Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 25 septembre 2021

26ème dimanche ordinaire B - 26 septembre 2021

 Tous disciples, tous missionnaires.



(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, Presses d'Ile de France)





            Dans une semaine exactement se tiendra, en divers diocèses dont celui de Strasbourg, le congrès mission. Trois jours nous sont offerts pour reprendre goût à la mission, pour nous encourager, nous écouter et peut-être aussi écouter le Seigneur qui nous parle et nous envoie. Il est heureux alors que, pour nous y préparer, la liturgie de ce dimanche nous oriente déjà vers ce congrès de manière peut-être malicieuse, nous rappelant qu’il n’y a pas d’exclusivité en la matière.

            Que ce soit à l’époque de Moise ou à l’époque de Jésus, l’Esprit Saint se manifeste où il veut, quand il veut, pour une mission dont lui seul précise les contours. En voici deux qui prophétisent, hors de tout cadre : faut-il les arrêter ? En voici un autre qui chasse des démons au nom de Jésus, tout aussi hors cadre, n’appartenant pas au groupe de ceux qui nous suivent. Faut-il l’en empêcher ? Dans les deux cas, la réponse jaillit identique dans l’esprit : laissez faire ! Vous ne pouvez pas contraindre l’Esprit Saint à n’agir que dans les cadres imaginés par l’esprit humain. Vous ne pouvez enfermer l’Esprit Saint ni dans la Synagogue, ni dans l’Eglise. L’esprit est libre, il agit quand il veut ; il agit où il veut ; il agit par qui il veut. C’est une manière intéressante de nous dire que tout un chacun est concerné, que tout un chacun doit être attentif aux appels de l’Esprit Saint. Apprenons à nous laisser surprendre par l’Esprit Saint. Et pour éviter tout et n’importe quoi, un critère important est donné par Jésus : quand c’est bien l’Esprit qui agit à travers quelqu’un, même hors cadre, cela produit du bien, cela construit l’humanité, cela fait grandir la fraternité. Pour être plus clair, si ce que tu fais en affirmant que tu le fais au nom de Dieu, produit du mal ou du bruit, ce n’est pas de l’Esprit Saint ; tu trompes ton monde, tu es une occasion de chute pour les autres. Le bien ne fait pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien.

            Depuis le début de son pontificat, le pape François nous invite tous à devenir disciples missionnaires. Je comprends bien ce qu’il veut faire passer comme message, mais je trouve que la manière de le dire est maladroite. Quelqu’un peut-il être disciple du Christ sans être missionnaire, sans témoigner de lui, sans l’annoncer aux autres ? Je ne crois pas, à moins de considérer que Jésus, il est pour moi tout seul. Quelqu’un peut-il alors être missionnaire sans être disciple ? Je ne crois pas davantage, car comment quelqu’un pourrait-il inviter à suivre le Christ si lui-même ne le suit pas ? La rencontre avec le Christ nécessairement met en mouvement. La rencontre avec le Christ nécessairement fait parler de lui. Ou alors le Christ n’est pas vraiment devenu essentiel pour nous ; il ne serait qu’un truc en plus pour moment difficile ou dépressif. Or, j’ai bien relu les évangiles. Jamais le Christ n’a dit : je suis ton médicament. Mais il a bien dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. S’il est chemin, il nous faut le suivre ; s’il est vérité, il nous faut le proclamer ; s’il est vie, il nous faut le partager. Nous sommes tous disciples ; nous sommes tous missionnaires.

            Un dernier point à éclaircir : vivre une dynamique missionnaire, cela ne demande pas de longues études, ni un engagement à temps plein et exclusif. C’est quelque chose à vivre dans son quotidien, par des petites attentions, des gestes simples : un verre d’eau offert, un sourire partagé, un pardon accordé. Des parents seront disciples (ou missionnaires) du Christ, en élevant leurs enfants dans la foi et en étant pour eux des exemples vivants de ce que le Christ nous permet de vivre. Quelqu’un en situation de responsabilité sera disciple du Christ en dirigeant ses équipes avec prudence et charité, respectant les personnes qui lui sont confiées. Un enfant sera disciple du Christ en écoutant ses parents, en se forgeant aussi des amitiés solides et saines. Chaque baptisé aura à cœur d’être un disciple du Christ en développant un art de vivre découlant de l’enseignement du Christ qui nous invite à l’amour de tous, dans une attention permanente des petits et des pauvres. 

