Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 28 janvier 2023

4ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2023

 Quel monde voulons-nous que Dieu sauve ?






                Les paroles entendues aujourd’hui, quelle que soit la lecture d’origine d’ailleurs, nous invitent à réfléchir au monde que nous voulons et surtout au monde que Dieu doit sauver ! Parce que c’est bien cela qui doit nous préoccuper plus que jamais. 

            Les lectures de ce dimanche ont donc un point en commun : elles font toutes l’éloge de la simplicité, de l’humilité, de la modestie. Le monde voulu par Dieu dans l’Ancien Testament, c’est un monde humble qui accomplit la loi du Seigneur. La communauté chrétienne décrite par Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, est une communauté de gens simples qui ne placent leur fierté qu’en Dieu. Quant aux béatitudes telles que nous les rapporte Matthieu, elles soulignent bien que le monde dessiné par Jésus est à mille lieues d’un monde orgueilleux où ne triomphent que les puissants. Le monde que Dieu veut sauver, le monde qui a la faveur de Dieu, est un monde où les sentiments humains ont droit de cité. C’est un monde dans lequel les hommes qui pleurent sont consolés par Dieu, un monde dans lequel les doux, les affamés de justice, les miséricordieux, les artisans de paix sont rois. Et cela, c’est une Bonne Nouvelle pour nous. Pas seulement parce que nous ne sommes pas puissants, pas seulement parce que nous ne sommes pas trop riches. C’est une Bonne Nouvelle pour nous parce qu’elle nous dit de qui nous devons avoir le souci : les faibles et les pauvres, nous rendant ainsi frères et sœurs de ces pauvres. C’est une Bonne Nouvelle parce que désormais nous savons quel monde nous avons à construire pour être fidèles à l’enseignement de Jésus. Non pas un monde de puissants ou d’orgueilleux, mais un monde de frères où chacun prend soin de l’autre, sûrs que Dieu prend soin de tous. 

            Ceci dit, je ne suis pas aveugle et je ne vis pas au pays des bisounours. Je sais bien que ces valeurs ne sont pas celles de notre monde aujourd’hui. Entre ceux qui cherchent à imposer leur pouvoir, que ce soit en Ukraine, en Terre Sainte ou en tant d’autres pays encore, et même quelquefois même dans le nôtre ; entre ceux qui affirment qu’une vie est réussie à cinquante ans à condition d’avoir une rolex au poignet, ou telle voiture dans son garage ou tel équipement de pointe dans sa maison ; entre ceux qui estiment qu’il n’y a que l’argent pour faire leur bonheur et qu’il est stupide de le partager au risque de voir son bonheur diminuer avec sa fortune ; entre tous ceux-là et bien d’autres qui ne veulent pas d’un monde fraternel, je reconnais qu’il n’est pas aisé de répandre et de faire comprendre cette Bonne Nouvelle entendue aujourd’hui. Alors que faire ? Rester là à regarder le monde s’en aller à sa perte, en disant que nous n’y pouvons rien parce que justement nous ne sommes ni assez riches, ni assez puissants pour peser sur les décisions que prennent les grands de notre monde ? 

            Je ne peux m’y résigner. Même si j’estime que je ne suis pas assez puissant, ni assez riche, je peux commencer, dans ma famille, dans mon quartier, avec mes voisins et mes amis à construire quelque chose de ce monde simple que Dieu veut sauver. Je suis convaincu que là où nous vivons, nous pouvons répandre l’Esprit du Christ, sa manière de voir les choses, sa manière d’approcher les gens. Nous pouvons chacun commencer dans notre coin, un petit ruisseau d’attention, un petit ruisseau de générosité, un petit ruisseau d’humanité, un petit ruisseau de fraternité véritable. Car n’oublions pas que ce sont ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières quand ils se rassemblent. Ce sont ces petits ruisseaux, commencés partout où des croyants prennent la Parole de Dieu au sérieux, qui permettront à cette même Parole de tout emporter et de transformer le monde. Nous ne changerons pas le monde, mais nous pouvons changer notre petit monde, celui dans lequel nous sommes plongés quotidiennement, même si quelquefois ce monde nous pèse. 

            Je le crois et je l’affirme avec force : si nous commençons, modestement, le Christ nous rejoindra et achèvera ce que nous aurons commencé en son nom. Il est avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Il nous l’a promis, et je sais qu’il ne nous peut ni ne veut nous tromper sur ce point. Commençons, pour que le Christ, à travers nous, soit présent au monde entier. Il n’y a qu’ainsi que le monde reviendra au Christ. Il n’y a qu’ainsi que le monde acceptera d’être sauvé par le Christ, parce qu’il aura goûté à sa Parole, il aura été transformé par son Esprit. Heureux ceux qui rendent le Christ présent au monde par leur art de vivre ; ils participent au salut du monde, ils participent à l’œuvre du Christ. Amen.

samedi 21 janvier 2023

3ème dimanche ordinaire A - 22 janvier 2023

 De l'importance de la Parole de Dieu.



