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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







vendredi 17 mai 2013

Pentecôte - 19 mai 2013

Avec les Apôtres, accueillir l'Esprit Saint.



La longue séquence de Pâques s’achève aujourd’hui, avec la fête de la Pentecôte. Jésus est mort et ressuscité, il s’en est retourné vers le Père et aujourd’hui, il réalise sa promesse de ne pas nous laisser seul. Aujourd’hui, il envoie au monde et à son Eglise le don de l’Esprit Saint, le Défenseur, celui qui nous rend capables de Dieu, capables de comprendre Dieu, capables de vivre selon l’évangile. Aujourd’hui, Dieu nous fait un cadeau : mais nous, qu’en faisons-nous ? Savons-nous au moins à quoi il peut bien servir ? 
 
La scène décrite dans les Actes des Apôtres a un je-ne-sais-quoi de merveilleux. Les Apôtres sont réunis, l’Esprit Saint vient et tout est transformé. Cela n’a peut-être l’air de rien, mais les Apôtres se mettent à parler et tous ceux qui sont réunis à Jérusalem pour la fête les comprennent. La longue énumération des peuples présents laisse clairement entendre que l’Esprit Saint est donné aux Apôtres, non pour eux, non pour qu’ils le gardent, mais pour qu’ils en usent et en abusent par la mission auprès de tous. Car l’Esprit est donné pour cela ; pour que les Apôtres puissent accomplir fidèlement la demande de Jésus : Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.  C’est une des demandes qu’il leur a faite après sa résurrection. Ce qui leur semblait impossible, paralysés qu’ils étaient un temps par la peur, devient possible et devient réalité. Tous les peuples de la terre, réunis à Jérusalem, entendent proclamer dans leur langue les merveilles de Dieu. L’Esprit Saint  qui est donné par Dieu est à accueillir et à utiliser. 
 
S’il sert à la mission, l’Esprit Saint a encore d’autres usages. Il permet de comprendre mieux qui est Jésus, de comprendre mieux son message, de comprendre mieux ce qu’il attend de nous. Paul l’affirme dans sa première lettre aux Corinthiens : Sans l’Esprit Saint, nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur. Avant de partir en mission, avant d’annoncer quoi que soit ou qui que ce soit, il faut entrer dans une connaissance vraie de l’Envoyeur. Avant d’évangéliser, il faut se laisser évangéliser et toucher par le message du Christ Sauveur. La docilité à l’Esprit Saint doit être au cœur de notre agir chrétien. Sans l’Esprit Saint, toutes nos missions ne sont que vaines agitations ; sans connaissance vraie de celui qu’il faut annoncer, nos enseignements ne sont que belles paroles, sans prise sur la vie des gens. Grâce à l’Esprit Saint, entrons dans une connaissance meilleure de Jésus, de son Père, de l’amour qu’il nous porte, des œuvres qu’il réalise pour nous. Laissons-nous enseigner par l’Esprit Saint ! 
 
Une troisième caractéristique de l’Esprit Saint : il construit l’Eglise ! Si, si, c’est bien lui qui construit l’Eglise et non pas nous avec nos programmes, nos conseils, nos gesticulations liturgiques et que sais-je encore !  Et dans cette Eglise qu’il construit, chacun a sa place, mais pas la même. Chacun doit donc trouver sa place pour pouvoir la tenir, totalement mais seulement selon l’adage liturgique, sans empiéter sur celle de son voisin, sans vouloir se prendre pour plus que les autres. Il ne sert à rien de faire peur aux autres avec les relations que nous pourrions avoir au sein de l’Eglise ; ça marche un temps et après ? Ceux qui agissent ainsi vivent les rapports ecclésiaux sous le mode du pouvoir et non pas du service. Ils se font mousser, paradent devant les autres pour se mettre en valeur et en oublient l’Eglise qu’ils piétinent souvent de leur suffisance. Ecoutons ce qu’en dit Paul : Les dons de la grâce sont variés mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est partout le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. Le bien de tous : voilà qui devrait faire réfléchir. Ce n’est pas mon Eglise que je construis, mais celle du Christ, qui est la seule tête. Ce n’est pas mon esprit qui doit l’animer, mais l’Esprit Saint qui seul peut transformer les cœurs. J’ai pu me rendre compte, ces derniers jours, que certains l’oublient bien vite, le bien commun. La docilité à l’Esprit Saint devrait permettre de résoudre ce petit souci. Si nous le voulons bien ; si nous le laissons agir ! Laissons-nous convertir par l’Esprit Saint. 
 
