’entendre. Il ne faut pas être soi-même grand prophète pour comprendre qu’Amos ne plaît guère, pas davantage que son message. C’est un empêcheur de tourner en rond ! Avec lui, plus de passe-droit ; avec lui, finie l’injustice sociale ; avec lui, voilà qu’il faudrait respecter les pauvres, et les riches devraient éviter le luxe tapageur. Alors que le peuple de Samarie connaît une période faste, voilà que le prophète annonce des malheurs immenses : le peuple sera ruiné, il sera déporté. Même si le peuple se repentait, le Seigneur Dieu ne pourrait plus retenir le bras prêt à frapper. Il ne restera pas pierre sur pierre dans le royaume. Vous comprenez dès lors l’intervention du prêtre Amazias : laisse-nous tranquille ! Va-t-en jouer au prophète de malheur ailleurs ! Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser. 

C’était sans compter sur qui avait envoyé Amos. Dans une courte réponse au prêtre, le prophète dit avec force qu’il ne peut se taire. Lui le gardien de troupeau et le tailleur de sycomores, lui qui n’appartient pas à une caste de prophète, lui l’homme de la terre, a été saisi par Dieu et sommé par lui d’aller prophétiser. Il ne prophétise pas pour gagner sa vie ; il ne prophétise pas par plaisir ; il ne prophétise pas pour se faire un nom ; il prophétise parce que Dieu l’a envoyé ! Alors, que cela plaise ou non, il dira ce qu’il a à dire ; après il partira. Il reprendra sa petite vie de berger. Mais pour l’heure, place au Seigneur Dieu et à sa Parole ! 

Quelques siècles plus tard, Jésus lui-aussi viendra annoncer la Parole du Seigneur Dieu. Il ne se contentera pas de remplir sa mission en solitaire. Il va associer ses disciples à sa mission. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Le contexte est certes différent de celui d’Amos, mais Dieu parle encore et toujours à son peuple. Par Jésus donc, qui vagabonde sur les routes de Palestine ; ce Jésus, que les siens croyaient connaître et ne veulent pas entendre ; ce Jésus, qui vient d’essuyer un échec dans son village, et qui transfère ses compétences à ses disciples. Il les envoie en mission, deux par deux. Il les envoie faire à leur tour ce pourquoi il est venu : annoncer la Bonne Nouvelle et la concrétiser en manifestant leur pouvoir sur les forces de mort, sur les esprits mauvais. Les disciples sont appelés à poursuivre l’œuvre du maître ; ils sont appelés à marcher sur ses traces, avec des consignes très claires. 

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, si ce n’est un bâton. Ils partent, totalement désarmés, dépourvus de tout : ni vêtement de rechange, ni monnaie, ni même un en-cas pour la route. Juste un bâton. Ils ne feront pas découvrir aux autres la route du bonheur s’ils s’encombrent de choses inutiles. La route du bonheur se découvre lorsque l’on n’a plus rien que la seule force d’aimer ; lorsque les seuls arguments sont une vie heureuse, respirant le bonheur et la joie de vivre, libérée de toute peur, de tout attachement excessif. Le bâton est plus utile qu’un vêtement de rechange : il permet de s’appuyer sur lui lorsque la route est trop dure. Il est le symbole de celui qui se met en marche et accepte de se dépayser pour entrer dans le monde de Dieu que se proposent de faire découvrir les Apôtres. Ils se mettent en route avec un bâton, des sandales aux pieds, et un compagnon de voyage. A deux, on se réconforte, on s’encourage, on essaie de vivre ce que l’on prêche ! 

A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes appelés à témoigner à notre tour de tout ce que Dieu réalise pour nous. A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes envoyés proclamer au monde la Bonne Nouvelle. Par notre baptême, nous sommes faits fils de Dieu ; par notre baptême, nous sommes chargés de dire par toute notre vie cette Bonne Nouvelle qui nous a tourné vers le Christ. Nous devenons les porte-parole de Dieu parce qu’il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus le Christ. Les ministres ordonnés le sont d’une manière particulière, certes ; mais tous, nous avons mission de les aider et de dire à ceux que nous rencontrons que Dieu les aime, qu’il les veut libres et heureux et qu’il est LE chemin de salut et de libération. Par notre baptême, nous participons tous à la mission prophétique du Christ. Chaque baptisé est envoyé lutter contre les forces du mal ; chaque baptisé est appelé à faire de sa vie un chemin de sainteté quotidien. C’est en devenant saints dans l’ordinaire de notre vie que nous gagnerons nos frères et sœurs à la foi au Christ ; c’est en devenant toujours plus saints comme Dieu est saint que nous construirons le Royaume de Dieu, dès ici-bas. 