(Evangéliaire, IXème siècle, BNF, Département des manuscrits)



Depuis septembre 2019, à la demande du pape François, ce troisième dimanche du temps ordinaire est appelé « Dimanche de la Parole de Dieu ». Non pas que les autres dimanches nous pourrions nous passer d’elle, mais pour souligner justement l’importance de cette Parole dans la vie d’un croyant. Et c’est ce dimanche qui a été choisi parce qu’il se situe chaque année dans la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, comme pour nous redire que tous les chrétiens partagent la même Parole, et doivent en vivre pareillement. 

En reprenant les textes du jour, nous pouvons être surpris parce que ce n’est pas le dimanche qui parle le plus de la Parole de Dieu. La seule véritable allusion vient de l’évangile quand il est dit : C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Vous aurez reconnu un extrait de notre première lecture. Cette courte citation nous rappelle une chose importante : Dieu ne parle pas en vain ! Il ne parle pas pour ne rien dire. Et quand il fait une promesse, elle se réalise, tôt ou tard. Nous ne pouvons donc pas l’écarter de notre vie sans conséquence pour nous. Nous ne pouvons pas davantage fermer notre oreille à cette parole sans conséquence pour nous. Pour le dire autrement, nous devons être conscients qu’ignorer cette parole, c’est choisir d’ignorer Dieu ; et donc nul ne peut se dire croyant sans entrer en relation avec cette Parole. Un croyant chrétien qui ignorerait volontairement la Parole de Dieu serait un croyant en danger… de ne plus être croyant ! 

Ce que nous apprend encore cette page d’évangile, c’est qu’en Jésus, la Parole de Dieu est à l’œuvre. Si la parole du prophète Isaïe s’accomplit quand Jésus s’installe à Capharnaüm, il nous faut en déduire qu’il est la lumière qui s’est levée. Et de là, nous pouvons dire, comme le fera Jean dans le prologue de son Evangile, que Jésus est la Parole de Dieu qui éclaire tout homme. Souvenez-vous de l’évangile du jour de Noël : Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Ignorer la Parole de Dieu revient donc aussi à ignorer le Christ ! Ce qui n’est ni possible, ni même envisageable pour un chrétien, c'est-à-dire un disciple du Christ ! 

Une dernière chose que nous apprend ce texte, et qui vient comme illustrer tout ce que nous venons déjà de découvrir, c’est que si Dieu ne parle pas en vain, si Jésus est la Parole de Dieu, alors la parole prononcée par Jésus, parole authentique de Dieu, s’accomplit effectivement, et les hommes de son temps peuvent s’en rendre compte. Voyez ce qui se passe pour Simon Pierre et son frère André, ou pour Jacques et son frère Jean, les fils de Zébédée. Jésus les appelle : Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes, et aussitôt, ils le suivirent. Quand Dieu parle, l’homme peut répondre sans l’ombre d’une hésitation. Parce que quand Dieu parle, c’est pour la vie de l’humanité ; quand Dieu parle, c’est pour le bonheur de l’humanité ; quand Dieu parle, c’est pour le bien de l’humanité. Nous n’avons pas à craindre cette Parole ! 

Nous pouvons maintenant élargir notre regard et découvrir ce que la deuxième lecture de ce dimanche nous apprend sur la Parole de Dieu. C’est ceci : nous ne pouvons pas réduire la Parole de Dieu à une parole d’homme. La querelle dont parle Paul vient du fait qu’à Corinthe, les chrétiens eux-mêmes étaient divisés entre eux parce qu’ils avaient perdu de vue que c’est le Christ qui est important. Ce ne sont ni Paul, ni Apollos, ni Pierre qui comptent, eux qui ne sont que les relais de la Parole, les relais du Christ. Celui qui compte, c’est le Christ, parce que lui seul sauve, lui seul a donné sa vie sur la croix pour notre salut, lui seul nous a donné l’Evangile que ses Apôtres annoncent. Il s’agit de ne pas confondre le messager et le message. Il s’agit de ne pas confondre le disciple et le Maître. Le Maître, le Christ, est le seul important. C’est de lui que nous devons nous réclamer ; c’est à sa Parole qu’il nous faut nous référer. C’est suffisant ! Mais c’est nécessaire. 