En ce jour où Dieu envoie son Esprit, accueillons ce don et acceptons d’en vivre pour le bien de l’Eglise, pour le bien du monde qui a tant besoin qu’on lui rappelle l’immense amour de Dieu pour lui. A la suite des Apôtres, soyons d’authentiques témoins du Christ, vivants de la force de l’Esprit Saint. Amen.
 
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 10 mai 2013

07ème dmanche de Pâques C - 12 mai 2013

Avec les Apôtres, oser prendre des risques.


On aurait tort de croire que ce dimanche n’est qu’un petit dimanche. Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, il fallait un dimanche de plus pour passer de 40 jours à 50 jours. Il n’a donc pas grand intérêt. D’ailleurs, certaines revues liturgiques conseillaient en leur temps d’y aller mollo en ce 7ème dimanche. Pas la peine de trop déployer la liturgie : les gens sortent à peine d’un long pont de l’Ascension et se dirigent vers un week-end prolongé à l’occasion de la Pentecôte. Faisons vite, court et bien. C’est oublier, me semble-t-il, que chaque dimanche de Pâques a une particularité et ce 7ème dimanche n’est pas moins important que les 6 précédents. Il a quelque chose d’important à nous dire concernant notre foi. A la suite des Apôtres, il nous invite à prendre des risques.
 
Contrairement à ce que certains peuvent penser, croire n’est pas un acte reposant. La foi est un acte qui nous engage, qui engage notre vie. D’abord parce que croire, avant d’être une morale à appliquer, est d’abord un art de vivre, conforme à la parole de Jésus. L’unité parfaite dont il nous parle dans l’Evangile de ce dimanche, l’amour parfait dont il nous parlait les dimanches précédents, ce n’est pas qu’une manière de parler. Jésus ne fait pas de belles phrases ou de bons mots, histoire de combler le vide de nos conversations. Les paroles qu’il nous a laissé depuis quelques semaines maintenant, sont des paroles à vivre, donc à prendre au sérieux. Le premier risque que nous prenons, c’est bien celui de prendre Jésus et son enseignement au sérieux ! Nous prenons le risque de voir notre vie changer, en profondeur, en mieux. L’unité parfaite dont parle Jésus nous l’entendons d’abord comme l’unité entre nous : et c’est bien ainsi que Jésus veut que nous le comprenions. Mais nous pouvons entrer dans une lecture plus profonde, plus spirituelle de cette demande et comprendre la demande d’unité comme concernant notre vie personnelle. Que notre vie soit unifiée autour de la personne de Jésus. Que notre bouche ne dise pas A quand notre cœur pense B. Notre profonde unité intérieure nous permettra de vivre l’unité avec les autres frères que Jésus place sur ma route.
 
Mais ce n’est pas le seul risque que nous prenons à croire en Jésus. Dans nos pays de vieille chrétienté, la foi a semblé durant des siècles comme allant de soi. Celui qui se faisait remarquer n’était pas tant celui qui allait à la messe, mais plutôt celui qui n’y allait pas. Les plus anciens le savent bien, eux qui allaient encore à la messe avant d’aller à l’école chaque matin. Et il valait mieux ne pas rater ce rendez-vous ! Certains ont expérimenté le courroux curial lorsqu’ils s’affranchissaient de ce « devoir » ou s’y comportaient mal. Aujourd’hui, alors que la foi ne va plus de soi, alors que l’on n’est plus forcément catholique parce que français, pour reprendre le cardinal Vingt-trois, la foi peut redevenir un risque : risque d’être moqué, risque d’être pris pour un demeuré parce qu’on croit encore à ces fadaises, risque aussi de perdre la vie en certaines régions du monde. Les statistiques du Saint Siège montrent qu’il y a plus de martyrs aujourd’hui que lors des grandes persécutions au début du christianisme. Oui, croire est un risque pour de nombreux chrétiens dans le monde contemporain. En ce sens, la lecture du martyre d’Etienne prend un relief particulier. Ce n’est pas qu’une histoire édifiante : elle est le rappel que le serviteur n’est pas au-dessus du Maître, et si Jésus, en son temps, fut crucifié, ses disciples peuvent l’être aussi, eux qui sont appelés à mettre leurs pas dans les pas de Jésus. Et la mort physique n’est pas toujours la plus douloureuse. Interrogez ceux qui sont humiliés, maltraités, ignorés, rejetés à cause de leur foi. Et cela arrive quelquefois chez nous, même ici, en Alsace, même à l’intérieur de nos communautés.
 