            Préparons-nous et préparons notre Eglise diocésaine à vivre cet événement, en priant pour sa réussite, en priant les uns pour les autres. Que tous, nous ayons à cœur de vivre la triple dimension de notre vocation baptismale : nous sommes tous prêtres, chargés de célébrer la louange de Dieu ; nous sommes tous prophètes, chargés d’annoncer Celui qui nous fait vivre ; nous sommes tous roi, chargés de gouverner notre vie selon les principes de l’Evangile. En étant conscients de ce que le Christ a fait de nous, nous serons vraiment ses disciples, nous serons vraiment missionnaires. Amen.  

samedi 18 septembre 2021

25ème dimanche ordinaire B - 19 septembre 2021

 Les disciples ne comprenaient pas ces paroles.





                Est-ce que la remarque cinglante faite à Pierre par Jésus dimanche dernier est restée dans les esprits des Apôtres ? Nous n’en savons rien. Toujours est-il que, lorsque nous croisons à nouveau Jésus et son groupe de disciples, et que celui-ci continue à les enseigner au sujet de sa Passion, Marc écrit sobrement : Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Comprenez : personne n’a envie de se prendre un nouveau Passe derrière moi Satan dans les oreilles, même en privé. Alors on fait quoi ? 

            D’abord, nous éviterons de juger les Apôtres. Il n’est pas sûr que nous aurions compris davantage les paroles de Jésus si nous avions fait partie du groupe. Nous ne pouvons pas, à partir de nos connaissances, dire que les Apôtres sont nuls, qu’ils auraient dû faire le lien avec le chant du Serviteur souffrant, ou qu’ils devraient faire plus confiance à Jésus, parce qu’il sait ce qu’il dit, et que nous savons, avec deux milles ans de recul, que c’est vrai : Jésus ne sauvera les hommes que par sa mort et sa résurrection ! Eux ne le savent pas ; ils n’ont pas encore vécu Pâques et l’annonce de la résurrection de Jésus. Eux ont juste accompagné Jésus ; ils le suivent quotidiennement ; ils le voient faire des miracles ; ils l’entendent enseigner ; ils constatent comment la foule l’accueille et le suit. Ils sont à mille lieux de pouvoir simplement concevoir que cette histoire puisse mal se finir. Et ce, quand bien même Jésus le leur dirait plus d’une fois. Il nous faut reconnaître que ce n’est pas évident d’entendre quelqu’un que l’on aime nous dire qu’il va devoir mourir, assassiné qui plus est, pour que nous puissions vivre. Comment croire l’incroyable lorsque celui-ci n’a encore jamais eu lieu ? 

            Ensuite nous pourrions leur suggérer de l’interroger quand même. Ils n’ont pas à avoir peur de Jésus. S’ils ne comprennent pas, qu’ils fassent comme les enfants à l’école : qu’ils interrogent leur Maître. Pierre ne s’est pas pris une volée de bois vert pour avoir interrogé Jésus ; il s’est fait remettre à sa place parce qu’il a contredit Jésus sur ce que Jésus venait de présenter comme le dénouement de sa mission. Il a refusé que l’enseignement de Jésus, pour surprenant et dérangeant qu’il puisse être, soit le destin de Jésus. Il a pensé qu’une autre porte de sortie était possible. Il a refusé d’entrer dans le projet de Dieu. Demander à Jésus de mieux s’expliquer, c’est une chose ; demander à Jésus d’envisager autrement sa mission et sa fidélité à Dieu, son Père, en est une autre. Nul ne peut refuser Jésus tel que Jésus se présente. Vous avez le droit d’imaginer votre Jésus, un Jésus à votre mesure, un Jésus qui corresponde bien à vos envies, à vos désirs ; mais vous ne pouvez pas demander à Jésus, le Christ, d’être à l’image de ce que vous avez rêvé. Jésus, on le suit comme il est ou on le laisse ! 

            Enfin, vous pourrez dire aux Apôtres que pour mieux comprendre, il faut peut-être tout simplement mieux écouter, et ne parler d’autre chose pour éviter de trop bien comprendre ce que dit Jésus. Sans doute est-ce plus passionnant de savoir qui était le plus grand ; mais cela n’apporte pas grand-chose. Surtout, cela détourne de l’enseignement de Jésus, de sa portée globale. Jésus n’a pas appelé de futurs petits chefs autour de lui ; il a appelé des disciples. Il ne donne pas un cours de management ou de bonne conduite des hommes ; il invite à le suivre, en prenant sa croix, en perdant sa vie à cause de Lui et de l’Evangile. Ce n’est pas une histoire de hiérarchie ; c’est une histoire de service, et de service du plus petit, du plus fragile. D’où ce geste avec un enfant. Quoi de plus fragile qu’un enfant qui n’a pas voix au chapitre ? Quoi de plus petit qu’un enfant qui n’a d’autre droit que de se taire et d’obéir. Pour être le premier, il faut suivre Jésus ; et suivre Jésus, c’est prendre l’avant dernière place, la dernière étant pour toujours à Jésus, sur la croix. Il n’y a pas plus bas, il n’y a pas plus humilié que Lui. Nous pouvons donc nous faire serviteur de tous. Ce n’est pas une humiliation ; c’est un honneur puisque c’est là que Jésus nous veut, Lui qui s’est fait l’esclave de tous. 