Dans sa très belle exhortation Gaudete et exsultate, publiée au mois de mars dernier, le pape François nous invite à rester fidèles à notre baptême, premier jour de notre engagement à la sainteté. En renonçant au Mal, en proclamant notre foi, nous avons fait le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix des frères. Plongés dans la mort de Jésus, saisis par son Esprit, nous marchons à sa suite et faisons nôtre l’Evangile du Salut. A la suite d’Amos, à la suite de Jésus et de ses disciples, devenons ces annonceurs d’un monde plus grand et plus humain, parce que plus saint. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

samedi 7 juillet 2018

14ème dimanche ordinaire B - 08 juillet 2018

Ma grâce te suffit !





Qu’y a-t-il de commun entre Ezéchiel, Jésus et Paul de Tarse ? Ils vivent à des époques différentes, ne se sont jamais rencontrés, et pourtant, ils partagent la même réalité : à un moment ou à un autre de leur mission, bien qu’envoyés par Dieu, ils ont échoué. Les hommes ne les ont pas suivis ; les hommes ne les ont pas écoutés. Il serait alors facile d’accuser les autres, ceux qui n’ont pas voulu écouter. Pour Ezéchiel, accuser le peuple, sourd à toute parole venant de Dieu ; pour Jésus, accuser ceux de son village qui ne l’accueillent pas comme il se doit ; pour Paul, accuser les chrétiens de Corinthe qui contestent son autorité. Nous pourrions le faire, mais cela nous amènerait quoi, à nous qui écoutons ces textes des siècles plus tard ? Et pourquoi la liturgie nous fait-elle lire ces récits d’échecs ? 

La réponse se trouve dans la deuxième lecture. C’est le Christ qui parle à Paul : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Paul nous invite ainsi à nous tourner d’abord vers le Crucifié, signe suprême de la faiblesse humaine. Là sur la croix, il ne peut plus rien ! Et pourtant, c’est bien là, sur la croix, que Dieu va manifester sa puissance. Il se sert de cet échec apparent pour faire triompher la vérité. Celui qui est crucifié, exposé aux moqueries, celui-là est plus puissant que la mort même. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas le Dieu des forts et des puissants, il est le Dieu des humbles, le Dieu chanté par Marie dans le Magnificat ; il est le Dieu qui prend en pitié l’humanité pécheresse pour lui faire découvrir son amour, son pardon et la puissance de sa bonté. 

Ma grâce te suffit ! Voilà qui vaut encore pour nous aujourd’hui. C’est une invitation à découvrir que le salut est un don qui nous est fait et non le résultat de nos vertus, de nos efforts, de nos prières. Si la grâce de Dieu suffit, si le salut est offert, alors il nous faut accueillir cette grâce, nous ouvrir au don du salut. Il n’y a pas d’orgueil à en tirer. Accueillir la grâce, s’ouvrir au salut, c’est reconnaître que j’ai besoin d’être sauvé ! Reconnaître que, sans l’aide de Dieu, je suis faible, démuni. C’est reconnaître, comme Paul, notre faiblesse. Accueillir le salut, accueillir la grâce de Dieu, c’est accepter de n’être pas parfait et d’avoir besoin de Dieu : une attitude à mille lieux de ce que prône notre société moderne. 

Ma grâce te suffit ! Dans sa grande bonté, Dieu a disposé dans son Eglise les sacrements qui la font vivre et progresser dans la connaissance de Dieu. Le sacrement qui dit le mieux la nécessité pour l’homme d’accueillir la grâce de Dieu, est certainement le sacrement de la réconciliation. N’est-ce pas dans la confession que je reconnais le mieux mes limites, mes travers, mes manques ? N’est-ce pas dans la confession que je reconnais ce que Dieu fait pour moi, jour après jour ? N’est-ce pas dans la confession que je m’ouvre le mieux à cette grâce qui vient me remplir de Dieu pour laver en moi ce qui était souillé par le péché et rétablir en moi l’image et la ressemblance de Dieu que le péché avait obscurci ? La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer encore alors que, sans cesse, nous nous éloignons de lui ! La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer à cause de notre péché. Parce que, sans lui, nous risquons de nous soumettre aux forces du Mal qui nous traversent, Dieu vient nous dire son amour au cœur même de notre détresse, au cœur même de nos faiblesses, pour que, même là, sa puissance puisse agir en nous. 

