Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 20 octobre 2018

29ème dimanche ordinaire B - 21 octobre 2018

Quand Jésus parle de pouvoir !







De quoi parle l’Evangile ? Si je faisais passer des petits bouts de papier pour demander à chacun d’écrire en un mot de quoi parle Jésus aujourd’hui, qu’écririez-vous ? Nous parle-t-il du service ? Nous parle-t-il d’ambition ? Nous parle-t-il de pouvoir ? Nous parle-t-il d’autre chose ? Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, ce dont il est question dans l’évangile du jour, c’est de pouvoir et de maîtrise. 

Tout commence avec l’ambition de Jacques et de Jean de siéger l’un à droite et l’autre à gauche de Jésus, dans sa gloire. Ils sont cash avec Jésus, même s’ils semblent s’exprimer un peu à part des autres. Ils savent ce qu’ils veulent et n’ont pas de honte à le dire. Un peu d’ambition ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ! Leur demande n’a rien d’exceptionnel dans le monde, comme n’a rien d’exceptionnel la réaction des dix autres : comment osent-ils demander cela à Jésus ? Ce n’est pas tant la demande qui leur déplaît que le fait d’avoir oser la formuler… avant les autres ! Soyons alors réaliste un instant et reconnaissons-le : la question de Jacques et de Jean nous a tous traversé l’esprit à un moment ou à un autre de notre vie. Nous avons tous cherché la reconnaissance, la gloire et la puissance. Nous avons tous une certaine part d’ambition ; nous avons tous la certitude que ce que l’autre peut faire, je peux le faire aussi. Et nous avons tous été, comme les autres, surpris de l’avancement de celui-là ou d’un autre ; nous avons tous estimé qu’on aurait fait aussi bien, voire mieux, et que si quelqu’un méritait cette place, c’était nous ! Pour le dire encore autrement, nous avons tous estimé, à un moment ou à un autre de notre vie, que les autres ne reconnaissaient pas assez nos mérites, qu’on ne nous remerciait jamais suffisamment. Ou encore : vous savez, je l’ai fait de bon cœur, mais un merci, ça aurait été bien ! Cela existe dans le monde des hommes. Cela existe dans l’Eglise aussi. Cela a existé, cela existe encore, cela existera toujours ! A moins que nous ne nous mettions vraiment à l’école de Jésus. 

Je crains, qu’en la matière, nous ne méritions le reproche que Jésus fait à ses disciples : ils ne comprennent rien ! Nous le constatons d’ailleurs dans le dialogue qui s’instaure entre Jésus et les deux frères. Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? Le Nous le pouvons qui suit est un peu trop rapide pour exprimer leur compréhension claire de ce que Jésus vient de demander. La coupe dont il parle, c’est bien ce calice qu’il va boire jusqu’à la lie au moment de sa Passion. Il ne s’agit pas de boire avec Jésus au banquet éternel, mais de trinquer soi-même, quand c’est difficile à avaler. L’homme est bien seul dans ces moments-là, comme Jésus sera seul au moment de son procès. Le baptême dont parle Jésus, ce ne sont pas ces trois gouttes que l’on verse sur le front d’un enfant, mais bien ce plongeon dans les eaux de la mort, dans lesquelles l’homme peut se perdre et se noyer si Jésus ne vient l’en retirer pour le faire revivre avec lui. Ce n’est pas de plaisir que parle Jésus en réponse à la question des deux frères ; c’est de risque. Il les invite à risquer avec lui, pour lui. Et cela sera accordé d’avance à Jacques et Jean, sans pour autant qu’ils aient l’assurance de siéger à la droite et à la gauche de Jésus. La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. Voilà une occasion de se taire qui est perdue, définitivement ! 

Face à cette attitude tout humaine de jouer des coudes, Jésus indique alors une autre voie, le chemin du service. Attention, il ne s’agit pas là simplement de savoir rendre service, de temps en temps, pour faire plaisir, ou pour être reconnu dans ses compétences. Non, non, il s’agit de bien plus. Il s’agit d’un art de vivre, d’une tournure particulière de l’esprit. Cela s’apparente au devoir d’état. Je fais ce que je dois faire parce que je peux le faire et que je sais le faire. Sans aucune arrière-pensée ; sans rechercher aucune récompense, aucune reconnaissance ! Exercer le métier de disciple du Christ, c’est être serviteur à temps plein. Et celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. Mais cette place-là, rassurez-vous, comme personne n’en veut spontanément, elle a été prise par Jésus, une fois pour toutes. C’est ce qui fait de lui la seule tête de l’Eglise, le seul chef possible. Ce que Jésus propose, ce n’est pas de jouer au serviteur ou à la servante ; ce qu’il propose, ce n’est pas d’être plus gentil que les autres en rendant plus service que les autres ; ce que Jésus propose, c’est un état de vie, une tournure d’esprit qui fait de nous les serviteurs des autres. C’est un art de vivre qui place l’autre toujours avant moi. C’est un art de vivre qui n’attend pas de médaille, ni de merci, mais qui ouvre à la gloire… du Royaume ! Jésus ne nous prive pas d’ambition ; il nous dit la voie meilleure pour accomplir notre ambition : Celui qui veut devenir grand parmi vous (ça c’est l’ambition légitime), sera votre serviteur (ça c’est la voie à suivre). Il n’y en a pas d’autre, parce que Jésus lui-même emprunte cette même voie : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Nous ne serons jamais plus grand que Jésus ; nous ne pourrons donc emprunter d’autre voie que celle qu’il a lui-même emprunté. Avez-vous jamais entendu, au moment de la lecture de la Passion, quelqu’un dire Merci à Jésus pour son sacrifice ? Vous pouvez relire les quatre évangiles : vous n’en trouverez pas ! Vous y trouverez par contre moqueries, insultes et crachats. Rien de plus ! Rien de joyeux ! Rien d’encourageant ! 