            Comme les disciples, il nous arrive de ne pas toujours comprendre ce que Jésus attend de nous. Comme les disciples, il nous arrive de vouloir entendre autre chose de la part de Jésus que ce qu’il a véritablement à nous dire. Patiemment et avec confiance, osons l’interroger. N’ayons pas peur de Lui. Il est celui qui veut notre vie et notre bonheur. A son école, nous apprenons que le service est la voie royale vers le Royaume. A sa suite, nous découvrons que la croix est passage vers la Vie véritable. Il ne tient qu’à nous de le croire. Il ne tient qu’à nous de le suivre. Personne ne peut nous y obliger, pas même Jésus. Le salut est offert par Jésus. Le chemin qui y mène est enseigné par Jésus. Il dépend de nous de le suivre ; il dépend de nous de l’accueillir. Amen.

samedi 11 septembre 2021

24ème dimanche ordinaire B - 12 septembre 2021

 Quand le Christ que nous attendons ne correspond pas au Christ que Jésus veut être !



(Museo San Francesco, Montefalco, Italie)


            Nous attendions ce moment depuis le début de l’été. Et si nous ne l’attendions pas, nous savions à tout le moins qu’il allait arriver. Eh bien, le voici, ce moment où il nous faut nous décider, ce moment où il nous faut nous prononcer : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Nous ne pouvons pas contourner la difficulté ; nous ne pouvons pas différer la réponse. C’est Jésus lui-même qui nous interroge et qui attend une parole. Nous l’avons suivi jusque-là, dans l’évangile de Marc. Si nous voulons continuer à le suivre, il nous faut confronter notre attente à la réalité que Jésus est venue vivre. Et que se passe-t-il lorsque le Christ que nous avons imaginé ne correspond pas au Christ que Jésus veut être ? C’est tout l’enjeu de l’Evangile de ce dimanche. 

            La figure d’un Messie (d’un Christ) n’est pas nouvelle. Ce n’est pas Jésus qui l’a inventée. Elle existe depuis longtemps dans les textes de la Première Alliance. Elle a au moins deux représentations différentes. Il y a la figure d’un Messie royal, descendant de David ; et vous avez la figure du Messie prophétique. Cette dernière figure semble plus présente dans l’esprit des gens à l’époque de Jésus. Pour preuve, les réponses données par les Apôtres à la première question de Jésus : Au dire des gens, qui suis-je ? Les réponses données sont bien des figures prophétiques : Jean le Baptiste, Elie (celui qui avait été enlevé au ciel sur un char de feu laissant entendre qu’il reviendrait) ou un des prophètes. Et on peut comprendre cette insistance sur la figure prophétique. Le prophète n’est-il pas celui qui parle devant le peuple au nom de Dieu, celui qui transmet fidèlement sa Parole ? N’est-il pas aussi celui qui pose des gestes prophétiques, qui disent quelque chose de l’Alliance de Dieu avec les hommes ? A relire tout ce que nous avons vu et entendu de Jésus jusqu’à ce moment de l’évangile, cela correspond bien à la figure du prophète, et plus encore à la figure du Messie attendu. Nous avons vu Jésus faire entendre les sourds, faire marcher des boiteux et des paralysés, faire voir des aveugles et parler des muets. Nous l’avons entendu interpréter la Loi de Dieu, parler en paraboles. Et nous l’avons même vu redonner vie à la fille de Jaïre, morte trop tôt. Ce n’est pas étonnant que la foule se soit fait une image de Jésus, de qui il était, de qui il devait être. Pour la foule, c’est clair, Jésus est un prophète, voire le grand prophète. 

            Ayant reçu l’opinion du commun, Jésus interroge encore ses disciples : Et vous, que dites- vous ? Pour vous, qui suis-je ? Autrement dit, est-ce que le fait de fréquenter Jésus dans une proximité plus grande change quelque chose sur l’opinion qu’ils ont de lui ? Est-ce que quelqu’un qui vit avec Jésus H24 connaît pareil ou connaît mieux Jésus que la foule qui le suit ? Redoutable question dont la réponse dira quelque chose de leur relation vraie au Maître qui les a appelés à le suivre. Peuvent-ils voir plus loin que la foule, juste parce qu’ils passent plus de temps avec lui ? Je reformule la question pour nous : croyants pratiquants réguliers, savons-nous dire plus sur Jésus que ceux qui se disent juste croyants par habitude ou tradition familiale et qui ne viennent qu’occasionnellement au milieu de nous ? Si nous faisons abstraction de notre catéchisme et abstraction du fait que nous connaissons toute l’histoire de Jésus, si nous avions été du groupe des Douze, qu’aurions-nous répondu à ce moment précis de l’histoire ? Pierre, sans que nous sachions trop comment la réponse lui est venue, affirme avec une certitude étonnante : Tu es le Christ. Pas seulement un prophète, mais quelqu’un dans la lignée du Messie attendu, et pour être clair, le Messie attendu, le Christ, celui qui a été oint par Dieu lui-même. On ne saurait être plus précis ! 

