Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 11 mai 2019

4ème dimanche de Pâques C - 12 mai 2019

Une foi sans risque ?







Le grand rêve de beaucoup de croyants aujourd’hui est de retrouver l’Eglise des premiers temps, parce qu’elle aurait été plus proche du Christ, plus proche de ses aspirations, plus vraie et plus fraternelle. Comme si, avec le temps, l’Eglise avait été contaminée, détériorée par les hommes et les femmes qui la composent. Mais n’est-ce pas oublier un peu vite que rien n’a été simple au commencement ? Croire n’a jamais été et ne sera jamais simple. Les textes de la liturgie de ce jour nous rappellent tous que la foi suppose une certaine dose de courage et des risques à prendre. 


Partons de l’exemple de Jean, l’auteur du Livre de l’Apocalypse. Les visions de l’Eglise, qu’il nous livre tout au long de ce temps de Pâques, sont le fruit d’une longue réflexion, d’une grande proximité avec ce Dieu pour qui il a tout risqué, y compris sa vie. Il est déporté sur l’île de Pathmos à cause de sa foi. Les premiers chrétiens connaissent donc déjà la persécution ; certains ont déjà donné leur vie à cause de Jésus Christ. Risquer sa vie, au sens propre du terme, voilà une situation qui ne rend pas la foi facile ou confortable, vous en conviendrez. Alors est-ce bien ce passé que nous voulons retrouver ?  


Si nous observons la vie des premiers croyants, nous nous rendons vite compte qu’ils ont risqué eux aussi leur vie pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. La lecture des Actes des Apôtres peut donner l’impression que tout est simple. Paul et Barnabé parlent aux gens et ils se convertissent. Certes, leurs paroles avaient la force et l’assurance que donne l’Esprit du Ressuscité. Mais quand même ! Une lecture plus attentive nous fait alors remarquer que, dès que des gens se convertissent au Christ, d’autres se fâchent et chassent les Apôtres. C’est vrai pour Paul et Barnabé ; c’est vrai aussi pour d’autres en ces temps de commencement. Souvenez-vous de Saint Etienne, l’un des premiers diacres, qui sera lapidé pour avoir annoncé le Règne de Dieu. Lisez attentivement la vie de Paul, et vous verrez par quelles épreuves il est passé, à cause de sa foi et de son ministère apostolique. Et pourtant, rien n’a réussi à l’arrêter : ni les expulsions, ni la prison, ni le fouet, ni même la perspective de devoir mourir. Sa foi en Christ, et la certitude qu’il fallait partager cette foi au plus grand nombre, ont eu raison de ses peurs : jamais il ne se taira. Il ira jusqu’à dire : « Malheur à moi si je n’annonce pas la Bonne Nouvelle ! » D’où lui vient ce courage ? 


Il nous faut nous plonger dans l’évangile de ce dimanche pour y découvrir un secret qui fait prendre tous ces risques aux Apôtres. Ce secret, c’est qu’ils ont conscience d’être dans la main du Christ, le seul et vrai Pasteur de son peuple. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Que peuvent-ils craindre, puisque le Christ, qui s’est montré plus fort que le mal, plus fort que la souffrance, plus fort que la mort même, les garde dans sa main ? Au moment de la mort de Jésus, on aurait pu croire que tout était fini, qu’il ne resterait rien de l’espérance des hommes. Mais Dieu l’a ressuscité, montrant par là son amour pour tous les hommes et sa volonté de les voir vivre libres et heureux. Désormais plus rien n’arrêtera la Parole de Dieu. Plus personne ne fera taire Dieu. Ceux qui reconnaissent en Jésus la voix même de Dieu, ceux-là seront sauvés, ceux-là auront la vie éternelle. Le Livre de l’Apocalypse nous montrait justement cette foule immense de témoins, de croyants, réunis autour du Pasteur unique, après avoir passé la grande épreuve. Ils ont tenu bons dans les persécutions, ils ont risqué et donné leur vie pour le Christ, ils ont franchi avec lui la mort, pour ressusciter avec lui. 


Aujourd’hui, en France, les persécutions mortelles ont cessé, et c’est heureux ! Peut-être est en train de naître une forme de persécution plus subtile que l’on appelle la moquerie (A quoi ça sert d’être chrétien ? Pourquoi tu cours encore à l’église ? Tu crois vraiment encore à ses histoires de bonnes femmes ?), et une autre plus subtile encore qui consiste à s’attaquer aux bâtiments églises. Il n’y a plus une semaine qui passe en France sans qu’une église au moins ait été vandalisée. Tout ceci nous rappelle que nous ne sommes pas dispensés de risquer quelque chose pour notre Dieu et son Eglise. Si nous ne risquons plus notre vie à affirmer notre foi, nous risquons quelquefois notre réputation. Quand je rencontre des jeunes croyants dans nos établissements scolaires, il leur arrive de dire qu’il ne leur est pas toujours simple de se dire croyant.  Et pour combien d’adultes, l’engagement à participer à la vie de la communauté croyante est compliqué, et pas seulement parce que leur vie familiale ou professionnelle l’est. Et je ne vous parle même pas de la vie des prêtres aujourd’hui. Il nous faut oser risquer. Risquer notre vie à la suite du Christ qui nous emmène et nous appelle là où nous n’irions pas forcément tout seul. Risquer de nous laisser entraîner par le Christ, l’unique et vrai Pasteur : il veut notre bonheur, il nous en propose un chemin. Il faudra aussi, pour que l’Eglise vive encore demain, que des jeunes risquent de répondre d’une manière particulière aux appels de Dieu en s’engageant dans la vie sacerdotale ou religieuse. En ce dimanche des vocations, comment ne pas relayer l’appel de Dieu et de son Eglise pour qu’ils s’engagent comme prêtres, religieux, religieuses, moines ou moniales ? Pouvons-nous ne plus poser la question, y compris dans nos familles ? L’Eglise est toujours à construire ; la Bonne Nouvelle est toujours à annoncer. 


