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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 11 novembre 2023

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2023

 C'est quoi, l'erreur des insouciantes ?



(Les vierges prévoyantes et les vierges insouciantes, Enluminure copte, 
Evangéliaire copte-arabe, réalisé au Caire en 1250, Bibliothèque de Fels, ICP - Paris)



 

 

 

            Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Ainsi commence la parabole que Jésus nous offre en ce dimanche. Elle commence plutôt bien ; elle a même un côté sympathique, parce qu’être invité à un mariage, c’est quand même plutôt bien. Qui n’aime pas être invité à un événement où tout respire la joie et le bonheur ? Mais voilà : cette histoire qui commence bien, et qui nous mettait le cœur en joie, tourne au vinaigre car, précise Jésus, cinq d’entre elles étaient insouciantes et cinq étaient prévoyantes, et s’achève dramatiquement pour les insouciantes qui resteront à la porte de la salle des noces, s’entendant dire : Je ne vous connais pas, alors qu’elles avaient été invitées ! Comment en est-on arrivé là, et surtout, quelle est l’erreur fondamentale de ces insouciantes ? 

            L’erreur fondamentale, ce n’est pas qu’elles se soient endormies, ni même qu’elles aient été tête en l’air et n’aient pas prévu assez d’huile.  On ne peut pas vraiment le leur reprocher. Voyez-vous :  l’époux était en retard à ses noces ! Et pas qu’un peu, semble-t-il ! C’est à se demander s’il avait vraiment envie de se marier, celui-là ? Sa dulcinée, dont personne ne parle au demeurant, n’a pas dû être très contente, mais passons. L’époux tarde donc, et ce qui devait arriver, arriva :  les jeunes filles s’endorment, toutes, les prévoyantes comme les insouciantes, en oubliant au passage d’éteindre leurs lampes. Au réveil, un seul constat s’impose : il n’y a plus assez d’huile pour les insouciantes, et les prévoyantes refusent de partager ce qu’elles avaient prévues. Je ne parlerai pas du manque de solidarité, ce n’est pas le sujet ici. Ce qui est dérangeant, c’est finalement que l’époux, lui qui était grandement en retard, reproche aux insouciantes de n’avoir pas été prêtes lorsqu’il a enfin daigné venir ! S’il avait été à l’heure, rien de tout cela ne se serait produit, et la joie aurait été totale. S’il s’était agi d’un mariage ordinaire, toutes ces remarques auraient été justifiées. Mais voilà, il ne s’agit pas de cela. 

            Il nous faut comprendre que cette parabole de Jésus parle de quelque chose de plus grand, de plus important, qu’un mariage ordinaire. Elle nous parle des noces de l’Agneau, comme dit la liturgie avant la communion, ces noces qui unissent l’humanité, sauvée et pardonnée, avec le Christ, mort et ressuscité, dans la gloire du Royaume, à la fin des temps. Jésus l’a bien indiqué au début de sa parabole : Le royaume des cieux sera comparable à… Si l’époux tarde à venir, c’est parce qu’il veut laisser à l’humanité le temps de se préparer, de se convertir. Et c’est là que nous pouvons comprendre l’erreur (ou le péché) de ces jeunes filles insouciantes. Non pas qu’elles aient manqué d’huile, mais elles ont manqué de confiance. Au moment où l’époux arrivait enfin, réalisant leur manque d’huile et l’impossibilité des autres à partager, elles s’en vont voir ailleurs pour trouver ce que seul l’époux aurait pu leur donner : l’huile de sa miséricorde. Elles seraient allées vers l’époux avec des lampes à demi éteintes, elles seraient entrées avec lui dans la salle du banquet. Elles n’ont pas cru que seul l’époux pouvait quelque chose pour elles. Et cela explique du même coup pourquoi les prévoyantes ne pouvaient pas partager leur réserve. Ce n’est pas par égoïsme ou par peur de manquer ; elles ne pouvaient pas partager parce que l’huile de leur amour pour l’époux ne se partage pas. L’amour que vous avez pour le Christ, vous ne pouvez pas le diviser pour en donner à quelqu’un qui en manque ; vous ne pouvez pas donner l’huile de votre confiance en Christ à celui qui n’a pas confiance en lui. Plutôt que d’envoyer les insouciantes vers les marchands, elles auraient dû, les prévoyantes, emmener avec elles les insouciantes, pour qu’elles se laissent remplir de confiance et d’amour par l’époux. Il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de l’amour qui nous manque ; il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de la confiance qui nous fait quelquefois défaut. Cela ne s’achète pas, et surtout pas ailleurs, chez des marchands quelconques. Non, personne ne peut acheter l’amour ; personne ne peut acheter la foi (même racine que la confiance). Notre manque d’amour, notre manque de foi, cela se confesse à la source de l’amour, à la source de la foi, Jésus, l’époux qui vient à notre rencontre. 

