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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







mercredi 14 août 2013

20ème dimanche ordinaire C - 18 août 2013

Quand Jésus précise sa mission...



Qui a dit que le Christ était mièvre ? Qui croit encore que l’Evangile est romantique ? En quelques mots bien frappés, Jésus vient redire aujourd’hui le but de sa mission, et force est de constater que c’est tout, sauf romantique : je suis venu apporter un feu sur la terre ; je dois recevoir un baptême et il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! Je suis venu mettre la division dans le monde. Quand j’étais enfant, j’avais tellement entendu parler de Jésus comme d’une espèce de chevelu parlant sans cesse d’amour, que ces paroles-là passaient mal. En trois phrases, Jésus détruisait lui-même la belle image que j’avais de lui. Avec le recul, je m’aperçois que c’était une opération salutaire. Nous pouvons si facilement nous tromper sur le Christ et ne retenir de lui que ce qui nous arrange. 
 
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Avec ces mots, Jésus rappelle à ces disciples le but de sa venue. Donner au monde l’Esprit Saint, ce feu qui vient du cœur de Dieu. Et l’on comprend qu’il ait hâte que cela se réalise puisque ce feu refait toutes choses nouvelles. Notre liturgie nous fait dire la même chose lorsque nous chantons par exemple : 0 Seigneur, envoie ton Esprit, qu’il renouvelle la face de la terre. L’Esprit est comme un feu qui brûle en nous la trace du mal jusque dans ces germes. Si nous accueillons véritablement l’Esprit Saint, don de Dieu, nous devenons capables de lutter contre l’esprit du mal qui ronge tant d’hommes et détruit tant de vie. Nous comprenons mieux alors l’appel pressant de l’auteur de la lettre aux Hébreux : Débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit, et d’abord du péché qui nous entrave si bien. Il a bien conscience que, sans l’aide de Dieu, sans l’exemple de ceux qui nous ont précédés et qui sont maintenant dans la gloire de Dieu, cela est difficile. Nous avons besoin de ce feu, de cet Esprit que Jésus appelle de ses vœux. En détruisant par le feu le mal qui ronge nos cœurs, l’Esprit Saint ne laisse pas de vide derrière lui. Il remplit nos cœurs de ce feu de Dieu, feu qui nous consume d’amour pour Dieu et pour nos frères. En réduisant à néant l’emprise du mal sur nos vies, l’Esprit Saint vient remplir nos cœurs d’amour. Nous comprenons alors mieux pourquoi Jésus s’impatiente de voir ce feu allumé. Il annonce le commencement d’un règne de paix, de justice et de liberté ! Et il en connaît le prix. 
 
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! Le baptême dont parle Jésus, c’est sa mort sur la croix. Il faut que Jésus passe par la croix pour que l’Esprit Saint soit donné au monde. Et nous comprenons alors pourquoi Jésus a hâte d’accomplir sa mission. Seule sa mort en croix pourra offrir aux hommes la libération définitive du pouvoir de la mort. Seule sa mort en croix, mort d’un innocent au milieu des coupables, pourra racheter les péchés de l’humanité. Ceux qui avaient imaginé qu’une autre fin serait possible se trompent. Les paroles curieuses de Jésus sur la paix et la division prennent sens ainsi au pied de la croix. Face à l’homme crucifié, chacun doit se prononcer : est-il celui qui vient donner la paix véritable au monde ? Est-il le sauveur que Dieu nous a promis ? Personne ne peut répondre à la place d’un autre ; nous pouvons simplement témoigner de ce que nous vivons à la suite du Crucifié Ressuscité. Lorsque nous sommes affaiblis par le péché, assaillis par les épreuves, nous pouvons, comme le suggère si bien la lettre aux Hébreux, méditer l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et nous ne serons pas accablés par le découragement. La méditation de la passion doit nous faire comprendre l’immense amour de Dieu pour nous qui va jusqu’à la mort pour nous offrir sa vie, la vie qui ne finit jamais. 
 
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! A bien y réfléchir, ces paroles devraient être lues à chaque célébration de baptême. Nous serions ainsi remis face à l’essentiel de la mission du Christ qui devient, par ce sacrement, la mission de tout baptisé : lutter contre le mal et demander à Dieu que l’Esprit Saint change le cœur des hommes, change notre cœur, en profondeur. La vie de baptisé est tout, sauf paisible et tranquille. Marcher à la suite du Christ est tout, sauf reposant. Nous n’aurons jamais fini de lutter contre le mal ; nous ne devons jamais cesser de demander l’Esprit Saint. Identifiés au Christ par le baptême, nous sommes morts au péché. Dieu nous a offert son Esprit pour que nous devenions capables de vivre selon l’Evangile. Que cette eucharistie ravive notre baptême et nous permette de vivre davantage de l’Esprit que nous avons reçu ! AMEN.
 
(Image de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

mardi 13 août 2013

Assomption - 15 août 2013

Quand se réalise le projet de Dieu pour l'humanité !




Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.  Ce cri d’Elisabeth, rencontrant sa cousine, résume bien le cri qui a pu, qui a dû accueillir Marie au moment de son Assomption. Ce cri traduit bien que toute la vie de Marie n’a été qu’un OUI à Dieu, un Oui à sa Parole, un Oui à son projet d’amour. Et c’est ce Oui perpétuel et permanent de Marie qui lui vaut la gloire de la résurrection sans avoir connu la dégradation du tombeau. Il aura fallu 20 siècles à l’Eglise pour reconnaître ce que la sagesse populaire avait compris depuis longtemps : celle qui a été préservé à sa naissance, celle qui a dit Oui à Dieu à l’annonciation, comment Dieu ne pourrait-il pas lui accorder d’emblée la gloire du Ressuscité ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : reconnaître en cette femme simple et humble, celle qui a donné au monde le Fils de Dieu, celle qui l’a laissé aller sur les routes de Palestine, celle qui l’a accompagné à la croix, celle qui a toujours été du côté de Dieu, parfaitement. Puisque, de son vivant, elle a mis la Parole de Dieu au cœur de sa vie, cette Parole lui rend la vie, lui ouvre la vie, au moment où elle s’endort dans la mort. Heureuse est Marie parce qu’elle partage la destinée de celui qu’elle a accueilli ; heureuse est Marie, parce qu’à la suite de son Fils, elle entre dans la gloire promise à celles et à ceux qui ont cru en Lui. 
 
Pour mieux comprendre encore cette fête, il nous faut sans doute, comme nous le faisons à l’occasion d’obsèques, relire toute la vie de Marie et plus particulièrement sa naissance, puisqu’un autre dogme nous enseigne à ce sujet ce qui  est notre foi. Si la vie terrestre de Marie s’achève sur l’Assomption, comment ne pas nous souvenir aujourd’hui que sa vie terrestre commence par l’Immaculée Conception. Ces deux dogmes nous rappellent que, de son origine à sa fin, la vie de Marie est marquée par Dieu et par son amour. L’Immaculée Conception nous dit en effet que Marie a été préservée de la dégradation du péché pour accueillir en son sein celui qui allait donner le salut au monde. En fait, elle a été sauvée par avance par celui qui donnerait le salut au monde, et qui grandit en son sein. Son Assomption que nous célébrons aujourd’hui n’est donc que la reconnaissance de ce salut, son officialisation en quelque sorte. Puisqu’elle n’a pas connu la dégradation du péché, elle ne peut pas connaître la dégradation du tombeau. Marie annonce ainsi à toute l’humanité ce qui l’attend si elle se libère, si elle se laisse libérer par le Christ de ce qui l’empêche de vivre. Marie annonce par sa naissance, par sa vie et par son Assomption, que l’humanité tout entière est appelée à se laisser libérer par Dieu, lui qui élève les humbles, lui qui comble les affamés, lui qui se souvient de la promesse de vie et de bonheur faite jadis aux Pères dans la foi. Si nous acceptons que le Christ réalise en nous son œuvre de salut, nous serons comme Marie, un Oui permanent à la volonté de Dieu, transparents à la grâce, ouverts à l’amour et à la vie que Dieu nous offre. Et nous connaîtrons sa gloire, celle qu’elle tient aujourd’hui de la mort et de la résurrection de son Fils. 
 
Nous comprenons alors mieux ce que Paul affirme dans sa première lettre aux Corinthiens, dont nous avons entendu un extrait en seconde lecture : Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. … c’est dans le Christ que tous revivront.  C’est ainsi que se réalisera la promesse faite aux Père ; c’est à cette gloire que nous sommes invités par notre baptême. Nous savons que cette promesse se réalisera puisque Marie en a été la première bénéficiaire. Sa Pâque, au cœur de l’été, nous ouvre à l’essentiel alors que nos vacances nous font souvent rechercher le superficiel. L’essentiel, c’est le Christ, mort et ressuscité. L’essentiel, c’est notre participation à son combat contre les forces de mort qui envahissent notre monde. L’essentiel, c’est que nous avons déjà, en espérance, notre part à la victoire du Christ. L’essentiel, c’est d’entrer finalement dans ce projet de salut, librement, joyeusement, comme Marie. Lorsque l’ange lui a annoncé qu’elle serait la Mère du Sauveur, elle ne s’est pas gonflée d’orgueil ; elle est allée se mettre au service de sa cousine, la vieille Elisabeth, qui enfantait, elle aussi, par grâce de Dieu. 
 
En cette fête de l’Assomption, que Marie nous guide sur le chemin véritable qui mène au Christ. Elle a su faire de sa vie une offrande agréable aux yeux de Dieu. Elle saura toucher nos cœurs et nous orienter vers l’unique nécessaire : son Fils, Jésus le Sauveur. Amen.
 
(Photo de la Dormition de Marie, Fresque de l'église orthodoxe de Zagreb)

samedi 10 août 2013

19ème dimanche ordinaire C - 11 août 2013

Restez en tenue de service !



Pendant longtemps, et cela reste quelquefois vrai aujourd’hui encore, nous avions les vêtements pour la semaine et le vêtement du dimanche. Et l’on ne confondait pas les deux. D’ailleurs, quand quelqu’un se faisait particulièrement beau, on disait qu’il s’était endimanché. C’était une manière de marquer la particularité de ce jour, sa prééminence sur les autres jours. C’était une manière de rappeler aussi que ce jour-là, on ne travaillait pas. Il y avait assez des autres jours pour porter la tenue de service ; le dimanche, c’était un autre jour, un autre rythme, et le vêtement le démontrait. Or voilà que nous venons d’entendre le Christ lui-même dire à ses disciples : restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées. Nous aurait-on menti ? Avons-nous eu tort de nous endimancher, de laisser là notre tenue de travail ? Sommes-nous bien habillés ce matin ? Je vous propose une réflexion en  deux temps pour essayer d’y voir plus clair. 
 