Finalement, un dimanche dans l’année pour nous souvenir de l’importance de la Parole de Dieu pour nous, et pour la célébrer de manière plus vive, ce n’est pas de trop. Je me souviens d’une époque, celle des débuts de mon ministère, où il me fallait lutter fermement dans certains lieux ou groupes chrétiens, pour que la lecture de la Parole de Dieu soit maintenue et non pas remplacée par des textes d’auteurs chrétiens, sous prétexte qu’ils sont plus facilement accessibles que la Parole de Dieu. Aucun auteur, aucun prédicateur n’aura jamais la saveur qu’à la Parole du Christ lui-même. Attachons-nous à lui et goûtons quotidiennement ne serait-ce qu’un verset de sa Parole. Nous verrons notre vie se transformer parce que nous aurons donné à notre cœur l’occasion d’être travaillé par cette Parole en profondeur. Nous ne convertirons peut-être personne à le faire, mais la Parole de Dieu nous aura convertis personnellement ; c’est déjà beaucoup. Amen.

dimanche 15 janvier 2023

2ème dimanche ordinaire A - 15 janvier 2023

 Elus pour témoigner de Dieu.



 

            Il y a une thématique qui traverse toute la Bible et dont toutes nos lectures de ce dimanche se font l’écho, celle de l’élection. Dieu choisit des hommes et des femmes, et même un peuple tout entier, pour être témoins de son œuvre de salut en faveur de l’humanité. Il est important de bien saisir le sens de cette élection pour ne pas tomber dans des travers dangereux et pour l’élu et pour ceux vers qui il est envoyé. 

            Nous l’avons entendu dans la première lecture : Dieu appelle le prophète Isaïe. Tu es mon serviteur, en toi je manifesterai ma splendeur. Et plus loin Dieu précise le sens de cet appel : C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. L’élection ou l’appel, si vous préférez, c’est toujours en vue d’une mission auprès de quelqu’un. Ce n’est pas pour placer quelqu’un au-dessus des autres, mais pour le placer auprès de quelqu’un ou en avant de quelqu’un. L’élu ne va pas dominer, il va accompagner, éclairer, ramener vers Dieu, dire sa Parole… Même l’élection du peuple Israël n’en fait pas un peuple au-dessus des autres. Il est le peuple particulier de Dieu pour être lumière qui éclaire les nations. Pour le dire clairement, Israël est choisi pour vivre l’Alliance que Dieu propose, non pas parce qu’il est meilleur que les autres peuples, mais pour qu’un peuple, Israël, serve de modèle aux autres ; pour que les autres peuples, voyant Israël bénéficier des faveurs de Dieu, se disent : nous-aussi, nous voulons vivre cela, nous aussi nous voulons connaître ce Dieu qui intervient en faveur du peuple qu’il a élu. 

            Les Alliances successives, et les ruptures d’Alliance tout aussi successives, nous montrent bien que ce n’est pas simple et que l’élection par Dieu n’empêche pas le peuple de se détourner de Dieu. Dieu enverra des prophètes vers son peuple pour faire revenir le cœur de celui-ci vers Dieu. Et après le temps de l’Exil, le prophète Isaïe nous indique clairement que désormais, c’est l’humanité tout entière qui est appelé au salut. L’élection d’Israël s’étend à tous les peuples. Tous sont aimés de Dieu ; tous peuvent bénéficier du salut que Dieu offre. Des siècles plus tard, Paul, qui a grandi au sein de ce peuple élu par Dieu, a bien conscience d’une nouvelle élection qui le concerne lui et ceux qui ont fait choix du Christ : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelé à être saints… Paul a été appelé à être apôtre : c’est son élection particulière ; mais avec lui, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Cette élection, nous la partageons tous depuis notre baptême. 

            Et nous comprenons là que l’élection ne nous place pas au-dessus des autres, mais au milieu des autres, et qu’elle nous confère une mission. Pour Isaïe, c’est d’être prophète ; pour Paul, c’est d’être apôtre du Christ Jésus, pour chacun de nous et pour eux, c’est d’être saints. Il y a une mission commune, la sainteté à accueillir et à vivre, et des missions particulières au service de la mission commune : être prophète, être apôtre… Paul les détaillera plusieurs fois dans ces lettres. Ceux qui exercent une mission particulière ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste été appelés à quelque chose de plus au service de tous. De même, les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste accepté l’appel de Dieu que le baptême manifeste. Par le baptême, Dieu nous choisit comme ses enfants : Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. C’est Dieu qui nous choisit par le baptême ; nous faisons juste le choix de lui répondre. Mais c’est son appel qui est premier et qui conditionne tout. 

            Que ce soit l’appel à la mission commune (vivre de la sainteté de Dieu) ou que ce soit l’appel à une mission particulière, nous avons tous la même obligation : témoigner de ce que Dieu a fait pour nous et pour notre salut. Jésus lui-même, placé au milieu de nous par son incarnation, témoignera par son enseignement et par les signes qu’il pose, de ce que Dieu réalise pour tout homme. Nous ne pouvons pas le faire si nous considérons que nous sommes au-dessus des autres. Nous ne témoignons vraiment que lorsque nous vivons au milieu des autres, partageant leurs tristesses et leurs joies, leurs angoisses et leurs espérances. Que ce temps ordinaire que nous avons commencé, nous donne de nous situer en vérité au milieu des hommes de notre temps et de leur témoigner l’amour dont Dieu les aime. Ainsi nous serons lumière qui éclaire les nation et nous accomplirons notre vocation à la sainteté. Ainsi nous pourrons tourner les cœurs vers le Christ, le seul qui sauve. Amen.

samedi 7 janvier 2023

Epiphanie - 08 janvier 2023

 C'est quoi, ces cadeaux offerts à Jésus ?