            Le devoir de vigilance auquel Jésus nous invite est double, selon moi. Comme l’indique la parabole, nous ne savons ni le jour ni l’heure. C’est le premier devoir de vigilance : attendre le retour du Christ, sans savoir quand il viendra, et être prêt à l’accueillir. Mais la parabole nous indique un deuxième devoir de vigilance, qui consiste à ne pas nous tromper sur le Christ. Il est le seul qui peut tout pour nous, parce qu’il nous aime infiniment. Il n’attend pas de nous que nous soyons parfaits ; il attend de nous que nous ayons assez d’amour et assez de confiance pour nous approcher de lui, malgré notre indigence. Quand il viendra, ne cherchons pas ailleurs l’amour et la foi qui pourraient nous faire défaut ; ayons assez de simplicité pour nous jeter dans les bras de Jésus pour lui confesser notre manque d’amour, notre manque de foi ; il saura nous combler au-delà de toute mesure. Et nous serons les heureux invités au repas des noces de l’Agneau. Amen.

samedi 4 novembre 2023

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2023

 Quand la parole de Dieu se fait difficile...



(Tableau d'Arcabas)


  

  

            Il y a des dimanches où la Parole de Dieu peut nous sembler sévère, difficile à entendre, parce qu’elle a été écrite dans un contexte de crise, à une époque lointaine dont la plupart d’entre nous n’ont que trop peu entendu parler pour en apprécier toute la portée. Et si nous lisons ces textes aujourd’hui en les prenant au pied de la lettre, nous risquons des raccourcis dramatiques. Ainsi la première lecture pourrait nous pousser à dire : les prêtres, tous pourris ; et l’évangile pareillement, mais cette fois-ci des intellectuels et des cathos trop catholiques pour certains (nos scribes et pharisiens modernes). Il n’est jamais bon de sortir un texte de son contexte, même et surtout quand ce texte est Parole de Dieu.  La question qui se pose alors est la suivante : comment ces textes sévères peuvent-ils être parole de Dieu qui fait grandir et vivre ? 

            La première piste que je vous propose, ce sera d’éviter de faire de la religion une morale. Ce sont là deux disciplines distinctes. Et si ma foi, prise au sérieux, entraine une modification de mon comportement envers les autres, elle ne s’en réduit pas pour autant à un ensemble de règles morales à observer. Dieu n’est pas le gendarme de nos vies, même s’il veille sur nous ; il est celui qui veut principalement entrer en relation, en Alliance d’amour, avec nous. La question n’est donc pas de savoir quelle règle je dois observer, mais comment je fais pour aimer mieux. L’évangile de dimanche dernier nous le rappelait à sa manière : tout est accompli de ce que Dieu veut, dès lors que j’aime comme Dieu aime, d’un amour désintéressé, qui met Dieu et l’autre au cœur de mon agir. Et, pour en rester au texte du prophète Malachie, Dieu mérite que les hommes, et les prêtres en premier, célèbrent le culte de telle manière que celui-ci soit à la hauteur de la gloire de Dieu. Pour le dire autrement, et ayant lu la totalité du livre du prophète, les prêtres doivent célébrer correctement, et les fidèles montrer plus de zèle quand ils vont au Temple. 

            La deuxième piste intéressante est de se souvenir toujours de ce que Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique et qui leur vaut ses félicitations : ils ont accueilli la parole de Dieu pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre dans les croyants. Nous pouvons ne pas toujours la comprendre ; certains passages de la parole de Dieu ne s’éclaireront peut-être qu’avec le temps, à force de les méditer : elle reste cependant parole de Dieu qui agit, donc parole qui veut le meilleur pour nous, parole qui veut pour nous la vie avec Dieu. La comprenant ainsi, nous ne mettrons pas de côté ce qui ne nous convient pas ; nous ne nous fabriquerons pas une petite bible à usage personnelle ; mais nous entrerons progressivement dans cette parole, retenant ce que nous comprenons immédiatement, approfondissant toujours davantage ce qui nous interpelle, nous interroge voire nous scandalise. Il nous est interdit d’ignorer la parole de Dieu ; il nous est recommandé de la travailler pour la comprendre mieux dans le monde et l’époque où nous vivons. Nous entendons la même parole que les Thessaloniciens de l’époque de Paul, mais nous ne l’interprétons peut-être pas toujours de la même façon, parce que notre époque n’est pas, et n’est plus, l’époque des Thessaloniciens à qui Paul écrit. Mais ce qu’il leur a écrit, peut encore interroger notre époque ; ce qu’il leur a écrit peut encore éclairer notre époque, peut-être avec des accents différents. La parole de Dieu ne change pas ; ce qui change, c’est le monde dans lequel nous avons à la vivre ; ce qui peut changer, c’est donc notre manière de la vivre aujourd’hui. Si nous figeons la parole de Dieu dans l’époque à laquelle elle a été écrite, elle sera juste une collection intéressante de paroles venant d’un passé de plus en plus lointain, et un éclairage sur un modèle de société donné. Mais si nous la travaillons, la méditons avec ferveur, elle sera une parole authentique de Dieu pour le monde d’aujourd’hui. 