            Alors qu’il avait tout bon jusqu’ici, Pierre va se rendre compte qu’il n’a pas encore tout compris. La figure du Christ qu’il a en tête ne correspond pas à la figure du Christ que Jésus veut être. Sans doute n’a-t-il pas bien lu le prophète Isaïe, ou l’a-t-il mal compris ! Car le style de Christ que Jésus veut être est plus proche du serviteur de Dieu décrit par Isaïe dans ses prophéties que du Christ ou Messie royal, qui a l’exemple de David, le roi par excellence, va bouter les ennemis d’Israël hors du pays. Il faut entendre Jésus dire à Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Jésus renvoie clairement aux tentations qu’il avait vaincues au début de son ministère lorsque Satan lui-même lui faisait miroiter le pouvoir qu’il pourrait lui donner. Ce n’est pas la voie choisie par Jésus ; ce n’est pas le projet de Dieu que Jésus est venu accomplir. Le projet de salut de Dieu pour l’humanité ne peut passer que par une voie : le sacrifice du Christ sur la croix. Ce n’est qu’en combattant la Mort que Jésus pourra faire tomber la Mort. Ce n’est qu’en combattant le Mal que Jésus pourra défaire le Mal. Sur la croix, il va mourir, certes ; mais sur la croix, il fera aussi mourir la Mort et le Mal et ainsi seulement pourrons-nous être libérés du Péché. Ainsi seulement Satan pourra-t-il être défait. Il nous faut entendre Jésus enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué et que, trois jours après, il ressuscite. Sans mort, pas de résurrection. Sans mort, pas de victoire de la Vie. Sans Passion, pas de Pâques. 

            Il nous faut enfin aussi entendre Jésus nous dire que ce chemin sera également et nécessairement le nôtre. Nous ne sommes pas au-dessus de notre Maître. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de la configuration totale et parfaite au Christ que Jésus veut être. Il nous faut abandonner nos rêves de gloire d’un Messie à la manière du roi David. Il nous faut abandonner nos rêves de grandeur, y compris pour l’Eglise. La communauté des croyants que Jésus réunit autour de lui est la communauté de celles et de ceux qui iront jusqu’à la croix, jusqu’à l’abandon total, jusqu’au sacrifice de leur vie pour la vie des autres. La charité ne s’exerce pas à coup de sabre à la manière d’un roi conquérant ; la charité s’exerce dans l’humble abandon à la volonté de Dieu et dans l’humble service des frères, particulièrement des plus petits. La charité s’exerce dans un combat constant contre toute forme de Mal autour de nous et d’abord en nous. 

            Se prononcer en faveur de quelqu’un, c’est toujours renoncer à un autre. En choisissant Jésus, nous avons renoncé au Mal. C’est tout le sens de la profession de foi qui est faite au baptême et que nous renouvelons solennellement chaque année en la nuit de Pâques. En choisissant Jésus, nous devons aussi renoncer à l’image que nous pouvons nous faire de lui pour le découvrir tel qu’il se révèle en vérité, tel qu’il veut être, et le suivre malgré tout. La croix n’est pas d’abord un bijou de valeur ; la croix est le signe de notre foi, le signe que Jésus a donné sa vie pour nous, par amour des pécheurs que nous sommes. Là est la vraie valeur de la croix ; là est le signe de notre salut. Avec Pierre, reconnaissons que Jésus est le Christ, mais reconnaissons-le à la manière que Jésus lui-même veut être, un Messie livré et crucifié, et suivons-le, toujours. Amen.

samedi 4 septembre 2021

23ème dimanche ordinaire B - 05 septembre 2021

 La foule demande, Jésus soupire.




(Icône trouvée sur le web)

            
Avez-vous remarqué ? Il y a un monde entre l’attente de la foule (elle amène un sourd et supplie Jésus de poser la main sur lui, comprenons bien publiquement, là, devant tous) et l’attitude de Jésus qui l’emmène à l’écart, loin de la foule… et qui soupire la parole de guérison. D’un côté, ceux qui veulent voir, être témoins de grandes choses ; de l’autre Jésus, qui veut garder secrète pour l’instant son identité véritable. Et plus Jésus s’obstine à cacher la chose, plus d’autres parlent pour lui. 