Dans un instant, nous allons proclamer notre foi, en communauté. Nous dirons notre confiance en Dieu qui nous appelle et nous guide, et notre confiance en cette Eglise à nous tous confiée.  Nous redirons que cette Eglise, rassemblée par le Christ, est chemin de salut, route de bonheur à la rencontre de notre Dieu. Nous redirons que nous sommes fiers d’être de cette Eglise-là, malgré son péché, malgré ses limites, malgré le péché et les limites de tous ceux qui la composent. Osons croire encore qu’une Eglise plus belle, un monde plus humain, c’est possible, si chacun de nous s’y risque. Pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. AMEN.




dimanche 5 mai 2019

03ème dimanche de Pâques C - 05 mai 2019

"Pierre, m'aimes-tu ?", ou comment guérir du cléricalisme !




Les révélations successives des abus qui ont eu lieu dans l’Eglise, et qui ont plongées celle-ci dans une crise sans précédent, n’ont pas manqué de souligner l’une des causes de ces abus : le cléricalisme. Et tous, depuis, de proposer leur solution pour lutter contre cette dérive insupportable ! Un lecteur (protestant quand même) du journal La Croix proposait ainsi, dans un courrier, sa manière, voire la seule manière, de lutter contre le cléricalisme, à savoir : supprimer le clergé. Plus de clergé, plus de cléricalisme ! C’est mathématique, donc scientifique, donc inattaquable comme méthode. Je peux concevoir aisément que pour certains, ce serait là une solution de bon sens ; mais vous ne vous étonnerez pas que je ne partage pas, mais alors absolument pas, cet avis. Je vous laisse deviner pourquoi, si d’aventure quelque doute subsistait dans votre esprit. Je voudrais donc vous proposer une autre voie, ancienne celle-là, qui aurait dû nous éviter à tous de tomber dans ce travers mortifère. Cette réponse, c’est l’évangile de Jean, et particulièrement son chapitre 21 dont nous avons entendu l’essentiel. 


Passons rapidement sur la première partie, l’épisode de la partie de pêche qui se conclut au petit matin par des filets vides… jusqu’à ce qu’un inconnu interpelle les pêcheurs : Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? La réponse négative qui suit, entraîne une suggestion, certains diront un ordre, qui, à sa mise en œuvre, se révèle particulièrement judicieux et fructueux. Ils n’arrivaient pas à tirer [le filet] tellement il y avait de poissons. Cela suffit pour qu’un des compagnons reconnaissent Jésus. Il y a là un premier indice à suivre, et qui se vérifiera rapidement par la suite, pour lutter contre le cléricalisme : obéir à Jésus qui peut se manifester à nous de diverses manières, sans même qu’on le reconnaisse d’emblée. Il est cette voix qui nous dit comment réussir, où chercher, où trouver. Obéir à Jésus, à sa parole, qui jamais ne se trompe et jamais ne nous trompe. Sans doute l’avions-nous oublié, empêtrés que nous sommes quelquefois dans nos fonctionnements, dans nos programmes, dans nos idées, dans nos chapelles, dans nos mouvements… Obéir au Christ qui, au soir du Jeudi Saint, nous a laissé deux signes qui étaient d’abord et avant tout des signes de service : l’eucharistie et le lavement des pieds. Dans ces deux signes, dans ces deux sacrements, nulle place pour du cléricalisme, puisque nous agissons sur ordre du Christ, et à la manière du Christ, à savoir dans l’amour. Quand nous prenons le parti d’agir par amour et dans un esprit de service, il n’y a pas de risque de verser dans ce travers qui est pointé du doigt, ni de la part des prêtres, ni de la part des laïcs qui œuvrent avec eux et qui sont parfois plus cléricaux que les membres du sacerdoce. 