            La dernière piste que je vous propose nous vient du bref psaume 130 (131) qui nous a permis de répondre à l’extrait du prophète Malachie. Il nous rappelle l’attitude qui convient lorsque nous nous présentons devant Dieu : une juste humilité (je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux) et une grande confiance en Celui qui vient à notre rencontre (Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais). Je comprends de cela que je dois laisser Dieu être Dieu comme il veut l’être, comme il a promis jadis à Moïse de l’être toujours. Je suis celui que tu auras besoin que je sois selon les étapes de ta vie, dit-il en substance quand Moïse lui demande son nom et qu’il répond :  Je suis qui je suis ou je suis qui je serai. Nous pouvons dès lors ne jamais avoir peur de Dieu, et lui garder la confiance primordiale, celles des enfants vis-à-vis de leurs parents : Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Quand nous abordons avec cet esprit la parole de Dieu, qu’elle soit sévère comme aujourd’hui ou plus encourageante, nous reconnaîtrons toujours en elle Dieu qui nous invite à le suivre et nous prévient des dangers de la route, dangers dans lesquels nous nous mettons tout seul quelquefois. Rendre à Dieu la gloire qui lui est due, c’est aussi reconnaître et confesser qu’il est Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous, nous appelant toujours à une vie plus grande et nous donnant de la réaliser. 

            Puisse notre eucharistie toujours nous redonner le goût de la parole de Dieu. Puisse-t-elle toujours nous permettre de le célébrer dignement, d’un culte qui soit à sa hauteur. Puisse-t-elle nous apprendre à toujours nous rapprocher de Dieu qui est notre vie et qui veut pour notre vie le meilleur ; il gardera notre âme dans la paix, près de lui, ici, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.


mardi 31 octobre 2023

Toussaint - 01er novembre 2023

Tous saints, vraiment ?



(Détail d'un tableau d'Arcabas)

 

 

 

            Avec encore en tête l’évangile de dimanche dans lequel Jésus nous rappelait que ce qui donne sens et beauté à notre vie, c’est l’amour de Dieu et des autres, toujours, indéfectiblement liés, nous abordons cette fête de la Toussaint avec appréhension, car reconnaissons-le, nous n’aimons pas pleurer ; nous ne voulons pas faire partie des doux, des miséricordieux et des artisans de paix, si cela signifie être considérés par le monde comme faibles et prompts à se laisser marcher sur les pieds ; nous voulons bien nous battre pour la justice à condition qu’elle soit en notre faveur, mais certainement pas être persécutés en son nom ; et nous préférons nous cacher d’être chrétien plutôt que d’être insultés à cause du Christ et de son Eglise. Puisque ce sont là les critères de sainteté, nous en sommes loin soudain, notre amour lui-même n’étant pas à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous. Et nous pouvons donc nous interroger : tous saints, vraiment ? 

            Si nous considérons la sainteté comme un état de perfection, alors oui, nous sommes à plaindre, parce que peu y parviendront. Pour célébrer la Toussaint sereinement, il nous resterait alors à la considérer comme une fête pour les autres, ceux qui étaient avant nous, ceux qui vivaient dans ce monde merveilleux du passé, où selon certains, tout était mieux, bien mieux qu’aujourd’hui ; mais cela nous apporterait quoi ? Si elle est bien la fête de celles et ceux qui nous précèdent dans le Royaume et dont l’Eglise reconnaît la vie comme un modèle, un chemin pour nous, la Toussaint est aussi une fête pour nous rappeler à quoi nous sommes appelés. Et peut-être tout est-il dans ce verbe : être appelé. Il nous rappelle que notre sainteté est une vocation. J’ai en moi le désir d’être saint, parce que c’est ce à quoi Dieu m’appelle. Et s’il m’y appelle, il me donne les moyens de réussir. Dieu ne nous appelle pas à quelque chose qui serait hors de notre portée. Arrêtons de voir les saints comme des gens qui ont réussi là où nous échouons sans cesse ; regardons-les comme des gens qui ont suivis amoureusement le chemin que Dieu leur avait préparé, et qui l’ont suivi jusqu’au bout. Dieu les a choisis au jour de leur baptême, comme il nous a tous choisis. Parce que Dieu les a choisis, ils ont choisi Dieu, à travers les joies et les difficultés de leur vie, ils ont choisi de lui rester fidèles, ils ont choisi de toujours croire en lui, même quand cela semblait difficile. Certains l’ont fait spontanément, d’autres après bien des péripéties. Ce choix, nous pouvons le faire aussi. Et nous pouvons le refaire autant de fois que nécessaire. 