Oui, croire est un risque que nous devons, que nous pouvons assumer. Parce que nous ne risquons pas en vain ; nous risquons avec et pour Jésus. Les fêtes de Pâques nous font célébrer sa victoire sur toutes formes de Mal et de Mort, et nous rendent déjà participant à sa victoire. Cela ne diminue pas le risque, mais cela donne un horizon aux risques que nous prenons. Cet horizon, c’est de faire partie de ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir part aux fruits de l’arbre de la vie ; cet horizon, c’est de pouvoir franchir les portes de la cité où Dieu nous attend. Il n’y a pas de Pâques sans Vendredi Saint ; il n’y a pas de Vendredi Saint sans Pâques depuis que Jésus est ressuscité. Il ne s’agit pas de risquer idiot ; il s’agit de risquer avec et pour le Christ. Ainsi seulement la victoire est au bout, assurément. Amen.
 
(Dessin de Gustave DORE, Le martyre d'Etienne)

mercredi 8 mai 2013

Ascension du Seigneur - 09 mai 2013

Avec les Apôtres, apprendre à vivre l'absence.



Un même auteur, Saint Luc, deux versions d’un même événement, et surtout deux réactions de la part des Apôtres. Voilà le mystère de ce jour de l’Ascension, ce jour où le Christ rejoint son Père dans la gloire du Royaume. Deux versions sensiblement identiques : une dernière rencontre avec Jésus, les dernières paroles de Jésus et son départ définitif. Désormais les Apôtres doivent vivre cette absence de Jésus, dans l’attente de son retour. 
 
L’absence : voilà bien la nouveauté de ce jour. Jésus, qui était mort, qui est ressuscité, qui a passé 40 jours à se montrer à ses disciples, va disparaître. Cela valait bien la peine de ressusciter si c’est pour disparaître encore, et un peu plus que trois jours cette fois-ci ! A croire que le jeu de cache-cache a été créé pour l’occasion. Bref, voilà Jésus absent, et cette absence est nécessaire. Nécessaire pour que l’Esprit Saint puisse être donné. Nécessaire pour que le Père accomplisse ainsi toutes ses promesses. Si nos frères orthodoxes ne nous avaient pas appris que l’Esprit Saint est le lien d’amour qui unit Jésus à son Père, on pourrait croire que ces deux-là (l’Esprit Saint et Jésus) ne peuvent pas cohabiter : pour que l’Esprit Saint descende, il faut que Jésus remonte ! Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir les deux ?
 
Jésus s’en va donc, et, pour les Apôtres, s’ouvre le temps de l’absence. L’Esprit Saint, ce n’est pas pour aujourd’hui : il faut attendre sa venue comme il a fallu attendre la venue du Messie. Il faut être patient avec Dieu comme lui est patient avec nous. Il donne les choses au temps voulu. Et là, ce n’est pas encore le temps. L’absence a ceci de bon qu’elle creuse en nous le désir et l’attente. Non pas l’attente impatiente, mais l’attente qui nous prépare à un don toujours plus grand. Dieu ne cesse de se donner. Il s’est donné en son Fils : nous l’avons mis à mort. Il nous l’a rendu ressuscité : nous avons du mal à le croire. Il nous promet son Esprit Saint : sommes-nous impatients de le recevoir ? Le temps de l’absence n’est pas un temps vide ou creux. C’est un temps qui nous prépare à la suite. 
 
Si la venue de Jésus n’était déjà pas de tout repos (demandez donc à Marie, si elle a pu se reposer avec ce gentil petit Jésus !), imaginez ce que sera le temps de l’Esprit Saint, dont Jésus lui-même nous dit que, l’ayant reçu, nous serons ces témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ! Pour ceux qui pensaient se reposer maintenant que Jésus est parti, la désillusion est grande. Ce temps de l’absence devient un temps de préparation à la mission. Quand l’Esprit Saint viendra, il faudra être prêt. Quand l’Esprit Saint viendra, nous irons par les chemins témoigner de ce Christ que nous confessons comme Messie et Sauveur. Jamais il n’aura été autant présent que depuis qu’il est absent ! 
 