Ceci étant posé, attardons-nous sur la figure de Pierre qui, dans l’évangile de Jean, n’est pas gâtée. Comme il est le seul disciple qu’on ne peut jamais identifier au disciple que Jésus aimait, certains en sont même venus à se demander s’il n’était pas le disciple que Jésus n’aimait pas. Après tout, à part une profession de foi posée au moment de la multiplication des pains, Pierre est quand même dans l’évangile de Jean, celui qui fait toujours ce qu’il ne convient surtout pas de faire, pris au piège par un tempérament sanguin, et qui de surcroit n’a pas été appelé par Jésus, au début de sa mission. Il est un peu là par hasard, suivant sans doute son frère André qui, lui, a été appelé. Pierre est le disciple qui n’a pas su être disciple, qui n’a pas su aimer Jésus, et qui l’a finalement renié. Cette rencontre entre Jésus et Pierre, après la résurrection, est donc tout à fait capitale pour les deux. Que va faire Jésus de celui qui n’a pas osé prendre son parti au moment du procès ? Que va dire Pierre ? Va-t-il se confondre en plates excuses ? Va-t-il tenter de se justifier ? Jésus ne lui en laissera pas le temps. Il l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? C’est peu diplomate, mais cela a l’avantage d’être clair. Alors pourquoi avons-nous l’impression d’assister à un dialogue de sourd qui va se répéter encore deux autres fois ? Parce que la réponse de Pierre ne correspond pas à la demande de Jésus. Le français nous est ici un piège puisqu’il n’a qu’un mot pour parler de l’amour. Or le grec, la langue du Nouveau Testament, en connaît trois : eros (pas la peine de s’étendre sur le sujet), philia (l’amour d’amitié) et agapè (l’amour don de soi absolu). Les deux premières questions posées par Jésus utilise le verbe aimer au sens d’agapè, de don total, et Pierre répond par l’amour philia (l’amitié). Quand je vous disais qu’il était toujours à côté de la plaque. La troisième fois, Jésus adopte la posture de Pierre et utilise l’amour philia : les deux peuvent se rejoindre enfin. Il nous est dit là d’une part qu’il y a deux manières d’exprimer l’amour que l’on a pour Jésus, et que Jésus peut se contenter d’un amour d’amitié, pour commencer. Il n’exige pas tout, tout de suite. Mais il faut commencer par l’aimer, au moins comme un ami aime ses amis pour que quelque chose puisse exister. Nous constatons aussi que Jésus interroge Pierre mais se garde bien de dire à Pierre qu’il l’aime. Non pas que Jésus n’aime pas Pierre ; tout cet épisode nous montre l’amour de Jésus pour celui qui, jusqu’à présent, n’a pas su être authentiquement disciple : il lui confie le troupeau, par trois fois. Sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. S’il ne l’aimait pas, il ne l’aurait pas fait. Jésus, en demandant à Pierre d’exprimer son amour, rend celui-ci sujet de cet amour qu’il porte au Christ. Il le fait ainsi devenir disciple, pleinement, volontairement. En disant son amour, Pierre choisit d’être disciple de Jésus. Il y a là un deuxième indice pour nous libérer du cléricalisme : choisissons-nous Jésus parce que nous l’aimons ou parce que lui nous aime (sous-entendu nous n’aurions plus le choix de l’aimer ou pas, et n’ayant plus le choix, qu’au moins nous ayons des compensations : profitons-en !). Aimons-nous Jésus, au moins de cet amour d’amitié, sachant que Lui pourra nous aider à grandir dans l’amour ? Regardez ce même Pierre dans le Livre des Actes des Apôtres. Il aime plus que d’un simple amour d’amitié puisqu’il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il y a déjà quelque chose de l’amour agapè dans cette attitude. 


Regardons d’un peu plus près encore et écoutons bien ce que dit Jésus à Pierre après que celui-ci ait confessé son amour : sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. MES agneaux, MES brebis, et non pas sois le berger de TES agneaux et de TES brebis. Pierre se voit confier un troupeau qui n’est pas, et ne sera jamais, le sien. Il est, sera et restera toujours le troupeau de Jésus, le seul vrai pasteur, le seul prêtre véritable, le seul à qui reviennent la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Parce qu’il est le seul Agneau immolé pour le salut de tous. C’est lui, Jésus, qui sauve par son sacrifice ; c’est lui, Jésus, qui se rend présent dans le pain et le vin consacrés ; c’est lui, Jésus, qui guide aujourd’hui encore son peuple vers le Royaume où il est entré le premier au matin de sa Pâque. Ni Pierre, ni aucun de ses successeurs, ni aucun de ses collaborateurs, n’est et ne sera jamais le Christ. Il est, et nous sommes à sa suite, ceux qui reçoivent le troupeau en héritage pour le nourrir et le protéger (rôle du berger), le guider et le conduire (rôle du pasteur), mais nous-mêmes agissant sous le regard du Christ, nous-mêmes étant comptables devant le Christ. Voilà qui devrait achever de soigner cette maladie du cléricalisme : nous souvenir que si nous sommes placés à la tête du troupeau, nous sommes toujours aussi sous l’autorité du Christ, seul et unique pasteur. Sans lui, nous ne sommes rien ; avec lui, nous pouvons tout pour la croissance et le bien du peuple, parce que lui-même agit en nous, et non pas nous à sa place. Nous sommes les serviteurs et du Christ qui nous a confié son troupeau, et du troupeau que nous devons conduire. Serviteurs et non propriétaires ! Celui qui agirait en propriétaire et non plus en serviteur ne serait qu’un mercenaire, tel que Jésus lui-même l’affirme au chapitre 10 de l’évangile de Jean. Le troupeau n’a ni à suivre, ni à écouter un mercenaire ; il doit tout faire pour s’en protéger.