            Si la sainteté est un appel de Dieu, elle est aussi un don de Dieu. Il nous rend saint en son Fils Jésus, lui qui s’est livré pour nous, pour notre vie, pour notre salut. Notre vie, avec ses joies et ses épreuves, nous ne l’affrontons pas seuls. Le Christ est présent avec nous, jusqu’à la fin des temps, et c’est lui qui nous permet de passer la grande épreuve dont parle l’Apocalypse. C’est par le sang de l’Agneau qu’ils ont blanchi leurs robes, ceux qui se tiennent debout devant le Trône et devant l’Agneau. Sans le Christ, la sainteté est impossible ; avec le Christ, elle est un don que Dieu fait à tous les hommes. Notre baptême nous a rendus saints, il nous a faits enfants de Dieu, et nous le sommes, nous assure saint Jean. La sainteté resplendit en nous depuis notre baptême. Il faut donc la considérer, non pas comme une récompense à gagner, mais comme un cadeau toujours à accueillir, toujours à utiliser. Notre sainteté ne s’use que si nous ne nous en servons pas. Ne soyons pas comme des enfants gâtés qui ont tout reçu, mais qui n'utilisent jamais leur cadeau ! En nous donnant l’Esprit Saint, tout nous a été donné. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons pleurer avec ceux qui pleurent sans être abattus et sans espérance ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être doux, miséricordieux et artisans de paix sans nous sentir faibles ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons avoir faim et soif de justice pour tous, et même accepter d’être persécutés pour elle ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être fiers d’être au Christ, sans ressentir le besoin de nous cacher parce que son Eglise est imparfaite et pécheresse. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons cultiver cette sainteté que Dieu nous offre sans risque de la perdre. Ne la considérons pas comme un talent à cacher en terre et à restituer le jour venu ; considérons-la comme un talent à risquer dans le monde où nous sommes. Ce n’est pas l’échec qui nous tiendra loin du Royaume ; c’est de n’avoir pas osé essayer ! 

            En cette fête qui nous fait célébrer nos amis les saints et les saintes de Dieu, n’oublions pas de célébrer la sainteté qui est en nous. Que notre eucharistie ravive en nous le désir d’être saints, de vivre avec Dieu chaque jour de notre vie, pour partager un jour, la joie de son éternité. Alors, nous serons tous parfaitement saints, parce que nous lui serons semblables éternellement. Amen. 

samedi 28 octobre 2023

30ème dimanche ordinaire A - 29 octobre 2023

 Quand on n'a que l'Amour...



(Jacques BREL, Quand on n'a que l'amour. Source chaine YouTube Jaouad Saber Official) 



 

 

            Quand on n’a que l’Amour…chantait Jacques BREL en 1956. Qui ne connaît cette chanson ? Qui est capable de l’écouter sans se dire : mais bien sûr, il a raison ! Pour le chrétien que je suis, il se fait ainsi l’écho lointain de ce prédicateur qui parcourait la Galilée, la Judée et la Samarie et qui parlait lui-aussi d’amour, je veux parler de Jésus. Quand une nouvelle fois les pharisiens veulent le mettre à l’épreuve, en l’interrogeant sur la Loi pour savoir quel est le grand commandement, ne leur répond-t-il pas en substance : vous n’aurez que l’amour ? L’amour de Dieu et l’amour des autres, comme une seule et même réalité. 

            Quand on n’a que l’Amour… Comment se fait-il, après tant de prédications sur le sujet, que cet amour ne soit pas encore totalement entré dans nos mœurs ? Comment se fait-il que, même entre chrétiens, nous soyons encore capables de nous déchirer ? Comment se fait-il qu’entre membres d’une même communauté croyante, nous soyons encore capables de discordes et de conflits ? Comment se fait-il qu’au sein d’une même famille humaine, nous soyons quelquefois capables de nous déchirer pour des choses bassement matérielles ? N’avons-nous donc pas l’amour ? N’avons-nous donc pas encore compris que tout va mieux, que tout est plus simple, que tout est plus beau… quand nous aimons ? 

            Quand on n’a que l’Amour… A moins que ce ne soit notre conception de l’amour qui soit faussée. Peut-être que nos querelles viennent justement de ce que nous aimons, mais pas les mêmes choses. Peut-être que nos oppositions naissent de ce que nous aimons, mais que nous n’aimons pas l’essentiel. Nous aimons des choses, nous aimons des idées, nous aimons l’idée de l’amour elle-même, mais nous n’aimons pas les autres, qui n’aiment pas les mêmes idées, qui n’aiment pas les mêmes choses, qui n’aiment pas les mêmes personnes… Faudrait-il alors renoncer à aimer ? Ou bien n’aimer que ceux qui nous aiment ? Nous avons déjà entendu Jésus sur la question quand, lors de son sermon sur la montagne, il nous invitait à aimer nos ennemis, comme la marque authentique de notre désir de le suivre Lui, la Source de l’Amour véritable. Ne nous disait-il pas alors : si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Il concluait sa relecture de la Loi par ces mots : Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (voir homélie du 7ème dimanche ordinaire A). 