La voie du service, voilà l’enseignement de Jésus quand il nous parle de pouvoir. Il ne s’agit pas de spiritualiser les choses, en disant que l’autorité, dans l’Eglise, c’est un service ! Il s’agit d’être conscient qu’il nous faut sans cesse nous convertir à Jésus, nous placer à sa suite, pour vivre en serviteur de Dieu et des frères. Ce n’est pas temporaire : le temps de mon mandat à l’EAP, le temps de mon passage à la chorale, le temps que je peux rendre service comme sacristain… ou que sais-je encore ! Non, c’est définitivement un style de vie, une attitude profonde de chaque instant, en tout ce que je fais, en tout ce que je vis, vis-à-vis de quiconque traverse ma vie. La récompense ne nous viendra pas des hommes, mais de Dieu seul. Quand nous le verrons face-à-face. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2018

Quelle est ta richesse ?







Quelle est notre plus grande richesse ? C’est bien la question que nous renvoient les lectures de ce dimanche. La réponse appartient à chacun. Mais la liturgie nous donne aujourd’hui à contempler la réponse qui devrait être celle du croyant. Nous trouvons cette réponse à la fois dans les lectures entendues et dans les prières prononcées. 

C’est la prière d’ouverture, dans l’ordre liturgique, qui nous fournit un premier indice, lorsqu’elle nous fait prier ainsi :  Que ta grâce nous devance et nous accompagne toujours. Notre première richesse est dans la certitude de n’être jamais seul. La grâce de Dieu nous accompagne toujours. Cette prière doit devenir pour chacun de nous plus que des mots prononcés ; elle doit devenir certitude, surtout dans les moments difficiles que nous traversons. Nous sommes riches de Dieu ! Et ce n’est pas rien, cela ! Combien d’hommes et de femmes désespèrent devant les difficultés de leur existence parce qu’ils n’ont rien, ni personne à qui se raccrocher. Mesurons-nous bien la chance qui est nôtre d’avoir un Dieu qui nous ouvre une espérance, bien au-delà de la mort ? Mesurons-nous la puissance de cette présence dans notre vie ? L’oraison de ce dimanche, non seulement nous fait reconnaître cette richesse, mais nous la fait demander toujours. Heureux sommes-nous d’être précédés dans notre quotidien par la grâce de Dieu, par la puissance de son amour, par la force de son Esprit Saint ! Dieu lui-même se donne à nous et ne nous manquera jamais. 

Nous pouvons alors entendre le livre de la Sagesse nous transmettre le témoignage d’un sage qui confirme notre prière. J’ai supplié, et l’esprit de sagesse est venu en moi… tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. La sagesse dont on nous parle ici n’est pas une philosophie de vie, mais un don de Dieu pour lequel l’homme a prié et supplié. Ce don, c’est l’accord parfait entre la volonté de l’homme et la volonté de Dieu. Ce don, c’est la capacité à regarder le monde et les hommes avec le regard même de Dieu. Ce faisant, il n’y a plus l’ombre d’un obstacle entre Dieu et l’homme ; ce que Dieu veut, l’homme le veut. Ce que Dieu veut, l’homme le vit. C’est déjà le paradis sur terre. N’est-il pas riche l’homme qui partage les vues de Dieu ? N’est-il pas riche l’homme qui est libéré des tentations du Mauvais parce que complètement acquis à Dieu ? Notre deuxième richesse : la sagesse que Dieu nous offre, si nous la lui demandons. 

C’est là que nous mesurons alors l’écart qui existe entre nous et l’auteur de ces belles pages. Nous serions plutôt comme le jeune homme de l’évangile qui vient à la rencontre de Jésus. J’ai une tendresse particulière pour lui, peut-être parce que je lui ressemble tant. N’est-ce pas, il ne vient pas vers Jésus pour le piéger ; sa demande est honnête ; sa vie est honnête. Il n’est ni meurtrier, ni adultère, ni voleur ; il ne fait ni faux témoignage, ni tort à personne ; il honore son père et sa mère. Tout ce que Jésus lui indique, il le vit déjà ! Et pourtant, il est venu à Jésus pour chercher plus. Croyant, pratiquant, il ressent pourtant un manque. Il veut être sûr d’avoir la vie éternelle en héritage. Et nous le sentons convaincu que tout ce qu’il vit déjà de bien, et que Jésus lui rappelle, ne lui suffit pas, ne lui suffit plus. Nous sentons bien qu’il a compris que la richesse ultime, c’est le Royaume et qu’il veut tout faire pour y accéder. Mais voilà, il n’est pas prêt pour cela. La route supérieure que Jésus lui indique, il n’est pas prêt à la suivre, car, nous dit l’évangéliste, il avait de grands biens. Il n’a pas compris que Jésus lui demandait de perdre pour gagner ; il n’a vu que ce qu’il perdrait ; et il en fut attristé. 