Pierre, m’aimes-tu ? Tout est dans cette question ; tout était donné dès le commencement de l’aventure. Si en cours de route, certains ont trompé le peuple de Dieu, ont trompé Dieu lui-même, c’est par profond manque d’amour. Ils ne se sont pas donnés au peuple, ils se sont donnés, accaparés un peuple qui ne leur était pas destiné. Ils n’ont donc pas entendu la parole finale de Jésus à Pierre au terme de ce questionnement : Suis-moi. Enfin, pourrait-on dire au sujet de Pierre. Quand l’évangile de Jean se termine, il est enfin invité à suivre Jésus. Parce que l’amour, même d’amitié qu’il a proclamé en faveur de Jésus, le rend capable de commencer à être disciple, avant que l’amour agapè ne le rende capable d’être l’Apôtre que nous contemplons dans les Actes. Apprenons de Pierre à dire à Jésus notre amour sincère pour lui et nous serons tous, quel que soit notre état, quelle que soit notre mission, ajustés à Jésus pour ne jamais tomber dans le cléricalisme qui nie tout amour. Apprenons de Pierre qu’il n’est jamais trop tard pour bien aimer Jésus, pour bien aimer ceux qu’il met sur notre route. Apprenons de Pierre et comme lui, commençons à aimer. Amen.






samedi 27 avril 2019

02ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2019

Laissons-nous guider par les Actes et l'Apocalypse.







            Tout au long de notre temps pascal, nous entendrons le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Deux livres qui vont donner une couleur particulière à ce temps ; deux livres pour nous encourager dans notre foi et nous permettre de vivre mieux de la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous.



            Le livre des Actes des Apôtres, nous l’entendons chaque année au cours du temps pascal. Il remplace, en première lecture, les livres de l’Ancien Testament que nous lisons tous les autres dimanches de l’année. Pourquoi ce changement ? Parce que Jésus est ressuscité ! En quoi cela change-t-il quelque chose ? L’Eglise répond que, le Christ étant ressuscité, pour ceux qui croient en lui, toutes les promesses de la Première Alliance sont désormais accomplies. Nous ne les lisons pas durant le temps pascal parce qu’il n’y a pas besoin à ce moment-là de nous les rappeler. Nous lisons les Actes des Apôtres, le livre qui nous montre comment les premiers croyants au Christ ont vécu de cette formidable annonce de la résurrection, ce qu’elle a changé dans leur vie. Nous voyons aussi, à travers le témoignage de Luc, l’auteur des Actes, comment cette foi s’est propagée, et donc comment le Christ est fidèle à sa promesse d’être toujours présent à ses Apôtres, à son Eglise. Et nous constatons d’emblée que ces Apôtres, si peureux au moment de la Passion de Jésus, si peureux au moment de la Pâque, sont maintenant forts et décidés à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Et nous constatons aussi que, ce qui fut la mission de Jésus, se poursuit à travers ses Apôtres. Beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple, par la main des Apôtres. A travers eux, le Ressuscité poursuit sa mission de salut ; à travers eux, les malades sont encore guéris ; à travers eux, la Bonne Nouvelle se diffuse, touche le cœur des hommes et provoque des conversions : De plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. Nous pouvons avoir l’impression que tout est facile, que tout est simple. Et de fait, quand les Apôtres agissent au nom de Jésus, et mieux quand ils laissent Jésus Ressuscité agir à travers eux, tout va bien, tout se déroule selon le plan de Dieu. En ces temps de crise qui sont les nôtres, il nous faut revenir à cet esprit des premiers croyants, à ce dynamisme des Apôtres, à ce désir de faire connaître le Seigneur et son œuvre de salut. Il nous faut laisser à nouveau le Christ agir à travers nous.


            Le livre de l’Apocalypse peut alors nous sembler plus difficile d’accès. Déjà son nom, qui est trop souvent synonyme de catastrophes en tous genres, peut nous rebuter. Et pourtant, ce livre veut nous dévoiler (c’est le sens étymologique du mot Apocalypse), veut nous dévoiler donc le projet de Dieu pour son Eglise afin qu’elle se convertisse toujours plus et mieux à sa Parole. Vous l’aurez compris : c’est un livre écrit pour un temps de crise. Pourtant nous ne sommes qu’à la fin du premier siècle. C’est que les chrétiens, à ce moment-là, sont d’une part les proies de persécutions arbitraires et de vexations et d’autre part les responsables de brouilles à l’intérieur même de la jeune Eglise. Une certaine habitude de croire s’est déjà installée, l’enthousiasme des débuts a disparu, de mauvaises habitudes sont déjà prises. C’est dans ce contexte que Jean reçoit des révélations de la part de Jésus, Le Premier et le Dernier, le Vivant. Il doit écrire une lettre à sept Eglises, sept communautés locales, pour les avertir et les inviter à changer, à se convertir. Tout le livre va rappeler que la vie chrétienne est une participation au combat entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), et que ce combat connaîtra une fin au moment de la deuxième venue du Seigneur. Faut-il rappeler ici que Jésus avait annoncé ce retour à ses disciples avant sa mort ? Ce n’était pas uniquement une parole de consolation, c’était l’annonce d’une réalité. En ces temps de crise qui sont les nôtres, ne nous faut-il pas entendre à nouveau cet appel à la conversion et redécouvrir l’espérance de ce retour du Christ, dans la gloire ? Le Ressuscité n’abandonne pas son Eglise ; quelles que soient les épreuves rencontrées par elle, il est présent, au milieu d’elle, la guide et la conduit, la purifie, pour que toujours elle soit davantage fidèle à sa mission, fidèle au Christ qui l’a envoyée porter aux pauvres la Bonne Nouvelle.