            Quand on n’a que l’Amour… Un évêque vénérable d’Hippone et Docteur de l’Eglise, Augustin, prêchait au temps pascal ainsi : Aime et fais ce que tu veux. J’aime cette parole, non pas parce qu’elle nous dégagerait de toute Loi, mais elle nous redit, comme Jésus dans l’évangile de ce dimanche, qu’il n’y a pas d’autre voie que la voie de l’amour, et de l’amour du prochain. Il ne s’agit pas, dans la pensée d’Augustin, de faire ce que j’aime, mais de faire par amour ce qui doit être fait pour l’autre. Ecoutons la suite de son homélie qui peut s’entendre aussi comme une prière : « Ce court précepte t'est donné une fois pour toutes : Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par Amour. Aie au fond du cœur la racine de l'Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Voici ce qu’est l’Amour ! Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 9-10). Ce n’est pas nous qui L’avons aimé les premiers, mais Il nous a aimés, afin que nous L’aimions. Ainsi soit-il. » Il ne s’agit donc pas d’être laxiste, mais d’avoir au cœur même de notre agir le principe de l’amour tel qu’il est en Dieu lui-même. La Loi de la charité ne dispense pas d’appliquer les autres lois, elle en est l’accomplissement : De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes, dit Jésus dans l’Evangile. C’est bien ainsi qu’il faut comprendre l’adage d’Augustin. Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Saint Augustin lui-même précisera sa pensée en donnant l’exemple d’un père qui corrige son fils alors que son kidnappeur le caresse. Tout le monde préfère les caresses à la correction, fût-elle fraternelle. Et pourtant dit Augustin :  si l’on considère ceux qui sont à l’origine des actions on comprend que c'est l'amour qui corrige, et la méchanceté qui caresse ; les actions humaines ne peuvent être comprises que par leur racine dans l’amour. Toutes sortes d'actions peuvent sembler bonnes sans nécessairement procéder de l'amour. C’est notre amour, quand il est à l’image de l’amour que Dieu nous porte, qui donne sa valeur à nos actions ; c’est l’amour qui donne sa valeur à la Loi. C’est l’amour qui donne sa valeur à notre vie. 

            [Quand on n’a que l’Amour… Chère Alma, toi qui entres aujourd’hui dans la grande famille des disciples de Jésus, je te souhaite de ne vivre que par cet amour. Tu es le fruit de l’amour de tes parents. Apprends à aimer par eux ; apprends à aimer à la source même de l’Amour, Dieu, qui fait de toi sa fille bien-aimée aujourd’hui. Et si un jour quelqu’un te parle de Dieu de manière à ne pas te conduire à aimer plus, fuis-le et cours aussi loin et aussi vite que tu peux. Car Dieu n’est qu’amour et il est Celui qui nous apprend à aimer vraiment.] 

            Quand on n’a que l’Amour… Faut-il vraiment poursuivre encore ? Je vais conclure en citant sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, à qui le pape François vient de consacrer une exhortation apostolique. Il nous rappelle quelques paroles de la Sainte la plus aimée par les chrétiens et les non chrétiens. Par exemple, ses mots gravés dans sa cellule : Jésus est mon seul amour ; nous devons les faire nôtres, pour que ce soit son amour qui nous inonde et que nous puissions comme Thérèse, lui rendre amour pour amour. Quand on n’a que l’Amour… nous pouvons comme Thérèse trouver notre vocation et nous écrier : Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour. Amen.

samedi 21 octobre 2023

29ème dimanche ordinaire A - 22 octobre 2023

 A César ce qui revient à César ; à Dieu ce qui revient à Dieu : une devise missionnaire.



(Extrait de Goscinny & Uderzo, Obélix et Compagnie, Dargaud)



  

 

            Comme chaque année, l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre nous fait célébrer la clôture de la Semaine Missionnaire Mondiale. Le thème choisi par le pape François cette année s’énonçait ainsi : Des cœurs brûlants, des pieds en marche.  Il nous invitait ainsi à méditer le récit des disciples d’Emmaüs pour comprendre la démarche missionnaire. En effet, selon la lettre du pape François présentant ce thème, il faut des cœurs brûlants pour les Ecritures expliquées par Jésus, des yeux ouverts afin de le reconnaître et, comme point culminant, des pieds en marche pour nous rappeler que l’on n’évangélise pas depuis son canapé ! L’Evangile de ce dimanche nous invite à sa manière à être missionnaire avec cette parole singulière de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 