            Elle a quelque chose d’attachant, cette foule, et en même temps quelque chose d’énervant. Attachante, elle l’est quand elle amène les malades vers Jésus et manifeste ainsi sa sollicitude pour ceux qui ont eu moins de chance dans la vie. Enervante elle l’est, quand elle ne sait pas se taire, quand elle n’obéit pas à l’injonction au silence de Jésus. S’ils avaient connu les réseaux sociaux à l’époque, nul doute que Jésus, grâce à la foule et bien malgré lui, aurait fait le buzz. Pour quelqu’un qui veut juste remplir sa mission sans que la foule ne se méprenne sur lui, sans qu’elle ne soit induite en erreur, c’est raté. On peut la comprendre aussi. Elle a de la religion, cette foule ; elle connaît ses prophètes. Elle connaît les signes annonciateurs de la venue de Dieu au milieu de son peuple. La première lecture, tirée du prophète Isaïe, nous les rappelait fort à propos : Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Comment, voyant un sourd-muet partir avec Jésus et revenir un homme bien entendant et bien parlant, comment ne pourrait-elle pas être bluffée ? Comment pourrait-elle ne pas laisser exploser sa joie ? Ce que Jésus demande dans l’évangile de Marc, c'est-à-dire ne pas révéler ce qu’il fait, est juste impossible ! C’est tellement hors du commun ! Ce n’est tellement pas croyable que, forcément, on en parle ! 

            Si je me place dans cette foule, je vous dirai que Jésus aussi a quelque chose d’énervant. Enfin quoi, on lui amène un cas d’école, une mission quasi impossible. On veut voir, on veut savoir : comment il fait ? Quel est son vrai pouvoir ? D’où ça lui vient ?  Et tout ce que l’on obtient, c’est le résultat. Jésus part avec un sourd presque muet et on voit revenir un homme qui entend et qui parle correctement. Et bien croyez-moi, en matière d’entendre et de parler, il va vite rattraper le temps perdu, celui-là. Puisque Jésus ne montre rien, puisque Jésus ne dit rien, cet homme va le faire. Il l’a si bien fait que tous les détails nous sont parvenus : les doigts dans les oreilles, la salive sur la langue, le soupir de Jésus et la parole de guérison, la parole d’ouverture : Effata ! Ouvre-toi ! Ce « il soupira » m’intéresse. En consultant mon dictionnaire hier soir, j’ai pu lire deux sens qui peuvent nous éclairer. Soit il a respiré profondément, et donc nous pouvons comprendre qu’il a libéré le souffle de Dieu, l’Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle. Soit il manifeste ainsi qu’il désire vivement cette guérison pour l’homme qu’il a en face de lui ; c’est l’un des sens de soupirer. Il se rangerait ainsi du côté de la foule qui lui a amené cet homme en désirant vivement, en attendant avec impatience que Jésus fasse quelque chose pour lui. Les deux me vont. La première explication nous rappelle que Jésus est Fils de Dieu et qu’il agit dans la puissance de Dieu. La seconde nous signale que Dieu lui-même, en Jésus, en a assez du Mal qui envahit l’homme et qu’il désire vivement sa libération. Ce pourquoi Jésus est venu justement au milieu de nous. Même un soupir en dit long sur Dieu, sur son amour pour nous, sur son désir de salut pour nous. 

            Alors je me mets à rêver : si tous les baptisés (ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu) soupiraient ensemble, quel vent de l’Esprit nous pourrions libérer ! Si tous les baptisés (ceux qui ont reçu la certitude que Dieu les aime et aime tous les hommes, que Dieu les sauve et veut sauver tous les hommes) désiraient vivement le salut, avec impatience, quelle espérance nous pourrions faire fondre sur le monde de notre temps ! Si un soupir de Jésus a suffit pour guérir cet homme, je n’ose imagine ce qu’un soupir de tous les chrétiens pourraient faire, eux qui, par leur baptême, sont des autres Christ, participent à la vie du Christ. Libérons l’Esprit Saint reçu à notre baptême, et nous ferons des merveilles. Désirons vivement le salut, et il se réalisera. Dieu ne reste pas sourd à nos appels ; il entend et exauce même nos soupirs. Amen.

samedi 28 août 2021

22ème dimanche ordinaire B - 29 août 2021

 Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur.






Encore en pleine période Covid, nous n’allons pas discuter ici, comme les pharisiens, de l’utilité ou non de se laver soigneusement les mains avant le repas. Si l’éducation de vos parents ne vous a pas aidé à avoir une idée claire sur le sujet, peut-être que les recommandations sanitaires de ces derniers mois vous auront permis de vous faire une opinion sur la question. Non, ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est cet autre verset de l’évangile de ce dimanche, bien plus lourd de conséquence pour nous : rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.