Premier temps : pourquoi nos ancêtres se sont-ils endimanchés ? Parce que pour eux, ce jour était un jour particulier. C’est encore vrai pour les chrétiens aujourd’hui, même si tous ceux qui portent ce nom n’en ont plus vraiment conscience. Mais ce jour-là, c’est le jour du Seigneur, le jour où nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ. Chaque dimanche, nous revivons le mystère de Pâques ; chaque dimanche, c’est comme à Pâques. Nous faisons mémoire de toutes les merveilles que Dieu fait pour nous et nous lui rendons grâce pour le don de son Fils sur la croix, don qui nous vaut notre vie et notre salut. C’est un acte tellement fort qu’il vaut bien que l’homme s’arrête, rompe avec le rythme quotidien, pour s’en souvenir et le célébrer. La tenue du dimanche, c’était aussi une manière de dire que l’homme sortait de son ordinaire, de son quotidien pour vivre un autre rythme, le rythme de Dieu. Puisque Dieu avait fait quelque chose d’incroyable pour l’homme, l’homme ferait quelque chose de pas ordinaire pour Dieu. Ce jour-là serait différent ; ce jour-là, l’homme lui-même sera différent, l’homme lui-même vivra différemment. Il vivra ce jour pour et avec Dieu. Jusque-là, ce n’est pas trop compliqué à comprendre. 
 
C’est le deuxième temps de ma réflexion qui vient compliquer les choses ! Car enfin, Jésus dit bien dans l’Evangile : restez en tenue de service ! Aurait-il quelque chose contre le vêtement du dimanche ? Il faut alors nous interroger sur la nature de ce vêtement de service. Qu’est-il donc ? Est-il vraiment le vêtement de travail que nous ne devons jamais quitter ? Mais pourquoi alors nous battre pour les 35 heures ou pour le maintien du repos dominical ? Il nous faudrait donc travailler toujours ? Quel est donc ce vêtement de service ? Et mieux encore, quel est ce service que nous ne devons jamais cesser d’exercer ? 
 
La parabole de l’intendant fidèle et sensé nous apporte, me semble-t-il, un éclairage sur cette question. Ce ne sont pas les serviteurs, que l’intendant doit gérer, qui doivent garder la tenue de service, mais bien l’intendant. La parabole ne nous parle des domestiques que pour mieux souligner le rôle de l’intendant placé à leur tête. Et quel est son rôle ? Selon la parabole, il ne doit pas veiller à ce que les domestiques fassent bien leur travail ; il doit s’assurer que les domestiques aient leur part de blé, au temps voulu. La tenue de service n’est pas tant un vêtement de travail qu’un état d’esprit. Le service permanent dans lequel nous devons rester, c’est d’abord le service de la charité, le service d’autrui. Si l’intendant  maltraite la domesticité au retour inopiné du maître, il sera condamné. Son rôle est bien de veiller au bien-être des autres serviteurs du maître. Chrétiens, n’avons-nous pas à veiller les uns sur les autres ? N’avons-nous pas, au cœur de nos valeurs, au cœur de notre foi, le souci de la charité envers tous ? Il n’y a pas de jours pour être charitable ; il n’y a pas de jours pour s’abstenir de la charité. Voilà un service que nous ne pouvons abandonner. La tenue du service de la charité doit être pour nous comme une seconde peau. 
 
Le vêtement de service peut encore avoir un second sens, complémentaire du premier : c’est aussi, me semble-t-il, le vêtement du service de la prière, et plus particulièrement du service de la louange. C’est le verset suivant qui m’y fait penser : Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Vraiment, je vous le dis : il (le maître) prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. Deux paraboles que Matthieu nous rapporte de l’enseignement de Jésus sur son retour, à la fin des temps, me reviennent ici en mémoire : la parabole des talents et la parabole du jugement dernier. Dans la parabole des talents, le maître, à son retour, chante la louange des serviteurs qui ont fait fructifier leurs talents : serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de chose, je t’en confierai beaucoup : entre dans la joie de ton maître. Dans la parabole du jugement dernier, cela est plus évident encore lorsque le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Oui, le Christ lui-même, établi roi du monde, chante la louange de ses serviteurs. Et il le fait, dans la parabole du jugement dernier, parce que ces serviteurs n’ont jamais quitté le service de la charité : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! Nous retrouvons quelque chose de la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie. Le vêtement du service de la charité et le vêtement du service de la prière ne sont qu’un seul et même vêtement : il nous faut connaître la volonté de Dieu en chaque instant pour l’accomplir toujours, au bon moment. 
 