            Certains ont voulu voir dans cette phrase l’affirmation avant l’heure des principes de laïcité : César d’un côté et Dieu de l’autre, et prière de ne pas mélanger, César ne s’occupant pas de Dieu et Dieu ne s’occupant pas de César ! C’est, me semble-t-il, se tromper de combat, parce que je ne vois pas bien pourquoi, dès lors que quelqu’un s’engage en politique, il ne pourrait pas le faire au nom de sa foi, et surtout pourquoi, de ce seul fait, Dieu ne s’occuperait plus de lui. Avant d’être un principe séparant les pouvoirs, ce verset est d’abord une occasion de rappeler que le croyant ne peut se soustraire aux autorités qui le gouvernent. Ou, pour reprendre le cas d’école présenté à Jésus (le paiement de l’impôt à un gouvernement que l’on déteste et estime illégitime), rappeler au croyant qu’il ne peut mettre en avant sa foi pour échapper à la solidarité nationale que permet le prélèvement d’un impôt, et rappeler à César et à ceux qu’il gouverne, qu’il ne peut se prendre pour Dieu !  L’impôt à César, la gloire et les honneurs à Dieu ! Nous pouvons y voir là l’étape nécessaire à toute œuvre missionnaire. Quel que soit l’endroit où iront les disciples du Christ, ils reconnaitront les autorités humaines sans les confondre avec l’autorité divine. Et les autorités humaines n’empêcheront pas les disciples du Christ d’annoncer le Royaume. 

            L’histoire de Cyrus, Roi des Perses, nous montre fort justement que celui qui gouverne peut avoir été choisi par Dieu comme son instrument pour rétablir la justice et permettre aux hommes de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Cyrus est celui qui vaincra les Babyloniens qui avaient déporté le peuple juif, et en suite de sa victoire, il sera celui qui permettra le retour en Israël des déportés afin que la gloire de Dieu soit manifestée à son peuple qui jadis s’était détourné de lui. Il faut entendre Dieu parler à Cyrus : Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en-dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. Cyrus est le messie, l’envoyé de Dieu, mais il n’est pas Dieu. Il ne peut s’attribuer ce qui revient à Dieu seul. 

            Il nous faut aussi entendre Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens. L’œuvre missionnaire qu’il a accompli, son annonce de l’Evangile qui porte du fruit à Thessalonique, il ne se l’attribue pas ; il reconnaît que c’est l’œuvre de Dieu : notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine de certitude. Paul ne se prend pas pour Dieu ; il reconnaît l’œuvre de l’Esprit Saint à travers lui, œuvre qui permet une annonce efficace de la Parole. Voici le vrai travail missionnaire rappelé : laisser l’Esprit Saint agir à travers nous. Ce n’est pas amoindrir notre importance ; si nous ne prêtons pas la voix à l’Esprit Saint, qui le fera ? Le missionnaire est utile, important, mais il n’est pas Dieu ; il est à son service. A César ce qui revient à César (dans le cas de Paul, le courage de se mettre en route, d’oser une parole nouvelle), à Dieu ce qui revient à Dieu (la reconnaissance de son Esprit à l’œuvre en nous et dans le monde). Ainsi la foi peut se répandre ; ainsi le Royaume des cieux peut-il être annoncé. 

            Comprenez-vous mieux en quoi la règle énoncée par Jésus (à César ce qui revient à César, à Dieu ce qui revient à Dieu) est missionnaire ? Cette règle peut se décliner ainsi : aux hommes ce qui revient aux hommes, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ou encore ainsi pour qu’elle soit comprise comme une invitation à la mission : aux croyants ce qui revient aux croyants, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ce qui revient aux croyants que nous sommes, c’est de témoigner de ce Dieu qui nous fait vivre et qui nous envoie l’annoncer par notre seul baptême. Si étant croyants, nous n’avons plus le cœur brûlant pour cette Parole à proclamer ; si étant croyants, nous n’avons plus des yeux ouverts sur le monde pour reconnaître Jésus à l’œuvre ; si étant croyants, nous n’avons plus des pieds en marche, comment le Christ parviendra-t-il aux extrémités du monde ? Comment le Christ sera-t-il annoncé ? Comment son Evangile sera-t-il vécu ? A César (c'est-à-dire à nous), ce qui lui revient : annoncer le Royaume et témoigner du Christ ; à Dieu ce qui lui revient : nous donner les mots et la force de convaincre. Quand César est à sa juste place et qu’il reconnaît la juste place de Dieu, alors le monde peut être transformé par la Parole d’amour et de pardon que Dieu ne cesse de répandre par ses disciples. Soyons de ceux-là : ayons un cœur brûlant et des pieds en marche, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le Royaume n’en sera que mieux annoncé. Amen.

samedi 14 octobre 2023

28ème dimanche ordinaire A - 15 octobre 2023

 Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau !


(Frères Van Eyck, L'Agneau mystique, Cathédrale Saint-Bavon, Gand)


 

  

           Si la Bonne Nouvelle du Royaume est quelquefois surprenante, il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui, elle est particulièrement sanglante. Entre les invités qui ne veulent pas venir et qui tuent les messagers, envoyés pour leur rappeler que les noces, c'est maintenant, et le roi qui envoie ses troupes massacrer les meurtriers et incendier leur ville, nous ne pouvons pas vraiment dire que ces noces sont joyeuses : elles sont même plus proches d’un épisode de Games of Thrones que de l’Evangile. Et c’est sans compter le pauvre type ramassé à la va vite qui se retrouve expulsé, pieds et poings liés, parce qu’il n’a pas le bon vêtement ! Faut-il donc craindre d’être invité aux noces du Royaume ? 

          Non, bien sûr. Il nous faut entendre l’invitation qui nous est faite à chaque eucharistie. Elle s’énonce ainsi : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! Il n’est pas question de massacre, ni de rejet. La joie du Royaume est réelle et notre participation à cette joie est attendue. Cette invitation est large et nous rappelle qu’ici-bas, nous pouvons tous déjà avoir un avant-goût de ce repas des noces éternelles. Mais cette invitation large ne doit pas nous faire oublier que nous avons à nous tenir prêts en vue de ce jour. Nous ne pourrons pas en repousser le délai, ni nous excuser d’avoir autre chose à faire. Cette parabole sanglante est un avertissement pour nous. La patience de Dieu est grande, mais elle ne supportera pas la violence des hommes qui ne veulent pas répondre. Cet envoi des troupes qui firent périr les meurtriers est aussi le rappel que le mal sera détruit, radicalement et que les noces de l’Agneau inaugureront un temps nouveau, un monde nouveau où le mal n’aura plus droit de cité. Ceux qui font le mal ne sont pas dignes de participer à ces noces. Nul ne peut se réjouir du mal qui est fait ; nul ne peut se réjouir avec les malfaisants. 

          Si le message de la parabole des invités à la noces est plutôt facile à comprendre, celui de la seconde parabole de vient plus obscur parce que cette parabole est justement tissée dans la première. Je vous rappelle la fin de la première parabole : les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Autrement dit, la fête a lieu, comme prévu. Fin de la première parabole. La seconde parabole commence ainsi : le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Rien ne permet de dire qu’une tenue a été distribuée, comme ce sera bientôt le cas pour nos écoles, afin que tout le monde soit compatible avec le lieu. Mais puisque cette histoire est intimement liée à la première, est-il vraiment surprenant que, laissant entrer les mauvais comme les bons, il s’en trouve un qui ne soit pas bien habillé ?  Ce qui est me surprend, c’est plutôt qu’à inviter large au dernier moment, il n’y en ait pas plus dans son cas ! Puisque les mauvais comme les bons ont été accueillis, le vêtement de noce ne peut être que dans l’attitude de celui qui est invité. Et peut-être retrouvons-nous là la joie que la liturgie souligne quand elle nous invite à participer au repas des noces de l’Agneau. Si les mauvais sont accueillis, c’est que le mal qu’ils ont pu commettre a été pardonné, et ils sont capables de partager la joie des noces. De cet homme qui ne porte pas le vêtement de noce, il n’est pas dit qu’il est méchant ou bon ; il est juste dit qu’il n’a pas le bon vêtement. Dans cette assemblée qui se réjouit, il doit être le seul à ne pas être en joie, comme s’il était venu malgré lui ; il est là sans vraiment y être ; son cœur n’y est pas ! Il se fait donc expulser, manu militari. Ceci nous rappelle qu’on ne vient pas à la noce par hasard, parce qu’on a vu de la lumière. Participer aux noces de l’Agneau demande à avoir le cœur prêt à y participer, que l’on soit bon ou mauvais. On ne fait pas une tête de six pieds de long quand on est invité à la noce du fils du roi. 

          Si je reprends alors ces deux paraboles, j’en retiens quoi ? D’abord une espérance : nous sommes invités au repas des noces de l’Agneau. Autrement dit, Dieu nous attend en son Royaume, et il attend les mauvais comme les bons ; c’est la parabole qui le dit ! Mais cette espérance doit nourrir ma foi. Si je crois cela, si je crois que Dieu m’attend, alors je dois me réjouir avec lui, me réjouir d’être accueilli par lui. Dieu ne forcera personne à entrer dans la salle de noce. Le « On ira tous au paradis » n’a rien d’obligatoire ; celui qui ne veut pas, ne vient pas. Chacun est libre. Tu préfères aller à ton champ ou à ton commerce, c’est ton droit. Celui qui t’invite n’en sera pas ravi, mais il respectera ton choix. Mais si tu viens, que ta foi illumine ton regard. Si tu viens, remercie celui qui t’a invité : porte ton vêtement de noce, apporte ta joie. Amen.


samedi 7 octobre 2023

27ème dimanche ordinaire A - 08 octobre 2023

 Mon ami avait une vigne...