Pourquoi ce verset est-il lourd de conséquence pour nous ? Parce qu’il nous empêche de dire que le mal, l’impur, vient du dehors ; autrement dit, qu’il n’est pas de notre faute ! Jésus nous le dit clairement : c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses… Tout le mal vient du dedans, et rend l’homme impur. Voilà pour tous ceux qui se croient purs, meilleurs que les autres, à l’abri du mal. Le mal est tapi dans le cœur de l’homme ; il est prompt à en sortir dès que l’homme ouvre la bouche, il est prompt à en sortir dès que l’homme pose un regard mauvais ou envieux sur ses frères. Nous sommes tous des malfaiteurs en puissance si nous ne savons pas dominer notre cœur, dominer notre bouche, dominer notre regard. C’est ce que nous voyons ou pas, c’est ce que nous disons ou pas, c’est ce que nous faisons ou pas, qui répand le mal hors de notre vie. Il nous faut en être conscient. Ce n’est pas l’autre qui est cause, quand bien même il commencerait à nous asticoter. Non, nous sommes les seuls responsables du mal que nous faisons. Car si le mal est tapi en nous, le bien l’est tout autant, et c’est bien nous qui choisissons de suivre l’une ou l’autre voie. 

C’est là que la première lecture prend toute son importance. Moïse, en effet, donne la clé du salut au peuple qu’il a libéré d’Egypte. Et cette clé, c’est notre capacité à garder en nous la Parole de Dieu, ses décrets et ordonnances [qu’il a] enseigné pour que [nous les mettions] en pratique. Pour être tout-à-fait clair, quand Dieu parle, ce ne doit pas être en vain pour l’homme. Quand Dieu donne un commandement, ce n’est pas pour que l’homme dise : oui, bon, si j’ai le temps, si j’en ai l’envie, je le respecterai. Ces commandements du Seigneur sont notre sagesse et notre intelligence. C’est faire preuve de bêtise que d’entendre la Parole de Dieu et de ne pas en vivre. Et pour ceux qui pensent que le livre du Deutéronome étant de l’Ancien Testament, ne concerne pas le peuple du Nouveau Testament que nous sommes, saint Jacques rappelle opportunément dans la seconde lecture que Dieu a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Voici qui nous confère une responsabilité encore plus grande vis-à-vis de ceux qui ne connaissent pas Dieu, puisque Dieu a fait de nous les premiers fruits, ceux qui doivent servir d’exemple à tous les autres. Nous ne pouvons pas davantage que le peuple du Premier Testament ignorer sciemment la Parole de Dieu ; nous ne pouvons pas davantage que le peuple du Premier Testament ne pas mettre cette Parole en pratique. Elle est, au cœur de notre vie, l’arme que Dieu nous donne pour étouffer en nous le mal et laisser germer et fleurir le bien. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Tout est dit ; tout est clair. Sans la Parole de Dieu, nous allons à notre perte. Sans la Parole de Dieu, impossible de résister au mal qui est en nous. Sans la Parole de Dieu accueillie et vécue, pas de salut possible pour celui qui marche avec Dieu.

Pour dire les choses encore autrement, la foi n’est pas une question d’affichage ou de façade. La foi, l’attachement à Dieu, c’est une question de cœur. C’est là que doit être manifeste la présence de Dieu. Quand Dieu est au fond de notre cœur, il peut agir par nos mains, il peut se dire par nos mots. Mais s’il n’est que sur nos lèvres, il ne peut agir ni par nous, ni en nous. Soyons ce peuple sage et intelligent que Dieu veut rassembler. Soyons cette grande nation dont les décrets et les ordonnances sont aussi justes que toute la Loi que le Seigneur nous donne et nous demande de vivre. Amen.

samedi 21 août 2021

21ème dimanche ordinaire B - 22 août 2021

 L'heure du choix sonne toujours.




            Le dernier passage de l’évangile de Jean que nous entendons en ce temps d’été, nous rappelle que l’heure du choix sonne toujours. Tôt ou tard, dans notre vie de croyants, nous devons nous décider de manière ferme : pour Jésus ou pas. Le conflit que nous rapporte Jean n’oppose pas Jésus à ses adversaires habituels : sadducéens ou pharisiens. Il oppose à Jésus ses propres disciples, pas les Douze qu’il a choisis, mais ceux qui le suivent de villages en villages, ceux qui ont couru après lui quand il s’était embarqué pour aller sur l’autre rive. Ils étaient heureux de l’écouter ; ils étaient contents d’avoir eu à manger gratuitement. Mais là, depuis quelques temps, les paroles de Jésus se font curieuses jusqu’à devenir rudes. Avec ce constat : Qui peut l’entendre ? Il y a un je-ne-sais-quoi de c’en est trop qui flotte dans l’air.