Pour revenir au vêtement du dimanche de nos ancêtres, j’en conclus que nous n’avons pas tort de nous endimancher pour marquer le jour du Seigneur. Nous aurions juste tort de nous « désendimancher » pour ce qui concerne la prière et  la charité. Car chaque jour que Dieu fait pour nous, nous avons à porter le vêtement du service de la charité et de la prière ; chaque jour, nous avons à porter le souci du frère et le souci de Dieu. Si le dimanche est davantage réservé à Dieu, il n’est pas dit que ce jour-là nous sommes autorisés à nous désintéresser des frères ; et il n’est pas interdit, les jours de semaine, de s’occuper aussi et de Dieu, et des frères. Que ceux qui vivent un temps de vacances soient bien convaincus que la prière et la charité n’en prennent jamais, de vacances. Et que ceux qui sont au temps béni de la retraite, soient pareillement convaincus que charité et prière ne seront jamais retraité. 
 
Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Vraiment, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. Je prie Dieu qu’il en soit ainsi pour chacun de nous. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 2 août 2013

18ème dimanche ordinaire C - 04 août 2013

Quand tout n'est que vanité, que reste-t-il ?



Après avoir entendu comme vous les lectures de ce dimanche, je ne sais trop si c’est un vent de pessimisme ou un vent de réalisme qui souffle sur notre liturgie ! Est-ce qu’effectivement, tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons est vain ? N’y a-t-il donc rien qui donne sens à notre vie ? A quoi bon vivre alors ? Comment vivre ?
Pour l’auteur du livre de l’ecclésiaste, tout est vanité ! C’est un sage qui réfléchit au sens de la vie et des actes que posent les hommes. Et il est plutôt sévère dans son analyse : Vanité des vanités, tout est vanité. Quand on se réfère au texte hébreu, on peut aussi traduire ainsi : De la fumée, dit le Sage, tout n’est que fumée, tout part en fumée. Cela ajoute encore au caractère dramatique de la situation et au fait que la vie de l’homme, c’est du vent… du vent quand elle repose sur les biens à acquérir, sur ce que l’on peut posséder, toujours mieux, toujours davantage. Il ne fait que rappeler ce que nous ne savons que trop bien : nous n’emmenons rien dans la tombe : alors pourquoi se fatiguer ?
Jésus va dans le même sens, dans l’évangile, lorsqu’il avertit : gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses. Et la parabole qu’il raconte enfonce le clou : à celui qui a amassé tant de blé qu’il ne savait qu’en faire, il est rappelé qu’il n’est qu’un fou et que cette nuit même, on lui redemandera sa vie. Tout est parti d’une question d’héritage soumise à Jésus. C’est une habitude de demander à des sages d’intervenir et d’oser une parole dans des situations que nous savons par expérience difficiles. Jésus refuse d’entrer dans le jeu qui lui est proposé. Il rappelle, comme l’Ecclésiaste la vanité d’une vie fondée sur les seuls biens. Mais il dépasse l’Ecclésiaste en ce qu’il propose une autre voie, une autre manière de vivre. Il invite les hommes à être riche en vue de Dieu. Lui seul peut donner sens à notre existence, lui seul nous évite de n’être que fumée, vanité.
Nous sommes alors heureux d’avoir entendu saint Paul, dans sa lettre aux Colossiens : vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en-haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non sur la terre. Et voici que notre horizon s’ouvre, que notre vie prend sens : nous sommes destinés à être avec Dieu, toujours. Mais pas seulement plus tard ; non, c’est dès maintenant que nous sommes au Christ et que le Christ est à Dieu. Dès maintenant, nous sommes ressuscités ; dès maintenant, nous avons à vivre selon la loi du Christ : Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre… débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous, et revêtez l’homme nouveau.
Si vous avez suivi un peu les JMJ de Rio, vous aurez compris que c’est la ligne de conduite que le pape François nous invite à suivre. Il a dit, entre autre, aux jeunes rassemblés sur la plage de Rio : Je voudrais que tous, nous nous demandions avec sincérité : en qui mettons-nous notre confiance ? En nous-mêmes, dans les choses, ou bien en Jésus ? Nous sommes tentés de nous mettre au centre, de croire que nous sommes seuls, nous, à construire notre vie, ou que celle-ci est rendue heureuse par la possession, par l’argent, par le pouvoir. Mais il n’en est pas ainsi ! Certes, l’avoir, l’argent, le pouvoir peuvent donner un moment d’ébriété, l’illusion d’être heureux ; mais, à la fin, ce sont eux qui nous possèdent et nous poussent à avoir toujours plus, à ne jamais être rassasiés. Mets le Christ dans ta vie, mets en lui ta confiance et tu ne seras jamais déçu ! Voyez, chers amis, la foi accomplit dans notre vie une révolution que nous pourrions appeler copernicienne, parce qu’elle nous enlève du centre et le rend à Dieu… La foi est révolutionnaire !
Si l’Ecclésiaste peut dire avec raison, que tout n’est que vanité, tout part en fumée, c’est parce qu’il a vu ce que produisait une vie sans Dieu : du vent, du vide, du creux. Si le Christ, et Paul et le pape François trouvent que la vie vaut la peine, qu’elle est porteuse de sens, porteuse d’avenir, s’ils trouvent que la vie, ce n’est pas du vent, ce n’est pas du creux, ce n’est pas de la fumée, c’est parce qu’ils ont en commun d’être tournés vers Dieu, le seul qui donne sens à notre vie, le seul qui tient la route face aux vanités du monde. Entrons dans cette révolution de la foi ; laissons Dieu devenir (ou redevenir) le centre de notre vie. Laissons le Christ devenir notre tout, et nous sortirons du pessimisme ambiant qui ne fait que nous replier sur nous-mêmes ; laissons le Christ devenir notre tout, et nous nous ouvrirons les uns aux autres et nous deviendrons, selon le mot du pape François les constructeurs d’une Eglise plus belle et d’un monde meilleur. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 26 juillet 2013

17ème dimanche ordinaire C - 28 juillet 2013

L'enseignement de Jésus sur la prière.