 

 (Source internet : Lundi 5 juin 2023 - Missionnaires de la Divine Volonté (disciples-amoureux-missionnaires.com)

 

 

            Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Ainsi Isaïe commence-t-il son chant qui de poème bucolique devient réquisitoire contre son peuple. Sans doute Jésus pense-t-il à ce chant quand il raconte à son tour la parabole d’un maître d’une vigne qui se donne de la peine pour soigner son domaine avant de le donner en fermage. Mais n’allons pas trop vite en besogne. 

            Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Tout commence plutôt bien. Isaïe chante son ami qui se donne de la peine pour sa vigne : Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins. Remarquez que nous ne savons pas qui est cet ami dans cette première strophe. Mais nous constatons la peine qu’il se donne, ainsi que son expertise : il sait reconnaître un plant de qualité. Son espérance d’avoir à terme de beaux raisins est légitime après tout le mal qu’il s’est donné. Hélas, la deuxième strophe nous apprend que la vigne, au lieu de donner de bons raisins, en donna de mauvais. Tout ce travail pour rien. S’en suit le procès, comme si la vigne pouvait être jugée ! Habitants de Jérusalem, soyez juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire plus que je n’ai fait ? Son espérance de bons fruits et de bon vin est détruite. Nous comprenons tous sa colère. Et avec les habitants de Jérusalem, nous pouvons comprendre la sentence de la troisième strophe : la vigne sera détruite, livrée aux animaux. Sa terre restera à l’abandon : j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. Jusque là rien de difficile à comprendre. Sauf que, il reste une strophe. Et cette strophe révèle qui est cet ami qui avait une vigne, et surtout qui est cette vigne. Ceux qui avaient été établis juges contre la vigne se retrouvent accusés. L’ami n’est autre que Dieu, la vigne, le peuple qu’il s’est choisi, pour qui il s’est donné de la peine, et les mauvais fruits, ce sont les péchés du peuple, son idolâtrie. La sentence est sans appel : le peuple sera détruit. 

            La parabole de Jésus commence de la même manière : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir, et bâtit une tour de garde. Mais il introduit deux éléments nouveaux. Le premier : il loua cette vigne à des vignerons et partit en voyage. Rappelons-nous que Jésus raconte cette parabole aux grands prêtres et aux anciens du peuple, c'est-à-dire à ceux qui ont la charge de guider ce peuple. Et que font-ils ? Ils s’approprient la vigne, le peuple de Dieu ; pire, ils massacrent les serviteurs multiples que le maître envoie pour en recueillir les fruits. Finalement, ils tuent même l’héritier. C’est une manière pour Jésus de relire l’histoire de son peuple et d’annoncer sa mort prochaine. Le deuxième élément nouveau, c’est cette autre parabole, celle de la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs et qui est devenue la pierre d’angle. Cette deuxième parabole, liée à la première, nous permet de voir plus loin, de voir au-delà de Pâques. Parce que la pierre rejetée devenue pierre d’angle, c’est Jésus mort et ressuscité. Et cet événement de Pâques, nous le savons, ouvre alors une nouvelle perspective. Avec Pâques, la clôture qui enserrait la vigne tombe et lui ouvre un espace infini pour se répandre et produire plus de fruits. Si la première parabole voulait nous inviter à la conversion sous peine d’être retirés du peuple, la seconde, lue après Pâques, nous dit que désormais tout homme qui croit au Christ peut être agrégé à la vigne, à charge pour tous les disciples, anciens et nouveaux, de lui faire produire ses fruits. 

            Le chant de la vigne du prophète Isaïe, comme la parabole racontée par Jésus, nous rappelle que Dieu se donne de la peine pour prendre soin de nous. Nous sommes la vigne qu’il a plantée et dont il attend de bons fruits. Mais nous sommes aussi les ouvriers à qui cette vigne est confiée. Ne la gardons pas pour nous ; ne la détruisons pas par égoïste. Il attend de nous les bons fruits de la charité. Il attend de nous cette confiance dont parle Paul dans la deuxième lecture ; il attend de nous ce qui est vrai et noble, ce qui est juste et pur, ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges. Le chemin est tracé, la Bonne Nouvelle retentit depuis des siècles maintenant. Qu’en avons-nous fait ? Devant Dieu, avons-nous le cœur en paix ? Les avertissements du prophète comme ceux de Jésus, sont toujours d’actualité. Entendons-les et convertissons-nous, ou nous n’aurons pas notre part lorsque viendra le temps joyeux de la récolte. Appuyons-nous sur le Christ, pierre rejetée devenue pierre d’angle, pour progresser dans la connaissance de Dieu et de sa volonté. Appuyons-nous sur lui pour vivre en dignes héritiers de la grâce. Amen.