(Adoration des mages, Crèche de Mittelschaeffolsheim, Bas-Rhin)



           Dans une France qui perd toujours plus sa culture religieuse, j’ai fait, pour préparer cette homélie, un petit exercice que font beaucoup de nos contemporains quand ils sont face à une question à laquelle il leur est malaisé de répondre : j’ai tapé dans mon moteur de recherche : quel est le sens des cadeaux offerts à Jésus ? J’imagine bien des parents attachés par tradition à Noël être désarçonnés par la question du petit dernier : « c’est quoi, ces cadeaux faits à Jésus ? », faire la même démarche. Voyons donc ce que dit internet, dieu de la connaissance et de la science absolue. Voici le résultat de mes recherches. 

            La première réponse vient d’un site fait pour des enfants de 8 à 12 ans en Suisse (Trampoline). Il reprend l’enseignement de la tradition de l’Eglise. Je le cite : A sa naissance, Jésus a reçu de drôles de cadeaux pour un bébé : de l’or, de la myrrhe (une plante dont on enrobait les cadavres) et de l’encens (un parfum). Pourtant, ses parents avaient sûrement besoin de draps et de vêtements pour lui ! Alors pourquoi les rois mages, ces savants de l’époque qui ont fait un grand voyage pour voir Jésus, ont-ils apporté ces trois cadeaux ? En fait, ces cadeaux avaient une signification spéciale : L’or indiquait que Jésus était un roi ; la myrrhe indiquait qu’il allait être mis à mort ; l’encens indiquait que Jésus était digne d’être adoré. Et c’est ce qui est arrivé. Devenu grand, Jésus a été appelé le « Roi des Juifs » (or). Il a été tué par les Romains (myrrhe), et quand il est revenu à la vie, ses amis ont compris qu’il était vraiment le Fils de Dieu (encens). Pour des parents un peu perdus, voici au moins une réponse claire, simple, facile à comprendre pour un enfant.

 

            Un site français (Tête à modeler), agréé par le journal Ouest France, excusez du peu, apporte la précision suivante, digne d’un vrai travail de journaliste : Balthazar offrit de l'or à Jésus, symbolisant la royauté de celui-ci. Melchior apporta avec lui de l'encens dont on se sert pour honorer Dieu, symbolisant ainsi la divinité du petit Jésus. Le dernier, Gaspard, quant à lui, présenta la myrrhe, un parfum servant à embaumer les morts dans l'antiquité. La symbolique de ce présent revêt donc deux significations : celle de l'humanité, car Jésus reste un homme, et celle de la prophétie, indiquant la mort prochaine de ce dernier. Il faudra quand même attendre une trentaine d’année pour que la prophétie se réalise. Mais qu’est-ce cela au regard de l’éternité ? Nous aurons appris deux choses que l’évangile ne dit pas : le nom des mages et qui a offert quoi ! Si on n’en est pas sûr, cela ne fait pas de mal. La réponse a même quelque chose de terriblement humain, personnel : les visiteurs ne sont pas simplement des savants venus de pays lointains ; ils ont un nom, une identité. Pour répondre à une question d’enfant, cela peut être sympathique. Mais la réponse va encore plus loin quand on passe les publicités qui garnissent l’article. Il dit cette chose que j’ignorais : En offrant ces trois présents, les Rois Mages mirent Jésus à l'épreuve essayant d'en diagnostiquer sa vraie nature. On dit alors que s'il choisit l'or, il deviendra roi, s'il choisit l'encens, il deviendra prêtre, et s'il choisit la myrrhe, il deviendra médecin. Les trois mages furent déconcertés à la vue du petit Jésus choisissant les trois présents. Eh oui, Jésus échappera toujours à nos étiquettes et à nos représentations ; il est au-delà de ce que nous pouvons imaginer de lui. Il ne choisit pas d’être l’un ou l’autre ; il assume toutes les conséquences de son incarnation : il est Roi, il est Dieu, il mourra un jour. Ne réduisons pas Jésus à l’enfant de la crèche ; ne réduisons pas Jésus à un aspect de sa personnalité au risque de ne pas comprendre ou de ne pas entendre la totalité de son message pour l’humanité. Nous pouvons légitimement être déconcertés par cet Enfant-Dieu venu dans le monde pour le salut de tous les hommes. Il nous faut entendre Paul dans sa lettre aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus. Les cadeaux sont importants pour ce qu’ils disent de l’Enfant ; mais le fait que les mages viennent de loin, soient des étrangers, est pareillement important. Cela dit quelque chose de la catholicité de la foi en Jésus Christ, Fils de Dieu venu dans le monde, offert sur la croix par amour de toute l’humanité, ressuscité pour conduire cette même humanité au Royaume où Dieu son Père nous attend.