Ma grâce te suffit ! C’est aussi cette parole que nous devons garder à l’esprit lorsque les difficultés de la vie semblent s’acharner sur nous. Aucune épreuve ne peut nous écraser si nous la vivons avec Dieu ! Sa grâce, c’est justement de veiller sur nous en tout temps : si nous affrontons nos épreuves avec lui, nous trouverons en lui notre victoire puisque, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu a vaincu tous les obstacles qui nous tenaient éloignés de lui. Même notre mort n’est plus un obstacle à la rencontre avec Dieu si nous la vivons dans la foi au Christ crucifié et ressuscité. Rien ne peut plus nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus. 

Ma grâce te suffit ! En ces temps difficiles où nous sommes, il nous est bon d’entendre Dieu nous dire qu’il est ainsi toujours avec nous. Nous n’avons pas à craindre nos échecs, ni les difficultés de la vie, mais à redécouvrir, à l’école de Paul, que notre force est en Dieu. Comme lui, nous pouvons reconnaître que c’est lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! Amen.

 

 

 

samedi 30 juin 2018

13ème dimanche ordinaire B - 01er juilet 2018

Nous confessons un Dieu-pour-la-vie !







Qui n’a jamais douté ? Qui n’a jamais été tenté d’accuser Dieu de tous les maux, ou d’avoir mal fait sa création puisque tant d’imperfections y subsistent ? L’accusation n’est pas nouvelle. Elle a traversé tous les temps, toutes les générations. Elle a pris, avec l’horreur des camps de concentration au siècle dernier, et avec l’horreur des attentats de ces dernières années, une vigueur nouvelle, d’autant plus que leurs auteurs se réclament de Dieu ! Si Dieu existe, pourquoi a-t-il permis cela ? 

            L’homme de la Bible ne nie pas cette question. Il est, sans doute, le premier à se débattre avec la question du mal et de la souffrance. Au fur et à mesure qu’il s’approche de son Dieu et le découvre, s’affine aussi sa réponse à cette question. Il y a longtemps, alors qu’on ne parlait pas encore de Jésus Christ, après la terrible épreuve de l’exil, un sage écrira dans la Bible : Dieu n’a pas fait la mort… Il tentait, à sa manière, de redire à ses compatriotes, une affirmation essentielle concernant le Dieu des Pères, le Dieu de l’Alliance. Il n’est pas possible que Dieu ait créé l’homme pour que celui-ci soit malheureux sur terre. Il n’est pas permis de croire en un tel Dieu ! 

            La longue histoire du peuple hébreu nous indique plusieurs fois que Dieu marche aux côtés de l’homme. La révélation du nom divin à Moïse insiste sur cette présence de Dieu à la vie des hommes. Je suis celui qui je serai, ce que l’on peut traduire par : Je suis celui dont tu auras besoin selon ce que tu vis. Il n’y a pas de manière plus précise de dire la présence de Dieu à son peuple que celle-ci : quand tu auras besoin de moi, tu verras qui je suis ! Une telle révélation est possible dès lors que nous nous plaçons dans la perspective de l’Alliance, la seule perspective valable, parce qu’elle met en présence non pas un dominant et un dominé, mais deux partenaires qui s’engagent également l’un envers l’autre. Dieu s’engage envers l’homme en lui promettant sa présence ; l’homme s’engage envers Dieu en l’assurant de sa louange. Vous pouvez parcourir l’Ancien Testament dans n’importe quel sens ; vous en arriverez toujours à ce constat : « tant que l’homme est fidèle à l’alliance, il connaît un temps de prospérité ; dès que l’homme se tourne vers les idoles, il sombre dans la folie et les tourments ».

            La critique est facile qui consiste à dire : Voyez ce Dieu ; dès que l’on se détourne de lui, on ne connaît que peine et misère ! Il faudrait cependant veiller à ne pas inverser les rôles. Qui a tourné le dos à qui ? Dieu est-il responsable des libertés que prend l’homme ? Dieu devrait-il assumer et endosser les responsabilités de mes actes à moi ? L’auteur du livre de la sagesse a bien compris la question du mal et de la mort. En réaffirmant avec force sa foi – Dieu n’a pas fait la mort ! il nous redit en même temps que la mort, c’est notre jalousie qui l’a faite entrer dans le monde. La liberté de l’homme, que Dieu a voulu lui laisser, suppose que l’homme peut se détourner du projet d’amour de Dieu et vouloir autre chose que ce que Dieu veut pour lui. La liberté humaine comporte la liberté de faire le mal. Et le devoir de l’assumer !