Les disciples auraient-ils eu vent des paroles de Jésus à Marthe  et à Marie la semaine passée ? Ou sont-ils seulement impressionnés par Jésus qu’ils voient en prière si souvent ? Ou sont-ils plus modestement jaloux des disciples de Jean le Baptiste qui ont eu droit apparemment à un tel enseignement de la part de leur maître ? Nous ne le saurons jamais ; par contre nous savons qu’un jour, ils lui ont demandé de leur apprendre à prier. Cette question de la prière n’est donc pas une question anodine. Les Apôtres ont dû ressentir quelque chose de particulier en voyant Jésus prier, et ils veulent partager cette expérience. Ce qui nous vaut aujourd’hui un enseignement sur la prière. Nous pouvons donc reprendre à notre compte la demande des Apôtres, si nous voulons, à notre tour, ressembler davantage à Jésus. Osons donc la demande : Apprends-nous à prier ! Et préparons-nous à être surpris ! 
 
Remarquons d’emblée que la demande des disciples est judicieuse. Car par quelle prière commencer si ce n’est celle-là qui nous met en situation d’apprentis ! N’est-ce pas un bon début pour une vie spirituelle que de s’adresser au Maître lui-même pour qu’il nous transmette sa propre expérience, quelques bribes de sa relation particulière à Dieu ? Jésus est le Priant par excellence puisqu’il vit dans l’intimité de son Père, celui-là qu’il nous faut prier justement. C’est donc bien de Jésus que nous pouvons le mieux apprendre. Il nous suffit donc, pour commencer, de frapper à sa porte, et il nous ouvrira à son enseignement. 
 
Son enseignement nous invite bien sûr à la persévérance ; il nous dit d’insister, de demander, de supplier pour nos besoins. Le demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira, n’est pas qu’une belle formule, un slogan de plus dans l’attirail du missionnaire. Quiconque a commencé un jour une vie spirituelle sait combien il est important de rester ainsi disciple en toute chose. Il doit sans cesse demander, chercher, frapper à la porte de son Maître pour mieux accueillir et approfondir son enseignement. Sans persévérance, il n’y a pas de vie spirituelle possible. Tous les grands maîtres de la prière nous l’enseignent : la vie de prière est un long chemin, jamais abouti, toujours chaotique parce qu’il met en mouvement les forces qui s’opposent à Dieu et qui ont l’esprit chagrin chaque fois qu’un nouveau disciple prend avec sérieux la suite du Christ.  
 
Mais l’enseignement de Jésus ne se contente pas de quelques formules ou belles phrases sur la prière. L’enseignement de Jésus, c’est surtout la prière qui est toujours écoutée par Dieu, toujours exaucée. En réponse à la demande de ses disciples, il leur donne le Notre Père, une prière toute faite, à reprendre sans se lasser pour ouvrir le cœur de Dieu et accéder à ses grâces. Cela peut nous surprendre, nous qui n’aimons rien autant que la liberté et la créativité. Sans doute aurions-nous préféré une formule magique pour composer nous-mêmes nos propres prières, réinventer chaque jour notre liturgie et notre manière de nous adresser à Dieu. Jésus nous invite à la répétition, à l’appropriation d’une prière qui n’est pas de nous ; bref, il nous invite à rester disciples, à rester humbles, même dans notre manière de parler à Dieu. Ce n’est donc pas la peine de lancer un concours de la meilleure prière : il n’y aura rien de mieux que celle-là ! Nous devons donc accueillir le Notre Père comme modèle de prière, comme seule vraie prière. Celui qui veut prier à la manière de Jésus doit comprendre comment « fonctionne » cette prière pour calquer ensuite la sienne sur celle du Christ. Et celui qui ne sait pas prier pourra toujours simplement redire ces mots que le Christ a enseignés, sûr que ces mots-là sont entendus du Père lorsqu’ils sont prononcés par le cœur. Reprenons donc cette prière par le détail. 
 
Notre Père, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel. Dans ces premiers mots se trouve ma plus grande surprise. Moi qui croyais qu’il fallait parler à Dieu de moi, de mes soucis pour les lui confier, pour lui demander de l’aide, voilà que je suis décentré. Lorsque tu parles à Dieu, parle-lui de lui. Laisse tes soucis et rencontre véritablement celui qui t’accueille. La première moitié du Notre Père me tourne totalement vers Dieu et vers mes frères. ‘Notre’ Père et non pas ‘Mon’ Père : je ne possède pas en exclusivité celui à qui je m’adresse, mais je m’adresse à lui avec la certitude que d’autres le font aussi : ma prière rejoint un grand fleuve de prières adressées au même Dieu.
 