Aujourd’hui encore, Jésus est présent, plus que jamais présent ; il est présent dans le pain consacré, présent dans la Parole proclamée, présent dans le prêtre qui le représente, présent dans l’assemblée réunie en son nom. On ne le voit plus, mais il est partout ! Et nous comprenons alors la joie des Apôtres au départ de Jésus. Ce n’est pas la joie d’en être enfin débarrassé ; non, c’est la joie de le savoir toujours présent, malgré son absence physique. Si avant l’Ascension, Jésus était là où il était physiquement, désormais, il est là où se réunissent ses disciples, même en petit nombre : là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ! Je vous le redis : jamais un absent n’aura été autant présent que Jésus. 
 
A la manière des Apôtres, vivons cette absence de Jésus avec la même joie : même si nous ne le voyons plus comme les Apôtres jadis, il est toujours avec nous. A la manière des Apôtres, vivons cette absence de Jésus avec le même désir d’accueillir celui qu’il nous envoie : l’Esprit Saint qui nous fera tout comprendre et qui nous guidera chaque jour, dans la fidélité à Jésus. A la manière des Apôtres, vivons cette absence dans l’espérance de son retour, ce jour où il nous prendra avec lui et où nous le verrons pour toujours, face à face. Jésus est absent, mais nous le rendrons présent par toute notre vie. Amen.
 

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 4 mai 2013

06ème dimanche de Pâques C - 05 mai 2013

Avec les Apôtres, chercher les chemins d'unité.


Je ne suis pas sûr que nous mesurions bien les enjeux de la controverse qui amène les Apôtres à se réunir à Jérusalem, tant cela nous paraît loin de nos préoccupations aujourd’hui. Mais à l’époque, la question soulevée par certains croyants issus du judaïsme aurait pu faire couler l’Eglise ; elle aurait pu ne pas s’en remettre. Car ce qui est en cause, c’est bien la foi et ce qui est nécessaire à la foi. 
 
Faut-il donc ou non circoncire ceux qui viennent au Christ alors qu’ils ne sont pas juifs de naissance ? Faut-il que les païens fassent le même parcours que les Apôtres, qui étaient tous juifs, ou pouvaient-ils être admis dans la communauté chrétienne naissante sans passer par la case circoncision ? Voilà posée la question. Elle peut nous sembler dérisoire, et pourtant ! Pour Paul qui venait de rentrer de sa première mission, il faut admettre tout homme qui croit au Christ, sans exiger de lui autre chose que l’affirmation que Christ est sauveur. L’obliger à passer par la circoncision, ce serait reconnaître que le Christ ne suffit pas pour être sauvé. Il serait donc mort pour rien, et notre foi ne reposerait pas vraiment sur lui. Les discussions ont dû être tendues entre les diverses parties. Mais ce qui nous importe, c’est la manière dont l’Eglise s’en est sortie. Les Apôtres se sont réunis, ont écouté chacun et ont pris une décision qui s’imposerait alors à tous. Cette décision a permis de sauvegarder l’Eglise et son unité. 
 
Quelle est-elle, cette décision ? Elle s’énonce ainsi : l’Esprit Saint et nous avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent : vous abstenir de manger des aliments offerts aux idoles, du sang ou de la viande non saignée, et vous abstenir des unions illégitimes. En évitant tout cela, vous agirez bien. Courage ! La question initiale (celle de la circoncision) a été totalement évacuée ; il ne reste que des choses de bons sens. On pourrait les résumer ainsi : ne pas imposer des choses impossibles. Il y a des choses importantes et d’autres qui ne le sont pas. Et manifestement, la circoncision n’était pas importante pour manifester son appartenance au Christ. Elle marquait l’appartenance au peuple de la première alliance ; mais si le Christ nous sauve par sa mort et sa résurrection, si la foi en lui est première, alors ce signe de la première alliance devient secondaire. Par contre, ce qui reste interdit est, à l’époque du moins, considéré comme important. Ne pas manger les aliments offerts aux idoles marque bien notre désir de n’appartenir qu’au Christ et de ne communier qu’à lui. Même si Paul dira que cette viande n’est que de la viande, pour ne pas choquer un plus faible, pour ne pas induire en erreur quelqu’un qui reste convaincu que manger la viande consacrée aux idoles revenait à adorer cette idole, désormais, on s’abstiendra. De même pour le sang ou la viande non saignée : le sang, c’est le siège de la vie ; or Dieu seul est maître de la vie. Personne ne peut le répandre sans se prendre pour Dieu, qui seul fait mourir et vivre. On s’abstiendra donc de se prendre pour Dieu en ne touchant pas au sang. De même pour les unions illégitimes : déjà dans l’Ancien Testament, l’union de l’homme et de la femme avait quelque chose à voir avec l’alliance que Dieu scellait avec l’humanité. C’est encore vrai pour le chrétien qui reconnaît dans le mariage une image de l’union du Christ et de son Eglise. L’union illégitime reviendrait à remettre en cause cette image et l’alliance de Dieu avec son peuple ; on s’en abstiendra donc. 
 