C’est là que nous mesurons alors la puissance du passage de la lettre aux Hébreux au sujet de la parole de Dieu. Nous comprenons mieux ce que dit l’auteur lorsqu’il affirme que cette parole coupe et tranche. Elle est la mesure de nos actes et nous aurons à lui rendre des comptes. Autrement dit, ce n’est pas une parole vaine. Elle doit compter pour nous ; elle doit nous permettre d’accueillir la sagesse que Dieu donne ; elle doit orienter nos désirs vers le désir de Dieu, notre bien suprême. Cette parole n’est autre que le Christ lui-même, Parole de Dieu faite chair comme le rappelle si bien le prologue de l’Evangile de Jean. Nous pourrions, durant cette semaine, relire et méditer cette belle page qui ouvre le quatrième évangile. Un petit devoir avant les vacances de la Toussaint. Il complète bien la méditation des textes de ce dimanche : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Le drame du jeune homme riche ; le drame de l’humanité ; quelquefois notre propre drame. Nous voulons convoquer Dieu dans notre vie, mais nous ne nous laissons pas convoquer par lui, nous ne nous laissons pas approcher par lui. Nous voulons bien de Dieu un peu, quand cela nous arrange, mais pas tout le temps, mais pas pour tout. Nous laissons échapper la richesse véritable au profit de pâles copies qui nous semblent plus séduisantes, plus essentielles… à vue humaine. Notre plus grande richesse pourtant, c’est cette parole, cette présence de Jésus à notre vie. En lui, Dieu nous donne tout. 

Après la liturgie de la Parole, la liturgie eucharistique nous fera approcher ce grand don de Dieu aux hommes. Dieu se livrera à nous dans le Pain et le Vin partagés, comme il vient de se donner à nous dans sa Parole proclamée. Nous tiendrons au creux de nos mains plus que tout l’or du monde ; nous tiendrons au creux de nos mains celui que le monde ne pas contenir : le Christ vivant, présent dans le pain rompu. Il n’y a pas de richesse plus grande que Dieu pourrait nous donner ; il n’y a pas richesse plus grande qui pourrait combler notre vie comme la comble ce morceau de pain, riche de la présence du Christ. Ce morceau de pain nous rendra riches de Dieu comme le redira la prière après la communion : rends-nous participants de la nature divine puisque tu nous as fait communier au corps et au sang du Christ. L’homme et Dieu réconciliés en Jésus, unis en Jésus, mort et ressuscité. Là se trouve la richesse qui sauvera le monde ; là se trouve la richesse qui comblera tous les hommes et transformera notre monde en monde meilleur. 

Un passage de l’Evangile l’affirme : là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Prions et supplions le Père de toute miséricorde afin que notre trésor soit la sagesse et la parole de Dieu et que notre cœur demeure pour toujours auprès du cœur de Dieu. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)
 

 

samedi 6 octobre 2018

27ème dimanche ordinaire C - 07 octobre 2018

Au commencement !






Quand les choses changent, quand rien ne va plus, quand une crise frappe notre existence ou nos institutions, il est bon et sage d’en revenir au commencement, à ce qui était fondateur, à ce qui donnait le sens des choses. C’est ce à quoi nous invite Jésus dans l’évangile de ce dimanche : Au commencement de la création, voilà ce que Dieu voulait, voilà ce que Dieu a fait… 

Au commencement ! C’est bien à cela que renvoie Jésus lorsque les pharisiens cherchent, une fois de plus, à le piéger. Leur question semble simple : un homme peut-il renvoyer sa femme ? Un simple oui, ou un tout aussi simple non, aurait suffi. J’avoue même qu’il nous aurait considérablement simplifié la tâche à une époque où la question ne se pose plus en termes de permis / défendu. Mais voilà ! Jésus ne se laisse pas enfermer dans une discussion morale ; il ne dit pas si l’homme peut ou pas ! Il renvoie au commencement, à l’œuvre créatrice de Dieu, au projet initial de Dieu pour l’humanité. Car là seul se trouve la réponse. Autrement dit, ce que les pharisiens demandent, est-ce que cela correspond au projet d’amour de Dieu pour l’humanité ? 