            Lorsque nous retrouvons Jésus dans l’Evangile de Marc en ce dimanche, nous le voyons faire œuvre de vie. Lui, le Fils unique de Dieu, venu dans le monde révéler le véritable visage de Dieu, ne ménage pas sa peine auprès des malades, des souffrants de toutes sortes. Et pour montrer que Dieu est toujours rangé du côté du plus faible, et pour dire aux hommes que Dieu n’a pas fait la mort, il affirme sa puissance sur ces forces de mort en rendant la vie à une enfant, à quelqu’un qui a la vie devant soi et qui doit encore la mener à son terme. Il annonce par ce geste, bien sûr, qu’il est plus fort que la mort, et qu’un jour, il ira battre la mort sur son propre terrain. L’heure n’est pas venue de le dire clairement ; mais il fallait, dès maintenant, dire aux hommes que Dieu continue de marcher aux côtés de son peuple, que Dieu n’abandonne pas ceux qui lui ont fait confiance. Lève-toi, lui dit-il ! Fais ce pourquoi tout homme est fait : vis ! 

            En lisant la presse, qu’elle soit locale ou internationale, on peut quelquefois douter et s’interroger sur le pourquoi de tant de haine, de tant d’actes barbares. Il nous faut tourner notre questionnement vers nous-mêmes. Que faisons-nous pour changer les choses ? Prier ? Ce n’est pas si mal, mais c’est loin d’être suffisant. A quoi cela sert-il de prier pour la paix là-bas, si je ne suis pas capable d’un acte fraternel ici, dans ma famille ou sur mon lieu de travail ? A quoi cela sert-il de prier pour que cesse la faim là-bas, si je ne suis pas capable d’un geste charitable avec celui qui n’a rien, ici dans nos rues, dans nos quartiers ? Dieu n’agira pas dans le monde sans notre aide. Dieu n’interviendra pas si je ne lui prête pas mes mains et mon cœur pour venir en aide à ceux en ont besoin. La toute puissance de Dieu est battue en brèche par la liberté de l’homme, car Dieu n’ira jamais contre sa création. Témoin du Dieu vivant, je le deviens lorsque je suis capable de le rendre présent au monde à travers ce que je fais, ce que je vis. Du chemin reste à faire pour que le monde puisse croire enfin que notre Dieu nous accompagne, qu’il est Dieu-pour-la-vie ! 
 
            Je te le dis : lève-toi ! Aujourd’hui, ces mots sont pour chacun de nous. Lève-toi et vis, fais ce pour quoi je t’ai créé ; donne au monde le témoignage de l’amour que j’ai pour lui à travers l’amour que tu sauras lui manifester. N’épargne pas ta peine ; donne ton amour à pleines mains car mon amour est infini, mon amour est pour la vie, pour toute vie. AMEN
 
(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 24 juin 2018

12ème dimanche ordinaire B - 24 juin 2018

L'amour du Christ nous saisit…

(Un petit détail a échapper à mon attention : le 24 juin, nous célébrons la nativité de saint Jean le précurseur ; d'où cette homélie pour le 12ème dimanche et non pour la solennité du jour).




            Il n’y a pas de doute à avoir : Paul sait mieux que personne nous parler du Christ, de son œuvre de salut pour les hommes. Il est le premier croyant au Christ à systématiser ce qui deviendra la foi chrétienne, à mettre des mots sur ce qui fait vivre le fidèle du Christ, à préciser le rapport entre le Christ et les hommes. Le passage de la deuxième lettre aux Corinthiens entendu ce dimanche commence par une vraie déclaration d’amour : l’amour du Christ nous saisit… 

            Ce qui remplit Paul d’amour pour le Christ, c’est son sacrifice sur la croix : l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Il y a comme un vertige des profondeurs devant cette réalisation. Non seulement le Christ a donné sa vie pour nous, mais il nous fait bénéficier de cette mort. Oui, la mort du Christ nous bénéficie ; elle nous décentre en nous orientant vers le Christ. Sa mort sur la croix, en nous procurant la vie, nous tourne résolument vers lui, à moins d’être ingrats, sans reconnaissance pour cette œuvre d’amour. Paul a parfaitement intégré cette donnée. A partir du moment où le Christ l’a appelé sur le chemin de Damas, il n’a plus eu de cesse que de proclamer la Bonne Nouvelle du Salut. Il n’aura pris aucun repos, allant jusqu’à affirmer que si le Christ n’était pas ressuscité, vaine serait notre foi. Pour Paul, tout est contenu dans ce don du Christ sur la croix. Par cet acte, quelque chose de neuf a commencé : le monde ancien s’en est allé ; un monde nouveau est déjà né. Comment dire mieux la nouveauté introduite par le Christ dans la vie des hommes ? 