Cette décision des Apôtres est placée sous l’autorité de l’Esprit Saint : c’est avec lui qu’ils ont décidé. Il a donc fallu le temps de la prière pour parvenir à une décision qui semble juste à tous, et qui soit accepté par tous. Ne l’oublions-nous pas trop souvent, l’Esprit Saint ? Pourtant, Jésus lui-même nous avait dit que c’est bien lui, l’Esprit, qui nous permettrait de comprendre ce que le Christ a dit, que c’est bien l’Esprit qui nous enseignerait. En se plaçant sous son autorité, la première communauté croyante a resserré les rangs et sauvegardé l’unité. Seul l’Esprit peut procurer cette joie et cette paix. Seul l’Esprit peut maintenir l’Eglise dans la foi véritable ; seul l’Esprit peut éviter à l’Eglise le naufrage. C’est donc bien lui qu’il nous faut invoquer lorsque nous traversons des moments difficiles ; c’est donc bien lui qu’il faut demander pour continuer à marcher dans les pas du Christ et sauvegarder l’unité de nos communautés. Sans l’Esprit Saint, que resterait-il de notre Eglise ? 
 
En prenant le temps de l’échange et de la prière, en reconnaissant à l’Esprit Saint une place particulière dans tout ce processus, les Apôtres nous apprennent le chemin à suivre pour maintenir l’unité et la retrouver lorsqu’elle est menacée ou perdue. Lui seul, présence de Dieu à notre monde, peut nous indiquer la voie à suivre pour que se réalise en nous et à travers nous le Royaume de Dieu. Osons l’invoquer et nous mettre à son écoute. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, Les Presses d'ile de France)

samedi 27 avril 2013

05ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2013

Avec les Apôtres, témoigner de l'oeuvre de Dieu.



Depuis Pâques, en nous mettant à l’école des Apôtres, nous avons suivi un chemin de foi qui nous a conduit à nous ouvrir à la nouveauté, à nous ouvrir aussi à la foi, à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes et à nous ouvrir au monde. Aujourd’hui, nous sommes invités à faire un pas de plus en apprenant des apôtres à témoigner de l’œuvre de Dieu. Pour témoigner authentiquement de l’œuvre de Dieu dans le monde et en nous, que faut-il ? 
 
Je dirais d’abord qu’il faut éviter deux excès. Le premier, c’est l’excès d’orgueil qui nous fait croire que Dieu n’y est pour rien, et que si, aujourd’hui, l’Evangile se répand et touche les cœurs, c’est d’abord grâce à tous nos projets pastoraux, à nos idées lumineuses pour renouveler l’annonce de la foi. Il faut sans cesse faire de nouvelles choses, inventer de nouvelles manières de célébrer, des nouveaux gestes, des nouveaux textes etc, etc… Comme si notre activisme pouvait quelque chose face aux églises qui se vident, face à la foi qui se perd. Le second excès, c’est paradoxalement l’excès d’humilité : vous savez, je n’y suis pour rien, c’est Dieu qui a tout fait ! Comme si Dieu voulait ne pas avoir besoin de nous ! L’attitude de Paul et Barnabé est tout autre : ni excès d’orgueil, ni excès d’humilité, mais chacun à sa bonne place, Dieu et eux : à leur arrivée, ayant réuni les membres de l’Eglise, ils leur racontaient ce que Dieu avait fait avec eux et comment il avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi. Dieu avec eux : voilà le bon tandem. Voilà comment l’Eglise doit agir aujourd’hui ; voilà comment chaque chrétien doit agir aujourd’hui. Avec cette conscience que Dieu est avec lui et que lui marche avec Dieu. Pour témoigner de ce que Dieu fait dans ma vie, j’ai besoin de vivre avec lui, de vivre de lui. Pour que l’œuvre de Dieu soit connu des hommes qui ne le connaissent pas encore, Dieu a choisi d’avoir besoin de nous, les croyants. Par notre vie, nous pouvons être témoignage de Dieu, ou non. 
 
Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi la liturgie de ce dimanche nous a fait écouter la page d’évangile qui nous rapporte le commandement de l’amour laissé par Jésus. Quel est ce commandement ? Est-ce Aimez-vous les uns les autres ? C’est souvent ce que nous en retenons. Mais nous aurions tort d’en oublier le commencement : Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Si Jésus lui-même apporte cette précision, c’est que peut-être, elle est d’importance. Parce que cette précision (comme je vous ai aimés) nous donne le sens de l’amour véritable : l’amour véritable est celui qui va jusqu’à l’extrême, jusqu’au don ultime de la vie pour ceux qu’on aime. Nous n’aimons pas vraiment si nous n’aimons pas jusque-là ! Nous ne témoignons pas vraiment de ce que Dieu réalise pour nous si nous ne mettons pas nos pas dans les pas du Christ, jusque dans sa manière d’aimer. Comment le monde d’aujourd’hui peut-il se convertir,  si les disciples du Christ ne sont pas, d’une certaine manière, exemplaires de ce que Dieu apporte dans une vie d’homme ? A quoi bon croire en Dieu si ce n’est pour aimer mieux et vivre de son amour ? Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. 
 
Témoigner de l’œuvre de Dieu pour les hommes, c’est ce que la liturgie fait de mieux. Elle témoigne de l’œuvre de Dieu dès le rite pénitentiel qui ouvre nos célébrations. En effet, ce rite ne nous oriente pas vers notre péché, mais vers le Christ, et ce qu’il réalise pour nous par amour. Le rite de l’aspersion que nous sommes fortement invités à privilégier durant le temps pascal nous fait justement rendre grâce pour le don de l’eau par lequel Dieu nous unit à son peuple. Et tout à l’heure, au moment d’ouvrir la prière eucharistique, la préface nous redira un des nombreux motifs de rendre grâce à Dieu pour l’œuvre accomplie par son Fils Jésus, mort et ressuscité. Il doit y avoir pas loin de 100 préfaces différentes : autant de raison de témoigner de l’œuvre de Dieu dans le monde, pour tous les hommes. A côté de ces motifs officiels dont nous avons à témoigner, il y a tout ce que Dieu réalise en nous et par nous afin de manifester sa présence et sa tendresse aux hommes de notre temps. Notre manière de vivre, notre art de vivre chrétien sera et restera notre témoignage le plus beau et le plus fort. 
 
Soyons fiers de ce que nous croyons, vivons ce que nous croyons, et Dieu parviendra aux extrémités du monde. Par une vie unie au Christ, donnons aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, le goût de Dieu et l’envie de vivre selon sa Parole. Ce sera notre plus beau témoignage, à la manière des Apôtres ! Amen.


(Dessin de Sieger KÖDER)

samedi 20 avril 2013

04ème dimanche de Pâques C - 21 avril 2013

Avec les Apôtres, nous ouvrir au monde !



Moi, Jean, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. C’est ainsi que commençait notre deuxième lecture. A l’heure de la mondialisation, qui est encore étonné de la multitude des peuples rassemblés ? Mais mesurons-nous bien la nouveauté qu’a pu représenter une telle affirmation, sachant que cette foule de toutes origines se tenait debout, devant le Trône et devant l’Agneau, et que Jean nous décrit ainsi une vision de la béatitude éternelle, à la fin des temps ? Pour être bien clair, ce qu’il nous décrit, c’est toute l’humanité appelée à partager les noces de l’Agneau ! Et dire que certains pensent encore qu’il n’y aura qu’un petit nombre de sauvés et qu’ils sont nécessairement blancs et catholiques ! 
 