Ce commencement, nous l’avons clairement entendu dans la première lecture. L’auteur du livre de la Genèse rappelle l’intention première de Dieu : créer le monde, l’humain, à son image et à sa ressemblance. Une humanité plurielle, homme et femme ; une humanité égale, née de la même chair, pour bien manifester qu’il n’y a pas de différences de dignité entre les uns et les autres. Une humanité appelée à entrer en alliance d’amour, à s’unir pour perpétuer l’œuvre créatrice initiale de Dieu. C’est bien à ce commencement-là que renvoie Jésus dans l’Evangile. Ce faisant, il nous replace au cœur de l’alliance primordiale. Car tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons doit être mesuré à l’aune de cette alliance que Dieu a voulu nouer avec l’humanité, dès le commencement. L’histoire biblique, qui est aussi l’histoire de l’humanité, nous prouve combien cette alliance semble difficile à respecter.  La dureté du cœur de l’homme est maintes fois soulignée. A cette dureté répond sans cesse la générosité du cœur de Dieu. Un Dieu qui patiente et qui prend pitié ; un Dieu qui reformule son alliance à l’infini. Un Dieu qui va jusqu’au don de son propre Fils, pour une fois encore inviter l’homme à vivre de son l’alliance, pour une fois encore faire battre le cœur de l’homme au rythme du cœur de Dieu.

Au commencement ! Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur n’affirme-t-il pas que le sacrifice de Jésus sur la croix est aussi un de ces commencements dont Dieu a le secret ? C’est un de ces moments auquel il nous faut revenir pour vivre de la vie-même de Dieu. La mort-résurrection de Jésus est un nouveau commencement pour que l’homme se souvienne, pour que l’homme comprenne qu’il est bien de la famille de Dieu, de la même origine, pour reprendre l’expression de l’épître aux Hébreux. Dieu et l’homme sont unis à jamais, dans une même alliance, dans un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire, comme le dira tout à l’heure la prière eucharistique. Ah, si nous comprenions vraiment la portée de ce nouveau commencement que le Christ a inauguré pour nous tous ! Ce commencement porte à son achèvement le commencement originel, parce qu’il va au bout de l’amour que Dieu nous manifeste. Que pourrait-il faire de plus après cela, c’est-à-dire après la mort de Jésus en croix, pour qu’enfin nous tenions notre part dans cette alliance proposée depuis le commencement ? Rien ! Sur la croix, tout est dit, tout est donné, tout est accompli. 

Au commencement ! Nous sommes, depuis dimanche dernier, à un commencement. L’arrivée d’une nouvelle équipe de prêtres, le regroupement programmé de deux communautés de paroisses, nous oblige à considérer autrement ce qui pouvait sembler acquis. Quelque chose de neuf surgit et se construit. Je ne veux pas faire ici la liste de tous les possibles, mais plutôt nous renvoyer chacun à la seule chose qui compte, à savoir que nous comprenions bien ce que Dieu attend de nous depuis le commencement. Il est urgent de revenir à ce commencement, urgent de réaliser la famille qu’il nous demande de construire ! Je crois sincèrement que là réside le secret d’une communauté réussie : dans l’adéquation entre ce que nous vivons et ce que Dieu attend de nous. Et cela ne repose pas d’abord sur ce que l’autre fait ou ne fait pas pour moi, mais dans ce que je vis avec Dieu. Si nous sommes un peu perdus, si nous sommes quelquefois découragés, si l’envie nous prend de rester chez nous, souvenons-nous de ce commencement qu’il y a eu entre Dieu et nous. Souvenons-nous de cette histoire d’amour unique commencée au jour de notre baptême, sans cesse recommencée dans les pardons reçus, sans cesse renforcée dans le don de l’Eucharistie. Souvenons-nous que si les hommes nous déçoivent, si l’Eglise semble imparfaite, si le prêtre n’est pas assez ceci ou trop cela, il y a, au commencement de mon histoire avec Dieu, un amour sans faille et sans limite. Un amour qui m’est offert, par pure grâce, qui ne me coûte rien, et auquel je suis invité à répondre. Et si je me perds, et si je m’éloigne, je sais que je pourrai toujours vivre un nouveau commencement avec le Dieu de Jésus Christ. 

Au début de ce nouveau commencement, tournons-nous donc vers Dieu pour faire mémoire du commencement originel ; qu’il soit pour tous la chance d’une fidélité renouvelée à l’Evangile, d’une fidélité renouvelée à la communauté à laquelle nous appartenons. N’ayons pas peur des conversions à effectuer ; confions à Dieu nos craintes et nos difficultés pour qu’il nous aide à les surmonter avec sa grâce. Osons affirmer qu’avec Dieu, nous pouvons tout, parce qu’il nous donne la force de son Esprit. Qu’aujourd’hui soit vraiment pour nous un commencement ! Commencement porteur de promesse. Commencement porteur de fidélité. Commencement porteur de fécondité. Un commencement avec Dieu, pour nos frères ! Amen.
 
 
(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 30 septembre 2018

26ème dimanche ordinaire B - 30 septembre 2018

Ah, si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux !

(Désolé pour l'homélie de la semaine dernière, mais j'étais à Rome pour le congrès international des catéchistes).






Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux ! Ainsi retentit la prière de Moïse lorsqu’il apprend que deux anciens, restés au camp alors que les autres étaient allés à la rencontre de YHWH, avaient reçu eux-aussi l’esprit du Seigneur et prophétisaient en son nom. Il avait bien perçu qu’il n’est pas de limite au pouvoir de Dieu et que celui-ci choisissait qui il voulait pour parler en son nom. Il y a, dans cette prière de Moïse, l’espérance que tous les hommes un jour, connaîtront Dieu, et vivront selon sa Parole. Il faudra attendre encore quelques siècles pour qu’un autre prophète proclame au nom de Dieu que ce jour approche. Nous retrouvons en effet chez Jérémie une prophétie qui aurait comblée l’espérance de Moïse. Des jours viennent, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la communauté d’Israël et la communauté de Juda, une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du Seigneur. Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le Seigneur », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du Seigneur. Le rêve de Moïse annoncé comme devenant réalité : le peuple connaîtra intimement son Dieu. Il n’y aura plus de hiatus entre la volonté de Dieu et l’art de vivre de son peuple. Ils ne feront plus qu’un ! 

Pour nous, chrétiens, cet espace entre la volonté de Dieu et le comportement des hommes a été comblé par la venue du Fils unique, Jésus Christ. Il est cette alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité qui nous fait tous entrer en intimité avec Dieu même. Par Jésus, par son enseignement, par ses actes, nous pouvons découvrir Dieu, comprendre sa parole et trouver la force d’en vivre. Par les sacrements qu’il a offerts à son Eglise, nous recevons de Dieu lui-même ce qui nous est nécessaire pour nourrir notre foi, la faire grandir et la traduire en réalité de vie. Quiconque a découvert Jésus, quiconque a entendu sa Parole et l’a accueillie en son cœur, ne peut que se tourner vers Dieu par le service des frères. Si nous croyons que la Parole de Dieu a quelque efficacité, si nous croyons qu’elle peut changer une vie, alors nécessairement notre vie sera tournée vers Dieu et le prochain ; alors nécessairement, par notre art de vivre, nous rendrons le monde meilleur. 

Cette certitude ne doit toutefois pas nous faire croire que nous sommes les seuls à pouvoir changer le monde, ni que, hors de l’Eglise, il n’y a rien de bon. La prière de Moïse, reprise en quelque sorte par Jésus lui-même, lorsque ses disciples veulent empêcher d’autres – qui ne sont pas de leur groupe de faire du bien au nom de Jésus – vient attester que l’action de Dieu dans le cœur des hommes ne se limite pas au seul groupe de pratiquants ou de proches de Moïse ou de Jésus. Dieu intervient dans le monde de multiples manières, et il y a lieu de se réjouir de ce que d’autres hommes et femmes, ne participants pas à nos assemblées, peuvent témoigner et agir selon ce que Dieu attend de nous. Si, par notre baptême, nous sommes particulièrement concernés par la Parole de Dieu, particulièrement invités à un art de vivre conforme à notre foi, nous n’avons pas pour autant de contrat d’exclusivité. Nous ne sommes pas maîtres de Dieu, nous sommes ses disciples. 

Cela dit, le fait que Dieu intervienne dans le monde par d’autres que nous, qui ne sont peut-être pas de chez nous, ne doit pas non plus nous encourager à rester chez nous et à ne plus faire vivre nos communautés. Si nous avons été appelés par Dieu à entrer dans son Eglise par le baptême, ce n’est pas pour rester au coin du feu alors qu’il y a tant à faire pour témoigner de Dieu et pour rendre vivante l’Eglise de Jésus Christ. Ce n’est pas parce que des non chrétiens vivent selon les principes chrétiens sans participer à la vie de l’Eglise, que les chrétiens peuvent vivre l’Evangile sans vivre en Eglise. Le témoignage de notre vie fraternelle est un signe puissant pour les nations, et nous nous devons de répondre joyeusement à l’appel de Dieu lorsque sonnent les cloches du rassemblement dominical, ou lorsqu’un appel à nous engager davantage dans la vie de la communauté nous est adressé.

Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux ! Ce cri de Moïse, je le fais mien ce matin. L’œuvre que Dieu attend de nous par son Eglise est loin d’être achevée et nous aurons bien besoin de la part d’Esprit Saint qui est en chacun pour discerner ce qui est nécessaire pour progresser et témoigner toujours plus de ce Dieu proche de tout homme. Puisse notre eucharistie de ce jour nous ouvrir à cette présence de Dieu et nous rendre participants de son œuvre d’amour. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)
 

 


dimanche 16 septembre 2018

24ème dimanche ordinaire B - 16 septembre 2018

N'allons pas trop vite en besogne !






Il faut avoir une vue d’ensemble sur l’Evangile de Marc pour comprendre à quel point le passage d’évangile que nous venons d’entendre est singulier et important. En fait, il est le moment clé de l’œuvre de Marc, celui vers qui tend toute la première partie et qui déclenche la seconde. Et nous sommes mis en demeure, tout comme les disciples aujourd’hui, de dire ce que nous avons compris de Jésus, à ce moment précis de l’histoire, et invités à entendre ce que Jésus dit de lui et de son avenir. 