            L’heure du choix n’est pas nouvelle. Elle parcourt toute la Parole de Dieu. Elle avait sonné pour Abraham dans ses vieux jours quand le Seigneur l’a appelé à tout quitter pour le suivre vers une Terre promise. Elle avait sonné pour Moïse quand Dieu l’a appelé depuis le buisson ardent pour qu’il aille libérer son peuple. Elle avait sonné pour ce peuple à la nuque raide qui s’était détourné de son libérateur en faisant fondre un veau d’or. Elle a sonné à nouveau après l’installation en terre promise. Nous l’avons entendu en première lecture. S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. Nous ne saurions poser plus clairement la question. Remarquez ce détail : quand sonne l’heure du choix, l’homme ne peut s’abstenir ; il doit se déterminer. Il doit servir quelqu’un, et ne peut se servir lui-même. C’est ou les dieux des pères, ou les dieux des Amorites, ou le Seigneur. L’homme ne peut vivre sans Dieu. Et surtout, il n’est pas possible qu’il soit son propre Dieu. Ce serait son erreur la plus grave, son illusion la plus grande. L’homme doit nécessairement avoir quelqu’un au-dessus de lui, quelqu’un qu’il reconnaît comme son origine, comme la source de sa vie, comme la référence de ses grandes décisions. Cela ne peut être lui-même ! L’homme n’est pas fait pour être auto-thé !

            Quand sonne l’heure du choix, il faut donc se déterminer. Mais quel critère de discernement ? Sur quoi faire reposer notre choix ? Juste sur une parole peut-être mal comprise ou mal interprétée ? Acceptons-nous d’être bousculés par Dieu ou ne voulons-nous qu’une religion pour bisounours, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Dieu le premier ? Quand la Parole de Dieu se fait rude, est-ce un motif pour dire : c’est assez et tout plaquer ? Jésus insiste auprès de ces disciples : Cela vous scandalise ? Mais que direz-vous quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était avant ? La foi ne peut pas juste reposer sur de belles paroles ; la foi n’est pas l’opium des peuples. Le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous dérangera plus, le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous interrogera plus, de deux choses l’une : ou nous serons morts (notre foi et notre espérance seront accomplies), ou nous aurons cessé de croire véritablement. Les paroles rudes de Jésus sont là pour réveiller notre foi, pour nous interroger toujours et encore, pour nous remettre en mouvement si d’aventure nous nous étions assoupis. Elles font partie de ces paroles de la vie éternelle. Ne plus vouloir les entendre, n’est-ce pas déjà renoncer à cette vie éternelle dont elles sont la promesse ? Quand sonne l’heure du choix, nous pouvons redire avec le peuple élu : Nous aussi nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Quand sonne l’heure du choix, il n’y a que la réponse de Pierre à reprendre à notre compte, si c’est bien le Christ que nous voulons suivre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

            Les temps difficiles que nous vivons depuis plus d’un an et demi sont un moment favorable pour entendre sonner l’heure du choix. Rien de mieux qu’un temps de crise pour préciser notre horizon ; rien de mieux qu’un temps de crise pour retrouver ce qui nous fait vivre ; rien de mieux qu’un temps de crise pour redéfinir nos priorités. Le monde d’après, dont plus personne ne nous parle, aura besoin d’hommes et de femmes sûrs, bien orientés, bien guidés, qui ont une conscience claire de celui qui donne sens à la vie des hommes. En réaffirmant notre attachement au Christ Sauveur, qui a livré sa vie par amour de tous les hommes, nous reconnaîtrons en lui la source de notre vie, et dans sa Parole le lieu de notre discernement. Avec lui, nous ne pouvons pas nous tromper, puisqu’il est celui qui ne peut se tromper ni nous tromper. Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui nous libère du péché et de la mort ? Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui a donné sa vie pour nous ? Nous avons largement pu goûter et voir comme est bon le Seigneur. Quel intérêt à goûter moins bon ? Quel intérêt à voir moins beau ? Nous croyons et nous savons que [Jésus est] le Saint de Dieu. Avec lui, nous avons tout. Continuons à le suivre et à l’écouter. Il en va de notre vie. Amen.

samedi 14 août 2021

Assomption - 15 août 2021

 Marie, l'huissier qui nous introduit auprès du Christ.



(Michel Sittow, Assomption, vers 1500, National Gallery of Art, Washington)



            L’assassinat du Père Olivier MAIRE a mis en lumière une congrégation peu connue en Alsace : les Montfortains. Elle regroupe des hommes et des femmes qui s’engagent à la suite du Christ, au service de l’Eglise, selon l’enseignement de St Louis-Marie Grignon de Montfort. Nous lui devons cette expression bien connue : A Jésus, par Marie. La fête de l’Assomption, fête de l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, est l’occasion toute trouvée pour méditer cette marque de la spiritualité des Montfortains. 