            Mesurons la chance qui est la nôtre en cette année 2019 de pouvoir lire conjointement ces deux livres de la Nouvelle Alliance. Avec les Apôtres du Christ, réjouissons-nous de ce que la Parole se répande, intéresse ceux qui l’entendent au point de devenir eux-mêmes chrétiens ; avec Jean, réjouissons-nous du fait que le Christ ne nous abandonne pas, et qu’aujourd’hui encore il nous invite à nous purifier par sa Parole et par notre participation à son projet de salut pour tous les hommes. Que ce que nous avons proclamé solennellement durant la grande nuit de Pâques devienne notre réalité : nous renonçons au Mal, à ce qui conduit au Mal, à Satan qui est l’auteur du péché, pour vivre de la liberté de tous les enfants de Dieu, dès aujourd’hui et jusqu’au retour du Christ dans sa gloire. Amen.



(Frères de Limbourg, Saint Jean à Patmos, Très riches Heures du duc de Berry, Musée Condé, Chantilly)





samedi 20 avril 2019

Saint Jour de Pâques - 21 avril 2019

Marie-Madeleine, Pierre et Jean… et nous ! 






            Marie-Madeleine, Pierre et Jean : telles sont les trois personnes que l’Evangile de ce jour de Pâques nous donne à rencontrer. Trois personnes et autant d’attitudes différentes devant l’événement que nous célébrons ce matin.  


            Commençons par Marie-Madeleine. Il est dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre…. Elle est partie trop tôt de chez elle ! Elle est encore dans les ténèbres, encore dans sa tristesse d’avoir vu mourir Jésus. Elle semble dans sa bulle, et un rien ajoute encore à son trouble dû à la mort de son maître et ami. Du coup, quand elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, elle ne fait sans doute pas un pas de plus. Je l’imagine bien saisi par une sainte colère : qui a osé ? Et elle part, encore une fois trop tôt, courant trouver Simon-Pierre. Je suis persuadé que, dans son état, elle ne s’est pas approchée davantage du tombeau ; elle n’y est pas entrée. En fait, son sang n’a dû faire qu’un tour et la réveiller pour de bon. Pour elle, tombeau ouvert veut dire corps enlevé. Pas besoin d’entrer dans le tombeau, pas besoin de vérifier. Cela devient pour elle une évidence, une vérité, qu’elle s’empresse de répandre, sans même réfléchir. Les ténèbres de la colère devant ce qui ne peut être qu’une profanation s’ajoutent aux ténèbres de la tristesse, et nous plongent tous dans les ténèbres de la perplexité. Nous arrêterions là la lecture de l’évangile, que nous serions tous perdus, désorientés, révoltés. Même dans un tombeau, on n’est plus à l’abri d’être volé ! Quelle époque vivons-nous ?


            La réaction de Pierre et de l’autre disciple, celui que Jésus aimait et que la Tradition identifie à Jean, ne se fait pas attendre : ils vont vérifier ce qui vient de leur être rapporté. Après tout, peut-être qu’elle s’est trompée ; peut-être qu’elle aura mal vu, peut-être qu’elle aura confondu avec un autre tombeau. Après tout, dans son état, et au petit matin… quoi de plus normal ! En plus, elle était seule : autrement dit, son témoignage n’est pas recevable selon l’adage ancien : testis unus, testis nullus (témoin unique, pas de témoin). Partis à deux, ils établiront une vérité entière. Mais ça, c’était ce qu’on croyait avant… avant l’événement radicalement nouveau de la résurrection ! 


            Regardez Pierre : un peu plus vieux que Jean, il se laisse distancer. Mais quand il arrive, l’âge reprend ses droits. Il entre dans le tombeau, en premier, et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Une description digne de la série Les experts : c’est un vrai rapport d’enquête. Mais il n’en fait rien ; il y a des indices, mais pas de preuves. Et puis qui aurait l’idée, non seulement de voler un corps, mais en plus de le débarrasser de ses bandelettes ? Enfin, quand Jésus a ressuscité Lazare, il est sorti du tombeau dans ses linges. C’est quand ils ont constaté qu’il était vivant qu’ils l’ont dégagé de son carcan qui sentait la mort. Alors que là, ceux qui auraient déplacé le corps de Jésus aurait pris soin de laisser les linges, bien pliés en plus ? Pour Pierre, tout cela ne doit pas avoir beaucoup de sens. Pas très catholique tout ça, même si tout est bien rangé ! 


            Reste Jean qui, bien qu’arrivé en premier, n’était pas rentré dans le tombeau. Quand enfin il y plonge, on nous dit simplement, mais comme une évidence : Il vit et il crut. Certes, il voit ; il n’est pas aveugle après tout. Mais il voit au-delà de ce que voient ses yeux. Il a déjà le regard de la foi. Peut-être qu’il était le seul à pouvoir voir ainsi, puisqu’il était le disciple que Jésus aimait. Peut-être faut-il avoir ressenti tout l’amour de Jésus pour nous, pour être capable de croire l’impossible, à savoir que celui qui était mort est désormais vivant. Et sans doute faut-il avoir ressenti cet amour de Jésus pour nous, pour affirmer que cet événement nous concerne tous, et que si le Christ, qui était mort, est maintenant vivant, alors nous aussi, nous pourrons passer de la mort à la vie. 