Si, en rentrant chez vous, vous prenez votre bible et parcourez l’évangile de Marc en entier, vous verrez que tous les signes que Jésus a posés jusque là devaient permettre à Pierre de faire sa profession de foi : Tu es le Christ. Et si vous vous souvenez du début de l’Evangile de Marc, vous comprendrez que cette affirmation de Pierre reprend l’affirmation de l’évangéliste faite dans le titre même de son œuvre : Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. En fait, comme dans l’excellente série Columbo, nous savons tout dès le début. Marc dit clairement qui est ce Jésus dont va parler son œuvre, comme un épisode de Columbo commence toujours par nous montrer le meurtrier. Le but des épisodes de la série policière est le même que le but de Marc dans son évangile : faire comprendre à celui qui regarde ou qui lit, comment on arrive à découvrir par l’expérience, par la déduction, ce qui est évident dès le départ. Dans la série policière, nous relevons avec l’inspecteur à l’imperméable tous les indices qui vont finir par pointer du doigt le coupable, comme dans l’Evangile, nous découvrons avec les Apôtres tous les indices qui vont mener Pierre à affirmer : Tu es le Christ dans un premier temps, avant de nous le faire comprendre totalement au pied de la croix et de pouvoir l’affirmer avec le centurion romain : Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !  

Les mots de Pierre ne lui viennent pas à la bouche par hasard. Ils s’imposent à lui, après tout ce qu’il a vu et entendu. Et c’est normal, parce que tout l’évangile de Marc tourne autour de cette question : Qui est Jésus ? En lisant cet évangile, le lecteur est provoqué par cette question à chaque page. Et chaque fois que quelqu’un (même les démons) éclaire la réponse à la question, Jésus ordonne le silence. Et nous comprenons aujourd’hui pourquoi ce silence est imposé : parce qu’il n’est pas encore temps de révéler qui est Jésus. La réponse véritable ne peut pas jaillir après un enseignement, ni même après un miracle de Jésus. La réponse véritable ne peut jaillir qu’à la fin de sa vie, au pied de la croix. Observez ce qui se passe dans l’épisode de ce dimanche : Pierre proclame que Jésus est le Christ ; et il a raison. Mais quand Jésus annonce pour la première fois sa Passion, Pierre se mit à lui faire de vifs reproches. Il n’est pas possible pour lui que le Christ, l’Envoyé de Dieu, souffrît la Passion ! C’est totalement hors de propos ! Sa réaction est naturelle. Il n’a pas compris l’ordre de se taire que Jésus a donné sitôt sa profession de foi posée. Ce que Pierre a affirmé, personne ne peut le comprendre de manière juste à ce moment précis de l’histoire. Et nous ne devons pas, dans un premier temps, lire cette page autrement que comme un premier lecteur qui ne connaît rien à Jésus, ni comprendre plus que ce qu’à compris Pierre à l’époque. Pour bien méditer cette page, il nous faut oublier, durant le temps de compréhension du texte, que nous connaissons la fin de l’histoire de Jésus. Marc nous invite à avancer avec les Douze dans la découverte de Jésus.  

Si nous allons trop vite, nous ne pourrons pas saisir vraiment ce que Jésus dit quand il commence à enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que trois jours après, il ressuscite. Nous le savons parce que nous vivons après Pâques. Mais pour quelqu’un qui commence à découvrir qui est Jésus, pour quelqu’un pour qui Pâques ne représente encore rien, les affirmations de Jésus, à ce moment précis de l’histoire, sont d’une violence et d’une nouveauté inouïe ! Qui peut sincèrement imaginer à ce moment-là que celui qui a fait tant de bien, posé tant de miracles et parle aussi bien de Dieu, qui peut raisonnablement penser qu’il sera mis à mort à cause de cela par ses adversaires ? Qu’il ait des adversaires, c’est une chose : tout homme qui a quelques idées a forcément contre lui ceux qui ont les mêmes mais n’ont pas osé les exprimer, plus ceux qui ont les idées contraires et se sentent mis en danger, sans compter l’immense majorité de ceux qui sont sans opinion et se laissent retourner par celui qui crie le plus fort. Mais de là à se faire tuer, quand même ! Nous vivons dans un monde civilisé, c’est bien connu. En annonçant pour la première fois sa Passion, Jésus vient nous dire qu’il y a un horizon plus grand que les miracles qu’il pose et l’enseignement qu’il donne. Tout cela doit nous mener à accompagner Jésus jusqu’au bout, jusqu’à la croix, parce que c’est là, et seulement là, que tout prendra sens. Il nous faut accepter la violence des mots de Jésus et accepter humblement de le suivre pour ne pas faire de lui le gourou d’un groupe religieux de plus. Si nous voulons vraiment reconnaître en lui le Sauveur du monde, il nous faudra, comme Pierre et ses compagnons, entrer dans les pensées de Dieu, et non rester dans celles des hommes. 