 

Un dernier site consulté (Aleteia) donne une réponse davantage orientée vers les adultes et l’approfondissement de leur foi. Il nous dit que les cadeaux faits à Jésus sont le symbole de toute vraie prière, qui est royale au sens où, je cite, elle célèbre les fastes de ce Dieu qui est notre roi. Elle se fait louange, gloire rendue. La prière décentre, elle nous invite à nous occuper de Dieu plutôt que de nous. Et nous savons bien que, dès que nous nous occupons de lui (lui qui ne cesse de s’occuper de nous), nous nous portons mieux. L’explication se poursuit ainsi : La prière est un encens. L’encens est un aromate qui brûle en s’élevant vers le ciel. Notre prière se fait imploration du soir et, si elle part en fumée, c’est droit vers le ciel, en sentant bon. Oui, la prière est fumée : elle est une activité gratuite, improductive, qui ne sert qu’à aimer. Elle est donc indispensable. Enfin, nous dit-on encore, la prière est comme la myrrhe. La prière n’est pas une distraction, une occupation innocente, une activité qui n’engage pas. Quiconque pénètre dans les sentiers de la prière passe par une certaine mort : mort au vieil homme, à soi-même, à ce qui ne met pas Dieu à la première place. La prière ne se contente pas de méditer sur la Passion du Christ. Elle conduit à la vivre soi-même. A nous de voir quel cadeau nous offrons à Jésus dans notre prière. Ce sera tantôt l’un, tantôt l’autre. L’essentiel est de lui offrir un cadeau.

 

Ce qui m’amène à une interprétation toute personnelle de ces cadeaux. La tradition de l’Eglise, reprise plus ou moins par les sites dont je viens de parler, rapporte les cadeaux à Jésus en insistant sur ce qu’ils nous disent de lui. Je voudrais donner un autre sens à ces cadeaux, un sens qui dise quelque chose de nous. Si je me retrouve bien dans l’explication des cadeaux comme symbole de notre prière, ces cadeaux doivent alors dire aussi quelque chose de nous qui offrons ces cadeaux. Je verrai bien l’or comme l’offrande à Dieu de ce qui va bien dans ma vie, grâce à lui, une action de grâce de toutes les richesses qu’il me permet de vivre : richesse des amitiés, richesse de mes connaissances, richesse des chances qui s’offrent à moi de progresser. Il est bon de ne pas croire que nous nous faisons tout seul, à la seule force de nos poignets ou de notre intelligence ; je crois que Dieu, par l’amour qu’il me porte, est pour quelque chose dans ce que je deviens, dans ce que je vis de bien. Lui offrir l’or de ma vie, le meilleur de ma vie, c’est lui rendre grâce de sa présence à cette vie, lui rendre un peu de ces talents qu’il a placé en moi et que j’essaie de faire fructifier. Mais parce que mes jours ne sont pas toujours que des jours heureux, parce que mes jours sont quelquefois sombres et lourds, je lui offre aussi la myrrhe de ma vie, ce qui me pousse vers la mort pour qu’il accueille mes faiblesses, mes défauts dans ma cuirasse et les transforme ; je lui dis ainsi que je compte sur sa miséricorde pour que de ces petites morts, il en tire une vie plus forte, plus belle. Enfin, je lui offre l’encens de ma vie, cette part divine qu’il a déposée en moi au jour de mon baptême pour qu’il m’aide à en faire plus que de la fumée et qu’il m’aide à dégager cette bonne odeur de sainteté que je suis invité à dégager. Et je ne peux que m’interroger alors sur le peu de fois que nous utilisons l’encens. Est-ce parce que l’encens nous gratte la gorge ? Ou est-ce que l’encens gratte autre chose dans notre vie, et nous fait tousser quand nous est rappelé que nous portons Dieu en nous, quand nous est rappelé que nous devons donner Dieu à voir et à sentir par toute notre vie ? Le refus de l’encens, au motif que c’est un truc d’autrefois, n’est-ce pas un peu le refus de grandir dans cette sainteté, cette divinité que Dieu nous offre ? Comme l’encens peut nous gratter la gorge et nous faire tousser, vivre de la sainteté de Dieu peut nous gratter et nous faire tousser dans un monde à la laïcité triomphante et mal comprise, dans un monde qui met la compétition en avant, dans un monde où certains pensent qu’il vaut mieux écraser qu’être écrasé. Vivre selon l’Evangile n’a jamais été et ne sera jamais facile. C’est pour cela qu’il nous faut sans cesse offrir à Dieu, dans notre prière, l’encens de notre vie pour qu’il nous fasse sentir bon et fasse de nous des témoins authentiques de sa gloire et de son amour pour tous les hommes.