L’affirmation que pose Jean est devenue possible quand l’Eglise naissante a compris qu’elle devait s’ouvrir au monde. Jésus crucifié et ressuscité était d’abord à annoncer à leurs frères issus du peuple juif, puisque c’était le peuple au sein duquel Jésus a grandi, le peuple au sein duquel Dieu a fait entendre sa promesse d’un Messie Sauveur. Mais que devient cette annonce lorsque l’auditoire ne veut pas entendre ? Les Apôtres doivent-ils rentrer chez eux et attendre ? Faut-il remballer le message sous prétexte qu’il n’intéresse pas ou qu’il dérange ? Faut-il cacher le message parce que sa proclamation peut avoir des conséquences lourdes et fâcheuses pour les annonceurs ? Le livre des Actes ne cache rien des difficultés de la mission : les Juifs entraînèrent les dames influentes converties au judaïsme, ainsi que les notables de la ville ; ils provoquèrent des poursuites contre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Et encore, là ils sont plutôt gentils ! Il suffit de lire les versets 24-26 du chapitre 11 de la 2ème épître aux Corinthiens pour se rendre compte des réels dangers de la mission : cinq fois j’ai reçu les 39 coups, trois fois j’ai été flagellé, une fois lapidé, trois fois j’ai fait naufrage… danger des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dangers dans le désert, dangers sur les mers, dangers des faux frères ! Malgré tout cela, l’Eglise part en mission, les Apôtres se font hérauts de l’Evangile. Pourquoi ? 
 
La réponse vient de Paul, appelé fort justement l’Apôtre des nations. Il dit aux Juifs d’Antioche de Pisidie : C’est à vous, nécessairement, qu’il fallait d’abord adresser la Parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. Si les premiers destinataires du message n’en veulent pas, il en existe peut-être d’autres qui seront tout content de pouvoir l’entendre. Si l’ouverture aux nations semble s’être faite un peu par défaut, il faut alors réaffirmer ici que cette ouverture est devenue constitutive de l’Eglise. Il n’y a pas d’Eglise sans mission ; il n’y a pas d’Eglise sans ouverture au monde ; il n’y a pas d’Eglise qui puisse vivre repliée sur elle-même, se contentant de croire qu’elle seule sera sauvée, qu’elle seule a la vérité. Si l’Eglise n’évangélise pas, si elle ne porte pas le souci de porter le Christ au monde, elle est morte, vouée à disparaître à jamais. Si l’Eglise n’évangélise plus, elle cesse d’être l’Eglise du Christ. Si la tactique missionnaire de Paul semble un peu improvisée, elle n’en est pas moins fondamentale. L’Eglise doit être cette lumière qui attire à Dieu et au Christ tous les hommes que Dieu aime ! Ce n’est pas aux hommes de venir à l’Eglise pour y découvrir le salut ; c’est à l’Eglise d’aller vers les hommes pour leur proposer le Christ comme chemin de vie et de salut. 
 
Le concile Vatican II nous rappelle dans son décret Ad gentes, l’urgence de la mission. Elle passe d’abord par un art de vivre des chrétiens qui soit conforme à leur foi. La mission ne se fait pas à coup de baïonnette ; elle ne se paie pas de mots ; elle passe par la charité, par le témoignage de vie et par l’annonce de Jésus mort et ressuscité pour tous les hommes. Nous serons missionnaires par toute notre vie ou nous ne le serons pas ! Ce n’est pas d’abord la mission de quelques spécialistes ; c’est l’œuvre de toute l’Eglise, de chaque croyant. Par ma manière de vivre avec mes voisins, par ma manière de conduire ma famille, je peux ou ne peux pas donner envie d’être croyant et de suivre le Christ. 
 
Avec les Apôtres, nous devons nous ouvrir au monde. A la suite des Apôtres, nous devons porter le Christ au monde, et porter les soucis du monde devant Dieu. C’est tout le sens de la prière universelle qui suit notre proclamation de la foi. Elle nous ouvre, et ouvre notre prière, à celles et ceux qui ne sont pas là, à celles et ceux qui ne seront jamais là, à celles et ceux pour qui nous ne pouvons rien, si ce n’est les confier à la tendresse du Christ et à la miséricorde de Dieu. Lui seul saura toucher les cœurs en profondeurs, et agrandir son Eglise jusqu’à ce qu’elle soit ce peuple nombreux et varié devant le Trône et devant l’Agneau. Que cette eucharistie nous ouvre de plus en plus à la dimension missionnaire de l’Eglise et fasse de nous tous de simples ouvriers dans la vigne du Seigneur. Amen.
 
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille ilages d'Eglise, éd. Les presses l'Ile de France) 

samedi 13 avril 2013

03ème dimanche de Pâques C - 14 avril 2013

Avec les Apôtres, obéir à Dieu.