‘Que ton nom’, ‘que ton règne’, ‘que ta volonté’ et non pas mon nom, mon règne, ma volonté ! Quand  je prie Dieu, je lui parle d’abord de lui : j’entre dans son projet d’amour pour moi. Cela signifie aussi que je vais prendre du temps pour écouter Dieu. C’est une des surprises au sujet de la prière : je ne prie pas Dieu avec ma bouche seulement, je prie aussi avec mes oreilles. Si je veux entrer dans le projet de Dieu, il me faut le connaître. Et comment le connaître si je ne laisse pas à Dieu le temps de me l’expliquer ? N’est-ce pas ce que Marie nous enseignait dimanche dernier, lorsqu’elle restait là, aux pieds de Jésus à l’écouter ? Elle avait choisi la bonne part ; nous comprenons mieux encore pourquoi elle ne lui sera pas enlevée. 
 
Donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour. Pardonne-nous nos péchés… et ne nous soumets pas à la tentation. Ainsi Jésus poursuit sa prière-type par les demandes à faire. Parce qu’on ne demande pas n’importe quoi à Dieu ! Demande ton pain, demande le pardon et la capacité à pardonner, demande que le Mauvais s’éloigne de toi ! 
 
Demande ton pain, ce n’est pas seulement le pain que tu manges. Une lecture de l’Evangile de saint Jean nous apprend que Jésus est le Pain vivant. Donne-nous notre pain peut donc aussi dire ‘donne-nous le Christ, donne-nous son Esprit’. La fin de la page d’Evangile de ce jour renforce cette compréhension : Combien plus votre Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? Voilà que même dans ce que nous demandons, nous sommes détournés de notre petite personne et de ses besoins humains pour apprendre à demander l’essentiel : que l’Esprit du Christ habite en nous ! Que cet enseignement du Christ est loin de la prière de nécessité que si souvent j’adresse à Dieu ! Je me rends compte qu’il me faut vraiment apprendre à prier, vraiment me mettre à l’école du Christ. 
 
Demande le pardon, parce que c’est ce que Dieu veut t’offrir en envoyant son Fils dans le monde. Reconnais que tu as besoin de sa miséricorde, que tu as besoin de lui pour grandir comme son fils authentique. Demande aussi le pardon pour apprendre de lui comment pardonner à ton tour, afin de ne pas profiter égoïstement d’un don qui t’est fait pour que tu le transmettes !
 
Demande que le Mauvais s’éloigne de toi, parce que plus tu prieras Dieu, plus tu réveilleras le Mauvais. Tu auras alors un choix à faire : soit poursuivre ton œuvre de prière pour que le Mauvais soit bien rejeté hors de ta vie, soit arrêter là, parce que tu voulais bien prier Dieu mais pas déranger le Mauvais ; et tu n’en seras jamais débarrassé, du Mauvais ! Il s’installera sournoisement dans ta vie, bien tapi dans l’ombre, et chaque fois que tu voudras reprendre la prière, il t’en dissuadera en aboyant un peu fort. La prière n’est décidément pas un acte de petit chrétien tranquille. 
 
Nous pouvons dès lors mesurer le chemin parcouru : d’une simple demande – apprends-nous à prier – nous avons fait tout un chemin à la suite de Jésus. Cette demande est devenue une vraie prière par l’enseignement reçu du Christ lui-même. Le Apprends-nous à prier des disciples peut se conjuguer ainsi : apprends-moi à me tourner vers le Père en vérité ; apprends-moi à entendre ce que tu attends de moi ; apprends-moi à vivre selon ton Esprit, Esprit que tu as mis en moi au jour de mon baptême. Mets sur mes lèvres la prière qui pourra être entendue et exaucée par ton Père. Mets dans mon cœur la prière qui me mettra véritablement en ta présence. Apprends-moi à prier ; apprends-moi à être avec toi, toujours. N’est-ce pas là le but de toute prière ? Qu’il en soit donc ainsi pour chacun. Amen.
 

(Jean-François KIEFFER, Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 19 juillet 2013

16ème dimanche ordinaire C - 21 juillet 2013

Apprendre à être à l'heure de Dieu !



Nous avons tous entendu les mêmes lectures maintenant. Alors que vaut-il mieux ? Vaut-il mieux prier, aller à la messe le dimanche ?, ou vaut-il mieux s’occuper des pauvres et agir au nom de l’Evangile … La réponse apportée dépend souvent de notre idéologie personnelle ! L’histoire récente de l’Eglise nous le montre bien. Or l’Evangile et le Christ ne sont d’aucune idéologie. La vérité ne saurait être dans l’une ou l’autre. Nous gagnerons donc à bien lire ce qui est écrit aujourd’hui et à comprendre ce que nous disent les textes entendus. 
 