            Parce que la grande nouveauté qui a jailli au cœur de notre nuit, c’est bien que la résurrection du Christ à quelque chose à dire à notre vie. Cet événement ne concerne pas que Jésus. Cet événement a eu lieu pour nous, pour notre vie, pour notre salut. N’en doutons pas un instant ! Jésus n’est pas mort sur la croix parce qu’il en avait envie ; il est mort sur la croix pour tuer la mort et le péché et nous entraîner à sa suite dans une vie libérée, marquée à jamais du sceau de l’éternité, du sceau de Dieu lui-même. Désormais, et plus que jamais, nous sommes à lui, lui qui nous a rachetés à grand prix. Avec l’incarnation, Dieu basculait du côté de l’homme pour vivre en toute chose sa vie ; avec la rédemption, c’est l’homme qui bascule du côté de Dieu pour vivre en toute chose de sa vie. 


            Nous pouvons comprendre l’appel de Paul aux Colossiens quand il les invite à vivre autrement désormais. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Autrement dit : vivez grand, vivez à la mesure de Dieu. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre mieux ce que cela signifie. Mais sachons déjà que la victoire sur le Mal et la Mort s’est accomplie en nous au moment de notre baptême. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous vivons déjà de la vie de Dieu. Laissons-là donc grandir et s’épanouir en nous, pour que la gloire de Dieu soit manifestée, le salut du monde proclamé, et la joie des hommes révélée. Amen.



(Œuvre non connue, trouvé sur internet)

vendredi 19 avril 2019

Vendredi Saint - 19 avril 2019

Qui cherchez-vous ?




           Qui cherchez-vous ? Cette question de Jésus aux soldats venus l’arrêter dit bien la particularité de la Passion de Jean. Nous y découvrons un Jésus qui ne subit pas les événements, mais les dirige, souverainement. Ce ne sont pas les soldats qui arrêtent Jésus ; c’est Jésus qui se livre à eux, en se révélant lui-même, en révélant sa nature profonde. Regardez comme les soldats tombent à la renverse lorsque Jésus leur affirme : C’est moi, je le suis. Il redit, et par deux fois, qu’il est de Dieu, puisqu’il utilise pour lui le nom que Dieu avait révélé jadis à Moïse au buisson ardent. Quand Jésus se livre, c’est Dieu lui-même qui se livre aux hommes. Quand Jésus marche vers sa mort, c’est Dieu lui-même qui, dans un acte fou, organise le salut des hommes. 


Qui cherchez-vous ? C’est peut-être pour n’avoir pas à répondre à la question que le Sanhédrin n’est pas réuni dans l’évangile de Jean. Il n’y a pas vraiment besoin de procès, la décision de faire mourir Jésus ayant été prise il y a longtemps. Jésus est interrogé par Hanne, le beau-père de Caïphe, le grand-prêtre de cette année-là. Il se montre curieux de l’enseignement de Jésus et de son groupe de disciples. Mais l’interrogatoire semble tourner court. Et Jésus est emmené au Prétoire, c’est-à-dire livré au pouvoir de l’occupant romain, le seul à être habilité à prononcer la peine capitale.


Qui cherchez-vous ? Cette question initiale de Jésus pourrait être adressé à Pilate qui semble ne pas trop savoir pourquoi on l’embarque dans cette galère et qui cherche à se débarrasser du problème : Jugez-le suivant votre Loi. Il sous-estime l’opiniâtreté des ennemis de Jésus pour qui il doit disparaître. Et Pilate cherche alors à savoir mieux qui est Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Alors, tu es roi ? On ne sait pas ce que cherche Pilate, mais il cherche : il n’a que des questions à renvoyer à Jésus. Et plus Jésus répond, plus Pilate questionne. Alors Jésus se tait. Et Pilate est trop faible pour résister à la déferlante qui vient du dehors du Prétoire. Ils ne veulent peut-être pas juger Jésus eux-mêmes, mais ils veulent en finir une fois pour toutes avec lui. A mort ! Crucifie-le ! Pilate, par faiblesse, laisse faire. Pouvait-il faire autrement puisque Jésus s’était lui-même déjà livré? Dans un sursaut d’intelligence, Pilate fait écrire sur la croix : Jésus le Nazaréen, roi des juifs. Désormais, tous ceux qui lèveront les yeux vers la croix sauront qui ils trouvent ici. Plus besoin de s’interroger sur celui que tout le monde a tant cherché tout au long de l’évangile de Jean. Il est là, crucifié, élevé, exposé. 


Qui cherchez-vous ? Joseph d’Arimathie et Nicodème sont les derniers à qui nous pouvons poser cette question. Qui cherchent-ils quand ils demandent à prendre le corps de Jésus ? Un ami ? Un Maître en religion ? Le Fils de Dieu fait homme qui s’est livré à la mort ? Ils ont chacun une histoire secrète avec Jésus, ils ont cherché à savoir par le passé. Nicodème était venu trouver Jésus pendant la nuit. Il ne voyait pas très clair, mais il sentait bien que Jésus était différent. Quand il porte le corps de Jésus au tombeau, a-t-il eu toutes les réponses à ses questions ? A-t-il quitté sa nuit pour venir à la lumière qu’est Jésus ? 