 

Offrons à Dieu ces cadeaux insolites que sont l’or, l’encens et la myrrhe. Offrons-les comme les mages pour reconnaître qui il est. Mais offrons-les aussi comme les signes de ce que nous vivons ou voulons vivre avec lui. Une vie bonne, libérée de la mort, orientée vers la sainteté. Il recevra ces cadeaux et nous fera toujours plus à son image et à sa ressemblance. Plus nous nous offrirons à lui, plus nous découvrirons les autres chemins qu’il nous appelle à vivre pour toujours le rencontrer mieux. Amen.

dimanche 25 décembre 2022

Nativité de notre Seigneur Jésus Christ - 25 décembre 2022

 Jésus, l'un de nous, tout en étant Dieu.

Je tiens à m'excuser auprès de mes lecteurs, mais pris par une grippe qui m'affaiblit, je n'ai pas d'autres homélies que celle que j'avais prévu pour la messe de la veille au soir.



(Généalogie de Jésus, Psautier Ingeburge, 1210)




            Ce n’est certes pas la lecture la plus passionnante de l’évangile, cette généalogie de Jésus rapportée par Matthieu au tout début de son œuvre, mais elle nous enseigne beaucoup sur celui qui vient au milieu de nous, en cette nuit de Noël. En fait, elle nous dit l’essentiel pour que nous ne nous trompions pas sur l’identité de celui qui se fait petit enfant. 

          La longue succession des générations, depuis Abraham jusqu’à Jésus, nous dit clairement et sans contestation possible, que Jésus s’inscrit dans une histoire qui a commencé bien avant sa naissance terrestre. C’est une histoire d’hommes et de femmes qui répondent à un appel de Dieu à vivre une alliance avec lui. Une histoire d’hommes et de femmes appelés à se laisser mettre en route à l’image de notre père Abraham ; une histoire d’hommes et de femmes appelés à laisser Dieu gouverner leur vie, à l’exemple du roi David qui tient de lui son pouvoir royal ; une histoire d’hommes et de femmes appelés à se laisser pardonner par Dieu pour lui être à nouveau fidèle à l’exemple de ce peuple revenu d’Exil. Malgré l’adversité, malgré les doutes qui le traverse, ce peuple est le peuple que Dieu s’est choisi. En envoyant son Fils unique dans ce peuple particulier, Dieu redit sa fidélité à son Alliance, alliance de salut et de vie pour tous ceux qui choisissent Dieu. 

          La longue succession des générations, depuis Abraham jusqu’à Jésus, nous montre aussi qu’avec lui quelque chose de neuf commence. Découpée en trois partie, la liste des ancêtres de Jésus marque les grandes étapes de la vie de ce peuple. Trois fois quatorze générations accomplies, ce qui fait qu’avec Jésus, une nouvelle ère commence, un nouveau monde advient. Cette nouveauté est marquée par la formule employée pour annoncer la naissance de Jésus, différente de la formule employée pour ces ancêtres. Là où il était dit que, par exemple, Abraham engendra Isaac, il est dit non pas que Joseph engendra Jésus, mais que de Marie fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. La formule employée est un passif divin. Le lecteur de Matthieu comprend immédiatement que l’origine de Jésus, c’est Dieu. C’est lui qui a engendré Jésus dans le sein de Marie, comme nous l’apprend si bien le récit de l’Annonciation. Joseph, en entrant dans le projet de Dieu, devient le père protecteur de l’enfant nouveau-né. Cette longue généalogie nous apprend donc qu’il est d’un peuple ancien, certes, mais qu’il est aussi de Dieu, pour commencer un nouveau cycle de vie, une nouvelle création. Le nom que Joseph donnera à l’enfant dit clairement qu’il vient de Dieu pour sauver son peuple. Ce salut ne concerne pas la délivrance du joug romain, mais bien de ce joug fondamental qui tient l’homme loin de Dieu, le joug du péché : Tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 

          Ayant entendu l’histoire de ce Jésus, et compris la portée salvifique de sa naissance, il nous revient de nous déterminer. Voulons-nous entrer, à notre tour, dans ce peuple sauvé par Jésus ? Voulons-nous avec lui bâtir le monde nouveau que sa naissance inaugure ? Dans notre monde en crise, les pistes, pour que ce monde devienne réalité, ne manquent pas : avec Jésus, il nous faut devenir artisan de paix ; avec Jésus, il nous faut annoncer le Royaume ; avec Jésus, il nous faut mettre l’autre, le petit, l’étranger, au cœur de nos préoccupations. Pour construire ce monde nouveau, il nous faut devenir pleinement humain à l’exemple de Jésus, pour retrouver en nous la trace de la divinité que le péché nous a fait perdre. Laissons Dieu nous engendrer à cette vie nouvelle qu’il commence en Jésus. Que les célébrations de Noël fassent de nous des disciples missionnaires, transformant d’abord leur vie pour transformer ensuite le monde en profondeur. Dieu ne sauvera pas ce monde sans nous, ni contre nous. Et nous ne sauverons pas le monde sans la force qui nous vient de Dieu. Amen.

samedi 17 décembre 2022

4ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2022

 Joseph, ne crains pas ! 