La moitié du chemin est faite puisque nous sommes au point de bascule : nous avons les premiers éléments pour comprendre que Jésus est du côté de Dieu, entièrement, définitivement. Avec Pierre, nous pouvons affirmer au sujet de Jésus qu’il est le Christ. Il nous faut maintenant entrer dans la compréhension de notre affirmation, et nous ne pourrons pas le faire si nous refusons que Dieu ouvre nos oreilles ; nous ne pourrons pas le faire si nous gardons Jésus à hauteur d’homme. Il nous faut accepter toutes les conséquences de notre affirmation et suivre Jésus là où Dieu lui-même le conduit, même si nous ne comprenons pas tout. Ce n’est pas le moment de philosopher sur Jésus ; c’est le moment de le suivre encore, dans la confiance et l’humilité, sûrs que nous n’avons pas encore tout compris et que Dieu lui-même a encore beaucoup de choses à nous apprendre sur son dessein de salut. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

 

 

dimanche 9 septembre 2018

23ème dimanche ordinaire B - 09 septembre 2018

A l'école de la Bienheureuse Mère Alphonse-Marie







          L’Eglise d’Alsace connaît aujourd’hui un jour de grande joie. Cet après-midi, en la cathédrale de Strasbourg, Elisabeth Eppinger, en religion Mère Alphonse-Marie, sera déclarée bienheureuse. Elle est la fondatrice de l’ordre des Sœurs du Très Saint Sauveur, congrégation locale dont le rayonnement est aujourd’hui mondial. Toute sa vie et son œuvre réalisent parfaitement la parole de l’Apôtre Jacques que nous avons entendu ce matin : n’ayez aucune partialité envers les personnes, et rendent contemporaine l’attitude de Jésus envers le sourd de l’évangile. 

          Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu’Elisabeth Eppinger est née au 19ème siècle, dans une famille simple. Elle est de santé fragile et a une authentique vie spirituelle dès son plus jeune âge. Sa fondation sera tournée vers les plus pauvres, les malades, les enfants abandonnés, les vieillards. Aujourd’hui encore, le médical, l’éducation et le social font partie du charisme de la communauté, en Inde par exemple. La spiritualité de la congrégation peut se résumer ainsi : une vie simple tournée vers les autres. Aucun effort, aucune peine, aucun sacrifice ne doit être de trop quand l’amour du prochain l’exige (Mère Alphonse-Marie). A la source de la pensée de Mère Alphonse-Marie, le Christ, et la méditation de sa Passion. 

          N’avoir aucune partialité envers les personnes. Cet appel de l’Apôtre Jacques, l’Eglise se doit de le vivre toujours et encore. Marqué personnellement par la figure de Mère Alphonse-Marie, à travers une grande tante et une tante engagées dans cette congrégation, j’ai essayé (et j’essaie toujours) de vivre cet appel. Il est dans l’ADN de l’Eglise, même si nous l’oublions parfois. Je peux témoigner qu’en vingt-sept ans de sacerdoce, ils furent nombreux ceux qui essayèrent de m’en détourner. C’est telle chorale liturgique qui ne chante qu’aux enterrements des membres de leurs familles ; c’est telle personne qui trouve incongrue qu’un baptême soit célébré pendant l’eucharistie si la famille est éloignée de l’Eglise, ce type de proposition devant être réservé aux meilleurs d’entre nous (celles et ceux que l’on peut montrer) ; c’est telle personne qui voulait me décourager de fréquenter une famille au prétexte que le père pourrait finir en prison… La liste est longue des chrétiens qui pensent aujourd’hui que l’Eglise doit se recentrer sur les meilleurs et laisser les autres de côté. 

          Or que nous montre la liturgie de ce jour ? Elle nous donne à voir un Dieu qui intervient en faveur de son peuple et qui donnera le salut à son peuple. Elle nous donne à méditer l’invitation à ne pas faire de différence entre les gens parce que tous ont besoin de la grâce de Dieu. Dieu ne détourne son regard d’aucune vie. Elle nous donne à contempler Jésus qui rend, au-delà de la parole et de l’ouïe, sa dignité à un homme frappé d’infirmité. Voilà la place de l’Eglise ; voilà ce que vivent aujourd’hui encore les sœurs du Très Saint Sauveur. Voilà ce que rappellera l’Eglise à travers la béatification de Mère Alphonse-Marie. Elle disait : J’aime les pécheurs comme les enfants de Dieu, comme mes frères. Je donnerai de bon cœur mon sang et ma vie pour leur salut. Elle ne fait que reprendre ce qu’elle a compris de la méditation de la Passion de son divin Maître. 

C’est en retournant nous aussi à la source du Sauveur (De fontibus Salvatoris, devise de la Congrégation) que nous puiserons l’eau d’une charité qui ne s’épuisera jamais. C’est en nous abreuvant à cette source que nous pourrons nous faire proche de tous et rendre à chacun sa dignité. C’est en revenant toujours à cette source que nous comprendrons mieux quelle est la volonté de Dieu pour nous ; nous pourrons puiser là, à la source du Sauveur, la force d’accomplir ce que Dieu nous demande, dans la joie et l’action de grâce. Amen.

 (Portrait de Mère Alphonse-Marie)

 

 

dimanche 2 septembre 2018

22ème dimanche ordinaire B - 02 septembre 2018

Une parole à vivre !