Qui cherchez-vous ? Cette question, il nous faudra nous la poser, chacun. Qui cherchons-nous quand nous venons célébrer la Passion de Jésus ? Sommes-nous un membre de cette foule, manipulable et manipulée, venu par hasard parce qu’il n’y avait pas mieux à faire aujourd’hui ? Sommes-nous aux côtés de Marie et de Jean, au pied de la croix, pleurant le Fils ou l’ami perdu ? Qui verrons-nous quand nous lèverons les yeux vers la croix qui s’avancera au milieu de nous tout à l’heure ? Vers qui viendrons-nous quand nous nous approcherons de la croix pour vénérer ce corps livré et meurtri ? Serons-nous comme les gardes, venus avec des torches et des armes, pris de stupeur et tombant à terre ? Serons-nous comme Joseph d’Arimathie et Nicodème, venant avec les aromates de notre foi, pour honorer celui qui s’est livré pour notre salut ? 


Qui cherchez-vous ? Vous comprendrez bien que la réponse est à vous. Je peux juste témoigner que vous trouverez ici Celui que Dieu, qui a tant aimé le monde, nous a donné, livré, pour qu’il soit notre salut. Vous trouverez ici votre vie, votre paix, votre salut : Jésus, le Nazaréen, le Crucifié. Ne cherchez pas plus loin ; ne cherchez pas plus haut. Il est Dieu qui s’est mis à hauteur d’homme, Dieu élevé de terre pour que les hommes puissent grandir à la hauteur de Dieu. Amen.


(Tableau d'Antonio CISERI, Ecce homo, 1880-1891, Galerie d'Art Moderne, Palais PITTI, Florence).


mercredi 17 avril 2019

Jeudi Saint - 18 avril 2019

Cessons d'être des chrétiens médiocres !





            Ce jeudi saint sera sans doute le plus triste de mes vingt-sept ans de sacerdoce. Triste parce que marqué par la crise que traverse l’Eglise, crise liée aux comportements déviants de certains prêtres. Même s’ils sont peu nombreux au regard du nombre de prêtres à travers le monde, ils sont toujours de trop et entachent sérieusement et durablement la réputation de tous les prêtres. Triste aussi parce que, pour une fois, je ne ferai pas de lavement de pieds. Il paraît que ce n’est pas possible ici, les adultes étant peu enclins à se laisser faire ; quant à le faire avec des enfants, la crise, mentionnée plus haut, aura eu vite fait d’éveiller méfiance et soupçon chez certains. J’ai donc renoncé à poser le geste, mais pas à en parler.


            Je crains que ce geste, beau et fort, n’ait jamais vraiment été compris. Déjà Jésus avait dû vaincre les réticences de Pierre, réagissant violemment lorsque Jésus se présente devant lui, à genoux, tablier à la ceinture, bassin et linge à la main. Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! S’il avait bien compris le geste, il n’a pas compris pourquoi Jésus le posait à ce moment-là de son existence. Nous sommes à quelques heures de son arrestation, de son jugement et de sa mort. Et c’est bien là qu’il prend tout son sens. L’évangéliste Jean, lorsqu’il nous parle du dernier repas de Jésus, ne le fait pas comme les autres. Il n’y a pas chez lui d’institution de l’Eucharistie ; il n’y a pas chez lui les gestes et les paroles au sujet du pain et du vin, devenant son Corps et son Sang livrés pour que nous ayons la vie. Il y a, chez Jean, ce geste du lavement des pieds, l’institution de ce que l’on a appelé le sacrement du frère qui est toujours à servir à la manière dont le Christ a servi les hommes. La messe, c’est bien et c’est nécessaire : c’est pour cela que nous relisons et le livre de l’Exode qui nous rappelle le sens de la Pâque juive, et l’extrait de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, qui est le texte le plus ancien qui nous parle des gestes et paroles de Jésus, au soir de sa mort, sur le pain et le vin, donnant à la Pâque juive un sens plus fort encore. C’est toujours la fête de la libération, mais elle se fait désormais par Jésus, l’Agneau immolé une fois pour toutes afin que tous les hommes puissent vivre. C’est ce sacrifice que nous commémorons à chaque eucharistie, en proclamant notre foi en Jésus, mort et ressuscité, dont nous attendons le retour dans la gloire.


            Hélas, une médiocrité de la pensée a rapidement entraîné une double médiocrité des actes. D’abord, oubliant le texte de Jean, nous avons fait des prêtres des êtres à part, plus sacrés que consacrés, parce qu’ils avaient ce « pouvoir » de rendre Jésus présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, oubliant que c’est Jésus lui-même qui se rend présent. Cette première médiocrité des actes en a entraîné une autre, de la part de certains de ceux qui avaient ainsi été portés aux nues. Ils ont abusé l’Eglise en abusant les plus faibles ! Ils ont abusé d’un pouvoir qui n’était pas le leur, mais dont ils devaient être les serviteurs. Et cette double médiocrité des actes entraîne à nouveau, aujourd’hui, une médiocrité de la pensée qui fait que les hommes se méfient désormais des prêtres, au point de voir le mal dans le plus noble geste qu’ils puissent poser : celui de s’abaisser devant les petits pour les servir à travers le lavement des pieds. Nous, prêtres, témoignons ainsi que notre place est bien là, à genoux, à servir le petit et le faible, et non pas à mettre le faible et le petit à genoux devant nous pour nous servir. Se méfiant des prêtres, les hommes ne réfléchissent plus ; ne réfléchissant plus, ils n’aiment plus ; n’aimant plus, ils font gagner Satan, qui ne se réjouit jamais autant que quand l’amour recule, voire disparaît. Quelle belle occasion nous avons manqué ce soir de comprendre et ce beau geste, et la place du sacerdoce dans l’Eglise de Jésus Christ. Quelle tristesse d’en être arrivé là !