(Arcabas, L'annonce à Joseph)



 

            Beaucoup de prédicateurs s’extasient sur la discrétion de Marie dans les évangiles, sur le peu de paroles qu’elle nous laisse et sur l’exemple qu’elle nous donne. Et ils ont sans doute raison. Mais il y a quelqu’un d’encore plus discret, quelqu’un dont on parle encore moins et qui a pourtant une place tout-à-fait singulière dans l’histoire du Salut : c’est Joseph. La liturgie de notre quatrième et dernier dimanche de l’Avent nous présente aujourd’hui celui que l’on n’attendait plus et qui pourtant peut tout faire basculer. 

            Remarquez la manière avec laquelle Matthieu introduit Joseph : Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph. C’est le projet de mariage entre Marie et Joseph qui permet à Matthieu de nous parler de cet homme discret. Les plus affutés d’entre vous diront qu’il en a déjà touché un mot dans les versets qui précèdent et qui forment la longue généalogie de Jésus. Elle se termine effectivement ainsi : Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. S’en suit alors l’évangile entendu ce dimanche, appelé communément L’annonce à Joseph. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette annonce n’a rien d’un beau conte : là où ceux-ci nous ont habitués à la phrase type : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, Matthieu commence par jeter un pavé dans la mare : avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. L’histoire a à peine commencé qu’elle peut déjà se finir dramatiquement. Tout va dépendre maintenant de Joseph. Au regard de la Loi, il devrait dénoncer publiquement celle qui est enceinte d’un autre que lui, et renvoyer celle dont tout le monde, à la vue de son ventre arrondi, pensera qu’elle a fauté. Mais nous dit Matthieu, Joseph, son époux, était un homme juste. Sans encore rien savoir de l’histoire, il décida de la renvoyer en secret. C’est là que Dieu, par son ange, intervient… enfin aurais-je envie de dire ! 

            Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. N’ai pas peur, il n’y à rien de scandaleux ni de scabreux dans le fait qu’elle soit enceinte, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Enfin, le projet de Dieu est révélé à Joseph ; enfin son cœur peut s’apaiser ; enfin il peut être encore plus juste que ce qu’il avait décidé. Il peut entrer à son tour dans l’histoire du Salut des hommes, en jouant sa part, celle de père protecteur de l’Enfant à naître. Et les évangiles de l’enfance de Jésus nous montreront très vite à quel point Joseph devra s’engager pour protéger ce fils qui lui est donné en même temps qu’il est donné au monde : elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, (c'est-à-dire le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. En une seule phrase, l’ange du Seigneur convainc Joseph de faire ce qui est juste, parce que c’est ce que Dieu désire. Et le désir de Dieu ne concerne pas que ce couple singulier, mais toute l’humanité. Joseph voulait sauver Marie ; Dieu veut sauver l’humanité, en voulant avoir besoin des hommes, à travers Marie et Joseph, pour réaliser son projet de salut. De même que Dieu avait formé son projet originel de Création en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Adam et Eve, de même a-t-il formé son projet de rédemption en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Marie et Joseph. Nous comprenons là que Dieu ne fait rien sans l’humanité qu’il a désirée et créée. Nous comprenons, pour notre propre vie spirituelle, que Dieu ne fera rien sans nous. Il ne nous obligera jamais à faire ou vivre ce que nous ne voulons pas. Comme Adam et Eve, nous avons le pouvoir de résister à Dieu et de lui dire non ; comme Marie et Joseph, nous avons le pouvoir de collaborer avec Dieu et de lui dire oui. Le Oui de Joseph n'est pas verbal, puisqu’il dort quand l’ange du Seigneur lui apparut en songe. Le oui de Joseph se traduit par un acte clair sans aucun délai : quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Sans un mot, sans une question, sans regret. 

            Nous comprenons là que Joseph est un homme attaché à Dieu, comme son épouse d’ailleurs. Nous comprenons que sa justice réside dans cet attachement. Joseph devient le modèle du croyant qui fait confiance à Dieu, sans questionner le bien-fondé de sa méthode ou de son action. Dieu veut avoir besoin de lui ? Joseph se donne, dès lors qu’il a bien discerné que c’est là ce que Dieu attend de lui. Qu’il nous apprenne à entrer dans le projet que Dieu forme pour nous ; qu’il nous apprenne à agir sans délai quand Dieu a besoin de nous. Comme Joseph, ne craignons pas d’entrer dans le projet que Dieu porte pour nous : il est toujours projet de salut pour nous et pour tous les hommes. Amen.

samedi 10 décembre 2022

3ème dimanche de l'Avent A - 11 décembre 2022

 Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !




(Jean le Baptiste s'interrogeant sur Jésus dans sa prison, Tableau de Simao Rodrigues, 1620, Portugal)




            Je ne cesse d’être surpris par la Parole de Dieu et par la manière dont elle m’accompagne et se révèle à moi. Ce qui hier était une phrase sans importance peut soudain travailler ma mémoire au point que je me demande pourquoi jamais auparavant tel verset ne m’avait interrogé. C’est comme si un verset semblait avoir été ajouté à un texte que je croyais connaître. En plus de trente années de sacerdoce, j’ai pourtant lu dix fois au moins chaque évangile de chaque dimanche. Et pourtant, je m’aperçois encore que des mots de Dieu m’étaient jusqu’à ce jour inconnus. Ainsi en est-il de ce verset de l’évangile de ce dimanche que je voudrais commenter : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            C’est la dernière parole de Jésus aux envoyés de Jean le Baptiste qui, du fond de sa prison, s’interroge : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?  Jean le Baptiste devient ainsi un modèle pour tout croyant qui s’interroge aujourd’hui, alors que l’Eglise ne parvient pas à sortir de la crise qui l’ébranle profondément : ai-je misé sur le bon cheval ? N’ai-je pas tort de croire alors qu’il y a un tel fossé entre ce que je vois et ce que je crois ? Il faut se souvenir de la manière dont Jean le Baptiste parlait de la venue du Messie. Nous l’avons entendu dimanche dernier : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Reconnaissons qu’il est, dans son annonce, plus proche du grand nettoyeur que du grand guérisseur. Quand vous parcourez l’évangile de Matthieu pour contempler les débuts de la mission de Jésus, une fois passée la prédication de Jésus des chapitres cinq à sept, vous voyez Jésus guérir un lépreux, le serviteur d’un centurion romain, la belle-mère de Pierre, de nombreux malades et possédés qui viennent à lui, deux démoniaques au pays des Gadaréniens, un paralysé, une femme ayant des pertes de sang, deux aveugles, un possédé muet et je n’oublie pas qu’il a redonné vie à la fille d’un notable. Nous sommes quand même plus proche d’un hôpital de campagne que d’une société de nettoyage ! Jean le Baptiste se serait-il trompé ? 

            Dans sa réponse, Jésus, plutôt que de rappeler par le menu détail la longue liste que je viens de dresser, renvoie au prophète Isaïe qui donnait les signes concrets du salut réalisé par Dieu : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, ls lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Jean le Baptiste ne s’est pas trompé sur la personne de Jésus : il est celui qui apporte le salut puisqu’il réalise tous les signes de la prophétie du prophète Isaïe. Jean s’est juste trompé sur la méthode. Là où il attendait un grand chambardement avec des colères et des jugements secs, il y a le chemin du salut proposé par Dieu qui consiste à accueillir sa grâce, à se laisser guérir par Dieu de ce qui fait obstacle à la vie, à reconnaître que la mort n’est pas le dernier mot de l’histoire des hommes. A la place d’un feu qui détruit, il y a une parole qui sauve, qui redonne confiance, qui oriente la vie et le regard des hommes vers Dieu. Jésus lui-même confirme aux foules que Jean le Baptiste est bien son précurseur quand il affirme : c’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Et Jean le Baptiste a fait le job : il a des disciples qui le suivent, il y a des gens qui se sont convertis à son appel. Reste à Jean le Baptiste à se convertir lui-aussi à la méthode de Dieu, au projet de Dieu pour les hommes : il n’est pas celui qui détruit, il est celui qui sauve ! C’est ainsi que je comprends cette béatitude que je n’avais jamais remarqué auparavant : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            Jésus affirme que c’est bien autour de sa personne que s’opèrera le jugement. Jean le Baptiste, comme tout un chacun, doit se décider pour ou contre Jésus. Je n’ai pas de doute que la réponse qu’il aura reçue de ses envoyés l’aura réconforté et qu’il aura gardé son espérance dans la venue du jour du Dieu. Ce passage nous montre que chacun peut, à un moment donné de son histoire, se trouver confronté au doute. Plutôt que d’abandonner, cherchons comme Jean une réponse à nos doutes, en nous faisant aider par d’autres quand notre doute nous retient prisonnier ; avec eux, relisons l’œuvre de Jésus et confrontons-la, non pas à nos attentes, mais aux promesses que Dieu a faites à nos Pères dans la foi. Nous trouverons en Jésus, dans son enseignement et dans ses œuvres, la lumière nouvelle qui redonnera à notre foi sa force et à notre espérance son horizon : le Seigneur vient nous sauver, il n’abandonne personne. Il n’y a pas de prison assez sombre qui ne puisse être traversée par sa lumière. Avec Jean le Baptiste, réjouissons-nous de ce Dieu qui vient prendre soin de nous ; réjouissons-nous de ce Dieu qui vient nous offrir son salut. Amen.