            La nouveauté introduite par le Christ, c’est bien cette foi qui transforme la vie des hommes. J’ai déjà dit que la mort du Christ nous bénéficiait ; mais elle fait plus que cela : elle nous identifie au Christ, nous fait participer à sa propre mort et à sa résurrection. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine. Nous sommes transformés par la mort du Christ, comme transfigurés ; nous sommes des créatures nouvelles. Nous sommes des autres Christ. Mesurons-nous cette nouveauté ? Mesurons-nous cet honneur ? Lorsque nous lions notre vie à celle du Christ par le baptême, nous sommes transformés en profondeur parce que le Christ, celui qui a livré sa vie sur la croix, vit désormais en nous. Nous ne portons pas seulement le Christ au monde par des mots, mais par toute notre vie, par tous nos actes. Nous devons avoir conscience que notre manière de vivre porte le Christ au monde ; et avoir conscience aussi que notre manière de vivre peut aussi être un obstacle à la présence du Christ au monde. Lorsque les croyants au Christ ont peur d’ouvrir leur monde à ceux qui frappent à leur porte, ils empêchent les migrants d’approcher l’amour du Christ. Lorsque les croyants au Christ se satisfont des rapports économiques qui enrichissent toujours plus les plus riches et appauvrissent sans fin les plus pauvres, ils empêchent les pauvres d’approcher l’amour du Christ. Lorsque les croyants au Christ ferment leurs cœurs, ils ferment le cœur du Christ et son amour ne peut plus être diffusé dans le monde. Et l’amour du Christ ne saisit plus personne, même plus nous… 

            Cette affirmation de Paul, qui a déclenché toute ma réflexion, nous oblige alors aussi à préciser ce qui nous attire vers le Christ. Est-ce vraiment la conscience de ce don qu’il a fait de lui-même sur la croix ? Pour dire les choses autrement, le don du Christ sur la croix est-il pour chacun de nous le fondement de notre attachement réel au Christ ou n’est-il qu’une leçon de catéchisme parmi d’autres ? Sommes-nous capables d’identifier dans notre vie ce que l’amour du Christ réalise pour nous ? Sommes-nous saisis comme Paul d’un amour ardent pour le Christ à la seule pensée de son sacrifice ? Ou bien nous sommes-nous dilués jusqu’à n’être plus que des chrétiens sociologiques ? Que nous soyons chrétien ou non ne changerait finalement pas grand-chose, pour ne pas dire rien, à notre manière de vivre ! 

Trop souvent aujourd’hui, dans le but avoué de ne présenter qu’un Christ positif, certains cachent le sacrifice du Christ ; parlons de Pâques sans parler du Vendredi Saint ! C’est tellement commode ! C’est oublier un peu vite que ce qui donne sa valeur à la résurrection, c’est bien sa vie offerte sur la croix ! Si tel n’était plus le cas, l’eucharistie que nous célébrons ce matin ne serait plus le mémorial de sa passion, mais juste le repas du club des amis de Jésus qui se retrouvent pour un moment fraternel. Sommes-nous les disciples d’un grand homme qui a dit et fait des choses extraordinaires ? Ou sommes-nous les disciples de celui qui a donné sa vie par amour pour nous ? Les deux ne sont pas incompatibles, mais la seconde affirmation est primordiale et impérative. 

L’amour du Christ nous saisit quand… Il revient à chacun de finir la phrase pour lui-même et d’affirmer ce qui est primordial pour lui. Que notre eucharistie nous permette de discerner à frais nouveaux jusqu’où va l’amour du Christ pour nous ! Qu’elle nous donne la force d’y répondre par un art de vivre conforme à notre foi : alors l’amour du Christ pourra saisir encore le cœur des hommes et renouveler le monde. Amen.

 

 

 
 

dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche ordinaire B - 17 juin 2018

Deux paraboles sur le Règne de Dieu.







Il en est du règne de Dieu comme… Voici posé le sujet de la prédication de Jésus à la foule, tel que nous l’avons entendu dans l’évangile de ce dimanche. Deux petites paraboles vont suivre pour permettre à Jésus de leur annoncer la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. C’est un peu vexant cette remarque, mais elle a quelque chose de vraie. Si la seconde parabole de ce dimanche est facile d’accès, la première me laisse plus perplexe. 

Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence. Ma perplexité commence là. Le règne de Dieu est-il comparé à l’homme qui jette la semence ou à la semence qui est jetée par l’homme ? Si le règne de Dieu est la semence jetée en terre, nous comprenons que ce règne de Dieu travaille le cœur de l’homme (la terre). Il fait son œuvre, mystérieusement, sans aucune aide. Il serait quelque chose dont nous avons la réalité en nous, peut-être sans le savoir. Il serait quelque chose qui grandit, se développe et que l’on récolte au bout du processus. Cette première parabole se rapprocherait alors de la seconde, celle de la graine de moutarde. Cette autre parabole nous montre clairement que de rien (une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences) sort la plus grande plante potagère dans laquelle les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid. Il y a bien, dans cette notion du règne de Dieu, l’idée de quelque chose d’infime, mais qui devient grand une fois semé, sans que quiconque y soit pour quelque chose. La croissance du règne de Dieu ne dépend pas de nous. Pourtant, pour que ce règne de Dieu lève, il faut qu’il soit semé. Et c’est là que nous intervenons : le règne de Dieu serait une graine jetée en terre par l’homme. Si nous ne répandons pas les semences du règne de Dieu par notre art de vivre, ce règne ne pourra pas grandir. Il faut donc croire déjà que nous avons quelque importance dans le fait que le règne de Dieu se répande ou non. Autrement dit, nous pouvons être un obstacle au règne de Dieu dès lors que nous ne veillons pas à le répandre. Cette première parabole, dans cette interprétation particulière, viendrait rappeler aux croyants leur devoir d’évangéliser, de répandre par leurs actes et leur parole, la connaissance de ce règne.  

La seconde interprétation possible serait de dire que le règne de Dieu, c’est comme un homme qui sème. Le règne de Dieu se répandrait alors tout seul, il jetterait des graines à tous vents et ces graines feraient leur œuvre mystérieusement. Nous serions là très proches de cette autre parabole de Jésus, celle du semeur qui est sorti pour semer et qui répand allègrement son grain, sans même faire bien attention où ce grain va tomber : dans les ronces, dans la rocaille, au bord du chemin ou dans la bonne terre. Le grain semé lève et grandit avec plus ou moins de succès. L’humanité, dans cette dernière parabole comme dans la nôtre aujourd’hui, est la terre qui accueille. Elle produit quelque chose de bon dans la mesure où elle en est capable et que rien ne vient entraver le processus de la croissance. Mais la graine semée poursuit sa croissance toute seule. Je ne suis responsable de sa croissance que dans la mesure où je laisse la graine lever en moi et que rien en moi ne s’y oppose. Si le règne de Dieu est l’homme qui sème, que sème-t-il ? Nous le savons depuis la Pentecôte : il sème l’Esprit qui produit des fruits de paix, de joie, d’amour, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Il sème la Parole par qui tout devient possible. Mas si le règne de Dieu est l’homme qui sème, n’oublions pas la fin de la parabole : il est aussi celui qui récolte. Dès que le blé est mûr, il y met la faucille ! Le but ultime, c’est de rentrer la récolte !  

Ce qui est intéressant dans ces deux paraboles, c’est par quelque bout qu’on la prenne et la comprenne, il y a une part de mystère, c’est-à-dire une part de l’œuvre de Dieu, et une part de l’œuvre de l’homme. Dieu a voulu avoir besoin de nous pour que lève son règne au milieu des hommes. Ce n’est pas quelque chose qu’il impose ; ce n’est pas quelque chose qu’il force en nous. Soit il sème, soit il est semé ; mais dans les deux cas, nous avons une part infime à prendre pour que les fruits puissent être récoltés. Si nous ne savons pas toujours bien ce qu’est le règne de Dieu, nous savons au moins que nous avons une part à tenir pour qu’il puisse croître : soit le répandre par notre vie, soit l’accueillir dans notre vie. Le reste ne dépend pas de nous. La manière dont il grandit et se développe ne dépend pas de nous, ni de nos politiques pastorales. A chacun sa place, à chacun son œuvre, à chacun sa part, semble nous dire Jésus aujourd’hui. Pour reprendre un principe liturgique que j’aime beaucoup : que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Alors ce règne de Dieu, qu’il soit le semeur ou la graine semée, pourra faire son œuvre. Alors nous pourrons être récoltés pour participer à la joie du royaume où Dieu nous attend. Amen.