            Comment nous en sortir ? En apprenant, prêtres et fidèles laïcs, l’obéissance au Christ, qui nous a dit, en ces deux gestes présentés dans les lectures de ce Jeudi Saint, de faire cela en mémoire de lui, comme lui a fait pour nous. Nous nous en sortirons en approfondissant toujours plus l’enseignement de Jésus pour comprendre mieux à quoi il nous invite. Nous nous en sortirons en quittant cette méfiance qui pourrit la vie à tout le monde, qui empêche d’avancer, qui empêche d’aimer. Cessons d’être des disciples médiocres ! Devenons ce que le Christ attend de nous : des frères qui s’aiment, des frères qui se respectent, des frères qui se mettent ensemble au service des plus faibles et des plus petits. Amen.


(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Le lavement des pieds, 1310, Musée de l'Opera del Duomo, Sienne)

samedi 13 avril 2019

Dimanche des Rameaux C - 14 avril 2019

Jésus entre à Jérusalem.





Et Jésus arrive à Jérusalem à l’approche de la fête de Pâques ! Il sait les événements qui ont s’y dérouler ; il sait les risques qu’il prend ; il sait que ce sera sa Pâque, son grand passage. Il choisit déjà de ne pas se dérober. Il entre au grand jour dans la ville, acclamé par les foules. C’est ce que nous racontait l’évangile de Luc entendu sur le parvis. 


Le texte est presque trop simple, trop beau. Tout se passe comme Jésus l’avait dit : le petit âne attaché à l’endroit indiqué, la question de ses maîtres lorsque les disciples le détachent. Un plan bien réfléchi, rondement mené. Tout est prêt pour l’entrée dans la ville. La scène n’a sans doute rien d’extraordinaire jusque-là. Un groupe d’hommes qui entrent dans la ville, l’un d’eux assis sur un âne, cela devait se voir tous les jours, plusieurs fois par jour. Pourquoi cette entrée est-elle perçue différente ? Pourquoi, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient-ils leurs manteaux sur le chemin ? Les réseaux sociaux n’existent pas à l’époque : personne pour twitter l’arrivée de Jésus à Jérusalem ; personne pour donner rendez-vous devant la bonne porte de la ville ! Cela ne vous semble pas étrange, ces gens sans grandes fortunes qui sacrifient un manteau sous les sabots d’un ânon ? Sans oublier la foule des disciples qui se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus et qui attribuent à Jésus la figure royale. Seule la remarque des pharisiens bouleverse la beauté de la procession : Réprimande tes disciples ! Autrement dit : fais-les taire ! 


Nous sentons bien là, la tension qui naît et qui va grandir tout au long de la semaine qui s’ouvre pour nous. Elle va grandir jusqu’à inverser la tendance. Aujourd’hui, ils sont nombreux à se réjouir et à chanter leur joie autour de Jésus et seuls quelques-uns viennent troubler le tableau. Demain, ils seront nombreux à crier : à mort ! et seulement quelques-uns à pleurer Jésus. C’est tout le mystère et le drame d’une humanité versatile qui se joue devant nos yeux. C’est tout le mystère de notre humanité, tantôt transportée par la foi, tantôt gagnée par la méfiance du religieux, qui est ici annoncée. C’est tout le drame de notre humanité tiraillée entre le bien qu’elle veut faire et le péché qu’elle veut éviter, sans toujours parvenir à accomplir l’un et refuser l’autre. Un constat s’impose : tout cela ne peut que mal finir !


Et Jésus, pendant ce temps, que fait-il ? En relisant la page d’évangile, nous constatons qu’il ne fait rien, si ce n’est répondre à l’interpellation des pharisiens. Il vit l’événement, tout simplement. Il se laisse guider par les pas de l’âne qui le mène à Jérusalem. Il consent à ce qui lui arrive. Comme l’annonçait Isaïe : il ne s’est pas dérobé. Il ne se dérobera pas davantage au moment de sa Passion. Il fait confiance à son Père, le Père des miséricordes que l’évangéliste Luc n’a cessé de nous présenter. Ce à quoi nous assistons, c’est de la miséricorde en acte. Entendez Jésus, sur la croix, lorsqu’il répond à l’un de ceux crucifiés avec lui : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Le plus grand mal peut être pardonné si la repentance est sincère, si Jésus est reconnu pour qui il est : le Messie, le Christ. Même sur la croix, signe de l’injustice suprême, Jésus pardonne encore, Jésus aime encore ! Comme elle sonne vraie, la parole du Centurion à la mort de Jésus : Celui-ci était réellement un homme juste. 


Accompagnons Jésus et ses disciples tout au long de cette semaine ; découvrons la justice de Dieu à l’œuvre dans nos vies. Redisons-lui notre désir d’être avec lui ; qu’il se souvienne de nous quand [il viendra] dans [son] Royaume. Ainsi Dieu pourra achever en nous l’œuvre de salut qu’il a commencé. Amen.



(Icône copte Les Rameaux, de Nancy MIKAËL, publiée dans France catholique)