            Un reproche souvent fait aux personnes qui ont une trop grande dévotion à Marie est celui de croire qu’elle a plus d’importance que Jésus dans l’œuvre du salut. Or, il faut le redire avec force : seul Jésus sauve, par sa mort et sa résurrection. Mais Marie a joué un rôle éminent dans cette œuvre de salut : elle est celle qui a permis à Dieu de descendre sur terre en prenant vie humaine. Si donc Marie a permis à « l’ascenseur divin » de fonctionner dans un sens (la descente), elle doit aussi lui permettre de fonctionner dans l’autre sens, celui de la montée. En clair, si elle a pu permettre, par son Oui, à Dieu de descendre sur terre, ce même Oui de Marie doit permettre aux hommes de monter vers Dieu. Elle connaît le chemin qui y mène : celui de l’abandon total à la volonté de Dieu, qui se penche vers son humble servante. Le Magnificat décline alors les chemins à suivre et les chemins à éviter pour parvenir à Dieu. Ceux qui craignent Dieu, mais aussi les humbles et les affamés (comprenons les pauvres) sont les favoris de Dieu ; les superbes, les puissants qui écrasent, les riches qui s’enferment dans leurs richesses sont éloignés de Dieu. Spiritualité mariale et amour des pauvres vont de paires. Personne ne peut aimer la Vierge Marie et ignorer le service des pauvres. Nous avons entendu dans l’Evangile de cette fête, que Marie elle-même s’est mise au service de sa vieille cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean le Baptiste par faveur de Dieu. 

            A Jésus, par Marie peut donc s’entendre dans ce premier sens qui consiste à se rendre disponible comme Marie à la volonté de Dieu. On peut aller à Jésus, par l’exemple de Marie. Sa vie tout entière peut devenir notre chemin vers Dieu. Celui qui, comme elle, dit Oui à Dieu en tout ; celui qui, comme elle, se met au service de ceux qui ont en besoin ; celui qui, comme elle, est fidèle à la prière ; celui qui, comme elle, chante la bonté de Dieu, celui-là parvient au Royaume où Dieu attend ses enfants. Il n’y a pas d’autre risque à prendre Marie pour modèle que le risque de finir au paradis, avec elle et tous les saints, réunis autour du Christ qui nous sauve. La fête de l’Assomption doit achever de nous convaincre que c’est bien là notre destinée, puisque ce mystère que nous célébrons aujourd’hui, n’est rien d’autre que la contemplation de ce qui nous arrivera un jour si, comme Marie, nous disons résolument et fermement Oui à Dieu et que nous le servons dans nos frères et sœurs en humanité. 

            A Jésus, par Marie peut aussi s’entendre dans un second sens. Puisque Marie est désormais dans la gloire du Royaume, nous pouvons lui confier notre prière, sûrs que son Fils ne saurait rien refuser à cette Mère qu’il a élevé en son corps et son âme à la gloire du ciel. Celui qui penserait que le Christ est quelqu’un de trop grand pour lui, peut toujours s’adresser à sa Mère, véritable fille d’Eve, pour porter au Christ les demandes qu’il n’ose lui formuler directement. Marie ne nous égare pas loin du Christ, elle nous ramène sans cesse à lui. Ce qu’elle a si bien fait sur terre, c'est-à-dire nous orienter vers Jésus (Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs à Cana, et non pas faites ce que je vous dis), elle continue de le faire au ciel : c’est vers la gloire du Christ que nous renvoie la gloire de Marie. C’est au Christ qu’elle transmet toutes les demandes qui lui sont adressées, sûr qu’elle est que son Fils se plaira à plaire à cette Mère qui plaît même à Dieu au point de préserver de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté son propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Au ciel, Marie n’est pas devenue une déesse ; elle est et reste l’humble servante du Seigneur, l’humble servante de toutes les Elisabeth qui ont besoin d’elle. 

            Que l’on considère Marie dans sa vie terrestre ou que l’on considère Marie depuis son entrée dans la gloire, elle ne cesse jamais d’être comme l’huissier qui nous introduit auprès de son Fils, celle qui nous accueille sans nous retenir, mais qui toujours nous renvoie vers celui qu’elle a mis au monde. Sans Marie, Jésus ne serait pas venu sur terre. Sans Jésus, Fils de Dieu fait homme, on ne parlerait pas de Marie, sa Mère. C’est lui qui lui donne sa juste place ; c’est elle qui nous rappelle sans cesse son importance à Lui, le seul Sauveur, celui qu’il faut écouter, celui qu’il faut chanter, celui qu’il faut servir. Avec Marie, allons à Jésus, avec confiance et espérance. Ce qu’il accomplit pour sa Mère aujourd’hui, il est venu l’accomplir pour nous tous lorsqu’il s’est offert sur la croix. A lui notre reconnaissance et notre action de grâce pour les siècles des siècles. Amen.