Si nous comparons la première lecture et l’Evangile, nous pouvons dire, sans nous tromper, qu’il s’agit de deux textes de rencontres. Dans la Genèse, Abraham rencontre trois hommes ; il se met à leur service, leur offrant repos et repas. Il en est récompensé par l’annonce de la naissance d’un fils. Dans l’Evangile, Jésus rencontre Marthe et Marie : Marthe s’affaire derrière les fourneaux pour servir le Seigneur, pendant que Marie reste assise là, près de Jésus, à ne rien faire. Et c’est d’elle dont Jésus lui-même dit qu’elle a choisi la bonne part (pour respecter le texte grec). Marthe ne fait que ce qu’a fait jadis son ancêtre Abraham : lui était récompensé, elle s’en trouve quelque peu malmenée. Pourquoi une telle différence ? 
 
En lisant attentivement le passage de la Genèse, nous comprenons fort bien que c’est Abraham qui a l’initiative de la rencontre. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu’à terre et dit : "Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur". Il reçoit à son invitation ; il se met au service de ceux qu’il accueille. Normal. Les règles de l’hospitalité sont ainsi faites ; il ne laisse pas son  hôte s’ennuyer, il s’occupe de son confort, il veille à ce qu’il ne manque de rien. Il a voulu que ces hommes s’arrêtent chez lui, il doit maintenant s’en occuper. 
 
Dans l’Evangile, la perspective n’est pas la même. Jésus entre dans un village ; il y a là des amies à lui ; il leur rend visite et Marthe le reçoit dans sa maison. Il nous faut nous souvenir ici que c’est Luc qui nous raconte cette histoire. Et chez Luc, c’est toujours Jésus qui a l’initiative des rencontres. Souvenez-vous de Zachée : Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi !  C’est lui qui s’invite, et aujourd’hui, c’est le jour où il doit demeurer chez Marthe et Marie. Le personnage important, c’est lui. L’acte important, c’est lui qui le pose : il s’invite. Le servir, c’est donc d’abord comprendre pourquoi il s’invite ainsi, et entendre de sa propre bouche le motif de sa visite. Il sera toujours temps, après, de passer à table ; il sera bien temps assez tôt de partager avec lui le repas. Marthe a brûlé les étapes : elle n’a pas pris le temps de bien faire attention à son hôte, contrairement à Marie qui n’a cessé de l’écouter. 
 
Comprenez-vous bien ce qui différencie ces deux histoires de rencontres ? Alors vous comprendrez la réponse à apporter à ma question du début : que vaut-il mieux ? Avec un autre auteur de l’Ancien Testament, nous pourrions dire qu’il y  a un temps pour tout. Pour Abraham était venu le temps d’accueillir comme il se doit ses visiteurs, en leur offrant repas et repos. Pour Marthe et Marie était venu le temps de se mettre à l’écoute de celui qui s’invitait chez elles. De même, la vie chrétienne parfaite n’est pas celle qui sans cesse se perd en activité, même charitable, de manière continuelle, ni même celle qui se perd en prière éternelle oubliant le pauvre devant la porte. Le service authentique de Dieu suppose de savoir à quel moment faire quoi. Jésus, en mettant en avant l’attitude de Marie, rappelle simplement que le service de Dieu commence par son écoute. Seul celui qui écoute bien Dieu peut apprendre de lui comment le servir encore mieux dans ses frères. L’action est nécessaire au chrétien puisqu’il doit témoigner de sa foi auprès des autres. Mais la prière et la pratique authentique passe d’abord par l’écoute, la prière, la méditation de la parole de Dieu pour y découvrir ce que Dieu attend de moi. La charité ne supprime pas la prière, et la prière ne dispense pas de la charité. Chacune a besoin de l’autre : nos activités pastorales ou caritatives ont besoin d’être soutenus par une vie liturgique et spirituelle pour ne pas devenir activisme vain et stérile. Et notre vie liturgique et spirituelle a besoin d’engagement pour que nous ne nous perdions pas dans les nuages d’un mysticisme vain et stérile.  
 
Ce lien profond que Jésus établit entre les deux se vérifie par la place de cette histoire dans l’Evangile de Luc : elle vient après le bon samaritain, parabole par laquelle Jésus nous invitait à nous faire le prochain de tout humain qui souffre, nous enseignant la charité ; mais elle vient juste avant un enseignement cohérent de Jésus sur la prière. Placée à la charnière de ces deux enseignements, cette rencontre avec Marthe et Marie nous invite à unifier en profondeur notre existence, à régler l’horloge de notre vie sur Dieu pour que nous sachions toujours quelle heure il est. Marthe et Marie doivent cohabiter dans notre vie parce qu’elles se complètent mutuellement. L’important est de se soumettre aux exigences de l’heure. 
 
En ce moment de notre dimanche, nous pouvons être assurés d’être à la bonne heure au bon lieu, parce que nous sommes au temps où il faut écouter Dieu lui-même nous parler avant de lui rendre grâce et de partager avec lui le repas auquel il nous a invités. Ce temps est renouvelé par Dieu lui-même chaque dimanche pour nous permettre de revenir à la source et d’être fortifiés dans notre foi, notre espérance et notre charité. Restons fidèles à cette heure de Dieu et toute notre vie sera bien réglée à l’horloge de Dieu. Amen.
 

(Dessin de Jean- François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 12 juillet 2013

15ème dimanche ordinaire C - 14 juillet 2013

Un art de vivre !


Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? La question n’est-elle pas surprenante dans la bouche d’un docteur de la Loi, un homme qui enseigne aux autres ce qu’ils ont à faire en matière religieuse ? Si lui, docteur de la Loi, a besoin d’un autre pour savoir comment plaire à Dieu, qui pourra savoir ?  
 