Nous avons assisté en ce dimanche, au cours de cette liturgie de la Parole, à quelque chose d’extraordinaire ! Et je ne suis pas sûr que cela se reproduise une autre fois. Il me semble donc important de le souligner. Cela c’est passé ici à N. comme dans toutes les églises francophones du monde. Il y avait un bout de phrase identique à la première et à la seconde lecture. Il arrive qu’on trouve des redites entre l’Ancien Testament et l’Evangile, mais entre deux lectures, je pense, jamais. Je n’ai pas vérifié tout le lectionnaire dominical, mais, de mémoire, je dirais que cela est unique. Cela ne peut donc pas juste être un hasard. Sans doute Dieu veut-il nous dire quelque chose à travers cette répétition. D’autant plus que cette répétition à quelque chose à voir avec la thématique de la Parole Dieu qui traverse toutes les lectures.

Même si vous avez écouté d’une oreille distraite, vous aurez compris que le sujet de toutes les lectures, c’est la Parole de Dieu, ou, ce qui revient au même, les commandements de Dieu, pour reprendre Moïse et Jésus. Après avoir médité pendant cinq dimanches le discours de Jésus sur le Pain de vie, il semblait normal, à la reprise de la lecture continue de l’Evangile de Marc, de nous intéresser à la Parole de Dieu. Pas seulement pour que le prédicateur vous dise que cette Parole est importante, pas seulement pour qu’il insiste sur l’attention qu’il faut accorder à ce temps pendant la messe. Non, l’Eglise nous parle aujourd’hui de la Parole de Dieu pour nous rappeler, et c’est là justement la répétition qui a lieu, pour nous rappeler donc que cette Parole est une parole à vivre. Moïse disait : Ecoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Et Jacques, dans l’extrait de sa lettre, nous disait : Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter. L’avertissement est clair : écouter la Parole, c’est bien ; c’est un bon début. Mais cette Parole n’est pas donnée seulement pour être écoutée ; elle est donnée pour être vécue, pratiquée. Que voulez-vous, quand Dieu parle, c’est pour mettre l’homme en mouvement. Quand Dieu parle, c’est pour faire vivre l’homme. Nous le voyons dès le premier livre de la Bible : Dieu parle, et l’homme existe, et l’homme vit ! En théologie, on dit que la Parole de Dieu est performative : elle fait ce qu’elle dit. Pour que le croyant soit performatif, il doit faire ce qu’il entend de la part de Dieu. C’est particulièrement vrai des ministres ordonnés puisque le jour du diaconat, lorsqu’il remet au nouveau diacre le Livre des Evangiles, l’évêque accompagne le geste de cette parole : Recevez l’Evangile du Christ que vous avez mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru et à vivre ce que vous avez enseigné. Mais cela est vrai aussi de tout croyant. La Parole de Dieu ne nous est pas donnée pour faire jolie. C’est une parole à vivre, définitivement et totalement. Moïse avertit : Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Personne ne saurait être plus clair ! 

Il nous faut alors nous interroger sur ce que signifie : vivre la Parole de Dieu. En écoutant la controverse entre Jésus et quelques scribes et des pharisiens dans l’Evangile de ce dimanche, nous constatons que ce qui importe, c’est que notre cœur batte au rythme du cœur de Dieu. Et nous le savons, le cœur de la Loi de Dieu, c’est l’amour. L’amour pour Dieu, l’amour pour soi et l’amour pour le prochain. Jacques le soulignait à sa manière en affirmant : Un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. Et le psalmiste, entre les deux lectures, dressait un portrait sans ambiguïté du croyant véritable : Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice… qui ne fait pas de tort à son frère et n’outrage pas son prochain… qui ne reprend pas sa parole, qui prête son argent sans intérêt et qui n’accepte rien qui nuise à l’innocent. Quand Dieu nous parle, il veut développer en nous les sentiments qui sont les siens ; quand Dieu nous parle, il creuse en nous le désir de vivre la charité ; quand Dieu nous parle, il tourne notre regard vers le frère qu’il nous invite à aimer. Vivre la Parole, ce n’est donc pas d’abord respecter des règles de manière pointilleuse, mais bien laisser traverser par l’amour de Dieu lui-même pour que sa Parole de salut et de vie, passant à travers nous, parviennent à tous les hommes. Pour enseigner Dieu, il faut redire la Parole de Dieu en la traduisant en acte d’amour. Ainsi elle pourra toucher même les cœurs les plus fermés. L’amour est la clé pour une vie meilleure ; l’amour est la clé pour faire comprendre Dieu aux hommes de notre temps. L’amour ne saurait être une corvée ; l’amour doit devenir notre joie, comme nous y invite le Pape François dans Amoris laetitia. 

La Parole de Dieu est donc une parole à vivre, à traduire en acte d’amour. Elle nous est donnée pour que nous la transmettions par une vie amoureuse au service de nos frères. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle est véritablement parole vivante, parole qui fait vivre, parole qui donne sens. Mardi, nous avons célébré saint Augustin, évêque et docteur de l’Eglise. Ayant écouté et médité la Parole de Dieu, il a posé cette affirmation que je vous laisse en conclusion ; personne n’a dit mieux que lui la liberté qui est la nôtre quand nous vivons la Parole de Dieu. Emportons cette parole pour la semaine qui vient ; elle nous évitera le rabâchage ; elle nous évitera les attitudes trop scrupuleuses. Saint Augustin nous invite à la juste attitude face à la Parole entendue, en nous disant simplement : Aime, et fais ce que tu veux. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)