Il y a une totale incompréhension entre les Apôtres et ceux qui s’opposent à eux, après s’être opposés, il y a peu de temps encore, à Jésus lui-même. Ils pensaient en finir avec Jésus en le clouant sur une croix ; ils pensaient que le tombeau était le moyen le plus sûr d’enterrer toute cette histoire. Et voilà que ses compagnons, ses disciples, font resurgir son nom. Insupportable ! Tout bonnement insupportable ! Sans doute quelques coups de fouet bien placés vont-ils mettre un terme à ce resurgissement du nom de Jésus. 
 
Faut-il donc qu’ils soient naïfs pour croire qu’ils arrêteront ainsi ceux qui parlent de celui que la mort n’a pu retenir ? Faut-ils qu’ils soient naïfs pour espérer faire taire la voix de Celui qui, à travers ses Apôtres, parle maintenant d’au-delà de la mort ? Les Apôtres ont acquis la certitude que Jésus est bien vivant ; ils ont expérimenté sa présence réelle à leurs côtés : plus rien ne peut leur faire peur, et certainement pas le fouet qui a déchiré le dos de leur Seigneur et Maître. S’il a subi le fouet, ils le subiront eux-aussi, tout heureux de suivre ainsi le chemin de Jésus. 
 
D’où leur vient ce courage ? D’où leur vient cette force de caractère ? La semaine passée, la liturgie nous les montrait  encore tous enfermés à double tour, par crainte des Juifs. Aurions-nous tous sous-estimé la puissance de l’Esprit Saint que Jésus a répandu sur eux ? C’est bien cet Esprit qui est évoqué par Pierre lui-même dans sa réponse au grand-prêtre. Cet Esprit leur donne la force d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. 
 
Car là est bien la leçon de ce dimanche : avec les Apôtres, nous devons obéir à Dieu. Obéir, non pas de manière servile, comme des esclaves, mais comme un ami peut obéir à un ami en entrant dans le projet qu’il porte ; obéir comme un ami qui fait tout ce qu’il faut, tout ce qu’il doit, pour que l’œuvre de son ami, qui a besoin de lui, réussisse.  Jésus ne leur a-t-il pas dit, ne nous a-t-il pas dit, que désormais, il ne nous appelait plus serviteur mais ami, parce que le serviteur ignore ce que veut faire son maître ?  Disciples de Jésus, connaissant son œuvre de salut pour tous les hommes, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, refusant les modes passagères, choisissant toujours la vérité et la justice, même si ce chemin est exigeant. Connaissant l’œuvre de Dieu, connaissant surtout l’immense amour qu’il a déployé pour nous, comment ne pas entrer avec lui en résistance ? Comment ne pas obéir à son Esprit Saint, qui veut le meilleur pour nous, le meilleur pour chaque homme ? Et si cela passe par des moqueries, qu’importe au fond : l’amour de Dieu est plus fort que les moqueries. L’amour de Dieu est plus fort que tous les coups que nous pouvons prendre, au propre comme au figuré. 
 
Apprendre à obéir à Dieu, comme les disciples qui étaient partis à la pêche et qui n’avaient rien pris, mais qui, sur l’ordre de Jésus, relancent les filets et les tirent à terre remplis comme jamais. Obéir à Dieu, comme Pierre devra apprendre à le faire, en réaffirmant son amour sincère pour l’ami qu’il avait trahi et qui se voit confier la charge de tout le peuple que Dieu se choisit et appelle à vivre avec lui. Obéir à Dieu, en ayant conscience que ce n’est pas toujours nous qui mettrons notre ceinture et qu’un autre nous emmènera là où nous ne voudrions pas aller. L’obéissance à Dieu devient ainsi l’expression de notre attachement à la mission qu’il nous confie, l’expression de notre reconnaissance pour l’amour qu’il déploie pour nous, jour après jour, l’expression de notre indéfectible attachement à la personne du Christ, mort et ressuscité pour nous. 

Obéir à Dieu n’est-ce pas finalement simplement aimer Dieu et son Christ plus que tout ? L’obéissance, ainsi comprise, ne nous déresponsabilise pas ; au contraire, elle nous fait grandir et aimer mieux celui qui a tout donné par amour pour nous. En obéissant à sa parole, en laissant son Esprit nous guider, nous répondons à cet amour et nous le répandons autour de nous. N’est-ce pas ce qui est demandé à tout disciple ? En toute simplicité ! Amen.
 
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)