Celui qui voulait mettre Jésus dans l’embarras, va se retrouver très vite embarrasser lui-même. A jouer bête, on se retrouve bête. Jésus le renvoie d’abord à son catéchisme : dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ? Une fois la réponse apportée, et nous rassurés sur la connaissance du docteur de la Loi, Jésus le renvoie à sa vie : va, et fais ainsi. Il s’inscrit ainsi dans la lignée d’un Moïse qui invitait déjà son peuple au respect de la Loi de Dieu. Le livre du Deutéronome, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, en est témoin. Dans un dernier discours avant sa mort, Moïse rappelle au peuple l’importance d’écouter la voix du Seigneur. A celui qui veut parvenir à la vie éternelle, il n’est laissé que cette parole à entendre et à vivre. Elle n’est ni lointaine, ni hors d’atteinte. Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus Christ, est le Dieu qui parle à l’homme, le Dieu qui l’invite sans cesse à faire le choix de la vie, le Dieu qui s’adresse au cœur de l’homme : Elle est tout près de toi, cette parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. Le docteur de la loi avait bien cette parole dans son cœur et dans sa bouche, puisqu’il la cite quand Jésus l’interroge ; mais il en faisait un usage pervers. Il voulait s’en servir pour embarrasser Jésus, alors qu’elle doit servir à faire vivre, à faire grandir. Nul doute qu’il aura grandi un peu, notre docteur de la loi, à l’écoute de Jésus. Ce qui nous vaut aujourd’hui cette belle parabole du bon samaritain. Elle permet à Jésus de poursuivre la réflexion à la demande du docteur de la Loi. Et qui donc est mon prochain, interroge-t-il !  
 
Notez que la réponse de Jésus reformule la question : il n’invite pas seulement à découvrir qui est notre prochain, mais de qui nous pouvons être le prochain ! Comme Moïse, il met l’accent sur la nécessité de vivre notre foi. Etre croyant, ce n’est pas se payer de mots, c’est un art de vivre, une attention constante à l’autre. Ma foi en Dieu ne m’éloigne pas des autres, ne m’enferme pas dans un monde éthéré ; non, ma foi me ramène sans cesse vers l’autre, vers les autres, puisque Dieu lui-même a pris fait et cause pour les autres quand il est devenu l’un de nous en Jésus. Ce n’est pas un hasard si les deux premiers passants sur la route du blessé sont un prêtre et un lévite, un serviteur du Temple. Voilà deux hommes qui maîtrisent la Loi, qui connaissent bien leur religion. Mais ils sont enfermés dans des questions de pureté ; la Loi est devenue un carcan au point qu’ils en oublient la Parole de Dieu qui, dès la première alliance, insiste sur le secours à apporter au frère en détresse. C’est un Samaritain, c’est-à-dire un infréquentable, qui vient au secours du blessé. Il ne l’interroge pas sur son appartenance religieuse, il ne s’empêtre pas dans des questions légalistes : ai-je le droit ou pas ? Il voit un homme dans le besoin ; il agit. Il le soigne, interrompt momentanément son voyage pour prendre soin de ce homme, de cet étranger. Il allège même sa bourse pour que l’hôtelier poursuive les soins nécessaires le lendemain, et s’engage à lui rembourser tous les frais à venir si son don n’y suffisait pas. Il n’est pas dit qu’il connaît la Loi, mais il l’applique dans ce qu’elle a de plus essentiel : le devoir de charité.  
 
Des siècles plus tard, nous voici, écoutant toujours cette parole de Dieu dont la parabole fait maintenant partie. Nous voici, des siècles plus tard, cherchant encore comment parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Sur notre chemin, il y a toujours le Christ crucifié, signe de ses frères qui ont besoin de nous. Sa croix nous indique le chemin. Nous ne pourrons pas la contourner ; nous ne pourrons pas l’éviter. La croix est la parole de Dieu la plus forte, celle qui nous remet face à Dieu, face aux frères à aimer et à servir  de la même manière que nous aimons et servons Dieu. Des siècles plus tard, nous ne pouvons toujours pas nous payer de mots ; il nous faut toujours nous faire le prochain de celui ou celle qui a besoin de nous. Ils sont nombreux, ceux qui sont au bord de notre route. Ils sont nombreux à attendre un geste, une oreille, une attention. Celui qui veut se faire le prochain de son frère n’a que l’embarras du choix ! Une écoute attentive de la parole de Dieu devrait nous aider à comprendre où Dieu nous veut, où il nous attend pour témoigner aux hommes son amour et sa tendresse.  
 
Ce qui compte alors, c’est de bien vivre notre foi, à chaque instant. Si notre archevêque nous invite à évangéliser nos communautés, n’est-ce pas d’abord pour que nous prenions conscience, mieux encore, de l’urgente nécessité d’agir, conformément à notre foi ? N’est-ce pas aussi ce que nous rappelle le pape François depuis son élection ? En suivant le Christ, en imitant son art de vivre, nous passerons avec lui la croix, nous parviendrons à la vie éternelle, accueillis par celles et ceux dont nous aurons été le prochain. Cela vaut la peine d’essayer. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)